Elizabeta fit glisser la compresse imbibée de désinfectant sur les blessures qui s'étalaient le long du dos de Gilbert. Il avait pu être recousu, pas dans les meilleures conditions, mais ce fut déjà un miracle de trouver un médecin assez rapidement. Pendant de longs jours, les plaies n'avaient pas été belles à voir. Aujourd'hui, les croutes commençaient doucement à se faire plus visibles que la chaire si longtemps à vif, et les risques d'infection diminuaient rapidement, ce qui était rassurant. La jeune femme regardait sa main glisser sur la peau pâle de Gilbert, tentant d'être la plus douce possible tout en nettoyant ses plaies du mieux qu'elle pouvait.

- Le médecin a dit que ça cicatrisait bien.

Gilbert, couché sur le côté droit regardait le mur contre lequel était placé son lit. Il ne répondit pas. Assise sur une chaise à côté du lit, Elizabeta soupira et saisit un rouleau de bandage propre.

- Tu veux bien t'asseoir ?

Nouveau silence. Elle ne les supportait plus. Cela faisait maintenant plus d'une semaine, et le nombre de mots prononcés par Gilbert se comptaient sur les doigts d'une main. Les premiers temps, Elizabeta avait cru que les coups qu'il avait reçus lui avaient déréglé le cerveau, mais le médecin avait affirmé qu'il ne semblait avoir aucune séquelle physique grave, mais psychologiquement un traumatisme lui paraissait tout à fait compréhensible.

Le visage de l'albinos avait maintenant bien dégonflé et les bleus qui recouvraient son corps changeaient de couleurs chaque jour, passant du violacé, au jaune, au vert. Peu à peu, Elizabeta commençait à reconnaitre le corps de son ami. Elle était heureuse de voir les formes de son visage réapparaitre derrière les hématomes. Mais elle avait le cœur chaque jour brisé de constater que le caractère, l'attitude, les gestes de Gilbert ne revenaient pas. Il était d'un naturel si bruyant avant, et là il restait inlassablement silencieux, comme s'il attendait simplement que les jours passent. Elle avait tenté plusieurs fois d'entamer une discussion. Mais lui d'ordinaire si extroverti ne cherchait même plus le regard des gens qui venaient le voir. Elle réitéra sa requête en tentant de ne pas penser à tout ça, elle ne pouvait pas se permettre de fondre en larmes devant lui.

- Gil… J'ai besoin que tu t'assoies.

Son ami détourna enfin les yeux du point imaginaire qu'il fixait sur le mur. Il obéit, en lâchant un soupir discret de douleur. Chacun de ses mouvements lui était encore pénible, mais il ne se plaignait pas. Elizabeta finit de le panser, elle recommencerait le soir même, et le lendemain matin, jusqu'à ce qu'il soit entièrement guérit. Elle hésita à tenter encore d'ouvrir une discussion, elle aurait pu lui demander s'il avait faim ou besoin de quelque chose. Mais elle savait déjà que c'était inutile d'espérer une réponse. Et pourtant, elle mourrait d'envie de partager à nouveau quelque chose avec lui, n'importe quoi. Elle aurait voulu lui parler de Toris qu'elle avait vu la vieille au soir. Il avait demandé de ses nouvelles. Tout le monde demandait de ses nouvelles. Toris était venu le voir après ce qui s'était passé, mais Gilbert lui avait ordonné de sortir au premier pas qu'il avait fait dans la pièce. Elizabeta savait qu'aujourd'hui encore Gilbert préférerait surement ne pas entendre parler de lui. Mais de quoi pouvait-il avoir envie de parler ? Quoi qu'elle dise, elle n'obtenait jamais aucune réaction de sa part. Elle aurait tout donné pour savoir à quoi il pensait, quelles idées il pouvait ressasser, savoir s'il ne souffrait pas trop. Elle se rassurait en se remémorant celui qu'il était quelques mois auparavant, fier de lui, se vantant des projets qu'il avait, de ce qu'il allait faire. Puis elle revenait à la réalité en le voyant tel qu'il était aujourd'hui, et elle avait l'impression que son ami avait à jamais disparu. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et se leva. Elle se sentit faible. Lui ne pleurait pas, et elle ne se sentait donc aucun droit de le faire. Alors qu'elle allait quitter la pièce, elle fut agréablement surprise d'entendre sa voix.

- Merci Lizzie.

Cette voix qui lui avait tant manqué la fit tressaillir. Son ton était tristement monocorde et à demi-étouffé, mais ces simples mots lui redonnèrent espoir. Elle se retourna, il était toujours assis sur le lit, impassible, mais il la regardait. Elle l'observa un instant, espérant un nouveau mot, mais il ne dit rien de plus. Posant sur un meuble la boîte de soin qu'elle avait utilisée, elle retourna s'asseoir sur le bord du lit et Gilbert se recoucha doucement en venant déposer sa tête sur les genoux de la jeune femme. Elle passa une main dans ses cheveux, elle aurait tant voulu l'aider, mais elle ignorait quoi faire, quoi dire. Est-ce que ce silence pesait aussi pour lui ? Ou est-ce qu'au contraire il l'appréciait ? Au fond, peut-être qu'il n'y avait rien à dire. Alors elle se contentait de rester là, près de lui, à caresser ses cheveux tendrement.

