Bonjour ! Merci d'avoir pris le temps de lire et de commenter ! Bonne lecture et bonne année en avance !
Chapitre 14
Hiruzen Sarutobi avait un rituel bien rodé. Depuis quarante ans qu'il était juge, à présent, c'était réglé comme une horloge, il n'y pensait même plus, tellement c'était inscrit en lui : il arrivait au tribunal longtemps avant ses audiences, s'installait dans le silence de son bureau, puis il sirotait un thé Oolong dont l'infusion était maîtrisée à la perfection par son assistant.
Quand il arrivait finalement au bout de sa première tasse, il tendait les doigts vers le premier dossier qu'il aurait à traiter, dressant un rapide historique sur un morceau de papier qu'il gardait à portée de mains pendant le procès. Il continuait ainsi jusqu'à l'heure d'enfiler sa tenue, celle qui, par le retombé des plis, la magnificence de ses couleurs et l'allure certaine qu'elle lui offrait, lui donnait d'emblée le statut de magistrat.
Hiruzen aimait son habit, il l'avait aimé pendant quarante longues années et il avait décidé que les affaires qu'il allait instruire ces prochains mois seraient ses dernières. Fatigué, usé, plus étonné de rien, il ressentait une certaine lassitude face à son métier et il était temps pour de passer le relai à un juge qui serait plus jeune, certes, moins avisé, peut-être, mais qui brûlerait encore du feu sacré de la justice, pas uniquement les quelques braises qui subsistaient dans sa vieille carcasse qui avait déjà tout vu, tout pesé, tout tranché.
Le premier cas qu'il aurait à traiter, ce jour, était une affaire classique d'union qui capote. Mariés à vingt-cinq ans, déchirés à quarante ans, les futurs ex contempleraient probablement leur vie en se disant qu'ils avaient perdu un temps considérable dans une histoire d'amour qui n'était plus la leur depuis des années.
Il tourna la page, analysa rapidement les faits. C'était l'épouse qui avait proposé le divorce. Elle avait d'abord procédé à une demande de séparation amiable qui avait été par deux fois refusée par l'époux. Le couple avait un enfant – sept ans, pour un mariage long de quinze ans, c'était rare mais pas inédit. Elle était infirmière à mi-temps, il était officier de police.
Il connaissait déjà les grandes lignes de cette histoire, il en avait vu tant. Ils avaient probablement dû se rencontrer à l'hôpital, quand il était encore un jeune sans-grade, et… Son œil fut attiré par un élément qui, par contre, était relativement inédit.
La feuille qui présentait le futur divorcé – Nagato Uzumaki – avait été remise directement par son avocat, extraite des fichiers de police. Elle était caviardée de part en part, laissant un trou béant dans son suivi de carrière, pendant douze longues années. Fronçant les sourcils, il nota ce détail sur son calepin.
Ce n'était pas la première fois que le juge Sarutobi avait affaire à ce genre de documents. Il n'avait pas fait toute sa carrière en tant que juge des affaires familiales, il avait été, fut un temps, président de cour d'Assises. Il savait donc pertinemment que ce type de trous béants ne pouvait signifier qu'une seule chose : l'homme avait fait partie des forces spéciales, au sein de la sécurité intérieure, probablement.
Il revint sur la divorcée, Konan Uzumaki – elle souhaitait garder le nom de son ex-époux, pour avoir le même que sa fille. Les inscriptions sur sa fiche l'amenèrent à retracer le cours de leur histoire. Un classique, vraiment. Il en avait jugé tant, des affaires similaires.
Au moins, pensa-t-il en refermant le dossier, ce serait un cas facile à traiter. Onoki défendrait sa cliente bec et ongles et Ebisu allait gaffer, commettre des vices de procédure, se laisser damer le pion par ce que présenterait le vieil avocat rompu aux plaidoyers déchirants. Et, les éléments fournis penchant du côté de la mère, Hiruzen donnerait la garde à cette dernière et le père se retrouverait avec son salaire tronqué d'une pension alimentaire et l'occasion de refaire sa vie avec une femme plus jeune.
