Chapitre 12
Cours de sciences, Midvale High School, Midvale :
Lena était assise depuis quinze bonnes minutes, soit la durée de son avance, à sa place, dans le laboratoire de science de sa classe. Son manuel de chimie ouvert devant elle, la milliardaire relevait la tête dès que l'un de ses camardes entrait dans la pièce, dans l'espoir vain de voir Kara arriver. Bien sûr, la blonde n'arrivait jamais. Lena le savait bien puisqu'elle avait été là durant l'annonce de la sentence de leur professeur mais, elle ne pouvait pas s'empêcher d'espérer. Dans un soupir, elle jetait un regard à la chaise vide à ses côtés et son coeur se serrait. Un cours de chimie sans Kara n'était pas un vrai cours de chimie, pensait-elle.
Chacun leur tour, les étudiants s'installaient, parfois à l'autre bout de la salle ou, juste derrière elle. En temps normal, les cours de sciences étaient les préférés de Lena. Néanmoins, aujourd'hui, elle n'avait absolument pas envie d'être là. Son esprit était à des millions de kilomètres, tout comme l'était son coeur.
Alors qu'elle se perdait dans ses réflexions, lui plombant toujours un peu plus le moral, Lena sursautait. Alex, courant presque jusque sa table, venait de se laisser lourdement tomber sur la chaise qui était destinée à sa cadette. Fronçant les sourcils, la milliardaire s'était tournée vers elle, incrédule. Que faisait la capitaine, au juste ? Les deux femmes ne s'appréciaient pas grandement, l'une comme l'autre, sûrement par faute de ne pas avoir prit le temps d'apprendre à se connaître. Donc voir Alex la rejoindre avec tant de ferveur avait tout de même inquiété la brune.
- Alex ? S'étonna-t-elle, prête à continuer sur sa lancée de question.
- Salut, Luthor, la gratifia la plus âgée des deux sœurs avec un air très sérieux. Il faut qu'on parle.
Cette approche ne disait rien qui vaille à la milliardaire. Passant une main nerveuse dans sa nuque, elle toisait l'autre brune à la recherche d'indications sur sa venue, sans grand succès. Pourtant, Lena était persuadée que tout cela avait un rapport avec Kara. Pour quoi d'autre Alex serait-elle venue la voir sinon ? On ne pouvait pas dire que Lena était d'une grande aide dans les autres domaines qui touchaient la jeune sportive.
- Ma sœur est en train de déprimer, déclara Alex d'un air sombre. Tu penses pouvoir passer lui rendre visite aujourd'hui ? Elle a besoin de toi, même si ça me coûte de l'admettre.
Le coeur de Lena se serrait sur l'annonce de son amie. Kara avait été renvoyée moins de vingt-quatre heure auparavant et, voilà qu'elle avait déjà un coup au moral. La milliardaire se sentait mal, comme si tous les maux de la blonde venaient de converger, eux aussi, dans l'estomac de la Luthor. Elle comprenait mieux maintenant l'arrivée sur les chapeaux de roues de la capitaine. Et même si elle se sentait triste de savoir Kara dans un mauvais état, un petit sentiment de joie s'était emparé d'elle lorsqu'Alex lui avait posé cette question. Elles avaient passées un cap. Enfin, l'athlète semblait être d'accord avec le rapprochement des deux jeunes femmes.
- Bien sûr, accepta-t-elle aussitôt, un petit sourire sur le visage qu'elle espérait rassurant.
- Merci.
Alex était réellement reconnaissante envers la brune, d'accepter sa requête. Elle avait passé toute la nuit à ruminer, observant sa petite soeur être réduite à l'état de légume. Dès qu'elle avait rejoint la chaleur de sa couette, Kara avait tout simplement arrêter de faire quoi que ce soit, rivant son regard sur le plafond et, ce matin, elle était toujours dans le même état. La capitaine de l'équipe de basket avait bien essayé de lever sa cadette en même temps qu'elle, mais cette dernière n'avait fait que gémir, refusant catégoriquement de changer de position.
La brune n'avait donc pas réfléchit plus longtemps. Partant bien plus tôt que d'habitude, Alex avait sauté sur son vélo, avait pédalé à perdre haleine et maintenant, elle se retrouvait en cours avec dix minutes d'avance, pour la première fois de toute son existence. Kara était vraiment la seule personne à réussir un tel exploit sans même s'en rendre compte. Même les surveillants de l'établissement s'étaient étonnés de voir Alex arriver de si bonne heure.
Hochant la tête à la réponse de la milliardaire, un début de sourire était né sur les lèvres de la capitaine. Puis, sans un mot de plus, elle s'était levée, prête à regagner sa place aux côtés de Winn, plus loin, au fond de la pièce. Mais une main attrapant fermement la sienne l'en empêchait.
- Alex, interpella Lena avec un sourcil levé, allant parfaitement avec son air subitement dubitatif.
La dénommée se retournait, faisant de nouveau face à la brune qui la retenait avec une poigne d'acier qu'Alex ne lui aurait pas cru capable.
- Oui, Luthor ?
- Comment je fais pour aller voir ta sœur, au juste ? Je ne connais pas votre adresse.
En entendant l'interrogation légitime que soulevait la milliardaire, Alex se sentait particulièrement bête. Dégageant sa main de la poigne de Lena, elle ne répondait pas immédiatement, prenant le temps de réfléchir à cette question. C'est vrai qu'elle n'avait jamais pensé à ce détail.
- File-moi une feuille, déclara-t-elle alors avec simplicité.
Lena n'avait jamais aimé qu'on lui donne des ordres, pourtant, cette fois, elle s'était exécutée sans rechigner. Récupérant la feuille ainsi que le stylo que lui tendait la milliardaire, Alex avait rapidement griffonné son adresse sur le bout de papier. Elle avait une écriture tout simplement horrible.
- Voilà, dit-elle en rendant le papier à la brune. Oh, attends...
Une pensée traversait la tête de la capitaine de l'équipe de basket. Non seulement Lena ne savait pas où elles habitaient mais, en plus de cela, elle ne possédait aucune clé pour pouvoir pénétrer dans la demeure. Car même si Kara était à la maison, il était évident que cette dernière ne se serait jamais levée pour aller ouvrir la porte. Elles ne recevaient que rarement de la visite et, le plus souvent, il s'agissait du facteur. Dans de telles conditions, Alex était persuadée que laisser le facteur sur le pas de la porte était bien le cadet des soucis de la plus jeune.
La capitaine plongeait sa main dans sa poche, ses sourcils froncés, et en récupérait bien vite son trousseau de clés. Lena, qui observait la brune depuis plusieurs minutes avec incompréhension, comprenait enfin la situation. Le petit sourire qui trônait sur son visage à l'idée de revoir Kara s'était agrandi. Elle était particulièrement touchée par le fait que, désormais, Alex avait suffisamment confiance en elle pour lui confier les clés de leur maison, sans hésiter. Peut-être que, finalement, les deux brunes finiraient par devenir amies.
- Tiens, annonça Alex en lui tendant la clé de la porte entrée de chez elle. Tu n'auras qu'à crier après Kara une fois à l'intérieur. Si elle ne te réponds pas, notre chambre est au deuxième étage. Elle refusait de quitter son lit ce matin.
Lena hochait la tête.
- Est-ce qu'il y a quelque chose qu'elle aime en particulier ? S'enquit la brune avec intérêt, faisant se froncer les sourcils d'Alex. Peut-être que ça l'aidera à avoir davantage le moral.
La capitaine de l'équipe de basket de Midvale fronçait les sourcils. La justification de Lena, qui s'était sentie gênée sous le regard inquisiteur de la brune, était parfaitement logique. Toutefois, Alex n'était pas bête et, elle était persuadée que la brune voulait juste mettre un peu plus de points de son côté. Cette idée faisait naître un sourire amusé sur les lèvres de la brune. Bien sûr que Lena voulait mettre des points de son côté. Elle était tellement mordue de sa petite soeur qu'Alex savait que la milliardaire voulait tout faire pour lui plaire.