Gilbert ferma les yeux, il aurait voulu s'endormir, mais il n'y parvenait pas. Elizabeta venait de nettoyer ses plaies et pourtant, il les sentait déjà suinter sous les pansements. Il sentait aussi cette dent qu'il manquait dans sa bouche, le goût du sang qui revenait régulièrement. Il sentait chaque pore de sa peau, les sueurs froides qui s'en échappaient presque constamment. Chaque muscle, chaque cellule de son corps lui paraissait étrangère, comme si ce corps qui le faisait souffrir ne lui appartenait plus. Il venait d'être nettoyé et pourtant il se sentait atrocement sale, plus sale qu'il ne l'avait jamais été.

Les yeux toujours clos, il eut la sensation agréable de commencer à rêver. Elizabeta avait commencé à fredonner un air doux, et il se laissait porter par la timide mélodie. Il se voyait assis à la table de la cuisine, en face de Matthew, et ils mangeaient en discutant. Il donnait quelques miettes de pain au petit oiseau jaune qui réclamait bruyamment à côté de lui, et Matthew en riait doucement. Rien de plus. Matthew souriait, et il était beau. Gilbert se rappelait à quel point il était aisé de se perdre dans les reflets si uniques et profonds des yeux du jeune blond. Il se souvenait de leurs étreintes le soir devant la télévision, de sa chaleur contre lui, de sa voix si douce. Il avait du mal à imaginer que ce rêve pouvait être une situation banale pour beaucoup de gens. Si seulement il pouvait le voir, tout irait certainement mieux. Mais même cette pensée finit par s'assombrir dans son esprit. Non, même s'il le voyait ça ne changerait peut-être rien. Il se sentait si vide, si sale, jamais il ne pourrait plus se remontrer devant lui. Matthew était si parfait, si pur. Au fond, jamais il n'aurait dû le rencontrer. Gilbert avait la sensation que toute sa vie n'avait été que souffrance. Ces quelques mois qu'il avait passé avec Matthew n'auraient été qu'un leurre du destin, pour lui faire goûter un peu au bonheur afin qu'il ne puisse que mieux souffrir de le perdre.

- Gilbert, je dois y aller…

La voix d'Elizabeta venait de le ramener à la réalité. Il inspira profondément, tentant d'ancrer en lui le court sentiment d'apaisement qu'il venait de ressentir avec la chaleur de sa présence. Puis il ouvrit les yeux et souleva la tête pour aller la reposer sur son oreiller. Il allait encore avoir de nombreuses heures devant lui pour penser, pour se demander pourquoi il n'était pas tout simplement mort. Alors que la jeune femme refermait la porte derrière elle, Gilbert ferma à nouveau les yeux. Il s'efforça de penser à Matthew, il tentait de deviner ce qu'il pouvait être en train de faire. Il l'imaginait à son cours de hockey, il l'imaginait heureux, et ça lui réchauffait un peu le cœur. Il se raccrocha à cette image, tentant de repousser toutes les pensées négatives qui le harcelaient. Malheureusement, l'image du bonheur finissait toujours par s'effacer, recouverte par des ténèbres froides.


Alfred glissa la clef dans la serrure de l'appartement, tenant difficilement son sac de courses de l'autre bras. Il savait que Matthew était là, mais il savait aussi qu'il avait pris l'habitude de fermer la porte à clef, même en pleine journée. Son frère n'avait jamais été d'une nature très méfiante, mais depuis le départ de son copain il semblait ne plus se sentir en sécurité nulle part, pas même chez lui. Alfred mourrait d'envie de lui poser plus de questions sur ce qui s'était passé. Mais à chaque fois qu'il avait essayé il s'était retrouvé face à un véritable mur. Matthew refusait systématiquement de donner la moindre information. Évoquer cette soirée suffisait à le faire souffrir, Alfred le voyait bien, c'est pourquoi il s'était finalement imposé de ne plus essayer d'en parler. L'état de son frère l'inquiétait énormément, il se sentait atrocement impuissant et s'en voulait de ne pas avoir les clefs nécessaires pour l'aider. Sans autres choix, il avait finalement porté ses espoirs sur le fait que le temps arrangerait les choses. Peut-être Matthew s'ouvrirait-il un peu plus quand le traumatisme serait moins frais.

- Hey ! C'est moi !

Matthew releva la tête en entendant son frère entrer, puis il reporta rapidement son attention sur le petit oiseau qu'il était en train de caresser et qui picorait quelques miettes de pain abandonnées sur la table.

- Tu n'étais pas obligé de venir, je vais bien.

