Deuxième chapitre de ce soir...

.

.

.

Chapitre 24 : Fiançailles ou contrat ?

.

Le lendemain,

Dix heures,

.

Sa robe de cérémonie bleue était peut-être de trop. Mais c'étaient ses fiançailles, tout de même ! Et puis zut, c'était trop tard à présent. Il venait de secouer la chaînette qui pendait de la clochette à l'entrée, et il entendait distinctement quelqu'un dévaler les escaliers. Elle était pressée ? C'est que c'était toujours une réponse positive qu'elle s'apprêtait à lui donner, non ?

Il regarda la poignée de la porte d'entrée en fer noir s'abaisser avec appréhension et rester enfoncée sans pour autant que la porte ne s'ouvre. Il fronça les sourcils. Changeait-elle d'avis ? Réfléchissait-elle encore ? Et pourquoi la porte se refermait-elle à présent ? Des chuchotements paniqués lui parvinrent vaguement et il hésita entre rire nerveusement et se mettre à pleurer de panique.

Puis la porte s'ouvrit d'un coup sur Dorea. Et elle portait elle aussi du bleu, sa robe bleue. Et elle souriait, jusqu'à en découvrir ses dents. Et elle resplendissait comme jamais. Et elle baissait la tête en le regardant par dessous comme si elle était intimidée. Le ventre de Charlus gesticula comme s'il n'avait pas assez de place, son cœur s'en mêla et sa bouche forma enfin un sourire soulagé et heureux. C'était elle, celle à qui il avait réussi à arracher trois éclats de rires et une belle quantité de sourires, mais jamais aussi beau que celui-là.

« Bonjour Dorea, tu es encore plus belle qu'hier, ce que je ne pensais pas humainement possible, lui avoua-t-il dans un souffle en saisissant sa main pour l'embrasser amoureusement. »

Elle rougit, vraiment, et Charlus s'émerveilla de si bien voir ses sentiments sur son visage pour la première fois.

« Bonjour… commença-t-elle en hésitant avec évidence sur la façon dont elle devait s'adresser à lui.

-Charlus, appelle-moi Charlus, je t'en prie, dit-il aussitôt, impatient d'entendre son prénom dans sa bouche.

-Bonjour… Charlus, souffla-t-elle avec un temps de retard qui fit exploser quelque chose dans le torse de Charlus. Vous me faites rougir comme une adolescente, bafouilla-t-elle en baissant les yeux avec un rire gêné.

-C'est charmant, ne t'en fais pas, lui assura-t-il en souriant encore plus. »

Elle avait exactement la même attitude pleine de pudeur mais heureuse sans savoir comment le montrer que deux semaines plus tôt, au mariage d'Ambuela.

« Mr Potter, quel plaisir de vous revoir ! l'interrompit Mr Black dans sa contemplation. Eh bien, Dorea, ne reste pas plantée ainsi, et fais entrer notre invité. »

Sa voix mielleuse l'irrita à nouveau. Il prit sur lui pour ne pas dire à Dorea de relever la tête au lieu de la baisser à la manière d'un elfe de maison comme elle s'était empressée de le faire en entendant son père. Il se retint aussi de se jeter sur elle pour l'embrasser. Elle ne lui avait pas encore dit oui, même s'il avait tous les signes positifs sous les yeux. Et puis ce n'était peut-être pas une bonne idée de faire cela devant ses parents.

A la place, il serra la main de Mr Black en lui souriant avec toute l'assurance qu'il avait en lui, et s'empara de la main de sa belle-mère (future) pour l'embrasser avec respect.

« Venez au petit salon, Mr Potter, nous y serons plus à l'aise, l'invita Mr Black en lui désignant la pièce aussitôt à gauche. »

Charlus s'empressa de s'asseoir sur le grand canapé, là où il y avait assez de place pour que Dorea puisse s'asseoir à côté de lui. Il lui tendit la main, vit ses yeux s'écarquiller de bonheur, mais ses doigts ne pas oser s'en emparer pour s'asseoir à côté de lui. Il mourrait d'envie de passer son bras autour de sa taille, de la serrer contre lui, de prendre son menton entre ses doigts pour tourner sa tête vers lui et l'embrasser sauvagement et… Elle ne disait rien ? Oh, ce regard qu'elle eut lorsqu'elle tourna la tête vers lui… Voulait-il dire oui ou non ?

« Je vous en prie, Miss Black, donnez-moi votre réponse, s'empressa-t-il de demander, cherchant le moindre indice sur son visage à nouveau impassible. L'expectative dans laquelle vous me mettez devient insupportable, avoua-t-il sans la quitter des yeux.

-Je… »

Ah non, pas encore ! C'était oui ou non ! Mais qu'elle ne joue pas avec ses émotions ainsi ! Il finirait fou avant l'année prochaine ! Pourquoi se mettait-elle à trembler d'un coup ? Il lui faisait peur ? Craignait-elle sa réaction ? Elle voulait dire non, finalement ?

« Dorea, vas-tu répondre ? siffla la voix de Mr Black et Charlus faillit lui crier de la boucler en sentant Dorea sursauter et en entendant le cri apeuré qui s'échappa de sa bouche.

-Oui ! »

Oui quoi ?

-Oui, vous consentez à répondre, ou oui vous acceptez ma demande ? lui demanda-t-il en souriant nerveusement.

-Oui, je consens à vous épouser, fit-elle d'une voix bien plus aigue que celle dont elle avait l'habitude. »

Elle consentait à l'épouser ? Elle s'en sentait obligée ? Son père lui avait-il forcé la main ?

« Vous y consentez seulement ? s'entendit bafouiller sous le coup de la stupéfaction.

-Non ! Je… J'en suis pleinement heureuse ! bafouilla-t-elle au bord des larmes. C'est même un grand honneur que vous me faites.

-Je vous fais un honneur ? s'horrifia-t-il un peu plus.

-Je serai honorée d'être votre épouse et de porter votre nom le plus tôt possible, dit-elle rapidement en jetant un coup d'œil nerveux à ses parents. S'il vous plaît, c'est… c'est l'émotion qui me rend malhabile. »

Bon Dieu, pourquoi ses parents s'étaient invités aussi ? Il aurait voulu qu'ils aient un moment en tête à tête et ne pas être surveillés comme des enfants ! Il ne pouvait même pas lui demander si son père l'avait obligée à accepter ou si…

« Vous en êtes certaine ? insista-t-il. Je veux dire, vous paraissez si…

-Si heureuse, compléta-t-elle aussitôt et il vit ses lèvres trembler.

-Si inquiète, reprit-il lui-même en la détaillant attentivement. Peut-être me suis-je montré trop empressé ? Trop prompt ? Vous ai-je froissée en une quelconque manière ? »

Elle pouvait tout lui dire, comme elle l'avait fait jusque là. Il avait pris ses derniers mots au mariage d'Ambuela comme une proposition et une demande, mais si elle voulait lui faire des reproches, ou discuter avec lui à cœur ouvert auparavant, qu'elle le fasse. Elle pouvait même le disputer comme un enfant, il ne se vexerait pas, c'était promis. Mais qu'elle ne le craigne pas. Pas ça.

« Dorea est très émotive, intervint sa mère en tendant un mouchoir en tissu à sa fille.

-Vraiment ? demanda-t-il en espérant ne pas se montrer trop cynique (émotive, elle ?). Je peux vous offrir la bague de fiançailles que je vous ai choisie sans vous vexer ou provoquer votre malheur ? proposa-t-il en désespoir de cause. »

Dorea releva le nez du mouchoir en tissu, et le regarda avec tant d'émerveillement qu'il soupira discrètement de soulagement.

« Vous ne pensiez pas que je m'en abstiendrais, tout du même ? dit-il à présent à peu près rassuré en tirant l'écrin de sa poche. »

Il l'ouvrit, regarda une dernière fois la bague aux deux serpents, se demanda vaguement ce que ses parents en penseraient, puis songea que ça ne regardait personne d'autre qu'elle et lui, et la lui présenta.

Son visage, pour changer, ne traduisit aucune émotion, mais elle fixa la bague avec tant d'intensité, que Charlus put espérer que c'était bon signe. Il soupira à nouveau lorsqu'elle enleva distraitement l'un de ses gants. Un nœud se relâcha dans sa gorge et il sortit la bague de la boîte. Le contact de ses doigts fins et graciles réchauffa le cœur de Charlus, et pouvoir lui glisser la bague à l'annulaire lui-même sans lâcher son regard gris pâle lui donna une vague de courage et de fierté. Elle avait dit oui. Elle était sa fiancée. Et elle rougissait lorsqu'elle surprenait son regard sur lui. Il se pencha à son oreille, résista à la tentation de l'embrasser, et se contenta de lui souffler quelques mots.

« J'espère qu'elle te plaît. J'ai longtemps hésité, mais la synthèse m'a parut évidente avec cet anneau. Le rouge est ma couleur, précisa-t-il. »

Puis il leva sa main nue et nouvellement baguée à sa bouche, ne résistant plus à toucher sa peau avec ses lèvres. Et elle était douce, aussi douce que sa voix lorsqu'elle parlait de vieille magie. Un peu tremblante aussi, mais ce devait être dû à la joie. Elle ne disait rien, son visage ne reflétait aucune émotion à part un rougissement soutenu, mais elle lui laissait sa main, c'est qu'elle devait être heureuse, non ?

« Elle me plaît beaucoup, répondit-elle enfin. »

Elle ne souriait pas, mais ce devait être à cause de la présence de ses parents. Elle lui avait paru resplendissante lorsqu'elle avait ouvert la porte, souriante comme jamais, et là, elle redevenait de glace. Mes ses yeux brillaient, n'est-ce pas ? Oh, pas de larmes, mais…

« Mr Potter, reprit Mr Black manquant de faire crier Charlus d'énervement (il ne pouvait pas le laisser tout à la contemplation de sa fiancée, nom de nom ?). A présent que ma fille a accepté votre demande, que diriez-vous de régler les derniers détails dans mon bureau ?

-Oui, évidemment, Mr Black, se dépêcha-t-il de répondre pour signer au plus vite ce qu'il fallait et enfin la savoir toute à lui et à l'abri de Beurk. »

Il se leva souplement, tout à fait conscient du regard de Dorea sur lui. A quoi pensait-elle ? Voulait-elle venir avec eux ? Se sentait-elle exclue de ne pouvoir participer au réglage des… derniers détails ? Les questions d'argent et la rédaction du contrat de mariage, entre autre ? Et pourtant, c'était bien une partie dont Charlus se serait passé. Il monta les escaliers à la suite de Cygnus Black en souriant à coup sûr comme un imbécile. Elle était à lui, elle était sa fiancée, elle avait répondu positivement à sa demande, elle voulait vivre avec lui à l'avenir. Elle voulait l'embrasser au moins autant que lui. Elle voulait tout partager avec lui.

« Asseyez-vous, Mr Potter, je vous en prie, l'invita Mr Black. »

Il s'assit sur le fauteuil qu'il avait déjà occupé la vieille.

Il regarda Mr Black sortir un rouleau de parchemin vierge et une grande plume rouge pour les lettres officielles avec un livre.

« Cela ne vous gêne pas que je rédige le contrat de mariage de ma fille ? demanda Mr Black de son ton mielleux insupportable. Nous irons le faire valider cet après-midi au Ministère. »

Le vieux n'attendait pas de réponse de toute façon. Et puis Charlus savait qu'il avait toutes les cartes en main. Dorea lui avait dit oui, et son père ne voulait certainement pas prendre le risque de lui faire de la peine. Quoique. Mais non. Elle avait déjà vingt-trois ans. Pollux avait dit qu'il pensait qu'elle finirait seule. Non, vraiment, son père accepterait toutes les conditions les plus folles qu'il pourrait imposer, c'était certain.

« Votre nom complet et votre date de naissance, Mr Potter ? demanda Mr Black sans s'arrêter d'écrire.

-Charlus Priscus Potter, fils de Robertus Priscus Potter et Annabella Sionach Potter, née Fortescue. 25 mai 1918, à Godric's Hollow, répondit-il distraitement en regardant autour de lui. »

La plume gratta le parchemin encore de longues secondes.

« Dorea vous a dit le montant de sa dot ? demanda Cygnus Black en grattant son parchemin avec la plume rouge.

-Je ne le lui ai pas demandé, reconnut Charlus. »

Elle devait être aux alentours de huit ou dix mille Gallions, comme celle d'Ambuela. Il en avait vaguement discuté avec son père la veille. Lorsque Charlus avait mentionné le prénom du père de Dorea, son père lui avait demandé de le répéter. « Charlus, je… Fais attention. La famille Black, outre le fait d'être cérémonieuse à l'excès, n'est pas tout à fait… propre en politique, surtout Cygnus Black. Son nom passe régulièrement dans des procès où des partisans soupçonnés de Grindelwald sont mêlés, mais à chaque fois les Aurors manquent de preuves. Les Black ne sont pas tous pourris, mais Cygnus Black… C'est une ordure. Des bruits traînent dans les couloirs, certains disent qu'il jetterait des Sortilèges Impardonnables à sa femme, d'autres que le taux de mortalité élevé de certains quartiers moldus de Londres serait de son fait, d'autres qu'il serait un lieutenant de Grindelwald… Je te le dis honnêtement, je ne sais plus quoi croire. Mais méfie-toi. J'espère que sa fille n'est pas comme lui. »

« 2250 Gallions, répondit-il sèchement en le fixant dans les yeux. »

Charlus maîtrisa du mieux qu'il put sa surprise.

