Liana assise sur un des canapés de la salle d'attente, tapotait nerveusement du pied le sol clair de l'hôpital. Plafond blanc, murs blancs, meubles blancs et costume noir.

- Au moins ces canapés sont assez confortables, fit-elle remarquer pour briser le silence.

- Ouais. Assez confortable pour qu'on puisse...

- Patron ! C'est un hôpital ici, un peu de respect !

- Oh ça va... On s'emmerde faut bien que je m'occupe. J'peux jouer avec le gamin ?

- Non, répondit catégoriquement la jeune femme en caressant les cheveux du geek qui dormait, la tête sur ses genoux.

La patron croisa les bras et se renfonça dans son siège en regardant autour de lui. Dans la salle d'attente peu remplie toutes les personnes encore présentes s'étaient assises le plus loin possible de lui. Certains avaient même préférés s'assoir carrément par terre dans le couloir pour éviter d'être près de lui. Il sourit et trois personnes se levèrent précipitamment pour quitter la pièce. Une demi-heure plus tard, après que le patron ait joué avec son briquet, ils étaient seuls. La jeune femme le regarda.

- Finalement c'est plutôt pratique. Au moins on est tranquille.

- Ouais, y'a plein de positif à être avec moi. D'ailleurs maintenant qu'on est seuls, si tu veux me remerci...

La jeune femme plaqua une de ses mains sur la bouche du patron.

- Non.

Puis elle poussa un petit cri en sentant la langue du patron frotter contre la paume de sa main et la retira vivement, les joues rouges pivoines.

- Chut, murmura-t-il, tu vas réveiller le gamin...

Et il fit glisser ses doigts dans la nuque découverte de la jeune femme qui frissonna en baissant les yeux vers le geek qui dormait toujours à poings fermés avec une bouille adorable. Elle sentit le souffle du mafieux s'approcher de son oreille.

- Vous êtes là pour monsieur Sommet ? demanda un interne en rentrant dans la salle le nez dans ses papiers.

La jeune femme hocha vivement la tête tandis que le patron reprenait sa place, en colère contre l'intrus. Le geek ouvrit les yeux, les referma, bailla et se leva en s'étirant. Il offrit un petit sourire à Liana et ignora le patron en regardant le futur médecin tout en reprenant sa casquette dans ses mains.

- On peut le voir ? questionna la jeune femme.

- Oui, soupira l'interne avant de faire demi-tour en traînant les pieds. Suivez-moi.

La jeune femme, le geek baillant à ses côtés et le patron fermant la marche se dirigèrent vers la chambre indiqué par l'interne. Il ouvrit la porte et les laissa rentrer.

- Vous avez dix minutes, dit-il en s'éloignant, la tête à nouveau dans ses dossiers.

Le patron dressa son majeur à son intention et Liana le poussa dans la chambre en vérifiant que personne ne l'avait vu.

Quelques mètres plus loin, l'interne fut intercepté par son chef de service qui lui prit son dossier des mains.

- C'était les visiteurs pour monsieur Sommet que tu as guidés ?

- Oui monsieur.

- Ils étaient combien ?

- Trois je crois, répondit le jeune qui commençait à trouver ces questions étranges.

- Il y avait un homme en costume ?

- Oui… Comment vous… ?

Mais son supérieur était parti en embarquant avec lui le dossier.

- D'accord c'est bizarre cette histoire, marmonna le futur médecin en regardant en direction de la chambre de son patient. Vraiment bizarre.

Dans la chambre en question, Mathieu était allongé sur le lit, les yeux fermés et un masque sur le visage. Un bandage lui encerclait le crâne ainsi que plusieurs sur les bras et un autre sur le torse qu'on pouvait deviner à l'encolure de sa blouse. Le geek le regarda les yeux brillants de larmes et posa des doigts sur son bras avant de le faire légèrement bouger.

- Mathieu ? murmura-t-il timidement.

- Bouh ! dit brutalement Mathieu en ouvrant grand les yeux.