Alfred vit finalement son frère se lever pour venir le soulager du sac qu'il tenait. La pièce était entièrement plongée dans le noir, quelques assiettes sales trainaient encore sur la table. Au fond de la pièce les informations passaient en boucle à la télévision. Les volets n'avaient encore une fois surement pas été ouverts de la journée, mais bien sûr, tout allait bien. Alfred referma la porte et suivit Matthew dans la cuisine pour aller l'aider à ranger les courses.

- Si je ne venais pas te voir, tu ne penserais même pas à te nourrir. Et il y a rien de plus important que de manger Mattie ! Tiens, je suis passé à McDo, mange, c'est encore chaud.

Pour accompagner son geste il déposa le sac en papier du fast-food sur la table. Matthew le remercia et sortit le hamburger de sa boîte. Il n'avait absolument pas faim mais il se força, pour éviter d'inquiéter plus son frère. Alfred quant à lui finit de ranger les courses et sortit deux verres du placard. Il se replongea ensuite dans le frigo et lâcha un gros soupir.

- Oh noonn… J'ai oublié de reprendre à boire !

Matthew le regardait continuer à se plaindre, en mâchonnant sans grand plaisir son hamburger.

- Et à cette heure, le magasin va être fermé, c'est vraiment pas cool ! Mattie, t'es sûr qu'il reste pas une bouteille quelque part ?

- Prends de l'eau, ça te fera pas de mal. Sinon il y a souvent des petits épiciers d'ouverts tard dans les rues de l'autre côté de la grande route.

Alfred sembla hésiter.

- Ça craint pas un peu ce quartier à cette heure-là… ?

Matthew ne l'écoutait qu'à moitié, déconcentré par la nourriture qu'il mangeait et qui lui paraissait atrocement fade. Il finit par poser ce qu'il restait du hamburger dans sa boîte.

- Je peux y aller si tu veux.

Alfred marqua un temps, cela faisait plusieurs jours de Matthew n'étais pas sorti, c'est à peine s'il ouvrait une fenêtre. Cette proposition soudaine était plus que suspecte.

- Tu es sûr ?

Matthew baissa le regard vers sa nourriture. Après tout, prendre l'air ne lui ferait certainement pas de mal, ça lui ouvrirait peut-être l'appétit. Et il devait bien ça à Alfred qui prêtait si attention à lui ces derniers temps.

- Oui… Tu en fais déjà trop pour moi, je peux bien aller te chercher une bouteille de soda.

Alfred trouvait son attitude vraiment étrange en comparaison à ce qu'il avait vu ces derniers temps, mais après tout, si Matthew avait envie de sortir, c'était plutôt une bonne nouvelle, non ? Il le laissa donc partir, sortant à son tour un hamburger du sac.


Matthew avançait dans les rues en prenant son temps. L'air frais de cette soirée lui faisait du bien. Alfred avait raison, rester enfermé entre quatre murs ne le mènerait nulle part. Il continuait régulièrement à essayer de joindre Gilbert, mais il tombait toujours instantanément sur la messagerie, sans même entendre que son appel sonnait. Il était mort d'inquiétude pour lui, mais il n'avait aucune idée de quoi faire pour l'aider. Il avait finalement décidé de n'en parler à personne, hors de question de mêler à ça Alfred ou qui que ce soit.

Il passa à côté de quelques bars, puis de ce qui lui sembla être une boîte de nuit. Des groupes de jeunes fumeurs étaient posté devant l'entrée et discutaient. Il distingua un groupe un peu plus à part, un jeune homme venait de recevoir quelques billets d'un autre, en échange d'un sachet assez discrètement glissé dans la poche du payeur, sous couvert d'une accolade. Matthew détourna immédiatement le regard, comme s'il avait commis une infraction rien qu'en ayant vu cette scène. Il continua sa route, s'éloignant de l'animation de cette rue pour se diriger vers le petit commerce qu'il soupçonnait être encore ouvert.

Une fois dans l'établissement il se sentit un peu mieux, pour une raison inconnue rien que le fait d'être dehors l'angoissait. Il se sentait comme à découvert, exposé à tous les risques. Il errait dans les rayons, prenant son temps en cherchant le soda préféré d'Alfred. Il repensait à la scène qu'il venait de voir dans la rue, elle le fit penser à Gilbert, et aux hommes avec qui il avait disparu. Gilbert avait dû vivre dans un monde tellement différent du sien, Matthew ne comprenait que maintenant l'ampleur du fossé qui pouvait les séparer. Il avait dû y avoir tellement peu de probabilité qu'ils se rencontrent. Le cœur du blond se serra. Et quelles étaient maintenant les probabilités pour qu'ils se revoient un jour ? Matthew s'en voulait, il s'en voulait tellement de ne pas pouvoir l'aider, de n'être bon qu'à ressasser ses craintes, enfermé chez lui.

Alors qu'il ressortait dans la rue, sa bouteille à la main, il pensa que dans la situation inverse Gilbert aurait certainement fait tout son possible pour le retrouver. Gilbert était du genre téméraire et prêt à tout. Il n'avait pas hésité à s'interposer entre Matthew et son agresseur le jour où ils s'étaient rencontrés. Il n'avait pas non plus hésité à accourir pour le rejoindre quand il avait su qu'Ivan était à leur appartement. Le point de Matthew se resserra légèrement. Que pouvait-il faire ?

