Chapitre 11 – Bienvenue chez Derviche !

Harold referma la porte en miroir du quatrième étage le plus discrètement possible. Il n'avait pas pu aller le soir précédent voir Krokmou et ça l'avait angoissé toute la nuit. Heureusement, le dragon ne lui en avait pas trop tenu rigueur. Il avait même réussi à attraper lui-même de petits animaux qui ne trainaient pas loin. Krokmou commençait peu à peu à s'adapter à un mode de vie où il ne pouvait pas toujours voler et devait attraper des proies sans se servir de ses ailes et cela faisait bien l'affaire d'Harold qui ne pourrait pas toujours lui apporter un sac rempli de poissons. Une chance que les elfes ne lui posaient jamais de questions sur ses étranges commandes ! Même si plusieurs fois il avait dû parlementer avec eux pour les convaincre qu'il voulait effectivement que du poisson crût.

Harold descendit à vive allure l'escalier. Il savait qu'il devait être en retard et il espérait que Jack n'ait pas eu l'idée de partir sans lui. Il aurait bien de la difficulté à le retrouver après. Il fut donc soulagé lorsqu'il vit son ami parler avec une fille et un garçon de sa maison. Les jumeaux Bach si Harold avait la mémoire longue.

« Commencerais-tu à t'inquiéter pour moi, Lies' ? » demanda Jack d'un ton qui se voulait clairement à double sens.

« Et pourquoi pas Overland ? Je te rappelle que dans moins d'un mois, il y a le premier match de Quidditch Serpentard-Poufsouffle et vu le peu d'entrainements auxquels tu as assisté, j'ai peut-être raison d'être préoccupée par l'état de santé d'un de ses poursuiveurs… »

« Depuis quand tu t'intéresses au Quidditch, Lily ? » demanda le jumeau.

« Je m'intéresse à ce que je veux ! Tu ne connais pas tout de ma vie », trancha Liesa avec un regard de feu qui fit soulever un sourcil à son frère.

Jack éclata de rire au moment où Harold se décida à signaler sa présence en s'approchant un peu plus du trio. Il avait peur d'interrompre quelque chose.

« Ton ami est là de toute façon. Diet' et moi on s'en va », dit la fille.

« Vous n'êtes pas obligé… » commença Harold d'une petite voix culpabilisant légèrement en s'apercevant que sa présence n'était pas souhaitée.

Liesa leva les yeux au ciel, alors qu'elle saisissait son frère par le bras pour l'entrainer avec elle vers les portes menant à l'extérieur.

« Laisse, Harold. Quand Lies' est comme ça, ça ne sert à rien d'argumenter. En revanche, on aurait peut-être pu essayer de sauver Diet' de l'interminable trajet qu'il va endurer, haha. »

Harold fronça les sourcils alors que Jack riait à une blague dont il connaissait lui seul l'origine.

« Bon, on y va ! Je dois refaire ma réserve chez HoneyDukes et j'ai promis à Raiponce de lui acheter une nouvelle plume. Elle m'a passé un peu d'argent. »

« Oh, et je dois aussi passer chez Derviche. »

Jack et Harold se mirent en marche et Jack demanda :

« Tu veux trouver quelque chose pour Mérida chez Derviche ? »

Harold regarda avec étonnement Jack. Comment avait-il pu savoir que ce qu'il allait chercher dans la boutique d'artéfact était lié à Mérida ? Jack éclata de rire en voyant le regard éperdu de son ami.

« J'avais raison, haha ! »

Harold haussa les épaules :

« Et alors ? Ça fait quoi ? »

« Rien, rien… T'es juste tellement prévisible. »

Harold préféra changer de sujet. Il n'avait pas l'intention que Jack se paie sa tête tout le trajet durant, surtout qu'il se souvenait bien du moment où Mérida avait raconté son cadeau d'anniversaire à Jack et Raiponce. Le Serpentard s'était bien moqué à ce moment-là, lorsque Raiponce et Mérida étaient allées à la bibliothèque afin de trouver des sorts qui pouvaient être utiles pour l'épreuve.