- Aaahh ! hurla le geek en faisant un bond en arrière.

Mathieu rit avant de se mettre à tousser, une main plaquée sur la poitrine.

- Ahhh... Ça fait mal mais ça valait le coup.

- Idiot, soupira Liana en s'approchant de lui pendant que le geek collé contre un mur de la pièce tremblait encore.

Le blessé enleva son masque en souriant.

- Oh ça va, je suis pas à deux doigts de mourir non plus. On peut quand même faire des blagues.

Liana fit les gros yeux. Si, justement il était à deux doigts de mourir il y a encore quelques jours.

- J'suis d'accord avec toi gamin, c'était hilarant, dit le patron en faisant un check au vidéaste.

- Tu ne lui en veux même pas ? demanda la jeune femme. C'est quand même à cause de lui que tu t'es fais tabasser.

Mathieu haussa les épaules en tirant sur un de ses bandages.

- Bof, on a connu pire.

La jeune femme secoua la tête avant d'aller voir le geek qui se remettait de ses émotions.

- Eh gamin c'est pas toi qui est hospitalisé j'te signale, lui lança le patron.

- Allez viens voir, dit à son tour Mathieu.

Le geek baissa la tête et s'approcha du lit. Mathieu leva un bras et frotta sa main dans les cheveux déjà décoiffés. Le jeune le regarda étonné avant de sourire.

- Les autres ne sont pas là ?

- Heum... Pour le hippie, on s'est dit que c'était une mauvaise idée de l'amener dans un hôpital. Morphine tout ça... Et le panda, on l'a perdu en passant devant la zone réservée aux enfants.

- Moi aussi je voulais y rester, bouda le patron.

- Tu es tellement malsain, grimaça Liana. D'ailleurs il faudra qu'on le récupère en rentrant.

- Ouais... Ça serait con de l'oublier...

- C'est fou tu es plein d'entrain !

- J'ai pas l'impression, fit remarquer le geek.

- Ironie Geek. Ironie.

- Oh...

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

Quand le temps de la visite fut écoulé, les trois colocataires quittèrent la chambre de Mathieu. Ils prirent l'ascenseur et arrivèrent dans le hall d'antrée.

- Allez gamine ! Tu vas chercher l'autre cinglé, je reste avec le gamin.

- Quoi ? Pourquoi moi ?

- Liana ! Je veux pas partir avec lui !

- Il sait pas ce qu'il veut ce gosse, clama le patron en passant les portes vitrées, sa main tenant fermement l'arrière du col du geek.

Liana contempla un instant la porte.

- J'ai pas trop le choix visiblement, fit-elle avant d'emprunter un nouveau couloir pour chercher le panda.

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

- Gloire au panda !

Liana regarda, désabusée, les enfants qui acclamaient l'homme en kigurumi qui semblait parfaitement dans son élément.

- Désolé les enfants mais Maître Panda doit rentrer chez lui, annonça la jeune femme en saisissant le bras du panda.

- Quoi, déjà ? demanda ce dernier attristé.

- Ohhh, firent tous les enfants, très déçus.

- Mais peut être qu'il reviendra vous voir, lança joyeusement Liana en le poussant dans le dos.

Ce dernier leva un bras et tous les enfants firent de même avec un magnifique "Maître Panda président !". Quand ils furent sortis de l'hôpital, devant la voiture ou les autres étaient installés, Liana se tourna vers lui.

- Tu comptes recruter des enfants hospitalisés dans ton armée ?

- Quoi ? Les ninjas s'entraînent dès l'enfance !

- Ouuuaaaiiiss bien sûr, répondit la jeune femme avant de grimper à l'avant de la voiture.

Le patron finit sa cigarette et s'installa au volant. À l'aller, c'est la femme qui avait conduit mais le patron qui les avait rejoints devant l'hôpital avait décidé de conduire pour le retour. À l'arrière le geek jouait déjà sur sa console portable et le panda ronchonnait sur la perte de son armée dans son coin. L'homme en costume mit le contact et démarra en trombe, manquant de peu un groupe de personnes qui marchaient tranquillement.