Il repassa devant la sortie de la boîte, son regard se porta malgré lui de nouveau vers l'endroit où il avait vu l'échange suspect se faire. Le jeune homme de tout à l'heure était toujours là, seul sur son téléphone, appuyé contre le mur, son air décontracté étonna presque Matthew. Il hésita, il avait peur, tout lui faisait peur depuis cette soirée où il s'était vu mourir, cette soirée où Gilbert avait disparu. Mais avant qu'il ne prenne pleinement conscience de ce qu'il faisait, Matthew avait traversé la rue pour se poster devant l'homme. Maintenant qu'il le voyait de plus près, Matthew le trouva finalement bien peu effrayant. Il avait un air insouciant alors que ses doigts tapotaient discrètement le mur au rythme de la musique. Un léger sourire ornait ses lèvres. En fait, il semblait totalement normal, si ce n'est une drôle de mèche rebelle s'échappant du côté gauche de ses cheveux auburn. Le jeune homme releva les yeux vers lui, abandonnant l'écran de son téléphone pour interroger l'arrivant du regard. Son expression n'avait rien de négatif, il avait même la mine franchement amicale. Matthew ne savait tout simplement pas quoi dire, est-ce qu'il était certain de vouloir se mêler à ce genre de milieu ? Et s'il avait simplement rêvé ? Peut-être qu'il se trompait sur toute la ligne, l'homme en face de lui semblait on ne peut plus innocent de tout crime. Rangeant son téléphone dans sa poche, l'inconnu finit par prendre la parole, Matthew ne semblant pas décider à le faire.

- Tu cherches quelque chose ?

Son ton était vraiment bienveillant, il semblait décidément foncièrement gentil. Matthew se sentait perdu et dans sa confusion ce ne fut que la vérité qui sortit de ses lèvres.

- Je cherche quelqu'un.

Sa voix semblait incertaine, comme s'il hésitait à continuer cet échange. Mais son interlocuteur lui répondit par un sourire, pointant du doigt son propre visage.

- Je pense que tu m'as trouvé alors, c'est un habitué qui t'envoie ?

Matthew compris le malentendu et se reprit, prenant peu à peu confiance en cet échange tant le jeune homme semblait amical.

- Non, ce n'est pas... ! ...je cherche un ami. Gilbert Beilschmidt.

Toujours aussi ouvert, mais semblant légèrement déçu de ne pas avoir affaire à un nouvel acheteur, le jeune homme secoua la tête négativement.

- Jamais entendu ce nom. Je viens pourtant ici souvent, s'il était là régulièrement je le connaitrais, je connais tout le monde ici ! Désolé.

Le jeune homme haussa légèrement les épaules, un sourire jovial toujours aux lèvres, avant de se rappuyer contre le mur. Matthew se sentit idiot. Evidemment. Il avait cru quoi ? Comme si tous les gens baignant dans les activités illégales de cette ville se connaissaient. Il baissa le regard, puis une idée lui vint. Peut-être que...

- Et Ivan Braginski ? Ça te parle ?

Sa question avait été posé sur un ton le plus commun possible, même si rien que le fait de prononcer ce nom lui donnait mal au ventre. Le visage de son interlocuteur sembla rapidement se décomposer, il se figea un instant comme si on venait de lui jeter un sceau d'eau glacée au visage. Tout en battant l'air d'une main, le jeune homme s'empressa de répondre ne pas le connaitre avant d'immédiatement entreprendre de s'éloigner de Matthew. Mais bien sûr cette fuite soudaine était plus que suspecte, avant même d'y réfléchir Matthew attrapa le bras du fuyard. Rien que l'idée d'avoir la moindre information nouvelle lui avait redonné confiance, sans compter que si son interlocuteur ne fuyait rien qu'à l'évocation d'un nom, il ne devait définitivement pas être bien dangereux. Le visage bien plus ferme, Matthew reprit.

- Tu connais son nom. Tout le monde le connait.

Arrêté dans son mouvement, le garçon se retourna, semblant maintenant pleinement paniqué.

- Je ne l'ai jamais vu, je le jure ! Et vu ce qu'on dit de lui je préférerais jamais le voir, je veux pas d'ennui, je te dirais tout ce que tu veux mais laisse-moi partir après !

Matthew était tant étonné qu'il arrivait à peine à y croire. L'image qu'il se faisait des revendeurs de drogues était en totale opposition avec le jeune homme émotif et visiblement facilement impressionnable qu'il avait en face de lui. Il lâcha le bras du garçon, mais garda un ton ferme, puisque c'est ce qui semblait le mieux fonctionner avec lui.

- Où est-ce que je peux le trouver, lui ou... les gens qui travaillent avec lui ?

Toujours visiblement effrayé, le garçon répondit immédiatement.