C'était tout le temps comme ça. Et c'était dommage. Ebisu n'était pas un mauvais avocat, il avait des compétences inouïes, mais il était mal à l'aise dès qu'il s'agissait de s'exprimer devant quelqu'un d'autre que son reflet dans le miroir. Il n'était pas un homme fait pour plaider et c'était un déchirement à chaque fois qu'Hiruzen le voyait tenter de s'adonner à la prise de parole, comme s'il pouvait faire mieux, comme s'il exerçait un métier qui autorise le moindre bégaiement.
L'avocat était fait pour le droit administratif, pour les batailles par courrier recommandé avec accusé de réception. Il aurait fait un malheur, peut-être aurait-il pu rivaliser avec les plus grands avocats et peut-être même qu'Onoki aurait accepté de l'engager dans son cabinet, à la section des entreprises.
« Quel dommage, ce divorce est réglé d'avance », se lamenta Hiruzen. Et ça lui brisait le cœur de savoir qu'il devrait statuer en faveur de l'épouse, alors que l'époux avait tant offert pour leur pays.
Quand finalement l'heure sonna, il se leva lentement, s'approchant du portemanteau pour enfiler la longue robe rouge et le chapeau.
Tournant et virant devant le tribunal, consultant sa montre toutes les trente secondes, Nagato s'impatientait. Tenten et Ebisu lui avaient donné rendez-vous directement sur place, elle voulait s'assurer que l'avocat n'allait pas défaillir en plein milieu de l'audience et c'était Nagato qui avait manqué de s'évanouir en apprenant que son représentant gérait mal les apparitions publiques.
Tenten l'avait motivé, lui jurant qu'Ebisu ferait de son mieux, qu'elle-même ferait tout pour qu'il fût en état et Nagato avait murmuré « l'inspecteur Hyuuga a de la chance de vous avoir, si vous êtes aussi bonne pour lui ».
Neji Hyuuga était un jeune gradé de la brigade criminelle, on le disait efficace, il commençait à se faire un nom au sein du commissariat. Tenten avait ri, spécifiant que Neji n'avait absolument pas besoin qu'on l'aidât à lacer ses chaussures, puis elle s'était efforcée de lui donner d'autres conseils.
Les suivant à la lettre, il avait testé plusieurs tenues, le matin même, sous l'air dubitatif et acerbe d'Itachi qui avait ponctué tous les essais de soupirs plus significatifs que n'importe quelle critique. Lassé de passer par sa salle de bains pour se changer et revenir, Nagato avait fini par retirer ses vêtements devant son colocataire qui avait pudiquement détourné les yeux, avant de les masser presque douloureusement.
— Le prêt-à-porter, avait grogné Itachi, c'est vraiment une arnaque. Tu n'as rien de plus… De moins…
— Je ne vais tout de même pas mettre mon costume de marié, avait-il grommelé en réponse.
— Ce serait ironique, avait ponctué Itachi, mais peu adapté.
Il avait fini par se lever et par aller fouiller lui-même dans les vêtements de son colocataire, pour en tirer des pièces « à peu près mettables » que Nagato n'aurait probablement jamais assorties. Il avait fait un commentaire sur la légende affirmant les gays doués avec la mode, Itachi avait ri en disant que c'était son oncle et son père qui lui avaient tout appris à ce propos et Nagato avait enfilé l'ensemble.
C'était surprenant de voir sa silhouette. Il reconnaissait ses cheveux, ses vêtements, mais il se trouvait drôlement plus attrayant lorsqu'il était habillé par son colocataire. Quand il était sorti de sa chambre, accompagné par Itachi, Mikan l'avait observé et scandé un « Wouaouh t'es super beau, Papa ! C'est toi le plus beau ! Pas vrai, Itachi, mon Papa c'est le plus beau ? » et le colocataire, la joue creusée par une fossette amusée, s'était fendu d'un « pas mal » murmuré qui avait fait rouler les yeux de Nagato.