- Ramènes lui deux extra Big Belly Burger, lui indiqua-t-elle avec un petit clin d'œil. Tu feras de ma sœur la personne la plus heureuse du monde.
Un petit sourire en coin s'était mis à trôner sur les lèvres d'Alex, alors que Lena rougissait doucement. Le ton amusé qu'avait utilisé la brune ne laissait pas place au doute : la plus vieille des deux Danvers avait vu clair dans son jeu. Alors bien sûr, Lena souhaitait avant tout remonter le moral de son amie mais, si elle pouvait la séduire par la même occasion, elle ne s'en priverait pas, c'était certain. La milliardaire avait comprit, lors de la fête, et davantage encore lors de la petite bagarre qui avait eu lieu la veille, que la blonde ne lui était pas indifférente. Une douce chaleur naissait dans son ventre à ce constat. Toutefois, une certaine anxiété l'envahissait également. Tout cela était tellement nouveau qu'elle avait peur que tout aille beaucoup trop vite.
- Je le ferais, acquiesça Lena d'un hochement de tête, incapable de se départir de son petit sourire niais.
Alex, satisfaite de cet échange, qui devait d'ailleurs être l'un des premiers qu'elle avait avec la milliardaire, avait rebroussé chemin pour rejoindre Winn. Mais, alors qu'elle arrivait au milieu de l'allée, elle se retournait, un soudain air espiègle sur le visage. Elle ne pouvait pas résister à l'envie de charrier la brune, qui deviendrait très certainement sa belle-soeur dans un futur plus ou moins proche.
- Hey, Luthor, la héla-t-elle de loin, la faisant se retourner avec un air intrigué. Je te fais confiance concernant Kara mais, s'il te plaît, quoi qu'il arrive, gardez vos vêtements.
Les joues de Lena virèrent au cramoisi. Elle sentait sa chaleur corporelle avoir hautement augmentée. Qui plus est que, les allusions nouvellement faites d'Alex ne l'aidait pas à se concentrer. La capitaine de l'équipe de foot avait fait naître des images bien moins chastes de Kara dans l'esprit l'esprit de la milliardaire, et cette-dernière dû secouer vivement la tête pour les chasser. Un petit rire s'échappait de la gorge de la brune, qui était on ne peux plus amusée de cette réaction. Détournant son regard de Lena, qui transpirait la gêne, un éclair traversait le cerveau d'Alex. Elle comprenait pourquoi sa cadette était tombée sous le charme de la milliardaire. Et ce, sans aucun problème, même. Lena était tout aussi attendrissante qu'elle n'était séduisante.
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Maison Danvers, Midvale :
En arrivant aux abords de la maison des Danvers, une importante anxiété s'était emparée du corps de Lena. La jeune femme sentait son coeur battre dans toutes les atomes de son corps, et cela ne fit que s'accroître lorsqu'une fois garée, elle avait pénétré dans la cour de la demeure. Tout était particulièrement calme dans ce petit quartier reculé et chic de Midvale. La maison des deux adolescentes surplombaient les autres, entourée d'un spacieux jardin. Il y faisait sans aucun doute bon vivre et, malgré la tension qui tendait les muscles de la milliardaire, elle trouvait l'air frais de ce premier jour de décembre particulièrement apaisant. Le paquet contenant les deux extra Big Belly Burger de Kara dans la main gauche, Lena avait déverrouillé la porte d'entrée de sa main droite, à l'aide de la clé d'Alex.
A peine eût-elle pénétré dans la maison Danvers, refermant la porte derrière elle, qu'un immense silence enveloppait la brune. Elle frissonnait, prise d'une étrange et désagréable sensation que quelque chose n'allait pas. Toutes les lumières étaient éteintes, tout comme les persiennes étaient fermées, ne laissant pas apercevoir grand chose. Alors, dans un geste machinal qu'elle ne comprit pas vraiment, la milliardaire s'approchait de chaque fenêtre, ouvrant les persiennes et laissant enfin jaillir les rayons du soleil dans le salon.
- Kara ? Demanda-t-elle ensuite, maintenant qu'elle voyait son environnement de manière plus claire.
Aucune réponse ne fit écho à sa question. Mais cela n'inquiétait pas Lena plus que cela. Alex l'avait mise en garde de cette possibilité. Jetant un coup d'oeil furtif dans la pièce, qu'elle trouvait particulièrement cosy à première vue, Lena trouvait enfin les escaliers. Elle n'était pas là pour détailler les lieux, même si elle aurait bien voulu prendre le temps de le faire, pour découvrir davantage la demeure dans laquelle habitait la jolie blonde. Grimpant en vitesse jusqu'au deuxième étage, la vision qui s'offrait à elle lui brisait le coeur. Kara était recroquevillée en position foetale, sur son côté gauche, les bras enroulées autour de ses genoux posés contre sa poitrine. Et elle se balançait doucement, d'avant en arrière, dans la mesure où elle en était capable.
- Kara ? L'interpella de nouveau Lena, figée sur le palier.
La blonde ne réagissait pas. Kara avait passé sa matinée à enchaîner les crises de panique. Elle avait peur pour son avenir, pour l'université et tout lui semblait totalement compromis. Plus que cela, elle était même terrorisée à l'idée que, peut-être, Eliza ne veuille plus d'elle. Tout cela était extrême. La petite voix dans sa tête n'avait de cesse de lui rappeler de ne pas autant dramatiser mais, elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle qui avait perdu ses parents, ne supporterait pas de perdre aussi sa famille d'adoption, qu'elle aimait tant.
Voyant que l'attitude de la blonde ne changeait pas, Lena retrouvait soudainement l'usage de ses jambes. En quelques enjambées, elle avait rejoint le bord du lit de la plus jeune et, délicatement, elle avait posé une main sur son épaule, effleurant d'abord simplement sa peau, puis, en exerçant une pression plus forte. Ce geste ramenait Kara à la réalité. Celle-ci sursautait, ouvrant de grands yeux transpirant la peur. Alex ne pouvait pas être déjà rentrée et Eliza était partie tôt ce matin, bien avant leur réveil, et allait rentrer tard le soir.
Lorsque ses yeux se posèrent alors sur le visage soucieux et sincèrement inquiet de la brune, les battements frénétiques et apeurés du coeur de la blonde se calmèrent, avant de repartir de plus belle mais, cette fois, entièrement provoqué par l'amour qu'elle ressentait pour la milliardaire. Kara se redressait, quittant enfin sa position foetale pour une autre, semi-assise, contre le dossier de son lit.
- Lena ? Demanda-t-elle sous la surprise, les yeux ronds. Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
De toutes les personnes qu'elle s'était attendue à voir, Kara n'avait pas pensé à la milliardaire. Et la voir là, face à elle, les traits rongés par l'inquiétude, avait gonflé son coeur de bonheur. Indéniablement, elle aurait grandement préféré voir un sourire sur le visage de la brune mais, le simple fait de savoir qu'elle était là lui suffisait. Alex avait eu raison. Lena ne lui en voulait pas, sinon elle ne serait pas venue.
Toutefois, il y avait une chose que la blonde ne saisissait pas. Pourquoi la Luthor était présente dans sa chambre ? Elle ne se souvenait ni de lui avoir donné rendez-vous, ni de lui avoir un jour révélé où elle habitait. Kara était totalement perdue et un petit sourire rassuré naissait sur les lèvres de la brune, en constatant que cette dernière ne se portait pas aussi mal qu'elle l'avait imaginé.
- Alex m'a dit que tu n'avais pas vraiment le moral et m'a demandé de passer, avoua la brune. J'ai quelque chose pour toi.
Le petit sourire qui trônait sur son visage avait prit une allure espiègle alors que Kara fronçait les sourcils. Depuis quand Alex et Lena s'adressaient-elles la parole pour se dire plus qu'un simple bonjour ? La blonde avait sans doute raté quelque chose et cela l'intriguait un peu. Mais elle décidait de ne pas s'en soucier. La milliardaire était là, dans sa chambre, et c'était tout ce qui lui importait.