- Les Russes sont dans les quartiers Est de la ville, je te jure que j'en sais pas plus, j'ai rien à voir avec eux ! Nous on les évite autant que possible, on défend juste comme on peut notre territoire ! Mais moi j'aime pas me battre, je fais ça parce que c'est une affaire de famille et puis je peux travailler ici, y a plein de jolies filles... Si tu es de la police ne m'arrête pas s'il te plait ! Je te dirai ce que tu veux mais m'emmène pas ! J'ai déjà été en garde à vue, c'était vraiment terrifiant... !

Matthew se sentait de plus en plus déboussolé. Le jeune homme en face de lui semblait maintenant presque près à fondre en larmes. Le blond ne pensait pas du tout avoir été pourtant particulièrement menaçant. Il lui avait peut-être attrapé un peu fortement le bras et avait un peu haussé la voix, mais de là à paniquer à ce point... Il n'y pensa cependant pas trop, donnant bien plus d'importance à ce qui venait de lui être dit. A l'Est ? Il hésita un instant, mais le jeune homme semblait lui avoir déjà dit tout ce qu'il pouvait. Matthew lâcha un rapide « merci » et reprit le chemin de chez lui, abandonnant derrière lui le garçon presque étonné que tout ça soit déjà fini.

Ce n'était pas grand-chose, mais pourtant déjà un début pour lui. Et ça avait semblé finalement... si simple. Rentrant chez lui, Matthew se posait un tas de questions. Et maintenant ? Qu'est-ce qu'il allait faire ? C'était bien beau mais après réflexion ça ne l'avançait pas beaucoup plus. Il pouvait aller là-bas et après ? Questionner les gens qu'il trouverait louche jusqu'à espérer en trouver un qui connaisse Gilbert ? Il se voyait mal faire ça. Arpenter les rues en espérant tomber sur lui par hasard ? Il n'y croyait pas vraiment. Réfléchissant, son pas s'était fait plus rapide, plus dynamique. Il avait énormément peur de se lancer dans cette direction. Mais lorsqu'il pensait à Gilbert, et au fait que, lui, était certainement encore en train de se battre pour revenir, il ne pouvait tout simplement plus se résigner à ne pas faire tout son possible pour l'aider.


Alors que Yao lisait le journal, il entendit frapper discrètement à la porte. Il se leva sans attendre pour aller ouvrir, ne souhaitant pas que l'employé toque à nouveau au risque de réveiller Ivan qui dormait encore. Depuis ce qui s'était passé, le Russe était propice aux insomnies, quand il ne partait pas carrément en crise de panique. Alors pour une fois qu'il dormait paisiblement Yao espérait qu'il puisse se reposer autant qu'il le souhaitait. Le Chinois s'inquiétait énormément pour la santé mentale de son amant, il avait malheureusement déjà auparavant pu voir une ou deux fois les désastres dont il pouvait être l'origine lorsqu'il perdait le contrôle, mais là les choses avaient atteint un tout autre niveau. Yao avait cru qu'avec le temps, et surtout avec leur environnement de plus en plus agréable, son état se stabiliserait. Mais il devait se rendre à l'évidence que c'était plutôt l'inverse, plus le temps passait, et plus les choses empiraient. Yao se sentait excessivement responsable. Du jour où il avait décidé de partager sa vie avec Ivan, il s'était juré de pouvoir le contenir, il s'en était sentit capable. Mais après ce qui était arrivé à Gilbert, il se sentait impuissant et avait la sensation amère de ne plus pouvoir aider l'homme qu'il aimait. Il ressassait sans cesse cette soirée. Il aurait dû aller chercher Gilbert seul, avec quelques hommes de main. Il aurait dû empêcher Ivan d'atteindre les chambres vides de l'étage. Il aurait dû rester plus attentif afin de ne pas le laisser fermer cette porte. Mais il s'était alors senti si désemparé, voir celui qu'il aimait disparaitre ainsi sous cette colère et cette violence insensé l'avait paralysé. Il ne l'avait tout simplement plus reconnu, le monstre qu'il avait vu ce soir-là n'avait rien en commun avait l'homme qu'il connaissait. Ivan avait toujours naturellement eu des comportements dangereux, mesurant difficilement sa force ou tombant dans une déconnection totale d'avec la réalité qui pouvait le faire agir de manière dangereuse, pour les autres comme pour lui. Comme quand il se mettait à vouloir jouer à la roulette russe, qu'il arrêtait une voiture à pleine vitesse d'un coup de frein à main, ou qu'il décidait d'aller seul s'occuper de rivaux sans prendre aucune précaution. Tout ça, Yao y était malheureusement habitué. Mais sa démence de l'autre soir, jamais il n'avait vu ça.

