Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 12 : Une erreur
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Précédemment :
Peut-être qu'elle faisait une erreur mais peut-être aussi qu'elle avait pris la bonne décision.
Royce Mulciber lui avait fait promettre de ne rien révéler. Et dans ce « rien » tout et n'importe quoi pouvait être compris. Avec un serment inviolable, on ne pouvait se permettre la moindre erreur.
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« Allez, dis-moi ce qui t'a pris ce matin ! »
Arrivant en retard au cours de Sortilèges, Eva avait pris la dernière place disponible, c'est-à-dire à l'avant de la classe à côté d'Astrid Matthews. Bien qu'Emmeline soit assise sur la table derrière elle, Eva n'avait pas eu à supporter ses questions puisque Jeff avait décidé de s'asseoir à la place normalement réservée à Eva ce matin-là.
Rendue muette par la présence de Jeff à sa gauche, Emmeline n'avait même pas eu idée de lancer un bout de papier à Eva. A la place, elle avait gribouillé des exclamations de peur à Charlotte assise à sa droite en prenant garde à ce que Jeff ne puisse pas voir ce qu'elle griffonnait avec entrain.
Mais le cours de Sortilèges était maintenant terminé et Emmeline avait sauté sur Eva dès la fin du cours. Ça faisait maintenant depuis une minute qu'Eva esquivait maladroitement les questions d'Emmeline tout en faisant exprès de marcher le plus vite possible pour arriver rapidement à la salle de Potions.
Une fois dans la salle, Emmeline serait obligée d'abandonner vu que Slughorn les obligeait à trouver un partenaire d'une autre Maison.
« De quoi vous parlez ? demanda Charlotte qui venait d'apparaître derrière leur dos. Et pourquoi vous marchez aussi vite ?! ajouta-t-elle d'un air agacé en peinant à suivre leur allure.
– Rien rien, l'assura Emmeline d'un ton désinvolte avant de se pencher vers Eva qui lui offrit un sourire penaud. Toi, t'as intérêt à me cracher le morceau !
– Puisque je te dis que j'ai eu un coup de stress à cause de mon exposé, se défendit Eva.
– Je ne te crois pas une seconde, siffla Emmeline, ses yeux brillants de suspicion. Et ce colis sordide, tu l'expliques comment alors ?
– Une blague plutôt déplacée de James, mentit Eva en n'éprouvant aucun remord à utiliser James comme excuse – jamais Emmeline n'oserait lui demander si ce qu'Eva disait était vrai de toute façon. Tu sais bien comment il est parfois. Complétement à côté de la plaque. Il ne faut pas chercher à le comprendre.
– Mais de quoi vous parlez à la fin ?! haleta Charlotte derrière elles, à bout de souffle.
– Et c'était les cheveux de qui dans ce cas ? continua Emmeline en ignorant le soupir excédé de Charlotte qui cessa de courir, comprenant que ça ne servait à rien qu'elle se fatigue puisqu'elle n'allait pas recevoir d'explication.
– Il ne m'a pas dit, mentit Eva.
– Je ne te crois pas.
– Il ne m'a vraiment rien dit, » l'assura Eva en continuant à regarder droit devant elle pour ne pas avoir à croiser le regard suspicieux d'Emmeline qui lui brulait le visage.
Devant elle, elle pouvait voir Akash, Amos et Howard qui plaisantaient entre eux. Si seulement elle avait été au petit-déjeuner avec eux ! Ils auraient rapidement oublié l'accident contrairement à Emmeline.
Soudainement, Emmeline poussa une exclamation choquée. Surprise, Eva tourna ses yeux vers elle, ses longs cheveux châtains clairs qu'elle avait détaché durant le cours fouettant l'air.
Emmeline donnait l'impression d'avoir réalisé quelque chose.