« C'est… peu, ne trouva-t-il qu'à dire en se levant pour aller à la fenêtre. »

Oh il s'en fichait. Il avait assez d'argent pour ne pas s'en soucier. Il était juste surpris. Enfin, ceci lui confirmait que Mr Black n'avait pas des finances au beau fixe. Ceci expliquait aussi son empressement à rédiger le contrat de mariage. Il ne lui demandait même pas s'il aimait sa fille, comment ils s'étaient rencontrés, depuis combien de temps il la courtisait !

« Si ce n'est pas assez pour vous… »

Répondre je veux juste Dorea, ne lui sembla pas envisageable devant un homme si dépourvu de sentiments. Et puis, il ne faisait pas confiance à cet homme. Déjà, il n'aimait pas le ton avec lequel il parlait à Dorea. Ensuite, il faisait froid dans le dos. Enfin, il y avait trop de rumeurs sur lui pour être serein dans un face à face.

« Là n'est pas la question, coupa Charlus en laissant son regard fixer un chat dans le parc voisin. Je m'inquiète de la raison de ce petit montant, c'est tout.

-Ma fille est en bonne santé, et pourra porter autant d'enfant que vous le voudrez, soyez sans crainte. »

Comment pouvait-il parler de sa propre fille de cette manière ? Comme d'un ventre à l'achat ?

« Vous pouvez même faire venir un Guérisseur pour vous assurer qu'elle ne couve aucune maladie, aucune malformation utérine ou qu'aucun autre ne l'aura touchée avant vous. »

Merlin, faites taire cet homme ! voulut crier Charlus mais il lui fallut déjà contrôler sa colère et son besoin irrépressible de lui crier de considérer Dorea comme un être humain.

« Et puis, elle est obéissante et elle sait tenir une conversation, même si elle a quelques difficultés à sourire aux gens extérieurs à sa famille, en convint Cygnus Black avec empressement.

-Il suffit, le coupa-t-il le plus calmement possible alors qu'il bouillonnait de rage. La dot de votre fille n'est pas élevée, mais… chercha-t-il quoi dire en retournant s'asseoir devant le vieux sorcier. Mais elle portera très bien mon nom et mes enfants, dit-il avec l'impression d'avaler des serpents. Je ne suis pas l'aîné, je n'ai pas besoin de plus.

-Je peux néanmoins compléter sa dot par autre chose, poursuivit Mr Black sans tenir compte de la remarque de Charlus. Vous m'avez bien parlé d'alliance, Mr Potter, non ? lui dit Mr Black en souriant de toutes ses dents grises. Vous avez bien compris qui je suis, et ce que contient réellement la dot de Dorea, non ? »

Il se releva brusquement pour s'éloigner du bureau et cacher sa nervosité. Grindelwald ? Bon Dieu, pourquoi n'avait-il pas demandé à son père de venir avec lui ? Jamais Cygnus Black ne se serait permis de tels propos devant un représentant du Magenmagot. Entendre qu'il avait devant lui quelqu'un qui soutenait activement Grindelwald lui donnait envie de courir au ministère. On lui demanderait sûrement des preuves. Et il n'en avait pas. Et Mr Black s'en prenait à Dorea une fois que le Ministère l'aurait relâché, faute de preuves concluantes ?

« Oh, je parlais d'alliance dans un sens beaucoup plus… marmonna Charlus.

-Dans un sens plus quoi ? reprit la voix de Mr Black. »

Charlus réfléchit à toute vitesse. Qu'est-ce que dirait Ambuela ?

« Dans un sens beaucoup plus large, compléta Charlus, faute de mieux.

-C'est-à-dire ? demanda patiemment Mr Black avec une pointe de condescendance. »

Il devait sortir Dorea de cette maison et de l'influence de son père. Et ce le plus vite possible.

« Alliance dans le sens mariage, rapprochement de deux familles sorcières.

-Ah… Permettez-moi tout de même de préciser dans le contrat que ma fille et donc vous, mon futur genre, restez sous ma protection, voulez-vous ? »

Charlus ne chercha pas vraiment à comprendre. Il voulait surtout signer le contrat afin d'être sûr que Dorea pourrait l'épouser rapidement.

« Faites, répondit-il distraitement.

-Combien de Gallions seriez-vous en possibilité de donner chaque mois à ma fille pour tenir votre maison, Mr Potter ? demanda finalement Mr Black en posant quelques instant sa plume. »

Il avait aussi demandé ceci à son père la veille, combien, lui, donnait à sa mère. Robertus Potter lui avait rappelé qu'Annabella Potter travaillait, elle aussi, mais que 270 Gallions avaient été décidé dans le contrat de mariage. Il avait dit à Charlus qu'il n'avait pas besoin de donner autant à Dorea, vu que la maison à Flaquemare était bien plus petite que la Maison de Godric's Hollow. Mais Charlus s'en fichait, de toute façon.

« 270 Gallions, répondit-il sans ciller et même en souriant moqueusement lorsqu'il vit l'air ahuri de Mr Black en face de lui.

-Autant ? s'étonna Mr Black.

-Je peux largement me le permettre, répondit-il sans même essayer de paraître humble.

-C'est vous qui voyez, capitula Mr Black en clignant des yeux plusieurs fois après avoir écrit le nombre sur le parchemin. »

Il attendit encore dix bonnes minutes que Mr Black rédige le contrat en ajoutant tous les sortilèges de protection et de bénédictions nécessaires avant de venir lire le parchemin derrière son épaule. Il ne connaissait rien à la paperasse. Même lorsqu'il devait demander un visa, c'était toute une histoire. Il aurait vraiment dû demander à son père de venir. Car là, il se rendait compte qu'il pourrait tout à fait se faire rouler tant il ne comprenait rien aux formules magiques. Il demanderait au Mage de mariage au Ministère lorsqu'ils iraient faire valider le contrat.

« Je vais chercher Dorea, proposa-t-il aussitôt, pressé de la retrouver et surtout de fuir ce bureau.

-Je vais relire une deuxième fois le contrat en vous attendant, l'informa Cygnus Black. »

Il sortit du bureau, sursauta lorsque la porte claqua derrière lui, et s'empressa de descendre les trois étages. Bon sang, mais combien de personnes habitaient dans cette maison ?

Est-ce que… Est-ce que c'était elle qui jouait du piano ? Il fit un pas de plus dans la direction d'où venait la musique, fit un pas dans la pièce qui jouxtait le petit salon, et put la voir assise à un immense piano à queue. Ses doigts semblaient danser sur les touches, elle arpentait tout le clavier d'un mouvement fluide et aérien. Sa nuque dégagée attira tout autant le regard de Charlus. Seules trois mèches s'étaient échappées de son chignon depuis tout à l'heure et chatouillaient la peau blanche de son cou. Lui aussi avait envie de venir chatouiller son cou, avec sa bouche, ou juste ses mains. Un baiser. Cette musique était parfaite pour un baiser. Elle réclamait même un baiser. Et il pourrait bien lui en demander un avant de la ramener à son père. Il s'approcha lorsqu'elle commença un autre mouvement, plus rythmé que le précédent, plus entraînant. Il essaya de poser délicatement ses mains sur ses épaules pour l'avertir doucement de sa présence, mais elle devait être tant concentrée dans sa partition qu'elle sursauta et brisa la mélodie. Elle leva la tête avec surprise, surprise qui se mua aussitôt en petit sourire lorsqu'elle le reconnut. Ses yeux, Merlin. Ses yeux lui parurent être pour la première fois le reflet de son âme. Perdus et émerveillés de joie. Curieux et même… amoureux ?

« Pourquoi ? bafouilla-t-elle sans décrocher son regard de lui. »

Oh oui, elle voulait elle aussi un nouveau baiser.

« Pourquoi quoi ? demanda-t-il tout de même en se penchant lentement vers ses lèvres.

-Pourquoi moi ? souffla-t-elle comme à bout de souffle. »

La réponse lui parut évidente pour la première fois depuis six mois.

« Parce que toi. »

Un grincement le fit se reculer avant la rencontre de leurs bouches. Il jeta vivement un coup d'œil derrière lui, craignant de se retrouver nez à nez avec Cygnus Black – ou sa baguette – et ne vit qu'une jeune fille d'une quinzaine d'années sur le seuil de la porte. C'était la même fille qui ressemblait à Dorea et qu'il avait vue avec elle sur le Chemin de Traverse. Il la maudit une ou deux fois de lui avoir volé son baiser avec sa fiancée.

« Alors, vous me suivez, Miss Black ? Votre père nous attend dans son bureau pour nous faire signer le contrat de mariage, reprit-il avec nonchalance pour briser la glace de la situation.

-Mais mon jeu au piano, l'avez-vous aimé ? demanda-t-elle aussitôt en faisant la moue. »

C'était cette complicité là qu'ils avaient développée en quelques rencontres qui le fascina un peu plus aujourd'hui. Elle comprenait où il voulait en venir, comme les fois précédentes.

« Je vous le dirai lorsque je vous aurai entendue plus longuement jouer, je vous l'ai dit et je ne peux changer d'avis, fit-il semblant de répéter.

-Vous me contrariez, Mr Potter, dit-elle en entrant dans son jeu. »

Il lui proposa son bras mais elle était déjà deux pas devant lui, et il dut presque lui courir après pour la rattraper et ne pas arriver bien après elle dans le bureau de son père. Il aimait les gens pleins d'énergie, mais elle aurait quand même pu l'attendre dans la cage d'escalier pour lui donner un baiser digne de ce nom !

« La plume, Dorea, l'accueillit simplement son père.

-Où dois-je signer ? se contenta-t-elle de demander. »

Ce manège de soumission agaça à nouveau Charlus. Cygnus Black était comme Beurk il avait besoin d'une bonne correction dans ses manières.

« J'aimerais vous lire le contrat moi-même auparavant, intervint-il en déroulant le parchemin devant lui.

-Est-ce nécessaire ? demanda-t-elle avec un étonnement flagrant. »

Bon là, elle ne voyait plus où il voulait en venir, mais passons.

« Tout à fait, insista-t-il.

-C'est une perte de temps, elle n'y comprendra rien, laissez-la signer, dit Mr Black avec brusquerie.

-Elle me demandera de lui expliquer ce qu'elle ne comprendra pas, fit Charlus avant de se mettre à lire. »

Ce serait inutile de prétendre qu'il comprit grand-chose au charabia en latin qui protégeait le parchemin ni aux formules administratives et traditionnelles. Il devait même écorcher un nombre incalculable de mots depuis le début de sa lecture. Mais ceci l'importait peu. Non, ce qui l'intéressait, c'était de voir Cygnus Black devenir plus rouge de seconde en seconde, et de voir Dorea se retenir de rire aux éclats. Il se doutait bien qu'elle réussirait à se contenir, ou bien, elle lui prendrait le parchemin avant d'exploser. Mais c'était hilarant de voir le père de Dorea au bord de la crise de nerf, et Dorea elle-même se mettre progressivement à paniquer en comprenant qu'il comptait aller jusqu'au bout du rouleau.

« Quoi ? le coupa finalement la voix stupéfaite de Dorea.

-Qu'y a-t-il ? demanda-t-il avec étonnement.

-Vous avez dit 270 Gallions par mois ? bafouilla-t-elle.

-Est-ce trop peu ? s'étonna Charlus. »

Il ne l'avait pas pensée dépensière pourtant, vu le nombre de couleurs différentes pour ses robes. Noir, bleu et vert. Ce n'était pas énorme.

« Non, non…

-Dorea, pourquoi commentes-tu si ce n'est pas trop peu ? siffla Mr Black entre ses dents.

-Euh… C'est… beaucoup, souffla-t-elle en baissant la tête et en frottant ses doigts entre eux.

-Ce genre de commentaire n'est pas demandé, Dorea, tant il est ridicule, martela son père en lui tendant la plume. Signe le contrat. »

Et dire que son père avait fait la même réflexion tantôt ! Mais quel Veracrasse !

« Discutez-en avec votre mère, mais cela me semble convenable, pourtant. Alors, où en étais-je… »

Et puis elle finit par craquer. Charlus aurait bien explosé de rire, mais il se contint à son tour, ne voulant pas risquer de la vexer avant qu'elle n'ait signé.

« Je me demandais quand est-ce que vous craqueriez, ne put-il néanmoins s'empêcher de commenter lorsqu'elle eut apposé sa jolie signature tout en rondeur au bas du parchemin. »

Il se dépêcha de signer à son tour puis de relever un regard malicieux vers elle. Voilà, ils étaient fiancés, et cette fois, il pouvait vraiment lui dire qu'elle faisait de lui le plus heureux des hommes. Il lui aurait bien sauté au cou d'ailleurs, n'eût été le regard noir de son père en face d'eux. Elle aussi semblait offusquée qu'il ait machiné tout cela pour se moquer d'elle. Bon, il valait mieux briser le silence avant que son père ou elle n'explose. Le mariage à présent. La date, oui. Il y avait réfléchi la veille avec son père.

« J'aimerais que le mariage soit célébré avant Noël, soit d'ici trois mois au maximum. Bien sûr, préparer deux fêtes aussi rapprochées demandera du temps, aussi je voulais en discuter avec vous et votre mère. Pouvons-nous faire venir Mrs Black, Mr Black ? demanda-t-il en s'asseyant sur le fauteuil qui faisait face au bureau de Cygnus Black.

-Comme il vous plaira, accepta Mr Black avec acidité en pointant sa baguette sur sa gorge. Transfero, incanta-t-il. Violetta, veux-tu venir dans mon bureau. Finite. Pourquoi un tel empressement, si je puis me permettre ? demanda le vieux Black, les narines frémissantes de colère.