- Mais t'es complètement malade, hurla la jeune femme en lui frappant le bras.

- Je suis un pro, répondit l'homme en grillant un feu rouge.

- Arrête cette voiture immédiatement ! JE vais conduire.

- Non.

- Si.

- Non !

- Si !

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

- Bonjour. Papiers du véhicule s'il vous plaît.

La jeune femme lança un regard incendiaire au patron qui cherchait les papiers dans la boîte à gants et sortit de la voiture. Mieux valait qu'elle marche un peu pour se détendre.

- Liana ? Qu'est ce que tu fais là ?

- Julien ? Qu'est-ce que tu fais là toi, s'exclama Liana en s'approchant du policier, qui se trouvait être ami de son frère.

- J'ai été muté. Et toi ? Tu abandonnes le bassin d'Arcachon ?

- Non c'est… C'est une longue histoire, soupira Liana en regardant la voiture. Et c'est compliqué... Mais en gros je me suis retrouvé avec lui là.

- Eh ! Je t'entends je te signale ! râla le « lui là » en question.

- Toi silence et cherche ton permis, si tu en as un, dit la jeune femme en se campant aux côtes du policier.

- J'en avais un. Y'a longtemps. En Russie.

Les deux échangèrent un regard.

- Monsieur, je vais vous demander de sortir du véhicule, annonça Julien en prenant un air sérieux.

Le patron ouvrit la portière, sans pour autant mettre un pied hors de la voiture, et s'alluma une cigarette. Liana lança un regard désespéré à Julien.

- Laisse tomber, la dernière fois il s'est enfui d'une prison haute sécurité. Il est presque moins dangereux quand il peut faire ce qu'il veut.

Julien regarda Liana puis soupira, son collègue venait de confirmer les dires de la jeune femme par talkie-walkie.

- Le pire c'est que tu as raison... Bon, une amende, une nouvelle note à votre dossier... Ca ne sera que la… Je ne veux même pas lire le nombre. Roule sans permis, note le policier en le notant sur un carnet. Vous savez que vous serez invité à comparaitre devant un tribunal ? Encore.

Puis il tendit l'amende au patron qui l'attrapa avant de la rouler en boule et de mettre le papier dans sa poche. Comme s'il allait se rendre à une de ses convocations, il avait plus important à faire. Il souffla une bouffée de fumée se leva avant de s'éloigner de quelques pas. Le geek sortit sa tête par la fenêtre.

- Y'a un problème ?

- T'inquiètes pas, je vais reprendre le volant, sourit légèrement Liana avant de se tourner vers l'agent. Bon bah c'était inattendu mais ça m'a fait plaisir de tomber sur toi Ju.

- Moi aussi. Mais, tu vis avec ce type du coup ?

- Hum... Oui ? C'est un peu... Compliqué. C'est plus une colocation.

Le brun soupira.

- Toujours dans des situations pas possible toi... Je ne devrais pas prévenir ton frère par hasard ? Je suis sure que tu ne l'as pas fait.

- C'est pas la peine ! répondit précipitamment Liana. Et puis il est encore à l'étranger.

- Tu es sûre ?

- Certaine.

- Bon, fait attention à toi quand même, conseilla le policier en lançant un regard vers le patron. Avec un type pareil dans les parages…

- T'inquiètes pas, je me débrouille.

- Si tu le dis… Allez, à la prochaine.

- Prends soin de toi, sourit la jeune femme.

- Applique toi-même tes conseils avant d'en donner aux autres, se moqua l'homme avant de repartir vers son véhicule. On y va Daniel (Daniel ? Comme Antoine ? J'avais pas fait attention en écrivant ce prénom). Le psychopathe est surveillé par une amie.

Le patron regarda la voiture aux couleurs de la police disparaitre sur la route et jeta sa cigarette par terre en revenant à grands pas vers Liana.