Non, non, c'était impossible qu'elle ait compris ! Elle n'était même pas au courant que sa mère était portée disparue ! Aucun nom de ceux pris dans l'explosion n'avait filtré dans la presse ! Du moins, pas celui de sa mère qui était en bas de l'échelle hiérarchique !
« C'était les cheveux de Sirius Black ! »
Eva se dégonfla, retenant difficilement un soupir de soulagement. Puis elle se rendit compte de la bêtise monumentale que venait de sortir Emmeline qui adoptait maintenant un air triomphant, l'air convaincue par sa déduction.
Eva lui jeta un regard incrédule.
« Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?! »
Se mordillant la lèvre d'excitation, Emmeline approcha ses yeux verts pétillants de ceux écarquillés d'Eva :
« James Potter sait que tu craques pour son meilleur ami, lui chuchota Emmeline, leur visage à dix centimètres l'un de l'autre. Il a voulu te narguer et t'a envoyé une mèche de cheveux de Black.
– Mais c'est n'importe quoi ! rétorqua Eva en un chuchotement fébrile. Je ne craque pas pour Sirius et jamais James n'aurait cette idée saugrenue ! »
Emmeline se redressa et fit une moue peu convaincue.
« C'est vrai ! s'écria Eva, sentant le rouge lui monter aux joues.
– Tu es la reine du déni, Eva Brown, chantonna Emmeline en arquant ses sourcils.
– Aaah, tu me saoules ! s'emporta Eva, excédée, puis elle redoubla son allure pour abandonner Emmeline, ses cheveux volant derrière elle.
– Ça sert à rien de nier, je te connais Eva ! cria derrière elle Emmeline. Et tu dois encore t'expliquer pour Dumbledore ! »
Comme réponse, Eva brandit son majeur en l'air, faisant hoqueter Emmeline qui était toujours aussi offensée qu'au premier jour de voir ce geste. Sa mère avait vraiment fait d'elle une bonne petite bourgeoise.
Mais une fois qu'elle eut atteint les sous-sols, la fierté qu'éprouvait Eva après avoir rabattu son caquet à Emmeline disparut lorsqu'elle faillit renverser un élève qui venait d'apparaître d'un couloir des cachots.
Eva s'arrêta de justesse. Pour ne pas perdre l'équilibre, elle posa sa main sur l'épaule de la mystérieuse arrivante qui s'était elle aussi figée de surprise en sentant qu'une tornade allait s'abattre sur elle.
Eva plongea ses yeux dans ceux couleur noisette de Lizzie Lestrange. Contrairement à ses deux grands frères – Rodolphus et Rabastan, Lizzie donnait l'impression qu'une brise pourrait la faire tomber tellement elle était frêle. Elle avait tout d'une délicate poupée. Un peu comme Amélia Avery, sa meilleure amie. Sauf que, contrairement à la préfète-en-chef qui était aussi froide que de la glace, les yeux en amande et la bouche boudeuse de Lizzie Lestrange lui donnaient un air presque timide.
Presque car, après presque 7 ans de vie commune dans le château, Eva savait pertinemment que Lizzie Lestrange n'avait pas peur de jouer avec le feu. Il suffisait de la voir à l'œuvre avec Evan Rosier, son fiancé depuis sa naissance. Evan Rosier était une brute épaisse, d'une telle violence qu'il intimidait même James. Pourtant, jamais Lizzie Lestrange n'avait hésité à le rabrouer sèchement si elle n'était pas d'accord avec ses actions ou ses paroles.
La Serpentarde n'avait même pas flanché l'année précédente lorsqu'Eva avait vu Evan Rosier lever sa main d'un air menaçant après une réprimande sèche de la part de sa fiancée.
Fais-le et tu verras ce que je te ferai endurer, avait semblé lui dire l'expression féroce de Lizzie qui n'avait même pas cligné des yeux.
