Juliet
— Montre Juliet !
Marlène s'agrippe à mon bras gauche et le contemple avec admiration. Ses prunelles bleues pétillent d'émerveillement.
— Ouah… souffle-t-elle, abasourdie. Et toi Mary ? Tu en as fait un aussi ?
Mon amie, assise à mes côtés, affiche un sourire suffisant et dévoile son poignet droit où un croissant de lune enchanté et tatoué à l'encre évolue en fonction des différentes phases lunaires.
— Vous êtes complètement folles, souffle Lily en portant sa boisson à la bouche. Mais c'est magnifique, je reconnais.
C'est vrai, nous nous sommes facilement motivées à franchir le pas de la porte de ce bijoutier de Pré-Au-Lard. Personnellement, j'ai toujours adoré les tatouages mais l'occasion ne s'est jamais présentée.
Lorsque Mary m'a fait une visite du village sorcier et que nous nous sommes arrêtées devant la devanture noire et quelques peu dégarnie avec un style gothique de la boutique du tatoueur-pierceur, je me suis figée et j'ai tout de suite su que je devais entrer dedans.
La vie est courte ! Je veux tester tout ce que je peux avant qu'elle ne m'échappe des doigts. Alors j'ai foncé, tête baissée, avec un dessin bien précis en tête.
Résultat, deux heures plus tard, Lily, Marlène, Mary et moi nous retrouvons en tête-à-tête autour d'une bierraubeurre aux Trois Balais en train d'exhiber notre nouvelle lubie.
Me concernant, mon bras gauche est recouvert de la constellation du lion. Le jour, elle est noire et très fine. Discrète. La nuit en revanche, les étoiles prennent une lueure blanche et chaude. Le tatouage est enchanté et évolue en fonction de leur éclat dans le ciel.
— Et pourquoi la constellation du lion ? demande Marlène en me relâchant.
Je hausse les épaules puis lui adresse un sourire mutin.
— Parce que je suis une Gryffondor !
Cette dernière pouffe de rire. Je fini ma chope de bière et ricane. Je ne vais quand même pas lui dire pourquoi.
— En tout cas, zéro regret ! annonce Mary, très fière.
Elle lève la main vers moi et je claque ma paume contre la sienne. Nous nous renvoyons un regard complice.
— Et vous ? Vous avez fait quoi en attendant ? demandé-je à mes deux autres camarades.
— J'ai été chercher ma commande chez Gaichiffon, déclare Marlène en sirotant son verre. Puis nous avons été faire le plein en fournitures chez Scribenpenne.
— D'ailleurs, on a croisé Leila là-bas, apprend Lily en chuchotant. Elle me fait de la peine. Depuis… Depuis ce fameux soir, elle est toute seule. Elle n'a pas d'amis.
— Si, ses amis sont des violeurs, coupe Marlène en claquant sa langue d'agacement.
— Marcus n'est pas son ami, c'est son fiancé, apprend Mary.
— Quoi ?! nous nous insurgeons en chœur.
— Oui, c'est mon ami Reginald Cattermole, de Poufsouffle, qui me l'a dit, apprend la petite brune. Sa famille est proche de quelques Sang-Pur et apparement les Avery ont déjà arrangé une alliance entre eux et les Selwyn.
— J'ai envie de vomir, soufflé-je en sentant la colère bouillir dans mes veines.
— C'est malheureusement le cas de beaucoup de sorciers issus de famille de Sang-Pur, déplore Marlène. Leurs fiançailles sont arrangées depuis la naissance.
Aussitôt, je ne peux m'empêcher de penser à Regulus. Je sais qu'il est promis à cette fameuse Lyssandra depuis un bout de temps. Au début, il était totalement désemparé et en colère puis ils ont fini par coucher ensemble. J'imagine donc qu'il s'est fait à l'idée. Il faudrait que je le force à se confier. J'en viens presque à regretter de ne pas être legilimens.
— Je pense qu'on devrait faire un pas vers elle, indique Lily, décidée. Cette fille est seule et elle traverse des choses horribles. Elle a besoin de…
— Euh. Tu oublies que c'est une Serpentard, coupe Marlène en secouant négativement la tête.
— Et alors ?! C'est avant tout une femme qui a été abusée et vendue en pâture par ses propres parents. C'est suffisant pour l'aider et lui apporter notre soutien, vous ne trouvez pas ?
Lily nous interroge du regard alors que nous nous muons dans le silence. Cette fille est trop gentille. Évidemment que je la suis dans son raisonnement mais ça ne va pas être simple pour gagner la sympathie et la confiance de Leila Selwyn.
— Je veux bien, soufflé-je. Mais ce sera compliqué. Même si elle est seule et toisée du regard à longueur de temps, elle garde sa fierté. Elle n'acceptera pas qu'on vienne l'aider par pitié.
— Je n'ai pas pitié, contredit la rousse. Je veux simplement l'aider.
— Lily, tu oublies que cette fille traine avec des Mangemorts. Si ça se trouve, elle en est une ! Tu sais, ces gens qui te traitent de « Sang-de-Bourbe » et qui ont pour motivation première de t'exterminer car tu es jugée comme impure ? plaide Marlène. Honnêtement, oublie. On ne peut rien faire pour elle.
— Pour une fois, intervient Mary en grimaçant. Je rejoins Marlène. Je crois qu'on risquerait de se mettre en danger inutilement si on essayait de lui venir en aide. Surtout toi et moi, Lily. Nous sommes nées-Moldu.
Têtue mais pas stupide, la rouquine croise les bras en bougonnant dans sa barbe. Elle n'intervient pas pour autant, sachant que le cas de Leila Selwyn est peut-être sans espoir. En tout cas, de notre côté. Mais je pourrais peut-être charger Regulus ? Je l'ai vu plus d'une fois lui adresser la parole. Et surtout, c'est lui et Adrian qui l'ont sauvée de son agression sexuelle.