« Comme ça, tu l'apportes voler sur un dragon pour voir un coucher de soleil… Je te ne croyais pas aussi romantique… Tu as lu ça dans un livre du style, comment séduire une sorcière ? »

« Vu que je suis sans doute un des premiers à chevaucher un dragon sans me faire bouffer, je ne crois pas que j'aurais pu trouver ça là-dedans. Et de toute façon, je n'essaie pas de séduire Mérida. Je voulais juste lui faire plaisir et elle a bien aimé. »

Jack éclata de rire.

« Certes, elle a "bien aimé". Après tout, elle n'a que dit que tu lui avais fait : "le plus beau cadeau qu'elle n'avait jamais eu" », dit Jack en imitant Mérida et son accent des Highlands d'une façon catastrophique.

Harold avait rougi. Il était assez fier de lui, même s'il n'avait pas envie que Jack sache qu'il aimait en fait Mérida un peu plus qu'une amie. Les deux étaient suffisamment proches pour qu'il n'ait pas totalement confiance que cette information ne vienne pas aux oreilles de la principale concernée.

Depuis, Jack ne cessait pas de faire des allusions. Bien qu'elles soient raisonnables, pour le moment, devant Raiponce et Mérida, lorsqu'elles n'étaient pas là, il s'en donnait à cœur joie. Et puis, Harold se doutait que s'ils s'étaient retrouvés tous les quatre plus régulièrement ensemble, Jack aurait très bien pu laisser « échapper » quelque chose. Heureusement que depuis les trois dernières semaines, Raiponce et Mérida passaient pratiquement tout leur temps ensemble pour se préparer au tournoi et réviser. Le fait que Jack aille mieux, par contre, faisait presque peur à Harold, même s'il était en premier lieu soulagé, puisqu'il était de plus en présent et que son « confinement » semblait l'avoir tellement affecté qu'ils faisaient encore plus de blagues que d'habitude.

« Pourquoi la fille de Serpentard était inquiète ? » demanda Harold.

« Liesa ? Oh, parce que selon elle je ne suis pas encore guéri et que si j'y vais trop fort je vais retomber comme le mois dernier. Je crois surtout qu'elle n'en peut plus de me voir. Vu que je suis surtout resté dans ma salle commune depuis les dernières semaines, elle et Diet', son frère, m'ont tenu compagnie et je crois qu'elle n'en peut plus et qu'elle a hâte que je cesse de toujours être avec eux. Elle pense donc que la sortie à Pré-Au-Lard, c'était peut-être une mauvaise idée. Mais bon, si je suis pour remonter sur un balai, passer quelques heures à Pré-Au-Lard ne devrait pas me tuer, quand même. »

« Mais tu te sens comment ? » demanda Harold, inquiet, réalisant que leur sortie était peut-être réellement une mauvaise idée.

« Mais bien ! Tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Déjà avec Mérida, c'est lourd. Maintenant il y a Lies' qui s'y met, je n'ai pas envie que toi tu t'y mettes aussi », s'exclama Jack excédé.

Harold n'osa rien rajouter. Après tout, à ce point-ci, ce n'était plus de ses affaires, même s'il savait que Mérida ne serait sans doute pas d'accord avec lui. Après être passé chez la Plume à Papote, puis chez HoneyDukes où Harold acheta une réserve considérable, sachant que Mérida lui avait donné beaucoup d'argent pour faire une réserve pour Raiponce et elle pendant qu'elles s'entrainaient, vu qu'elles n'avaient pas pu les accompagner, puis ils entrèrent chez Derviche. Harold était fasciné par cet endroit. Il se souvenait encore de l'ouverture, l'année précédente lors de sa seconde sortie à Pré-Au-Lard. Il y avait tellement monde. Tout le monde était fasciné par les objets enchantés de l'ancien Serdaigle. Aujourd'hui, bien qu'il y avait beaucoup d'étudiants, surtout parmi les plus vieux qui connaissaient sans doute Derviche qui avait fini sa scolarité deux ans plus tôt et qui avait une sœur en septième année, ils étaient capables de circuler. Jack parut immédiatement fasciné par des petits balais en métal qui planaient de quelques centimètres. Harold s'approcha lui aussi. Maintenant, il était certain d'avoir trouvé la bonne boutique.

