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Hey !

Voici enfin un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira :)

Sinon pour répondre à la question du chapitre précédent, à savoir qu'est ce que Mikasa avait bien pu faire à Livaï pour qu'il cri aussi fort, voici les deux options que j'avais en tête :

- Elle lui a broyé les boules xD

OU

- Elle lui a faite sa première "gâterie" MDR

Dans les deux cas l'idée de Mikasa était de démontrer à Livaï qu'il était capable de gueuler plus fort qu'elle, il l'avait un peu vexée notre petit goujat haha !

Vous avez le choix entre les deux ou vous pouvez simplement garder la conclusion à laquelle vous avez pensez à la lecture du précédent chapitre, mais voilà si vous étiez curieux de ce que j'avais en tête quand j'ai écrit cette scène mystérieuse et comique je vous donne ce que j'imaginais lol.

Aller, je vous laisse lire le nouveau chapitre !

À bientôt ;)

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Les oiseaux s'envolèrent brusquement des arbres environnants quand un cri de douleur précédé par un sinistre craquement retentit...

Mike supervisait un entraînement tridimensionnel dans la forêt, quand le cri parvenu à ses oreilles ainsi qu'à celles des autres soldats, tous se figèrent et tournèrent leurs regards surpris vers la provenance du cri.

" Gelbar, je te laisses en charge, je vais aller voir ce qui se passe. " Le Chef d'escouade vola rapidement à travers la forêt à l'aide de son équipement tridimensionnel, il eut un hoquet de surprise quand il vit de haut et de loin les silhouettes de Livaï et Mikasa, l'un était assis au sol tandis que l'autre se tenait debout. Mike se laissa retomber souplement sur le sol et s'avança vers eux à grande enjambée. " Mikasa ?! " Mike accéléra son pas mais quand il dépassa Livaï il vit du coin de l'œil avec surprise que ce dernier restait immobile et totalement stoïque face à la situation. Il ne s'attarda pas plus sur l'expression du Caporal et redirigea son attention sur la jeune soldate au sol, il s'agenouilla et l'inspecta rapidement du regard. Elle était assise, une main sur son tibia gauche, les sourcils froncés et la mâchoire tendue. " Tu peux te lever ? "

Mikasa hocha simplement la tête et se saisit de la main que Mike lui tendait pour l'aider à se relever. Une fois debout sur sa jambe valide, elle posa avec appréhension son pied gauche, elle grimaça au fur et à mesure qu'elle y mettait doucement plus de poids et manqua de tomber à nouveau au sol si Mike ne l'avait pas retenue par les épaules. " Apparemment non... Il faut t'emmener à l'infirmerie. " Sans attendre de réponse ou de protestation, il passa un bras dans son dos et l'autre derrière ses genoux, il la souleva avec aisance et commença à marcher tout en lui demandant ce qui s'était passé. La voix de Mikasa parvenue à ses oreilles de manière évasive alors qu'il observait Livaï par dessus son épaule, il était particulièrement calme, il prenait même le temps de remettre sa veste et de prendre celle de Mikasa sur la clôture en bois avant de les suivre tranquillement. Même pour quelqu'un de détaché et avec un sang-froid à tout épreuve comme Livaï, Mike trouvait son comportement incroyablement distant.

Rapidement, Mike et Mikasa arrivèrent à l'infirmerie et il déposa la soldate sur l'un des lits vacants. Le médecin s'avança vers eux et demanda ce qui s'était passé, à nouveau Mikasa expliqua brièvement et sans entrain qu'en s'entrainant elle avait reçu un coup de pied de Livaï dans son tibia, le docteur hocha de temps en temps la tête pour montrer qu'il était attentif alors qu'il enleva avec précaution la cuissarde et remonta le pantalon blanc jusqu'au genou, laissant apparaître déjà une belle ecchymose ainsi qu'un gonflement, il palpa doucement en fronçant les sourcils. " C'est vraiment en s'entrainant que c'est arrivé ? Le choc semble avoir était plutôt violent. "

" Livaï n'est pas du genre à faire dans la demi-mesure ni à ménager même pendant un entraînement car il n'y a pas de pitié ni de retenue en circonstance réelle. " répliqua le plus simplement du monde Mikasa au médecin qui la regarda en retour nerveusement, il y avait malgré tout des limites à avoir pendant un entraînement pour justement éviter de se blesser à un tel point. Mike regarda la jeune femme en fronçant les sourcils, elle avait dit cela comme si c'était un simple accident, et ça Mike n'en était pas convaincu. Pour avoir regardé plusieurs fois Livaï et Mikasa s'affronter pour s'entraîner, il en était arrivé à une conclusion effrayante... Livaï se retenait toujours un petit peu, pire il maîtrisait si bien sa force et ses coups qu'il parvenait à affliger l'exact impact qu'il souhaitait obtenir. Alors oui il ne s'était jamais retenu de faire quelques petits bleus à Mikasa mais jamais au point de la blesser véritablement comme elle l'était actuellement.

En parlant du loup, Livaï fit enfin son entrée, il déposa la veste de Mikasa sur le lit de cette dernière avant de se reculer pour s'adosser contre le mur en croisant nonchalamment les bras, il regarda brièvement la silhouette allongée de Mikasa avant de planter des yeux sans émotions sur le docteur. " Alors ? "

" C'est cassé. " Répondit simplement le médecin, il tourna son regard sur Mikasa. " Je vais t'immobiliser la jambe avec une attelle, tu ne devras surtout pas prendre appui dessus pendant quelques semaines. Et évidemment, tu ne pourra pas prendre part à l'expédition de demain et sûrement la suivante... " Ajouta-il avant de se lever pour aller récupérer une attelle. La jeune femme leva ses yeux de sa jambe, son regard tomba sur Mike se tenant debout les bras croisés fermement sur son torse devant le lit sur lequel elle était à moitié allongée. Même si son visage était face à Mikasa, ses yeux eux fixaient en coin à sa gauche. Elle suivit le regard suspicieux de Mike et tomba alors sur Livaï qui se tenait sur sa droite, toujours adossé contre le mur, ses yeux gris fixaient de manière stoïque sa jambe blessée. Au bout de quelques secondes, sentant sûrement qu'elle le regardait, Livaï releva ses yeux et croisa les siens. Les lèvres de Mikasa se séparèrent l'une de l'autre laissant un mince espace entre elles, il y avait quelque chose d'étrange dans le regard de Livaï. Non, c'était justement l'absence de quelque chose...