— N'empêche, si ces tarés sont capables de ce genre de choses entre eux, imaginez ce qu'ils peuvent nous faire, à nous, souffle Marlène, pensive et à la fois horrifiée.
— Hum. J'ai eu un aperçu, indiqué-je dans une faible voix tout en fixant la mousse de ma bière.
Je m'empare de mon verre et bois la dernière gorgée, les yeux dans le vide. Les autres ne pipent mot, légèrement mal à l'aise. Lily finit par se lever de sa chaise puis m'adresse un sourire encourageant.
— Bien ! Et si on allait s'entraîner ? propose-t-elle. C'est bien ce qui était prévu, non ?
— Oui, la classe métamorphose est normalement inoccupée, Sirius me l'a dit, révélé-je.
— C'est fou combien les garçons connaissent bien ce château ! s'exclame Mary. Si jamais ils ratent leurs ASPIC, ils pourront toujours faire concierge de Poudlard.
Nous pouffons de rire en chœur.
— Tu imagines Sirius en vieux Rusard ? relevé-je.
— Impossible, il passerait trop de temps à enfreindre le règlement, nie Lily.
Je me lève à mon tour de mon siège et passe ma cape de sorcière sur mes épaules tout en ricanant. Les deux autres Gryffondor m'imitent et nous sortons toutes les quatre du Pub. Nous continuons à papoter de tout et de rien tout en remontant tranquillement le chemin vers Poudlard.
Une fois à l'intérieur du château, nous nous posons dans la salle de Métamorphose, effectivement vide. Nous faisons disparaître les chaises et pupitres, sortons nos manuels de défense et nos baguettes.
— Je propose qu'on apprenne le sortilège Periculum, indique Lily en tournant les pages de son livre.
— C'est quoi ?
— C'est inutile, grogné-je. Ça ne sert à rien de perdre du temps d'appeler quelqu'un à l'aide. Personne ne viendra te chercher ou te sauver si tu te fais agresser. Il faut se concentrer sur les sortilèges d'attaque afin qu'on puisse se défendre nous-même.
— Peut-être mais on peut l'utiliser pour prévenir les autres d'un danger, réplique Lily. Pour ceux qui ne savent pas invoquer leur Patronus, c'est une bonne alternative.
Hum. Elle marque un point. Mais honnêtement, je veux passer au vif du sujet. Cela fait deux mois que j'écume les livres de la Réserve et je suis tombée sur d'incroyables sorts d'attaques. Je veux les mettre en application !
— Tu sais produire un Patronus, Lily ? demande Mary, subjuguée.
Cette dernière se mordille légèrement la lèvre inférieure puis rougit.
— Euh oui.
— C'est quoi ton animal totem ?! s'enthousiasme mon amie en lui sautant dessus.
La rouquine éclate de rire et pose ses mains sur ses épaules pour calmer la petite brune devenue surexcitée.
— Déjà ce n'est pas un animal totem, rectifie-t-elle. C'est simplement un esprit protecteur. Me concernant, c'est une biche.
— Ohhhhh c'est trop chou !
— Ça ne m'étonne même pas, relève Marlène d'un jeu de sourcils.
— Tu veux bien nous apprendre ? demande la brunette en sautillant. Dis oui, s'il te plaît ! Dis oui !
Je roule des yeux, légèrement agacée. On s'égare. Je ne sais pas invoquer de patronus et je m'en fiche. Il y a plus urgent.
Je tapote nerveusement mes ongles sur la table, espérant sagement que Lily refuse. Mon tic nerveux attire leur attention. Elles tournent toutes les trois la tête vers moi. Je me redresse alors et leur renvoie un sourire faussement calme.
— Oui ? demandé-je en les interrogeant du regard.
— Il y en a une qui s'impatiente, je crois, ricane Marlène. T'en fais pas tigresse, tu vas pouvoir te défouler.
Je perçois une lueur de défi dans ses iris bleus ce qui m'exalte aussitôt. J'accentue un sourire en coin et renforce ma poigne autour de ma baguette. Je pense deviner que Marlène est animée de la même soif de colère et de vengeance que moi. Pourvue d'un humour noir et de répliques sanglantes, c'est une dur à cuire. Seulement, je me demande si cela est dû à son caractère ou si comme moi, elle a vécu quelque chose de traumatisant.
— Accepterais-tu d'être mon adversaire McKinnon ? demandé-je d'un air angélique.
— Oh, comme c'est aimablement demandé…
— Les filles, tempère Lily. Je pense qu'on doit d'abord s'échauffer.
— Lily, t'es mignonne mais tu crois vraiment que le jour où tu vas tomber sur des Mangemorts ils te laisseront le temps de t'échauffer ? remballé-je en levant un sourcil.
La rouquine papillonne des yeux, surprise tandis que Marlène s'esclaffe.
— Juliet a raison, intervient Mary d'un air entendu.
Elles partagent un regard dont elles seules comprennent la signification. Lily devient livide et fixe ses chaussures.
— Je… C'est vrai. Mulciber et Yaxley ne nous ont laissé le temps de ne rien faire, admet-elle.
— Mulciber et Yaxley ? interviens-je alors que mon cœur s'emballe.
— Oui, c'était deux septième année. On a malheureusement croisé leur chemin en fin de sixième année. Pourquoi ? Tu les connais ?
Je déglutis péniblement puis hausse les épaules.
— Ils faisaient partie de la horde de Mangemorts qui ont assassiné mon père.
Mes amies blêmissent sur place. Je balaye d'un coup de main la pitié que je lis sur leur visage puis reviens à l'attaque.
— Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ? demandé-je.
La petite brune de Gryffondor laisse échapper un souffle puis vient s'assoir sur le bureau de McGonagall.