C'était ce genre de moment qui rappelait à Eva que, malgré son apparence physique trompeuse, Lizzie était une Lestrange. De la même famille qui avait produit des psychopathes comme Rodolphus et Rabastan qui, heureusement, avaient obtenu leur diplôme à la fin de sa 1ère et 5ème année.
« Désolée, s'exclama Eva en retirant précipitamment sa main.
– Brown, fit platement Lizzie Lestrange qui avait retrouvé contenance et la détaillait maintenant du regard.
– Je ne m'attendais pas à ce quelqu'un arrive par là. Désolée, » s'excusa encore une fois Eva pour combler le silence pesant entre elles deux, glissant machinalement une mèche derrière son oreille.
Derrière elle, des élèves bavards passaient pour se diriger à leur prochain cours.
Bien que Lizzie Lestrange ait besoin de lever sa tête pour capter son regard, petite qu'elle était, Eva se sentait intimidée par l'intensité du regard de la Serpentarde. Elle avait l'impression qu'elle lisait dans ses pensées.
« Tu ferais mieux de faire attention à qui tu touches. Amélia n'apprécie pas ta familiarité avec son petit ami.
– Je sais.
Oliver, son jumeau, a déjà pris soin de me prévenir
– J'ai arrêté de parler avec Luke ces dernières semaines, ajouta Eva, un peu désespérément.
– Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire, lui répondit Lizzie d'un air amusé.
– Je sais, » dit encore une fois Eva.
Eva savait qu'elle avait l'air idiote mais les mots lui manquaient. Elle savait que Lizzie Lestrange était la confidente d'Amélia Avery. Un peu naïvement, elle espérait que si elle réussissait à convaincre Lizzie de son innocence, celle-ci irait défendre sa cause auprès de la préfète-en-chef. Car, elle savait très bien que si elle allait s'expliquer auprès de la petite amie de Luke, jamais celle-ci ne lui laisserait le temps de dire un seul mot. Elle partirait dès qu'Eva ouvrirait sa bouche car Amélia Avery n'avait pas une seule seconde de son précieux temps à accorder à Eva.
« Tu m'as l'air de tout savoir dans ce cas, » ironisa Lizzie et, cette fois-ci, la Serpentarde rit franchement.
Clairement, Lizzie et Eva ne voyaient pas la situation sous le même angle.
La gorge nouée, Eva regarda sans un mot Lizzie s'amuser du drame qu'était sa vie.
« Par contre, reprit Lizzie avec toujours un sourire amusé, il y a quelque chose que tu n'as pas l'air de savoir. »
La Serpentarde tapota avec son ongle manucuré son cou mis en valeur par son chignon élégant.
« On dirait qu'ils ont encore réussi à t'avoir. Tu devrais vraiment faire plus attention. Evan se vantait tout à l'heure qu'il pourrait te faire bien pire. »
D'un air interdit, Eva fit de nouveau le geste qu'elle avait fait devant Dumbledore. Elle leva sa main et, comme le disait la fiancée d'Evan Rosier, cette maudite suie était de nouveau sur ses doigts.
Lizzie gloussa pudiquement derrière sa main. Dans ses yeux chocolats qui pétillaient d'amusement Eva pouvait voir son reflet.
Son visage était étonnamment de marbre. Elle ne savait même plus si c'était normal de ne plus réagir. Surtout en sachant qu'Evan Rosier se retenait difficilement de ne pas lui faire pire. Elle ne serait pas étonnée qu'un jour Charlotte et Emmeline la retrouvent morte sur son lit, le cou tordu et tacheté d'hématomes à cause de la poigne hargneuse de Rosier.
Quand lui avaient-ils fait cela ? Elle avait passé deux heures en cours de Sortilèges avec les Serdaigles et cela faisait à peine cinq minutes qu'elle traversait les couloirs. Elle n'avait vu aucun Serpentard jusqu'à ce qu'elle renverse presque Lizzie Lestrange.
