Pour les notes se référer au prologue.


Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 10 ~

Au cœur de la nuit.

Ils étaient partis d'Imladris depuis quelques heures déjà. Sur le cheval d'Haldir, Gabrielle était crispée mais essayait de garder une apparence sereine. Pourtant, ça n'avait pas échappé à l'elfe qui, malgré lui, s'en voulait de la laisser dans cet état. Ils s'arrêtèrent à la nuit tombée pour une halte bien méritée afin que les montures se reposent pour la nuit. Une fois les chevaux stoppés, Haldir descendit de sa monture et aida Gabrielle à en faire autant. Elle ne refusa pas cette aide et le remercia silencieusement.

Un feu fut préparé. Elle regarda les elfes s'affairer et offrit un sourire à Elladan qui l'observait étrangement depuis leur arrêt. Gabrielle put alors voir qu'en plus des jumeaux d'Elrond, il y avait là deux autres elfes, aussi blond que les fils d'Elrond était brun. Ils portaient les mêmes tenues que le Gardien et semblaient même être sous ces ordres.

Profitant du fait qu'ils étaient tous retournés, Gabrielle s'échappa du groupe pour s'offrir un moment de solitude. Elle avait besoin d'être seule.

Elle venait de disparaître derrière un arbre quand Elladan se retourna pour l'appeler. Il la vit passer derrière un chêne et tourna son regard vers Haldir qui lui aussi regardait dans cette direction.

« Elle ne va pas bien. »

Haldir se tourna vers lui.

« Je sais Elladan, je l'ai ressenti depuis notre départ d'Imladris. Simplement, elle essaye de garder ces sentiments pour elle. Dans quel but, je l'ignore. »

Le fils d'Elrond se rapprocha du Gardien et rajouta :

« Il ne faut surtout pas qu'elle se renferme de nouveau, ce qui la terrifie est là autour de nous. C'est l'inconnu vers où elle se dirige, c'est le fait de ne rien pouvoir contrôler et aussi celui de se retrouver seule. »

Haldir hocha silencieusement la tête et prit la même direction que Gabrielle. Lui parler un peu, essayer disons, de la rassurer autant que possible était sans doute ce qu'il devait faire, même si il ignorait comment s'y prendre. Il la trouva assise, le dos à un arbre, les yeux clos, le visage crispé. S'arrêtant, il l'observa alors qu'elle enfouissait sa tête dans ses mains.

*Je ne contrôle rien… Bon sang, je voudrais tellement être forte comme ils disent. Mais je me sens abandonnée… Cirdan, Linolen, que vais-je faire sans vous ? Vers quel chemin je m'avance ? Tout est si noir, tout est si incertain. Pourquoi a-t-il fallu que cela m'arrive ? Pourquoi avoir décidé de me faire subir tout ceci ? Pourquoi n'ai-je pas le droit de suivre ce chemin vers l'Ouest ?*

Il put voir ses épaules se contracter puis tressauter au rythme de sanglots.

*C'est injuste… Je veux juste oublier… Ce n'est pas compliqué non ? Mais à chaque fois, tout me revient, une forêt, un simple contact… Je voudrais tant être quelqu'un de normal et ne plus vivre avec ces craintes qui me rongent…*

Haldir ne savait pas quoi faire. Il ne pouvait ignorer ce qu'il voyait tout comme il ne pouvait la laisser comme ça. Cependant, avant qu'il n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit, Gabrielle sembla se calmer. Elle essuya rageusement ses yeux et se redressa tout en soupirant avant de se retourner et de reprendre la direction du campement. Là, elle s'assit à l'écart, sous le regard d'Elladan qui parlait avec son frère.

Peu de temps après, ce fut Haldir qu'ils virent revenir et qui lançait des regards à Gabrielle. Cette dernière s'était allongée et se blottit sur elle-même afin de trouver un certain repos.

Elrohir l'observa alors qu'Elladan allait vers Haldir qui était parti discuter avec l'un de ses hommes..

« Tu lui as parlé ?

