25

En se réveillant au petit matin, il avait l'esprit clair mais la mine un peu défraichie. En se regardant, dans la glace, il se trouva vieux et au bout du rouleau. Un brin de toilette et un rasage lui rendirent figure plus humaine.

Il ne se débarrasserait pas d'aussitôt de sa culpabilité mais il fallait mettre de l'ordre dans le reste.

En bas de l'immeuble, il entra dans un bar-tabac pour un petit café et surtout pour passer un coup de fil. Il fallait convaincre son interlocuteur de le sortir de la panade. Il croisa les doigts pour que son plan fonctionne.

- Gilbert ? Laurence, comment tu vas ?

- Salut Laurence ! Qu'est-ce que tu veux ? demanda Gilbert sans formalité, intrigué par cet appel, forcément intéressé.

- On peut se voir d'ici une demi-heure ? J'ai besoin de toi et ça urge. Je te revaudrai ça !

- Tu promets, c'est que c'est grave ! Rendez-vous au Fumoir, d'accord ?

- Ok ça marche à tout de suite !

Laurence héla un taxi pour se rendre au rendez-vous. Il était soulagé de pouvoir rencontrer Gilbert. Hors de question de demander à ses collègues de la préfecture, il restait encore trop de rancœur chez certains envers Laurence. Au moins avec les barbouzes, rien n'est gratuit mais tout va plus vite.

Gilbert était déjà au rendez-vous quand Laurence arriva. Ils se saluèrent heureux de se revoir. Gilbert se rendait compte que Laurence était très fébrile contrairement à ses habitudes, lui dont le sang-froid était une légende.

Laurence expliqua la situation à Gilbert, lui montra l'enveloppe pleine de billets. Il lui expliqua comment il voulait régler la situation. Gilbert connaissait le faible de Laurence pour Alice et donc de son entrain à l'aider mais quelle surprise de le savoir père de famille. Gilbert, dans d'autres circonstances, aurait chambré gentiment son ami mais les événements ne s'y prêtaient pas.

Gilbert connaissait Colbert de nom : collaborateur notoire, il était passé entre les mailles de l'épuration grâce à des relations très haut placées. Le trafic de drogue n'était pas étonnant non plus quoi qu'obligeant Colbert à jouer finement.

De ce que Gilbert lui apprenait, Laurence était content de ne pas avoir mis les poulets de Paris dans la boucle ne sachant pas si Colbert les graissait ou pas. De son côté Gilbert était ravi de pouvoir cuisiner un ancien collabo qui aurait encore beaucoup de choses intéressantes à raconter. Laurence avait sonné à la bonne adresse pour obtenir une coopération efficace à son opération.

Malgré tout, Gilbert trouvait le plan de Laurence beaucoup trop risqué et pouvait se retourner contre lui et très mal finir.

Mais Laurence était résolu à neutraliser Colbert et l'empêcher de nuire à Thierry. Et même si elle allait en souffrir il fallait aussi qu'Alice sache tout de cet homme. Désormais ; il n'y avait plus rien à cacher. Perdu pour perdu, il fallait aller au bout de la vérité.

- On est d'accord Gilbert ?

- Non. Mais tu ne vas n'en faire qu'à ta tête. Je vais te mettre une ombre.

- Je n'y tiens pas s'il se fait repérer, on est cuit !

- Tu m'as appelé. Je t'aide. Mais on le fait à ma façon, pas de négociation ! dit Gilbert d'un ton définitif.

Gilbert se leva passer un coup de fil puis revint au bout de cinq minutes.

- T'inquiète c'est un de mes protégés, François, qui va t'accompagner. Je lui ai tout appris.

Ils discutèrent jusqu'à un moment où Gilbert reçut un coup de fil lui indiquant que tout était mis en place. Ils allaient se quitter.

- Laurence, pas de conneries, enfin pas plus que nécessaire, d'accord ?

- Tu me connais ?

- Justement. Je te connais et on n'est pas dans une situation normale. Tu es obnubilé par des problèmes personnels, ça te rend faible. En plus, on a mis en place le dispo trop rapidement sans préparation, ça pourrait foirer.

- Ca va Gilbert, je sais, je sais. J'assumerai tout s'énerva Laurence qui s'impatientait à se mettre en route. Je vais au rendez-vous à la place de Thierry et toi tu t'occupes du reste, d'accord ?

Ils se serrèrent la main. Avant de se séparer, Laurence tendit la lettre à Gilbert.