Il était venu directement après avoir déposé sa fille à l'école, Itachi s'éloignant dans une autre direction.
Et depuis lors, il attendait, faisait les cent pas, consultait sa montre, imaginait le pire.
Alors quand enfin Tenten arriva en tirant par le bras un Ebisu échevelé qui ne savait plus quoi faire de sa robe d'avocat, de son café et de ses dossiers, Nagato ne sut pas s'il se sentait encore plus accablé ou s'il se sentait rassuré.
Ils finirent par franchir les portes du tribunal pour rejoindre la salle d'audience numéro 3.
— Ce sera toujours la même, précisa Tenten. C'est celle du juge Sarutobi, on aurait pu tomber sur pire, par exemple sur Koharu Utatane, elle est dure sur les affaires de divorce.
Nagato hocha la tête en suivant les deux habitués des lieux, observant du coin de l'œil son avocat qui paraissait un peu sur le point de s'effondrer. Il pratiquait des exercices de respiration tout en marchant et continua d'avancer même après que Tenten et son client se furent arrêtés aux abords d'une salle. Quand sa jeune assistante toussota en l'interpellant, il finit par faire demi-tour, les joues se colorant de rose.
Il enfila sa robe, se dépêtrant des couches de tissu comme il le put pendant que Nagato s'asseyait, remarquant enfin que Konan et son avocat étaient déjà présents. Ebisu se tortilla, la future divorcée se tourna vers son ex-mari pour le toiser d'un regard dur qu'il lui renvoya aussi sec alors que Tenten se penchait vers lui.
— À partir de maintenant, on ne communique plus sur l'affaire, puisque l'autre parti est en présence. Il serait dommage de trahir notre stratégie.
« Parce qu'on en a une ? » s'étonna Nagato en silence, refusant de laisser ses yeux s'attarder sur Ebisu qui ne trouvait pas la sortie de sa robe. Tenten se leva pour lui filer un coup de main et le policier en profita pour examiner l'avocat de sa femme.
L'homme était petit, le nez rougeaud, une moustache fournie aussi blanche que sa chevelure, il ne paraissait pas vraiment impressionné par Ebisu – qu'il contemplait dans son combat contre son habit d'avocat avec un certain dédain. Un dossier épais attira l'attention de Nagato. Il se demanda s'il s'agissait de cette affaire, quel genre d'éléments il aurait pu réunir et ses yeux revinrent sur Konan qui ne le lâchait pas une seule seconde.
Son stress monta d'un cran. Il se força à déglutir et à paraître assuré, mais il était bien loin de l'être. Quand, finalement, la porte s'ouvrit sur le juge qui avança depuis son bureau jusqu'à la salle d'audience, Nagato perdit encore plus ses couleurs.
— Bonjour, Hiruzen, salua Maître Ryôtenbin, comment vas-tu ?
— Oh bonjour, Onoki, je vais bien et toi ? On fait toujours un golf, le week-end prochain ? répondit le juge Sarutobi en glissant la clé dans la serrure de la salle d'audience.
L'avocat de Konan hocha la tête avec ferveur, proposant de l'aide au magistrat pour qu'il pût plus facilement ouvrir la porte. Sarutobi accepta, tendant ses dossiers, Onoki continuant la conversation :
— Mirai nous fera-t-elle l'honneur de sa présence ?
— C'est une adolescente, soupira Hiruzen, elle va plutôt aller fumer des cigarettes avec ses copains.
— Quel dommage, c'était amusant de l'avoir avec nous, ça grandit trop vite, les petits-enfants.
