Bonjour à tous ! Je tiens tous à vous remercier pour ce mois passé en votre compagnie ! Mes remerciements seront brefs, le chapitre spécial blabla arrivera plus tard (courant janvier, avec les fêtes et les obligations familiales et les déplacements, fin décembre c'est compliqué), mais je tiens quand même à vous dire à quel point vous êtes tous formidables ! Trêves de logorrhée mes petites jubartes, je vous laisse découvrir cet iridescent chapitre final !

Bonne lecture !

Sherlock - 25 ans - Décembre 2005

– Joohn ! Jooooohn ! JOO-OOHN !

– Je suis là ! Arrête de hurler, voyons, tu vas déranger tout l'immeuble.

Sherlock renvoya à son compagnon un regard désabusé, peu concerné par l'isolation relativement catastrophique du petit studio qu'ils occupaient depuis bien trop longtemps. Quand John était en Afghanistan, la taille ridicule de l'appartement n'avait pas chagriné Sherlock plus que ça. Vivre en coloc n'était pas envisageable pour lui, et vu le peu de temps qu'il y passait, la petitesse du lieu lui convenait.

Quand John avait été attaqué par Eurus, et blessé gravement, il avait été limogé par l'armée, car désormais incapable de servir, et rapatrié à Londres. L'erreur, cependant, provenait d'eux. C'était peut-être un peu injuste, vu qu'il était difficile de s'opposer à Eurus, mais la responsabilité de la blessure de John était totalement imputable à l'armée, officiellement. Ainsi, s'il avait été officiellement limogé, il n'en restait pas moins que sa formation de médecin n'était pas terminée. Outre sa pension de retraite militaire (peu mirobolante, mais c'était toujours ça), ils avaient pris en charge tous les frais d'internat de John, qu'il effectuerait dans le civil, et tous ses frais médicaux et d'hospitalisation.

Sherlock avait alors passé tout son temps au chevet de son amant, oubliant même de rentrer chez lui, s'occupant exclusivement de la rééducation de John. La blessure la plus importante était celle de son épaule gauche, salement amochée, mais la jambe avait été également touchée, et John souffrait du symptôme de la blessure fantôme : encore aujourd'hui, il boitait parfois, malgré sa jambe totalement guérie. Les douleurs dont il souffrait n'existaient que dans sa tête.

– Tu es déjà rentré de Saint Bart ? demanda Sherlock, surpris.

John leva les yeux au ciel. Non seulement son compagnon ne se donnait pas forcément la peine de retenir le planning de ses gardes à l'hôpital, mais en plus il hurlait pour l'appeler sans savoir s'il était vraiment là. Parfois, pour un génie, il manquait vraiment de logique.

– Comme tu peux le constater, oui, répliqua-t-il ironiquement.

Ce fut au tour de Sherlock de lever les yeux au ciel, un sourire en coin, partagé par John. C'était leur mode de fonctionnement depuis toujours.

– Peu importe. J'ai une grande nouvelle. Un cadeau. En avance.

– Ah, avant, parlant d'avance, tu sais que nous prenons le train dans moins de deux heures ? Ta mère nous attend à Northampton pour la fin de la journée. Maman, Clara et Harry viennent passer Noël chez toi. Mycroft y sera aussi.

Sherlock balaya l'argument de la main.

– On prendra le prochain train s'il le faut. Aucune importance.

Noël était dans quelques jours. C'était le premier qu'ils fêteraient dignement. L'année précédente, les évènements avec Eurus, de nouveau enfermée et totalement mutique depuis, étaient trop frais, et John encore trop blessé, souffrant énormément de ses multiples interventions chirurgicales, et ses plaies.

Cette année, Harry fêtait sa première année de sobriété, et elle et Clara tenaient bons. Elizabeth était en pleine forme, et fréquentait depuis peu un médecin de l'hôpital où elle travaillait. John, avec un peu de retard, avait repris son internat dans le civil, à Saint Bart. Y retrouvant avec plaisir Mike, son ancien coloc, et pas mal de ses amis de fac. Bien que la spécialisation en traumatologie soit compromise, son diplôme de médecin ne l'était pas, et c'était tout ce qui comptait pour lui. Et désormais, il pouvait dormir toutes les nuits (sauf celles de garde, bien sûr) blotti contre SON Sherlock. Sherlock, pour sa part, travaillait de plus en plus avec la police. Il essuyait un certain nombre de quolibets, mais ses méthodes impolies et absurdes fonctionnaient, et les rares inspecteurs de Scotland Yard qui acceptaient sa présence voyaient leur taux de résolution et d'efficacité bondir. De plus, il s'était taillé une solide réputation sur la capitale anglaise, et constitué un réseau d'indics efficaces en les personnes des sans-abris, et des particuliers de plus en plus nombreux le sollicitaient pour des affaires privées.