- Je n'en ai pas eu le temps, je préfère la laisser pour le moment. Je ne veux pas la brusquer et risquer par la suite une dégradation de nos relations. »

Ils la regardèrent tandis qu'Elrohir se dirigeait vers elle. Il se baissa et la couvrit, puis s'asseyant à ses côtés, il lui murmura quelques mots avant de se redresser et d'aller s'asseoir près du feu.

La soirée passa, ils mangèrent en prenant soin de laisser une part à Gabrielle au cas où elle se réveillerait. Les jumeaux avaient fini par aller se reposer à leur tour, les gardes d'Haldir se dispersèrent afin d'aller surveiller les alentours. Quant à lui, il resta près du feu plongé dans un demi-sommeil. Gabrielle bougea légèrement sous la couverture, Haldir perçut une sorte de gémissement provenant d'où elle était. Il ouvrit complètement les yeux et se redressa. Au même moment, Gabrielle fit un bond et il fit de même. Elle regarda autour d'elle, perdue. Haldir le vit, il s'approcha en l'appelant doucement.

« Demoiselle Gabrielle ? »

En quelques pas, il fut à ses côtés mais son geste qui se voulut apaisant n'eut pas l'effet escompté. Bien au contraire, Gabrielle se leva brusquement et avant même qu'il n'eut le temps de faire quoi que ce soit, elle s'enfuyait au cœur de la forêt. Haldir se redressa et se mit à lui courir après.

*Loin, partir loin d'eux, il ne fallait pas qu'elle reste. Non, cette fois ils ne l'auraient pas non… Courir, vite et loin…*

Elle fuyait tel un animal traqué par un chasseur, elle ne prenait pas garde où elle allait, déchirant sa tenue en traversant des ronces, butant à des arbres. Elle ne vit pas la racine devant elle et son pied s'y accrocha, la faisant ainsi trébucher. Essayant de se relever, une vive douleur irradia dans sa cheville et la fit vaciller.

Derrière elle, Haldir arrivait, il s'approcha doucement alors que Gabrielle se relevait difficilement et tentait de reprendre sa course affolée. La poigne qui s'abattit sur son avant-bras la fit tressaillir et elle se débattit violemment alors qu'au contraire Haldir resserrait sa prise.

« Lâchez-moi… Lâchez-moi… »

Les mouvements de Gabrielle étaient brusques et sans sens précis, Haldir essaya de la maintenir du mieux qu'il le put.

« Gabrielle, revenez ! Écoutez ma voix, revenez !»

Elle secoua la tête négativement, mais il put sentir sa force diminuer, elle se fatiguait. Au fur et à mesure, il put la sentir trembler.

« Je vous en prie… Non… Pas encore non… »

Elle donna un coup de poing dans le torse du gardien puis un autre suivi par des paroles qui devenaient de plus en plus inaudibles. Elle se laissa tomber au sol mais fut retenue par Haldir qui amortit sa chute en glissant avec elle. Il la tenait par la taille à présent. Elle tremblait encore et bientôt des sanglots purent se faire entendre.

« Jamais, jamais, jamais… Je ne pourrais jamais… »

Il la cala contre lui, posant sa tête sur son torse. Il la berça doucement, essayant de la faire revenir dans le monde des éveillés.

« Vous êtes forte et têtue, vous avez survécu jusqu'à présent. Vous y arriverez, même si pour cela du temps vous sera nécessaire, vous y arriverez. Calmez-vous jeune Gabrielle… Revenez…

- Je veux juste la paix. Ne plus revoir ces images, ne plus avoir peur… »

Haldir sentit qu'elle était de nouveau consciente mais il ne fit rien de plus que ce qu'il était déjà en train de faire, de peur de la brusquer.

« Pourquoi alors que ça s'est passé, il y a si longtemps, mon esprit me renvoie-t-il ces images, pourquoi alors que mon cœur veut autre chose, lui, il semble le refuser ? »

Elle frissonna, il raffermit son étreinte.