" Bien, retires ton pantalon. " La voix du médecin qui s'avançait vers elle avec une grande pièce en cuir marron ne l'autorisa pas à s'attarder plus longtemps dans la compréhension du regard de Mike envers Livaï, ni sur celui de ce dernier.

" Bon je vais retourner voir mes recrues. " Mike contourna le lit pour s'approcher de Mikasa. " Ne te surmènes pas trop. " Il lui ébouriffa brièvement les cheveux en lui offrant un mince sourire tendre avant de s'éclipser non sans jeter un dernier regard de travers au Caporal.

Mikasa retira son pantalon non sans trop grimacer, le docteur appliqua une sorte de pommade sur son tibia avant de recouvrir sa jambe avec une grande chaussette en laine allant de sa cuisse à sa cheville, il sangla l'attelle en cuir avec des barres de fer cousues à l'intérieur pour maintenir la jambe parfaitement droite et immobile. Une fois qu'il eut finit, Mikasa grimaça, elle avait l'impression d'avoir une jambe de bois. " Je dois porter cette chose tout le temps ? C'est... gênant et inconfortable... "

" Oui le maximum, tu peux la poser un peu de temps en temps tant que tu gardes ta jambe immobile et surtout ne prends pas appuis dessus, c'est cassé donc ça aggravera les choses. Sous le poids, ton os pourrait perforer ta peau et il te faudra alors plus que quelques semaines pour récupérer d'une telle blessure. " Mikasa hocha simplement la tête. Le docteur lui expliqua qu'il allait la garder ici pour la journée pour suivre l'évolution comme c'était encore tout frais, il entreprit alors de retourner à ses autres occupations même s'il demeurait toujours dans la grande pièce aux multiples lits presque tous inoccupés pour le moment. En tout cas jusqu'au retour de la prochaine expédition.

Livaï se tenait toujours adossé contre le mur, les bras et jambes croisées, le regard vide sur Mikasa, les traits de son visage effroyablement impassible. Il ne parlait pas, ne bougeait pas et il en était de même pour Mikasa, un silence profond mais ni confortable ni gênant s'était installé, comme celui entre deux simples inconnus. La soldate était en réalité plus absorbée à prendre pleinement conscience de son état et des conséquences que cela allait engendrer. Elle essayait de réprimander la douleur devenant de plus en plus forte au fur et à mesure que le temps s'écoulait. Elle ne gémissait pas mais on pouvait voir parfois quelques grimaces déformer les traits de son visage, la peau de son front se perler de quelques petites gouttes de sueur tandis qu'elle soupirait parfois, entre ses lèvres scellées, la contrariété et l'inconfort de cette chose autour de sa jambe. Elle détourna finalement son attention sur Livaï qu'elle observa quelques instants avant de regarder par la fenêtre où elle vit le soleil encore haut dans le ciel, des couples et des groupes de soldats vaquant à leur occupation.

" Tu devais y aller, tu as des responsabilités. " Sa voix était plate, ses yeux évasifs regardant à travers les vitres de la fenêtre. Elle ne dériva son regard que quand elle entendit le bruit de froissement de vêtements ainsi que celui régulier de claquement de bottes contre le sol. Mikasa ancra ses yeux songeurs sur son dos alors qu'il s'éloignait sans un mot ni un regard. Il avait beau ne pas être expressif, elle savait qu'il y avait quelque chose qui clochait mais elle n'aurait su dire exactement quoi.

Mike, Hansi, Livaï ainsi que son confrère Caporal-Chef se tenaient dans le bureau du Major, Erwin les briffaient une dernière fois sur le déroulement de l'expédition de demain. Hansi revenait toujours à la charge avec sa demande de capturer deux ou trois titans afin de les étudier. Demande qui fut une nouvelle fois rejetée car trop risquée, le Bataillon avait déjà capturés quelques titans dans le passé mais cela avait coûter la vie à de nombreux soldats et avec la précédente expédition Erwin ne voulait pas se risquer à perdre plus de soldats que nécessaire. Une fois la réunion terminée, il congédia tout le monde à l'exception d'un seul.

" Livaï, un mot. "

Le Caporal ayant été le premier à atteindre la porte, se stoppa et se retourna pour regarder Erwin, ce dernier attendit que tout le monde soit sorti avant de reprendre la parole. Il planta ses yeux bleus observateurs sur Livaï qui se tenait nonchalamment debout encore près de la porte. " Donc... Une jambe cassée hein ? " L'attitude et l'expression de Livaï restèrent impassibles. Erwin le regarda fixement en plissant les yeux. " Comme c'est ennuyeux, la veille de l'expédition en plus. On pourrait presque arriver à la conclusion que c'était intentionnel. "

Le Caporal resta silencieux, il avait bien compris les sous-entendus d'Erwin, mais il n'en avait rien à faire. Ils se confrontèrent tous deux du regard, l'un était froid et distant tandis que l'autre était inquisiteur et suspicieux. Après un échange silencieux plus ou moins long, Erwin eut un mince sourire amer. " Tu ne ne cherches même pas à le nier hein... " Et comme il s'y attendait il se heurta à nouveau à une expression ennuyé et un silence froid. Erwin le scruta impartialement, réfléchissant à la situation... Il détestait l'idée mais Livaï avait inconsciemment réussit à le mettre dans une impasse, il ne pouvait pas le punir la veille de l'expédition, il ne pouvait pas se permettre non plus de suspendre un soldat aussi talentueux et de toute façon il ne pouvait pas prouver que Livaï avait intentionnellement cassée la jambe de Mikasa pour qu'elle ne participe pas à l'expédition. Même si le Caporal ne le niait pas, il ne le confessait pas non plus. De plus il parierait tout ce qu'il avait sur le fait que Livaï avait agit en étant prêt à assumer les conséquences. Peu importe la punition il était prêt à la subir.

Puis de toute manière, qu'est ce qui pourrait être une punition pour lui ?