- C'est vrai ? S'enquit-elle avec un peu plus d'étonnement encore.
Sans répondre, Lena avait relevé sa main gauche, révélant le paquet au logo du Big Belly Burger de Midvale. Aussitôt, l'air étonné de la jeune Danvers quittait son visage pour laisser place à un désir non feint. Ses yeux s'étaient rivés sur le paquet, prenant une lueur réelle d'amour. Les Big Belly Burger faisaient partis de ses plats préférés, peu importe à quel pourcentage de malbouffe ils pouvaient appartenir. Et, arrachant presque le paquet des mains de la milliardaire, toutes ses préoccupations venaient de s'envoler en une fraction de seconde. Cette attitude, semblable à celle d'un homme des cavernes, fit rire la Luthor, qui ne s'était pas attendue à une telle réaction. Elle se rendait alors compte qu'Alex ne lui avait pas menti. Elle venait de faire de Kara la personne la plus heureuse de la terre.
- Oh mon dieu, Lena, je t'aime, assura la blonde avec incroyablement de spontanéité.
La brune, qui était encore en train de rire, manquait subitement d'air. Son souffle venait de se couper sous la surprise. Avait-elle rêvé ? Elle se posait la question. Kara ne pouvait décemment pas lui avoir dit une chose pareille, avec autant de naturel. Les yeux verts de la brune se posaient sur la silhouette frêle de son amie, qui mordait avidement dans son super burger à trois étages, sans aucun mal-être. Les joues de Lena s'empourpraient. Non seulement la blonde venait littéralement de faire rater un important battement au coeur de la brune, coupant sa respiration mais, en plus de cela, elle ne semblait absolument pas s'être aperçue du sens de ses paroles. Kara Danvers aurait sa perte. C'était officiel.
- Alors, commença la milliardaire en s'installant sur le lit de son amie, face à elle, est-ce que tu comptes me dire ce qui t'a mis dans un tel état ?
Kara poussait un profond soupir. Son appétit venait de disparaître à la demande de la jolie femme qui lui faisait face. Elle finissait sa bouchée, mastiquant plus par automatisme que pour vouloir en savourer le goût. Maintenant qu'elle repensait à la raison de ses attaques de panique, elle se sentait stupide et faible. Il lui paraissait évident que la colère d'Eliza n'était que passagère, et que jamais elle ne l'abandonnerait pour si peu. Kara laissait retomber mollement la fin de son burger sur le sachet du fast food dans lequel il lui avait été amené.
- J'avais fortement misé sur mon dossier mon l'université, expliqua-t-elle d'une petite voix triste. Tu sais à quel point le comportement est super important pour ça... Maintenant, tout est fichu, plus aucune fac ne vas vouloir de moi et je vais devoir finir ma vie comme éboueuse.
Cette explication farfelue soustrayait une petite grimace à la milliardaire. Heureusement, son sourire rassurant revint bien vite prendre possession de ses traits. Lena ne savait pas vraiment ce qu'elle pouvait dire pour réconforter son amie. Elle n'avait pas tord, le comportement était très regardé par les facs, lors de leurs choix d'admissions. Néanmoins, la brune était tout de même convaincue que Kara dramatisait. Elle posait une main sur celle de la blonde, posée sur son genou, et la serrait doucement. Le regard azur de la jeune Danvers remontait dans celui, verdâtre, de son amie et, aussitôt, son coeur rata un battement. Dieu que Lena était belle.
- Kara, franchement, ce n'était qu'un simple petit coup de poing, la rassura la plus vieille avec une voix douce. Si les universités refusait les étudiants pour un malheureux écart de conduite, il n'y aurait plus d'élèves dans les campus.
- Oui... tu as peut-être raison, concéda la blonde en penchant la tête sur le côté.
Le sourire de Lena se transformait en une moue attendrie. Kara serrait doucement sa main dans celle de la brune, désireuse de garder leur proximité. Elle aimait tout particulièrement sentir la peau de la milliardaire contre la sienne. Elle aimait ces agréables frissons qui la parcourait alors que son cerveau comprenait qu'elles se touchaient. Plus généralement, elle aimait tout ce que Lena lui faisait ressentir. La brune était devenue une véritable drogue et, chaque fois que leur rapprochement cessait, une horrible sensation de vide s'emparait de la blonde.
- A quelle université tu as postulé ? S'enquit la brune, le visage plus sérieux.
- Celle de National City, soupira Kara, le regard triste. Alex va faire son internat là-bas et ils ont un très bon programme de journalisme.
Lena hochait la tête. Un rapide air triste passait son visage mais, elle se reprenait tellement vite que Kara pensait presque l'avoir rêvé. Le silence s'installait entre elle. Après un instant d'hésitation, la milliardaire relâchait la main de la blonde et se levait, faisant rapidement le tour du lit pour venir s'asseoir contre la jeune Danvers. Avec un grand naturel, Lena passait son bras autour des épaules de l'adolescente, qui se serrait aussitôt contre elle. Son coeur ratait un nouveau battement. L'odeur de blonde parvint aux narines de la brune, agréable et doux. Lena cru défaillir.
- La fac de National City ne serait jamais assez folle pour ne pas t'accepter, Kara. Ils perdraient leur meilleure élève.
Kara frissonnait. La milliardaire venait de lui susurrer ça à l'oreille, avec une voix douce qui lui paraissait particulièrement suave. La blonde fermait les yeux, lâchant un imperceptible soupir de satisfaction. Lena lui faisait ressentir tellement de choses simultanément que Kara n'était même plus capable d'organiser correctement ses idées.
- Je l'espères... murmura-t-elle, de manière presque inaudible.
Lena déposait un baiser sur le front de la blonde, muée par un instinct primaire qu'elle n'expliquait pas vraiment. La milliardaire n'avait jamais été très à l'aise avec les marques d'affection, et elle l'était encore moins lorsqu'elle devait les initier. Les joues de Kara prirent une teinte rosée après ce spontané baiser, tandis que ses muscles se tendaient. C'était la première fois que l'une d'elle embrassait l'autre, même s'il s'agissait de quelque chose d'aussi chaste que cela.
Sentant le malaise s'installer, la Luthor quittait sa position pour se remettre debout. Un sourire espiègle étirait soudainement ses lèvres, laissant Kara arborer un air perplexe. La milliardaire lui tendait la main, bien vite saisie par la blonde. Lena l'aidait à se mettre debout, laissant l'air interrogatif de la Danvers s'agrandir un peu plus.
- Viens, lui dit la brune en la tirant derrière elle avec tendresse. J'ai exactement ce qu'il faut pour te changer les idées.
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Midvale Hospital, Midvale :
Dans la salle d'attente de la maternité de l'hôpital de Midvale, la tension était à son comble. Assises côtes à côtes sur les sièges, contre l'un des murs, Alex avait passé un bras fort autour des épaules de Sam. Cherchant la chaleur rassurante de sa petite-amie, la basketteuse avait posé sa tête contre son épaule, laissant la capitaine la serrer davantage contre son corps musclé. Sam triturait nerveusement ses mains alors que, pour l'une comme pour l'autre, l'anxieuse attente se faisait interminable. Où était passé le médecin qui devait les recevoir pour cette première échographie ? Non seulement être là n'était pas vraiment naturel mais, en plus de cela, les paires d'yeux curieux des autres futurs parents qui se portaient sur elles ne faisaient qu'accentuer cette sensation de malaise. La jeune Arias aurait voulu disparaître. Toutefois, la présence d'Alex la rassurait. Elle n'était pas sûre d'être assez forte pour supporter cela dans la solitude, par conséquent, une part d'elle était vraiment heureuse que la brune lui apporte son infaillible soutien.