« Je rigole, c'est moi qui vient de te faire cette marque, révéla Lizzie, son sourire amusé ne la quittant plus alors qu'Eva la fixait avec des grands yeux, interdite. Après ton jogging matinal, Royce avait l'impression que tu avais besoin d'un rappel à l'ordre.
– Vous – »
Vous me faites suivre ? allait lui demander Eva mais c'était une question idiote. Bien sûr qu'ils le faisaient, ce n'était pas pour rien qu'ils avaient pris la peine de pénétrer dans sa chambre et de lui laisser ce message. Naïvement, elle avait cru que leur surveillance n'irait pas jusqu'aux heures où tout le monde dormait encore.
« Hum ? fit Lizzie en penchant sa tête sur le côté, papillonnant innocemment ses yeux. Ça te surprend ? Tu devrais pourtant savoir que Royce te voue une véritable obsession. »
Une obsession…Derrière ces mots on pourrait croire que se cachait une relation amoureuse passionnelle entre elle et Royce Mulciber mais la vérité était tout autre. En réalité, il la haïssait. Il la haïssait et sa morbide obsession avec elle avait juste comme but de lui rappeler qu'elle n'était rien, qu'elle n'était qu'une erreur. Une erreur que Royce Mulciber avait essayé d'effacer l'année précédente.
(Il avait presque réussi)
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« Tu n'existes que parce que ta salope de mère ouvre ses jambes pour n'importe qui. Tu m'entends Eva ? » lui chuchota-t-il, le calme de sa voix contrastant avec sa poigne violente.
Il agrippait entre ses doigts les joues d'Eva. Terrifiée, elle avait fermé ses yeux pour ne plus voir les yeux vides de Mulciber. Elle retenait sa respiration. Elle voulait se faire petite, ne plus faire aucun bruit dans le vain espoir qu'il l'oublie.
Malgré ses efforts, des larmes continuait de s'écouler de ses yeux. Elles roulaient silencieusement sur la main de Mulciber dont les ongles menaçaient de faire saigner la peau de ses joues.
« Personne ne te voulait. Même pas la pute que tu as comme mère ne voulait de toi. Tu n'es qu'une erreur. Un enfant non désiré. »
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La gorge d'Eva était sèche. Encore une fois, elle sentait que la cicatrice que lui avait laissé Mulciber sur sa poitrine lui brûlait la peau.
« Tu as perdu ta langue ? se moqua doucement Lizzie, si innocemment qu'on aurait pu croire à un échange de plaisanteries banales et non pas à des menaces à peine voilées. Royce sera content de savoir qu'il te fait toujours autant d'effet. »
C'était faux, c'était faux, c'était FAUX ! Elle emmerdait Royce, elle l'emmerdait. Elle voulait lui brûler les testicules puis les lui faire manger, casser un à un chaque doigt de ses mains, puis chaque orteil, couper ses oreilles, arracher sa langue et enfoncer ses doigts dans ses yeux (vides même lorsqu'elle lui hurlait de la lâcher, lorsqu'il la faisait taire en lui assénant une gifle violente, lorsqu'il déchirait son t-shirt, lorsqu'il enfonçait sa baguette dans sa peau pour – ) jusqu'à ce qu'il hurle la mort et qu'elle sente ses orbites s'écraser sous ses doigts.
Elle ne voyait plus que le sourire moqueur de Lizzie Lestrange qui ne cessait de s'agrandir.
Elle avait froid mais elle sentait que des gouttes de sueur perlaient sur son front. Et ce foutu sourire moqueur de Lizzie, il s'agrandissait. Il grandissait, grandissait –
Eva ne voyait plus que lui.
– te fait de l'effet effeteffet– Royce te voue une véritable obsession – TU N'ES QU'UNE ERREUR – tu avais besoin d'un rappel à l'ordre – vous êtes sûre que vous n'avez rien à me dire, Miss Brown ? – tu ferais mieux de regarder où tu mets les pieds – M. Brown est en vie – dis-moi ce qu'il s'est passé ce matin, Eva ! – elles sont passées où tes couilles, Eva, hein ? – SALE BATARDE –!