Faire le ménage ?

Définitivement pas une punition pour un maniaque comme lui.

Le renvoyer de l'armée ?

Pas une option envisageable au vu de son talent, même renvoyer Mikasa de l'armée pour l'éloigner de lui serait un incroyable gâchis et Livaï pourrait même s'en satisfaire, la sachant alors en sécurité.

Le mettre au mitard après l'expédition ?

Pourquoi pas, ça pourrait être une option même si Erwin savait que cela ne lui ferait absolument rien.

Ne pas le nommer Chef d'escouade ?

Encore une fois cela serait plus une perte pour le Major que pour le Caporal.

Il était dur de faire marcher Livaï à coups de bâtons, la vie qu'il avait eu lui avait rendu la peau bien trop dure pour ça. En revanche, la carotte fonctionnait toujours, pour peu que l'on sache laquelle utiliser. Livaï avait rejoint le bataillon sous la menace certes, mais ses amis avaient joués le rôle de la carotte, il avait concédé à s'impliquer dans l'objectif du Bataillon grâce à la volonté de Mikasa de reprendre le mur Maria et également par l'adhésion à la mentalité du Bataillon par Isabel, il avait accepté le rôle de Caporal-Chef pour avoir ses propres appartements...

" Oï t'as pris ta décision ? "

La voix rude et grave de Livaï sortit Erwin de sa réflexion, il fronça les sourcils en scrutant le visage impassible et les yeux gris perçants. Une lueur à la fois de fascination et d'effroi apparut dans les yeux céruléens du Major. " Tu n'as même pas une once de culpabilité, n'est ce pas ?! " Malgré la formulation, ce n'était pas une question mais une réflexion émise avec une voix presque murmurée alors qu' Erwin regarda le brun devant lui avec un fin sourire nerveux et dépité. Le Major se frotta le front avec sa main, il l'avait sous-estimé, comme lui, Livaï était prêt à faire également des sacrifices sans sourciller pour obtenir ce qu'il voulait. Il était partagé entre une certaine satisfaction de partager ce trait avec quelqu'un d'autre capable d'aller aussi loin mais également avec l'inconvénient que si leur volonté respective n'était pas la même, ils se heurteront l'un et l'autre. Et Erwin ne pouvait pas prédire le résultat de cette possible confrontation, il avait l'avantage d'être stratège mais Livaï avait une force incommensurable et était loin d'être stupide.

La raison de leur motivation à être prêt à tous les sacrifices était en revanche diamétralement opposée, pour l'un il s'agissait d'un but matériel à atteindre, pour l'autre il s'agissait de la pérennité d'un battement de cœur.

Pour atteindre son objectif, Erwin était prêt à mettre ce monde sans dessus dessous.

Pour protéger Mikasa, Livaï était prêt à aller jusqu'à s'en prendre à elle physiquement.

L'un avait un objectif à atteindre, l'autre un acquis à garder.

Et c'est peut-être là où Erwin avait l'avantage, lui seul pouvait se punir, il n'avait pas à craindre que sa volonté se retourne contre lui, accéder à la vérité de ce monde peu importe qu'elle soit bonne ou mauvaise resterait sa récompense. Livaï quant à lui, avait quelqu'un qui pouvait se retourner contre lui, se détourner de lui, qui pourrait le punir d'une manière ou d'une autre, quelque chose, quelqu'un à perdre.

Erwin congédia enfin Livaï, sans un mot ni réprimande. Il était intelligent et il avait compris dans sa réflexion qu'il ne serait pas celui qui pouvait punir Livaï de son action insensée et délibérée... Il savait que Mikasa, aussi dévouée puisse-elle être, ne le laissera pas s'en tirer si facilement d'une manière ou d'une autre...

Mikasa avait passée toute l'après-midi à l'infirmerie, sa jambe avait un peu plus enflée et était devenue plus douloureuse alors le médecin lui avait donné quelques cachets. Une dose un peu plus élevée que la moyenne car la jeune femme semblait avoir une certaine résistance à la médicamentation. Mais cela avait finit par agir, elle n'avait presque plus mal et était même très légèrement un peu amorphe.

Un peu avant l'heure du dîner, Livaï entra de nouveau dans l'infirmerie, il avait pris soin de prendre une jupe pour Mikasa car cela serait plus pratique à revêtir avec cette attelle à sa jambe. Le docteur briefa la soldate sur les médicaments et soins à appliquer, il lui remit des béquilles en bois en insistant encore sur le fait qu'elle ne devait pas mettre de poids sur sa jambe. Elle acquiesça et le remercia simplement alors qu'il quitta la pièce pour aller se rendre au réfectoire pour dîner, laissant à nouveau les deux noirauds entre eux et dans un lourd silence.

Mikasa essaya sans trop de succès de mettre sa jupe, son attelle immobilisant entièrement sa jambe était assez contraignante, elle grogna en songeant qu'elle allait devoir l'enlever pour devoir la re-sangler après. Toujours silencieux, Livaï s'approcha et sans établir de contact visuel il lui prit la jupe des mains, il s'agenouilla devant Mikasa assise sur le lit et passa la jupe sur ses jambes en se relevant progressivement, elle prit appui sur ses épaules pour qu'il puisse faire passer plus facilement sa jupe sous ses fesses et le remercia simplement avec une petite voix tandis qu'il lui tendit les béquilles. Elle prit le temps de se relever et de s'adapter un instant à sa nouvelle condition alors que Livaï maintenait la porte ouverte avec son dos, les bras chargés de ses affaires.

Le trajet se fit silencieusement, Mikasa en tête, Livaï marchait lentement quelques pas derrière elle. Arrivés devant les escaliers menant à leurs appartements, elle se stoppa pour observer les marches, elle réussit maladroitement à gravir une première marche. C'est pas que c'était difficile ou qu'elle n'avait pas assez de force mais manœuvrer avec cette jambe droite et rigide pour parvenir à monter les marches sans se cogner était particulièrement fastidieux. Mikasa se retourna alors pour monter les escaliers en marche arrière, elle en gravit deux ainsi relativement lentement car c'était loin d'être un réflexe naturel de monter des escaliers à reculons mais elle ne put continuer ainsi que Livaï lui enleva les béquilles et la prit sur son épaule comme un vulgaire sac à patate. Elle eut un petit hoquet de surprise mais ne répliqua pas, elle l'aurait sûrement fait en temps normal mais peut-être à cause des calmants ou parce qu'elle savait qu'elle faisait un peu pitié, elle se laissa transporter.