Sur ces pensées noires, une porte s'ouvrait enfin au fond de la pièce, laissant entrer un jeune homme en blouse blanche. Trop jeune pour être médecin, pensait Alex en se gardant bien d'en faire part à sa petite-amie. En effet, la capitaine de l'équipe de basket du lycée ne lui donnait pas plus de vingt trois ans. Et même en étant surdoué, il y avait peu de chance que ce garçon soit parvenu à décrocher son doctorat si rapidement. Muni d'un crayon et d'un dossier, le blond jetait un oeil au papier devant lui avant de relever la tête et de détailler l'audience du regard.
- Mademoiselle Arias ? Interpella-t-il fortement, d'une voix suave particulièrement séduisante, même pour Alex.
Les deux adolescentes se levèrent de leur chaise en bondissant presque, d'un seul et même mouvement. D'un pas hésitant, tendues comme des ressorts, elles avaient rejoint le jeune homme à peine plus âgé qu'elles avec angoisse. L'heure tant attendue était arrivée. Tout semblait beaucoup plus concret maintenant qu'elles étaient là, prêtes à découvrir le petit être habitant le ventre de la basketteuse.
- Je suis désolée, mais seule la famille peut entrer, mademoiselle, expliqua-t-il en arrêtant gentiment Alex, qui ne ressemblait pas à la description de la femme qu'il avait sur son dossier, contrairement à Sam.
Les sourcils de deux amantes se froncèrent simultanément. La brune se sentait déjà passablement agacée par cette discrimination évidente, peu importe que le jeune homme l'ai, ou non, remarquée. Ils étaient pourtant au vingt et unième siècle, pensait la Danvers avec une indignation manifeste.
- Oh, elle est de la famille, assura Sam en saisissant la main d'Alex pour entrelacer leurs doigts.
- Je suis sa petite-amie, renchérit la jeune femme.
Une gêne sincère étirait subitement les traits du blond, qui avait haussé les sourcils de surprise. Au vu du jeune âge de la châtain, il en avait directement déduit que la brune qui l'accompagnait était une simple amie. Passant nerveusement une main dans sa nuque, il affichait un air réellement désolé.
- Veuillez m'excuser, je ne pensais pas...
A court de mots, et face au regard noir que lui lançait Alex, il ne finissait pas sa phrase. D'un simple geste de la main, il les invitaient à le suivre dans l'un des couloirs annexes de la salle d'attente. Tout comme le temps qu'elles avaient passé assises sur ces sièges inconfortables, la route jusque la salle d'examen leur avait paru interminable. Sam, déroutée et prête à faire demi-tour en prenant ses jambes à son cou, tenait fermement la main de la brune pour empêcher la panique de la submerger.
- Ça va aller, murmura la capitaine en déposant un baiser sur le front de sa petite-amie, sans stopper leur marche.
La jeune Arias gratifiait la brune d'un petit sourire contrit. Elle n'avait pas vraiment le choix, de toute manière. Finalement, le blondinet en blouse blanche s'arrêtait devant une porte, ouvrant celle-ci et invitant le couple de femmes à entrer. Ces dernières ne se firent pas prier, restant néanmoins près de l'entrée de la pièce en attendant les directives de celui qui semblait pourtant bien être leur médecin.
- Vous pouvez vous installer sur la table, expliqua-t-il avec un regard bienveillant vers Sam, avant de se tourner vers Alex, qui était toujours anormalement crispée. Vous pouvez vous asseoir sur la chaise, juste à côté, si vous ne souhaitez pas rester debout.
La Danvers acquiesçait, rejoignant bien vite la basketteuse, qui avait déjà commencé à se mettre à l'aise en enlevant son blouson. Puis, elle s'était hissée sur la table d'auscultation, sentant enfin la panique irriguer ses muscles. Qu'avait-elle fait pour se retrouver là, déjà ? Si c'était à refaire, Sam n'avait aucun doute, elle vivrait sa vie autrement. Tomber enceinte à seize ans n'était pas quelque chose qui l'enchantait, ni quelque chose qu'elle aurait recommandé à n'importe quelle adolescente de son âge.
- Le médecin ne vas pas tarder à arriver, leur indiqua le jeune homme.
Et comme si une instance supérieure voulait confirmer ces paroles, la porte par lesquelles elles étaient arrivées s'ouvrait de nouveau. Soudainement, pénétrant dans la salle d'échographie, le médecin se figeait, à l'image du coeur d'Alex qui semblait s'arrêter de battre. La respiration momentanément coupée, la brune fixait la femme qui lui faisait désormais face. Une femme qu'elle ne connaissait que beaucoup trop bien.
- Docteur Danvers, voici Samantha Arias, déclara le blond en désignant Sam avec un sourire franc pour la doctoresse qu'il assistait pour la journée. Et voici sa petite-amie.
Le temps semblait réellement s'être arrêté pour les trois femmes présentes dans la pièce. Le sort s'acharnait décidément sur elles, pensait Sam, incapable de soutenir le regard de celle qui était sa belle-mère depuis peu.
- Oui Anton, je sais parfaitement qui elles sont, répondit Eliza en brisant le silence empli de malaise qui s'était établi.
Jetant un regard à la fois surpris et emprunt de colère à la brune, elle reprit, d'une voix anormalement calme.
- La petite-amie n'est autre que ma fille.
Le visage de l'interne en médecine se transformait sous l'étonnement alors que son regard s'était attelé à faire la navette entre Alex et sa référente.
- Je crois qu'il faut qu'on ait toutes les deux une grande discussion, annonça-t-elle envers son aîné.
Le visage de la capitaine se tordait d'une grimace. Eliza, d'un geste nonchalant, invitait sa fille à la suivre dans la réserve. Un instant, Alex avait bien pensé à protester pour ne pas abandonner Sam mais, les éclairs que lançait les yeux de sa génitrice l'en dissuadait immédiatement. Alors, poussant un soupir, elle avait adressait un petit sourire à sa petite-amie pour la rassurer, et avait suivi sa mère dans la pièce, à l'écart.
- Je peux tout t'expliquer... commença la brune avec empressement tandis que la doctoresse fermait la porte derrière elles.
- Oui Alexandra, je l'espère bien.
L'adolescente grimaçait de plus belle. Jamais, au grand jamais, on ne l'appelait de cette manière. Même quand elle avait fait une grosse bêtise, ses parents ne l'appelait pas ainsi. Alex baissait la tête, sachant qu'elle avait eu raison lors de sa discussion avec sa cadette, la veille. Eliza allait vraiment la tuer.
- Je te pensais raisonnable, Alex. Je pensais que je pouvais te faire confiance et que tu avais la tête sur les épaules, déclara Eliza en croisant les bras, face au silence de son aînée. Toi et ta sœur avait décidé de savoir laquelle de vous deux allait réussir à me tuer la première ?
La voix de la femme d'un certain âge était dure, mais posée. Elle faisait preuve de tellement de calme que cela déroutait l'adolescente. Pourquoi sa mère ne criait-elle pas ? Pourquoi n'était-elle pas en train de lui faire avaler son acte de naissance ?
- Je l'aime, maman, avoua-t-elle avec la gorge serré, la tête toujours aussi basse. Je l'aime vraiment.
Eliza soupirait. Elle ne doutait pas une seule seconde de la sincérité de la brune, et c'est ce qui l'embêtait le plus. Depuis longtemps, la mère Danvers avait prit conscience de l'amour que portait sa fille à l'égard de Sam. Peut-être même depuis aussi longtemps que Kara. Elle n'avait eu de cesse de le constater lors des nombreux repas de famille où la jeune Arias était présente, ou encore lors du peu de compétitions sportives auxquelles elle avait pu assister. Alex aimait Sam depuis qu'elle était en âge de savoir ce qu'était l'amour, et d'en comprendre toutes ses implications. Mais là, toute cette situation dépassait l'entendement.
- Je sais, avoua à son tour Eliza, faisant se relever vigoureusement le visage de sa fille.