« Y a-t-il un problème ? » s'enquit doucement une voix féminine.
Surprise qu'on les interrompe, Lizzie Lestrange en perdit son sourire.
Le visage de la Serpentarde redevint de marbre alors qu'elle voyait apparaître au-dessus des épaules affaissées d'Eva Brown la seule personne qui ne la laisserait pas partir sans explication valable : Marlène McKinnon.
La Serdaigle arquait gracieusement un sourcil. Ses yeux bleus électriques étaient saisissants dans l'obscurité partielle des cachots et Lizzie savait pertinemment que ces yeux avaient la fâcheuse habitude de déceler chaque détail caché d'une scène.
Lizzie aurait dû se douter que Marlène serait la seule assez brave pour s'interposer entre elle et Brown.
De nombreux élèves étaient passés mais personne n'avait osé les interrompre. La seule personne à avoir osé laisser son regard s'attarder sur leur duo avait été Emmeline Vance, « l'amie » de Brown. Il n'avait toutefois suffi que d'un regard de la part de Lizzie pour la faire fuir.
Vance était peut-être loyale mais elle n'était pas stupide – elle savait qu'il suffirait à Lizzie de colporter quelques fausses rumeurs et tout espoir de fiançailles avec un Sang-Pur s'évaporerait pour elle.
« Je crois que Brown ne va pas très bien, » finit par dire Lizzie après de longues secondes où les deux Sang-Purs se toisèrent sans un mot.
– Brown ? C'est Eva ? » s'exclama une voix masculine que Lizzie connaissait bien.
Elle le connaissait depuis leur tendre enfance après tout. Bien qu'il se soit fait plus discret depuis son exil du domaine familial de l'été dernier, il était indéniable qu'il était impossible d'ignorer l'existence de Sirius Black.
Elle l'avait toutefois fait pendant la dernière minute. Toute son attention avait été happée par Marlène. Elle n'avait que lointainement remarqué la présence de Sirius à côté d'elle. Après tout, entre Marlène et lui, Lizzie savait de qui il fallait davantage se méfier.
Le Gryffondor n'était pas la bonne réponse.
Sans un mot, Lizzie se recula alors que Sirius passait comme une flèche devant elle. Il l'aurait sans doute bousculé si elle ne s'était pas effacée.
Sirius ne lui porta aucune attention.
Il n'avait d'yeux que pour Eva Brown qui haletait d'une manière assez pitoyable comme si elle peinait à respirer. Ses yeux écarquillés fixaient quelque chose qu'elle seule voyait. Elle était recroquevillée sur elle-même. Les épaules rentrées et son poing agrippant d'une poigne de fer son pull d'uniforme, la seule chose qui semblait l'empêcher de tomber en avant était sa main accrochée presque désespérément à ses genoux pliés. Ses cheveux ondulés touchaient presque le sol, pliée en deux qu'elle était.
Elle faisait peine à voir.
« Eva, qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que tu as ? » demanda Sirius avec un sérieux que Lizzie ne lui connaissait pas.
Il avait posé sa main sur l'épaule de Brown et semblait chercher à capter son regard, penché vers elle qu'il était.
Lizzie était tentée de lui dire que ça ne servait à rien. Ça se voyait bien que Brown était enfermée dans sa tête et qu'elle ne se rendait plus compte de ce qui l'entourait, non ?
Mais, Sirius n'avait jamais été du genre à admettre sa défaite. Que ce soit lors d'un jeu de cache-cache dans le manoir des Lestrange à 7 ans ou lorsqu'il avait atterri chez les Gryffondors. Toujours, il voulait réussir et rarement faillait-il mais peut-être que sa séquence victorieuse se terminait aujourd'hui, confronté qu'il était à une crise de panique d'une Poufsouffle qui semblait réaliser qu'elle était complétement dépassée par ce que ses actions imprudentes avaient engendré.