Derviche se libéra des étudiants de septième année pour s'approcher d'eux.

« Brillant n'est-ce pas ? »

Jack hocha la tête :

« Ouais ! C'est combien ? »

« Dix mornilles et douze noises et pour une mornille de plus je peux y graver un nom ou celui d'une bien aimée… »

Jack eut un drôle d'éclat dans le regard avant d'éclater de rire :

« C'est sûr que ça doit vendre, c'est un beau cadeau. Mais c'est bon, peut-être que je reviendrai une prochaine fois… »

Sentant sans doute qu'il n'aurait aucune vente ici Derviche hocha la tête et s'apprêta à retourner au comptoir, mais Harold l'interpella :

« Euh, monsieur… J'aurais besoin d'un vernis à bois. »

Jack le questionna du regard. Il semblait se demander en quoi il pouvait s'agir d'un cadeau pour Mérida.

« Juste là-bas, mon p'tit. Sais-tu déjà lequel dont tu as besoin ? »

« Euh ouais, j'imagine… »

Harold partit dans les rangées et saisit un vernis transparent qui lui semblait bien et revint voir Derviche au comptoir. Le propriétaire commença la transaction, alors que Harold sortait un petit dragon en bois sous les yeux ébahis de Jack :

« Wahou Hic' ! C'est toi qui as fait ça ? »

Harold sourit, assez fier de son travail, même s'il n'était pas encore parfait. Derviche se tourna et il observa aussi ce que Harold avait fait, visiblement intéressé.

« Tu fais ça à la main, petit ? »

Harold hocha la tête.

« En fait, j'avais une question… Je me demandais si vous me montreriez comment faire pour l'ensorceler pour qu'il vole ? »

« Ouais, je serais capable de te montrer, j'imagine… Mais ça a un prix, tu comprends, j'espère ? »

Harold hocha la tête. Jack suivait leur conversation avec énormément d'intérêt.

« Je n'ai pas beaucoup d'argent britannique, mais… »

« Je ne veux pas de ton argent. Tu seras capable de m'en faire quelques-uns ? »

« C'est que ça prend beaucoup de temps… »

« Oh je ne parle pas d'aussi complexe que celui-là. Ça, ça serait une pièce de collection, mais j'imagine à ta tête qu'elle n'est pas à vendre… Hum, non, mais des plus simples. Tu m'en fais une dizaine et moi, je t'aide à ensorceler ton dragon. »

Harold réfléchit. Il y avait sans doute certaines sculptures qui lui prendraient une heure ou deux à faire. Donc pour dix heures de travail, il saurait comment faire pour faire voler son dragon.

« Et après, si tu veux, si je suis satisfait de ton travail et que ça se vend bien, on verra pour une entente », rajouta Derviche en le voyant hésiter.

« Oui, ok. Ça me va. Vous voulez quoi ? »

« N'importe quoi, tant que ça intéresse. Tu pourras me les faire pour la sortie de novembre ? »

Harold hocha la tête. Jack semblait toujours aussi estomaqué.

« Bon, alors nous avons une entente. J'imagine que tu veux faire ça aujourd'hui, en plus… Ouais, bon. Rejoins-moi à la tête du sanglier à midi. On ne devrait pas se faire déranger là-bas, pis je vais te faire un petit cours d'enchantement. J'espère que t'es doué un peu, car ce n'est pas facile. T'es en quelle année ? »

« Quatrième », répondit Jack à sa place

« Ouais, ça devrait le faire. Au pire, je t'aiderai un peu. Essaie d'apporter un modèle que ça ne te dérange pas de perdre. C'est quoi ton nom, si l'on fait à faire, il va me falloir ça. »

« Harold Haddock. »

« Ouais, ok. Je vais retenir ça. Et ne sois pas en retard Haddock. J'ai une heure de diner, pas une minute de plus. »

Harrold hocha la tête, un large sourire au visage, et il ressortit avec Jack.

