Plusieurs semaines étaient passées depuis la découverte du bébé Chocobo, et Noctis était parvenu, après de longues heures de négociations, à convaincre Ignis de le garder avec lui dans son appartement pour s'en occuper personnellement. Le Prince lui avait également certifié que Prompto l'y aiderait dans cette tâche, car le volatile l'avait élu pour mère, ce qui avait fait bien rire le cuisinier d'une part, mais le jeune homme avait quelque peu rechigné lorsque le brun lui avait dit que son nouvel ami citadin viendrait souvent lui rendre visite. Noctis ignorait pourquoi Ignis ne portait pas spécialement Prompto dans son cœur, mais le jeune homme se doutait que c'était uniquement car le blondinet et lui ne venaient pas « du même monde ». Mais le Prince n'en avait que faire des préjugés ridicules du plus âgé, et encore plus de ce qu'il pouvait bien penser de Prompto ; Noctis adorait le jeune photographe, et il n'allait pas se séparer de lui tout simplement parce Monsieur Scientia refusait de voir en lui l'ami dont il avait toujours eu besoin !
Le Lundi soir était littéralement la bête noire de Noctis. Il détestait cette partie de la journée, tout simplement car il terminait tard – à dix-huit heures – et qu'en plus de cela, il achevait sa journée avec deux heures d'Histoire-géographie, et que sa prof était des plus exécrables. Cela ne faisait pourtant que deux mois qu'ils étaient entrés en Terminale, et le brun n'en pouvait déjà plus de cette dame qui aboyait des ordres sans cesse, rabaissait ses élèves sans aucune justification, mais qui leur donnait surtout bien trop de charge de travail. Comme s'il n'avait que cela à faire, avoir des devoirs supplémentaires ! Les autres profs leur en donnaient déjà bien assez comme ça, sans parler des rapports politiques d'Ignis qui grimpaient en flèche, lui en ramenant toujours plus toutes les semaines ! Les rapports avaient d'ailleurs fini par s'entasser sur son bureau, et le jeune homme avait tout simplement refusé d'y toucher, car plus il restait éloigné du siège du pouvoir, mieux il se préservait !
Finalement, la prof d'Histoire fut assez clémente en cette dernière heure de la journée, et elle autorisa les élèves à se mettre en binôme pour terminer un travail de rédaction qu'elle leur avait attribué en début d'heure. Immédiatement, Prompto s'était retourné dans sa direction, tout sourire, et lui avait demandé, de la manière la plus innocente et adorable du monde :
— On se met ensemble ?
— Oui, pas de problème. On fait comme d'hab', hein.
— Super !
Le blondinet ne perdit pas une seule seconde et il retourna sa chaise pour se retrouver presque affalé sur le bureau de son ami, prêt à écouter ses précieux conseils pour ce devoir dont il ne comprenait comme d'habitude totalement rien. S'il avait pu, Prompto se serait sans aucun doute arraché les cheveux de dépit depuis longtemps. C'était toujours la même chose, lorsqu'il se retrouvait confronté à un devoir d'Histoire ou de géographie : il avait beau se creuser la cervelle, il n'y comprenait tout simplement rien, et cela malgré les explications de Noctis ainsi que ses précieuses méthodes. C'était à peine s'il arrivait à atteindre la moyenne par moment, et cela avait le don de le déprimer, au point où il penser ne jamais arriver à obtenir son examen à cause de cette fichue note.
Les deux coudes posés sur le bureau de son ami et ses joues écrasées contre ses paumes, Prompto regardait Noctis penché sur sa feuille de devoir, les étoiles plein les yeux, totalement en admiration pour le brun qui réussissait tout ce qu'il entreprenait haut la main. Il se surprit à soupirer rêveusement. Ah, ce qu'il ne donnerait pas pour posséder ne serait-ce que la moitié de l'intelligence du beau Prince !
— Et là, tu vois, il suffit juste de trouver les mots-clés du texte, c'est pas très compliqué, expliqua Noctis en surlignant certaines phrases en fluo rose, avant de lever les yeux vers le blondinet, qui le fixait étrangement. Dis, tu m'écoutes ?
— Hein, euh, quoi ? se réveilla le jeune homme en se redressant subitement sur sa chaise, tout en secouant sa tête pour reprendre ses esprits.
Le brun soupira ; un mélange de dépit et d'amusement.
— Tu rêvasses encore, lui fit-il remarquer en abandonnant son fluo. Quelque chose te tracasse ? Ça fait plusieurs jours déjà que j'ai remarqué que tu étais souvent dans la lune.