— C'est la fois où Severus m'a traitée de Sang-de-Bourbe, apprend Lily en brisant le silence. Il voulait s'excuser alors il a campé devant la Salle Commune des Gryffondor jusqu'à ce que j'en sorte. Mary qui revenait de la Grande Salle est tombé sur lui, elle est venue me prévenir et lorsque nous sommes sorties, il n'était plus seul.
— Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ?
Ma question reste en suspend. La rouquine lève les yeux vers son amie, comme si elle lui demandait d'un accord tacite son autorisation pour continuer l'histoire. Cette dernière acquiesce faiblement puis lui indique d'un geste de la main de continuer.
— Moi ils ne m'ont pas fait grand chose car j'ai tout de suite perdu connaissance et Severus est intervenu au bon moment, commence la rousse. Mais Mary n'a pas eu cette chance. Ils nous ont séparées et Mulciber et Yaxley se sont enfermés avec elle dans un placard à balai.
Je hausse les sourcils, surprise. Non pas de la cruauté de ces individus car j'en ai déjà été témoin mais plus du fait que la petite brune de Gryffondor s'en soit sortie indemne. Ils ne sont pas du genre à laisser leur victime en vie.
— Ils m'ont torturée, explicite Mary d'une voix peinée. Pour le pur plaisir de me faire mal.
— Tu n'es pas obligée d'en parler, la coupé-je, prise d'empathie.
— Ce n'est un secret pour personne de toute façon, souffle-t-elle. Le Professeur McGonagall m'a retrouvée entre la vie et la mort. J'ai passé tout le mois de juin à l'infirmerie à recouvrer de mes blessures. Ma mère et ma sœur ne voulaient pas que je retourne à Poudlard cette année mais il était hors de question que je leur donne raison en me cachant.
J'acquiesce de la tête, alors que mon palpitant s'accélère. Je me rappelle du poignard qu'ils avaient enfoncé en plein dans le thorax de mon père en prenant un malin plaisir à le remuer dans la plaie. Ces hommes sont des tortionnaires. Ils ne sont même pas humains.
— Pourquoi s'en sont-ils pris à toi ? demandé-je bien que je connaissais la réponse.
— Parce que je suis une Née-Moldu.
— Ils t'ont… Ils t'ont fait la même chose qu'à Leila ? demande Marlène, blême.
La concernée secoue négativement de la tête et fixe ses chaussures d'un air vide comme si elle était prise de flash-back.
— Non. Je crois que c'est pire.
— Mary, intervient Lily.
— C'est bon Lily, rassure la brune. Je peux le faire. Il faut que j'affronte la réalité.
Je commence à redouter le pire. Mary sous ses airs de petite tête-en-l'air, est une battante, ça je le sais. Mais je suis aussi parfaitement consciente des atrocités dont sont capables les Mangemorts. J'ai vraiment peur d'entendre ce qu'elle a pu subir.
— Ils ont… Enfoncé un poignard en moi, révèle-t-elle, toujours les yeux dans le vague.
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas vraiment comment ni où elle a pu être blessée.
— Maintenant je vais bien et toutes mes blessures ont guéri, reprend-elle. Je ne pourrai juste pas avoir d'enfants.
Oh non. Ils n'ont pas fait ça...
Lorsque Marlène comprend, elle pousse un cri déchirant, la main devant la bouche. Moi, j'écarquille les yeux, partagée entre l'horreur et le dégoût. Un frisson me parcourt l'échine. J'ai envie de vomir. Mon sang se révulse dans ma poitrine et un profond sentiment de haine et de colère se diffuse en moi.
Je n'ose même pas imaginer la douleur et le traumatisme qu'elle a dû vivre. Les yeux de Mary et Lily sont gorgés de larmes. Nul doute qu'elle s'est forgée des remparts en béton armé après cette épreuve et que passer pour une fille légère et joviale est plus facile pour affronter la réalité.
— Et après on ose nous dire que Poudlard est l'endroit le plus sûr sur Terre, laissé-je échapper, les poings serrés.
— Dehors c'est encore pire, assure Lily. Je ne sais même pas si je vais pouvoir revoir mes parents à Noël. Ils sont moldus, ils sont clairement en danger et vulnérables.
— C'est pour ça qu'on doit apprendre à se battre, réagit Marlène, déterminée. Nous ne laisseront pas ces salopards s'en sortir indemnes.
— Protéger les autres est tout aussi important, assure la rousse. C'est pour ça que j'insiste sur les sorts de défense. Si j'en avais maîtrisé ce jour-là, rien de tout cela ne te serait arrivé.
Les deux Gryffondor s'observent silencieusement avant que Mary ne hausse les épaules et envoie tout balayer d'un geste de la main.
— Si j'avais su attaquer, aussi. Donc nous devons maîtriser les deux : se battre et défendre les autres.
— Ok, vous m'avez convaincue, admets-je. Va pour le sortilège Periculum.
— Et le Patronus, complète Marlène.
Nous nous rapprochons toutes les quatres, comme si nous signions un pacte. Nous nous observons silencieusement, déterminées à améliorer nos compétences. Déterminées à nous battre. Déterminées à être là les unes pour les autres, coûte que coûte.
Au bout d'une heure d'entrainement, je pense pouvoir affirmer que je maîtrise le sortilège du bouclier et du Periculum avec brio. Nous avons appliqué les méthodes que notre très cher Professeur de Défense Contre les Forces du Mal nous a appris lors de sa toute première séance de cours.
Je suis à présent en sueur et exténuée. Mon cœur bat férocement dans ma cage thoracique mais je reste incroyablement excitée. Je suis comme une pile électrique. Comme si je me nourrissais de l'énergie magique dépensée durant cette séance de longue haleine. Je pourrais encore prolonger notre "petite réunion sortilège".
— On passe aux sortilèges d'attaque à présent ! dis-je, enthousiaste. Vous verrez, j'en ai repéré des extras dans mon livre !
— Ouais mais c'est un peu risqué si on les teste sur nous, recadre Marlène. Il faudrait utiliser des vieux chaudrons, comme on en utilise en classe.