-J'aimerais commencer l'année sous les meilleurs auspices avec votre fille à mes côtés, Mr Black, répondit-il plus pour Dorea que pour son tordu de père. De plus, j'ai bon espoir de mener l'équipe de Flaquemare loin dans la Coupe d'Europe de Quidditch de 1944 compte tenu des très beaux scores que j'ai apportés à l'équipe d'Angleterre l'année dernière à la coupe du Monde de 1942, dit-il ensuite pour soutenir son empressement par une raison plus… terre-à-terre. Or, comme les entraînements s'intensifient dès le mois de janvier et que les matchs auront lieu d'avril à juillet, il convient ou de nous marier dans les trois mois, ou bien d'attendre plus de dix mois, ce qui, nous en conviendrons, n'est pas convenable… »

La porte grinça à nouveau, et Charlus en profita pour jeter un coup d'œil à Dorea. Elle avait de nouveau ses yeux rêveurs, mais les traits de son visage avaient presque délaissé leur côté pensif pour un côté beaucoup plus… extatique ? Ou bien peut-être que c'était lui qui voulait voir du bonheur dans chacun de ses gestes. Pourquoi restait-elle en retrait ? Pourquoi ne venait-elle pas s'asseoir à côté de lui, ou même sur l'accoudoir du fauteuil qu'il occupait pour qu'ils ne puissent rien que se tenir la main ?

« …Ce qui fixe le mariage à la date du… samedi 18 décembre.

-Impossible, opposa brusquement Charlus en sortant de sa contemplation. Il y a match contre les Guerriers de Woollongong, équipe australienne dont l'entraîneur est ami avec l'entraîneur de l'équipe de Flaquemare. Faisons le mariage le lendemain.

-Un mariage un dimanche ? s'étonna sa Dorea avec la spontanéité qui avait séduit Charlus six mois plus tôt.

-Les joueurs de Quidditch se marient souvent le dimanche car les matchs amicaux ont lieu le samedi, lui apprit-il en souriant comme un idiot, c'était certain. Dimanche 19 décembre, ce sera très bien. Qu'en pensez-vous, Miss Black ? »

Elle sembla assez surprise qu'il lui demande son avis. Pourtant, elle avait bien vu qu'il n'était pas homme à imposer quoi que ce soit ! Merlin, c'était encore à cause de la présence de ses parents dans la pièce.

« C'est parfait, bafouilla-t-elle en baissant les yeux. Pendant les vacances de Noël. Ainsi Orion, Alphard et Cygnus seront rentrés de Poudlard. »

Il n'avait déjà pas beaucoup apprécié son père la veille, mais la voir si… soumise et terrifiée en sa présence fit grandir la colère de Charlus. Et c'est lorsqu'il était en colère qu'il devenait le plus insolent, il le savait.

« Et vous, Mrs Black, cela vous semble-t-il convenable ? demanda-t-il à dessein pour énerver Mr Black.

-Ce temps sera suffisant à Dorea pour confectionner son trousseau, oui. Mais qu'en dis-tu Cygnus ?

-Soit, concéda Mr Black après un long silence. »

Et voilà, que chacun donne son avis et son accord, Mr Black ! songea Charlus avec satisfaction.

« Le mariage aura lieu au 12, Square Grimmaurd, ordonna Mr Black.

-Je n'en pensais pas autrement, lui dit Charlus satisfait de le voir chercher à se raccrocher à tout ce qui pouvait lui permettre de garder un pouvoir qu'il n'avait pas.

-Je demanderai à Octavius Flint de présider la cérémonie, c'est un cousin germain, continua Mr Black.

-Soit, concéda Charlus en imitant le ton hautain de Mr Black avec amusement.

-Avez-vous déjà la liste de vos invités en tête ? continua Cygnus Black comme s'il voulait le piéger.

-Vaguement. Mais je vais tâcher de réduire la liste, répondit-il nonchalamment pour l'énerver.

-Pourquoi donc ? intervint la voix divine de sa fiancée. »

Il se tourna vers elle, rassuré de retrouver encore une fois sa spontanéité indépendante et pleine d'assurance. Son visage glacé était marqué par l'étonnement, et elle semblait si innocente à cet instant, que Charlus mourait d'envie de la prendre par surprise et de l'embrasser devant son père pour le faire hurler.

« Je connais énormément de monde dans le milieu du Quidditch, ceci risque de poser un problème de place et… de journalistes, reconnut-il avec une grimace contrite. Je m'en tiendrai à une liste réduite, ce sera plus commode pour tout le monde.

-Quant au repas de fiançailles, il est impératif de le faire se tenir ce midi, revint à la charge Mr Black. »

Il commençait vraiment à lui courir sur le haricot celui-là. Le contrat était signé et ce, entre Dorea et lui, par Merlin ! Il n'avait plus son mot à dire ! Et puis ce midi ? Il avait dit ce soir à son père.

« Ce midi ? insista-t-il en montrant clairement son désaccord. Ma foi, ceci va poser problème.

-En quoi cela poserait-il problème ? demanda dangereusement Mr Black.

-Ma mère est Guérisseuse, et elle doit être présente à Ste-Mangouste jusque sept heures ce soir. Ne pouvons-nous repousser ce dîner à ce soir ? Il serait inconvenant qu'elle soit absente. Et puis, ceci permettra à votre fille de composer un menu tout à sa guise. Qu'en dites-vous, Miss Black ? demanda-t-il en essayant d'exclure à nouveau Mr Black mais c'était sans compter sur le personnage et la crainte manifeste de Dorea.

-Soit, laissa-t-elle encore décider son père. Est-ce tout ?

-Souhaitez-vous évoquer un autre sujet, Miss Black ? lui demanda Charlus en la fixant avec insistance pour qu'elle ose parler comme bon lui semble. »

Mais elle se contenta de secouer craintivement la tête en regardant son père avec appréhension.

« Ma mère voudra vous aider, Miss Black, dans l'organisation de la cérémonie, insista-t-il néanmoins, même si c'est de façon infime. Cela vous déplaira-t-il ?

-Votre mère n'est-elle pas occupée à Ste-Mangouste, Mr Potter ? attaqua Mr Black de son ton mielleux.

-Mr Black, ma mère est une femme, elle trouve toujours du temps pour tout faire. C'est un de leurs talents qui manquent aux hommes et qu'ils espèrent acquérir lorsqu'ils en épousent une, n'est-ce pas ? »

C'était jouissif de voir Mr Black arborer des plaques rouges de contrariété sur tout son cou et jusqu'aux oreilles. Il tâchait de se contenir, mais Charlus laissait à présent libre cours à son impertinence. Le contrat était signé, Dorea était à lui, tout était dans son camp, Souafle, Cognard et Vif d'Or.

« Et si nous prenions le thé ? intervint la petite voix de sa fiancée pour briser le silence à l'évidence. Nous pourrions même nous rendre dans le jardin.

-Ce sera l'heure du repas dans quelques instants, renchérit sa mère. Vous resterez dîner avec nous, Mr Potter ?

-Volontiers, accepta-t-il avec un vrai bonheur en remarquant les joues roses de Dorea.

-Dorea, voudrais-tu faire visiter le jardin à Mr Potter ? Lucretia vous accompagnera, proposa Mrs Black en ouvrant elle-même la porte du bureau.

-Tout de suite, Maman, entendit-il alors qu'il se levait. »

Il la suivit à grands pas, impatient d'enfin pouvoir lui parler en tête à tête. Il réussit à attraper ses doigts au milieu du couloir de l'étage inférieur et tira dessus pour la tirer à lui.

« Dorea, attends, dit-il à mi-voix. »

Elle était presque contre lui, ses grands yeux gris stupéfaits et paniqués, à la recherche de tout sauf de lui. Il fronça les sourcils.

« Charlus, ne… ne faites pas cela, le pria-t-elle.

-Quoi donc ? demanda-t-il en serrant un peu plus sa main.

- Ma main, rendez-la-moi, n'importe qui peut arriver et tout rapporter à ma mère, souffla-t-elle en tirant sur sa main. »

Son père, mais aussi sa mère, l'effrayaient de la sorte ? Mais où était-elle passée la jeune fille qui le priait de s'éloigner de la foule réunie au Château de Fortarôme ?

« Pardonnez-moi, Dorea, souffla-t-il en la suivant lorsqu'elle reprit la descente des escaliers. Mais j'aimerais comprendre… »

Elle s'arrêta et il en profita pour attraper à nouveau sa main. Manque de chance, elle avait raison de se méfier, puisqu'une autre voix s'immisça dans leur conversation. Il lâcha sa main pendant que le vieux sorcier avec lequel il l'avait vue à Pré-au-Lard avançait vers eux.

« Dorea, tu me présentes ? demanda-t-il en détaillant Charlus de haut en bas.

-Mr Potter, obéit-elle en l'appelant de façon bien trop formelle, voici Arcturus Black, mon parrain, frère de mon père. Oncle Arcturus, je te présente Charlus Potter, mon fiancé. »

Charlus Potter, mon fiancé. Bon Dieu. C'était… plaisant. Un brin possessif, un brin délicat. Il tendit la main devant lui, et le vieil homme s'en empara sans le lâcher du regard. C'était étonnant, d'ailleurs, comme l'iris de ses yeux ressemblait à celui de Dorea. Et il semblait bien moins fou que son frère, le père de Dorea. Il y avait quelque chose de plus… distingué chez ce sorcier. Et un air distant et pensif qui ressemblait à celui de Dorea.

« Je suppose que Violetta vous a invité à dîner, lui dit Mr Arcturus Black de sa voix rauque.

-Mrs Black m'a invité en effet, lui répondit-il avec prudence néanmoins.

-Dorea, descends rejoindre Lucretia dans le jardin, ordonna Arcturus Black. J'aimerais discuter avec ton fiancé quelques instants, nous te retrouverons dehors. »

Mais non ! Il voulait rester avec Dorea ! Ne lui dites pas qu'il n'aurait pas un moment en tête à tête avec elle avant leur mariage !

« Oui, mon oncle. J'y vais de ce pas, obéit-elle en dévalant les escaliers comme pour le fuir. »

Il se retint de jurer à voix haute, mais ce n'était pas loin.

« Suivez-moi dans la Bibliothèque, Mr Potter. »

Est-ce qu'il devrait affronter tous les hommes de cette maison les uns après les autres ? Il voulait juste Dorea lui, pas toute sa famille bizarre.

« Je vous suis, obéit-il néanmoins. »

Il ne pouvait pas être pire à affronter que Cygnus Black de toute façon. La bibliothèque était bien plus petite que celle de ses parents à Godric's Hollow. Au moins trois fois moins grande. Au milieu de la pièce, il n'y avait d'ailleurs qu'une petite table de la taille d'un pupitre d'écolier, et trois fauteuils un peu à côté.

« Asseyez-vous, je vous en prie, l'invita Arcturus Black en lui désignant les fauteuils alors qu'il fermait la porte derrière eux.

-Je vous remercie, se contenta-t-il de dire en s'asseyant sur le fauteuil en cuir le plus proche de la sortie au cas où.

-Dites-moi, Mr Potter, je ne vous cache pas que je suis curieux en ce qui concerne la vie de ma filleule dont je me suis toujours beaucoup occupé, annonça d'emblée le vieux sorcier en s'asseyant en face de lui.

-On le remarque bien, reconnut Charlus en cherchant quoi répondre à cela. Vous avez ce même regard perpétuellement pensif. »

Arcturus Black lui sourit de manière on ne peut plus sincère. Ses yeux auréolés de rides ressemblèrent un instant à deux étoiles.

« Vraiment ? Voilà qui est agréable à entendre. »

Euh… d'accord. Tant mieux même.

« Alors dites-moi, Mr Potter, reprit Arcturus Black, ma filleule est très secrète, ce qui ne me semble pas être votre cas. Peut-être pourriez-vous me dire où et quand vous l'avez rencontrée. »

Pourquoi c'était son oncle et non son père qui lui posait cette question déjà ?

« J'étais deux années au-dessus de la sienne à Poudlard, trouva plus sage de répondre Charlus. »

Mais l'oncle de Dorea devait être moins bête que son père puisqu'il le regarda avec insistance en penchant la tête sur le côté.

« Dorea a quitté Poudlard il y a cinq ans, et vous sept donc. Ne me faites pas croire que vous avez attendu sept ans pour vous déclarer, je ne vous croirai pas, lui répondit simplement Arcturus Black. Et puis, Dorea ne doit même pas s'en souvenir. Elle est… hermétique aux relations humaines. Si elle ne rattache pas quelqu'un à un souvenir un peu… intellectuel, elle l'oublie dans la journée, avoua Arcturus Black avec un sourire amusé. »

Elle se souvenait pourtant bien qu'il lui avait proposé sans aucune subtilité de se faufiler dans son lit puisqu'il avait dû s'excuser deux mois plus tard. Enfin, elle avait semblé l'avoir oublié en juin, il est vrai. Il dut grimacer un peu trop car Arcturus Black esquissa un sourire narquois.

« Je vois que vous en avez fait les frais, se moqua-t-il.

-Plusieurs fois, reconnut-il.

-Ceci ne m'étonne même pas. En revanche, ce qui me surprend, c'est que moi, je ne me souvienne pas vous avoir vu avec elle par le passé, reprit Arcturus Black. »

Que répondre à cela sans passer pour un enfant possessif voulant ennuyer Beurk ? Ou même pour quelqu'un d'impulsif et téméraire ?

Comme vous l'avez dit, Sorcière Hebdo aime colporter des rumeurs sur la façon dont vous vivez, non ? Permettez-moi de ne pas y être mêlée.