Alex n'en revenait pas. Elle traînait ce secret depuis des années et, maintenant qu'elle osait enfin se confier à sa mère à voix haute, celle-ci lui disait qu'elle savait ? La capitaine de l'équipe de basket était soudainement prise par la honte d'avoir eu peur de sa réaction, et par le soulagement de savoir qu'elle ne serait pas traitée comme une pariât. Elle aimait les femmes, et malgré son homosexualité, sa génitrice l'aimait quand même. Son coeur se gonflait. Enfin, elle avait l'impression que ce trou béant dans sa poitrine, que ce poids sur ses épaules, s'étaient envolés pour laisser place à un pur sentiment de plénitude.
- Mais un bébé... ajouta la plus vieille avec hésitation, Alex, ce n'est pas une mince affaire. Ce n'est pas quelque chose dont tu pourras te débarrasser dans quelques mois car tu en auras marre. Non seulement tu t'engages auprès de Sam mais, en plus, tu t'engages vis-à-vis de cet enfant. Ce n'est pas un simple rôle de tatie gâteaux que tu auras, mais bien celui d'une mère. Ce n'est pas une décision que tu peux prendre à la légère.
Une part d'Alex était réellement soulagée. Sa mère ne s'était toujours pas mise à crier. Leurs regards se croisaient, à l'initiative de la plus jeune. La capitaine voulait jauger sa mère, savoir ce qu'elle en pensait au plus profond d'elle-même, déceler la colère ou la honte qu'elle engendrait chez son aînée... mais elle ne voyait rien de tout ça. Non. Eliza parlait à sa fille comme à une adulte, car actuellement, c'était ce qu'elle était. Et face à ce constat, une grande détermination prit possession de la brune. Elle savait ce qu'elle voulait, et elle en était plus que persuadée.
- Tu sais, maman, j'ai beaucoup réfléchit à ça, même si on pourrait croire le contraire, répondit-elle avec conviction. Sam représente toute ma vie. Je ne peux pas l'abandonner, je ne me le pardonnerai jamais. Et toi-même tu sais que déjà toute petite, je voulais des enfants. Ça n'a pas changé. Alors bien sûr, je ne pensais pas que ça viendrait si tôt mais... je me sens prête à assumer ça, jusqu'au bout. Cette famille... c'est le plus beau cadeau de Noël que l'on pouvait me faire.
Le silence retombait entre les deux femmes, qui s'observaient mutuellement. Alex avait, pour l'une des premières fois dans son existence, réellement parlé à coeur ouvert. Eliza ne se souvenait même plus de la dernière fois où elles avaient eu une discussion sur un sujet sérieux tant la brune les évitaient. Quelque chose dans les yeux de la capitaine avait changé ces derniers jours, la mère de famille l'avait bien remarqué. Sa fille avait grandi d'un seul coup, devenant soudainement plus mûre et beaucoup plus responsable qu'elle ne l'était déjà. Elle l'était même trop pour une adolescente de son âge, selon Eliza. La doctoresse décroisait alors les bras, posant une main forte sur l'épaule de son aînée, avec un petit sourire tendre.
- Je suis fière de toi, Alexandra, déclara-t-elle avec sincérité. Maintenant, retournons voir les nouveaux membres de notre famille.
Un sourire niais s'emparait des lèvres d'Alex. Le bonheur gonflait dans sa poitrine. Sa mère avait accepté. Elles n'étaient plus simplement mère et fille, mais bel et bien deux adultes, toutes deux presque mamans.
La plus vieille des deux Danvers tournait les talons après un dernier sourire à son interlocutrice, prête à rencontrer le bébé qui serait sans doute son futur petit-enfant. Mais avant qu'elle n'ait le temps de passer la porte, la capitaine saisissait son poignet, le regard bien plus sérieux.
- Maman ? L'arrêta-t-elle en la faisant se retourner, l'air surpris. Lena aussi est quelqu'un de bien, tu sais ?
Un nouveau petit sourire éclairait la visage de la doctoresse. Elle était touchée de voir que, même dans ce genre de moment délicat, Alex trouvait le temps de penser à sa petite sœur.
- Oh, je n'en doute pas, concédait la doctoresse avec simplicité, sans se départir de son sourire. Si elle a su gagner le coeur de ta sœur, c'est qu'elle le mérite.
oOoOoOo
Maison Luthor, Ferme Arias, Midvale :
Lena avait refusé d'avouer à Kara le lieu de leur destination. La jeune Danvers avait longuement insisté, durant tout le temps du trajet en voiture, offrant à la milliardaire le plus intense de ses airs de chiens battus. Et bien que cela fût particulièrement dur pour la brune de lui résister, elle y était parvenue. Kara était d'ailleurs tellement occupée à essayer de faire cracher le morceau à son amie qu'elle n'avait même pas remarqué que la route qu'elle prenait, était celle qu'elle faisait au minimum une fois par semaine, pour aller se balader à cheval avec Joker. Mais Kara n'était pas la seule à être enthousiaste à l'idée de passer la journée avec la brune. En effet, dans l'euphorie du moment, cette dernière avait tiré Kara hors de chez elle, encore en pyjama, et les deux filles avaient du faire demi-tour afin que la blonde puisse se vêtir correctement. Lena souriait encore d'amusement rien qu'en repensant à la scène.
Lorsqu'elles arrivèrent enfin à destination, Lena se garait dans la petite allée de gravillon, juste devant sa propre petite maison. La plus jeune, qui ne s'était absolument pas attendue à se retrouver dans l'enceinte de la ferme Arias, avait d'abord été passablement surprise. Puis, l'étonnement avait laissé place à un petit sourire niais. La milliardaire, qui avait quitté l'habitacle de sa voiture après avoir éteins le moteur, avait fait le tour du véhicule et venait d'ouvrir la porte à la blonde, dans un geste digne du plus grands des gentlemen.
- Nous sommes arrivées, mademoiselle, avait-elle dit en se tenant bien droite, tendant juste sa main suffisamment bas pour aider Kara à sortir de la voiture.
Le regard amusé, retenant un rire de circonstance, la blonde n'avait pas hésité une seule seconde à rentrer dans le jeu de son amie. Se saisissant de sa main, elle s'était mise debout tandis que Lena refermait la portière du véhicule derrière elle, après avoir déposé un délicat baiser sur le plat de sa main. Le petit coup de blues de Kara était désormais bien loin derrière elle. Elle était d'ailleurs agréablement surprise de constater l'effet salvateur qu'avait la brune sur son esprit. Indéniablement, elle était bien forcée de se rendre à l'évidence, dès qu'elle était avec la milliardaire, rien d'autre ne comptait plus. Elle se retrouvait à des années lumières de la vie banale qu'elle avait. Sa perception ne se réduisait plus qu'à Lena. Et malgré cela, elle ne souffrait d'aucun manque.
- Merci beaucoup, mademoiselle Luthor, répondit la blonde sur un ton aussi sérieux que celui employé par son amie.
La milliardaire hochait simplement la tête avec respect. Un court silence s'installait entre elles, bien vite rompu par leurs deux rires. Un simple regard et, simultanément, les adolescentes n'avaient pu contenir leur amusement plus longtemps. Elles riaient, à gorges déployées durant quelques minutes avant que Lena ne tourne le dos à la blonde, à la fois pour reprendre son souffle et pour ouvrir la porte de sa petite maison. La brune savait que, si elle continuait à soutenir le regard azuré si expressif de Kara, son rire ne s'arrêterait jamais. Et la douleur qui s'emparait de son ventre ne lui laissait pas le choix : il fallait qu'elle se calme.
En pénétrant dans la demeure de la Luthor, Kara était intriguée. Elle n'avait encore jamais eu l'occasion de découvrir le lieu de vie de la brune. Incapable de contrôler sa curiosité, la blonde s'était mise à flâner ça et là dans la maison de son amie, observant les meubles et les bibelots. Naturellement, Lena s'était attelée à leur préparer deux chocolats chauds, comme elle avait l'habitude de le faire avec Sam. A ce moment, Kara lui faisait d'ailleurs drôlement penser à sa meilleure amie. Comme la basketteuse, la jolie blonde se baladait dans la pièce principale, touchant de temps en temps à un ou deux objets qui l'intriguait. Cela fit naître un sourire amusé sur les lèvres de Lena. D'habitude, elle n'aimait pas spécialement que l'on touche à ses affaires. Lena n'était pas matérialiste mais, elle mettait un point d'honneur à garder sa vie privée loin des regards et cela commençait par le fait de respecter son espace et donc, ses affaires. Néanmoins, avec la blonde, il s'avérait que la milliardaire devait bien admettre que, même si celle-ci se mettait à déranger entièrement sa demeure pour en modifier toute la disposition, elle ne serait pas plus embêtée que cela.