En réalité, Lizzie avait pitié d'Eva Brown. Elle savait que sa camarade de classe ne méritait pas de faire les frais de l'instabilité mentale de Royce. Mais si tout était une question de mérite, la vie serait bien trop facile. Est-ce que Lizzie méritait qu'on la condamne à passer sa vie aux côtés d'Evan ? De lui, de sa colère perpétuelle, de la violence qui lui rongeait l'âme, de son complexe envers son père qu'il cherchait constamment à rendre fier ? Non, Lizzie ne pensait pas le mériter mais on avait décidé qu'elle se marierait avec lui alors elle se marierait avec lui et mourrait avec lui aussi.
C'était la même histoire pour Eva Brown. Elle était née alors qu'elle n'aurait pas dû et cela la suivrait jusqu'à sa mort.
Pour Lizzie, lui faire réaliser l'énorme erreur qu'elle avait commise ce matin en tentant de se tourner vers Dumbledore – qu'elle était stupide de l'avoir fait dans la Grande Salle, ne savait-elle pas que les Serpentards avaient des espions partout ? – était un geste charitable de sa part. Si personne ne la prévenait, Brown continuerait des faires des faux-pas et le résultat final ne serait que plus douloureux pour elle.
Lizzie ne se leurrait pas. Rien n'arrêterait la soif de sang des garçons. La seule chose qu'elle pouvait faire, elle avec sa place insignifiante sur le grand échiquier, était de ramener les pieds sur terre à la pauvre victime. Cette crise de panique était dérisoire par rapport à ce qu'ils lui réservaient.
Lizzie avait pitié d'Eva Brown.
Dans une autre vie, peut-être auraient-elles été amies.
Dans une autre vie, peut-être aurait-elle été celle qui aurait pris entre ses mains le poignet de la Poufsouffle et qui lui aurait dit de se calmer, de respirer, comme le faisait Sirius Black.
Jamais elle n'aurait cru voir Sirius aussi patient. Lizzie se rappelait encore de ses soupirs exaspérés lorsqu'elle fondait en larmes après avoir trébuché dans sa course, tentant désespérément de rattraper le brun. Presque dix ans plus tard, il était maintenant celui qui s'agenouillait pour s'assurer que la peine d'une jeune fille s'estompe.
Il était si focalisé qu'il ne détacha même pas ses yeux du visage rouge de la Poufsouffle duquel s'écoulait des larmes de panique lorsque Marlène s'arrêta à côté d'eux.
La comédie que jouait Brown avait attisé la curiosité de certains. Les plus curieux s'étaient même arrêtés dans le couloir. Parmi ce groupe, Lizzie reconnu Lily Evans et Mary McDonald, une autre victime du sadisme de Mulciber mais qui avait – contrairement à Brown – appris à connaître sa place. Elle était désormais aussi ennuyante qu'une petite souris.
Avec un haussement de sourcils, Lizzie réussit à faire fuir la petite souris. La deuxième Sang-de-Bourbe fut plus difficile à intimider mais la petite souris parvint à la convaincre.
Lizzie retint un petit sourire satisfait.
Bien, son regard noir marchait toujours. Elle avait quelques doutes sur son efficacité depuis qu'Evan l'avait envoyé valdinguer la veille sans paraître se soucier de quelconques représailles.
« Toujours aussi cruelle à ce que je vois. Je croyais pourtant que tu étais devenue la parfaite épouse muette qu'Evan désirait, » dit soudainement Marlène.
Si la Serdaigle avait été une personne normale, Lizzie aurait pu croire que c'était de l'ironie.
Lizzie leva des yeux noirs vers le profil de la préfète qui, comme elle, s'était reculée pour laisser Sirius Black s'occuper de la Poufsouffle (elle balbutiait pitoyablement quelque chose qui ressemblait à « je n'arrive pas à respirer ») et surveillait l'action d'un œil attentif.