— On n'est malheureusement pas dans la bonne salle de cours, relève Lily.
Je considère quelques instants la situation avant d'avoir une idée.
— Je vais aller demander à Adrian, déclaré-je. Attendez-moi là, je reviens !
Je fais marche arrière, quitte la salle de classe et pénètre la pièce juste en face. Cette dernière est plongée dans le calme total. Ici non plus il n'y a pas le moindre élève. Sans doute sont-ils tous à Pré-Au-Lard.
Je chasse d'un revers de la main les gouttes de transpiration qui perlent sur mon front puis m'empare d'un énorme chaudron que nous avons pour habitude d'utiliser comme cobaye. Jusqu'à ce que j'entende des voix. Je me fige et dévisage la porte des appartements d'Adrian, au fond de la salle. Je sursaute lorsque j'entends un cris de douleur.
Qu'est-ce que trafique cet imbécile ?
Curieuse, je traverse discrètement la pièce. Je monte à pas de loup les escaliers et tends l'oreille.
Honnêtement, je ne sais pas pourquoi je m'intéresse tant à lui. Il est compliqué, stupide et imprévisible. Mais aussi taquin et passionné. Depuis notre dernière altercation à la Tour d'Astronomie je ne cesse de me ressasser en boucle ce qui aurait pu se passer s'il avait été réellement attiré par moi.
Lorsqu'il a rompu le contact visuel et qu'il s'est enfui comme un voleur, j'ai perdu toute confiance en moi. J'ai alors pris conscience que je ne l'intéressait pas. Sinon il m'aurait sauté dessus. Ce n'est pas le genre à se contrôler et à réfléchir face à l'appel de la chair. Qu'il soit mon prof ou non, je pense qu'il s'en fiche bien. Il faut que je me rende à l'évidence : pour lui je ne suis qu'une élève. Une enfant. Ce n'est pas forcément très sexy une gamine vierge qui n'a aucune expérience avec le sexe opposé, contrairement à lui qui a sûrement déjà tout vu et tout testé. Je dois donc me sortir de la tête cette fascination complètement démente que j'éprouve pour mon professeur. Il n'est qu'un fantasme d'adolescente en manque de figure paternelle et d'autorité. Voilà, le diagnostique est posé. La disparition de mon père altère forcément mes idées. Je vais donc et ce, dès à présent, me ressaisir et penser aux choses bien plus importantes et préoccupantes de ma vie.
Lorsque j'entends de nouvelles protestations surgir depuis la porte, je me fige sur place. Qu'est-ce qu'il fabrique encore ? Je pose doucement ma paume sur la poignée et attend, le coeur tambourinant dans ma poitrine.
J'ouvre ? Je n'ouvre pas ?
J'ouvre et passe ma tête depuis l'encadrement.
— Endoloris !
— Putain mais plus fort ! hurle une voix que j'identifie tout de suite comme étant celle de Regulus. Je ne sens rien !
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « Je ne veux pas te faire mal » ?!
Je cligne des yeux, encore plus abasourdie que je ne l'étais. Regulus, tout transpirant de sueur et à bout de force est affalé sur une chaise tandis que son professeur le surplombe de sa hauteur, sa baguette pointée sur lui.
— Qu'est-ce que vous faites tous les deux ici ? demandé-je, en écarquillant les yeux.
Moment de silence. Adrian et mon ami me dévisagent avec interdiction, comme deux enfants pris en faute. Le grand brun se passe une main gênée dans sa chevelure ébouriffée puis m'adresse un sourire angélique tout en venant prendre appui sur la tête de son élève.
— Hey Chaton ! salut-il. Euh… On se prépare pour Halloween ! On est un couple BDSM. Ça se voit pas ?
Je papillonne des cils, incrédule. Est-ce que j'ai seulement bien entendu ? Je détaille mon meilleur ami puis mon professeur en croisant les bras et fronce les sourcils. J'entre dans la pièce et les fusille du regard. Ce n'est pas normal qu'ils se retrouvent tous les deux dans cette salle. C'est louche, très louche.
— Que faites-vous ensemble ? questionné-je une nouvelle fois, en articulant très lentement car non satisfaite de trouver réponse.
— Et moi je t'en pose des questions ? Qu'est-ce que tu fais là, toute transpirante et toute rouge ? Tu viens de courir un marathon ?
Regulus et Adrian pouffent de rire en chœur. Ah ça pour s'être bien trouvés, ils se sont bien trouvés ces deux-là.
— Traîner avec moi c'est dangereux mais pas avec cet abruti de première visiblement, relevé-je en m'adressant à mon ami tout en désignant notre professeur de la main.
— Euh l'abruti sait se défendre, indique ce dernier en levant le doigt. Contrairement à certains ou certaines…
— Peut-être qu'elle peut nous aider, intervient Regulus, comme s'il sortait subitement de sa torpeur.
Quoi ? De quoi parle-t-il ? Je suis en plein délire.
— Peut-être que Juliet a plus de cran pour me jeter le sortilège de torture que toi, reprend-il très sérieux en dévisageant Adrian.
Les deux hommes se jaugent du regard silencieusement. J'ai l'impression qu'ils se livrent à une conversation mentale dont je suis écartée. Perdant patience, je claque la langue d'agacement.
— Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce que vous fabriquez tous les deux ? demandé-je pour la dernière fois. Un samedi après-midi alors que tout le monde fête Halloween ?
Je balaie les deux hurluberlus du regard alors qu'Adrian s'étire. Il m'adresse un jeu de sourcils séducteur dont j'ai maintenant l'habitude puis sort une cigarette de son paquet qu'il coince entre ses lèvres et l'allume.
— Tu lui dis ou je lui dis ?
Regulus roule des yeux avec sa flegme habituelle puis prend la parole.