Arrivés dans le bureau de Livaï, il la déposa avec précaution sur le canapé, encore une fois elle le remercia alors qu'il plaça ses médicaments et pommade sur la petite table, il rangea ses bottes et les sangles de son équipement dans le placard d'entrée et alla mettre son pantalon dans le bac à linge de la salle de bain, il revient dans le bureau et le traversa rapidement. " Je vais chercher à manger. "

Quelques minutes après, il remonta un plateau avec leurs deux repas chauds qu'il déposa sur la petite table basse devant le canapé où était assise Mikasa, il prit place à côté d'elle et ils commencèrent à manger avec seul le bruit des couverts pour couvrir le silence. Même s'ils étaient tous deux plutôt de nature taciturne et pouvaient très bien se complaire dans le silence, n'échanger absolument aucune parole était malgré tout inhabituel pour eux.

Livaï demeurait impassible même quand il sentait le regard de Mikasa sur lui. Quand il se leva pour ramener le plateau au réfectoire, il pouvait sentir ses yeux noirs le transpercer dans son dos. Pourtant elle ne disait toujours rien alors qu'elle le fixa quand il rentra à nouveau, il la regarda un instant en retour avant de vaquer à ses occupations, il sortit son équipement tridimensionnel afin de le vérifier et de l'entretenir méticuleusement pour l'expédition de demain. Quand il entendit le bruit de béquilles se rapprocher de lui, il se tendit imperceptiblement, cependant Mikasa ne s'approcha pas de lui mais se dirigea vers la salle de bain.

Livaï reconcentra son attention sur son équipement mais en vain, il ne pouvait empêcher son regard de dériver vers la porte fermée derrière laquelle se trouvait Mikasa, il soupira et délaissa ce qu'il était en train de faire pour se diriger vers la salle de bain et y entra sans avertissement. Il trouva Mikasa en sous-vêtements, assise sur le rebord de la baignoire, son attelle en cuir à ses pieds. Il se pencha sur elle pour lui enlever la gaine en laine épaisse protégeant sa jambe mais elle le repoussa sèchement avec une main contre son torse, il leva enfin son regard un peu surpris sur elle et croisa ses yeux noirs brillants de fureur. " Je pense que tu en as assez fait pour aujourd'hui. "

Sans quitter des yeux le maniaque devant elle, Mikasa enleva elle-même sa longue chaussette, qu'elle jeta sèchement au sol, rejoignant ainsi la pile de vêtements négligemment éparpillée à ses pieds. Elle releva sa tête de manière presque hautaine en voyant Livaï tiquer sur le petit bordel au sol, quand il la regarda à nouveau et qu'elle vit que ses sourcils se fronçaient par contrariété, elle arqua brièvement un sourcil, défiant silencieusement le brun d'oser seulement se la ramener ici et maintenant avec sa maniaquerie maladive. Le message devait être passé car il ne fit et ne dit à ce sujet, il se contenta de serrer un peu les poings en restant sagement et silencieusement devant Mikasa. " C'était intentionnel ? " demanda-elle d'une voix sèche en désignant d'un signe de tête sa jambe blessée.

Il pouvait sentir ses yeux scruter chaque trait de son visage comme si elle y trouverait la réponse par elle-même. Cependant c'était inutile, il n'avait nullement l'intention de lui mentir, il ne l'avait jamais fait et ne prévoyait pas de commencer à le faire. Alors c'est calmement qu'il lui répondit sans cligner des yeux. " Oui. "

" Pourquoi faire ça ? " demanda-elle en plissant un peu plus son regard sur lui.

" Pour que tu ne participes pas à l'expédition. "

" Pourquoi ? " Insista Mikasa en prenant soin d'articuler sa question, sans dissimuler la colère dans sa voix, exigeant une réponse plus explicite.

" Parce que si tu ne peux pas partir, tu ne peux pas te faire bouffer. C'est aussi simple que ça. "

" Simple ? C'est la raison pour laquelle ma jambe se retrouve dans cet état ?! Pour me protéger d'une menace même pas imminente ?! "

" Je sais que c'est une façon peu commune de le faire mais ça marche et c'est tout ce qui compte. " Il soupira doucement avant de reprendre. " Saches malgré tout que je me suis assuré de le faire proprement et nettement, ça guérira vite et bien. Je sais que tu peux supporter cette douleur mais je comprends que tu puisses m'en vouloir et être en colère contre moi, je m'y attendais. "

Mikasa observa Livaï toujours aussi franc et impassible que d'habitude, elle le connaissait que trop bien pour savoir qu'il ne réagissait pas comme une personne normale, il ne fallait pas attendre de lui d'agir comme un preux et noble chevalier, il n'en était pas un et ne le sera jamais. Face à une impasse ou s'il se sentait acculé, il prenait toujours le chemin de la violence, cette dernière ayant bercée son enfance c'était un réflexe naturel pour lui et il n'y voyait pas spécialement le mal à l'utiliser pour parvenir à ses fins. Mikasa le comprenait, elle était pareille même si plus modérée... Mais, le soucis de cette situation pour la jeune femme n'était pas seulement qu'il lui ai cassée la jambe mais plus les raisons et les conséquences à cet acte qui mettait Mikasa en colère. " Bien sûr que je suis en droit de t'en vouloir et d'être en colère contre toi, je ne compte pas m'en priver ni te laisser t'en tirer comme ça simplement même si ta motivation était de me protéger. Et avoir fait ça proprement ne t'excuses pas plus. Je peux comprendre d'arriver à une telle extrémité pour protéger quelqu'un... Je serai la première à te couper bras et jambes sans y réfléchir une seule seconde si c'est ce qui te sauverai la vie. " Cette façon extrême d'agir était l'un de leurs nombreux points communs. C'est pourquoi Livaï ne s'étonna pas de ses propos, il ferait de même pour elle. Et cette confession le réconforta un peu quant à la situation actuelle, si elle parvenait à le comprendre, sa colère du moment finirait par s'estomper et tout redeviendra comme d'habitude, bien sûr avec un peu de temps.