Kara s'était arrêtée devant le jeu d'échecs qui trônait sur la table basse du salon lorsque Lena revint avec leurs deux tasses de chocolat chaud. La milliardaire avait rapidement prit place aux côtés de la blonde, sur le luxueux canapé blanc devant l'échiquier. Sur de nombreuses étagères disséminées un peu partout dans la pièce se trouvait des coupes et des médailles. Il n'avait pas fallu longtemps à la plus jeune pour tirer quelques conclusions sur son amie, qui n'avait manifestement pas gagné ces trophées en montant à cheval, c'était certain.
- C'est un bel échiquier, souleva-t-elle en se saisissant de la tasse que lui tendait Lena.
- Oui, acquiesça la brune en s'humectant les lèvres après avoir bu une gorgée de son chocolat. Il est dans ma famille depuis plusieurs générations. On se le passe de parents en enfants. C'est plus ou moins un héritage familial.
Kara était déjà pendue aux paroles de la brune. A son tour, elle prenait une gorgée de la succulente boisson qu'elle appréciait tant. Le chocolat chaud avait toujours eu une place importante dans le coeur de la blonde. Déjà toute petite. Elle se souvenait sans mal d'une époque où, âgée de quatre ou cinq ans, elle avait longuement refusé de boire autre chose.
- Tu as gagné toutes ces récompenses aux échecs ? Demanda-t-elle alors, faisant naître un brin de nostalgie dans les yeux de la brune.
Lena hochait lentement la tête. Un petit silence s'installait alors que les souvenirs remontaient dans l'esprit de la milliardaire. C'était une belle époque. Lex n'était pas encore devenu fou, il n'avait pas soif de sang, et la famille Luthor était respectée dans tous les Etats-Unis, voire même, au delà. Même si la brune ne s'était jamais sentie très intégrée dans sa famille, à cette époque, elle se sentait chez elle à Métropolis, entourée de son frère et de ses parents.
- Je faisais partie du club d'échecs de mon collège, expliqua-t-elle avec une petite voix tremblante. C'est Lex qui m'avait poussée à m'y inscrire. J'avais toujours été une plus fine stratège que lui. Il croyait en moi.
Entendre parler de l'homme qui avait tué ses parents serrait le coeur de la plus jeune. Toutefois, elle ne laissait rien paraître. Lena ne s'était encore jamais confiée à elle sur son passé ou sur sa famille et elle comptait bien écouter attentivement son récit. La brune semblait avoir besoin de se confier. Kara respectait ça. Après tout, elle était sûre que la milliardaire aurait fait exactement la même chose à sa place.
Alors, dans un geste tendre, arborant un petit sourire rassurant, la blonde avait posé sa main sur le genou de son amie. Elle voulait être présente pour elle, de toutes les manières possibles. La jeune Luthor, dont le regard s'était perdu dans le vague, avait tourné son visage vers elle en sentant ce nouveau contact. Fébrilement, elle lui rendait un sourire empli de tristesse.
- Ma mère ne me pensait pas capable de réussir les tournois du club. Elle n'arrêtait pas de me rabaisser et de me répéter que je n'étais qu'une bonne à rien. Mais Lex... il a toujours été si gentil avec moi. Il était un peu dur parfois, mais ce n'était rien comparé à notre mère. Il est venu à chacune de mes compétitions et il avait toujours les bons mots pour me booster avant que je ne me présente face à mon premier adversaire.
Lena marquait une nouvelle pause, l'expression plus sereine cette fois.
- Et j'ai gagné chacun de mes matchs.
- Donc, si je comprends bien, releva doucement Kara en effectuant une douce pression sur le genou de son amie, tu es un véritable génie des échecs ?
Un sourire plus franc s'emparait de la milliardaire, son regard trouvant celui, admiratif, de son interlocutrice.
- Oui, on peut dire ça, concéda-t-elle avec amusement.
- Ok, acquiesça Kara avec désinvolture, alors il faudra que tu m'apprennes à jouer.
Un éclair d'étonnement traversait les traits de la brune, qui fronçait les sourcils. Elle avait vraiment du mal à associer la maladresse de la blonde avec la rigueur des échecs. Néanmoins, un petit sourire emprunt d'espoir étirait ses lèvres. Lena n'avait pas eu de partenaire pour jouer depuis bien longtemps. Trop longtemps même.
- Vraiment ?
- Bien sûr, assura la blonde avec un vigoureux hochement de tête. Bon, ce ne sera sûrement pas évident mais je pense que je peux y arriver.
Les iris de Lena se teintèrent d'une lueur tendre, amoureuse, alors qu'elle mesurait les paroles de son amie en la couvant du regard. Cette action arrachait un frisson à la plus jeune, qui s'empressait de retirer sa main, toujours présente sur le genou de la milliardaire. Elle se sentait brûler de l'intérieur tant sa chaleur corporelle venait d'augmenter soudainement. Dans l'espoir de faire descendre celle-ci, elle avait prit une nouvelle gorgée de son chocolat chaud mais cela ne fit qu'augmenter un peu plus cette chaleur qui la possédait. Mauvaise idée, pensait-elle en retenant une grimace, transie par la gêne.
La brune avait dû s'en apercevoir car, dans un vif mouvement, elle s'était relevée. Ses lèvres, étirées par un sourire en coin que Kara n'expliquait pas, se mouvèrent, rompant le silence qui s'était à nouveau établi.
- Je t'apprendrai, promit-elle avec enthousiasme. Mais avant... j'ai prévu quelque chose d'autre.
Avant même que Kara n'ait le temps de la questionner sur ladite chose, Lena avait fait volte-face, posant sa tasse sur la table basse du salon. En quelques enjambées à peine, elle avait disparu dans la pièce annexe, qui devait sans doute être sa chambre, laissant la blonde en proie à sa curiosité.
Toutefois, cette dernière n'avait pas dû attendre très longtemps avant de voir son amie revenir, les bras encombrée par un gros carton. Elle le disposait rapidement près du canapé, sans se départir de son éternel sourire en coin, puis disparaissait de plus belle. Cette fois, ce ne fût pas un carton qu'elle ramenait de la chambre mais bel et bien une grosse caisse de couleur verte. Kara fronçait les sourcils. Lena voulait-elle qu'elles fassent du rangement ? La blonde n'était pas vraiment une fée du logis. Elle était même sûre qu'avec sa maladresse, elle serait capable de casser les affaires de la brune plutôt que de les ranger.
Mais alors que ses muscles se tendaient sous cette perspective loufoque, Lena ouvrait le carton et, d'un coup sec, en sortait un arbre de noël synthétique de taille moyenne. Les yeux de Kara s'ouvraient sous l'étonnement. Lena avait vraiment tout prévu pour qu'elle passe une excellente journée sans même le savoir. Posant sa tasse sur la table basse, la blonde rejoignait la brune, s'asseyant à ses côtés sur le sol du salon, les yeux brillants par l'excitation. Le sourire en coin de Lena se transformait sous l'attendrissement qu'elle ressentait face à l'air enfantin de son amie. Pour un peu, elle aurait pu croire que la blonde n'avait pas plus de dix ans, tellement elle ressemblait à un enfant ouvrant ses cadeaux de Noël.
- Ouvres la caisse, lui intima-t-elle doucement au creux de l'oreille.