« Parce que vous ne l'avez pas accepté. Vous avez enfoui ceci trop loin en vous dans le but d'oublier, mais ce n'était pas la solution, se reconstruire sur des bases effritées n'est pas repartir sur des bases solides car un jour où l'autre les fissures se dévoilent.

- Je veux oublier… Juste oublier.

- Pour ça il vous faut accepter. »

Aucune réponse ne lui vint en retour. Il se risqua un regard vers Gabrielle et vit qu'elle avait sombré dans le sommeil, ce qu'attesta sa respiration. Il se releva, la maintenant dans ses bras et il reprit la direction du campement. Quand il y arriva, Elladan et Elrohir l'attendaient le visage grave debout à côté du feu.

Avec douceur, il la déposa là où elle s'était installée. Il se retourna vers les jumeaux et leur demanda de lui apporter son sac et un peu d'eau, ils s'exécutèrent. Pendant ce temps, il ôta la chaussure de Gabrielle, et vit l'état de sa cheville. Dans un autre geste, il la couvrit chaudement. Elladan déposa un peu d'eau à ses côtés alors qu'Elrohir lui posait le sac qu'Haldir ouvrit.

« Que s'est-il passé ? » Questionna ce dernier.

Haldir ne répondit pas de suite, sortant un petit morceau d'étoffe qu'il trempa dans l'eau claire avant de le passer sur le visage de Gabrielle.

« Un autre de ses cauchemars. »

Les jumeaux regardèrent Gabrielle, inquiets.

« Ne vous inquiétez pas, elle va bien. »

Il s'occupa de la cheville de l'elfine en y appliquant un baume qu'il avait pour les coups et la banda avec soin. Puis, il recouvrit entièrement Gabrielle. Alors qu'il s'apprêtait à se relever, une main frêle arrêta son geste. Il se tourna vers Gabrielle qui avait les yeux ouverts.

« Merci… »

Il s'agenouilla près d'elle, et tendit son autre main vers son visage. Il caressa sa joue avec une certaine douceur qui le surprit.

« Reposez-vous. »

Il reposa sa main le long de son corps et cette fois ci, il se releva. Elle referma les yeux, sombrant de nouveau dans le sommeil. Haldir rejoignit l'un de ses archers qui venait de revenir de sa ronde, ensemble, ils échangèrent quelques mots avant que le Capitaine ne rejoigne les jumeaux devant le feu où ils s'assirent. Il leur expliqua vaguement ce qui s'était passé, lançant des regards à plusieurs reprises vers Gabrielle qui semblait avoir de nouveau un sommeil paisible.

Le reste de la nuit passa doucement, les premières lueurs de l'aube naissante se firent voir. Haldir et les autres gardes, ainsi que les jumeaux, étaient déjà prêts, en effet le Capitaine avait émis le souhait de repartir au plus tôt. Il se mit d'accord avec Elladan tandis que Gabrielle dormait encore, visiblement elle avait besoin de sommeil. A moins que le sommeil soit un moyen pour elle de fuir ? C'était la question qu'Haldir s'était posée. Il monta à cheval alors qu'Elladan s'approchait d'elle. Avec douceur, il la souleva, elle ne se réveilla même pas. Il la mena vers le cheval d'Haldir et là la hissa jusqu'à lui. Ce dernier la prit, il la positionna contre lui, l'enveloppant déjà avec sa cape et ensuite avec la couverture que lui tendit le fils d'Elrond. Gabrielle bougea légèrement. Il lui murmura quelques mots à l'oreille alors qu'Elladan rejoignit sa monture, y grimpa et ils purent enfin partir.

Quelques heures passèrent, Gabrielle sentit sur sa joue l'air vif ce qui la fit frissonner. Elle se risqua à ouvrir un œil et là elle sentit une étreinte et surtout elle vit le paysage défiler. Automatiquement, elle se raidit avant d'entendre la voix d'Haldir lui murmurer :

« Bonjour à vous demoiselle. J'espère que vous vous êtes bien reposée. Nous avons repris la route, il y a de ça quelques heures. J'ai pris sur moi de ne pas vous réveiller, le sommeil vous faisant défaut ces derniers temps. »

Reconnaissant cette voix elle se détendit un peu, de son côté, Haldir remonta sa cape sur elle.