« Elle ne voulait pas apparaître dans Sorcière Hebdo, dit-il en se levant nerveusement pour se mettre devant la fenêtre. »

C'était une de ses techniques pour pouvoir parler sans craindre qu'on le suspecte de mentir.

« Elle vous a demandé d'être discret ? demanda Arcturus Black.

-C'est cela, approuva-t-il.

-Enfin, Mr Potter, on peut être discret un mois ou deux, mais pas plus. Et je doute que vous êtes homme à vous déclarer en un mois ou deux, insista Arcturus Black. »

Pourquoi avait-il les mains moites, déjà ? Et s'il disait qu'il avait réussi par deux fois à l'amener à l'écart, est-ce que ce serait à son avantage ou son désavantage ? Oui mais deux fois c'étaient trop et peu à la fois. Parler de Beurk ? Mauvaise idée. Impulsivité ? Très mauvaise idée.

« Et puis il faut bien une rencontre, plusieurs rencontres même, avant de demander la discrétion, surtout à quelqu'un comme Dorea. Elle n'a pas vraiment conscience du monde qui tourne autour d'elle. Alors dites-moi, Mr Potter, considérez-vous un minimum ma filleule, ou ces fiançailles sont-elles seulement une manière d'énerver mon neveu Theophilius ? »

Crotte de dragon. Choisir ses mots. S'il te plaît Ambuela, ne m'abandonne pas.

« C'est amusant que vous me parliez de Theophilius Beurk, car il est venu m'agresser à Flaquemare hier soir, commença nerveusement Charlus en revenant s'asseoir en face d'Arcturus Black.

-Je ne trouve pas cela particulièrement amusant. Attention Mr Potter, mon frère est peut-être un idiot cupide qui n'espérait plus marier Dorea et Theophilius est peut-être un idiot que Dorea déteste cordialement, mais ceci ne vous donne aucunement grâce à mes yeux. »

D'accord. Il avait en face de lui quelqu'un qui tenait vraiment à Dorea et qui s'inquiétait pour elle.

« Savez-vous que votre nièce est une personne fascinante, Mr Black ? préféra-t-il répondre en tirant sur le col de sa robe pour mieux respirer. Je l'ai vue à plusieurs reprises, dont elle ne se semble pas se souvenir pour la plupart, je l'ai écoutée me parler de Magie Antique, j'ai un peu trop pensé à elle, je l'ai aidé à fuir votre neveu… Il y a deux semaines, au mariage d'Ambuela et Aristote Parkinson, j'ai même failli en venir aux mains avec lui, à l'insu de Dorea, bien sûr.

-Vraiment ? s'étonna Arcturus Black.

-Et j'ai fini par en conclure qu'il valait mieux que je me déclare avant que Beurk ne le fasse, d'où la précipitation. »

Et tout ça sans mentir ! Brillant Charlus ! Il avait réussi à résumer une situation improbable en la rendant décente pour la pensée d'un autre que lui (et même pour lui soit dit en passant).

« Je vais vous laisser le bénéfice du doute, lui concéda Arcturus Black en se levant et Charlus l'imita. »

Allait-on enfin le laisser passer tout son temps avec Dorea ? Il était là pour elle, pas pour sa famille.

« Allons la rejoindre dans le jardin. J'ai l'impression que vous ne tenez pas en place, se moqua Arcturus Black.

-Je suis plus un homme d'action qu'un homme de bureau, reconnut-il. »

Il suivit Mr Black sans demander son reste.

« Ah Arcturus, tu… oh mais tu étais avec Mr Potter. »

Charlus reconnut la mère de Dorea devant lui. Son regard fit la navette de l'un à l'autre jusqu'à ce qu'Arcturus Black reprenne la parole.

« Je discutais avec Mr Potter de Dorea, l'informa-t-il d'un ton sec. Nous allons au jardin. Viens-tu avec nous, Violetta ?

-Bien sûr. Passez devant, Mr Potter, l'invita-t-elle. »

Charlus ne se fit pas prier et descendit le plus vite possible les escaliers pour retrouver Dorea. Il entendait sa future belle-mère et Arcturus Black discuter à voix basse derrière lui, mais pour le coup, cela lui était bien égal. Il voulait juste retrouver enfin Dorea. Echanger deux mots avec elle. Même un baiser. Ou simplement lui tenir la main.

Elle riait. Elle riait même aux éclats lorsqu'il posa un pied dans le petit jardin de ville de la maison des Black. Elle était avec cette fille qui lui ressemblait, encore, il avait l'impression que c'était la seule qui avait jamais réussi à faire rire aux éclats Dorea. Et il en fut jaloux. Maladivement. Lui aussi il voulait réussir l'exploit qui lui paraissait impossible de la faire rire aux larmes.

« Pourrions-nous partager votre hilarité, mesdemoiselles ? demanda-t-il pour entrer dans leur cercle. »

Dorea sauta sur ses pieds, terrifiée, pendant que l'autre fille tentait en vain de transformer ses rires en toux. Pourquoi avait-elle peur ?

« Je crains que la raison de notre hilarité ne paraisse sans intérêt à vos oreilles, dit-elle en baissant les yeux sur ses mains.

-Laissez-moi en juger, voulez-vous, Miss Dorea ? insista-t-il. »

-Je… Je racontais une anecdote historique à ma cousine Lucretia, avoua-t-elle rapidement. Puis-je vous la présenter d'ailleurs ? Lucretia Black. Et Lucretia, voici Mr Potter, mon fiancé.

-Je suis enchanté, Miss Black, fit automatiquement Charlus Potter en faisant un baisemain à la petite Lucretia.

-Moi de même, Mr Potter, assura-t-elle en exécutant une petite révérence.

-Veuillez pardonner mon insistance, Miss Dorea, mais je suis de nature curieuse surtout lorsque je sais que l'histoire me donnera matière à rire, reprit-il en la regardant fixement. »

Il voulait rire avec elle, comme elle riait la seconde d'avant. Et il ne voulait pas qu'elle ait peur de lui parler de tout. Il voulait connaître tous les aspects de sa vie.

« Eh bien, j'espère ne pas vous choquer, commença-t-elle avec une hésitation flagrante. Je lui relatais l'aventure qui survint à ce sorcier égyptien de l'époque ptolémaïque que j'ai lue hier. Il habitait un village tout à fait sorcier et inventait des sortilèges très puissants. Il avait monté une école de magie afin de constituer un cercle d'élites et ainsi protéger son village d'attaques moldues. Cependant, ce sorcier, laissa le pouvoir lui faire perdre la raison, et il en vint à vouloir détruire la grande bibliothèque d'Alexandrie, qui n'était qu'en fait une partie d'un immense musée, mais passons. Certes, des Moldus avaient participé à sa construction, mais à l'époque, les sorciers et les Moldus, surtout à Alexandrie, se mélangeaient tout à fait dans la vie de tous les jours, et…

-Dorea, la reprit sèchement sa mère. Les Sang-de-Bourbe n'ont rien à voir avec la culture, s'il te plaît. Cesse de raconter des inepties.

-Laissez, Mrs Black, ce n'était qu'une digression dans l'anecdote, intervint Charlus en se rassurant à nouveau sur les idées politiques de Dorea. Voulez-vous continuer, Miss Dorea ? insista-t-il en s'avançant vers elle pour lui offrir son bras. Mais en marchant, je tiens peu en place, avoua-t-il. »

Il voulait surtout l'avoir rien que pour lui. Et comme la petite Lucretia, Arcturus Black et Mrs Black ne semblaient pas disposés à les laisser en tête à tête, il s'arrangeait pour l'avoir le plus près possible de lui, dans la limite de la décence. Elle regrettait, elle aussi, ce public imposé, au vu de son sourire mordillé par ses incisives. Son regard ne lui avait jamais paru aussi profond et ses doigts glissés dans le creux de son coude à leur place. Il aurait presque pu rester immobile à la fixer ainsi pendant des heures.

« Vous me parliez de la bibliothèque d'Alexandre, reprit-il en posant sa main libre sur celle qu'elle avait logée dans le creux de son coude.

-D'Alexandrie, la ville égyptienne. Vous en avez déjà entendu parler, non ? demanda-t-elle.

-Sûrement, fit-il sans que ceci ne lui rappelle rien. De quelle époque date-t-elle ?

-Le troisième siècle avant notre ère, lui apprit-elle. Mais elle a été dévastée par des Feudeymons quelques siècles plus tard. Nous n'en avons plus aucune trace aujourd'hui.

-Et cette anecdote ? Je suis peu patient, vous savez, fit-il en pressant sa main.

-Ah oui. Eh bien, ce sorcier voulait la détruire, justement parce qu'il trouvait que trop de Moldus y avaient pris part et qu'il ne voulait conserver que les éléments sorciers du bâtiment. C'était une chose stupide, comme j'ai voulu le dire, puisque la magie n'était pas cachée aux yeux des Moldus à l'époque, d'une manière telle que nous ne pouvons nous l'imaginer. Ainsi donc, détruire ce qui était Moldu revenait à détruire ce qui était aussi sorcier.

-Il voulait détruire toute la bibliothèque ? s'étonna Charlus.

-C'est en effet la conclusion à laquelle il est venu. Cependant, l'un de ses disciples trouvait cette idée aberrante et contraire aux lois du savoir. Ces sorciers étaient d'origine grecque…

-Je croyais que l'anecdote se passait à Alexandrie ? bafouilla-t-il en commençant à être perdu.

-Oui, mais dès le troisième siècle avant notre ère, il y a énormément de colons d'origine grecque qui sont venus en Egypte et ont formé une communauté très conséquente. Et donc, ces sorciers étaient d'origine grecque, ils utilisaient donc des baguettes pour faire de la magie. Vous savez que les baguettes sont d'origine grecque, n'est-ce pas ? Ce n'est pas pour rien que Mr Ollivander s'appelle ainsi.

-Ah oui ? s'étonna-t-il. »

Elle devait vraiment le prendre pour un imbécile vu la consternation qui souligna ses traits. Il ferait mieux d'acquiescer sans tout comprendre.

« On entend olive, dans Ollivander. Or l'olivier est un arbre sacré en Grèce. De plus le mot andros en grec ancien signifie homme. L'homme à l'olivier. Ils sont venus de Grèce en Italie, où il y a aussi eu beaucoup de colons grecs qui se sont établis, puis de l'Italie en Angleterre pendant la conquête romaine avec un savoir-faire exceptionnel, lui expliqua-t-elle patiemment.

-D'accord, bredouilla-t-il.

-Donc, ils étaient d'origine grecque, reprit-elle. Ainsi, le disciple qui trouvait ce plan stupide, décida de remplacer les baguettes de ses camarades et de son maître par de simples morceaux de bois avant de se coucher. Le lendemain, pendant que ses camarades s'affolaient de ne plus réussir à faire fonctionner leurs baguettes magiques, il apporta une simple tisane d'herbe à chat. Ils en burent tous, même le maître, lorsqu'il leur pria de se calmer et de chercher posément la raison de ce phénomène.

-Mais l'herbe à chat est un poison pour les sorciers, s'horrifia Charlus.

-Exactement. On raconte que c'est un poison, mais s'il est complété par des poils de chat, il devient… comment dire, une potion des plus intéressantes.

-Développez, voyons, exigea-t-il. »

Elle s'arrêta de marcher pour le fixer sans aucune émotion, pour changer. Puis il hallucina en la voyant se mettre à rire.

« Ils se sont tous transformés en chat, avoua-t-elle. »

-Mais… Ce n'est pas drôle, c'est horrible, fit-il en s'arrêtant à son tour.

-Mais non, les chats étaient vénérés dans l'Ancienne Egypte, lui dit-elle en continuant de sourire. Ses chats de compagnons sont tous allés se trouver des familles, sont tous devenus de bon gros chats et ils n'ont plus jamais songé à incendier la bibliothèque d'Alexandrie.

-Les choses vues ainsi, essaya-t-il de comprendre mais elle avait un humour particulier tout de même.

-Dorea, l'interpella sa mère. Cesse de raconter des sottises, et demande plutôt à Mr Potter ce qu'il aimerait manger au souper ce soir afin d'élaborer un menu que tu apporteras à l'elfe. »

Il vit ses yeux s'agiter avec panique avant de revenir sur lui. Elle le regarda longuement avec hésitation. Elle se mit même à rougir de manière charmante.

« Que voudriez-vous trouver sur la table au souper, Mr Potter ?

-Ce qu'il vous plaira, lui assura-t-il peu intéressé. Mais pas d'herbe à chat, ni de poils de chat, plaisanta-t-il. »

Elle ne sourit même pas. Etait-il moins drôle qu'une histoire de sorciers transformés en chat ? C'était consternant !

« Si je demande une soupe froide de concombre et une tourte pour l'entrée, du cabillaud en poisson avec du gratin de courgette, du lapin en sauce en viande accompagné de champignons et de carottes, et un carpaccio d'ananas avec une boule de glace vanille pétillante en dessert, cela vous irait-il ? débita-t-elle à toute vitesse. »

Eh bien, ça, c'était rapide. Si elle savait aussi bien que cela organiser les choses, il avait plutôt intérêt à apprendre l'organisation à son tour.

« Ce sera parfait, Dorea, souffla-t-il assez bas parce qu'il ne résistait plus à l'envie de l'appeler par son prénom.