Les derniers mots du magistrat se répercutèrent dans l'immense salle numéro 3 et, dans l'esprit de Nagato, le slogan de jurissimo clignota de nouveau : « Vous êtes cuit ! ».
Malgré lui, il dressa un tableau de la situation.
L'avocat de Konan semblait sûr de lui, il avait préparé un dossier très épais et il était ami avec le juge.
Quant à lui, son représentant avait du mal à enfiler une robe, perdait ses moyens quand il parlait en public et avait été surpris par la convocation du tribunal.
— À moins d'un miracle, y a rien qui peut me sauver, murmura-t-il bien malgré lui.
Passant devant lui, Konan suivit son avocat, lui jetant un regard navré.
— Je t'avais prévenu, pourtant, que tu allais perdre, susurra-t-elle en caressant sa main au passage.
Il eut envie de la gifler.
Il se contenta d'entrer dans la pièce en empêchant Ebisu de marcher sur sa robe.
La première chose que Nagato nota quand il pénétra dans le tribunal, était l'austérité des lieux. Il n'avait jamais eu l'occasion de visiter une salle d'audience, avant, il s'en tenait à y envoyer des suspects sans s'y rendre et il ne faisait pas partie des agents qui étaient appelés à témoigner.
Les hauts murs blancs, les insipides bancs de bois, l'espace confiné, tout donnait une impression d'enfermement et de fatalité qui s'abattirent rudement sur ses épaules. Il se voûta légèrement en observant Konan qui semblait si à l'aise dans ces lieux. Elle prit place vers l'avant, aux côtés de son avocat, Ebisu s'assit sur l'allée parallèle lui faisant signe de le rejoindre. Le juge était face à eux, déjà à son fauteuil, son dossier ouvert et il testait son micro, invitant le greffier à s'installer près de lui.
Nagato avança pour aller se glisser sur la rangée près d'Ebisu, qui finit par se relever et le contourner, chuchotant qu'il serait plus pratique pour lui de se lever sans avoir à le chevaucher et l'évidence résonna, arrachant un pouffement amusé à Konan. Son avocat se contenta d'un nouveau regard dédaigneux alors qu'Ebisu, mortifié, baissait ses joues rougies en direction du dossier.
Tenten se plaça derrière eux, posant sa main sur l'épaule d'Ebisu puis le juge prit la parole.
— Bien, nous allons donc commencer cette audience préliminaire qui a été formulée par Maître Ryôtenbin au nom de madame Konan Uzumaki. Sont présents Maître Ryôtenbin et sa cliente, Madame Uzumaki, Maître Tobita et son client Monsieur Nagato Uzumaki et une tierce personne…
Tenten se leva.
— Tenten Tamura, se présenta-t-elle, assistante de Maître Tobita et élève à l'école de droit.
Ces deux mentions justifiaient sa présence en ces lieux et le juge hocha doucement la tête en lui adressant un sourire, la plaignant bien malgré lui. Certains étudiants, généralement sans le sou, pouvaient bénéficier d'une aide au financement de leurs cursus s'ils acceptaient de prêter main-forte à un avocat en devenant son adjoint. Elle n'avait malheureusement pas écopé du meilleur avocat auprès duquel apprendre et c'était bien dommage, parce qu'elle paraissait déterminée.
— Maître Ryôtenbin, pouvez-vous dresser un résumé exhaustif des différentes tentatives de conciliation ?
Dans un mouvement de robe que Nagato trouva hélas bien trop incroyable, le vieil homme se leva, se tenant aux trois quarts dirigé vers le juge, tournant le dos à sa cliente.
Il y avait tant d'assurance qui se dégageait de lui qu'Ebisu éprouvait un agacement certain, rapidement réprimé par les doigts de Tenten qui saisirent un point douloureux de son épaule pour le forcer à rester digne.