« Nous nous arrêterons d'ici une bonne heure, ainsi vous pourrez vous détendre un peu. »

Il sentit sa tête osciller à l'affirmative. Puis un petit murmure sortit du capuchon qu'elle avait sur la tête.

« Merci.

- Il n'y a vraiment pas de quoi. »

Elle ne se rendormit pas, observant le paysage désertique qui défilait. Elle put voir au loin des montagnes, et autour d'elle des arbres, elle sembla reconnaître l'endroit. Se concentrant un peu plus, elle arriva par elle-même, avec ses souvenirs, à les situer.

« Nous sommes en Eregion et ce sont les Monts Brumeux que nous pouvons apercevoir sur notre gauche si je ne me trompe pas… »

Haldir eut un regard vers Gabrielle et répondit :

« Oui c'est bien la Région où nous sommes. Et c'est bien ces montagnes que nous longeons.

- Par où passerons-nous ? Le Col du Caradhras ? »

Un nouveau frisson la parcourut.

« Je ne pense pas, le Col du Caradhras se trouve à quatre jours de chevauchée. Je pense plutôt nous faire passer par un passage qui est plus près. Ainsi, nous longerons les premières formations de ce que les Hommes appellent la Rivière aux Iris. Nous n'aurons qu'à suivre l'Anduin par la suite et nous arriverons par les frontières Nord de la Cité. Nous évitons ainsi la Forêt.

- Le passage par les Champs aux Iris et la vue de la Forêt Noire c'est ça ? Je situe à peu près. Nous passions souvent par-là avec mes parents, en été surtout car en hiver le passage était impraticable. »

A l'évocation du terme parent, Haldir réalisa que ce sujet devait être peu abordé. Il se risqua alors.

« Et quelles contrées avez-vous donc visité en leur compagnie ? »

Un silence accueillit sa question, il pensa qu'elle ne souhaitait pas répondre, quand la voix de Gabrielle, pas très forte certes, mais suffisamment claire, reprit :

« Tout dépendait des missions pour lesquelles ils voyageaient. Mirkwood évidemment, mais aussi des Terres plus au Sud, parfois il nous arrivait de rencontrer les Rôdeurs. Mais la majeure partie du temps nous nous trouvions dans les contrées de l'Ouest, Les Montagnes Bleues et le Lindon. Mon père adorait ces bois qui lui rappelaient la Lorien, bien qu'à ses yeux rien ne vaille la belle Lorien.

- Mais pardonnez-moi si ce n'est pas le cas, je n'ai pas le souvenir de vous avoir déjà vue en Lorien, pourtant je suis gardien depuis fort longtemps. »

- Votre esprit ne vous joue aucune farce, rassurez-vous. Mon père n'est jamais retourné en notre compagnie en Lorien. De ce fait, je n'ai vu les Bois Dorés que de loin. »

A cette réponse, le gardien fut surpris.

« Pourquoi, si ce n'est pas indiscret ? Votre père, selon ce qu'on m'a dit, était un des Gardiens de la Garde directe des Seigneurs…

- Je suis née à Imladris, puis j'ai, pour la majeure partie de mon enfance, grandi aux Havres. Pourquoi ? Je ne le sais pas, tout ce que je suis en mesure de vous dire c'est que mon père a été, à un moment de son existence, en conflit avec les Souverains, c'est ce que m'a dit ma mère quand j'ai été en âge de comprendre. Quand ils sont morts, nous… »

Elle s'arrêta, Haldir raffermit la pression qu'il maintenait sur elle.

« Vous ? »

Il put entendre un soupir.

« Nous étions en route pour la Lorien… »

Un silence juste troublé par la marche des chevaux tomba. Gabrielle referma les yeux et murmura :

« Il voulait revoir sa cité mais n'en a pas eu l'occasion… »

Haldir ne trouva rien à dire, alors il se contenta de garder le silence. Gabrielle se mit à fredonner un petit air doux, quand Elladan les rejoignit.