Mais elle n'en n'avait pas finit avec lui.

Pas encore.

" Cependant, la situation ici est différente... Je ne vais pas pouvoir participer à l'expédition de demain ni peut-être même à la prochaine. Je vais devoir rester sagement tranquille pendant des semaines, je ne pourrais pas faire ou aller je le souhaite... " Elle marqua une pause et prit le temps d'observer les yeux gris qui la fixait attentivement. " Livaï... Outre que briser ma jambe, te rends-tu compte de ce que tu as vraiment fait ? "

Il eut un petit sursaut de surprise et la regarda interrogativement. Il ne comprenait vraiment pas le sens de sa question. Il venait pourtant de lui faire part de ses raisons, il avait confirmé avoir agit en toute conscience et connaissance de cause et elle avait bien compris tout ça... Alors pourquoi lui demandait-elle ça ?

En observant l'expression perdue et confuse de Livaï, Mikasa ne put qu'arriver à la triste conclusion qu'il n'avait absolument pas conscience de ce qu'il avait réellement fait. " Tu ne comprends pas... " affirma-elle dans un petit murmure en le regardant avec une triste déception.

Que devait-il comprendre ? Mikasa ne semblait pas vraiment lui en vouloir pour s'en être prit à elle physiquement, du moins pas autant que l'aurait sûrement fait une personne normale. Mais pas elle, elle le connaissait, elle l'avait vu dans ses plus mauvais jours et elle n'en n'avait jamais était choquée ou outrée, elle l'avait acceptée comme il est alors ce n'était définitivement pas ça, même le fait qu'il ne regrettait pas et n'éprouvait aucun remord ou encore sa "logique" ne la choquait pas. Non c'était autre chose... Mais quoi ? Pour la première fois ils ne se comprenaient pas. Il ouvrit et referma sa bouche à plusieurs reprises sans jamais émettre un seul son. Il la regarda avec une sincère incompréhension, ses yeux cherchant la réponse dans l'expression désespérément suppliante de Mikasa, l'implorant, espérant qu'il pourrait encore la comprendre comme il l'avait toujours fait, réaliser ce qu'il lui avait vraiment fait.

Mais ce ne fut pas le cas. À cette constatation, rapidement le visage de Mikasa changea, son expression devint dure alors que ses yeux noirs s'assombrirent encore plus que d'habitude. À cette vision Livaï tendit la main pour atteindre la jeune femme assise devant lui. " Mikasa, je... " Il se stoppa quand elle claqua la main qu'il tendait vers elle d'une tape sèche.

" Ne me touches pas. " Articula-elle avec une certaine autorité, ce n'était pas par peur, non c'était du dégoût, de la colère, peut-être même une manière subtile de lui faire comprendre qu'elle ne le laisserai pas l'atteindre, plus maintenant, d'une quelconque façon que ce soit. " Sors. " ordonna-elle sèchement ses yeux toujours plantés dans les siens. Le voyant encore devant elle, un peu interdit suite à son changement d'attitude, elle se leva sans quitter ses yeux des siens, leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre quand elle articula un dernier mot dans un souffle non-négociable. " Maintenant. "

Livaï pouvait voir comment le visage de la jeune femme était tendu et fermé alors qu'un ouragan prenait place dans ses yeux sombres. Cette tempête dans ses yeux lui était familière... Mais avec l'inconfort de yeux noirs qui le transperçait intensément, il n'eut le temps d'y réfléchir de quand il l'avait déjà vue. Il déglutit lentement avant de faire ce qu'elle lui avait ordonné et il put sentir qu'elle le fixait tout du long jusqu'à ce qu'il referme la porte derrière lui.

Il resta un certain temps devant la porte, malgré tout il ne parvenait toujours pas à regretter son action parce qu'elle semblait "juste" pour lui d'une certaine manière, il y avait définitivement quelque chose qui clochait chez lui. Il s'était préparé à ce que Mikasa soit furieuse contre lui, il ne se serait pas étonné qu'elle le frappe ou qu'elle l'insulte. Mais à la place il avait vu une tempête de ressentiment danser dans ses yeux noirs et ça avait été pire que si elle l'avait frappé ou insulté, il y avait vu quelque chose qu'il n'arrivait pas à définir mais qui instinctivement le blessa. Le bruit de l'eau de la douche interrompit ses songes, il entreprit alors de retourner à son bureau pour continuer d'entretenir son équipement. Il avait fait ce qu'il avait fait, avec ou sans remords, il n'y avait pas de retour en arrière.

Il n'y eu plus d'interaction entre eux, après avoir prit sa douche, soigner sa jambe et re-sangler son attelle, Mikasa alla dans le lit. Elle n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit, Livaï savait déjà qu'il ne serait pas le bienvenu, ce qui se confirma quand elle ferma la porte de la chambre, ce qu'elle ne faisait jamais quand Livaï était toujours même tardivement encore dans son bureau.

Alors comme au bon vieux temps (enfin pas si vieux que ça finalement) il se contenta de dormir sur la chaise de son bureau, un petit et court repos superficiel plus qu'un véritable sommeil. Comme il était encore bien tôt quand il se réveilla, il fit silencieusement le ménage dans son bureau ainsi que dans la salle de bain, il le fit autant pour lui afin d'essayer de se vider l'esprit et de savoir que tout était propre avant de partir, que pour Mikasa afin que son environnement soit sain et impeccable. Une fois son ménage finit, il profita d'une bonne douche même si toujours rapide, sachant d'avance que si l'expédition durait plusieurs jours, il n'aurait pas le luxe de pouvoir en prendre une de si tôt et devra se contenter de se laver au gant et à l'eau froide, éventuellement il pourrait plonger dans un petit fleuve s'il y en avait un à proximité du campement.