Maître Ryôtenbin dressa un tel résumé de la situation, choisissant ses mots avec tant de soin que Nagato se sentit presque coupable de ne pas avoir signé l'accord amiable. Il eut l'impression, un instant, que la proposition avait été juste et proportionnée et qu'il l'avait refusée uniquement dans le but de garder la mainmise sur son ex-femme.
Il tourna le regard vers Ebisu, qui, le visage crispé, s'empressa de prendre des notes sur un calepin. Nagato préféra ne pas chercher à savoir ce que l'avocat écrivait, il avait beaucoup trop peur de se rendre compte qu'il essayait de détailler les postures pour parvenir à les imiter.
Hiruzen Sarutobi hocha la tête à la fin du discours d'Onoki, tournant les yeux vers Ebisu qui se leva comme il le put, s'éclaircissant la gorge.
— Hum, huuuum, oui Monsieur le juge, je vous nous confirmons le déroulement des faits. Toutefois, il est quelque peu euh exagéré de parler de euh requêtes proportionnées, parce que… euh…
Le regard de l'avocat mal à l'aise croisa celui de son aîné qui haussa un sourcil et Ebisu perdit ses moyens. Il bafouilla, buta sur les mots, se reprit à plusieurs fois, confondit les dates, les exigences et finalement le juge soupira, se tournant vers le greffier.
— Épargnez-vous les hésitations, souffla-t-il, merci, Maître Tobita, vous pouvez vous asseoir. Maître Ryôtenbin, pouvez-vous, s'il vous plaît, rappeler le déroulement des prochains événements ?
Tenten dégaina discrètement un stylo, Nagato se tendit. Ebisu se réinstalla, mortifié, laissant la place à son confrère.
— L'échec des conciliations nous amène ici aujourd'hui, reprit l'avocat expérimenté avec emphase. Si les époux souhaitent continuer dans une démarche amiable, vous ferez office de médiateur, écoutant l'un puis l'autre, recevant leurs demandes et équilibrant les biens et, le cas échéant, la garde des enfants.
Hiruzen hocha la tête, portant un regard vers Ebisu, puis vers la jeune Tenten qui prenait frénétiquement des notes. Il laissa le temps au greffier de tout saisir puis il inspira.
— Nous trouvons-nous dans une telle situation ? demanda-t-il d'une voix égale.
À chaque fois, il priait que les deux avocats répliquassent par l'affirmative avec fougue, parce qu'il était bien plus simple d'être équitable dans une procédure à l'amiable. Cependant, il connaissait Onoki depuis suffisamment longtemps pour anticiper sa stratégie. Hiruzen Sarutobi porta son regard sur le futur divorcé, l'observant glisser ses mains derrière la barrière opaque, sans doute pour croiser les doigts et espérer que la réponse fût oui.
— Non, Monsieur le Juge, affirma Maître Ryôtenbin. Nous sommes dans la seconde situation. Dans la seconde situation, il ne s'agit plus de répartir des biens mais de réparer des préjudices. Il s'agit de rendre justice.
Nouveau mouvement de robe, Nagato pivota vers Konan pour observer le calme éminent dont elle semblait faire preuve, notant tout de même le sourire satisfait qui frémissait sur ses lèvres.
— Dans une prochaine séance, compléta le représentant de la future divorcée, nous dresserons une liste des torts relevant de la responsabilité de Monsieur Uzumaki. Un délai sera accordé à son… avocat…
La pause était accentuée, le regard porté à la silhouette d'Ebisu légèrement moqueur.
—… Afin qu'il puisse défendre son client lors d'une troisième audience. Vous trancherez, enfin, en attribuant des biens de sorte à réparer les préjudices subis.
— Exactement, confirma le juge à l'adresse des deux plaignants.
Il fit silence une nouvelle fois, le temps que les grattements sur le papier et sur la machine à écrire cessassent.
— Maître Ryôtenbin, sous quel motif souhaitez-vous lancer une telle procédure ?
— Ma cliente désire que je la défende dans une procédure de divorce pour…
— Faute ? s'étrangla Yahiko en recevant un regard accusateur de Nagato.