Tout allait bien pour eux, désormais.

– Heureusement que je te connais par cœur... commenta John. J'ai prévenu à ta mère de ne pas trop compter sur nous ce soir, au cas où. Je lui enverrai un message.

Sherlock sourit, de ce sourire spécial-John, comme il l'avait appelé. Ce sourire plus lumineux que le soleil, celui dont John tombait amoureux systématiquement dès qu'il le voyait. Celui qui lui était réservé, celui qui faisait s'emballer son cœur à toute vitesse, malgré toutes les années passées ensemble. Quand Sherlock lui souriait ainsi, il oubliait tout. La douleur à son épaule, leurs vies si compliquées, le danger que représentait et représenterait sans doute toujours Eurus, la fatigue de son corps qui enchaînait les gardes... Il avait de nouveau toute sa jeunesse, et il dormait dans un lit, blotti contre Sherlock, après une journée à jouer à Musgrave. Le bonheur de John avait toujours tenu à la présence de Sherlock.

– Viens là, murmura-t-il avant d'avoir eu le temps de demander ce que Sherlock voulait bien lui dire en arrivant.

Installé dans leur chambre (du moins le coin chambre de leur minuscule studio), il était en train de préparer leurs affaires pour les quelques jours de vacances de Noël qu'ils passeraient chez les parents Holmes, quand Sherlock avait débarqué. Il n'eut alors qu'à attraper le col de chemise de son amant pour l'attirer vers le bas, collant leurs lèvres ensemble. La gravité fit le reste, et ils tombèrent sur le lit, sans jamais cesser de s'embrasser.

Rapidement, leurs baisers devinrent moins sages, moins tendres, et John gémit doucement quand la langue mutine de son amant quitta sa bouche pour venir titiller le lobe de son oreille. Allongé face à face, ils avaient naturellement emmêlé leurs jambes, et se tenaient terriblement proches, suffisamment pour qu'ils sentent mutuellement l'envie de l'autre.

– Sherlock... souffla John en retenant un nouveau gémissement. Ce n'est pas... rais...onnabl...e.

Il bégayait, la respiration hachée, tandis que les lèvres de Sherlock poursuivaient leur travail d'orfèvre sur son visage, le picorant de multiples baisers, qui le laissaient pantelant. Ce n'était pas tant l'érotisme de la situation que la dévotion que Sherlock y mettait. John le connaissait suffisamment pour savoir ce qu'il voulait en cet instant précis, à savoir faire plaisir à John. Sherlock ne s'arrêterait pas, quoi qu'il dise. Il était entièrement dévoué à John, à son plaisir, à lui obéir. Dans ces moments-là, John pouvait demander ce qu'il voulait (à part arrêter, vu qu'il était peu crédible quand il le réclamait), Sherlock aurait obéi. C'était d'ailleurs de là que venaient certaines de leurs parties de jambes en l'air les plus mémorables. Quand John, régi uniquement par le plaisir et le désir, cessait de réfléchir et exprimait absolument tout, même ses pensées les plus perverses. C'était comme ça qu'un jour, il avait exprimé le désir d'attacher son amant, auquel Sherlock avait répondu sans sourciller. Le fait qu'il fauche régulièrement des tas de trucs à Scotland Yard, y compris des menottes, avait aidé. Ensuite seulement, Sherlock et John avaient fait des recherches plus poussées pour trouver des éléments adaptés qui n'entaillaient pas la peau fine et délicate de Sherlock. Et celle de John, qui, mû par la curiosité, avait testé aussi. Sherlock n'avait honte de rien, assumait tout, et avait poussé la porte d'un sex-shop avec beaucoup de convictions. Ils avaient de quoi s'amuser, désormais.

Sans tenir compte des vagues protestations de son amant, qui essayait de rappeler qu'ils avaient un train à prendre, une valise à faire, Sherlock poursuivait activement ses baisers sur la gorge offerte de John, et de ses mains habiles, dénouait les boutons de la chemise de ce dernier, glissant sa main contre le torse qui s'offrait doucement à son regard.

