Chapitre 9 : À table !
La chaleur de la journée avait laissé place au vent frais et humide de la nuit. La lune était haute dans le ciel. Demain, le solstice d'été amènera avec lui la saison la plus chaude de l'année. Aghäte avait profité de son après-midi pour survoler les notes de son carnet. Sa décision était prise : elle quittera Fondcombe demain au coucher du soleil. Il était temps qu'elle se rende à la Ville du Lac pour confirmer ce qu'elle avait appris à Bree. Cela lui faisait mal au cœur de quitter les nains mais elle devait avancer. Grâce aux entraînements, elle avait fortifié son corps pour un long voyage qui l'attendait.
Après avoir organisé ses affaires pour son départ, elle alla préparer une salle dans les cuisines. Un balcon ouvert, une longue table et des chandeliers sur tous les côtés, Aghäte avait choisi la pièce parfaite et assez grande pour accueillir 13 nains, un magicien et un hobbit. La table se remplit de viande progressivement : saucisson, pâté-en-croûte, jambon fumé, bœuf séché, terrines de sanglier, rillettes… Mais également de vin de divers endrois : Cuvée du Brandevin de la Comté, vins blanc des vignes de Limael, vins rouge de Bree...
Aghäte n'avait pas encore dîner vu qu'elle savait ce qu'il l'attendait. Elle s'assit sur le balcon en attendant les nains. Elle relisait encore son carnet de notes.
Sans prévenir, des cris de nains arrivèrent aux oreilles de la semi-humaine. Aucun d'eux ne put cacher leur joie face au deuxième dîner qui les attendait. Même le hobbit, qui les avait suivis sans conviction, n'en croyait pas ses yeux. Ils avaient l'air d'attendre qu'Aghäte les invite à s'asseoir. Aghäte s'esclaffa.
- Depuis quand les nains sont-ils si polis ? Allez-y servez-vous ! Tout doit être fini ce soir !
- Super ! On ne va pas se priver alors !, lança Kíli.
- Moi je veux goûter au pâté là-bas ! s'écria un gros nain allant s'asseoir en bousculant tout le monde.
Ce fut la cohue mais tout le monde trouva une place. Aghäte alla s'asseoir à côté du hobbit. Elle remplit son assiette de ce qu'elle avait devant elle et se servit un verre du vin de la Comté. La bouteille encore en main, elle se tourna vers le hobbit.
- Un verre de la Cuvée du Brandevin ? Il vient tout droit de la Perche Dorée !
- Bien volontier ! Je vous avouerais que je n'ai jamais été aussi heureux de pouvoir manger et boire comme un hobbit !
- Ne vous inquiétez pas, il y a d'autres bouteilles, assura-t-elle en montrant une caisse au fond de la pièce.
Le hobbit était le plus poli de la compagnie et Aghäte appréciait sa présence. Enfin quelqu'un de normal.
- Ça ne vous dérange pas que nous mangions et buvions tout ce que vous avez ?, s'étonna le hobbit.
- Vous êtes bien le seul à le demander… Mais non, je pars demain et je ne pourrais pas tout emporter. Autant que je le partage avec vous. D'ailleurs, quel est votre nom ?
- Oh pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Bilbon Sacquet. Je viens de la Comté, dit-il fièrement avec une pointe de nostalgie.
- Moi c'est Aghäte mais je pense que vous le savez déjà. Et, si je puis me permettre, que faites-vous avec tous ces nains ?
Bilbon souffla et semblait réfléchir pour répondre à la semi-humaine. Celle-ci attendait patiemment sa réponse.
- C'est une longue histoire. Pour faire court, ils ont besoin de moi pour voler quelque chose et j'ai promis de les aider, expliqua-t-il en se resservant de la terrine. Ils sont même venus jusqu'à la Comté pour me recruter, sous le conseil de Gandalf.