Il se stoppa en passant dans la chambre illuminée par les premiers rayons du soleil, il regarda la silhouette allongée de Mikasa, dos à lui, il se risqua à l'approcher. " Mikasa... " Elle ne répondit rien ni ne bougea d'un cheveu, cependant il savait qu'elle ne dormait pas il pouvait le voir à la façon dont sa respiration s'était stoppée quelques secondes quand il avait prononcé son prénom. " Je vais charger un des soldats de l'intendance de passer pour t'apporter tes repas. Je ne sais pas combien de temps va durer cette expédition. Erwin souhaite consolider l'un des gros points de ravitaillement, cela pourrait prendre plusieurs jours enfin s'il n'y a pas trop de perte pour continuer. " Encore une fois, elle ne bougea ni ne dit rien, Livaï soupira. Il avait eu le temps cette nuit de réfléchir un peu à toute cette situation, à leur situation en général. Il s'était attendu à ce qu'elle soit furieuse contre lui, comme elle avait l'habitude de l'être après une dispute ou quand il merdait par ses paroles, son manque de tact ou par sa maladresse, car il fallait se l'avouer même s'il était le plus âgé il était celui qui avait le plus de lacunes niveau relationnel. Mikasa le confrontait toujours directement et d'habitude, une fois la tempête passée, les comptes réglés, ils avançaient à nouveau et tout reprenait son court normalement. Mais jamais quoi qu'il puisse faire ou dire, elle avait jouée la carte de l'ignorance et de l'indifférence... Cette fois, il avait vraiment dû merder.

Livaï entreprit alors de sortir de la chambre mais il ne put s'empêcher de se stopper dans l'encadrement de la porte, il coula brièvement un regard par dessus son épaule à la silhouette immobile et alitée, ses poings se serrèrent un peu avant que sa tête se baisse légèrement, sa frange couvrant ses yeux rivés sur le sol. " J'y vais. " Et cette fois, il partit sans se retourner.

Mikasa sursauta sensiblement et serra le drap entre ses mains quand la porte du bureau se referma doucement. Quelques minutes plus tard, elle put entendre le bruit de nombreux sabots piétinant doucement le sol, s'éloignant progressivement de la base, le Bataillon d'exploration partait pour la 50-ème expédition extra-muros. La jeune femme s'emmitoufla un peu plus sous les draps, fronçant ses fins sourcils tristement, ses paupières tombèrent lentement sur ses yeux comme si cela lui permettrai d'atténuer la solitude qui s'immisçait froidement en elle.

Le soir, le Bataillon avait atteint la base de ravitaillement qu'il était prévu de consolider et d'apporter un peu plus de matériel en vu de l'avancée dans la reconquête du mur Maria. Depuis la chute de ce dernier, le seul avantage de la situation était les nombreuses bâtisses inhabitées, de la simple petite cabane en bois au plus luxurieux manoir. Ces derniers étaient parfaits pour servir de base de ravitaillement, souvent isolés et se tenant fièrement en contre-haut d'une campagne luxuriante à perte de vue, c'était un point stratégique parfait pour permettre de se reposer en territoire hostile. On pouvait voir les titans venir bien avant qu'ils puissent atteindre la zone et il y avait généralement assez de place pour que tous dorment à l'abri et à l'intérieur. Il y avait même des écuries et des granges pour abriter les vaillants chevaux du Bataillon. Le corps d'armée ailé en profitait même pour ramener avec eux les quelques richesses abandonnées dans l'urgence de l'invasion des titans, l'argent de la revente permettait d'atténuer un petit chouïa le gouffre financier qu'était le Bataillon d'exploration.

La troisième nuit et comme les précédentes, Livaï se tenait sur la terrasse de l'une des tours du manoir, assit sur le petit muret au bord du vide, il regardait l'horizon illuminé par la pleine lune, le vent frais soufflait contre son visage, balayant sa frange en arrière, faisant virevolter sa cape verte donnant presque vie aux ailes brodé dans son dos. La nuit était calme, aucun titan dans le proche horizon. Le Caporal n'était pas de garde mais ce n'était pas comme s'il avait sommeil alors autant en profiter pour prêter main forte à la sécurité.

" Caporal ? " Petra se tenait à quelques mètres, encore dans l'embrasure de la porte donnant sur la terrasse. Quand Livaï tourna ses yeux sur elle, elle lui sourit gentiment et s'approcha pour lui tendre une tasse en fer fumante. " Tenez. " Il pouvait déjà sentir l'arôme du thé parvenir à ses narines alors il ne se fit pas prier pour prendre la tasse tendue, il en bu une petite gorgée avant de reporter son regard à l'horizon.

Petra s'adossa contre le petit muret, dos à l'horizon, tenant sa propre tasse chaude avec ses deux mains pour se réchauffer les mains. Le silence s'installa pendant quelques minutes avant que la jeune soldate ne le brise avec un doux murmure, la tête un peu en arrière pour contempler le ciel sombre avec ses pointes de lumière. " C'est une belle nuit. " Sachant le Caporal peu loquasse elle s'attendait à ce qu'il reste silencieux. Elle retourna alors son attention sur le ciel étoilé non sans jeter de rapides coups d'œil à son supérieur. Il lui semblait toujours aussi inaccessible et impénétrable que la première fois qu'elle l'avait vu. Et cette impression se renforçait encore plus en le voyant seul. Livaï était toujours en compagnie d'Isabel, Farlan et de Mikasa. Deux d'entre eux étaient morts, l'une était blessée... Le voir ainsi tout seul était encore malgré tout intimidant mais également un peu triste.

" Quoi ? "

Petra sursauta à l'entente de la voix grave de Livaï, plongée dans sa réflexion elle ne s'était pas aperçu qu'elle fixait silencieusement son supérieur. La jeune soldate plaça ses mains devant elle comme si elle voulait se rendre. " Pardon, je me suis perdue dans mes pensées. "

Sans approfondir, Livaï retourna son attention sur l'horizon pour le plus grand soulagement de Petra. À l'instar de beaucoup d'autres soldats, le regard du Caporal était assez intimidant pour elle, non pas qu'il était effrayant mais il avait cette manière de vous regarder droit dans les yeux, si impassiblement que vous ne savez jamais quelle était son intention ni ses pensées. Bien sûr, parfois Petra avait pu observer différentes émotions dans ses yeux gris perçants comme la colère quand un titan dévorait l'un des leurs, la frustration de ne pas avoir pu le sauver, la tristesse et la fatalité suite à la mort d'Isabel et Farlan, une lueur acérée de défi mélangée à de la fierté quand Mikasa lui donnait un peu plus de fil à retordre pendant leurs entraînements, le dégout quand son regard tombait sur quelque chose ou quelqu'un de sale ou encore quand il prenait sur le fait Auruo en train de l'imiter pathétiquement.