Quand la main pâle atteint l'épaule, John se raidit, comme toujours. Instinctivement, il détourna les yeux.

– Arrête, ordonna Sherlock.

Il repoussa John, l'obligeant à se coucher sur le dos, tandis qu'il montait prestement sur ses hanches. Le foutu génie était toujours totalement habillé, de ses costumes cintrés et indécents, alors que John avait la chemise flottant sur ses hanches, révélant un maillot de corps en dessous, le visage rouge, un suçon qui naissait doucement le cou.

D'une main possessive, Sherlock attrapa le menton de son compagnon, l'obligeant à le regarder droit dans les yeux. Son autre main se posa délicatement sur l'épaule gauche, s'insinuant sous le tissu, caressant doucement la peau nue.

– Regarde-moi, John. Tu es beau. Tu l'as toujours été. Tu le seras toujours. Ta cicatrice n'y change absolument rien.

Ils avaient cette conversation presque chaque fois qu'ils faisaient l'amour. Quand ils baisaient, contre un mur, sous la douche, en vitesse, sans parfois se déshabiller, ils oubliaient parfois l'un et l'autre cette marque sur la peau de John. En revanche, quand ils faisaient l'amour lentement et avec dévotion (et contre un mur ou sous la douche aussi, parfois) du corps de l'autre, ils finissaient toujours par en parler. John haïssait cette déformation, cette boursouflure. Il portait sa cicatrice comme une marque d'infamie. Il trouvait l'entrelacs de peau blanche et épaisse, en forme d'étoile, laide et grossière. La cicatrice était récente.

À Sherlock, en revanche, le stigmate ne posait absolument aucun problème. C'était une partie de son John, et il l'aimait comme il aimait le reste. Il n'était que peu porté sur la beauté physique, mais pour lui John était beau, point barre. Alors à chaque fois, il tentait d'en convaincre son amant, lui rappelant combien il l'aimait, même comme ça.

– Sens comme je t'aime, te désire, poursuivit Sherlock.

De sa main droite, il continuait de caresser la cicatrice. L'autre avait lâché le menton de John, pour mieux saisir sa main et la plaquer sur son entrejambe déformé par l'excitation. Les pantalons de costume qu'il affectionnait ne cachaient pas grand-chose. John pressa doucement, et Sherlock gémit. Il ne mentait même pas. Toucher la cicatrice de John le faisait réellement bander un peu plus dur. D'une manière tordue, son esprit associait cette marque au fait que son John avait survécu à Eurus, et qu'ils avaient encore une chance d'être heureux, d'être ensemble, et il avait toujours encore plus envie de son amant à ce moment-là.

– Je t'aime, John, murmura Sherlock.

Il n'était pas démonstratif dans ces mots, mais il avait besoin de le dire, parfois. John ne répondit rien. Il se contenta d'accueillir le baiser profond qui allait avec cette confession, et du corps qui se pressait contre lui.

– Tu portes beaucoup trop de vêtements, grogna John lorsqu'ils se séparèrent.

Sherlock sourit. Il avait gagné. John avait oublié le train, sa cicatrice. Tout ce qu'il voulait désormais, c'était le corps nu de Sherlock contre le sien.

Peu de temps après, leurs souhaits furent exaucés. Avec la lenteur et la douceur des couples établis depuis longtemps, ils avaient pris leur temps, et s'étaient retrouvés entièrement nus, sous la couette, pressés l'un contre l'autre, la peau couverte d'une légère pellicule de sueur, les lèvres gonflées par les baisers, les pupilles dilatées sous l'effet du désir.

Malgré leur différence de taille, Sherlock était toujours émerveillé de voir à quel point leurs corps s'emboîtaient parfaitement. John était destiné à se trouver dans ses bras. Et sa petite taille, pour un homme, n'était absolument pas à l'image de son intimité, au contraire. Et Sherlock adorait ça. Sentir dans sa main le poids du sexe de son amant, pouvoir lui faire plaisir, en jouer comme il jouait de son violon, et écouter les sons de plaisir de John, la plus belle symphonie du monde à ses oreilles de musicien.

– Sherloooock, gémit John, à l'occasion d'un mouvement un peu plus ferme.

– Oui ? répondit innocemment le génie, avec son sourire le plus candide.