- Tu pourras donner ça à Alice ?

Gilbert n'était pas trop rassuré par ce geste mais pris l'enveloppe.

- Laurence, je ne te sens pas dans cette histoire, tu ne vas pas jouer les crétins héroïques ?

Laurence éluda la question

- Non… pas plus que nécessaire….tu lui donneras ? Encore merci Gilbert !

Laurence tourna les talons et partit à la rencontre du régisseur sans plus de cérémonie.

Gilbert, lui, allait à la pêche au gros….il espérait une belle prise !

En arrivant au théâtre, Laurence passa par l'entrée des artistes pour se rendre au bureau du régisseur qu'on lui avait indiqué. Thierry lui avait expliqué le modus operandi. Il trouva son contact sans problème.

- Bonjour je viens vous remettre ceci, dit Laurence en tendant le paquet au régisseur.

- Qui êtes-vous ?

- Vous ne me connaissez pas mais on m'a demandé de vous déposer cela. Voilà, bonne journée.

Laurence allait partir pour ne pas troubler encore plus le régisseur.

Le régisseur s'étonna un peu mais il avait les consignes de Colbert en tête. « Tu nous débarrasses du coursier, c'est une taupe ».

- On a du vous dire qu'en livrant vous deviez faire une autre course ? reprit le régisseur.

Laurence ne s'attendait pas à une autre mission mais garda son sang-froid.

- Si vous voulez mais là, je ne suis au courant de rien.

- Patientez, je reviens chercher le colis.

Laurence n'aimait pas devoir se trouver dans cet endroit aux multiples entrées et sorties, un vrai labyrinthe. Il ne voulait pas éveiller les soupçons, sans pour autant perdre le fil de l'argent qui permettait de coincer Colbert dans ce trafic.

Gilbert avait raison. Son état d'esprit n'était pas focalisé sur une mission « ordinaire » : tout tournait autour d'Alice et Thierry et il perdait toute notion du danger. Il ne se serait jamais jeté dans un endroit aussi piégeux en temps normal.

Au bout de cinq minutes, le régisseur revint pour le récupérer.

- Venez avec moi, je vais vous faire sortir discrètement.

Laurence hocha la tête et suivit le régisseur qui ne lui avait pas encore donné la marchandise.

Il l'emmena au bout d'un long couloir mal éclairé. Il se savait piégé. Aussitôt, il sentit un coup porté sur lui. Une douleur puis il s'évanouit, comprenant que son plan avait échoué.

De son côté Gilbert, faisait le guet à la sortie de l'immeuble de Colbert. L'opération à conduire était risquée en pleine journée mais l'inconscience de Laurence à régler cette affaire ne souffrait pas de tarder. Laurence se mettait en danger et Gilbert avait le vague sentiment qu'il cherchait à se punir de la situation.

Gilbert, était perdu dans ses pensées, quand il sursauta en voyant sortir Colbert de son immeuble. Un de ses agents le suivait à pied. Au moment où Colbert prenait une rue étroite et déserte, une voiture s'arrêta à sa hauteur, la porte s'ouvrit de l'intérieur, tandis que l'agent de Gilbert le poussait à l'intérieur.

Colbert fut chloroformé et bâillonné. Une cagoule lui couvrit la tête pour qu'il ne repère rien. Un autre agent de Gilbert, présent à l'arrière de la voiture lui tenait les bras pendant que le suiveur lui mettait des menottes en entrant dans la voiture qui partit à toute allure suivi par Gilbert. Celui-ci était satisfait de la tournure des opérations. En tout cas, pour avoir alpagué Colbert sans casse.

Il priait intérieurement pour que Laurence se sorte du guêpier dans lequel il avait foncé à pieds-joints. Un mauvais pressentiment ne le quittait pas mais la priorité de Gilbert était de travailler Colbert au corps. Et il allait y prendre un plaisir certain.

Conformément aux consignes, ses hommes partirent en trombe et quittaient Paris. Il ne lui restait plus qu'à se rendre à l'endroit fixé par Laurence à Lille. Il n'avait pas trop confiance en ces ploucs de province. Gilbert n'avait jamais compris l'attachement sentimental de Laurence à cette volaille bas de gamme qui ne lui arrivait pas à la cheville. Mon dieu, quel talent gâché !

