Dans la pénombre de la nuit, seulement éclairé par les flambeaux éparses du camps, Elros et Elrond se faufilaient entre les tentes, passant inaperçus. Ils entendaient au loin le son de la guerre, les peuples libres affrontant les forces de Morgoth aux portes d'Angbang. Mais cela avait peu d'importance dans l'immédiat, même si c'était tout à leur bénéfice. Moins de monde dans le camps était pour eux une aubaine et une plus grande chance de réussite.
Ils arrivèrent derrière une tente plus grande et plus officielle bien que plus petite que les tentes où se réunissaient conseils et dirigeants. Contrairement aux autres tentes importantes, celle-ci était aussi mieux gardé. Bien que cela n'ait pas beaucoup d'importance pour les jumeaux.
Il avait du sang maya en eux et ils eurent l'un des meilleures chanteurs d'Arda comme enseignant. De simples elfes, même de Valinor, ne pouvaient pas lutter contre eux et tombèrent en transe sans jamais voir les enfants.
Enfant, c'était un terme qui ne plaisait à aucun des jumeaux, ils approchaient de leur soixante ans après tout. Mais aucun elfe ne leur donna le crédit qui leur était dû et cela revenait maintenant les mordre.
Sous la tente, Elrond et Elros chantèrent pour le noir, pour l'absence de lumière. Les deux silmarili cachés dans un coffre, sous un tissu opaque, s'éteignirent. Puis les jumeaux chantèrent à la boîte pour qu'elle s'ouvre. Ils chapardèrent chacun une pierre, remirent tout en place à l'identique et quittèrent la tente sans être inquiétés des gardes qu'il libérèrent de l'envoûtement lorsqu'ils furent loin de leur yeux.
Maintenant, ils devaient subtiliser celui à bord Vingilot.
Toujours sans se faire voir, ils se rendirent au pied de l'ancre terrestre du navire volant et entreprirent de grimper le long des lourdes chaînes, se chantant un elfe levait la tête, ils ne seraient pas vu, si un maya le faisait... ils ne savaient pas s'ils seraient vus ou pas et ne voulaient pas le savoir. Ils étaient chanceux jusqu'à maintenant, mais il ne tireraient pas trop fort sur la corde non plus.
Ils espéraient seulement qu'Eärendil serait hors-service suite à son combat et sa victoire contre Ancalegon deux jours plus tôt. C'était d'ailleurs pour cela que Vingilot ce trouvait toujours amarré aux camps, pour permettre à son capitaine de se reposer. Les jumeaux avaient clairement entendu Eonwë, héraut de Manwë, ordonner au demi-elfe de prendre quelques jours de repos avant de rentrer ou de continuer à l'effort de guerre.
Elrond et Elros savaient qu'ils ne pouvaient espérer que l'homme blond soit endormi dans une tente car il avait pour interdiction que fouler ne serait-ce que d'un orteil la terre à l'orient de Valinor.
A bord du navire, les jumeaux se demandèrent comme procéder. Le silmaril attendait juste devant eux, suspendu innocemment à la proue du navire. S'ils l'éteignaient, tout le camps le remarquerait. S'ils le déplaçaient, il seraient remarqué aussi.
- Foutue chose trop brillante, grogna Elros.
- Chut, le rabroua Elrond.
Les jumeaux se tenaient accroupis sur les rambardes, prenant garde à ne pas gêner la lumière du silmaril et projeter une ombre traîtresse plus bas.
- Tu crois qu'on pourrait convaincre quelque chose de briller et de l'échanger avec le silmaril ?
- Je ne sais pas. Il n'y a rien sur le pond du bateau pour remplacer une pierre. Je ne suis même pas sûr qu'un simple caillou brille assez même si on le chante brillant. Peut être un diamant ?
- Évidement, nous avons toujours une pierre précieuse sous la main.
La dernière réflexion était sèche et coupante, clairement mécontente.
- Ce n'est pas comme si les soldats de Gil-Galad avaient fouillé nos affaires et pillé tous ce qu'atya et atar ont pu épargner pour nous, mordit l'autre voix.
- Ils soupçonnaient que nous soyons à la soldes d'atya et atar.