« Très drôle, Marlène, railla sarcastiquement Lizzie. Je ne peux m'empêcher de remarquer que tu continues toujours de fréquenter ton ex-fiancé. Je ne suis pas sûre que ça plairait à Adrian, ajouta-t-elle avec un sourire moqueur, reposant son attention sur la Poufsouffle qui haletait toujours comme un buffle.
– Tu ne lui diras rien si tu ne veux pas que je parle à Evan de ton petit secret. »
Stupéfaite, Lizzie tourna des yeux ronds vers son « amie » d'enfance qui prit son temps avant de daigner poser ses yeux sur elle. Une froideur glaciale émanait de ses yeux bleus électriques.
Lizzie serra les dents, la flamme de colère dans ses yeux jurant avec la froideur de Marlène.
« Pardon ? Qu'est-ce que tu viens de dire ? » demanda-t-elle lentement, la défiant d'oser dire un mot de plus.
Mais Marlène n'avait jamais eu peur de se confronter à elle.
« Tu sais très bien de quoi je parle, Lizzie. Je sais avec qui tu élabores tes rendez-vous clandestins sous le nez de ton fiancé.
– Si tu oses dire quoi que ce soit –
– Je sais, Lizzie. Tu détruiras ma vie et celle de ma famille, c'est ça ? la coupa Marlène en ayant l'arrogance de la prendre de haut.
– Ne prends pas cet air hautain, siffla Lizzie en un chuchotement furieux, se retournant franchement vers la Serdaigle pour la fixer avec des yeux remplis de haine. Réveille-toi Marlène, ton ex-fiancé a déjà trouvé ta remplaçante et ça ne lui aura pris que trois mois. Quoi qu'il ne t'a jamais été fidèle, susurra Lizzie avec un sourire moqueur, Carina Winnifred était particulièrement fière de pouvoir se vanter d'avoir pris sa virginité en mars dernier. J'ai même entendu dire que la jolie Lucy Emerson était passée dans son lit cet été. Vois la réalité en face Marlène, tu es aussi banale que tous ceux que tu méprises. Adrian et toi faites une belle paire, deux Serdaigles imbus d'eux-mêmes. »
Oh, Lizzie adorait remettre à leur place tous ces adolescents arrogants. Entre Evan et Marlène, il était difficile de dire à qui était-ce le plus satisfaisant de rabattre le caquet. Mais voir de ses propres yeux cette lueur de colère brillée dans les yeux d'habitude si impénétrables de Marlène était si délectable.
Elle avait enfin réussi à détruire les barrières de la Serdaigle.
« Sirius ?! C'est quoi le problème ? »
Lizzie aurait dû se douter que le reste de la cavalerie n'allait pas tarder à arriver. Tout le monde savait que lorsque Sirius Black apparaissait, James Potter n'était jamais bien loin.
Et à en juger par les yeux flamboyants de ce dernier, Lizzie allait bientôt regretter de ne pas être partie plus tôt.
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titre : une erreur
nombre de mots : 4212 mots
Un GRAND merci à Baccarat V qui est la big boss. Sérieusement et du fond du cœur : merci. Tu me parlais de "craquage" dans ton review et oui il est bien là ! En même temps, il était vraiment imminent, haha. Je me pose la question de si j'attribue un niveau "M" au lieu du "T" actuel à cette fanfiction ? Je compte bien aborder des thèmes plus sombres (vous avez dû vous en douter suite aux dernières révélations) mais je n'ai pas l'intention de traumatiser qui que ce soit non plus. A voir !
J'essaye une nouvelle technique. Donnez-moi votre avis sur le chapitre en écrivant un chiffre entre 1 et 5 !
5 étant "j'ai adoré" et 1 voulant dire que c'était plutôt ennuyant.
A la prochaine ! Ken ar wech all !