« Mais mec ! C'est trop géant ! Tu vas faire affaire avec Derviche ! Tu prépares ça pour Mérida ? Et après tu fais comme si tu n'es pas intéressé, mon œil, ouais. À moins que je puisse m'attendre à encore plus gros pour ma fête mercredi… »

« C'était justement pour sa fête, mais je n'avais pas pu finir. »

« Ouais, bah maintenant tu n'attendras pas à l'année prochaine pour lui offrir, non ? »

« Euh, je voulais peut-être lui donner avant l'épreuve. J'espère juste que j'aurai fini pour la semaine prochaine. Déjà que je l'ai échappé une fois et que j'ai dû le refaire. »

Le reste de la matinée se passa plutôt calmement. Harold avait remarqué que Jack avait perdu un peu de couleur et ils avaient décidé d'aller s'assoir directement à la tête du Sanglier et boire une Bière au beurre qu'Harold avait offerte à Jack pour fêter son anniversaire un peu d'avance. Le poufsouffle en avait profité pour sculpter sur un nouveau morceau de bois un petit serpent en bois qu'il avait justement apporté pour l'occasion et qu'il avait promis de donner à Jack s'il ne finissait pas en bouilli d'ici là. Lorsque Derviche arriva, Jack les laissa et alla rejoindre Liesa et Dietrich qu'il avait vu passer devant le pub. Lorsqu'ils sortirent leur baguette, Harold vit bien que le propriétaire les regardait avec un œil méfiant, mais Derviche ne semblait n'en avoir rien à faire. Il expliqua longuement à Harold les principes d'ensorcèlement des objets. Cela s'avéra beaucoup plus complexe qu'un simple Wingardium Leviosa qui permettait de soulever un objet. Là, ce qu'il devait faire, c'était de maintenir un ensorcellement même lorsqu'il ne serait plus là pour le faire. Derviche était clairement un maitre en la chose, mais Harold avait un énorme mal de tête après à peine quarante-cinq minutes d'effort assez infructueux. En plus, il fallait dire que le marchand n'était pas un pédagogue dans l'art. Il se montrait assez impatient et il utilisait des concepts complexes d'enchantement qu'Harold n'était même pas certain qu'ils étaient appris à Poudlard. Au moins, au moment où Derviche s'exclamait que c'était peut-être peine perdue, Harold fit finalement un faisceau de lumière de sa baguette et le petit serpent se mit à tirer la langue. Les yeux d'Harold s'illuminèrent, bientôt suivis de ceux de Derviche :

« Wow ! Génial ! T'es peut-être plus compétent que je le pensais finalement ! T'es à quelle maison ? »

« Poufsouffle… », répondit le Viking en se demandant bien pourquoi c'était si important.

« Ah ouais, j'aurais dû m'en rendre compte. Mais bon, t'as de drôles d'idées à fabriquer des dragons et des serpents. Ça ne fait pas vraiment poufsouffle. Après, c'est vrai qu'un blaireau, ce n'est pas super classe. Bref, vu que tu n'as rien fait exploser, on peut faire le dragon. C'est le même principe, tu dois vraiment avoir en tête le résultat. Tu ne peux pas juste t'imaginer un simple dragon comme dans les livres. Tu dois te l'imaginer voler, gronder, cracher du feu… T'as déjà vu un dragon ? »

« Oui. » Derviche sembla surpris et Harold se corrigea « Je viens de Beurk, une île en Scandinavie qui est attaquée par des dragons… »

« Ah ouais, intense… Bon, tu peux t'imaginer comment ils agissent alors. Tu veux de l'aide ? »

« Non ! Euh, merci, mais non. Je veux le faire moi-même. »

Derviche eut un petit sourire, comme s'il comprenait quelque chose et Harold se sentit gêné.

« Ouais… C'est pour une fille, c'est ça ? »

Harold s'empourpra. Il détestait qu'à chaque fois on devine tout de lui.