-Merci, Cha… Mr Potter, bafouilla-t-elle. Lucretia va m'accompagner en cuisine, puis nous reviendrons aussitôt. Vous n'avez qu'à… refaire un tour du jardin, proposa-t-elle. »

Il la regarda s'enfuir à nouveau. C'était une habitude chez elle, de fuir ? Il croisa les bras et fixa la porte derrière laquelle elle avait disparu. Il était certes un peu venu la demander en mariage pour emmerder Beurk, mais surtout pour lui montrer qu'il voulait vraiment apprendre à la connaître, et qu'elle lui plaisait plus que… que comme ça. Et là, il ne pouvait même pas avoir une discussion en tête à tête avec elle ? Soit elle était coincée sous le regard de ses parents qui l'effrayaient, soit elle avait peur que quelqu'un de sa famille n'arrive, soit elle fuyait !

« Vous êtes contrarié, Mr Potter ? s'inquiéta Mrs Black. Vous savez, il faut dire à ma fille lorsque sa discussion devient stupide, elle ne s'en rend pas compte mais…

-Sa conversation est très intéressante, coupa-t-il avec exaspération. »

Mais que ses parents la laissent faire et agir à sa guise, par Merlin ! Il comprenait mieux pourquoi aucun homme n'avait demandé sa main toutes ces années. Entre son père qui faisait froid dans le dos et sa mère qui, elle, disait des choses stupides…

« Elle saura très bien vous écouter parler de votre métier, reprit sa mère et Charlus prit sur lui pour ne pas fuir à son tour. Dorea aime beaucoup le Quidditch. Cygnus lui avait offert une place pour le match de votre équipe en juillet.

-C'était un beau match, se souvint Charlus… »

surtout la surprise finale : le sourire de Dorea au dessous du Vif d'Or tout juste capturé.

« Elle venait pour soutenir le Club de Flaquemare ? demanda-t-il avec intérêt.

-Oh oui, s'empressa de répondre sa mère.

-Mais non Violetta, tu sais bien que l'équipe de Flaquemare n'est pas la préférée de Dorea, corrigea Mr Black. »

Une discussion vive fit se retourner Charlus. C'était Dorea qui revenait avec sa cousine. Il allait pouvoir la taquiner sur son équipe préférée.

« Miss Dorea, l'accueillit-il avec plaisir lorsqu'elle vint d'elle même prendre sa place à côté de lui. Votre Oncle me disait que votre équipe de Quidditch préférée n'était pas le Club de Flaquemare ? demanda-t-il en haussant un sourcil provocateur.

-Ce qu'il n'a pas dit, c'est que je préfère soutenir un joueur plutôt qu'une équipe vu que les joueurs changent d'équipe au moins trois fois dans leur carrière, expliqua-t-elle en rougissant avec gêne.

-Et quel, ou bien, lesquels joueurs soutenez-vous ? la taquina-t-il un peu plus, avec un peu de jalousie aussi, il fallait l'avouer.

-Vous êtes à partir d'aujourd'hui le seul et l'unique, minauda-t-elle en posant sa main libre sur son bras, se rapprochant encore plus de lui… puisque vous êtes mon fiancé, nuança-t-elle avec provocation.

-Avec qui étais-je en concurrence l'heure d'avant ? demanda-t-il en entrant dans son jeu.

-Aucun autre Attrapeur, soyez-en assuré, répondit-elle avec une petit gêne flagrante. »

Qu'est-ce que cette gêne voulait dire ?

« Mais encore ? insista-t-il en perdant légèrement son sourire. »

Sa panique le rendit encore plus suspicieux. Elle ne s'était tout de même pas intéressé à lui parce qu'il était Joueur de Quidditch ? Ils avaient à peine parlé de Quidditch les fois précédentes, en plus. C'était d'ailleurs ce qui l'avait aussi séduit chez elle. Elle le considérait avant tout comme un homme, et non comme un athlète. Alors pourquoi cherchait-elle l'aide de sa cousine du regard ?

« Nous préférons imaginer l'équipe britannique idéale, avec Dorea, intervint-elle. Vous êtes l'Attrapeur, bien sûr, Mike Orlando de Flaquemare est Poursuiveur, Abigail Flint et Rufus Dopkiks aussi…

-Dopkiks ? demanda-t-il avec stupeur.

-Qui mettriez-vous plutôt ? demanda la petite Lucretia.

-Jude Pucking, fit-il aussitôt. »

Dopkiks avait failli avoir la place d'Enid à Flaquemare. Il était imbu de lui-même et croyait que tout lui était dû grâce à sa belle gueule. Et puis il ne jouait pas si bien que cela. Il ne comprenait pas l'engouement des filles pour Dopkiks.

« Plaisantez-vous ? demanda Lucretia en fronçant les sourcils. C'est une brute de premier plan.

-Meilleur butteur gallois de la saison précédente, insista-t-il en perdant tout sourire. »

Est-ce que la petite Lucretia ne reconnaissait pas le talent de Pucking à cause de son origine moldue ? Et voilà qu'intervenait à nouveau la mère de Dorea.

« Les femmes n'ont pas les mêmes critères en ce qui concerne le Quidditch que les hommes, Mr Potter. Mais sachez que Dorea a choisi de porter les couleurs de votre équipe aujourd'hui pour vous montrer son dévouement dans tous les aspects de votre vie à l'avenir. »

C'était le bleu de Flaquemare alors ? Il n'avait même pas fait le lien. Tout ce qu'il avait vu, c'est qu'elle portait très bien cette couleur, et qu'ils portaient la même.

Et elle fuyait son regard, en plus.

« Je l'ai remarqué, oui, dit-il négligemment. Mais… »

Le tintement d'une clochette interrompit sa phrase.

« Le dîner est servi, annonça Mrs Black. Dorea, j'ai annoncé à Sirius que ton fiancé serait à table parmi nous, mais devance-nous, s'il te plaît, pour présenter Mr Potter à ton oncle.

-Oui, maman, obéit-elle en prenant le bras qu'il lui présentait. »

Pourquoi n'osait-elle plus parler librement avec lui ? Il avait tant aimé sa spontanéité. Il n'avait pas l'impression d'avoir la même personne devant lui. Elle était inquiète, soucieuse, obéissante et plus du tout… vive et moqueuse.

« Dorea, souffla-t-il avec inquiétude lorsqu'ils furent seuls dans la maison. Es-tu sûre que…

-Etes-vous de nature possessive ? le coupa-t-elle. »

Il s'arrêta pour fixer son profil concentré. Au moins, elle l'avait coupé dans sa phrase, il avait retrouvé sa spontanéité.

« Ai-je des raisons de l'être ? demanda-t-il avec suspicion.

-Je ne vous ai pas demandé si vous étiez jaloux, mais de nature possessive, insista-t-elle. »

Les yeux vides qu'elle releva vers lui furent une véritable douche froide. Pour une raison inconnue, il lui faisait peur et elle avait peur de la réponse qu'il pourrait lui donner. Il refusa de penser qu'elle avait attendu quelqu'un d'autre hier après-midi dans le bureau de son père, il refusa de penser qu'elle avait été forcée de lui dire oui.

« Ecoute, Dorea, fit-il à mi-voix en prenant son visage entre ses mains. Je n'ai jamais voulu te forcer en quoi que ce soit, d'accord ? Mais tu as dit oui, j'en conclus que je peux réclamer certaines choses… que tu peux réclamer aussi, ajouta-t-il en articulant lourdement.

-Que réclamez-vous ? demanda-t-elle la voix tremblante.

-Transparence, réussit-il à dire. J'aimerais ne plus avoir besoin d'insister pour obtenir ta pensée, nous serions tous deux épuisés avant même d'être mariés dans le cas contraire, d'accord ? »

Il ne pouvait pas lui demander d'être spontanée devant ses parents, elle semblait bien trop terrifiée face à eux. Mais il voulait de l'authenticité avec elle. Il voulait retrouver la complicité qui s'était ébauchée. Elle le regarda en clignant des yeux surpris et en cessant de trembler lorsqu'il lâcha son visage. Elle n'avait plus peur. Et c'était tout ce que Charlus voulait à présent. L'embrasser devenait vital, mais elle n'était plus prête. Elle n'était pas prête à recevoir un baiser de sa part chez ses parents. Alors, il préféra lui embrasser la joue, brièvement mais amoureusement. Et lorsqu'il se recula, il comprit qu'il avait pris la bonne décision. Elle avait fermé les yeux, et sur son visage paisible dansait un sourire un peu niais qui lui arracha un sourire à lui aussi.

« Je devrais pouvoir accéder à cette exigence assez aisément, approuva-t-elle en souriant.

-Et toi ? demanda-t-il en prenant sa main.

-Moi quoi ? s'étonna-t-elle.

-Que réclames-tu par dessous tout ? »

La surprise était flagrante sur son visage. Il préférait ceci à la peur, mais c'était un peu surprenant qu'elle puisse s'étonner qu'il veuille discuter avec elle.

Encore une fois, ils furent interrompus par un de ses oncles. L'autre, Sirius Black, le chef de la Maison des Black, apparemment. Il se présenta, il le suivit devant la fameuse tapisserie dont Dorea semblait fière, pour des raisons toutes historiques comprit-il lorsqu'elle coupa son oncle pour lui expliquer que Lucretia était bien sa petite cousine, et qu'elle avait un cousin et un oncle qui s'appelaient Arcturus. Elle ne se rendait probablement pas compte que cet arbre était plus une façon d'exalter le Sang-pur des Black qu'un joyau d'histoire. Elle était tout à fait à côté de la réalité sur ce coup. Enfin, c'était apparemment dans sa nature, essaya-t-il de se rassurer.

« Et donc, Mr Potter, lorsque vous épouserez Dorea, votre nom apparaîtra de lui-même sur l'Arbre. Je rafraîchis moi-même l'ensorcellement chaque année à la Noël, continua d'expliquer Mr Sirius Black. Dorea, venez à ma gauche et Lucretia, à ma droite, leur dit Sirius Black. Mr Potter se mettra à côté de vous, Dorea. »

Mais il y avait au moins une vingtaine de personnes au repas ? Et puis, trois fourchettes, trois couteaux deux assiettes et trois verres pour lui tout seul ? Mais c'était un banquet, nom de nom ? Surtout vu la manière cérémonieuse dont Sirius Black plaçait tout le monde à table ! Dorea ne semblait pas surprise et attendait sagement. Bon Dieu. Ce devait être habituel. Il ne vivait pas comme ça, lui. Qu'est-ce que dirait Dorea lorsqu'elle comprendrait qu'il mangeait dans sa cuisine matin, midi et soir ?...

Oh non. Le frère de Dorea était là et le regardait avec une expression si moqueuse que Charlus craignit un instant qu'il rappelle qu'il avait défini Dorea par son surnom – le Glaçon – le mois dernier chez les Parkinson. Il n'avait plus qu'à se tenir à carreaux. Finalement, il n'y avait pas que son frère qui le détaillait sans aucune gêne. Toutes les têtes se tournaient vers lui plus ou moins discrètement. Comment c'était sensé se passer ? Il s'asseyait et il se faisait oublier ? Ou bien…

« … Lysandra, ces menus détails ne me chaut, fit Sirius d'un ton qui ne souffrait aucune réplique. Avant le dîner officiel, qui se tiendra ce soir, Dorea aimerait nous présenter son fiancé de manière plus familiale. Dorea ? »

D'accord, il aurait droit à un tour de table.

« Je vous présente Charlus Potter, obéit-elle en posant sa main sur son bras et Charlus s'en serait bien emparé s'il n'était pas lentement en train de se transformer en glaçon à son tour. Mon fiancé. Mr Potter, vous avez déjà rencontré mon oncle, ma cousine, mon père, fit-elle en les lui désignant tout à tour. Je vous présente ma tante Lysandra Black, l'épouse de mon parrain que vous avez aussi rencontré, voici mon frère, Pollux Black.

-Potter, fit Pollux avec un ton légèrement moqueur.

-Black, se contenta de dire Charlus avec un signe de tête et en retenant une grimace paniquée.

-Ma sœur Cassiopeia, cita-t-elle et il répondit au léger hochement de tête de ladite Cassiopeia. Mon cousin Regulus, et son frère, mon cousin Arcturus face à lui.

-Mr Potter, firent-ils en même temps. Toutes mes félicitations, ajouta le fameux cousin Arcturus.

-Ma tante Hesper en bout de table, reprit-elle.

-Je vous présente également mes félicitations, Mr Potter. Je suis ravie de rencontrer le sorcier qui partagera la vie de la nièce de mon époux, lui dit la tante de Dorea d'un ton enfin un peu plus chaleureux.

-Je vous remercie, Mrs Black. Je suis ravi de vous rencontrer, fit-il un peu plus à l'aise.

-Ma cousine Melania, épouse de mon cousin Arcturus, et nous revenons à mon parrain, puis ma mère, que vous avez d'ores et déjà rencontrés, conclut-elle dans un filet de voix.

-Asseyons-nous à présent, indiqua Mr Sirius Black. »

Le silence glacial mit à nouveau mal à l'aise Charlus. Grand-père Priscus avait beau être rigide, il avait toujours tout à fait toléré les attitudes bruyantes et légères de son fils et de ses petits-fils. Il hésita à poser sa main sur la jambe de Dorea, simplement pour se rassurer, et se fit la réflexion qu'elle le prendrait sans doute très mal. Il ne réussit pas à contrôler le tressautement nerveux de sa jambe. Elle bougeait vraiment toute seule. Tant pis.