- Si je le recroise, je l'étripe.

- Laisse Julien tranquille s'il te plaît !

Liana s'installa derrière le volant, le patron fulminant maintenant à sa droite.

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

- Mais on pouvait largement passer, râla l'homme en costume en montant l'escalier. C'est à croire que tu n'as jamais appris à conduire !

Liana qui le suivait leva les yeux au ciel. Il avait été impossible pendant tout le trajet. En ce moment, il plaidait que si on sortait à gauche, on pouvait largement passer à contre sens sur un rond point. Le patron ouvrit la porte de l'appartement est disparu dans sa chambre. De son côté, Liana discuta un instant avec le panda et d'un commun accord, ils organisèrent une réunion.

Le hippie fut tiré jusqu'à la cuisine et la petite équipe au complet — oui, même le patron avait quitté sa chambre après moultes demandes et menaces — s'attabla pour faire le point sur les récents événements.

- Comment on va survivre sans Mathieu ?

- On s'en est très bien sorti pour l'instant, fit remarquer le panda.

- C'est la fin du monde !

- Oh tiens, ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu, toi. Tu pourrais arrêter de débarquer comme ça ?

- Non c'est ma spécialité. Je vous ai manqué ?

- Oh ça non, pas spécialement.

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

- Liberté, cria Mathieu en courant dans le parking de l'hôpital. Alléluia !

Liana qui suivait à rythme plus modéré souffla mi-amusée, mi-consternée.

- Mathieu, tu n'es resté que cinq jours ! D'ailleurs tu aurais du rester bien plus longtemps...

- C'était atrocement long et je cicatrise vite. Viens, on va manger des hamburgers.

- Mais...

- Hamburgers !

La jeune femme, résignée devant l'acharnement de l'ex patient, consenti à faire un détour avant de rentrer.

- Yes ! Dégagez les patchs ! Aaaiiie ! 'tain mes poils !

Liana retient de justesse ses mains sur le volant. L'envie de se taper le front avec un air désespéré était bien présente mais le trafic mouvementé imposait la prudence. Mathieu grimaça et frotta son torse à travers son t-shirt.

- Ça fait super mal...

- Te plains pas tu t'es jamais épilé.

Mathieu pris un instant pour réfléchir.

- Effectivement. Vous n'êtes pas bien à faire ça volontairement.

- Des gars le font aussi tu sais.

- Ah ouais ? Ah bah oui je suis con le panda le fait des fois.

- Comment tu sais ça toi ? lui demanda Liana en lui lançant un regard étonné.

- On entend ses cris de douleur résonner dans l'appartement, expliqua Mathieu en prenant une voix grave.

Liana détourna le regard de la route pour dévisager son colocataire.

- Je plaisantais, c'est presque toujours moi qui fait les courses donc je sais ce que tout le monde achète.

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- Hahaha, rigola Mathieu en entrant dans l'hôpital le sourire aux lèvres. Si on m'a dit que je reviendrais aussi vite.

- Mathieu, l'arrêta Liana à ses côtés. Calme toi, s'il te plaît, tu n'oublie pas que c'est un hôpital.

- Non mais reconnais que c'est marrant. C'est toi qui es venu me chercher quand je sortais et là je t'accompagne pour y rentrer une semaine plus tard. Le hasard...

- Tu parles d'un hasard ! Tu m'as carrément supplié de te laisser m'accompagner.

- Le hasard, répéta Mathieu en hochant la tête.

Et pendant qu'ils approchaient de l'accueil, Maître Panda les rejoignit.

- C'est bon la voiture est garée.

Liana baissa la tête en s'avançant vers l'accueil. Pourquoi avaient-ils voulus l'accompagner à ce point ?

- Bonjour, j'ai rendez vous avec un chirurgien.

- C'est pour une opération ?

- Non pour un suivi de radio.

- Ça sera dans l'aile gauche, au rez-de-chaussée.