— J'essaie de m'habituer à supporter le sortilège Doloris, indique mon ami en se redressant sur sa chaise. Et à contrôler accessoirement mes pouvoirs de legilimens.
— Tu lui as dit ? m'étonné-je. Et attend… Quoi ?! Le sortilège Doloris ?!
— Attends ! Miss Gryffondor est au courant que tu es legilimens ? coupe Adrian, surpris.
— Évidemment ! Je suis sa meilleure amie, grogné-je en serrant les dents.
— Elle peut nous être utile, souligne Regulus d'un ton convaincu en coupant court.
Une fois de plus, j'observe les deux jeunes hommes d'un air sidéré. Depuis quand sont-ils devenus aussi proches ? Je rate visiblement bien des choses.
— Et excuse-moi mais il me semble avoir mal entendu ! Tu t'entraînes sérieusement à résister au Doloris ?!
— Ouais.
— Pourquoi pas un sortilège de la mort tant que tu y es ?! Est-ce que tu aurais perdu quelques neurones en cours de route ou bien tu essaies de te calquer sur la débilité de cet individu ?
Une fois de plus, je désigne mon professeur de la main qui me renvoie un air faussement offusqué.
— C'est la deuxième fois que tu insinues que je suis stupide !
— Je ne l'insinue pas, je le dis. Excuse-moi mais un prof qui pratique des sortilèges impardonnables sur son élève n'a rien de normal…
— Parce que ce que je vis n'est pas normal, coupe Regulus. On est tous plongé dans une merde abominable. Je te l'ai dit, Voldemort cherchera à me tuer si je ne te livre pas. Avant de m'achever, il va fouiller dans ma tête et me torturer. C'est dans ton intérêt que j'apprenne à m'entraîner. De cette manière, je ne pourrais pas répéter l'erreur que j'ai faite.
Je considère le brun d'un air malheureux. Il culpabilise d'avoir laissé libre accès à ses souvenirs au Seigneur des Ténèbres. À cause de cela, j'ai perdu mon père. Pour autant, je refuse de lui faire du mal. Je refuse qu'on lui fasse du mal.
— Il n'aura pas à te faire ça car…
— Ju', ne joue pas à l'héroïne et aide-moi. C'est tout ce que je te demande.
— Je peux te dire la même chose ! Je refuse que tu te sacrifies pour moi, je te l'ai déjà dit !
— Hep-hep, temps mort les gars, intervient Adrian en roulant des yeux. Vous vous déclarerez votre amour sans limite à la fin de cette séance. Moi, mon temps est compté. Alors si on pouvait retourner au centre du sujet ?
Je fronce les sourcils et considère les deux hommes avec mécontentement. Je n'aime pas ça. Passer du temps avec Regulus, ok. L'aider, ok. Fois mille. Mais céder à son funeste dessein, hors de question.
Ceci dit, il me propose une échappatoire pour que nous puissions nous côtoyer en toute discrétion et en sécurité. C'est une opportunité unique. De la joie mêlée à l'espoir éclate en moi car il me parait assez évident que Regulus n'est pas comme tous ces Mangemorts. Malgré sa trahison, il est quelqu'un de bien et cherche à se faire aider, sinon il ne serait pas là. Aussi improbable que cette situation puisse être, je comprends que mon ami souhaite se battre et se défendre. Finalement, notre amitié n'est pas perdue !
De plus, ce sera la parfaite occasion pour apprendre à gérer moi-même mes facultés car même si je m'entraine à présent avec les filles, il n'y a malheureusement personne sur qui je puisse m'exercer. Je dois donc négocier.
— Alors ? demande Adrian.
Je grogne en signe de réponse puis capitule en soupirant bruyamment.
— Ok, ça marche pour moi. Mais à la condition que vous m'aidez aussi avec mes pouvoirs.
Si je maîtrise correctement mes dons, je pourrai éviter Regulus de se jeter en pâture. C'est mon unique solution pour le protéger.
Les deux bruns me considèrent avec circonscription. Adrian se racle la gorge puis fait un pas en avant vers moi.
— Moi je ne fais rien avec toi, se décharge-t-il sur le ton de la confidence. Tu es beaucoup trop violente. Je tiens à mes couilles.
Son visage se ferme et il me considère avec sérieux. Ses prunelles grises me fixent avec sévérité et inquiétude. Cet imbécile craint vraiment pour ses bourses ! Je ne le crois pas…
— Et si je promets solennellement de ne pas m'attaquer à tes précieuses parties génitales ? proposé-je en roulant des yeux.
Un sourire satisfait et malicieux apparaît sur son visage. Il me tend la main, signant notre accord.
— J'adore le qualificatif que tu utilises pour nommer mes boules, souffle-t-il avec provocation. Et pour répondre à ta question : on se réunit les lundis, mercredis et jeudis soir. De temps en temps le samedi aprem'. À prendre ou à laisser.
Je dévisage ses doigts avec appréhension. Il vient se poster devant moi, me surplombant de sa hauteur. Il ancre ses iris gris dans les miens et m'adresse un sourire confiant. Derrière lui, Regulus acquiesce silencieusement de la tête pour m'encourager à signer notre accord.
Convaincue, je glisse ma paume contre la sienne et la serre fermement.
— Deal. Bon en attendant, j'ai besoin d'emprunter quelques chaudrons, dis-je l'air de rien. Je peux ?
— Fais comme chez toi chérie ! J'ai l'habitude de tes familiarités à présent, ricane le grand brun.
Je fronce les sourcils et l'interroge du regard. Est-ce qu'il fait référence au dernier soir où il m'a plaqué contre le mur en se penchant à deux centimètres de mes lèvres, son corps bouillant collé au mien ? C'est de ce genre de familiarités là dont il parle ?
Une lueur de panique traverse les beaux iris couleur d'acier de mon professeur et avec étonnement, ses joues prennent une couleur rosée. Mon cœur se met alors à s'accélérer. Est-ce qu'il a lu mes pensées et surtout, est-ce qu'il rougit ?!