Si John n'était pas déjà fou amoureux de lui, il le serait devenu en cet instant. Leurs corps emboîtés, Sherlock contre lui, sa main le masturbant, ses lèvres gonflées après l'avoir déjà mis au bord du gouffre de sa bouche.

– Je te veux maintenant, sinon, ça ne va pas durer...

Du même mouvement, John envoya ses mains en direction des fesses de son amant, glissant entre, prêt à aller le préparer, pour ne surtout pas le blesser. Et eut la surprise de découvrir quelque chose.

– Sherlock, à quel moment tu t'es mis un plug, au juste ? s'étonna-t-il en sentant l'objet, qu'il était sûr que Sherlock n'avait pas quand ils s'étaient déshabillés.

John en bavait déjà d'envie. Ça voulait dire que son amant était déjà ouvert, prêt à l'accepter, et il en bandait plus fort que jamais. Il voulait le prendre sur le champ.

– Tu étais incroyablement distrait quand ma bouche s'occupait de toi, s'amusa Sherlock. J'apprends à devenir ambidextre, et à faire plusieurs choses différentes avec mes mains. Je m'en sors bien, hein ?

Il avait l'air tellement fier de lui, dans un moment tellement incongru, que John eut envie d'exploser de rire. John, en sa qualité dé chirurgien, était extrêmement habile de ses deux mains, et il faisait profiter Sherlock de ses talents au lit. Le génie s'était senti vexé, et avait récemment décidé de pratiquer pour devenir ambidextre. De là à être capable d'ouvrir un tube de lubrifiant d'une main, de s'insérer un plug de l'autre, le tout en suçant John, et sans que ce dernier ne se rende compte de rien, c'était une prouesse sur laquelle John n'aurait pas parié. Mais c'était Sherlock. C'était son Génie, qui le surprenait sans cesse.

– Putain, ce que je t'aime, Génie...

Avec délicatesse, il ôta le plug, et le rejeta plus loin. Ils n'eurent pas besoin de se concerter sur la position. Ils savaient communiquer sans un mot, et ils gémirent profondément, ensemble, quand John s'inséra en Sherlock, et qu'ils commencèrent à bouger en cuillère, lovés dans les bras de l'autre.


– Au fait, Génie, qu'est-ce que tu voulais me dire ?

Ils sommeillaient au fond du lit, dans la chaleur de l'autre. Le train était raté depuis longtemps. John avait fait promettre à son amant qu'ils prendraient celui de la première heure, demain matin. En attendant, ils profitaient de leurs câlins post-coïtal.

– Mmh ?

– Quand tu es rentré. Tu parlais d'un cadeau en avance.

Sherlock dormait sur sa poitrine. Il avait beau être plus grand, il était aussi beaucoup plus léger. Le bras refermé autour de lui, John dessinait des arabesques sur son dos. Il fut donc surpris quand Sherlock se redressa d'un coup, lui fichant un coup dans l'estomac, s'arrachant de son étreinte.

– Oui, j'avais une question...

Il s'interrompit, baissant les yeux. John fronça les sourcils. La timidité ou la gêne n'étaient pas des sentiments associés à Sherlock, habituellement. Le fait qu'il se soit libéré de ses bras était surprenant aussi.

– Dis-moi, l'invita-t-il avec douceur. Je ferai de mon mieux pour te répondre.

– Je... Mycroft a dit que c'était bon. Le texte de loi sera voté et publié rapidement. Ça va devenir légal. Et je... je veux que ça soit légal. Nous. Dès que possible. Si tu le veux aussi.

Sherlock bafouillait, rougissait.

– Je ne comprends pas, Génie, excuse-moi. De quoi tu parles ?

Revenant contre lui, Sherlock attrapa sa main. Sa main gauche, de sa main gauche.

– Je parle de ça, précisa-t-il en caressant la bague qu'ils portaient tous les deux à l'annulaire.

John resta coi.

– C'est légal. Bientôt. Mycroft l'a promis. Je veux qu'on soit légal. Je... Je n'ai pas supporté de ne pas savoir ce qui t'arrivait quand tu étais en Afghanistan. Je veux avoir le droit de l'exiger auprès de toutes les administrations du monde.

John n'arrivait plus à contenir son sourire.

– Sherlock... tu parles de mariage ? Vraiment ? Tu n'as que vingt-cinq ans, et moi vingt-huit, tu es sûr de vouloir ça ?

