Mot de l'auteur
/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\
PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !
Il relisait des mots qu'il avait copiés sur une feuille, comme pour être sûr qu'il n'avait pas rêvé : "poussière d'or", "on ramasse l'or comme des cailloux"... Mélior l'avait écrit : il existait un endroit où l'or abondait et, pour accéder à cet endroit, il fallait trouver les Livres-Monde. Il n'arrivait pas à comprendre de quoi il s'agissait précisément, mais il était persuadé d'une chose : ces livres le rendraient riche.
Mélior lui avait donné son carnet de notes juste avant de disparaître, insistant sur son importance. Au début, il l'avait rangé, persuadé que son ami s'était trompé, qu'il finirait par revenir. Puis il avait oublié cette histoire. Un jour, en ouvrant le tiroir, il l'avait retrouvé et, par curiosité, l'avait ouvert. Il avait été tout de suite happé les mots de Mélior et s'était immergé dans la lecture du texte, essayant de démêler la réalité de la fiction.
A cette époque, sa librairie tournait encore bien. Il avait des clients réguliers et fidèles, vendait de beaux livres. Et puis, le temps passant, les clients s'étaient faits de plus en plus rares, et presque plus personne ne poussait la porte de sa boutique. Les affaires avaient décliné, les vieux livres continuaient à vieillir sur les étagères, et lorsque la clochette de la porte du magasin s'arrêta de tinter, il commença à se persuader que Mélior n'affabulait pas. L'or était quelque part, il avait juste à trouver où. Les textes écrits par son ami devinrent alors son unique obsession. Il les avait lus et relus sans relâche, cherchant avec fébrilité et désespoir un indice, un code, une information cachée qui lui permettaient de mettre la main sur les livres, puis sur le trésor dont ils parlaient. En vain.
Plusieurs années plus tard, il en était au même point. Sa librairie tombait presque en ruine, la poussière avait recouvert les ouvrages, ainsi que ses pensées. Son esprit fatigué avait retenu ce que Mélior lui avait dit : un jour, deux jeunes personnes viendraient lui demander son carnet de notes. Il n'était pas capable de les décrire, mais il semblait sûr de lui : ils viendraient lui demander quelque chose de sa part, sans savoir de qui il s'agissait. Se raccrochant à cet espoir, le libraire avait décidé de les attendre. C'était sa dernière chance de salut.
Lors de la visite de Nathan, Zayn et Lia, il leur avait remis le cahier de Mélior sans hésiter. Lui l'avait déjà tellement épluché qu'il savait ne pouvoir plus rien en tirer. Place aux jeunes, à ces adolescents qui semblaient être la clef de ce mystère. Il les laisserait faire tout le travail puis il récupérerait son trésor...
Après leur départ, il les avait suivis de loin. Les trois jeunes gens n'avaient rien remarqué. Il faut dire qu'il les avait bien embobinés avec son gentil discours de libraire respectueux des dernières volontés de son ami… Ils n'y avaient vu que du feu ! Il avait repéré où vivait le garçon qui avait récupéré le carnet. Il n'avait eu qu'à les bousculer rudement, lui et son amie. Evidemment, il ne s'attendait pas au coup des ailes. Un alien… Ils existaient donc, ces êtres ! Tout ce que racontait Mélior dans son carnet était donc vrai ! Cela renforça la conviction du vieil homme : il y avait de l'or sur leur planète ! Le garçon devait en avoir plein chez lui ! Et il refusait de lui en donner. Le sale gosse… Mais il n'allait pas le lâcher. Il le tenait, maintenant qu'il connaissait son secret. Et bientôt, l'or coulerait à flots. Il pourrait quitter sa librairie miteuse et passer une retraite méritée au soleil.
Dans l'obscurité de sa boutique, il ricana.
Nathan regarda par la fenêtre. Il n'avait cessé de pleuvoir depuis deux jours et la rue était détrempée. Ça tombait bien : il avait besoin d'une excuse pour ne pas sortir. Il craignait tant de revoir le libraire qu'il avait trouvé tous les prétextes possibles pour rester enfermé chez lui. Il était en effet persuadé qu'il se trouvait encore là, à rôder dans le coin, malgré les trombes d'eau qui tombaient du ciel.
Mais aujourd'hui il ne pouvait plus se défiler plus longtemps. Sa mère lui avait demandé de passer au pressing.
La pluie était froide et le vent soufflait en rafales. Où était le temps chaud et sec des dernières semaines ? Nathan se laissa imbiber d'un air morne, n'osant pas lever les yeux sur les rares personnes qu'il croisait. Mais il ne put ignorer la silhouette dans un ciré jaune, appuyée contre la cabine téléphonique, comme la première fois.
- Salut, l'alien ! Je t'ai attendu, tu sais. J'ai cru que tu craignais la pluie.
- Arrêtez de m'appeler comme ça !