— Je parlais de ta tendance à t'en prendre à mes parties génitales et à celle de cracher sur les gens, reprend-il aussitôt.
Oh misère ! C'est certain, il a lu mes pensées. Je défaille sur place. C'est parfait, maintenant il sait que cette scène me hante. La honte ! Est-ce qu'il est conscient qu'il me fait de l'effet ?!
— Vous avez fait un concours de crachat ?! s'offusque Reg. Depuis quand vous vous voyez en dehors des cours vous deux ?
Il fronce les sourcils et nous dévisage avec mécontentement alors que je fixe mes chaussures, soudainement mal à l'aise. Est-ce que j'ai vraiment mis Adrian Potter, roi du jemenfoutisme, dans l'embarras ?
— Hey Reg mon pote, comment ça se passe avec Lyssandra ? demande ce dernier en lui crachant sa fumée de cigarette à la tête.
— Va te faire !
Étonnée que le sujet Lyssandra revienne sur le tapis, je les dévisage avec intérêt. Combien d'autres secrets partagent-ils ? D'abord ses pouvoirs de legilimens, ensuite sa situation compliquée en tant que Mangemort et à présent, ses histoires de cœur. Comment a-t-il réussi à gagner la confiance de Regulus aussi rapidement ?
— C'est bien ce que je pensais, approuve Adrian avec un sourire satisfait collé sur les lèvres. On s'est tout dit pour la journée, Thorn. Tu peux retourner vaquer à tes occupations de tueuse de chaudron.
Ramenée à la réalité, je papillonne des cils, percute puis roule des yeux et fais marche arrière.
— Promis, j'en prendrai grand soin et je te les rendrai intacts, grogné-je.
— Ne fais pas des promesses que tu ne peux pas tenir, réplique-t-il en m'accompagnant vers la sortie. Tout le monde sait que tu es une harpie enragée.
— Mais bien sûr…
Clac !
J'ai à peine le temps de finir ma phrase qu'il me referme la porte du bureau au nez. Les bras ballants, je reste plantée là, encore sous le choc. Ce type est vraiment impossible !
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Lorsque les filles et moi retournons à la tour des Gryffondor, exténuées de nos efforts, nous nous effondrons sur les canapés de la salle commune. Lily nous abandonne pour une douche bien méritée. Mary, elle, s'étale de tout son long et pose sa tête sur mes genoux.
— Tu es une folle furieuse Juliet, souffle-t-elle. D'où tu tires toute cette énergie ?
J'esquisse un sourire pensif. La réalité c'est que je n'ai pas arrêté de penser à mon ami et à cette occasion unique de nous retrouver. J'ai hâte d'être à lundi soir ! Le bonheur fait avancer bien plus vite que la haine ou la vengeance. Je m'en rends compte.
Je relâche la tête en arrière et ferme les yeux, appréciant cette étrange sensation d'apaisement lorsqu'un cri surgit depuis la tour des garçons. Affolée, je dévisage mes amies qui se contentent de lever les yeux au ciel.
— Oh non, souffle Marlène, dépitée.
— Qu'est-ce qui se passe ? demandé-je en fronçant les sourcils.
— Viens ! C'est le Halloween Challenge !
Sans même avoir le temps de réagir, Mary tire sur mon bras et m'entraîne avec elle à la vitesse de la lumière. Elle monte quatre à quatre les escaliers vers les dortoirs des garçons et arrive impatiente, le souffle court. Elle m'adresse un sourire polisson avant de désigner du regard James et Sirius.
— Putain, je vais te tuer ! grogne James, recouvert de sang.
Ce dernier, seulement vêtu d'une serviette de bain pourpre nouée autour des hanches, est entièrement recouvert d'hémoglobine. Une expression de dégoût barre son front alors qu'une odeur pestilentielle s'élève dans toute la pièce. Tous les garçons autour de nous explosent de rire, Sirius le premier. Visiblement le Gryffondor est bon pour une nouvelle douche.
— Oh Sirius tu as été cherché où ce sang ? demande Peter en se bouchant le nez.
— C'est du sang de troll, révèle le concerné, fier de lui. Je l'ai trouvé dans les cachots.
— Eurk ! Ça sent l'œuf pourri ! se plaint Mary d'un air dégoûté.
— Je me suis surpassé cette année, jubile Sirius, avec un air fier collé sur le visage.
Très vite, nous sommes rejoint par d'autres Gryffondor qui viennent apprécier leurs farces. Il n'y a que ces deux-là pour faire ce genre de chose !
— Chaque année, c'est de pire en pire, déplore Remus en se postant à mes côtés.
— Parce qu'ils le font tous les ans ? m'étonné-je.
— Oui, c'est le Halloween Challenge, m'apprend le brun. C'est eux qu'ils l'ont inventé. Tous les ans, ils se font des farces entre eux. Celles sur le thème d'Halloween sont les plus dégoûtantes et effrayantes. Ils se dépassent d'année en année.
— Hum et bien au moins ils ont un avenir tout tracé chez Zonko, ricané-je.
Remus et moi nous renvoyons un sourire complice alors que nous déportons nos regard vers les deux Maraudeurs.
— Rira bien qui rira le dernier, Patmol ! aboie James en le fusillant du regard.
Son ami ricane et se dirige vers son lit, un air fier collé sur le visage.
— J'attends ta revanche avec impatience mon cher Cornedrue !
Le Gryffondor s'affale sur sa couche avec suffisance mais malheureusement pour lui, son matelas se dématérialise et Sirius atterrit dans une piscine d'excréments. J'écarquille les yeux tandis que James entre dans un fou rire incontrôlable. Il est ensuite rejoint par tous les témoins de la scène. Sauf la victime en question qui fulmine de rage.
— Visiblement elle était plus rapide que prévue ! s'esclaffe James, hilare.