- En quelque sorte. Ils nous ont laissé ici car leur camps est plus dangereux, car nous sommes plus en sécurité ici, même si le roi meurt. Si atya et atar meurent, nous n'avons personnes chez les Fëanorion.
- Certes. Mais je préfère n'avoir personne qu'être ici. On nous regarde comme des mal-propres, indignes de confiance, traîtres. On est même soupçonné de voler dans les cuisines. Moi je dis que nous prenons ce dernier silmaril, sans précaution, comme ça, ils auront enfin quelque chose de véridique pour nous accuser.
- Laissez-le.
La voix inconnue surgit derrière eux, renversant les jumeaux des rambardes. Sur le pond, grand et imposant, Eärendil brillait dans la lumière du silmaril, ses imposant cheveux blonds brillant tout aussi intensément.
- Je ne vous aurais même pas remarqué, si vous n'aviez pas gêné la lumière vers ma cabine, leur offrit le marin sans remontrance.
Elrond et Elros s'écartèrent, laissant le silmaril éclairer le pond et à travers la vitre de la cabine. Autant pour ne pas se faire remarquer, grogna Elros.
- Vous être mes fils, déclara Eärendil bien qu'incertain.
Elrond renifla et Elros s'étrangla.
- Absolument pas !
- Non.
La douleur brilla dans le regard du demi-elfe.
- Je suis désolé pour mon absence, dit Eärendil. Je ne savais rien de votre existence jusqu'à ce que votre mère n'arrive à mes côtés.
Étrangement, les mots allumèrent un brasier dans les yeux des jumeaux.
- C'est une piètre excuse.
- Je sais mais c'est la vérité, croyez-moi lorsque je dit que je serais revenu si je savais avoir des enfants. Elwing ne m'a parlé de vous qu'après que j'ai plaidé aux Valar, une fois que je ne pouvais plus revenir en arrière.
- Elwing est une mauvaise personne-
- Si pas, juste une mauvaise mère.
L'accusation des jumeaux était nette, tranchante et sans appel.
Eärendil leur fit un sourire timide. C'était étrange comment il n'avait pas encore essayé de les arrêter plus que ça, comment il était conciliant envers eux alors même qu'ils étaient là pour voler le dernier silmaril.
- J'ai conscience qu'Elwing n'est pas forcément la personne la plus équilibrée qui soit. Mais je l'ai prise pour épouse et je l'aime. Cependant, je sais que certaines choses ne peuvent pas être réparées et que certaines ne pourront et de doivent plus exister. Laisse-moi vous aider. Laissez-moi être le père que je n'ai jamais eu le droit être.
Les jumeaux étaient figés. Ils le savaient, Elwing n'était pas stable mentalement. Mais Eärendil semblait aussi tenir un bon bout de folie, bien que très gentille envers eux. Ou alors il était très sage.
Eärendil se coupa les cheveux et tressa les mèches en une boule dense et serrée qu'il leur tendit.
- Cela devrait pouvoir remplacer le silmaril le temps que vous quittiez le camps si vous la... convainquez ?, hésita Eärendil, de briller.
Les jumeaux regardèrent le marin avec suspicion. Toute cette histoire était trop belle et bien trop louche. Le regard du demi-elfe se flétri bien qu'il leur sourit toujours.
- C'est parce que je vous aime.
Sur ces mots, Eärendil posa la boule devant les jumeaux et recula dans sa cabine, leur lançant un regard douloureux et aimant.
- Je ne souhaite que votre bonheur, dit-il en fermant la porte.
Elrond et Elros restèrent là un long moment, jusqu'à ce qu'au loin, ils voient une longue colonne de soldats épuisés en marche vers le camps.
En moins de cinq minutes, ils chantèrent la boule de cheveux tressés pour la rendre brillante, l'échangèrent avec le silmaril qu'ils éteignirent, redescendirent dans le camps et marchaient dans les ombres vers la sortie arrière. Ils ne prendraient pas le risque de passer à proximité des rois ou du héraut de Manwë. Ils devaient faire attention aux quelques mayar qu'ils savaient être dans le camps.
Ni vu, ni connu, ils courraient dans la forêt, loin de la Guerre de la Colère, loin de Gil-Galad, loin des mayar. Très loin d'Eärendil.