- Pourquoi ? T'es pourtant bien un alien avec tes machins dans le dos ! Hé, hé, hé !
Nathan était à bout. Il était trempé, les cheveux collés à son visage, il sentait des rigoles d'eau glacée couler dans son dos, plaquant son tee-shirt contre sa peau frigorifiée.
Il se retourna vers le libraire, se redressa de toute sa hauteur et dit d'une voix grondante, en plantant son regard dans le sien :
- Je ne suis pas un alien. Je suis un ange… Un ange descendu sur Terre pour punir les gens comme vous !
Il ne savait même pas pourquoi il disait une chose pareille, mais ça lui paraissait suffisamment théâtral pour, peut-être, faire peur au vieux fou. Il vit en effet un éclat effrayé passer rapidement dans les yeux de l'homme. Mais ce dernier se ressaisit et ricana.
- C'est ça, oui… Tu vas me punir, je rigole. Je crois plus aux aliens qu'aux anges, moi.
- C'est dommage pour vous...
- Où est le fric ?
- Je n'en ai pas.
- Ce n'est pas bien, tu sais, tu vas me fâcher. Et si je suis fâché, je peux toujours composer un numéro de téléphone et demain, dans la presse, on ne parlera plus que de toi, de tes ailes et de ta foutue histoire d'ange !
Nathan recula d'un pas.
- Je n'ai pas votre fric, et je ne l'aurai pas plus demain. Appelez qui vous voulez, personne ne vous croira.
Il fit un nouveau pas en arrière. Puis il se retourna et se mit à courir pour échapper à cette conversation stérile, à cette sensation angoissante d'être pris au piège.
- Tant pis pour toi, l'alien ! Je connais du monde, tu sais ! Tant pis pour toi ! hurla le libraire tandis que la pluie redoublait d'intensité. Satané gosse ! murmura-t-il en regardant la silhouette de Nathan se fondre dans la grisaille. Je vais l'avoir, je ne vais pas le lâcher. J'aurai mon fric !
Puis il se remit en marche en marmonnant des paroles inintelligibles.
Soudain, il sentit qu'on l'attrapait par le bras. Il sursauta et se retourna. Un homme habillé de noir, au visage creusé et surmonté d'un chapeau de feutre, était penché vers lui.
- Alors, comme ça, on embête les anges ? demanda l'apparition d'une voix sourde.
Le libraire sentit un frisson d'effroi parcourir son échine. Le regard de l'homme en noir était sombre, tranchant comme la lame d'un couteau.
- Non, heu… Qui êtes-vous ?
- Je suis le défenseur des anges. Il vous a bien dit que vous seriez puni, n'est-ce pas ?
La peur s'insinua dans l'âme du vieil homme. Son sang se glaça dans les veines, ses yeux s'élargirent, son cœur s'accéléra avant de ralentir.
- Voilà la punition...
L'homme en noir tira une longue seringue de sa poche. L'aiguille brilla dans l'éclair qui écartelait le ciel au même moment.
- Que...? Lâchez-moi ! hurla le vieux libraire.
Il aurait voulu crier à l'aide, mais il n'y avait personne sous l'orage. Il aurait voulu se mettre à courir, mais ses jambes ne le portaient plus. Il sentit l'aiguille glacée s'enfoncer dans son avant-bras, maintenu d'une poigne de fer par l'homme en noir. Quand le tonnerre éclata, son cerveau avait déjà commencé à se noyer dans l'oubli...
Nathan rentra chez lui encore tremblant de fureur. Il était trempé, glacé, mais il ne le sentait pas. Son téléphone sonna.
- Bonjour, James.
- Eyver, que puis-je faire pour vous ?
- Tu m'as l'air énervé, mon garçon, que se passe-t-il ?
- Rien qui vous concerne.
- Je pense le contraire.
- Pensez ce que vous voulez.
- C'est le vieux libraire qui te met dans cet état ?
- Qui vous en a parlé ?
- Zayn a eu la bonne idée de me tenir au courant.
Nathan resta silencieux. Il aurait dû se douter qu'il allait tout lui raconter. Mais à bien y réfléchir, il aurait fait de même s'il avait été à sa place.
Eyver continua :
- Tu peux te calmer à présent, mon garçon. Il ne viendra plus t'embêter.
Le sang de Nathan se figea.
- Que voulez-vous dire ?
- Rien de plus.
- Que voulez-vous dire ? répéta Nathan en martelant ses mots.
- J'ai envoyé Jérôme s'en occuper.
- Que...? Il l'a tué ?
- Bien sûr que non. Jérôme n'est pas un meurtrier.
Nathan se remit à respirer.
- Alors ? Qu'est-ce qu'il lui a fait ?