Se levant pour aller ouvrir la porte, le Chinois laissa la jeune femme qui avait frappé entrer avec son chariot pour déposer les plateaux aux couleurs argentées sur la table avant de ressortir aussi discrètement qu'elle était entrée. Le Chinois l'arrêta avant qu'elle ne reparte, désirant lui laisser un pourboire. Il plongea sa main dans la poche de son manteau accroché près de la porte, mais la trouva vide. Il fouilla l'autre, puis se rappela de la veste qu'il avait portée récemment et qu'il avait laissée sur le dossier d'une chaise. Il alla rapidement en vider les poches, trouvant enfin de la monnaie qu'il donna à la jeune femme avant de refermer la porte. Retournant à table pour manger, il tria au passage ce qu'il venait de vider de ses poches. Quelques billets, des clefs en tout genre, et un bon paquet de bouts de papiers qu'il tria à leur tour entre informations à garder et tickets à jeter. Il en ouvrit un, reconnaissant après un instant le bout de magazine qu'il avait déchiré dans l'appartement où ils avaient été chercher Gilbert. Il se remémorait sa discussion avec le jeune blond paniqué, et ce numéro de téléphone rapidement crayonné. Pourquoi lui avait-il dit pouvoir l'aider... ? Pourquoi avoir voulu l'aider déjà ? Yao n'était pas un grand sensible, la vie qu'il menait ne le lui permettait pas. Il repensa quand même au jeune homme, à son regard. Le garçon venait d'apprendre que son compagnon lui avait caché toute sa véritable vie, qu'il l'avait mis en danger, et malgré ça, il avait semblé prêt à tout pour l'aider. Yao soupira, jetant le bout de papier dans la pile des trucs à jeter. Penser à ça ne lui apporterait rien de bon.

Mangeant tranquillement son repas, il répondit à quelques e-mails en jetant de temps à autre un regard par la fenêtre, admirant la vue surplombant la ville. Il regardait le trafic des véhicules dans les rues, le pas hâtifs des passants. Combien d'entre-eux ignoraient tous des drames qui pouvaient se dérouler à quelques rues de chez eux ? Yao s'était parfois perdu à imaginer ce que cela pouvait être d'avoir une vie plus... classique. A travers la porte de la chambre ouverte, il jeta un œil vers le lit où Ivan dormait toujours paisiblement et un léger sourire tendre se dessina sur ses lèvres. Endormi, Ivan avait un air encore plus enfantin. Il n'avait jamais totalement perdu cet aspect d'innocence et de malice que les enfants portent inconsciemment. Yao se leva, observant encore l'homme dormir. S'il n'avait pas eu peur de le réveiller il serait allé déposer un baiser sur ses lèvres. Yao ne regrettait pas, sa vie avait de nombreux inconvénients mais il était heureux de ce qu'ils avaient construit ensemble. Ça n'avait pas été facile, beaucoup de sacrifices avait été fait, mais la place qu'ils tenaient aujourd'hui, ils l'avaient mérité.

Revenant vers la table, il attrapa un dernier grain de raisin qu'il glissa entre ses lèvres avant de se diriger vers la salle de bain pour aller prendre une douche. Là, sous l'eau chaude qui caressait sa peau, les yeux clos, il se perdit à nouveau dans ses pensées. Comment les choses se seraient-elles passées si en arrivant ici ils avaient décidé de débuté une vie normale, en toute légalité ? Est-ce qu'ils auraient seulement pu ? Après-tout ils n'avaient tous deux connu que ce milieu depuis leur naissance, ce monde avec ses propres règles, où la moindre pitié peut être fatale. Peut-être qu'ils ne seraient pas aussi puissants s'ils n'avaient pas choisi cette voie, mais en auraient-ils été moins malheureux ? Le poids de leurs mauvaises actions pesait régulièrement sur la conscience du Chinois. Il ne savait pas ce qu'il en était pour Ivan. Ils n'en parlaient pas, jamais. Soudainement son cœur se fit lourd, il coupa l'eau, ayant l'impression d'étouffer. Il avait parfois l'étrange sensation qu'il n'avait jamais fait de bien dans sa vie. Prenant un instant appui sur le mur en face de lui il prit de profondes et lentes inspirations, le regard fixé sur le sol froid. Il se reprit, il avait été là pour Ivan, et au fond c'était tout ce qui comptait. Ouvrant finalement la porte de la douche il s'essora rapidement les cheveux puis se sécha, passant la serviette sur sa peau ornée par endroits de cicatrices. S'il y repensait, il pouvait encore se rappeler de la douleur apporté par chacune de ces anciennes blessures. Son esprit divagua à nouveau vers le Russe, il repensa à l'entaille encore récente qui cicatrisait doucement sur son mollet. Ivan s'en remettait tout de même vite et ne s'en plaignait pas, bien moins que de ses maux de tête. Yao repensa ensuite plus longuement à Gilbert. Le pauvre garçon était encore dans un sale état, même si le médecin était maintenant optimiste. Il ne méritait pas ça, vraiment pas. Yao repensa au numéro du compagnon de Gilbert sur la table de la pièce d'à côté, il se rappela à nouveau l'inquiétude du jeune blond quand Gilbert était parti. L'Asiatique n'osait même pas imaginer la peine que l'adolescent aurait pu ressentir s'il apprenait la condition dans laquelle Gilbert se trouvait maintenant. Lui-même, que ressentirait-il si un jour l'homme qu'il aimait était contraint à vivre un tel enfer ? Ces pensées le ramenèrent à nouveau dans le passé, il avait été prêt à tout pour sortir Ivan du joug de son père, et maintenant il fermait les yeux sur l'enfer qu'eux-mêmes faisaient vivre à de nombreux innocents. Il se sécha rapidement les cheveux avec sa serviette, tentant de ne pas penser à tout ça, il les démêla et s'habilla avant de retourner vers le petit salon. Il fut surpris d'y voir Ivan réveillé, occupé à sortir un comprimé de paracétamol de sa boîte en carton.