Le jeune génie leva les yeux au ciel. Il aurait vingt-six ans dans deux semaines, et au vu de ce qu'ils avaient traversé, leurs âges étaient vraiment un argument absurde.

– Pas le mariage. Mycroft dit qu'il travaille sur la question. C'est un pacte civil. Mais je me moque du terme, c'est juste une reconnaissance légale et officielle. Je n'ai pas besoin que quelqu'un valide notre relation, ni d'un papier pour te promettre que je t'aimerai toujours, parce que c'est le cas. Mais j'ai besoin de savoir comment tu vas, et de pouvoir agir s'il t'arrive quelque chose, et vice-versa. Je veux un statut officiel vis-à-vis de toi.

– Mais je n'appartiens plus à l'armée. Ce qui s'est passé à Kandahar n'a que peu de chances de se reproduire...

Sherlock commençait à s'inquiéter. John n'avait pas vraiment accepté.

– Eurus est toujours là. À partir de là, et même si elle est encore plus surveillée qu'avant, je pars du principe que ça pourrait se reproduire. Et je veux qu'un médecin puisse être obligé de me donner de tes nouvelles si tu ne pouvais plus le faire par toi-même. Tu... tu ne le veux pas ?

John sursauta devant la voix blessée et hésitante de son amant. Il lui posait cette question alors qu'ils étaient nus, après avoir fait l'amour, et que John le serrait dans ses bras, et pourtant il angoissait sincèrement de sa réponse.

– Génie, voyons ! Évidemment que je le veux ! T'épouser, m'unir avec toi, appelle ça comme tu voudras. Et pouvoir savoir officiellement comment tu vas en cas de problème, et pouvoir agir et prendre des décisions, aussi. Évidemment que je le veux. Depuis toujours, et pour toujours, Amour. Je porte ta bague. Et je t'aime depuis tellement longtemps que j'ai oublié ce que ça faisait, un monde sans toi. Un monde sans ton amour. Évidemment que je le veux.

Sherlock attendit à peine la fin de sa phrase pour l'embrasser de nouveau, passionnément.

– Attends, attends, Sherlock, attends !

Sherlock s'interrompit, perplexe. En temps normal, John ne refusait jamais une deuxième session de câlins. Ils étaient déjà nus et au fond d'un lit, deux avantages incontournables. Sherlock avait très envie d'une deuxième dose de câlins. Il n'était jamais rassasié de l'amour physique de son amant.

– S'te plaît, Génie. J'ai peut-être moi aussi un cadeau en avance pour toi, du coup. Je voulais attendre plus tard, mais bon... faut juste que je passe un coup de fil. Tu me passes ton téléphone ?

John n'avait pas de téléphone portable. Au début, il ne voyait pas vraiment l'intérêt, vu qu'il passait toutes ses journées à l'hôpital à enchaîner les gardes durant des heures et qu'il rentrait ensuite chez eux. Depuis que Sherlock rentrait à des horaires aléatoires et se mettait de plus en plus régulièrement en danger dans ses enquêtes, il avait commencé à en percevoir la nécessité, mais n'avait pas pour l'instant choisi d'y céder. Il ignorait qu'un modèle flambant neuf l'attendrait sous le sapin dans quelques jours.

– John... tenta de le convaincre Sherlock, au cas où.

Ce fut sans effet, et frustré, il abandonna, fouillant dans les poches de son pantalon tombé au sol pour lui tendre le petit objet. John tapa le numéro par cœur.

– Oui, bonjour, c'est John. Oui, très bien et vous ? Excellente nouvelle ! On n'a pas pris le train aujourd'hui finalement... oui c'est ça. On peut venir alors ? Super, on arrive ! Merci, à tout de suite.

Sherlock le regardait, perplexe. Son cerveau était en pleine activité, mais la conversation n'avait absolument aucun sens. John raccrocha, et lui rendit le téléphone, après avoir au préalable effacé de l'historique le numéro qu'il venait d'appeler, avec un grand sourire. Faire des surprises au génie n'était pas aisé, il ne fallait pas lui faciliter la tâche !

– Habillons-nous ! Je veux t'offrir un cadeau !

Et le sourire éblouissant d'amour de John aurait pu convaincre Sherlock de faire n'importe quoi. Prestement, ils se rhabillèrent. Sherlock, de son costume cintré et sur mesure. John, de ses vêtements confortables et pulls de Noël.