Tricard attendait l'arrivée de Gilbert. Laurence l'avait appelé avant de rejoindre Gilbert pour l'informer de l'arrivée de celui-ci et de la nécessité de l'aider à garder discrètement un individu dangereux. Laurence étant absent, il demandait à Tricard d'aider Gilbert.

Tricard n'avait rien demandé à Laurence sur ses relations avec le monde du renseignement imaginant sans peine qu'il en soit un ancien membre. Si Laurence demandait un service à Tricard dans ce cadre c'est qu'il n'avait pas du tout le choix.

Tricard n'était cependant pas très aguerri aux méthodes des barbouzes et s'inquiétait. Il vit d'abord arriver Gilbert qui le salua. La voiture avec Colbert arrivait peu de temps après. Tricard était impressionné de voir les gars de Gilbert sortir un individu menotté et cagoulé.

Il imaginait un individu agressif et violent.

Ils installèrent Colbert dans une pièce ayant pour seuls meubles deux chaises et une table. Ils assirent brutalement Colbert. Qu'elle ne fut pas sa surprise de Tricard lorsque la cagoule enlevée, il découvrit un vieil homme apparemment sans défense.

- C'est lui votre ennemi public n°1 ? demanda Tricard, narquois et assez intrigué qu'autant de moyens aient été mis en œuvre pour un petit vieux inoffensif.

- André Colbert, 70 ans, directeur du théâtre du Châtelet, homme bien sous tous rapports, honorablement connu de la bonne société parisienne. Accessoirement il a gagné un peu (beaucoup) d'argent pendant la guerre, soi-disant en faisant passer des juifs en Suisse moyennant rétribution. Si vous ne le payiez pas, il vous dénonçait à la milice. Il a aussi bien vécu du marché noir. Un gars charmant, vous voyez.

- Quelle ordure mais quelle ordure, s'indignait Tricard, révolté.

- Et ça c'était la partie ancienne de son comportement dégueulasse. Dernièrement M. Colbert a ajouté des cordes à son arc : extorsion et chantage..

Colbert raconta à Tricard l'enfer que mettait Colbert dans la vie de Laurence et en particulier son lien familial avec Avril, sans oublier les projets de Colbert à mettre la vie de Thierry en péril.

Tricard comprenait mieux la tragicomédie qui s'était joué la veille dans le bureau de Laurence et la rage d'Alice.

- Que voulez-vous faire de Colbert ? Le faire tomber comme collabo ?

- On verra ce point-là après, il est tellement prêt à vendre son âme qu'il peut encore nous donner ses relations dans la collaboration mais ce n'est pas le sujet du jour.

- Alors quoi ?

- Laurence veut faire comprendre à Alice qui est son père, qui est réellement son père.

- En les confrontant ?

- Non, c'est hors de question pour l'instant. Mais Laurence m'a demandé d'aller chercher Alice. Vous pouvez vous en charger et la conduire ici, s'il vous plaît ?

Tricard allait partir quand il revint sur ses pas.

- Et Laurence ? Où est-il ?

- Bonne question, j'ai peur qu'il se soit mis dans de sales draps… Il m'a fait promettre de gérer la situation de Colbert, que c'était important pour Alice. Mais j'espère avoir de ces nouvelles d'ici ce soir.

Tricard avait eu la même intuition que Gilbert quelques heures plus tôt sur Laurence quand il l'avait appelé.

Il salua Gilbert puis se rendit au commissariat. Marlène pourrait certainement lui dire où trouvait Alice.

Arrivé au Commissariat, Tricard apprit que Marlène s'était faite portée pâle. Vu le contexte, ça ne l'étonnait guère. Il se rendit chez le légiste, sûr d'y trouver des informations.

Glissant avait des scrupules à donner des informations à Tricard mais celui-ci lui fit comprendre qu'il en savait déjà beaucoup. Glissant expliqua que Marlène était chez Laurence.

Tricard alla sonner chez Laurence. Il n'aimait rien de cette histoire qui le dépassait complètement.

Marlène, Alice, Alexina et Thierry sursautèrent en entendant la sonnette d'entrée. Thierry se dirigea vers la porte avec une certaine appréhension.

En voyant Tricard, avec une mine de chien battu, ils crurent que le pire était arrivé.

- Commissaire, que se passe-t-il ? lui demanda Marlène.

- Bonjour Marlène, bonjour à tous. Je ne sais trop quoi vous dire si ce n'est que ce matin, j'ai eu Laurence et …

- Il va bien ?