Le souffle de Lena contre son cou fit frissonner la blonde, qui sentait son coeur rater un battement. Ces sentiments pour la brune se bousculaient en elle, la faisant défaillir. Heureusement, la milliardaire finissait par reprendre une distance convenable avec son amie et celle-ci pu s'exécuter. Dans la caisse, de nombreuses boules de neiges, guirlandes et autres objets à accrocher dans le sapin, étaient rangés, laissant l'embarras du choix. Il y en avait tellement que Kara doutait qu'elles puissent tout disposer dans l'arbre de fortune, avec lequel Lena était en train de se battre.
- J'espère que tu aimes décorer les sapins de Noël, lança la milliardaire avec une pointe d'anxiété dans la voix.
- Tu déconnes ? Rétorqua Kara qui ne savait même plus où donner de la tête, des étoiles plein les yeux. J'adore ça !
- Alors il n'y a pas une minute à perdre ! Déclara-t-elle avec un sourire ravi.
Finalement, lorsque celui-ci fût sur pied, les deux adolescentes s'était mises à le décorer avec soin. Elles y avaient bien passer l'ensemble de l'après-midi. La nuit était tombée sur la maisonnette de campagne, obligeant les deux jeunes femmes à allumer la lumière de la chaumière. Enveloppées dans une douce chaleur, elles riaient et jouaient comme des enfants, retardant parfois l'avancée de la décoration de leur sapin. La bonne humeur régnait et Kara, autant que Lena, ne se souvenaient pas de la dernière fois qu'elles avaient été si heureuses.
- Fais attention, tu vas tomber ! S'exclama la brune avec inquiétude.
Kara, qui tenait en équilibre précaire sur l'accoudoir du canapé tentait, tant bien que mal, de poser l'étoile de noël en haut du sapin. Voyant que la blonde était à deux doigts de glisser de son perchoir, Lena s'était précipitée pour la saisir par la taille et lui donner l'équilibre nécessaire pour qu'elle réussisse sa tâche. L'étoile trônant maintenant fièrement au sommet de leur création, la brune avait aidé la blonde à descendre, lui évitant ainsi de se casser malencontreusement une jambe.
- Merci, murmura-t-elle en retrouvant la terre ferme, le corps collé à celui de son amie.
- C'est normal, répondit-elle avec la même voix, entamée par les sentiments provoqués par leur soudaine proximité.
La plus jeune, désireuse de ne pas se retrouver dans l'un de leurs moments de flottement, avait rapidement contourné la brune. Sans crier gare, elle avait attrapé l'une des guirlandes, rouge, restantes au fond de la caisse, un sourire en coin étirant ses lèvres. Et avant que Lena n'ait le temps de réagir, cette dernière se retrouvait avec la guirlande entourée autour de sa taille, que Kara nouait rapidement en un splendide noeud papillon, lui faisant de nouveau face.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Lena en fronçant les sourcils sous l'incompréhension.
- Je t'emballes, déclara simplement la blonde, sur le ton de l'évidence.
- Mais... pourquoi ?
Lena ne comprenait pas pourquoi son amie agissait de la sorte. Tout ce qu'elle savait, c'était que cette nouvelle proximité faisait naître en elle une douce chaleur au creux de son estomac, faisant battre plus rapidement son coeur.
- Parce que je veux que tu sois mon cadeau de Noël, expliqua alors la plus jeune avec espièglerie.
La blonde se reculait, admirant son œuvre avec satisfaction. Voyant cela, la milliardaire cru défaillir un peu plus, malgré son incompréhension qui ne faisait qu'augmenter. Les mots de son amie lui semblaient de plus en plus incohérents. La Luthor fronçait davantage les sourcils, faisant naître une petite ride entre ses deux yeux qui amusait Kara.
- J'aimerai que tu viennes fêter Noël avec moi, chez les Danvers... avoua-t-elle alors avec une certaine hésitation.
Les sourcils froncés de Lena laissèrent place à une mine franchement étonnée. Avait-elle bien entendu ? Kara venait-elle vraiment de l'inviter à dîner au réveillon ? La milliardaire mordait sa lèvre inférieure, pas sûre que cela soit véritablement une bonne idée. L'anxiété venait de prendre possession de son corps, faisant taire toutes les autres émotions que ressentait la brune.
- Je ne sais pas, Kara... Je ne veux pas m'imposer et, en plus, je ne pense pas qu'Eliza m'aime beaucoup...
La réponse de Lena ne convenait pas à la blonde, dont le coeur se serrait. Elle n'avait pas envie de passer les fêtes sans celle qui faisait battre son coeur, tout simplement. Et au fond d'elle, l'adolescente aurait aimé lui dire ça, de cette manière, afin de la convaincre. Toutefois, elle n'était toujours pas sûre de ce que ressentait la brune à son égard et elle ne voulait pas risquer de mettre un terme au bonheur qu'elle ressentait enfin. Kara passait une main gênée dans sa nuque, avant de soutenir le regard de son amie avec plus d'intensité.
- S'il te plaît, Lena...
- Kara... soupira-t-elle, sentant déjà ses barrières s'affaisser.
- Tu ne seras pas la seule, en plus Alex vient avec Sam. Je peux donc bien t'inviter, moi.
Le coeur de la milliardaire venait littéralement de fondre à cette justification. La blonde lui offrait son plus beau regard de chien battu, ayant raison des dernières réserves de la milliardaire, dont le coeur battait la chamade au point de rompre sa cage thoracique. Elle était heureuse. Kara ne s'en rendait très probablement pas compte mais, elle venait d'agrandir l'espoir qui régnait dans le coeur de la brune. Kara venait de la comparer à Sam, alors que cette dernière était la petite-amie d'Alex. Cela voulait dire que, peut-être, elle avait une possibilité d'avoir sa chance avec la blonde. De plus, le fait de savoir que sa meilleure amie serait également de la partie rassurait quelque peu Lena. Si quoi que ce soit tournait mal, la basketteuse serait là pour la soutenir.
- Allez, s'il te plaît, sois mon plus un, supplia presque la blonde en ne sachant pas qu'elle avait déjà gagné.
- Très bien, abdiqua Lena dans un soupir. Mais seulement si tu me fais un bisou.
Un sourire à la fois vainqueur et ravi étirait aussitôt les lèvres de la plus jeune. Lena n'avait pas à lui demander deux fois. Pleine de spontanéité, elle déposait un délicat baiser sur la joue de la brune, un peu trop long pour n'être qu'amical. Kara en était sûre, ces fêtes de fin d'année seraient pleines de joie et dégoulineraient de bonheur.
oOoOoOo
Ferme Arias, Midvale :
Tout l'examen échographique de Sam s'était bien déroulée. Il s'était même beaucoup mieux passé que ce que la châtain avait imaginé. Eliza Danvers avait été particulièrement agréable et avait su la mettre à l'aise malgré le côté insolite de la situation, et la basketteuse lui en était très reconnaissante. Elle ne connaissait pas réellement la tournure qu'avait prise la discussion entre sa petite amie et sa mère, mais l'issue était bonne, elle s'en doutait. Voir le petit embryon qui s'était formé dans son ventre avait fait naître des nouvelles sensations chez Sam et, après concertation avec Alex, elles avaient toutes les deux décidé de garder cet enfant.
Mais toutes les certitudes que la châtain avait eu concernant sa grossesse et son avenir venaient de s'envoler subitement, alors qu'elle était arrêtée devant la porte d'entrée de sa propre maison. Les clichés de l'échographie rangées dans une enveloppe, dans sa main, cela faisait déjà quelques minutes que Sam poireautait là, en proie à ses angoisses. Il ne lui suffisait que d'ouvrir la porte, d'entrer et de confronter sa mère adoptive. Les deux premières actions lui paraissaient aussi simples que la dernière la terrifiait. Alex avait insisté pour l'accompagner mais la jeune Arias avait refusé, jugeant qu'elle était la seule à devoir annoncer cela à celle qui lui avait offert un toit, une vie. Toutefois, une part d'elle regrettait déjà d'avoir décliné l'offre de la capitaine. Sam ne pensait pas avoir les épaules assez solides pour encaisser la dispute qui éclaterait sûrement après son aveu.