- Voler ? Vous êtes un voleur ? Vous n'en n'avez pas du tout l'air !, déclara Aghäte sans réfléchir. Ah mais ce n'était pas…
- Ne vous inquiétez pas, sourit-il. Je ne sais pas si j'en serais un le moment voulu.
- Le moment voulu…, médita Aghäte.
Le repas commençait à peine mais les nains étaient déjà en fête. Bifur, le nain avec un morceau de hache dans le crâne, faisait de la clarinette pendant que Bofur, le nain avec le chapeau tordu, chantait en dansant. Aghäte réfléchissait à ce que venait de dire Bilbon. Qu'est-ce qui est si important pour les nains au point d'engager un hobbit dans la reconquête d'Erebor ? La réponse lui parut si claire une fois trouvée. Elle l'avait vu de nombreuses fois dans les livres qu'elle avait lu toutes ses années.
- L'arkenstone…, murmura-t-elle.
Ce mot à peine audible fit taire toute l'assemblée. La semi-humaine sentit soudainement tous les regards, sauf celui du hobbit, se tourner vers elle. Balin fut le seul à oser parler.
- Vous connaissez l'Arkenstone, mademoiselle Aghäte ?
- Bien sûr ! Avec tous les livres que j'ai lu sur Erebor, je ne pouvais pas passer à côté. Hum… Je comprends maintenant votre quête. Vous allez rechercher votre montagne mais aussi vos trésors.
Un son de verre qui se pose brusquement sur la table retentit dans toute la salle. Après un sursaut général, tous les yeux se dirigèrent vers le prince d'Erebor.
- Cela vous dérange ?, interrompit Thorin d'une voix la plus grave qu'Aghäte n'ait pu entendre de sa bouche.
- Pas du tout. Pourquoi le serais-je ? Par contre, vous avez juste un dragon qui risque de vous gêner, dit-elle avec évidence.
- Tu sais comment le tuer ?, intervint innocemment Kíli.
- Peut-être, articula Aghäte en laissant le suspense.
- Peut-être ?, répéta Fíli.
- Il faut que j'aille vérifier mes dernières infos à la Ville du Lac. Je ne sais pas si vous restez longtemps à Fondcombe mais je pars demain soir. Avec mon cheval, je serais assez vite arrivée là-bas. Peut-être que je me serais débarrassée du dragon avant que vous n'arriviez.
Aucun bruit ne venait des nains. Thorin continua.
- Et comment comptez-vous entrer dans Erebor ?
- Hum… Bonne question. Je ferais du bruit et il finira par sortir, dit-elle comme si c'était évident.
- Vous êtes aussi têtue qu'un nain…, lâcha Thorin.
- Je le prends toujours comme un compliment, sourit Aghäte.
- Je vous propose un marché. Attendez-nous devant Erebor et nous vous laisserons entrer et tuer le dragon. Cela nous arrangerait si le hobbit échouait.
- Vous avez un moyen d'entrer ?
- Oui ! Nous avons la clef !, assura Kíli.
- Et maintenant, nous savons où se trouve la porte !, expliqua Fíli.
Leur oncle les dévisagea d'un noir. Aghäte réfléchit quelques instants avant de donner sa réponse.
- D'accord, j'accepte. Quand prévoyez-vous de l'ouvrir ?
- Le jour de Durin.
- C'est précis. Parfait !
Les nains reprirent le repas mais l'ambiance n'était pas joyeuse. Aghäte se leva et alla s'asseoir entre Fíli et Kíli ; qui étaient eux-même à côté de leur oncle.
- Tenez, goûtez-moi ce vin et vous m'en direz des nouvelles ! Kíli, Fíli, goutez-y aussi !
Aghäte servit Thorin sans attendre sa réponse. Les deux neveux, assis près de leur oncle, tendirent leur verre, qui fut aussitôt rempli. La semi-humaine ne s'oublia pas et s'en servit aussi. Elle proposa de trinquer pour leur quête. Thorin la suivit et tous les autres nains aussi. L'ambiance festive reprit de plus belle.