« Oui, ouais. Une amie. C'est elle qui a été sélectionnée pour le tournoi, donc je veux lui donner un porte-bonheur. »

« Oh ! Celle en quatrième année, celle avec les cheveux frisés ! J'ai vu ça dans le journal. Professeur Dumbledore a toujours été un peu dingue. Choisir une quatrième année, elle a intérêt à être particulièrement spéciale… Voyons, comment elle s'appelle déjà… »

« Mérida DunBrush. »

« Oui, c'est ça ! Elle aura effectivement besoin d'un bon porte-bonheur, haha. »

Harold sourit, mais ne dit rien. Il avait préféré ne jamais commenter la participation de Mérida, même si au fond de lui-même, il était effrayé. Ses amis à Poufsouffle s'étaient informés sur les anciens tournois des trois sorciers et même s'il se doutait que ce serait plus sécuritaire qu'à l'époque, il avait su qu'il y avait eu des blessés graves, des disparitions et même des morts lors de ces tournois. Raiponce et Mérida avaient beau trouver des sorts intéressants, Mérida n'était qu'en quatrième année et était très loin d'être la plus douée en quoi que ce soit. S'il y avait un affrontement entre les participants, la gryffondor n'avait aucune chance. Harold avait néanmoins préféré garder ses inquiétudes pour lui, il se doutait qu'elle devait être morte de peur, même si elle le cachait bien. Même si elle était très souriante, il avait bien remarqué que plus le tournoi approchait, plus ses cernes grandissaient. Puis, lorsqu'elle venait avec lui visiter Krokmou, ce qui était beaucoup plus rare à cause des entrainements qu'elle faisait avec Raiponce, elle devenait parfois songeuse un long moment en caressant Krokmou d'un regard absent. Pour la faire revenir à la réalité, Harold proposait, dans ces moments-là d'aller faire un tour. Au moins, ça, ça avait toujours un effet immédiat de remettre de la bonne humeur sur le visage de son amie.

« Bon, je dois retourner au magasin. Écris-moi pour me tenir au courant pour ton dragon. Si ça ne fonctionne pas, faudra attendre à la prochaine fois que tu puisses sortir de Poudlard. Tiens-moi aussi au courant de tes avancés pour les sculptures. Tu peux aussi essayer de les enchanter toi-même, si tu veux. Et n'oublie pas de les signer. J'ai vu que tu ne l'avais pas fait sur ton dragon. »

« Merci », dit Harold.

« Fais plaisir. C'est un bon échange de toute façon. À la prochaine Haddock. »

« Oui, salut. »

Derviche s'en alla et épuisé, Harold rangea son dragon. Il réessayerait ce soir ou demain. Là, il doutait réussir à lancer ne serait-ce qu'un Lumos. Il rentra au château et trouva rapidement Mérida et Raiponce dans la salle de classe de métamorphose que le professeur Dumbledore avait autorisée à Mérida à emprunter pour s'entrainer. Jack y était déjà, couché sur les bureaux, un sourire aux lèvres, les yeux fermés. Ses deux amies semblaient en pleine dispute, même si Raiponce ne participait qu'à moitié.

« Je dis seulement qu'elle est complètement folle. Elle pleure tout le temps, se plaint tout le temps, crie tout le temps… Alors oui, c'est dommage pour elle, mais c'est normal, à un certain point qu'elle n'ait pas d'amis… » fit Mérida, excédée.

« Je ne te demande pas d'être amie avec elle, seulement d'être gentille, Mery… » répondit Raiponce.

« Je n'ai pas été méchante ! Ce n'est pas moi qui ai fait quoi que ce soit ! Ne me mets pas sur le dos ce qui s'est passé ! »

« Non, ce n'est pas ce que je veux dire… Je dis juste qu'il faut faire attention, ne pas rire d'elle. »

« Je n'ai pas ri d'elle, j'ai ri de ce qu'a dit Olive, ce n'est pas pareil. »

« Tu sais que ça revient au même pour elle. »

« Euh, de qui vous parlez ? » demanda Harold, perdu.

Les deux filles se retournèrent vers lui. Mérida semblait perdue tellement elle était prise dans sa dispute, Raiponce, juste embarrassée. Elle détestait les conflits, même si elle ne semblait pas vouloir mettre fin à celui-là.

« Elles parlent de Mimi geignarde », répondit Jack un petit sourire aux lèvres.