— Espèce de sale fils de troll ! fulmine Sirius en se baignant dans sa pataugeoire brune. Chauve-furie !
Le sort déploie une multitude de chauve-souris qui assaillent le joueur de Quidditch. James éclate de rire, se protège avec un coussin piqué à l'improviste puis très vite, une attaque de bouse éclate dans le dortoir.
— Oh non d'un gobelin, on se casse d'ici ! indique Marlène en écarquillant les yeux. Ça va partir en sucette ! Vite !
Je suis tirée en arrière par mon amie tandis qu'une vague d'élèves se précipitent en même temps vers la sortie, laissant les deux Maraudeurs s'entretuer dans le sang et le crottin.
Le cœur battant la chamade, nous rejoignons la Salle Commune avec un sourire sur les lèvres. Je n'en reviens toujours pas ! Ces deux-là sont ravagés !
— Ils sont complètement cinglés ! déplore Marlène, encore secouée.
— Heureusement que Lily n'a pas assisté à ça, ça aurait fini en crise de nerfs, indique Mary.
— D'après Remus, ce n'est que le début, signifié-je.
— Oh oui ! On va y avoir droit pendant toute la soirée.
— Tant qu'ils ne s'attaquent pas à nous, ça me va !
— Ils n'ont pas intérêt. Sinon ils vont voir de quel bois j'me chauffe ! grogne Marlène en montant les escaliers vers nos dortoirs.
— Tu fais quoi Juliet ? me demande Mary en voyant que je reste plantée là.
— Euh… Je sais pas. Je pensais aller à la bibliothèque jusqu'au dîner…
— Ça va pas la tête ou quoi ?! Ce soir c'est la soirée d'Halloween ! s'exclame mon amie en écarquillant les yeux. On doit se préparer pour la cérémonie !
— La cérémonie ? demandé-je sceptique.
— Oui, c'est une tradition à Poudlard, explique brièvement Marlène. Tous les ans, après le festin, nous nous rendons aux berges du Lac Noir pour une cérémonie de sabbat. Nous envoyons des lampions dans le ciel, chantons, dansons. Et évidemment, nous devons être apprêtées.
— Mais c'est génial ! jubilé-je. Et comment ça « apprêtées » ?
— Tu n'as jamais célébré le sabbat ?
— Non. Mon père n'était pas fan de cette fête.
— Nous devons nous vêtir en blanc, pour les pures sorcières vierges que nous sommes, répond Mary en m'adressant un clin d'œil taquin. Et les gars eux, sont tous vêtus de rouge.
— Hum. Sympa la symbolique.
— C'est pour ça que James a eu droit à son saut de sang ! percute la brunette en pouffant. Il est déjà prêt pour la soirée.
— Oui très certainement, gromelle Marlène en roulant des yeux. Allez bougez vos fesses, on a du pain sur la planche. Merlin seul sait combien de temps va prendre votre ravalement de façade !
J'éclate de rire et lui envoie un sympathique doigt d'honneur, me laissant entraîner dans la tour des filles.
— Ouais surtout que tu dois te laver !
— Parle pour toi, Thorn !
En nous chamaillant, nous montons quatre à quatre les marches vers une douche bien méritée !
Une fois lavées, nous nous mettons d'accord toutes les quatre pour arborer la même coiffure. Pour ce faire, Mary nous prête son fameux shampoing français pour que notre chevelure gagne des centimètres. Après avoir opté pour une longueur jusqu'aux fesses, nous les ondulons à l'aide de notre baguette magique puis nous nous asseyons en tailleur indien au centre de la pièce, l'une derrière l'autre. Pour parfaire notre coiffure, nous confectionnons une couronne de fleurs mêlées à de subtiles tresses fines à chacune d'entre nous.
Ensuite, nous sortons de nos penderies des robes de sorcière que nous teintons d'un blanc immaculé grâce à un simple sortilège. La mienne, initialement verte olive, est une longue robe en soie. Une jolie encolure cache-cœur met en avant mon décolleté tandis que mon dos est nu. J'espère que je ne vais pas attraper froid ! Mais d'un autre côté, c'est la parfaite occasion pour montrer mon nouveau tatouage. Dans la nuit, on ne verra que lui.
Contrairement à la mienne, la parure de Lily est en dentelle, transparente le long des bras et à partir des genoux. Celle de Mary s'apparente plus à une chemise de nuit blanche qu'à une robe tant elle est fine et légère. Marlène, elle, porte une robe empire avec de la broderie sur les épaules et une ceinture de fleurs.
Nous nous peignons ensuite les ongles des mains et des pieds d'un vernis noir puis je me fais maquiller par Mary. Cette dernière me trace un long trait d'eye liner et me met du mascara. Après cela, j'ai droit à un peu de blush sur les joues pour soi-disant, je cite, « faire ressortir mon teint de pêche et mes taches de rousseur ».
Lorsque nous sommes prêtes, nous partons joyeuses et surtout, pieds nus vers la Grande Salle, impatientes de commencer le banquet d'Halloween.
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Attablés auprès des Gryffondor, nous discutons tous avec entrain, impatients de commencer notre cérémonie. James, Remus, Sirius et Peter sont revêtus de chemises rouges bordeaux et de pantalons en toile blanche, comme la majorité des autres mecs de la salle. Eux aussi sont pieds nus.
Le festin était incroyable. Tout était sur le thème de la soirée ainsi nous avons eu l'impression de boire du sang, de manger des araignées, des vers de terres ou encore des yeux de gobelins. Nous sommes donc tous plongés dans l'ambiance, prêts pour lancer les hostilités.
Alors que nous ne tenons plus en place, le Directeur se lève, fait tinter son verre pour attirer notre attention puis se racle la gorge et nous adresse un grand sourire.
— Je vous souhaite à tous, un très joyeux Halloween ! indique l'homme en ouvrant grand les bras. Je sais que bon nombre d'entre vous attendent impatiemment le début des festivités mais j'ai, avant tout, un message à vous communiquer.