- Oui autant que j'en sache mais j'en sais peu….Sinon, je viens de quitter un ami de Laurence qui souhaite voir Alice.

Alice sursauta en entendant son nom et se rapprocha de Tricard.

- Pourquoi moi, Monsieur Tricard, très franchement, les magouilles de Laurence, j'ai ma dose !

- Ecoutez Mademoiselle Avril, je crois savoir que la situation est assez compliquée mais dans l'immédiat, je souhaiterai que vous m'accompagniez, s'il vous plait.

- Ca a un rapport avec mon père demanda Thierry.

- Il semblerait que oui… dit Tricard gêné.

- Alors je viens avec vous, dit Thierry d'un ton décidé.

- Et moi aussi ! Je ne veux vous laisser dit Alexina en direction d'Alice.

- Commissaire, puis je aussi les accompagner ? implora Marlène.

Tricard n'était pas réputé pour son intransigeance et dans les circonstances actuelles, il n'allait pas faire preuve d'une autorité exceptionnelle.

- Oui allez venez tous, dit Tricard de son ton de nounours malheureux.

Quand Gilbert vit arriver Tricard non pas avec Alice mais tout le fan-club, la colère lui montait mais il imaginait sans peine que Tricard avait eu du mal à faire barrage.

Il les emmena dans une pièce et se tourna vers la troupe.

- Ecoutez moi bien. Vous restez ici dans cette pièce et vous ne bougez pas d'un pouce. Charles dit-il à un ses agents, tu ne les quittes pas des yeux. S'il bouge, tu frappes !

- Oui chef dit Charles. Vu sa carrure, personne ne voulait se frotter à lui.

La pièce avait une vitre sans teint qui donnait sur un bureau et Alice et les autres pouvaient observer ce qui se passait à l'intérieur. Sans succès pour l'instant, la pièce étant plongée dans l'obscurité.

Soudain, une faible lumière se fit et ils virent un homme affalé sur la table. Lentement, il essayait de bouger mais avec grande difficulté.

Tout le monde était sidéré d'assister à une telle scène et se demandait pourquoi il y assistait. La pénombre empêchait de le reconnaître.

Gilbert entra dans la pièce, referma derrière lui et alluma une lumière faiblarde. Il observa l'homme couché sur la table.

Il patienta pendant quelques minutes tout en l'observant puis s'approcha de la table et d'un coup de pied fit bouger la table ce qui fit sursauter l'homme.

Colbert s'approcha pour lui enlever les menottes. L'homme se redressa et se frictionna les poignets endoloris et ankylosés.

Avec stupeur, Alice reconnut son père.

- Mais qu'est-ce qu'ils lui font ! s'écria Alice.

Elle allait sortir de la pièce mais le gorille de Gilbert lui en interdisait la possibilité. Furieuse elle essaya de passer outre mais le gorille le repoussa sans ménagement. Alexina vint la récupérer pour essayer de la calmer.

Marlène avait l'impression de connaître l'homme qui était dans la pièce à côté.

- Qui est ce ?

- Mon patron ! dit Thierry

- C'est mon père ! s'exclama Alice.

Une sueur froide parcourut chacun. Si Colbert était là, où était Laurence ?

Dans la pièce à côté, Gilbert tournait autour de sa proie.

- Colbert, Colbert, Colbert nous avons un problème….

- De quoi me parlez-vous et qui êtes-vous ? Pourquoi suis-je ici ? Vous avez intérêt à me faire sortir d'ici !

- Ne vous inquiétez pas, vous sortirez d'ici, ça ne dépend que de vous….

Pour faire parler Colbert, Gilbert avait décidé de prêcher le vrai en faisant croire à Colbert qu'il était dans le trafic de stup. Colbert n'avait jamais eu peur de la police mais le grand banditisme l'impressionnerait sans aucun doute.

Colbert se fit prudent, pour éviter coups et représailles.

- Je ne comprends pas ce que je fais ici. Expliquez-moi !

- Et bien, M. Colbert, je suis embêté, j'ai perdu quelque chose….

- Je n'ai rien à me reprocher !

- C'est vite dit M. Colbert…

- Je ne comprends rien !

- Le compte n'y est pas ?

- C'est-à-dire ?

- Il me manque 100 000 Francs.

- Quoi, comment ? bredouilla Colbert

- Vous savez la petite enveloppe qu'on vous a remise hier , elle ne m'est pas arrivée.

- Mais je ne suis pas au courant, c'est un autre qui gère tout ça !