Il se leva finalement pour baisser les stores des vitres de la pièce, afin de leur donner une plus grande intimité, puis il s'appuya contre la porte, ses rétines effleurant Nagato qui lui collait le tournis à force de faire les cent pas dans son bureau étroit.
— Mais quelle faute ? s'insurgea Yahiko. C'est la meilleure, ça, quel culot ! Quelle putain de faute tu aurais bien pu commettre ?
— Abandon du domicile conjugal, lâcha Nagato dans un jappement. Et le pire, c'est qu'elle a raison.
Yahiko sentit une horreur profonde l'envahir alors qu'il réalisait :
— Mais c'est… C'est moi qui t'ai suggéré de prendre de la distance pour… Pour que vous puissiez vous réconcilier… Oh merde…
— Pas pris en compte. Pas de preuve que c'était bien dans l'objectif d'une réconciliation.
Assommé, Yahiko se retint un peu plus à la poignée de la porte pour empêcher ses jambes de trembler, de le lâcher. Quand il avait suggéré à son meilleur ami de quitter sa demeure, il ne l'avait certainement pas fait en imaginant de telles conséquences. Ça avait été une demande parfaitement égoïste, dictée par son envie de pouvoir profiter de Konan plus librement, qu'elle pût découcher et rester près de lui.
— Tenten n'est plus aussi confiante qu'au début. Elle dit qu'elle a étudié plusieurs affaires similaires plaidées par l'avocat de Konan. Il a remporté tous ses cas. C'est probablement la seule chose qu'elle puisse me reprocher qui rentre dans le cadre d'un divorce pour faute.
Un rire froid, dénué de joie, remonta le long de la gorge de Nagato alors qu'il fermait les paupières pour tenter de faire refluer les larmes de rage qui perlaient à ses yeux. Il ne vit donc pas la réplique de cette rage sur le visage de Yahiko.
« Quel culot » pensa-t-il une fois de plus. Elle était celle qui aurait dû devoir répondre de ses fautes devant un tribunal et il était le seul qui pouvait informer l'avocat de Nagato d'une telle situation, mais il garderait le silence parce que ça lui coûterait son meilleur ami et qu'il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à ça.
Elle le forçait à prendre parti en se taisant et il n'aimait pas ça. Ce divorce allait abîmer sa relation avec elle et plus jamais il ne pourrait lui faire une confiance aveugle. Il enterra ses projets de mariage avec elle, résolu à ne jamais se retrouver dans une telle situation, puis il obligea ses jambes à répondre pour s'avancer et enlacer Nagato, priant si fort pour qu'il lui pardonnât un jour d'être responsable d'un marasme pareil.
— On va se battre, chuchota Yahiko. Tu l'as fait pour le bien de ton couple. On va préparer une défense en béton armé. Si c'est la seule chose qui tient, on va bien avoir des documents à fournir pour montrer que tu n'as pas abandonné le domicile.
Il y avait toujours le paiement du crédit qui attestait qu'il se préoccupait de la maison, il devait bien y avoir des voisins qui l'avaient aperçu dans les environs quand il ramenait Mikan… Se souvenant brutalement que c'était Konan qui la récupérait et la déposait systématiquement à la résidence Phénix, Yahiko écarta cette possibilité.
Il allait fouiller un peu. Il finirait bien par trouver quelque chose pour aider son meilleur ami sans se dévoiler.
— Tenten m'a encouragé à passer un maximum de temps avec ma fille, au cas où, murmura Nagato dans un hoquet. Mais son ton ne laissait pas entendre un « au cas où ». Je ne veux pas perdre mon enfant.
Yahiko le serra plus fort encore, lui jurant qu'ils allaient trouver une solution.
Parce que lui ne pourrait jamais se pardonner d'être à l'origine d'un tel massacre.
À bientôt !