« Oh Jack, ne l'appelle pas comme ça, s'il te plait. »

« Oui, désolé, mauvaise habitude », rétorqua docilement Jack, alors que Mérida soupirait bruyamment.

« Mais c'est vrai qu'elle geint tout le temps ! »

« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? » coupa Harold avant que Raiponce rétorque ou que Mérida dise certaines choses regrettables.

Cette dernière ouvrit la bouche, mais Jack l'interrompit en se redressant.

« Je raconte… En gros, on entendait des voix dans le couloir et on est sorti. Olive et Élizabeth se sont moquées ouvertement de Mimi qui avait, disons, une… grande quantité d'acné. Mimi a hurlé et Olive lui a dit qu'elle ressemblait à une euh… ah oui, une mandragore en crise d'adolescence à hurler comme ça avec son visage boutonneux. Du coup, Mérida a ri et Mimi s'est sauvée en pleurant. Pis là, nous voilà depuis dix minutes. »

Harold passa une main dans son cou. Il savait que c'était toujours problématique lorsqu'on parlait de la Serdaigle devant Raiponce et Mérida. La Gryffondor vouait un mépris inébranlable envers la Serdaigle depuis la première année où elle avait tenté une fois de la défendre devant un groupe de Serpentards. Mimi avait cru qu'elle se moquait d'elle et lui avait balancé sa soupe au visage. Les Serpentards s'étaient tellement moqués de Mérida qu'elle avait éclaté en larme devant beaucoup de gens dans la Grande Salle. Depuis, la jeune fille, même si Harold ne l'avait jamais vu comme instigatrice des moqueries que lui faisait subir ses camarades de maison, n'était jamais très loin derrière à se moquer ouvertement d'elle. En fait, Harold avait remarqué que ce devait être pour la seule chose qu'Olive et elle s'entendaient. Son orgueil avait été très touché ce jour-là, comme il l'était à chaque fois qu'on se moquait d'elle, ce qui arrivait souvent, particulièrement ces temps-ci.

Raiponce de son côté n'aimait pas ces moqueries. Parfois, elle essayait de défendre Myrtle, même si ça n'avait jamais grand résultats, surtout auprès de Mérida qui n'écoutait que rarement les arguments pourtant censés de Raiponce.

« De toute façon, je ne comprends pas pourquoi on en parle encore ! » s'excéda Mérida « Mimi la pleurnicharde est partie, bon débarra, maintenant on continue l'entrainement ? »

« Mais tu peux au moins arrêter de l'appeler comme ça, Mery ? Ce n'est pas gentil », demanda Raiponce

« Mais elle est pleurnicharde ! »

« Et toi, tu aimerais qu'on t'appelle Mérida la folle ? » demanda Jack, un sourire moqueur aux lèvres.

Harold leva les sourcils, surpris que Jack insulte ouvertement leur amie de cette façon.

« Pardon ? Tu viens de me traiter de folle ? »

« Bah, tu l'es non ? Bon, tous les Gryffondors le sont, mais toi, je crois que t'es même au-delà. Tu participes à un tournoi clairement pas fait pour toi, tu cumules plus d'heures de retenues que nous trois réunis, je n'ai jamais vu quelqu'un faire ses travaux plus à la dernière minute que toi, même que, parfois, tu ne les rends pas et le pire c'est que tu crois encore que les Highlands sont indépendantes. Franchement, t'es vraiment complètement folle. »

Harold crut que Mérida allait se fâcher, exploser même, et vu la teinte rouge qu'elle prenait, il sentit que c'était juste une question de temps, mais elle explosa de rire.

« Les îles des Highlands sont indépendantes, mon vieux. »

« Va expliquer ça au premier ministre… Au roi même ! Je ne suis pas certain qu'ils seront d'accord avec toi. »

« Ils sont cons, tout autant que toi, d'ailleurs. »

« T'as qu'à me surnommer Jack le con, alors. »

Mérida éclata de rire. Harold croisa le regard de Raiponce qui était plus ou moins satisfaite, mais il savait qu'elle ne rajouterait rien. Ce sujet était une bombe à retardement chez les deux filles et il ne voyait pas vraiment comment ça pouvait se résoudre. Raiponce y tenait de tout son cœur et il n'y avait personne de plus bornée que Mérida.