« Haldir, nous pouvons sans doute faire halte ici, par la suite c'est l'ascension qui va commencer. »

Le gardien hocha la tête alors que les autres chevaux s'arrêtaient. Gabrielle rouvrit ses prunelles vertes et rencontra le regard sombre du fils d'Elrond. Elle lui sourit et ce dernier hocha la tête en descendant de sa monture. Il se rapprocha de celle d'Haldir pour l'aider à son tour, les autres cavaliers faisant de même. Il la prit par la taille et son capuchon glissa de sa tête. Haldir l'aida à son tour et elle fut rapidement au sol.

« Merci Messieurs. »

Le Gardien sauta de son cheval et s'inclina légèrement alors que Gabrielle se retournait vers Elladan. Elle lui prit le bras et dans un mouvement l'entraîna en direction des autres sous le regard d'Haldir.

Ils restèrent là une bonne partie de l'après-midi, Gabrielle mangea et avait les yeux rieurs. Son visage était moins pâle et sa cheville semblait être presque guérie.

Chacun était en train de se reposer quand Gabrielle se leva un peu plus tard. Elle alla vers le cheval d'Haldir qu'elle caressa avec amour. Elle lui parla doucement en elfique avant de déposer un baiser sur ses naseaux. Puis, elle le contourna tout en laissant courir sa main sur sa fourrure et vit son épée rangée aux côtés de celle d'Haldir. Elle s'arrêta devant les deux fourreaux, laissa sa main parcourir le cuir de celle du gardien. Elle ferma un instant les yeux. Des images lui revinrent en mémoire, son père lui apprenant le maniement de l'arme… D'un mouvement rapide, elle sortit la sienne du fourreau, la lame brillait avec le soleil, et en la regardant elle frôla des doigts les lettres gravées sur l'acier blanc. Elle prononça les mots dans sa langue :

« Lach en Galad, Flamme de la Lumière, terreur de tous ceux qui s'opposeront à elle… »

Et d'un mouvement rapide elle la prit dans sa main droite et commença à effectuer quelques mouvements. Sa natte volait sur son dos et les mouvements qu'elle faisait étaient nets, rapides et d'une très rare dextérité. Elle ne vit pas qu'elle était observée par ses compagnons de route et que l'œil d'Haldir semblait apprécier ce spectacle. Quand il se leva sous l'œil des jumeaux, elle ne l'aperçut pas, concentrée dans ses mouvements. Se dirigeant vers son cheval, il sortit de son fourreau son arme et alla vers Gabrielle.

D'un mouvement aussi rapide, il se mit en face d'elle et contra un de ces gestes. Elle tressaillit et planta son regard émeraude dans les siens.

« Vos gestes bien que précis manquent d'exercice.»

Il amorça un autre mouvement qu'elle contra :

« Je vois qu'on vous a enseigné l'art du maniement des armes. »

Elle répondit à l'attaque du gardien et s'en suivit une sorte de duel à l'amiable sous l'œil appréciateur des autres compagnons.

« Mon père me l'avait enseigné, tout comme le… »

Elle contra de nouveau et fit un bond sur le côté esquivant d'une manière très simple mais cependant surprenante le coup droit du Gardien.

«… maniement des dagues, ainsi que quelques mouvements… »

Elle fit une manœuvre qui le déstabilisa et d'un bon se retrouva derrière le gardien qui à présent avait l'épée de Gabrielle sur la gorge alors qu'elle lui tenait le bras gauche en arrière.

«… D'esquives… »

Haldir baissa son épée et inclina la tête. Gabrielle en fit de même et libéra le bras du gardien. Il se tourna vers elle et pour la première fois il perçut dans son regard autre chose que de la peur.

« Vous avez de très bons réflexes. Puis-je voir votre lame ? »

Elle lui tendit son épée par le manche avec un sourire.

« Et pourtant, je ne l'ai plus maniée depuis 500 ans. »

Il leva sur elle un regard surpris tout en examinant la fine lame.