- Merci, répondit Liana qui s'éloignait déjà en se sentant vaguement observée par les patients à cause des deux sosies qui la suivait en discutant joyeusement.

En avançant dans le couloir la jeune femme jeta un coup d'œil dans son dos, les deux Sommet échangeaient sur la possible qualité des boissons des distributeurs du hall.

- Bon les gars, je vais aller attendre puis récupérer une feuille, ensuite attendre encore et passer une radio avant d'attendre de nouveau pour le rendez vous avec le chirurgien. Dooonc, allez vous balader dans le parc ou goûtez toutes les boissons possible mais ne me suivez pas partout !

- Quoi ? Mais ça a l'air super marrant ton truc.

- Ouais ! Super marrant ! enchérit le panda.

La jeune femme leur lança un regard noir et les deux hommes reculèrent.

- Ça va, ça va... On t'attend dans le hall, d'accord ?

- Je préfère. Merci.

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

- Café, s'exclama Mathieu devant le distributeur de boissons.

Le panda le regarda.

- Encore ? Je croyais que ton médecin t'avais dit d'en boire moins.

- Je te paye ce que tu veux mais tu ne lui dis rien.

- Vendu !

Mathieu inséra plusieurs pièces de monnaie et tendit un billet à l'ursidé qui partit à la recherche de quelque chose à grignoter.

- Monsieur Sommet, qu'est-ce que vous buvez ?

Mathieu se figea et se retourna lentement, son gobelet en plastique encore plein. Devant lui, en blouse blanche, le médecin qui l'avait surveillé pendant tout son séjour dans l'hôpital. Et étrangement, l'interne qui lui collait aux basques habituellement n'était pas à ses côtés.

- Bonjour docteur, dit-il avec un sourire figé sur les lèvres. Comment allez-vous ?

- Très bien merci, mais vous, c'est encore un café ? Le combien depuis ce matin ?

- Heu... Le deuttrrois... Le sixième, admit-il sous le regard inquisiteur. Mais pour ma défense ces gobelets sont très petits.

Le médecin regarda sa montre et soupira légèrement.

- Vous avez de la chance je n'ai pas le temps de vous refaire un sermon sur les dangers de la caféine à haute dose. Mais faites attention quand même.

- Oui docteur, répondit l'homme d'une petite voix.

Le médecin partit et Maître Panda s'approcha de Mathieu qui fixait le liquide sombre.

- Ça va mec ?

- Hummm...

Mathieu vida d'un trait le contenu du gobelet.

- Ça va mieux. Au fait t'as vu le patron ce matin ?

- Nan. Il est parti bosser super tôt.

- Je me demande ce qu'il fait…

•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•°•

- T'aurais jamais dû t'en prendre au gamin.

Ce fut la dernière phrase que l'homme entendit avant que le poing du patron ne s'abatte dans sa mâchoire, rapidement suivit par d'autres coups. Sa victime s'évanouit vers le troisième et le mafieux se défoula un peu sur lui avant de passer au suivant.

Après avoir nettoyé le grand hangar, le criminel s'alluma une cigarette en s'asseyant sur un vieux bidon d'essence. Il fuma en silence, attendant que les renforts de ses ennemis arrivent. Un homme gémit douloureusement et essaya de s'enfuir en rampant. Le criminel se leva, sortit son arme et lui tira froidement dans le dos. Déjà qu'il n'était pas fondamentalement clément, si on touchait à sa famille il n'avait plus une once de pitié.

Son attente fut récompensée par l'arrivée d'un nouveau groupe, guidé par un homme qu'il n'avait jamais vu. Il le jugea rapidement du regard, même s'il s'en donnait l'air, ce type n'était certainement pas le chef, au mieux un lieutenant.

- Alors alors alors... T'es... Le patron c'est ça ? Pff tu parles d'un nom...

- T'as un problème avec ça peut-être ? demanda le criminel en plissant les yeux derrière ses lunettes.

- J'ai surtout un problème avec ton comportement. T'as tué une dizaine de mes hommes cette nuit.