« Alors », dit Mérida « on continue ? »

Raiponce ne répondit pas et Mérida soupira.

« Ok, c'est bon, je m'excuse ! Je vais faire attention ! On continue ? »

Raiponce sourit, convaincue, même si Harold savait que Mérida n'était pas vraiment sincère, mais s'excuser ne lui coutait rien surtout si elle ne se croyait pas en tort. Le Poufsouffle s'en alla rejoindre Jack sur la table, lorsque Mérida l'interpella :

« Attends, on va avoir besoin de toi ! »

« Euh moi ? Comment ça ? »

« Il faut tester les sortilèges », expliqua Raiponce « Moi, je dois aider Mérida et on ne peut pas vraiment le faire sur Jack qui est encore trop fragile. C'est parfait que tu arrives maintenant. »

Mérida arborait fièrement un sourire et Harold perdit le sien. Oh là là… Il n'était vraiment pas prêt pour subir ça. Même si sa marche de Pré-Au-Lard jusqu'ici lui avait redonné un peu d'énergie, il savait que Mérida était vraiment plus forte qu'elle en défense contre les forces du mal. En plus, Raiponce lui avait appris il ne savait trop quel sort et ayant déjà vu Mérida à l'œuvre, il savait qu'elle avait un coup de baguette particulièrement puissant. Ce n'était pas parce qu'elle n'était pas une élève assidue que cela la rendait moins compétente.

« Euh, je ne suis pas certain que… »

« T'inquiètes Harold. Vient te placer là », l'interrompit Raiponce alors que Mérida se préparait.

Harold obtempéra en se demandant bien pourquoi il était aussi docile tout le temps.

« Vous ferez un duel. Harold, tu vas être en position d'attaque et Mérida va tenter de se défendre. »

« Elle ne va pas riposter ? » demanda le poufsouffle plein d'espoir.

« Euh, oui, mais comme défense. Vu la puissance de ses adversaires, il vaut mieux préparer une défense solide, juste au cas où ils s'affronteraient. »

Harold hocha la tête et déglutit. Il n'était pas rassuré, mais il salua lorsque Mérida le fit.

« Locomotor Mortis », dit Harold.

« Protego », contra Mérida.

Rien ne se passa. Harold jeta un regard à Raiponce pour savoir s'il devait continuer. Jack en arrière ricanait. Raiponce l'encouragea d'un geste de la main.

« Rictus Sempra », lança Harold.

Le sortilège rebondit sur le bouclier que Mérida fit et la lionne soupira.

« Tu dois être plus agressif Harold ! » lança Mérida alors que le poufsouffle rougissait de honte.

Il n'aimait pas la tournure des évènements. Il n'aimait pas voir que ses amis s'impatientaient et ne le trouvaient pas très bon. Il n'aimait pas se battre par Odin !

« Essaie des sorts de troisième année ou de quatrième si tu t'en souviens », proposa Raiponce.

Harold hocha la tête. Il pointa Mérida et se concentra. La jeune fille attendait, mais semblait visiblement persuadée que son sortilège de protection la protégerait. Il se concentra sur le bouclier et lança à la suite :

« Confringo ! Incarcerem ! »

Le bouclier explosa et Mérida perdue pieds en sentant ses jambes se lier par une corde. L'adolescent se sentit mal lorsqu'il la vit s'étaler sur le sol. Jack éclata de rire.

« Ça va ? » demanda le Viking.

« Lashlaback », répondit Mérida en pointant ses jambes qui se libéraient « Ce n'était que du réchauffement. On y va »

La jeune fille se remit en position et Harold sentit dans son regard déterminé qu'elle ne se laisserait pas prendre une deuxième fois. Raiponce compta :

« Ok… Trois, deux, un… »

« Incarcerem ! »

« Protego ! »

Le sort rebondit, mais Harold n'eut aucune pause, puisqu'il se fit aveugler par un Lumos particulièrement puissant et il tomba sur le sol après avoir reçu un Expulso. Il n'avait rien compris de ce qui venait de se passer, mais Mérida s'exclamait de joie avant de courir le rejoindre. Harold en profita pour pointer, aux pieds de Mérida, une brosse à tableau qui était restée là :

« Amplificatum ! »

Mérida trébucha dessus et se ramassa la tête première sur le parquet. Harold se releva. Il n'entendait plus les rires de Jack et les exclamations d'encouragement de Raiponce. La gryffondor pointa un bureau en arrière de lui :

« Accio ! »

Harold eut juste le temps de se pousser sur le côté, mais il reçut le second sort de plein fouet.