Noctis se stoppa dans sa phrase, analysant l'expression ahurie de Prompto qui s'était empressé de détourner les yeux, les joues rosies.
— T'as…, hésita le brun en fronçant ses sourcils d'incompréhension. T'as un problème ? Tu peux m'en parler tu sais, je suis ton ami, je suis là pour ça.
— Non, je…, répliqua presque immédiatement le blondinet en croisant ses bras sur son torse, tout en affichant une moue boudeuse et en s'enfonçant dans sa chaise, comme s'il cherchait à disparaître. Je me remets souvent en question, c'est tout.
— C'est-à-dire ? questionna le Prince en arquant un sourcil.
Prompto rougit davantage, tandis qu'il joua nerveusement avec le bracelet autour de son poignet. Finalement, après un temps d'hésitation qui sembla paraître une éternité aux yeux de Noctis, le photographe en herbe finit par ouvrir la bouche pour s'expliquer, mais une voix plus forte, plus grasse et plus acerbe, le devança :
— Arrêtez de discuter et bossez. Sinon, je vous colle un zéro. Je ne vais pas me gêner, même si tu es un membre de la famille royale, Noctis.
La grosse dame qui leur servait de professeur jeta un rapide coup d'œil à leur feuille de rédaction encore vierge et souffla d'indignation. Puis, elle leva les yeux au ciel et parti du côté opposé dans le but d'aller agresser et menacer d'autres élèves qui s'adonnaient également à la discussion en cette dernière heure loin d'être palpitante.
— Quelle grosse truie, commenta Noctis d'un air blasé.
Comme si elle l'avait entendu, la prof se tourna subitement dans leur direction pour leur lancer un regard sévère et le brun, qui ne voulait pas s'attirer plus que cela les foudres de leur professeur tyrannique, s'empressa de s'emparer d'un crayon gris pour plancher à nouveau sur leur devoir, rapidement imité par Prompto, qui tâchait tant bien que mal d'essayer de suivre.
— Il y en a deux à qui je meure d'envie de leur couper la tête avant de jeter leurs corps sans vie dans le fleuve le plus proche, commenta la vieille dame sur un ton étrangement sérieux qui eut tôt fait de faire frissonner les deux jeunes hommes.
Noctis et Prompto se lancèrent alors un regard entendu, et ne purent s'empêcher de rire stupidement en repensant au nom qu'ils avaient attribué à leur prof d'Histoire dès sa première apparition. Sa réputation de Reine de Cœur lui allait à merveille !
— C'est définitif, reprit le brun en essayant de reprendre son calme, c'est vraiment la réincarnation de la Reine de Cœur.
— Oui, il n'y a plus de doute possible, là.
Les deux amis se fixèrent intensément pendant quelques secondes avant de repartir dans un fou-rire, mais le regard démentiel de leur prof d'Histoire à l'autre bout de la salle eut tôt fait de les ramener tous deux à la réalité des choses, et ils se remirent tant bien que mal à bosser leur analyse de document, même s'ils ne pouvaient s'empêcher de rire comme des idiots par moment. Finalement, la grosse dame qui leur servait de professeur finit par totalement abandonner leur cas, car elle avait compris qu'il était peine perdu d'essayer de raisonner ces deux jeunes gens, mais elle tâcherait tout de même de les rappeler vivement à l'ordre un jour ou l'autre, si une telle situation venait à se reproduire.
Noctis et Prompto tentèrent de finaliser leur travail le plus sérieusement possible, mais la fatigue et l'amusement pris bien trop vite le dessus, et lorsque la sonnerie annonçant enfin la fin de la journée retenti, ce ne fut qu'un brouillon de plan ainsi que quelques phrases importantes qui s'aligna sur leur feuille. Le brun, qui n'attendait plus qu'une chose : fuir le plus rapidement possible cette salle de classe étouffante et opprimante, rangea à la hâte ses affaires. Il se leva presque dans un bond de sa chaise, et tendit leur devoir gribouillé à Prompto, qui n'avait toujours pas terminé de faire de l'ordre sur sa table, qui lui lança un regard ahuri, ses yeux écarquillés par la surprise.
— Tiens, annonça le Prince en passant son sac sur son épaule, je te laisse l'immense honneur de confier notre devoir à notre Reine de Cœur bien aimée.
En réalité, le blondinet n'avait pas eu réellement le choix et n'avait pas eu non plus le loisir de protester, que le brun laissa littéralement la feuille voler sur le bureau, avant de quitter la pièce d'un pas hâtif, baissant le regard lorsqu'il passa tout près de la prof dans le but de sa soustraire à sa vue.