Petra observa à nouveau le Caporal-Chef, son regard s'attardant sur les cernes noirs sous ses yeux. " Mikasa m'a dit un jour que vous avez des soucis d'insomnie. "

" Ah ? Cette satanée gamine parle beaucoup trop. " répondit Livaï évasivement et sans conviction, le regard toujours au loin.

" Faut dire qu'il a bien fallut qu'elle justifie la raison pour laquelle vous avez débarqué comme un somnambule dans notre dortoir il y a quelques semaines. " Répliqua Petra de manière taquine mais un peu sur la défensive. Ce qui fit tourner le regard surpris durant une petite seconde sur elle. " Alors il n'avait même pas remarqué ni prêter attention cette nuit-là... "

" Je n'avais pas l'intention de te faire peur à toi ou à qui que ce soit. "

" C'est bon vous en faites pas pour ça, Mikasa m'a expliquée la situation. "

Même s'il n'en avait pas spécialement l'air, il voulait savoir à quel point Mikasa avait détaillé la situation. Avait-elle dit que Livaï n'arrivait pas à dormir dans un lit à cette époque ? Qu'il faisait des cauchemars angoissants ? Avait-elle confié à Petra que la solution qu'elle avait trouvé était de lui faire sentir le pouls de son poignet ? Ou celui plus intense du cœur dans sa poitrine ? Se confiait-elle sur leur actuelle relation qui n'avait plus rien de platonique ?

Les filles parlaient entre elles de ce genre de chose d'après Farlan. Il s'égara un instant en songeant à Mikasa se confiant sur leur relation à Isabel, il imaginait déjà la noiraude avec un visage parfaitement stoïque prendre un sournois plaisir à mettre mal à l'aise sa complice rousse avec des confessions volontairement explicites. Même s'il savait qu'Isabel avait été séduite par l'idée que Livaï et Mikasa puisse former un couple, il n'était pas certain qu'elle aurait été partisante de confessions aussi intimes sur celui qu'elle considérait vraiment comme son grand frère même s'ils ne partageaient aucun lien de sang.

S'il arrivait à imaginer une telle scène avec Isabel, il avait un peu de mal à imaginer Mikasa se confier aussi ouvertement à Petra. Les soldates s'appréciaient certes mais la petite brune se confirait-elle aussi facilement ? Définitivement, non. De plus c'était souvent à lui que Mikasa se confiait ou questionnait même s'il en était lui-même le sujet. " Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? " demanda Livaï avec un ton superficiellement désintéressé. Il voulait juste savoir ce que Mikasa avait jugé bon de dire sur lui ou même sur eux deux, s'ils n'avaient jamais voulu intentionnellement faire de leur relation un secret, ils ne l'avaient jamais officialisée non plus. Ce qui fait qu'il ne savait jamais avec certitude ce que savaient ou pensaient certains soldats.

Petra haussa les épaules. " Que vous aviez des soucis d'insomnie. " Elle resta silencieuse quelques instants avant de rebriser le silence avec une voix évasive mais au ton un peu amer. " C'est un problème de beaucoup de soldats... Chacun finit par trouver une solution, souvent il s'agit de médicaments, de drogue, d'alcool... Certains utilisent même le gaz... Toutes ces solutions sont si... " À nouveau Petra marqua une pause en fronçant les sourcils avant de regarder Livaï du coin de l'œil. " Avez-vous recours à ce genre de poison vous aussi ? "

" Non. Mais je n'ai pas trouvé de solution miracle non plus. " C'était vrai, même si Mikasa l'avait grandement aidé à affaiblir son insomnie, ce n'était pas quelque chose dont il pouvait guérir aussi facilement, peut-être qu'il était impossible de s'en débarrasser définitivement après tant d'années à ce rythme. Ses nuits restaient plus courtes que la moyenne. Mais il fallait reconnaître que la belle Ackerman lui avait beaucoup apporter à ce niveau, grâce à elle, il était capable de dormir dans un lit et une ou deux heures de plus. Sans compter que depuis qu'elle dormait à ses côtés, il n'avait plus subit l'une de ses périodes de total insomnie mis à part ces derniers jours. Si Mikasa était ce qui se rapprochait le plus de son remède, elle était également devenue malgré elle, malgré lui, une dépendance à son sommeil.

" Est-ce que vous faites quelque chose de particulier malgré tout ? Je peux peut-être vous aider ? " demanda en toute innocence et sincèrement Petra. Elle avait un peu pitié de son supérieur et de ses cercles noirs autour de ses petits yeux.

Livaï regarda la petite rousse silencieusement un long moment, Petra déglutit doucement sous le regard qui la fixait impassiblement. " Ouais, on peut dire ça. " Mais était-ce réellement particulier ? Toute personne vivante avait un pouls et un cœur qui battait. Il attrapa avec nonchalance le poignet de Petra et posa ses doigts sur son pouls. Sans se soucier de l'embarras et de la surprise de Petra à son geste, il la questionna d'une voix lasse alors qu'il fixait stoïquement sa prise sur son poignet. " Dis Petra, si... Tu avais fait quelque chose de mal à quelqu'un... Que ferai tu pour arranger la merde que tu as foutu ? "

" Hein ? " D'abord embarrassée par le geste de son supérieur, qu'elle comprit rapidement que ce n'était en aucun cas de la tendresse vu comment il l'avait fait comme un simple geste insignifiant. Elle fut déstabilisée par sa question. Il était définitivement à part... " J-je pense que ça dépend de la gravité... " Sachant que Livaï n'irait pas plus loin dans sa confession, elle se reprit rapidement avant d'ajouter. " Mais s'excuser est la première étape. "