Néanmoins, elle prenait une grande inspiration dans l'espoir de se donner du courage. Elle n'allait tout de même rester là jusqu'à ce que la nuit tombe. Regroupant le peu de détermination qu'elle avait, la châtain pénétrait finalement dans la maison, le coeur lourd.
Patricia était dans la cuisine, occupée à faire la vaisselle. Entendant des bruits de pas dans son dos, elle ne tardait pas à se retourner, essuyant ses mains mouillées sur un torchon. La femme d'un âge avancé n'avait pas vu sa fille adoptive depuis quelques jours. Elle savait pertinemment que Sam s'évertuait à l'éviter, venant chercher des affaires lorsque la maîtresse de maison était absente. Et quelque part, cela énervait d'autant plus la femme qui avait adopté Sam. Elle n'était, certes, pas toujours une bonne mère pour la basketteuse mais elle faisait de son mieux pour subvenir à ses besoins et pour que l'adolescente ne manque de rien.
- Samantha, la salua-t-elle en haussant un sourcil dubitatif. Que me vaux l'honneur de ta visite ?
Le ton de Patricia Arias était dur. Elle lui en voulait, c'était évident.
- J'ai quelque chose à t'annoncer, commença la châtain en évitant le regard inquisiteur de son aînée. Est-ce que tu peux t'asseoir, s'il te plaît ?
La mère de famille savait, à cet instant précis, que leurs deux vies allaient basculer. Ce genre de phrases étaient de celles que l'on évitait de prononcer, en temps normal. Cela n'annonçait clairement rien de bon. Pourtant, la petite dame ne posait pas de questions. D'un pas lent, elle regagnait la table et s'asseyait sur la première chaise à proximité. Ses iris ne quittaient pas celles de la plus jeune qui, dans un élan de courage, tendait à sa mère l'enveloppe qu'elle tenait dans les mains.
Après une seconde d'hésitation, la plus vieille des deux Arias se saisissait du présent, avisant le cachet de l'hôpital sur le devant qui lui fit froncer les sourcils. Ouvrant l'enveloppe, Patricia découvrait les clichés, un à un, les traits beaucoup plus tirés qu'à l'accoutumé. Finalement, sans un mot, dans le silence anxieux qui s'était installé, la maitresse de maison rangeait les clichés dans l'enveloppe, et jetait durement celle-ci à l'autre bout de la table, vers sa fille unique.
Sam, dont le visage s'était éclairé d'espoir l'espace d'un instant, venait de baisser la tête avec fatalité. La colère qui régnait dans les pupilles de sa mère lui confirmait ses doutes. Celle-ci allait se mettre à crier sans lui laisser le temps de s'expliquer.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda la mère de famille, sèche mais étonnement calme.
Ça ne durerait pas, pensait Sam.
- C'est des échographies... déclara la basketteuse en relevant doucement la tête, la voix chancelante.
Bien sûr que sa mère savait qu'il s'agissait d'échographies. Elle avait déjà côtoyé suffisamment de femmes enceintes pour en avoir vu quelques clichés avant ceux-ci. Soudainement, Patricia sautait sur ses pieds, le visage ravagé par la rage. Elle abattait violemment son poing sur la table, faisant sursauter l'adolescente. La châtain aurait voulu disparaître. Jamais, elle n'aurait dû venir ici sans s'y être préparée. Mais elle savait toutefois que, peu importe la tournure qu'aurait prit les choses, elle aurait tôt ou tard été forcée d'annoncer la nouvelle à sa mère d'adoption.
- Alors, ça y est ?! S'enquit-elle en criant enfin. Tu es devenue l'une de ses trainées ?!
- Maman, je...
Sam était blessée. Les mots violents de son aînée venaient de la poignarder en plein coeur. Les larmes lui montaient aux yeux, et sans qu'elle ne puisse rien y faire, elles se mirent à couler le long de ses joues. Dans le fond, sa mère n'avait pas tout à fait tord. Elle avait couché avec un garçon qu'elle ne connaissait pas, sans se protéger. C'était une erreur qui lui coûtait cher. Pourtant, malgré la douleur lancinante qui habitait sa poitrine et sa tête, Sam n'était pas capable d'en vouloir à Patricia. Elle était désormais dans une situation où elle n'avait aucun mal à se mettre à la place de son aînée. Si sa fille ou son fils venait la voir, dans quelques années, en déclarant attendre un enfant, elle était persuadée qu'elle serait autant en colère que l'était Patricia.
- Dégages, la coupa-t-elle, faisant s'ouvrir de surprise les orbites de sa fille d'adoption.
Sam s'était figée. Alors c'était comme ça que cette histoire allait se finir ? Patricia allait la mettre dehors ? Ces sanglots redoublaient tandis qu'elle restait immobile, incapable de partir comme le lui avait demandé sa mère. Ses propres jambes semblaient ne pas vouloir lui répondre. Tout son être souhaitait que la vieille Arias la prenne dans ses bras, lui dise que ce n'était pas grave et qu'elle serait là pour elle... mais Sam savait que cela n'arriverait pas. Elle l'avait su avant même de pénétrer dans le corps de ferme.
- Sors de ma maison ! S'écria Patricia en lui saisissant fermement le bras.
Si Sam ne voulait pas sortir, alors, la maitresse de maison la sortirait elle-même. En quelques enjambées seulement, la mère de famille avait tiré la basketteuse jusqu'au pas de la porte, et l'avait poussée à l'extérieur avec force. Tomber enceinte était le pire affront que pouvait lui faire son enfant. Elle avait fermé les yeux sur beaucoup de choses, mais elle ne pouvait pas le faire cette fois. Sam avait toujours été une enfant difficile, elle le prouvait à nouveau maintenant.
- Maman... supplia la jeune femme, dans une complainte désespérée.
- Ne m'appelles pas comme ça ! Tu n'es pas ma fille ! Tu ne l'as jamais été !
Ces paroles eurent raison du peu de force qui restait chez Sam. Chancelante, l'adolescente tombait à genoux. Elle avait l'impression qu'elle était en train de mourir. Patricia venait, sans ménagement, de lui asséner le coup de grâce.
- Je ne veux plus jamais te voir ! Tu ne représentes plus rien à mes yeux !
Et sur ces mots toujours plus durs, sa mère adoptive tournait les talons, fermant violemment la porte d'entrée derrière elle. Les yeux de Sam la piquait tellement que les larmes se bousculaient sur son visage. Son coeur était en miettes. Elle se sentait terriblement seule en cet instant. Et la basketteuse ne savait pas vraiment combien de temps elle était restée agenouillée là, mais la nuit était finalement tombée et ses genoux lui faisaient horriblement mal lorsqu'elle s'était finalement relevée. La vision brouillée par ses sanglots, la châtain avait titubé, traversé la cour, et abattu son poing contre la porte de la maison de sa meilleure amie.
L'attente ne se fit pas longue avant que celle-ci ne s'ouvre, dévoilant le visage surpris de la brune. Cette dernière, avisant l'air dévasté de la basketteuse d'un seule coup d'œil, avait perdu son petit sourire. Lena avait rapidement passé ses bras autour du corps de la châtain, l'attirant dans une étreinte rassurante à l'intérieur de sa demeure. Mais cela ne suffisait pas à calmer le chagrin de son amie. Sam était faible et perdue.
- Est-ce que... est-ce que je peux... m'installer ici ? Demanda-t-elle entre deux sanglots incontrôlés.
Lena ne posait aucune question. A cette simple requête, elle avait comprit la situation dans laquelle se retrouvait sa meilleure amie. Et silencieusement, elle se faisait la promesse d'être là jusqu'au bout pour la basketteuse, qui venait de perdre bien plus qu'une mère ce soir-là.
- Bien sûr, Sam. Bien sûr, déclara-t-elle en serrant davantage l'adolescente contre elle, tout en déposant un tendre baiser sur son front.