Ravalant sa salive, Prompto se prépara mentalement à affronter le pire de tous les Dæmons, froissant presque sa feuille de devoir dans sa paume qui se crispait de terreur. Puis, une fois devant la prof, le jeune homme tendit le brouillon sans aucun commentaire, sans même prendre la peine de regarder la Reine de Cœur dans les yeux, puis s'empressa de franchir les deux derniers pas qui le mènerait à sa délivrance, maudissant intérieurement Noctis de l'avoir laissé seul dans l'antre du terrible dragon.
— Une minute, jeune homme, rappela l'affreuse grosse dame de sa voix grasse qui fit sursauter légèrement le blondinet de terreur.
Inspirant profondément pour se donner un minimum de courage dans le but d'affronter ce qui allait suivre, Prompto fit lentement volte-face, et afficha son sourire le plus sincère, tâchant ainsi de se donner un air purement innocent et avenant, priant ainsi pour que sa geôlière se montre plus clémente dans sa sentence à venir.
— Oui, Madame ? fit-il poliment, mais le photographe en herbe ne put réprimer le tremblement dans sa voix ainsi que son ton aigu.
— Votre comportement aujourd'hui à Noctis et toi était inacceptable. Il faudra penser à vous reprendre, et rapidement, ou je me verrai dans l'obligation de passer à des sentences plus sévères. Je me fiche que ton ami soit le Prince héritier du Royaume, il n'aura aucunement droit à un traitement de faveur.
Prompto ravala instinctivement sa salive, tandis qu'il se vit perdre, l'espèce d'un instant, sa pauvre petite tête qui n'avait pas demandé à être ainsi maltraitée.
— Me suis-je bien fait comprendre ? tonna la grosse dame en fronçant ses épais sourcils derrière son affreuse frange rousse.
— O-oui, Madame !
Sans attendre son reste, Prompto prit littéralement ses jambes à son cou et s'empressa de s'enfuir de la salle de classe, impatient de rentrer chez lui pour la première fois de sa vie, juste pour ne plus se retrouver dans un périmètre trop proche du pire Dæmon de tout Éos !
Le blondinet crut qu'il allait faire une crise cardiaque lorsqu'un bras vint encercler sa nuque, dans le but de l'attirer dans une accolade forcée. Sa tête se retrouva alors coincée entre l'aisselle et le torse d'un jeune homme brun qu'il ne connaissait que trop bien…
— Noct ! s'exclama Prompto en rougissant violemment en réponse à ce contact incongru. Putain, j'ai eu peur !
— Et moi j'ai eu peur qu'elle ne t'ai coupé la tête, plaisanta Noctis à moitié, tandis qu'il entraînait son ami vers la sortie de l'établissement, toujours prisonnier sous son bras puissant malgré les plaintes de celui-ci.
— C'était pas très sympa de me laisser tout seul, bougonna le jeune photographe qui cessa de se débattre.
Finalement, Prompto se surprit à trouver ce contact assez chaleureux, même si Noctis manquait presque de l'étouffer sous sa poigne légèrement puissante. Les entraînements intensifs de Gladiolus semblaient faire leurs effets ! Le brun prenait de plus en plus de muscles, et le blondinet ne pouvait qu'en être témoin, à l'heure actuelle !
— Désolé pour ça, s'excusa le jeune homme en le relâchant subitement, car il voyait petit à petit la voiture d'Ignis se dessiner à l'horizon, mais un Prince sans tête ferait un mauvais Roi, tu ne trouves pas ?
Le jeune photographe effectua une moue boudeuse tout à dévisageant du coin de l'œil Noctis. Avec ses mains dans ses poches et son cartable jeté sur une unique épaule, le jeune homme n'avait rien, dans l'allure, d'un héritier de la plus grande famille royale d'Éos !
— Mouais…, fit le blondinet au bout d'un certain temps d'analyse. T'es Prince quand ça t'arrange en fait.
Le brun ne trouva rien de plus à ajouter, mais son petit sourire en coin suffit à faire comprendre à son ami qu'il avait parfaitement tout compris à sa manière de fonctionner.
Une fois arrivés devant le portail, Prompto salua Ignis d'un hochement de tête, essayant de se faire le plus possible bien voir du jeune homme qui lui ne semblait pas le porter dans son cœur, et cela, le blondinet le savait. Il ignorait ce qu'avait réellement le chauffeur et cuisinier du Prince du Lucis contre lui, mais le jeune homme faisait des efforts pour se montrer respectable en sa présence. Qui savait, peut-être qu'en agissait courtoisement, Ignis finirait enfin par lui donner sa chance à finalement accepter sa présence dans la vie du brun ?