« Mr Potter, l'attaqua d'emblée le plus vieux des Black. Mr Potter, répéta-t-il en se servant d'un coup de baguette magique. Dites-moi, je suis intrigué. Je ne me rappelle pas vous avoir déjà vu auprès de ma nièce avant l'annonce de ces fiançailles fracassantes. Je reconnais volontiers ne pas pouvoir être au courant de tout ce qui se passe dans cette maison. Mais votre nom aurait attiré suffisamment mon attention pour que je m'en souvienne. Après tout, vous avez représenté de façon spectaculaire l'Angleterre lors de la coupe du Monde de Quidditch l'année passée, fit-il de sa voix lente et posée. »

Oh bon sang, heureusement qu'il avait discuté avec Arcturus Black tout à l'heure. Il avait une réponse toute prête grâce à lui. Parce qu'entre les trois frères Black, c'était facile de deviner que c'était Sirius Black le plus intelligent. Arcturus pensait aux sentiments de sa filleule, Cygnus à ses sous, et Sirius à sa réputation.

« Mr Black, commença-t-il. Je me suis montré discret, reprit-il. Je ne tenais pas à ce que la presse tienne des propos mal intentionnés sur votre nièce.

-Ils n'auraient pas osé, répliqua Sirius Black en fronçant les sourcils.

-Je crains que si, rien n'arrête les journalistes lorsqu'ils pensent faire de meilleures ventes, le détrompa-il. Et j'en ai été victime un trop grand nombre de fois. Je ne tenais pas à ce que Miss Dorea en subisse un quelconque dommage. A présent que nous sommes fiancés, certes elle ne sera pas à l'abri de rumeurs déplacées, mais au moins, personne ne pourra remettre son honneur en cause. »

Voilà, ce devait être comme ça qu'il fallait lui causer. Il n'empêche… il avait été mal à l'aise avec les Parkinson, mais les Black, c'était une autre paire de manche.

« C'est tout à fait prévenant de votre part, je vous en remercie, appuya-t-il avec un hochement de tête respectueux. Et qu'est-ce qui vous a fait vous décider à rompre cette discrétion ?

-La coupe britannique de Quidditch a pris fin récemment. J'ai pris le temps de mettre mes affaires en ordre avant que trois mois bien plus creux n'arrivent, répondit-il. Car ces temps creux, justement, m'ont semblé propices à des fiançailles et un mariage. J'aurai le temps de rendre visite à ma promise de façon bien plus fréquente que si je m'étais déclaré un mois plus tôt.

-C'est plus convenable, en effet, reconnut l'oncle de Dorea. »

Bon ça, il y avait pensé après l'avoir demandée en mariage, en discutant avec son père. Mais personne n'était censé le savoir, non ?

« Il me semble que votre famille habite Godric's Hollow depuis plusieurs générations, est-ce cela ? poursuivit Sirius Black d'un ton toujours impénétrable.

-C'est cela, oui, reconnut Charlus. »

-Habitez-vous bien toujours chez vos parents ? demanda son oncle. »

C'était une question piège, non ? Surtout en voyant que tous les Black habitaient dans ce 12, Square Grimmaurd.

« Je n'ai pas voulu imposer mes horaires très contraignants à mes parents, commença-t-il. Lorsque je sais qu'un match a lieu le soir, je préfère dormir dans la maison que j'ai achetée après mon contrat à proximité du stade de Flaquemare. De plus, les entraînements sont très intensifs et l'entraîneur refuse que nous transplanions chaque soir, considérant que c'est un effort inutile. Mais dès qu'une semaine ou un week-end se libère, je rentre chez eux.

-Vous habitez donc dans une maison à Flaquemare ? s'étonna son oncle.

-C'est cela.

-Vous vivez seul ? insista-t-il. »

Est-ce qu'il était en train d'insinuer qu'il vivait avec une femme ? Une autre femme que Dorea ? Vraiment ?

« Avec qui voulez-vous que je vive ? demanda-t-il en le regardant dans les yeux, les sourcils froncés dangereusement.

-Ma question était plutôt : tenez-vous votre maison vous-même ?

-Oh, hum, non, j'ai un elfe, fit-il en souriant moqueusement. »

Kitty n'était théoriquement pas son elfe. Mais c'était la seule à mettre de l'ordre chez lui, avant que sa mère ne vienne le voir.

-Me voilà rassuré, lui dit Mr Black. J'avais craint que Dorea doive s'occuper de tâches ménagères. Ma nièce mérite une meilleure position.

-Je saurais tenir une maison quelles que soient les conditions, intervint brusquement Dorea. »

Toute spontanée et piquée dans sa fierté, c'était là qu'elle était la plus belle.

« Dorea, mon enfant, vous n'avez pas appris de tels sortilèges, fit patiemment son oncle. »

Votre nièce peut apprendre n'importe quel sortilège, Mr Black, voulut-il dire mais elle fut plus rapide.

« Rien ne me déplaît moins qu'apprendre, fit-elle. »

Qu'est-ce qu'il disait déjà ?.. Oh non. Si sa légère impertinence plaisait à Charlus au-delà de tout le reste, elle ne semblait pas du tout tolérée ici.

« Et qu'avez-vous appris récemment ? lui demanda Charlus avec intérêt pour montrer qu'il ne trouvait rien à y redire. »

Avoir plusieurs paires d'yeux sur elle semblait la mettre à l'aise. Elle jetait des coups d'œil autour d'elle avec panique. Il lui aurait bien pris la main pour la rassurer, mais il doutait que ce fût une bonne idée. Elle serait en plus gênée, et il ne le voulait pas.

« Avez-vous lu le dernier article de Leonard Goldstein ? lui demanda-t-elle d'une voix peu assurée.

-Le Grand théoricien de Défense Contre la Magie Noire ? fit-il en posant ses couverts pour lui accorder toute son attention. »

Qui ne le connaissait pas ? Même lui qui n'était pas très branché étude de la magie le connaissait.

« C'est cela, dit-elle avec soulagement. Son dernier article portait sur les différentes origines probables des Détraqueurs. Tout à fait intéressant. Traditionnellement, on dit que les Détraqueurs sont l'œuvre de la Magie Noire. Mais Mr Goldstein avance l'hypothèse que les Détraqueurs naissent du désespoir même. Au niveau éthique, le problème se pose, puisqu'il n'y aurait pas un responsable de l'origine de ces créatures, mais ils feraient partie du monde même. En somme, chaque sorcier serait donc responsable de ces créatures. »

Brillant, comme d'habitude. Et elle serait son épouse. C'était merveilleux.

Une toux gênée le sortit de sa contemplation de Dorea, et voir qu'il s'agissait de son frère le surprit à peine. C'était le portrait physique craché de Cygnus Black, et il semblait tout aussi intéressé par les sentiments de Dorea, c'est-à-dire pas du tout. Veracrasse.

« Il vous faut mieux apprendre à organiser des réceptions lorsque vous préparerez votre mariage que quoi que ce soit d'autre, Dorea, la reprit Sirius Black d'un ton qui ne souffrait la réplique. »

Mais comment pouvait-elle être si brillante en vivant entourée d'hommes qui ne pensaient qu'à l'écraser ?

« Combien de temps dureront ces fiançailles, Cygnus ?

-Un peu moins de trois mois, Sirius, répondit Cygnus avec une satisfaction qui mit Charlus un peu plus hors de lui.

-Seulement ? s'étonna Sirius Black. Le mariage aurait lieu peu avant Noël ?

-Il faut que Dorea puisse soutenir Mr Potter lorsque ses entraînements intensifs reprendront et le suivre lors de ses futurs déplacements, soutint Cygnus Black d'un ton mielleux. »

Mais quel hypocrite ! Il avait failli l'étrangler quand il avait demandé à ce que le mariage ait lieu avant Noël, et maintenant… Pas étonnant que Dorea cache si bien ce qu'elle pense et qu'elle aime peu parler aux gens.

« Soit, ce sera fait pour le mieux j'imagine, en conclut Sirius Black. Ainsi donc, Dorea, vous ne passerez pas Noël parmi nous cette année ?

-Je serai aux côtés de Mr Potter, reconnut-elle. »

A ses côtés… Avec lui. Oh ce serait un bon Noël. Que pourrait-il lui offrir ?

« Mr Potter ? entendit-il et il revint à la discussion. »

Et ça n'en finissait pas. Pour des banalités en plus. Il y avait quelques instants drôles, où il s'empressait de taquiner Dorea et la mêler à la conversation, mais c'était usant. Tout ce qu'il voulait, c'était se retrouver en tête à tête avec elle. Il pourrait peut-être l'inviter dans un restaurant, s'il ne pouvait pas se retrouver seul avec elle dans cette maison de fous. Un dîner aux chandelles ? Ou même l'inviter voir un match ? Il serait auprès d'elle durant le pot, après, sans ses parents ? Sinon, il fallait qu'il s'arrange pour la voir à Godric's Hollow. Sa mère le laisserait bien quelques instants en tête à tête avec elle, non ? Sinon, il ne savait pas quand est-ce qu'il pourrait l'embrasser à nouveau ! Et Merlin, il en mourait vraiment d'envie !

« … Lucretia, aurais-tu l'amabilité de tenir compagnie à ta cousine et son fiancé cette après-midi ?

-Bien sûr Grand-père, je ne pensais pas à autre chose. »

Mais ce n'était pas vrai ! Il n'aurait vraiment jamais un moment en tête à tête avec elle !

« Si Dorea requiert ta présence durant ses fiançailles, tu me feras le plaisir de l'assister. Le mariage est une étape importante dans la vie d'une femme, il est toujours bien qu'elle puisse se reposer sur l'aide des femmes de sa famille. »

Il avait l'impression d'entendre Grand-père Priscus à présent !

« Je vous le promets Grand-père, répondit la petite Lucretia.

-Viens m'embrasser avant de quitter la pièce, demanda-t-il à sa petite-fille en lui tendant la main. »

C'était attendrissant quand même. On voyait qu'il aimait sa petite-fille lorsqu'il esquissait un geste pour l'enlacer et se contentait finalement de seulement poser une main dans son dos.

Il se tourna vers Dorea, qui regardait son Oncle et sa cousine avec son petit sourire crispé. Oh lui aussi il aurait aimé l'enlacer à moitié de cette manière.

« Miss Dorea ? préféra-t-il l'appeler en lui proposant son bras. »

Avec un peu de chance, il pourrait la mener au jardin avant que la petite Lucretia les suive. Zut, elle était passée devant eux et comme Dorea l'avait regardé un peu trop longtemps avant de glisser sa main dans le creux de son coude, ils furent aussitôt chaperonnés. Peut-être qu'il pourrait l'avoir avec un gentil sourire, cette petit Lucretia, si vive et si expressive du visage en comparaison de Dorea ?

« Mon Grand-père pense que j'ai encore cinq ans, râla-t-elle une fois qu'ils furent au milieu du jardin.

-Ton Grand-père t'adore, corrigea Dorea avec une voix tendre comme Charlus ne la lui avait pas encore entendue.

-Je suis tout à fait d'accord avec vous, Miss Dorea, intervint-il. On peut s'en rendre compte au premier coup d'œil.

-Vous me flattez, Mr Potter, et je déteste les flatteries, le prévint Lucretia avec un regard suspicieux.

-C'est plutôt moi qu'il flatte, Lucretia, en faisant front avec moi contre toi, reprit Dorea. Et moi j'adore les flatteries. »

Là, il souriait comme un idiot, il le savait bien. Pas seulement par rapport à ce qu'elle venait de dire, mais parce qu'elle était à nouveau spontanée.

« Je l'ai même entendu se disputer avec ton père et ta grand-mère à propos de tes cheveux. Ils veulent tous que tu les attaches comme une jeune fille. Seul ton grand-père s'y oppose farouchement. Il dit que tu es trop jeune, reprit Dorea.

-C'était donc ça les chuchotements furieux que j'ai surpris entre eux à l'heure du petit-déjeuner, comprit la petite Lucretia. »

Attacher ses cheveux ? mais…

« Quel âge avez-vous, Miss Black, sans vouloir me montrer indiscret, bien sûr ? demanda-t-il.

-C'est ma première année loin de Poudlard, j'ai tout juste dix-huit ans, Mr Potter. »

Merlin. Dire qu'il lui avait donné spontanément quinze ans. Il ferait bien de le garder pour lui s'il ne voulait pas la fâcher. Il aurait dû le savoir puisqu'on était en septembre et qu'elle n'était pas à Poudlard. Et puis elle semblait chère à Dorea, autant ne pas la contrarier.

« Vous êtes donc bien trop maligne pour accepter une chocogrenouille en échange de quelques secondes de solitude avec votre cousine, comprit-il avec une grimace.

-Tout à fait, Mr Potter, rétorqua la petite Lucretia avec les yeux plissés comme ceux d'un serpent. Je ne vous permettrai pas de la compromettre en une quelconque manière.

-Loin de moi cette idée, mentit-il en se sentant rougir. C'était une question rhétorique, vous faites au moins seize ans. Miss Dorea, je tenais juste à vous prévenir discrètement que je devrais m'éclipser dans quelques minutes afin de faire valider le contrat de mariage par le Ministère avec votre père, et que je ne reviendrai que vers vingt heures pour le dîner.

-Vous viendrez avec vos parents, c'est cela ?

-Mes parents et mon grand-père.

-Et votre frère ? s'étonna Dorea. »

Si Darius venait, ce serait sûrement un miracle. Enfin, il valait mieux qu'il ne vienne pas si c'était pour tout gâcher.

« Il ne pourra point être présent. Mais dites-moi, Miss Dorea, reprit-il pour changer de sujet, vous déplairait-il d'assister au match de samedi que Flaquemare donne contre les Harpies ? Je vous réserverai une place parmi celles réservées à la famille des joueurs. Vous pourriez venir avec votre cousine qui semble avoir si peu confiance en moi, fit-il en jetant un coup d'œil amusé à la petite Lucretia. »

Ceci devrait faire plaisir à Dorea, non ?