S'approchant de lui en souriant, Yao glissa ses doigts dans les cheveux clairs du Russe qui ne l'avait pas vu venir. Il aimait l'air encore à demi-endormi et les mèches décoiffées qui ornaient la tête de son amant au réveil. En fait, il l'aimait à chaque moment de la journée, mais il en était presque étonné à nouveau chaque jour, et ce malgré les nombreuses années qu'ils avaient déjà vécues ensemble.

- Je pensais que tu dormirais un peu plus longtemps. Tu te sens comment ?

Ivan tourna le regard vers lui, répondant à son sourire en reposant le médicament sur la table, comme si, pris sur le fait, il venait de changer d'avis à l'idée de l'avaler.

- Beaucoup mieux. Parce que tu es là pour t'occuper de moi.

Dans un léger rire, il se retourna vers lui, l'enlaçant tendrement avant de déposer un baiser sur ses lèvres. Yao ferma les yeux, c'était si bon de le voir ainsi, de sentir ses larges bras l'enlacer avec tant de douceur. Il baissa le regard sur le comprimé posé sur la table, il savait pertinemment qu'Ivan n'allait pas aussi bien qu'il ne voulait le laisser paraitre. Mais pourquoi le lui cacher à lui ? Pour paraitre plus fort ? Pour ne pas l'inquiéter ? Alors que le Russe s'asseyait à la table pour manger un peu, Yao retourna un instant vers la salle de bain.

- Retrousse ton pantalon, je vais nettoyer ta jambe.

Il revint un instant plus tard avec ce dont il avait besoin pour désinfecter la plaie. Posant un genou au sol, il commença à effectuer les mêmes gestes que depuis maintenant quelques jours. Mangeant tranquillement son petit-déjeuner, Ivan regardait par la fenêtre, observant la ville et son animation comme un roi aurait observé les jardins de son château.

- Des nouvelles ?

- Tout va bien, depuis qu'on a réarmé correctement nos hommes tout s'est calmé. On a rattrapé les bénéfices perdu, et les Italiens ne sortent plus que dans leurs secteurs. Je ne m'inquiète pas.

Ayant rapidement terminé, Yao redescendit lui-même le bas du pantalon d'Ivan. Il ramassa sur la table les papiers qu'il avait vidés de ses poches pour les emmener à la poubelle, et croisa le visage souriant du Russe qui le remercia. Il répondit à son sourire avant de s'éloigner, mais reconnu dans sa main le papier portant le numéro de téléphone de Matthew. Il tourna par-dessus son épaule un regard vers Ivan. Est-ce que tout ça pouvait valoir la peine de tenter le coup ? Sans s'expliquer pourquoi et bien qu'il tente de la repousser, Yao éprouvait de l'empathie pour Gilbert, mais étonnamment aussi pour son compagnon chez qui il avait descellé un amour sincère. Puis surtout il pensait à Ivan. Ne serait-ce pas mieux pour tout le monde que Gilbert parte ? Laissant le reste des papiers tomber dans la corbeille, il garda celui qui le poussait à tant réfléchir.

- Tu veux des nouvelles de Gilbert ?

Un court silence sembla fendre l'air avant qu'Ivan ne réponde. Le voyant de dos, Yao ne pouvait pas distinguer son visage, mais rien qu'au son de sa voix et la manière dont il l'avait vu redéposer son verre, il comprit que le Russe aurait préféré que le sujet ne soit pas évoqué.

- Tu m'en as déjà donné hier. Le médecin a dit qu'il s'en sortait bien, non ?

Yao chercha un instant ses mots, les yeux toujours posés sur le bout de papier qu'il tenait à la main.

- Peut-être qu'on pourrait y réfléchir à nouveau...

Cette fois le Russe se retourna légèrement sur sa chaise alors que Yao enfouissait le bout de papier dans sa poche.

- Réfléchir à quoi Xiao Yao ? Je ne change pas d'avis quand j'ai pris une décision. Ne t'occupe plus de ça, je ne veux plus en entendre parler.

Ivan avait reporté son regard vers un morceau de pain qu'il avait saisi sur la table, évitant clairement le sujet. Yao tenta de rester le plus calme possible, espérant que la discussion ne s'envenimerait pas s'il insistait tout de même. Il rejoignit son amant, allant tirer une chaise à côté de lui pour s'y asseoir.