- Mon garçon, le mémo est une plante assez incroyable. Prise à petite doses, comme je le fais, permet de ralentir le travail de l'Avaleur de Mondes. Mais si on en extrait l'essence pure..., disons que ses effets sont plus destructeurs...
- Vous avez injecté de l'essence de mémo au libraire ?
- Jérôme l'a fait, oui.
- C'est comme si vous l'aviez tué !
- Non, mon garçon. La quantité n'était pas suffisante pour le tuer. Il pourra encore vivre de longues années, mais disons qu'une partie de son cerveau n'est plus aussi active qu'avant.
Nathan resta silencieux. Il voulait dire "c'est affreux !" mais il ressentait un tel soulagement qu'il ne savait plus que penser. Il se trouvait monstrueux de se sentir plus léger en apprenant qu'un homme venait de perdre l'esprit.
- C'est… C'est...
- C'est comme ça, James. Tu n'es responsable de rien. C'est cet homme tout seul qui s'est mis dans cette situation. Il s'est mêlé de quelque chose qui ne le regardait pas.
- Ce n'est pas une raison...
- Non, c'est vrai, mais nous n'avions pas le choix. Les grandes causes ont toujours eu leur lot de pertes...
- Je dois vous laisser, murmura Nathan en raccrochant.
Abasourdi, nauséeux, coupable… mais tellement soulagé. Des sentiments contradictoires s'enroulaient en circonvolutions dans son cerveau, en anneaux autour de son cœur. Il comprit qu'il venait de laisser son enfance définitivement derrière lui et que plus jamais les choses ne seraient comme avant.
Ce n'est que quand Lia l'appela pour prendre de ses nouvelles que Nathan sortit de la torpeur dans laquelle cette nouvelle l'avait plongé. Il devait reprendre le cours de sa vie, faire comme si ne rien n'était, avancer… Il n'avait pas le choix.
Plus tard, Zayn retrouva les adolescents, et comprit tout de suite qu'il s'était passé quelque chose. Tout deux avaient la mine grave. D'une voix sourde, les poings noués posés sur ses genoux, Nathan lui raconta tout, sans le regarder dans les yeux.
Le jeune homme posa la main devant sa bouche pour étouffer un cri.
- Mon Dieu… Oh ! Nathan, je ne pensais pas...
- Non, effectivement, tu n'as pas pensé. Je ne t'ai jamais demandé de tout raconter à Eyver !
- Mais que voulais-tu faire d'autre ?
- Je ne sais pas… Je ne sais pas.
Nathan se laissa tomber en arrière sur son lit.
- Nathan, je pense qu'il a bien fait d'en parler à Eyver, même si la fin n'est pas celle qu'on imaginait, murmura Lia. On ne s'en serait pas tirés tout seuls. Des histoires comme ça, on en voit dans les films, mais les vivre en vrai, c'est pas la même chose. Et n'oublie pas qu'il a tenté de nous tuer et qu'il t'a tiré dessus !
Zayn jeta un regard reconnaissant à Lia.
Nathan plongea le visage dans ses mains.
- Oui… Il faudra juste que j'apprenne à vivre avec ça.
Les trois adolescents restèrent silencieux un long moment. Enfin, timidement, Zayn reprit la parole.
- Heu..., sinon, j'ai pu faire changer mon billet d'avion. Je ne repars que fin août. Je me suis dit que pour retrouver trois Livres-Monde, vu comme c'était parti, ça allait prendre plus d'une semaine.
- Ah bon ? Je pensais qu'on les aurait trouvés d'ici quelques jours, moi ! répliqua Nathan, plus léger, heureux de changer de sujet.
- Ben tiens. Il suffit juste qu'Eyver nous traduise ses petits textes et on n'aura plus qu'à aller chercher les livres ! Zayn, tu peux rechanger tes billets, fanfaronna Lia.
Nathan s'esclaffa avant de froncer les sourcils.
- On n'a toujours pas de nouvelles, d'ailleurs, il ne m'a rien dit quand il m'a appelé tout à l'heure.
- Il n'a peut-être pas eu le temps de tout traduire, il y avait quand même beaucoup de pages, expliqua Zayn.
Nathan se redressa.
- J'aimerais bien mettre la main sur ces livres rapidement. J'aurais au moins l'impression qu'on ne fait pas tout ça en vain.
- Je suis sûr qu'il va trouver quelque chose. C'est bien pour ça que Mélior a laissé des notes.
- Ouais… On verra...
Nathan ne reçut l'appel d'Eyver que le lendemain.
- Bonjour, James. Tu te sens mieux aujourd'hui ?
- Oui, on peut dire ça.
- Bien. Écoute, j'ai tout traduit. Tout ce que Mélior a rédigé en chébérien.
- Et alors ? Vous avez trouvé ?
- Rien.
- Quoi ?
- Rien du tout. Je ne sais pas où sont cachés les livres.
- C'est impossible !
- J'ai bien peur que si...