« Petrificus Totalus ! »

Le poufsouffle fut complètement immobile à la grande joie de Mérida qui était encore sur le sol.

« Ce n'est pas vraiment un sortilège de défense, mais ça ira », conclut Raiponce.

La serdaigle lança le contre-sort et Harold retrouva l'usage de ses mouvements.

« C'était quoi le Lumos extrême que tu as fait ? » demanda Harold avec un sourire.

« Lumos Solem! Il est génial celui-là, hein !? En plus, s'il y a plusieurs personnes qui m'attaquent en même temps, ça aveugle tout le monde. Bon, on recommence ! »

L'entrainement dura pendant plus d'une heure. Si Harold perdait pratiquement la totalité des manches, il était heureux lorsqu'il tenait plus de quatre échanges de sorts. De toute façon, c'était surtout Mérida qui avait intérêt à être douée pour le tournoi. Lorsque Jack déclara qu'il avait faim, Harold fut soulagé qu'ils décident d'arrêter. Après l'effort mental du midi, cet effort physique l'avait achevé et dans les trois dernières manches, il n'avait pas tenu plus de deux échanges de sorts. Mérida, qui déclara aussi qu'elle était affamée gambada à l'extérieur de la salle de classe en trainant Harold avec elle. Ils distancèrent rapidement Jack et Raiponce qui prenaient tout leur temps, même si c'était le Serpentard qui avait déclaré le premier qu'il mourait de faim.

« Et puis, c'était plaisant à Pré-Au-Lard ? » demanda la rousse.

Harold hocha la tête, il avait un peu peur qu'elle lui demande de raconter en détail la sortie, il n'aurait surement pas su quoi lui raconter.

« C'est tellement injuste que Raiponce ne puisse jamais y aller avec nous », lâcha Mérida.

« Ouais… », répondit Harold, alors que Mérida semblait songeuse.

« Sa mère est définitivement pire que la mienne. »

Harold songea à la sienne qu'il n'avait jamais connue. Il se demandait si elle aurait été aussi autoritaire que celle de Raiponce, exigeante que celle de Mérida ou aimable que celle de Jack. Sa mère avait été une poufsouffle, comme lui. Professeur Dumbledore lui avait dit lors de ses premières journées en première année. La mère de Jack aussi, d'ailleurs. Au lieu, il avait été élevé uniquement par son père qui était rude et sans aucun talent pour la discussion et la compréhension. Harold l'aimait certes plus que tout, mais ils n'avaient jamais cliqué ensemble. Ils ne s'étaient jamais compris, personne dans son village ne l'avait jamais compris. Ils étaient tous des gens austères et rudes. De bonnes personnes, mais manquant clairement de sensibilité. Il aimait s'imaginer que sa mère n'avait pas été comme ça, qu'elle avait été comme lui, même si ça le rendait triste de n'avoir jamais pu la connaitre véritablement.

Harold sentit les doigts de Mérida se faufiler entre les siens et il sursauta. Il la regarda et Mérida lui offrait un de ses regards. Le regard qu'elle avait de plus merveilleux, du moins l'un de ceux qu'il trouvait les plus merveilleux.

« Elle devait être fantastique. »

Harold ignorait comment tout le monde pouvait toujours lire en lui à ce point, mais il se surprit à aimer de n'avoir pas eu à s'expliquer à ce moment-là. Il serra la main de Mérida et dit :

« Tu es prête pour le tournoi. »

Mérida sourit. Elle n'arborait pas son sourire confiant qui voilait souvent une inquiétude profonde, mais plutôt un sourire de reconnaissance. Elle était heureuse de pouvoir compter sur ses amis.