Depuis qu'il était parti pour l'Argentine, il arrivait souvent à Oikawa de se demander s'il n'était pas en plein rêve, si ce qu'il vivait était bien réel.
C'était toujours un peu étrange, il ne parlait plus la même langue, il découvrait de nouvelles coutumes.
Parfois, il se sentait vide et seul. Parfois, il avait envie de rentrer au Japon mais il savait qu'il n'y avait plus sa place. Parfois, il lui arrivait de voir des visages familiers dans la foule. Ce n'était que des illusions qui le renfermaient un peu plus dans sa solitude.
L'impression d'être dans un rêve, hors de la réalité, n'avait jamais été aussi forte qu'au moment où, par hasard, il tomba sur Hinata Shoyo lors d'un voyage au Brésil.
Il crut, au début, que ce n'était que quelqu'un qui lui ressemblait comme les autres fantômes qu'il croisait dans la masse d'inconnus. Mais Hinata cria le stupide surnom dont il l'avait affublé au lycée, et Tooru su que c'était réel.
La suite de leur conversation resta floue dans la mémoire du passeur. Il avait probablement demandé au plus jeune ce qu'il faisait ici, le mot beach volley resurgit dans son esprit.
Ça n'expliquait pas ce qu'ils faisaient seuls dans un restaurant, ni quand son équipe avait disparu. Ce n'était pas qu'Oikawa n'avait jamais espéré se retrouver dans cette situation. C'était juste inespéré de s'y trouver maintenant, après qu'il soit parti de l'autre côté de l'océan.
Durant sa dernière année de lycée, il avait développé un certain intérêt pour le rouquin. Ce dernier avait un talent avéré pour le volley, pas encore exploité à son maximum, et ça avait intrigué le plus grand.
Puis, peut-être, cet intérêt s'était transformé en quelque chose de plus profond. Il avait eu envie d'en savoir plus sur le petit numéro dix, pas seulement en tant que volleyeur mais aussi en tant que personne.
Aujourd'hui, il se l'avouait, il avait eu un petit faible pour Shoyo à l'époque.
Ça lui était passé depuis, du moins c'était ce qu'il avait cru avant. Avant de le revoir, de lui parler, d'être de nouveau témoin de son sourire, de l'entendre rire à nouveau.
Maintenant, il se perdait dans les prunelles ambrées du plus petit, écoutait attentivement le son de sa voix. Parce que, qui sait, c'était peut-être sa seule et unique chance d'y assister. Parce que, peut-être, il aimait vraiment l'homme en face de lui.
Sans qu'il s'en rendre compte, ils avaient fini leur repas et quittaient le petit restaurant. Il était assez tard, et en bon sempaï, il décida d'accompagner l'autre japonais sur une partie du chemin.
N'importe quelle excuse était bonne pour faire durer cet instant un peu plus longtemps.
Malheureusement, le moment de se séparer arriva. Éclairé uniquement par un lampadaire, il salua Hinata et le regarda s'éloigner. Puis le plus jeune se tourna vers lui avec un grand sourire.
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-On se voit demain soir ! Je veux te voir essayer le beach volley !
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Ensuite, le jeune adulte disparut dans les ombres de la nuit, laissant sous le lampadaire un homme de vingt et un ans au cœur battant bien trop vite. Il fallut plusieurs minutes à Tooru pour se calmer et partir retrouver son équipe.
Malgré tout, il ne pouvait s'empêcher d'être excité à l'idée de revoir le roux le lendemain. Il avait hâte, tellement hâte.
La soirée suivante mit bien trop longtemps à arriver selon le passeur, Shoyo aussi. Il l'attendait depuis plus d'une heure lorsque le rouquin finit enfin par montrer le bout de son nez. Il lui demanda s'il l'avait attendu, Oikawa répondu que non.
Pendant plusieurs heures, ils jouèrent ensemble et c'était abominable. Ça faisait des années que l'ancien joueur de Seijo n'avait pas joué aussi mal, son jeu était abominable.
Cependant jouer avec Shoyo, c'était nouveau, amusant, excitant, palpitant. C'était quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps, ça lui rappelait que le volleyball n'était pas que son métier, c'était son sport, sa passion.
Vers minuit, il était assis sur le sable, écoutant le va et vient des vagues. La lune éclairait faiblement le paysage mais il n'y distinguait rien en particulier. À côté de lui, il y avait le feinteur, si silencieux et discret qu'on pourrait croire qu'il était une statue.
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-Tu sais, j'avais un crush sur toi au lycée, lâcha-t-il pour briser le silence pourtant confortable.
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Hinata ouvrit les yeux et tourna lentement sa tête vers lui. Il n'y avait aucune trace de surprise ou de gêne dans son expression.
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-Pourquoi me dire ça maintenant ?
-Parce que peut-être que ce n'était pas qu'au lycée.
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Même si l'expression du plus petit ne changea pas, le brun aperçut un faible rougissement au niveau des oreilles et des joues du rouquin.
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-Alors qu'est-ce que tu veux de moi maintenant ? Demanda Hinata en penchant la tête avec un sourire charmeur.
-Une réponse.
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Le sourire du jeune roux tomba alors que ses yeux restaient fixés dans ceux du plus grand, il soupira légèrement.
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-J'aime beaucoup de choses chez toi, grand roi, commença Hinata en tournant son regard vers l'horizon. Ta dévotion au volley, ton acharnement, ta combativité, tes remarques idiotes, ton rire, tes yeux, énuméra-t-il d'une voix douce.
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Il marqua une pause et le passeur savait qu'il avait un mais, il pouvait le sentir dans ses tripes. Et puis, il y avait toujours un mais.
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-Mais je ne peux pas répondre à tes sentiments.
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Oikawa le savait, ça ne faisait pas moins mal pour autant.
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-Ça ne veut pas dire que je ne t'aime pas. Juste, je ne peux pas choisir
-Choisir ?
-Tu n'es pas le seul, grand roi. Je le sais et je ne peux pas choisir entre vous. Je ne veux blesser personne, expliqua le plus jeune d'une petite voix.
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Le passeur le regarda incrédule. Hinata se sacrifiait pour ceux qui l'aimaient, ça lui ressemblait tellement que c'en était douloureux. Ne pouvait-il pas être égoïste pour une fois ? Ne pouvait-il pas en choisir qu'un et laisser aux autres avec leurs chagrins ? Non, bien sûr que non. Shoyo ne pouvait pas faire ça.
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-Et toi ? Ça ne te fait pas mal à toi aussi ? Tu ne crois pas que ça nous fera mal aussi si toi, tu n'es pas heureux ?
-Mais qu'est-ce que je peux faire alors ? Questionna le rouquin d'un ton un peu suppliant.
-Tu ne peux choisir personne, n'est-ce pas ?
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Le feinteur acquiesça doucement, ses yeux de nouveau posés sur le plus grand.
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-Alors, choisis tout le monde.
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Le rouquin le regarda les yeux écarquillés par la proposition.
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-Mais. . .
-Moi, ça ne me dérange pas de te partager. Si ça signifie que je peux être avec toi, ça me va.
-Je. . .
-Laisse moi au moins cette semaine, alors. S'il te plait.
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Hinata se leva et le ancien joueur d'Aoba Joshai pensa que c'était terminé, qu'il ne reverrait plus jamais l'ex-central.
Il s'était trompé.
Shoyo s'accroupit devant lui, prit son visage en coupe pour faire en sorte que leur regard se croisent.
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-D'accord. . .
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Puis il déposa chastement ses lèvres sur celle de son grand roi.
- Jour 14 - Fin -