« Vous jouerez bien sûr ? répondit-elle.

-Bien sûr, mais nous nous verrons à la fin du match pour le pot. Je pourrais vous présenter mes coéquipiers. Alors, qu'en dites-vous ? s'impatienta-t-il. »

Ah non, il avait déjà cru ne jamais savoir si elle lui dirait oui ou non pour sa demande de fiançailles ! Il ne voulait pas le même schéma pour un ticket de match de Quidditch !

« Je… Il me faut la permission de mon père, bafouilla-t-elle et il prit sur lui pour ne pas insulter Cygnus Black qui lui tapait déjà sur le système. Ma mère tiendra peut-être à m'accompagner.

-Qu'elle vous accompagne, alors, dit-il aussitôt avec soulagement. Je vous amènerai trois places demain après-midi. Car vous acceptez ma présence demain après-midi ? s'inquiéta-t-il.

-Bien sûr, répondit-elle en rougissant.

-Je partirai tôt, mais je tiens à vous voir chaque jour, l'assura-t-il en prenant sa main pour l'embrasser. »

Ses yeux pétillaient et elle mordillait à nouveau ses lèvres avec ses incisives. Qu'est-ce qu'il voulait l'embrasser. S'il vous plaît Merlin, ne le faites pas attendre jusqu'au mariage !

« Hum, hum. »

Il éloigna douloureusement la main de Dorea de sa bouche et se retint de pousser la petite Lucretia dans la mare pour embrasser Dorea tout à sa guise. Il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée.

« Vous êtes d'une surveillance draconienne, Miss Lucretia, râla-t-il.

-Et vous, vous êtes prompt à briser les règles, répliqua la petite Lucretia avec un regard assassin.

-Je suis téméraire, mais n'en faut-il moins pas pour atteindre le cœur de votre cousine ?

-Qu'insinuez-vous ? s'étrangla Dorea en rougissant encore plus.

-Vous savez tenir les gens à distance de vous, lui rappela-t-il sans croire à son reproche.

-Qu'en savez-vous ?

-Reconnaissez que votre estime est dure à gagner, fit-il en riant.

-Je me répète, mais qu'en savez-vous ? insista Dorea en lâchant brusquement son bras. »

Merlin, elle ne s'en rendait même pas compte ? hermétique aux relations humaines ? Ben voyons. Il croisa les bras devant lui et il s'amusa qu'elle en fasse de même.

« Je vais m'éclipser avant de vous contrarier, c'est plus sûr pour ma vie, fit-il pour lui rappeler le cocon de lianes dans lequel elle l'avait enfermé.

-Vous prenez la fuite ? s'offusqua-t-elle. Expliquez-vous, par Merlin ! »

Il l'avait énervée ? Oh c'était beau. Elle n'était plus glaciale, elle flambait tant elle était offusquée. C'était merveilleux.

« Oh, vous jurez, à présent ? se moqua-t-il heureux comme un imbécile. Ne me faites pas la tête : Qui bene amat, bene castigat, lança-t-il en se penchant vers elle pour la saluer. »

Il se détourna, ravi d'avoir au moins su soigner sa sortie. Il crut même l'entendre courir à sa suite.

« Vous connaissez le latin ? s'étrangla-t-elle sans y croire et il se retourna, heureux comme jamais de la voir tout échevelée, la robe levée au dessus de la cheville parce qu'elle avait tenté de le rattraper.

-Juste ce qu'il faut. Cela me fait-il grâce à vos yeux ?

-Juste ce qu'il faut, répliqua-t-elle. »

C'était elle. Bel et bien elle. Dans toute sa spontanéité et son impertinence qu'elle tentait soigneusement de refreiner mais qu'il réussissait à faire jaillir en quelques mots. Il crut qu'il n'arriverait plus jamais à s'arrêter de rire aux éclats avant de la voir à nouveau. Les cheveux sortis de son chignon, la bouche entrouverte sous le coup de la stupéfaction, les yeux brillants d'envie, les joues rougies, la robe encore dans ses mains. Il ne manquait plus que la tache de rouge à lèvre étalée jusqu'au milieu de sa joue, et elle était exactement comme lorsqu'il l'avait embrassée, deux semaines plutôt. Il déglutit difficilement, tout à fait conscient qu'il ne pouvait pas l'embrasser comme une tornade sous le regard de sa cousine. Il en avait envie pourtant. Peut-être même qu'il n'avait jamais eu autant envie d'embrasser une femme qu'à cet instant. Une femme à lui. Sa fiancée.

Il tourna brusquement les talons, sachant pertinemment qu'il ne résisterait pas plus longtemps. Une image d'elle ouvrant sa robe glissa même derrière ses yeux sans prévenir et il se prit un coin de porte dans le pied. Ceci le dégrisa d'un coup et il trouva Mr Cygnus Black devant lui.

« Etait-ce vos éclats de rire ? demanda froidement l'horrible personnage.

-Tout à fait, répondit-il avec froideur à son tour.

-Vous moquiez-vous de ma fille ? cracha le vieux.

-Vous avez une si piètre opinion de moi ? Et vous m'avez laissé la main de votre fille ? demanda-t-il avec impertinence en redressant la tête.

-Ne prenez pas ce ton avec moi, Mr Potter, le menaça le vieux. Le contrat n'est pas encore valide. »

Il expira à fond et fit son sourire le plus hypocrite.

« Rompre un contrat même non valide, vous couterait cher, Mr Black, avança-t-il sans rien en savoir. »

Pourtant ceci sembla enrager et calmer à la fois le vieux.

« Vivement que ce mariage ait lieu que je ne vous ai plus dans mes pattes, marmonna-t-il en décrochant l'un des balais de l'entrée. On ne peut pas transplaner ni prendre la poudre de Cheminette avec ce type de contrat. Il faut l'emmener en main propre.

-Je sais, mentit-il avec arrogance. »

Il mit son chapeau et sa cape, et décrocha son propre balai. Il sortit à la suite de Mr Black et décolla. Le Ministère n'était pas bien loin et ils arrivèrent rapidement. Charlus eut tout juste le temps de se calmer. Il fallait simplement attendre que tout soit validé et puis il ne craindrait plus rien du tout. Le mariage ne serait valide qu'après la cérémonie, mais se rétracter avant obligerait Mr Black à laisser les trois quarts de la dot de Dorea à Charlus, si Charlus avait bien tout compris aux explications de son père. Et puis de toute façon, il n'y avait théoriquement que Dorea qui pouvait se rétracter. Mais il avait bien vu comment son père l'écrasait. Il aurait tôt fait de lui raconter n'importe quoi et elle déchirerait le contrat sans même s'en rendre compte.

Il se serait bien moqué de Mr Black lorsqu'il le vit entrer dans la boîte en fer rouge et en verre pour l'entrée des visiteurs. C'était hilarant de le voir s'exciter en jetant des sortilèges sur la machine. Charlus avait emprunté cette entrée la première fois quand il avait dix ans, parce qu'il l'avait demandé à son père. Il avait toujours un temps de perplexité face à la machine, mais il mit deux fois moins de temps que le père de Dorea.

« Contrôle des baguettes ! »

C'était Betty, la secrétaire d'accueil. Mr Black la regardait de haut. Apparemment, il n'avait pas eu droit de garder sa baguette. Grand bien lui fasse.

« Bonjour mademoiselle, dit-il en tendant sa baguette, attendant qu'elle la lui rende. Charlus Potter.

-Charlus Po… Charlus Potter ? Oh oui, c'est vous, je… Eh bien voilà, je vous la rends.

-Merci Mademoiselle, dit-il en souriant largement, ravi de voir les yeux de Mr Black doubler de volume. »

Il entra à la suite de Cygnus Black dans le Ministère. Celui-ci lui attrapa brusquement le bras pour le tourner vers lui. Là, il n'avait plus peur. Plus vraiment. Il y avait vraiment beaucoup de monde autour d'eux, et le contrat était signé, presque validé. Mais la validation était plus administrative qu'autre chose. Il y avait assez de magie sur ce texte pour qu'il se suffise à lui-même un petit bout de temps.

« Faire les yeux doux à cette Sang-de-Bourbe sous mes yeux pour qu'elle vous laisse votre baguette alors que ma fille est votre fiancée ! siffla le vieux ses yeux s'injectant de sang au fur et à mesure. Vous êtes sans gêne, Mr Potter !

-Mr Black, c'est grotesque ! Je n'ai aucunement fait les yeux doux à Betty, dit-il en levant les yeux au ciel.

-Expliquez-moi pourquoi vous pouvez garder votre baguette, alors, exigea-t-il et Charlus hallucina tout bonnement.

-Je suis autorisé à entrer au Ministère comme je le veux depuis que je suis l'Attrapeur officiel de l'équipe d'Angleterre, dit-il moqueusement. Le Département des Jeux et Sports magiques…

-Très bien, admettons. Mais je vous préviens, Dorea n'est pas n'importe qui, et il est hors de question que vous l'humiliez en…

-Il suffit Mr Black, le coupa Charlus, déjà exaspéré. La devise de la famille Potter est Courage, loyauté, fidélité. Êtes-vous rassuré ? »

Les yeux injectés de sang de Cygnus Black se vissèrent dans les siens et il fut persuadé qu'il lisait dans ses pensées, c'est pourquoi il ne soutint pas son regard pour reprendre sa progression dans le Ministère. Mr Black le retint, mais cette fois, Charlus se dégagea d'un mouvement sec.

« Et la devise des Black est Toujours pur, souvenez-vous en, Mr Potter, dit-il en souriant une grimace.

-Et vous, comprenez que Dorea sera bientôt mon épouse avant d'être votre fille, dit-il en perdant son calme. Cessez de l'infantiliser, elle a vingt-trois ans ! »

Il avait attiré l'attention avec son éclat de voix. Il croisa plusieurs regards réprobateurs pour avoir troublé le silence de l'Atrium. Il s'attendait à ce que Cygnus Black explose, réplique combien il était insolent et qu'il exigeait du respect de la part de son gendre, mais il se contenta de froncer ses gros sourcils noirs et d'hocher la tête avec approbation.

« Ma fille sera bientôt une femme, il est vrai. Et elle sera prête à être votre épouse dans trois mois, je m'en assurerai personnellement, lui dit-il avec sérieux. »

Qu'est-ce que c'était que ce revirement de situation ? Il préférait presque quand il était méprisant.

Ils montèrent dans l'ascenseur en silence. Ma fille sera bientôt une femme, il est vrai. Et elle sera prête à être votre épouse dans trois mois, je m'en assurerai personnellement. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il verrait plus tard.

« Niveau 2. Département de la justice magique, annonça la voix de l'ascenseur. »

Charlus suivit Mr Black dans les couloirs. Il n'était pas venu ici depuis des années. Et les rares fois où il était venu, c'était pour dire trois mots à son père. Les pancartes se succédaient. Bureau des plaintes. Bureau des appels. Bureau des bourses. Bureau des subventions. Bureau des impôts. Bureau des naissances. Bureau des mariages ! Voilà. Il n'y avait personne derrière le comptoir, comme derrière la plupart des écriteaux finalement. Il fronça les sourcils lorsque Mr Black s'approcha tout de même du comptoir. Il faillit lui faire bêtement remarquer que ce devait être l'heure de la pause, avant de voir la secrétaire du Bureau des naissances s'asseoir derrière l'écriteau du Bureau des mariages. Restriction budgétaire ? se demanda-t-il en haussant les épaules.

« Bienvenu au bureau des mariages, que puis-je pour vous ? demanda-t-elle avec lassitude.

-Nous venons faire valider un contrat de mariage, expliqua sèchement Mr Black.

-Je me doute bien, vous êtes au bureau des mariages, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. C'est un contrat classique ou traditionnel ? »

Charlus allait se moquer du vieux avant de se demander quelle était la différence.

« Traditionnel, demanda Mr Black sans manifester la moindre hésitation. »

La fille sembla enfin intéressée. Elle fit la navette entre Mr Black et Charlus, puis tira une plume de l'encrier.

« Le contrat est déjà rédigé ?

-Il n'a plus qu'à être validé, assura Mr Black en sortant le rouleau de la poche intérieure de sa cape.

-Signé ?

-Signé par les deux parties, précisa Mr Black.

-Vous savez ce qu'implique un contrat traditionnel, Messieurs ?

-Nous savons, répondit Cygnus Black alors que Charlus sentait l'entourloupe pointer. »

Son père ne lui avait pas parlé de cette différence. Il se demanda s'il était encore temps d'aller le lui demander, il ne devait pas être loin, mais la fille reprit la parole.

« Puis-je avoir vos noms et les noms des fiancés ? Je vais avertir Tennessee Shacklebolt.

-Charlus Potter ici présent et Dorea Black, ma fille, répondit aussitôt Mr Black sans que Charlus ait pu dire un mot.

-Charlus Potter ? répéta la fille en écarquillant les yeux.

-C'est ce que j'ai dit, fit Mr Black avec agacement. »

Que le nom de Potter retienne plus l'attention que celui de Black devait énerver le vieux comme jamais. Ceci ne le rassura pas sur ce qu'était un contrat traditionnel, mais au moins, il était un peu moins nerveux. La fille sursauta, manqua de renverser son encrier et griffonna en vitesse leurs noms sur le carré de parchemin. Elle se leva en catastrophe, jeta un coup d'œil à Charlus, et se précipita derrière une porte au bout du couloir. Elle revint quelques secondes plus tard.