Colbert comprenait qu'il ne servait à rien d'éviter le sujet. Pour l'instant il voulait gagner du temps pour réfléchir à la façon de s'en sortir et de trouver une fois de plus un responsable à ses propres bassesses.

- Je ne les ai plus, je les ai donnés à un gamin, mon livreur, qui devait faire la commission ce matin.

- Je n'ai rien reçu ce matin, où est mon fric ?

Gilbert faisait vraiment peur et Colbert se sentait menacé physiquement.

- Mais si ! Renseignez-vous !

- Qui est ce gamin auquel vous avez confié une somme pareille ?

- D'abord, vous savez bien qu'il faut cloisonner pour éviter les flics. J'en ai un sur le dos d'ailleurs !

- Quoi ! Mais il fallait nous prévenir pour tout stopper !

- Non il n'y a rien à craindre, je le tiens par ailleurs !

- Mais vous dites n'importe quoi ! C'est trop dangereux !

- Ce flic a beaucoup à perdre si je devais avoir des ennuis. Donc j'ai utilisé son fils pour qu'il ne m'emmerde plus. Vous voyez ! j'étais sûr de son gamin ! Il y tient tellement qu'il n'aurait rien fait pour lui attirer des ennuis.

Colbert s'adoucit, faisant mine de s'intéresser à un flic qu'on pouvait utiliser

- Vous avez retourné un flic ? Mais c'est très intéressant dit Colbert, ça pourrait nous servir.

- Oh vous savez quand vous avez les bons arguments c'est facile de faire tomber la flicaille, surtout qu'il n'a vraiment pas de nerfs celui-là se gargarisait Colbert, fier comme un paon de la remarque de Gilbert.

- Vous le tenez avec quoi ?

- Une femme.

- Une pute ?

- Non, non ! plus simple que cela.

- Je ne comprends pas Colbert, allez au but….

- Une sombre histoire idiote qui n'a rien à voir avec nos affaires.

- Colbert je perds patience….

- Mais je vous dis, c'est stupide, c'est une histoire personnelle. Il m'a rencontré pour me dire que j'avais une fille, qu'elle voulait me retrouver.

- Quel rapport ?

- Voilà : une de mes maîtresses m'a fait un enfant dans le dos il y a 35 ans. Jusqu'à quelques mois j'avais réussi à ne pas en entendre parler et à ne jamais avoir à m'en occuper. Et la voilà qu'à cause de ce flic, elle se pointe ! Cette gourde !

- Bon et alors ?

- Je n'ai pas eu d'autre choix que de la reconnaitre sinon il n'aurait pas arrêté de m'emmerder mais j'ai pensé que le fric suffirait pour éloigner cette fille. Comme cela n'a pas suffi, j'ai dit à ce flic que je ne voulais pas la voir sinon il arriverait des ennuis à son fils. Il est tellement amouraché d'elle qu'il ne voulait pas la décevoir et qu'elle le largue. Il n'était pas pressé qu'elle apprenne que j'étais une ordure en puissance. En plus, son fils est en danger, vous voyez : il est coincé de toute part donc il n'y a aucune raison qu'il ait touché au fric ! Donc j'ai fait en sorte de lui pourrir l'existence d'une façon ou d'une autre.

- Vous êtes vraiment trop con, Colbert ! Mêler vos histoires à nos affaires, vous êtes un sombre crétin !

- Si j'avais su que je serai un jour dans de sales draps, bien sûr, que je n'aurai pas fait cela. Mais j'avais toutes les clés en main !

- Vous êtes un prétentieux Colbert, votre orgueil vous fait croire que vous pouvez passer à travers les gouttes. Je connais votre passé, vous avez eu de la chance de ne pas finir en prison en 45. Ça vous a rendu imprudent de bêtises !

Gilbert s'en voulait de faire d'Alice le témoin de ce déballage mais il respectait la demande de Laurence et la comprenait. Effectivement, elle ne l'aurait jamais cru si son père n'avait pas tout raconté de lui-même. Le vieil homme en face de lui le dégoûtait profondément, il était l'image de ce que Gilbert et Laurence avaient combattu pendant la guerre : les opportunistes, les fascistes, les antisémites, les partisans de la race supérieure, des lâches. Tout en Colbert était à vomir.

Gilbert sortit brutalement et ferma la porte et poussa un énorme soupir de soulagement. Soulagé d'être sorti de cette pièce où régnaient les pensées nauséabondes de Colbert.