- Visiblement tu ne sais pas les choisir. C'est plus compliqué de se débarrasser de retraités, railla l'homme en noir.

En face, le petit groupe d'hommes sembla s'agiter. Le patron leva négligemment une main et pointa les soi-disant mafieux avec son index et son majeur.

- Qu'est-ce que tu...

Le criminel leur tourna le dos et partit à grandes enjambées pour quitter le hangar. Dans son dos, ses hommes cachés dans les zones d'ombres du hangar fusillèrent les intrus sans cérémonie. Arrivé dehors, l'homme en noir souffla un instant et chercha son paquet de cigarettes dans la poche intérieure de sa veste. Il en glissa une entre ses lèvres.

- Besoin de feu ?

Le patron pencha la tête en arrière et se retrouva face à trois hommes.

- Vous êtes qui, marmonna méchamment le criminel qui commençait à en avoir marre d'être dérangé.

- Tu t'es débarrassé de nos collègues apparemment.

En entendant ces mots, le patron abandonna la recherche de son briquet et sa main se posa instinctivement sur son arme.

- Mauvaise idée, sourit celui qui devait être le chef des trois tandis que les deux autres immobilisaient le criminel en l'envoyant à terre.

Ce dernier jura et se débattit, il réussit à balancer un pied dans un ventre avant que le troisième ne lui tombe littéralement dessus.

- Dégage de là ! cria le patron pendant que l'homme, assis à califourchon sur lui, approchait une main de son visage.

- Tenez le bien les gars, ordonna-t-il avant d'arracher les lunettes de soleil de l'homme en costume.

Le patron ferma aussitôt les yeux mais il réalisa qu'il avait été trop lent quand un liquide aspergea son visage et commença à brûler ses yeux. Il rugit en gardant ses paupières closes et essaya de reprendre le contrôle de la situation. Soudain, des coups de feu retentirent et un poids mort tomba sur son torse. Sans ouvrir les yeux, il le repoussa violemment sur le côté.

- Patron ! Tout va bien ?

L'interpellé reconnu la voix d'un de ses hommes.

- Ça va, grogna-t-il en se redressant sur ses coudes. Mes lunettes ?

Une main anonyme les déposa aussitôt sur ses yeux et se glissa à ses côtés pour l'aider à se relever. Le patron reconnu aussitôt le corps qui l'aidait à tenir debout.

- Tatiana ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'ai trouvé une lettre de menace au bureau. Je me suis dis que ça allait mal tourner. On dirait que j'ai bien fait de venir...

- Humph. Congédie les autres.

- Tout est réglé les gars, je m'occupe d'appeler l'équipe de nettoyage, rentrez chez vous.

Le patron entendit un concert d'approbation —dans la mafia aussi on aimait finir plus tôt — et des portières claquèrent. Tatiana le guida jusqu'à sa voiture, ouvrit une portière et le força à s'asseoir sur un siège.

- Maintenant qu'on est seul, qu'est-ce qu'ils ont mis dans tes yeux ?

- J'en sais rien, répliqua le criminel en enlevant ses lunettes.

- Oh.

Les mains de Tatiana se posèrent sur ses joues et le mafieux fronça les sourcils.

- Quoi ?

- C'est pas bon ça, Patron, dit Tatiana, assez inquiète. Tu peux ouvrir les yeux ?

- Je préfère pas, grimaça-t-il. Ça brûle assez comme ça.

Tatiana se mordilla les lèvres pendant que son chef remettait ses lunettes sur son nez, cachant la chair rougit.

- Tu devrais peut être...

- N'y pense même pas.

- ... Et ton médecin ? Celui d'avant ?

Le patron recula, fit passer ses jambes dans la voiture et croisa les bras.

- Ramène-moi.

Tatiana referma sa portière et fit le tour du véhicule pour s'installer derrière le volant.

-Tu es sûr que ça va aller ? demanda-t-elle doucement en démarrant.

-Ouais. Dépose-moi juste chez moi.