– Dis Amour, tu me fais confiance ? ronronna John, une fois qu'ils furent prêts à partir.

La plupart du temps, John l'appelait Génie, et Sherlock adorait ça, parce que c'était ainsi qu'il l'appelait depuis toujours. Ça lui rappelait tout le temps depuis lequel ils se connaissaient, et que John l'aimait. Mais parfois, souvent quand il voulait une faveur, il l'appelait Amour, et ça faisait frémir Sherlock, se dresser tous les poils de ses bras en frissonnant. Il aurait accepté n'importe quoi à ce moment-là.

– Évidemment.

Alors qu'ils étaient sur le pas de la porte, John fit demi-tour, et ouvrit l'armoire dans laquelle ils rangeaient leurs affaires, ou plus exactement où elles s'entassaient en vrac, parce qu'ils n'avaient pas assez d'espace. Il en revint rapidement, une cravate noire à la main. Appartenant probablement à John, Sherlock avait horreur de ça et n'en portait jamais. John avait un ou deux costumes pour quelques cérémonies officielles et soirées guindées, depuis qu'il n'avait plus son uniforme militaire.

– Je ne veux pas que tu devines où on va, ou du moins pas trop facilement. Tu me laisserais te bander les yeux et te guider ? On va prendre le métro. Tu seras aveugle durant tout le trajet. Je sais que tu n'aimes pas forcément ça.

C'était une demande importante. Sherlock comptait énormément sur sa vue, son sens le plus développé. Même dans leurs jeux sexuels, il n'avait jamais trouvé intéressant de se retrouver privé de ses yeux. John avait conscience de ce qu'il lui demandait. Il ne suppliait pas, il n'exigeait pas. Il proposait, et aurait accepté le refus de Sherlock sans aucune difficulté.

Mais Sherlock n'était pas capable de lui refuser quoi que ce soit.

– Ok, accepta-t-il. Ne me lâche pas. Et si vraiment...

– Si vraiment tu veux récupérer ta vue, tu n'auras que quelques mots à dire, promis. D'ailleurs, tu pourras l'enlever seul.

Ce faisait, il embrassa tendrement son amant, et noua la cravate autour de son visage, couvrant ses yeux, et rendant Sherlock aveugle. Il avait l'air un peu stupide, puisqu'on ne pouvait pas ignorer qu'il s'agissait d'une cravate, et ils allaient sans doute passer pour des abrutis dans le métro, mais c'était Londres. Ils ne détonneraient pas dans le paysage.

– Je suis là, Sherlock, indiqua John en se positionnant près de lui, et en lui prenant le bras. Ils auraient pu marcher comme un aveugle et un accompagnateur, mais Sherlock avait confiance en John. Il préféra nouer leurs mains ensemble, comme un couple, normalement.

– Je te suis, John, annonça-t-il.

Ils se mirent tranquillement en mouvement. Comme si de rien n'était, à ceci près que John annonçait les marches, les feux rouges, ou certaines de ses actions (comme lâcher Sherlock, se retourner et verrouiller la porte d'entrée), on aurait pu les croire tout simplement en promenade.

Pour Sherlock, c'était un exercice intéressant. Trop habitué à compter sur sa vue, il en négligeait parfois ses autres sens. Il le redécouvrait soudain, apprivoisant le métro sans ses yeux. Il comptait les stations (il connaissait le plan par cœur, mais ignorait dans quel sens ils avaient pris la ligne), essayait de deviner où ils en étaient au flux des voyageurs autour d'eux. John ne lâcha jamais sa main, ne s'amusa pas à se déplacer autour de lui en le perturbant en l'appelant de tous les côtés.

– On descend, indiqua John. Tu sais où on est ?

Il guida Sherlock à travers les marches, les couloirs et les escalators.

– ... Regent's Park ? Sur la Bakerloo line ?

John rit doucement.

– Pas mal.

– Mais pas exact.

– Non, en effet. On est presque arrivés. On sort du métro, là. On tourne à droite.

Ils poursuivirent leur route doucement.

– Tourne-toi d'un quart de tour vers la gauche... voilà. Maintenant, quelques marches.

Sherlock obéit. Un porche, donc. Cela fut confirmé par le bruit d'un heurtoir. Un immeuble d'habitation ? Il n'avait aucune idée d'où John pouvait bien l'emmener.