Gilbert se rendit vers Alice et les siens. Alice était effondrée et les autres bouleversés. Alexina et Marlène entouraient Alice.

Gilbert de dirigeait vers Alice, prit une chaise et s'assit face à elle. Il lui prit les mains et la regarda droit dans les yeux .

- Alice, je suis désolée que vous ayez eu à assister à cela.

Alice était silencieuse et abasourdie.

- Alice, quand j'ai vu Laurence ce matin, il m'a demandé de l'aider car il savait que Colbert ne se dévoilerait jamais sous son vrai jour face à vous. Je suis désolé de vous faire vivre ça.

Alice était absorbée par sa peine et la cruelle désillusion qui la plongeait dans le désespoir et n'entendait pas de que lui disait Gilbert.

Un lascar de Gilbert entra dans la pièce et tendit un papier. Gilbert fit une mine dépitée et relut plusieurs fois le papier.

- Merde dit-il, il se retourna, serra une nouvelle fois les mains d'Alice et allait quitter la pièce.

Tout le monde se regardait, la mine de Gilbert ne les rassurait pas!

- Gilbert, je voudrai parler à Colbert, demanda Alice.

- J'ai encore quelques questions à lui poser, je reviens après.

Gibert entra à nouveau dans la pièce où se trouvait Colbert. Il s'assit et resta silencieux. Colbert attendit de longues minutes puis rompit le silence.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Votre régisseur s'est fait casser la gueule.

- Ah… Colbert n''était pas surpris outre mesure.

- Ça ne vous étonne pas ? La bonne nouvelle c'est qu'il a parlé à un de mes gars.

- Ah…..Qu'est-ce qu'il a dit ?

- Que votre plan a marché….

- Mo plan ? Quel plan ? Vous n'allez pas le croire ? Je ne sais rien !

- Non je n'ai pas besoin de le croire, M. Colbert.

Colbert n'était pas rassuré.

- Ah bon, et pourquoi donc ?

- J'ai eu une conversation très intéressante ce matin à votre sujet dit Gilbert très laconique.

- Ah ?

- Oui ce matin , j'ai rencontré un vieil ami, le Commissaire Laurence, qui m'a expliqué que la veille vous aviez remis à son fils un paquet afin que ce jeune homme le remette à votre régisseur. Mon ami est curieux, en rejoignant son fils, ils ont ouvert le paquet et il contenait une grosse somme d'argent.

- C'est faux !

- Mais vous n'allez pas remettre en cause la parole d'un commissaire de police n'est-ce pas ? Un de mes collègues en qui j'ai le plus confiance. Laurence, vous voyez la flicaille dont je parle? C'est ce flic que vous croyiez avoir embobiné avec votre chantage foireux ? Vous êtes tombé sur un os Colbert et ça va faire du dégât ! Lui, il ne s'échappe pas Colbert ! Il protège les siens lui !

Colbert, au fil des explications avait compris qu'il s'était fait piégé. Il demanda.

- Et les cent mille francs ?

- Alors là aucune idée Colbert ! Surtout que ce ne sont pas mes oignons. Moi j'ai un autre but. Mais la vérité c'est que les cent mille francs ont réellement disparu et quelqu'un de moins gentil que moi risque de vous poser les mêmes questions lorsque je vous aurai ramené chez vous .

Colbert frémit d'épouvantes en s'imaginant devoir expliquer à ses fournisseurs comment il avait perdu voir perdu le fric.

- Non, non je ne peux pas rentrer chez moi, ils vont me chercher ! Ils vont s'en prendre à moi !

- Ah ben c'est le but Colbert ! Désormais vous ne me servez plus à rien !

- Non je peux vous dire plein de choses sur eux ! sur plein de monde ! Gardez-moi ! il faut me protéger !

Gilbert leva les yeux de dégoût devant le manque d'envergure de Colbert, il se leva et sortit de la pièce pour le laisser moisir dans sa peur. Il retourna vers Alice et sa famille.

Tout le monde le regardait. Marlène demanda.

- Vous avez des nouvelles du commissaire ?

- Plus ou moins, comme je l'ai dit le régisseur a été agressé et retrouvé dans les sous-sols du théâtre et on a perdu la trace de l'argent.

- Et le Commissaire ?

Gilbert n'avait pas le choix de leur répondre.

- Le commissaire a disparu….

A suivre ...

Bonnes fêtes!