Noctis jeta un rapide regard sur l'écran de son téléphone et lança à l'intention de son ami :
— Je sais qu'il est tard, mais Ignis peut pas s'occuper du petit ce soir, et j'ai entraînement avec Gladio, du coup…
— C'est à moi de m'en occuper, c'est ça ? devina aisément Prompto en lui renvoyant un regard las.
Le brun lui renvoya un large sourire qui en disait long sur ce qu'il pensait : il avait deviné juste.
Avec un petit rictus en coin, Prompto soupira doucement de lassitude, avant de déclarer, avec beaucoup d'enthousiasme contrairement à ce qu'il essayait de faire transparaître :
— OK, pourquoi pas. C'est pas comme si quelqu'un m'attendait à la maison, de toute façon…
— Super.
Sans même prendre la peine de lui demander son consentement, ni à Prompto ni à celui d'Ignis par ailleurs, Noctis attrapa le blondinet par le poignet et ouvrit la porte de la Regalia à la volée, incitant ainsi son ami à monter sur la banquette arrière. Pour un peu, Prompto aurait presque pu jurer que cela ressemblait à du kidnapping ! Cependant, après une mûre réflexion, être enlevé par le Prince du Lucis en personne pour se retrouver séquestré dans son appartement de luxe en compagnie d'un bébé Chocobo n'était pas une si mauvaise chose, et relevait plus du rêve que d'une situation cauchemardesque…
Assis derrière le siège conducteur, Prompto se retrouva fort gêné lorsque son regard croisa celui vert émeraude d'Ignis dans le rétroviseur, qui lui renvoyait presque un regard assassin, comme s'il mourrait d'envie de l'étrangler lui-même avec la sangle de l'appareil photo du blondinet qui ornait à nouveau son cou, comme à chaque sortie d'école. Finalement, le cuisinier ne fit aucune remarque et se contenta de soupirer doucement, avant de démarrer le contact de la voiture.
Durant le trajet, aucun des deux jeunes hommes n'osèrent ouvrir la bouche, sans doute gênés par la présence d'Ignis au volant.
Le regard perdu sur les immeubles qui défilaient à une vitesse plutôt lente derrière sa vitre teintée, Prompto, qui ne regardait pas ce qu'il faisait, posa sans vraiment y réfléchir sa main sur le siège vide que le séparait de Noctis. Cependant, ses yeux s'ouvrirent en grand lorsque ses doigts entrelacèrent, sans vraiment le vouloir et l'espace d'un court instant, ceux du Prince. Ce contact avec le brun fut certes bien trop rapide, mais cela donna le temps à Prompto de ressentir un frisson lui parcourir l'entièreté du corps, lui engourdissant les muscles par la même occasion, comme s'il avait reçu une puissante décharge électrique. Rougissant jusqu'aux oreilles face à ce geste imprévu, le blondinet s'empressa de retirer sa main pour venir la poser près de sa cuisse, tout en bafouillant :
— P-Pardon. J'ai pas voulu… Enfin, je voulais pas… T'imagine pas que…
Mais pourquoi est-ce qu'il se perdait ainsi en excuses ?! Il n'avait pas à se justifier pour un tel geste ! Un moment d'inattention, ça arrivait, non ? Alors pourquoi se sentait-il obligé d'approfondir le plus possible ses excuses, sachant qu'un simple « pardon » ou bien même « désolé » aurait suffi ?!
Prompto entendit Noctis rire faiblement sur sa droite, il et ne savait comment interpréter son rire, et le jeune homme se sentit rougir de plus belle, et espérait que son ami ne s'en était pas aperçu.
— T'inquiète pas pour ça, je vais pas te coller un procès pour si peu.
Le brun ramena à son tour ses deux mains au niveau de ses cuisses, tandis que sa tête se tourna en direction de Prompto, qui refusait toujours obstinément de le regarder dans les yeux, ou même du coin de l'œil.
— C'est trop mignon quand tu t'excuses, rigola faiblement le brun avant de finalement détacher son regard de son ami, qu'il prenait à malin plaisir à tourmenter avec ce genre de remarque qui avait le don étrange de le mettre mal à l'aise.
A l'avant du véhicule, Ignis ouvrit de gros yeux surpris face à la dernière réplique de Noctis, ce qui lui conféra presque une allure comique, mais ne fit aucun commentaire sur ce qu'il venait de se passer à l'arrière de la Regalia…