Des pas retentirent derrière la porte qui devait se trouver logiquement devant eux, puis elle s'ouvrit en raclant légèrement.

– John, mon garçon !

– Schhhhh ! Il ne sait pas où il est !

L'autre voix ne dit plus rien, se contentant de rire. C'était une voix qu'il connaissait sans connaître. Son cerveau lui indiquait qu'il l'avait déjà entendue, mais ce n'était pas quelqu'un de spécialement connu ou proche.

– On est presque arrivés, Génie, murmura John en reprenant son bras.

Sherlock avança doucement.

– Quelques marches. Encore. Encore. Encore... Encore. Stop.

Sherlock en compta dix-sept. Son cerveau fonctionnait à plein régime sans trouver la moindre solution.

– Attends, je vais ouvrir une porte, je te lâche un instant. Voilà. Je suis là. À gauche, voilà, très bien, avance, encore un peu... on y est presque.

Sherlock huma l'air, ne distingua rien de particulier. Un peu de refermé, d'humidité, peut-être ?

Il savait qu'ils n'étaient pas seuls. La personne qui les avait accueillis était montée après eux, et se trouvait là, elle aussi.

– Tu es prêt, Amour ? demanda doucement John, si bas que seul Sherlock pouvait l'entendre.

Il acquiesça, une légère angoisse au creux du ventre. Il n'avait vraiment aucune idée de ce qu'il allait découvrir. Il n'était pas donné à tout le monde de pouvoir le surprendre, et John y parvenait à la perfection. Il ne l'aimait que davantage, tellement que ça faisait presque mal dans ton son corps.

Lentement, John s'approcha de lui, et dénoua la cravate de soie à l'arrière de son crâne. Par réflexe, sous le tissu, Sherlock avait fermé les yeux, et les ouvrit doucement.

Il commença aussitôt à enregistrer tous les détails, tournant lentement sur lui-même pour apprécier son nouvel environnement. La femme qui les avait reçus était là - connue - où ? - enquête ? - nom à retrouver. Pièce type salon - papier peint à motif - cuisine ouverte sur un coin - cheminée - appartement vide - à l'odeur, depuis quelques temps - mais habitable.

Son cerveau échafaudait toutes les hypothèses possibles. Une, plus importante, se détachait, mais il n'osait la formuler à voix haute.

– John ? appela-t-il à mi-voix en achevant son tour sur lui-même et en revenant à son compagnon.

Ce dernier rayonnait de fierté, et un nouvel élan d'amour traversa le jeune génie.

– Tu te souviens de Mrs Hudson ? L'enquête que tu as résolu sur un dealer mexicain ? C'était son mari.

Sherlock acquiesça distraitement. Il se souvenait de l'enquête, très intéressante, mais nettement moins des témoins et autres personnes annexes à la résolution de l'énigme.

– Il se trouve que Martha Hudson est une force de la nature, et qu'en faisant condamner son mari et extrader vers Cuba, tu lui as retiré une sacrée épine du pied. Du coup, à force de harcèlement, elle a fini par obtenir ton adresse — enfin, la nôtre — pour venir te remercier. Tu n'étais pas là, mais moi si. C'est comme ça qu'on s'est rencontrés. On a beaucoup discuté, et puis on est devenus amis.

Sherlock patienta, attendant la conclusion de l'explication, son regard rivé dans celui de John, comme aimanté par ses prunelles.

– Mrs Hudson a un appartement à louer. Celui-là. Qu'elle nous propose à un prix dérisoire par rapport au marché. C'est un peu au-dessus de nos moyens pour l'instant, mais ma mère et la tienne ont proposé de nous aider à payer quelques mois, s'il le faut. On a besoin d'espace, Sherlock. Ici... on en aura plein. Une vraie cuisine, un salon. Une vraie et grande chambre. Il y en a même une deuxième en haut, de chambre. Ça peut toujours servir... Un jour. Au cas où. On est à Baker Street, 221B pour être précis. Je peux rejoindre St Bart facilement, et toi Scotland Yard, ou n'importe quel coin de la ville, si tu as besoin...

Comme toujours quand il était nerveux, il parlait trop et trop vite. Le regard de Sherlock, profond et pénétrant, qui ne le quittait pas, ne l'aidait pas.

– Tu... tu en as envie ? demanda John. De vivre ici ? Avec moi ? De s'installer vraiment ensemble, tous les deux, pour de bon ?