- Je sais que tu ne t'en souviens pas, mais ce que tu as fait... Ce que tu es devenu était vraiment... Ce n'est qu'un pauvre garçon qui rêvait d'une vie meilleure, il ne méritait pas ce qu'il lui est arrivé.

Le Russe baissa encore les yeux, ramenant une main à son front alors que l'expression de son visage laissait soudainement trahir une douleur profonde. Il garda cependant au mieux une respiration calme avant d'envoyer sa main attrapé le comprimé de paracétamol toujours posé sur la table.

- Il a voulu nous trahir. Tout ça ne serait pas arrivé s'il avait simplement continué à travailler sans causer d'ennuis.

Yao regarda Ivan avaler le médicament et boire une gorgée d'eau. Est-ce que c'était bien la peine de continuer ?

- Il a failli mourir, cette soirée restera certainement un traumatisme pour lui, je pense qu'il a bien assez payé sa dette. On devrait pouvoir le laisser partir, un élan de compassion pourrait être bien vu, il ne sera qu'une exception...

Le Russe frappa du poing sur la table avant même de s'en rendre compte.

- Si on le laisse partir, ils voudront tous partir ! Quand est-ce que tu comprendras ça ?! Quand on l'a accueilli, nourri, logé, qu'on lui a trouvé un travail, il nous a juré fidélité. Il a décidé d'être ici ! Il fait partie de la famille ! Je me suis peut-être énervé mais il l'avait cherché ! On va le soigner et tout redeviendra comme avant !

Yao serra les dents, c'était peine perdue. Comment avait-il cru pouvoir le convaincre ?

- On ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé Ivan ! Et ce n'est pas seulement lui, je m'inquiète aussi pour toi ! Tu n'étais vraiment pas dans ton état normal ce soir-là. Depuis tu ne dors plus, tes maux de têtes sont presque constants, et à la simple évocation de son nom tu t'énerves ! Je n'ose même pas imaginer ce qui pourrait se passer si tu le voyais. Pourquoi tu refuses de le laisser partir ? On pourrait simplement dire qu'on l'a mis dehors ! Je n'aime pas te voir ainsi, accepte de comprendre que cette situation m'inquiète ! Je ne t'avais jamais vu comme ça, jamais ! J'ai eu peur de te perdre Ivan ! Non... je t'ai perdu ce soir-là. Et tu t'es perdu toi-même. Je veux juste pouvoir être sûr que ça n'arrive plus jamais !

Yao eut quelque peu de mal à retrouver son calme. Il n'avait pas voulu s'emballer autant, mais au moins ce qu'il avait sur le cœur était sorti. Il aurait certainement pu dire tout ça d'une autre manière, autrement que dans une dispute, ou ne rien dire du tout. Il détestait que le ton monte ainsi entre eux, et ce n'était simplement pas dans ses habitudes d'exprimer ainsi si franchement les inquiétudes qui pouvaient l'habiter.

Face à lui Ivan n'avait pas répondu, les yeux légèrement écarquillés il semblait avoir pris conscience du mal-être dans lequel était Yao. Se levant, presque hésitant, il alla l'enlacer doucement, Yao ne le repoussa pas et s'accrocha bien au contraire à lui, comme s'il craignait de le voir disparaitre. Tout ça ne lui plaisait pas, pas du tout. Pourquoi Ivan refusait-il de voir que ça ne ferait certainement qu'empirer ? Relâchant finalement son étreinte, Ivan alla déposer un baiser sur le front du Chinois.

- Les choses vont se calmer, et tout reviendra à la normale. Tu réfléchis trop Xiao Yao.

Il lui sourit pour le rassurer, il pensait réellement ses paroles. Yao, lui, restait silencieux. Non, rien ne pourrait revenir comme avant, ses mauvais pressentiments ne le quittaient pas. Il ne sut cependant pas quoi dire de plus, et Ivan toujours souriant conclu le débat.

- Je vais me doucher, et après on ira se promener, ça nous fera du bien. Habille-toi.

Il caressa d'une main tendre la joue de Yao avant de s'éloigner vers la salle de bain. Quand il entendit la porte se fermer, Yao se sentait plus perdu que jamais. Il enfouit son visage dans ses bras croisés sur la table, se retenant de ne pas craquer. Il aimait Ivan, il l'aimait comme au premier jour et avait une totale confiance en lui. Mais ses crises l'effrayaient de plus en plus, et son refus de voir les choses en face n'aidait pas. Yao refusait de l'admettre, mais ce soir-là, pour la première fois, Ivan l'avait réellement effrayé, il avait eu peur de lui, tout simplement parce qu'il n'était même plus lui-même. Se ressaisissant, Yao sortit le bout de papier de sa poche et saisit son téléphone. Même si ça ne plairait pas à Ivan, il ne se sentait pas de ne rien tenter. Une idée lui avait traversé l'esprit, elle était bien loin d'être sûre, mais il n'avait qu'elle.