« Et bien on peut dire que vous avez de très beaux restes, fruits d'un enseignement digne d'un grand mais… »

Il observa de plus près la lame.

« …C'est une lame d'homme ? »

Là il était vraiment surpris, il s'attendait à voir une lame fine de femme telle que les elfes en faisait. Un éclat de rire lui répondit, il sonnait d'une façon douce dans le calme de l'endroit.

« Cela vous étonne-t-il tant que ça ? »

Haldir leva ses yeux et rencontra le regard pétillant d'une Gabrielle qui contenait difficilement un autre rire devant la tête du Gardien.

« Oui… Le maniement d'une telle arme est réservé aux elfes aguerris, elle est beaucoup plus lourde qu'une lame pour femme elfe, si je puis dire. »

Elle se rapprocha de lui et récupéra l'épée.

« Mon père m'a appris à combattre avec une lame d'elfe homme pour parer à toute éventualité. Selon lui, il fallait que je sache maîtriser les deux car à un moment où à un autre ça me servirait… »

Elle le regarda dans les yeux, puis lentement, se dirigea vers le cheval pour remettre l'épée dans son fourreau, elle continua :

« A croire qu'il l'a fait exprès… Je ne sais pas quelles étaient ses intentions vis-à-vis de moi quand il a commencé mon enseignement… D'ailleurs, il n'a jamais pu le finir, dans bien des domaines je suis quasiment inexpérimentée, si ce n'est pas ignorante. »

Il la suivit et s'arrêta non loin d'elle.

« Passerons-nous la nuit ici ? »

Elle tourna son visage vers lui et de nouveau leur regard se croisa.

« Vu l'heure avancée, oui, je préfère que nous entamions la montée au début du jour afin d'y consacrer nos prochaines journées.

-Combien ?

- Une ou deux selon l'allure… »

Gabrielle hocha la tête et se retourna vers le campement que les autres avaient finalement installé. Un feu crépitait déjà, elle s'inclina devant Haldir avant de les rejoindre et de s'asseoir.

Le reste de la soirée qui débutait fila entre bavardage et chants, ils avaient tous été attentifs aux récits chantés de Gabrielle sur les Havres. Plus d'une fois, elle avait retenu ses larmes au souvenir de la fois où elle avait entendu ces chants pour la dernière fois.

Puis, elle les avait laissés un moment en vue de se rafraîchir un peu. Le cours d'eau lui offrit un réconfort et elle dénoua ses cheveux et les secoua avant de les brosser. Elle fit une toilette sommaire et reprit le chemin du campement. Elle se mit à part du groupe, adossée à un tronc d'arbre, la tête levée vers les étoiles qui scintillaient. Haldir vint bientôt la rejoindre.

« Ne restez pas seule, venez près de nous vous y serez mieux. »

Il lui offrit sa main pour qu'elle se relève, elle l'accepta sans rien dire. Et, c'est ensemble qu'ils se réinstallèrent près du feu. Il posa sur ses épaules une couverture.

« Merci… »

Il inclina la tête et lui répondit :

« Ce n'est pas grand-chose mais je vous offre le confort de mes modestes bras pour votre repos, vous y serez mieux qu'au sol mais je ne veux pas vous forcer. »

Il avait dit cela sans réfléchir, enfin pas totalement du moins, puisqu'au fond de lui, il refusait qu'elle passe de nouveau une nuit agitée.

Gabrielle ne répondit rien.

*Etrange la sensation de bien-être que je ressens avec lui…Je n'ai pas peur… Je n'ai plus peur…*

Elle cligna des yeux, puis doucement, elle s'inclina et posa sa tête d'abord sur ses genoux. D'un geste tendre, il la remonta contre lui et l'enveloppa de ses bras.

« Dormez en paix jeune demoiselle. »

Gabrielle ne répondit rien, se sentant dans cette étreinte rassurée, et surtout, pour la première fois depuis bien longtemps, en sécurité.

Elladan et Elrohir eurent un même sourire. Au cœur de la nuit, quelque chose s'était produit.