Ils vivaient ensemble depuis plusieurs mois, mais ça n'avait pas été un vrai choix, un vrai emménagement. La plupart des affaires de John étaient encore chez sa mère, tout comme une grande partie de celles de Sherlock, chez ses parents. L'appartement qu'ils occupaient actuellement était celui de Sherlock, que John avait plus ou moins intégré à l'issu de sa convalescence, mais il était trop petit pour deux.

John, notamment, voulait à tout prix ramener chez lui, chez eux, ce qu'il avait de plus précieux : le coffre en bois gravé, objet chiné dans un vide-greniers, et dans lequel il avait conservé absolument tous les courriers de Sherlock, depuis toujours. Y compris les post-it qu'il trouvait parfois en se réveillant à midi, rentré d'une garde de nuit, et Sherlock déjà parti qui lui laissait un mot. Le coffre se trouvait chez sa mère, fermé à clef. Il le voulait près de lui.

Il ignorait que Sherlock, bien qu'il ne possédât pas de coffre mais de simples cartons, avait le même désir de ravoir près de lui tous les courriers de John. Toutes les preuves d'amour tracées sur le papier.

Pour ça, ils avaient besoin de place.

Sherlock restait silencieux. Ses yeux balayaient lentement la pièce, tout en revenant toujours systématiquement à John. Son amant le connaissait suffisamment pour savoir qu'il était en train d'architecturer mentalement toute la pièce pour réfléchir à l'organisation potentielle.

– Sherlock, Amour ? Tu veux ? redemanda-t-il.

Il n'y eut aucune réponse verbale.

Mais les grands doigts de Sherlock se posèrent soudain délicatement sur ses joues, et ses lèvres sur les siennes, l'entraînant dans un baiser brûlant. John, plus petit, se hissa sur ses talons pour espérer se mettre à la hauteur de son amant. Sherlock réagit aussitôt, lâchant ses joues pour enrouler un de ses bras autour de ses hanches, et le soulever.

Oubliant absolument tout, John enroula ses jambes autour de la taille de son amant, qui le porta prestement contre le mur le plus proche, sans jamais cesser de l'embrasser, encore et encore.

Ce fut le léger toussotement de Mrs Hudson qui les ramena à la réalité. John, les joues écarlates de gêne. Sherlock, un sourcil froncé d'avoir été interrompu dans son entreprise et d'avoir dû reposer son compagnon au sol.

– Je vous laisse à votre visite, les garçons, annonça la vieille dame en s'éclipsant. Prévenez-moi quand vous partez !

Ils la regardèrent partir, l'un toujours plaqué contre le mur par l'autre (mais sur ses deux pieds) comme si c'était la chose la plus normale au monde.

– On emménage quand ? demanda Sherlock d'un ton impatient, l'embrassant de nouveau brièvement.

John sourit, extatique d'avoir fait mouche. Il aurait voulu attendre Noël pour lui parler de tout ça. Au temps pour son cadeau sous le sapin, qui devait annoncer l'appartement. Il présenterait la chose différemment. Il avait acheté un fauteuil que Sherlock avait repéré dans une boutique, et pour lequel il avait inexplicablement eu un coup de cœur. Le fauteuil Le Corbusier avait été livré à Northampton, pour Noël, et n'avait plus qu'à venir garnir leur nouveau chez eux.

– Quand tu veux, Amour. C'est chez nous, désormais. Dès que possible.

– Chez nous, répéta Sherlock en faisant traîner les mots pour mieux en apprécier la réalité.

Il avait vaguement entendu l'allusion à la chambre supplémentaire, mais préférait pour l'instant ne pas en tirer de conclusions. Ils avaient le temps.

– Chez nous, répéta John, euphorique. 221B, Baker Street. Chez nous. Joyeux Noël, Sherlock.

Et Sherlock l'embrassa de nouveau pour toute réponse.


Reviews si le coeur vous en dit ? :) Pour information, l'équivalent britannique du PACS pour les couples homosexuels a RÉELLEMENT été autorisé en décembre 2005 ;)

Pas de prochain chapitre, évidemment, mon blabla de fin habituel arrivera quand je pourrai...

En attendant, je vous souhaite à tous un très joyeux Noël, ou toute autre fête selon vos pratiques personnelles, dans le respect des gestes barrières, et j'espère vous avoir divertis efficacement durant ce mois !