« Mr Shacklebolt vous attend dans son bureau, les prévint-elle en rougissant. Toutes mes félicitations, Mr Potter, dit-elle en rougissant encore plus.

Il avait l'habitude, et ceci l'agaçait souvent. Mais là, c'était parce qu'il venait de se fiancer à Dorea, alors il s'en amusa.

« Je vous remercie, mademoiselle, lui dit-il en levant son chapeau. »

Elle préféra s'enfuir derrière le comptoir alors que Cygnus Black lui saisissait l'épaule pour le faire avancer.

« Cessez de vous moquer de moi, Mr Potter.

-Je ne me permettrais pas, fit-il avec innocence. »

Il avait seulement été poli. Il ne fallait pas voir le mal partout. En attendant, Tennessee Shacklebolt les regardait depuis le seuil de son bureau, habillé de la couleur prune réglementaire des représentants du Magenmagot, le regard fixe et la mâchoire serrée. Il décroisa ses bras pour tendre la main à Charlus qui la serra en lui souriant franchement.

« Charlus Potter, se présenta-t-il.

-Tennessee Shacklebolt, répondit-il en lâchant sa main.

-Cygnus Black, se présenta à son tour Mr Black en serrant la main du membre du Département de la Justice Magique.

-Je sais, fit Shacklebolt d'une voix sans émotion. Entrez. »

Cygnus Black semblait peu apprécié du vieux mage. Espérons que ceci ne complique pas les affaires de Charlus. Le bureau circulaire et carrelé de noir du sol au plafond donna un instant le tournis à Charlus. Il s'assit directement sur l'un des fauteuils face au bureau du Mage et se prépara mentalement à du blabla administratif comme il les détestait.

« Ma secrétaire m'a dit que c'était un contrat traditionnel. Et qu'il était déjà rédigé et signé. Je suppose que vous représentez Miss Dorea Black, Mr Black ? Le Ministère requerra la présence de Miss Black en personne si le contrat est frauduleux ou contient une malfaçon. Puis-je avoir le rouleau ? demanda immédiatement Shacklebolt. »

Il semblait efficace au moins. Avec un peu de chance, tout serait plié en quelques minutes. Quoique… Shacklebolt prit son temps pour lire le contrat en entier à mi-voix. Son visage se faisait plus sombre au fur et à mesure.

« 2250 Gallions ? s'étonna-t-il en s'interrompant dans sa lecture.

-Il y a un problème ? rétorqua sèchement Mr Black.

-Je m'attendais à mieux de la part de la Noble et vieille Maison des Black, fit avec moquerie le Mage. »

Charlus appréciait le Mage voûté et rabougri s'il se moquait de Cygnus Black. Il finit sa lecture, même toutes les formules en latin que Charlus ne comprenait pas, enroula à nouveau le rouleau et le posa devant lui pour reporter son attention sur eux. Ou plutôt, sur Charlus.

« Ce contrat est en règle. Cependant, je me demande si vous avez conscience de ce que contient un contrat traditionnel, Mr Potter. »

C'était de l'inquiétude ou de la moquerie ? Est-ce que… Est-ce qu'il s'était fait avoir ?

« C'est-à-dire ?

-Les langues officielles de la Grande-Bretagne sorcière sont l'anglais, le gaélique irlandais et le gaélique écossais, Mr Potter. La langue de l'administration est l'anglais, et uniquement l'anglais. Cependant, les contrats de mariage dits traditionnels sont en partie rédigés en latin, et je vais devoir vous traduire cette partie, c'est la procédure. »

Ça sentait mauvais.

« Le latin renvoie à des articles du code matrimonial et familial. Article 1 : Les fiançailles sont indissolubles, et seront

-Indissolubles ? releva Charlus en fronçant les sourcils.

-… considérées comme un mariage le jour où le mage officiera.

-Mais si Dorea change d'avis ? s'étonna Charlus.

-Elle ne changera pas d'avis, soyez en assuré, Mr Potter, répliqua Mr Black avec une satisfaction emprunte de condescendance.

-Et si jamais ? insista-t-il néanmoins en direction de Shacklebolt.

-Indissolubles signifient qu'elles ne peuvent être défaites, Mr Potter, insista Mr Black. Ce contrat vous lie vous et ma fille aussi sûrement que le mariage à venir. Continuez, Mr Shacklebolt.

-Article 2 : Si le couple n'a pas eu d'enfant – mâle ou féminin – dans les sept ans suivant le mariage, l'un ou l'autre des mariés peut faire annuler l'union considérée comme stérile.

-Je me rappelais que c'était cinq ans, releva Mr Black.

-L'article a été amendé, expliqua sèchement Mr Shacklebolt. La dot apportée sera restituée si l'épouse est à l'origine de cette annulation. Elle sera gardée par l'époux dans le cas inverse. »

C'était quoi ce délire ?

« Article 3 : Si durant le temps que durent les fiançailles, et dans les sept ans qui suivent l'un ou l'autre des époux meurt, le survivant se verra offrir la main du plus proche parent célibataire sorcier du défunt.

-Pardon ? s'exclama Charlus en bondissant sur ses pieds, tout à fait révolté.

-Mr Potter, si Dorea rend l'âme dans les sept ans qui viennent, vous deviendrez l'époux de Cassiopeia, expliqua patiemment Mr Black avec un rictus méprisant, sauf si elle s'est mariée d'ici là. Sa cousine Lycoris ou sa nièce Walburga doivent être ses plus proches parentes ensuite. Et si vous-même décédez avant la cérémonie, Dorea épousera votre frère.

-Mais c'est n'importe quoi ! C'est grotesque ! hurla-t-il hors de lui. Mon frère préférait se faire trancher la gorge plutôt que d'épouser votre fille ! Quant à moi, c'est Dorea que je veux, pas sa sœur ! Je peux bien refuser cette clause si…

-Non, Mr Potter, vous avez signé, le coupa Cygnus Black. »

Et voilà, il l'avait dit, il aurait dû faire venir son père avec lui ce matin. Le hum humdu vieux mage Shacklebolt attira suffisamment l'attention de Charlus pour qu'il détourne le regard du visage narquois de Cygnus Black.

« Je n'ai pas fini de lire les articles, messieurs.

-Je ne veux plus rien entendre de ces méthodes… j'allais dire moyenâgeuse, mais elles ne sont même pas civilisées ! s'emporta Charlus. Le contrat est signé, de toute façon, validez-le et qu'on n'en parle plus !

-Calmez-vous, Monsieur Potter. Le contrat dit traditionnel date de la période la plus troublée de la communauté sorcière. Il n'est possible qu'entre sorciers et ne concerne que des sorciers, car il visait le maintient de la communauté sorcière en Grande-Bretagne. Cependant, nuança Mr Shacklebolt et Charlus le vit sourire pour la première fois, depuis quelques années, des articles ont été amendés, supprimés voire ajoutés.

-Qu'est-ce que cela veut dire ? s'emporta à son tour Cygnus Black.

-Article 4 : les fiançailles sont indissolubles sauf si les deux parties s'entendent à l'amiable pour faire annuler le contrat. Il faut seulement une goutte de sang de l'un et de l'autre, révéla Mr Shacklebolt avec un rictus satisfait face à la réaction de Mr Black.

-Ma fille ne dissoudra jamais ses fiançailles, rétorqua Mr Black.

-Même si je me conduis comme le pire des idiots ? Vous savez très bien que j'en suis capable, Mr Black, le provoqua Charlus, plutôt rassuré. Et pour les autres articles ?

-L'article 2 est toujours en vigueur.

-Et l'article 3 ? insista Charlus. »

Mr Shacklebolt les fixa tour à tour en souriant d'une manière moqueuse dans sa barbe, posa ses mains sur son bureau en joignant les bouts de ses longs doigts noueux.

« Article 5 : le veuf ou la veuve, peut refuser un remariage dans le cadre de l'article 3, et si enfant il y a, l'autre partie le peut aussi, reconnut-il enfin.

-QUOI ? s'écria Cygnus Black. Ce n'est plus automatique ? Quel est l'idiot qui a fait amender cet article ?

-Phineus Black, votre frère, dévoila Mr Tennessee Shacklebolt en souriant de toutes ses dents.

-Je n'ai que deux frères, Sirius et Arcturus Black ! Validez-moi ce contrat ! Je ne suis pas venu ici pour supporter des commentaires déplacés… »

Charlus laissa Mr Black s'énerver tout seul et arpenter la pièce comme un lion en cage. Son Veracrasse de beau-père avait voulu le piéger, et s'était piégé tout seul. Et ce Phineus devait être celui dont on avait brûlé le visage sur la tapisserie que lui avait décrite Sirius Black. En voilà une mauvaise journée pour Cygnus Black ! pensa-t-il en explosant de rire. Tennessee Shacklebolt, en face de lui, arborait un air satisfait qui donnait envie à Charlus de lui taper dans la main. Il le regarda à la place lancer un sortilège au parchemin pour le faire s'enrouler le plus possible sur lui-même avant de le cacheter soigneusement. Charlus tendit la main pour le prendre, mais Mr Shacklebolt le tira à lui.

« Ne signez plus de contrat sans le lire, Mr Potter. Votre père m'a prévenu ce matin que vous passeriez pour votre contrat de mariage, mais je pensais que vous auriez au moins la présence d'esprit de le faire rédiger par quelqu'un de confiance qui vous l'expliquerait.

-Je… Je suis plutôt pressé d'épouser Dorea, je n'ai pas vraiment fait attention, reconnut-il avec embarras pendant que Mr Black s'égosillait toujours.

-Vous avez de la chance que cet entêté de Phineus amende toutes les lois un peu trop… pro-sang-pur. J'espère que vous retiendrez la leçon. Quoiqu'il en soit… Je vous souhaite toutes mes félicitations, conclut le Mage avec un sourire édenté bienveillant. Et le contrat reste au Ministère. Le Mage de cérémonie vous le remettra le jour du mariage. Mr Black, nous n'avons pas fini. »

Cygnus Black se calma aussitôt, mais il respirait comme un taureau prêt à charger. Charlus n'aurait pas aimé être le toréador en charge d'abattre l'animal. Quoique.

« Nous sommes cinq à pouvoir présider une cérémonie en tant que Mage, poursuivit Mr Shacklebolt. A quand est prévu la date de l'union publique ? »

Il ne pouvait pas dire du mariage, tout simplement ?

« Dimanche 19 décembre 1943, intervint Charlus.

-Un dimanche ? Ah oui, les joueurs de Quidditch, se rappela-t-il en tirant un rouleau d'un tiroir. Eh bien c'est moi qui suis de mariage cette semaine-là. Quand est-ce que je pourrai rencontrer la mariée pour…

-Je voulais demander à mon cousin d'officier, le coupa Cygnus Black en relevant le menton. Octavius Flint. »

Mr Shacklebolt soupira lourdement. Charlus faillit s'en mêler, puis préféra laisser le vieux Mage se débrouiller avec Cygnus Black.

« Je doute qu'Octavius accepte, Mr Black.

-Et pourquoi donc ?

-Dois-je raconter à votre gendre comment Octavius a fait trembler les murs du Ministère l'an passé à force de hurler parce que…

-Demandez à Octavius, le coupa à nouveau Cygnus Black. »

Cet homme le disait sans gêne, mais il était pire que Charlus. Il se donnait littéralement en spectacle. Il était ridicule dans son arrogance et sa prétention. Son nez se plissait d'agacement et de mépris et sa voix sonnait comme un ordre alors qu'il était en face d'un Mage du Ministère. Merlin, même Charlus finissait par être mal à l'aise face à cette attitude.

« Vous irez le lui demander vous-même, Mr Black, fit sèchement Mr Shacklebolt. Pour le moment, considérons que je présiderai la cérémonie. »

Mr Black se leva aussitôt.

« A quel service travaille Octavius aujourd'hui ? demanda-t-il. »

C'était tellement gênant. Aucun respect pour l'administration. Aucune tenue.

« Les décès, indiqua sèchement Mr Shacklebolt. »

Cygnus Black quitta le bureau sous l'œil stupéfait de Charlus. Et après, Grand-père Priscus le trouvait impertinent ?

« Je crois que je viens de comprendre le sentiment de honte, avoua Charlus à Mr Shacklebolt.

-Et moi celui de la fureur, marmonna Tennessee Shacklebolt en retour.

-Vous comprenez pourquoi je veux épouser Dorea au plus vite, à présent.

-DEBROUILLE-TOI CYGNUS ! NE VIENS PAS ME DERANGER POUR DES PECCADILLES !

-Octavius, on parle de ma fille, ma Dorea, peux-tu…

-VA VOIR SHACKLEBOLT ! JE NE VEUX PLUS T'AVOIR DANS MES PATTES !

-Je crois que nous ne sommes pas les seuls à vouloir le fuir, marmonna Mr Shacklebolt. Bon. Je suppose que faire venir Miss Black ici va faire hurler Mr Black et que je ne pourrais la rencontrer que la veille de la cérémonie pour la répétition ? J'espère pour vous qu'elle n'est pas aussi entêtée et stupide que son père, Mr Potter. »

.

.

.

(... Cygnus fidèle à lui-même : horrible. Et c'est après ce passage au ministère qu'il rentre énervé et s'en prend à Dorea, brûle son courrier etc... Bref, il y aura pas mal de redites au niveau des dialogues dans les quatre ou cinq chapitres qui vont suivre, mais avec des petites scènes inédites (comme ici, d'ailleurs vous en pensez quoi ? :D) et puis tout est teinté du pdv de Charlus quand même ! C'est tout de suite plus drôle, non ? :) )