Livaï délaissa le poignet de Petra, ça n'avait pas le même effet que quand il sentait celui de Mikasa. Et il n'était même pas envisageable pour lui d'écouter son cœur comme il le faisait avec Elle. Cependant cela lui fit remarquer qu'outre pour l'apaiser ou pour sentir si la personne vivait, ce geste, sentir le pouls de quelqu'un d'autre était un bon moyen d'avoir une idée relativement grossière de ce que ressentait l'autre. Il avait pu sentir le pouls de Petra battre frénétiquement au début pour finir par revenir à un rythme plus habituel même si toujours un peu soutenu. Il avait dû la stresser ou la paniquer en agissant ainsi. Il savait qu'il avait tendance à faire cet effet aux gens. Elle s'en remettra. " Donc il faut s'excuser. "

À la manière nonchalante qu'il avait dit ça, Petra fronça ses sourcils. " Oui mais il faut qu'elles soient sincères ! Vous devez comprendre pourquoi vous le faîtes sinon ça n'a aucune valeur ! "

Livaï se renfrogna en la regardant en plissant les yeux. " Et comment on fait quand on a aucune idée de la putain de raison pourquoi l'autre nous en veut ? "

La jeune soldate écarquilla ses grands yeux noisettes, il comptait vraiment s'en tirer avec des excuses non sincères et en plus il voulait demander pardon pour quelque chose dont il n'avait pas la moindre idée ou encore dont il ne se sentait pas vraiment coupable ? Petra savait qu'il n'était pas bête, loin de là, mais à ce moment elle prit conscience que le Caporal avait définitivement certaines lacunes quand il s'agissait du relationnel, bien que c'était quelque chose qu'elle avait déjà remarqué, elle ne se doutait pas que ça en était à ce point. " Alors commencez par essayer de comprendre. Si vous avez fait du tort à quelqu'un, mettez vous à sa place, parlez lui, demandez lui pourquoi elle vous en veut... Comme je vous l'ai dit sans sincérité, les excuses ne valent rien, ça en serait même insultant! D'autant plus si vous n'arrivez pas à comprendre votre erreur ou le tort que vous avez fait à cette personne. Vous pourrez alors recommettre cette erreur et cette fois-ci cette personne ne voudra peut-être même plus vous accorder son pardon. "

Livaï l'avait écouté attentivement tout du long, ses paroles avaient du sens et c'était assez logique. Il n'avait jamais vraiment eu à s'excuser jusqu'à présent, enfin il aurait dû sûrement le faire à maintes reprises mais il ne l'avait jamais réellement fait car il ne regrettait que très rarement ses choix et ses actions alors à quoi ça lui aurait servit de s'excuser pour quelque chose qu'il jugeait bon ou dont il n'avait aucun remord. Mais cette fois fût différente, il ne savait toujours pas le véritable tort qu'il avait fait à Mikasa mais à en juger par la réaction et ce qu'il avait lu dans le regard de cette dernière, il s'agissait de quelque chose d'assez sérieux et profond. Avoir brisée la jambe de Mikasa ne l'avait pas simplement blessée physiquement mais aussi "émotionnellement" parlant. Et si Livaï ne se souciait guère de la douleur physique car celle-ci était efficace pour apprendre et retenir, les blessures profondément émotionnelles, pas celles superficielles d'un égo ou d'une fierté malmenés, non celles qui se gravaient à même votre âme. Celles-ci étaient beaucoup plus sérieuses et dangereusement irréversibles.

Avec ses dernières nuits blanches, Livaï eut tout le temps de réfléchir, en rejouant mentalement la scène de la salle de bain avec Mikasa, la dernière fois qu'elle lui a parlé, qu'elle l'a regardé... Il avait put enfin identifier le regard qu'elle avait posé sur lui. De QUAND et sur QUI elle l'avait déjà posé avant lui... C'était le même qu'elle avait eut sur Klaus juste avant qu'il meurt où quand elle osait en parler, ses yeux devenaient encore plus noirs qu'ils ne les étaient déjà, une lueur flamboyante dansait dangereusement dans ce profond abysse, matérialisant la tempête de ressentiment comme la haine, la rage, la colère, la volonté de ne plus se soumettre, l'envie de réduire par le feu dans ses yeux l'ennemi en cendres.

Pour protéger Mikasa, pour se protéger lui-même d'une perte trop douloureuse, il était prêt à de gros sacrifices comme ne plus l'avoir à ses côtés même si cela serait douloureux, il pourrait même la laisser le détester, l'insulter, le frapper, s'éloigner de lui, être indifférente avec lui si cela lui permettait de rester en vie et en sécurité.

Mais qu'elle le regarde comme cet homme... Ça, Livaï ne pouvait ni s'y faire ni l'accepter. Parce que Mikasa ne vouait pas qu'une simple haine à Klaus, elle exécrait le simple fait qu'il ai pu avoir une existence et même mort il la rebutait de tout son être, de tout son corps, de toute son âme. Son aversion était si profonde envers cet homme que même quand il mourut devant ses yeux elle n'en tira ni joie ni satisfaction, déterminée à ne rien ressentir pour lui quelque chose qui se rapprocherait un tant soit peu d'un sentiment positif , même aussi indirectement.

Dans ses pensées, Livaï remarqua à peine le départ de Petra. Une fois à nouveau seul, il laissa un profond soupir franchir la barrière de ses lèvres. Demain le Bataillon regagnerait l'enceinte du mur Rose. Demain il rentrerait.

Son regard scrutant l'horizon s'attarda sur un mouvement en provenance de la dense forêt non loin. Il plissa les yeux pour mieux discerner ce qui s'y cachait, il posa une main sur l'une des manettes de son équipement tridimensionnel par précaution au cas où il devrait intervenir si le titan venait vers le manoir.

Mais ce n'était pas l'un de ces monstres juste une petite harde de biches sortant de la forêt pour traverser le grand pré. Le regard de Livaï s'attarda sur l'un des animaux à l'arrière du petit groupe, la biche se stoppa et tourna la tête vers la forêt où son petit en sortit en trottinant pour rattraper sa mère. Cette scène sous ses yeux lui rappela le souvenir de sa première expédition, celle où lui, Farlan et Isabel avaient vus ces animaux pour la première fois.

Mais cette fois, il était tout seul pour observer le spectacle.

Il y aurait pu y avoir Mikasa mais il était celui qui avait fait en sorte qu'elle ne soit pas là, avec lui.