Je tends la tête comme tous mes autres camarades et reste pendue aux lèvres du vieil homme, habillé d'une longue robe de sorcier rouge cramoisie avec des étoiles scintillantes dessus.
Albus Dumbledore glisse son regard vers le professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Ce dernier se lève, le visage fermé. Aussitôt, mon palpitant s'accélère, redoutant quelque chose. Tout le monde se tait autour de moi, l'œil aux aguets.
Adrian porte une chemise couleur rouge sang, très échancrée, laissant une vue agréable sur son torse imberbe. Les pans de ses manches sont remontés jusqu'à ses avant-bras et il porte un pantalon noir très serré. Il affiche toujours le même air supérieur et séducteur. Son regard croise celui d'une sorcière blonde, qui se lève à son tour.
Cette dernière, du même âge que lui à peu près, tire avec grâce les pans de sa longue robe blanche en dentelle transparente et près du corps. Elle relève la tête avec dignité et renvoie un regard assuré et sévère. Elle est grande, mince et ses cheveux sont tirés à quatre épingle en un chignon gracieux. Ses yeux bleu polaire balaient avec une rapidité déconcertante les élèves de la Grande Salle comme si elle analysait chacun d'entre nous. Elle est intimidante et semble vouer une haine sans nom pour notre professeur à en juger par la mine dédaigneuse qu'elle lui renvoie.
— Votre professeur Adrian Potterson va malheureusement nous quitter, annonce le Directeur en désignant le concerné d'un geste de la main. En effet ce dernier a beaucoup à faire. Il a gentiment accepté de me rendre service en prenant le poste vacant de professeur mais est, à présent, contraint de retourner à ses propres projets. C'est donc le Professeur Dorcas Meadows qui va prendre la relève pour le restant de l'année. En attendant, je vous prierais d'applaudir bien fort Monsieur Potterson pour le travail et les efforts investis au cours de ces deux derniers mois.
Je papillonne des yeux, prise de court. J'interroge du regard mes autres camarades aussi choqués que moi.
— C'est Halloween ou le premier avril ?! demande Peter, éberlué.
— Moi je dis pas non ! Tu as vu cette paire de jambes ?! hallucine Sirius en louchant sur la nouvelle professeure.
— C'est un retournement de situation plutôt inattendu, confirme James en baissant ses lunettes sur son nez comme s'il était aveuglée par la beauté de Meadows. Aïe ! C'était une blague Lily-chérie !
— Fais gaffe ! prévient la rousse en plissant des yeux.
Je ricane puis reporte mon attention vers les concernés. Pourquoi Adrian s'en va ? Ça n'a aucune logique. Il y a quelques heures il entraînait Reg et me proposait de me joindre à leurs petites séances clandestines. Il ne semblait pas vouloir partir. Cette décision vient forcément de tomber. Je ne peux pas croire qu'elle était préméditée.
— Maintenant que cette annonce est faite, reprend Dumbledore avec un sourire chaleureux. J'annonce la cérémonie du sabbat ouverte ! Rendez-vous aux rives du lac !
Dans un vacarme épouvantable, les bancs reculent et raclent le sol et tous les élèves bondissent sur leurs pieds, prêts à partir en expédition. Mary s'empare de mon coude et m'entraîne avec elle d'un pas joyeux bien que je sois encore dans le vague.
— J'arrive pas à le gober un truc pareil ! Il va vraiment partir...
— Les gens viennent et partent dans la vie, indique la sorcière brune en haussant des épaules. Il faut t'y faire Ju ! J'ai bien compris ça le jour où mon père a foutu le camps de la maison. Bon allez, viens !
Je ne relève pas l'expérience douloureuse qu'a vécu mon amie lorsque ses parents se sont séparés et la suis d'un pas léger. Nous sommes rejointes par le reste de la bande. Comme à son habitude, Mary croise et salue tous les élèves qu'elle connaît sur son passage tandis que James et Sirius s'adonnent à d'autres frasques. Ils poursuivent leur tradition d'Halloween avec assiduité et enchaînent entre croque-en-jambe savamment bien placés et sortilèges farceurs.
Alors que je suis la troupe d'élèves en direction du parc, je suis bousculée violemment par une sorcière brune qui manque de me plaquer au sol.
— Oh ! Oops pardon ! s'excuse-t-elle.
Son visage rond se tord en une expression d'horreur et elle m'agrippe le bras, inquiète.
— Je suis trop désolée ! Tu vas bien ?!
— Alice ! Fais attention ! C'est la troisième fois que tu bouscules quelqu'un, ricane derrière elle un grand brun que je reconnais tout de suite comme étant un Gryffondor.
— Désolée, répète-t-elle. Je suis tellement pressée d'assister à la cérémonie ! À plus !
Elle tire le brun par la manche et s'enfonce dans la foule avec, surexcitée et impatiente. Mary à côté de moi pouffe de rire.
— Du Alice tout craché ! C'est la pire tête en l'air que je connaisse, commente-t-elle.
Moi, je n'ai même pas eu le temps de réagir qu'ils étaient déjà partis.
— C'est vrai, j'avais oublié que tu connais tout Poudlard, me moqué-je.
— Eh oui, je connais les secrets de tout le monde, fanfaronne-t-elle avec un air supérieur figé sur les lèvres. Alice Travers par exemple, est une Poufsouffle de septième année. C'est une Sang-Pur. Elle sort avec le grand brun que tu as vu, Frank Londubat. Ça fait depuis une éternité d'ailleurs qu'ils sont ensembles. Depuis la quatrième année je crois. Elle est très gentille et c'est une vraie casse-cou ! Elle oublie toujours tout tout le temps ou bien elle se rétame toujours sur le sol à cause de sa maladresse maladive. Ah et aussi, elle est boulimique depuis l'âge de ses treize ans. Et deux de ses oncles ont rejoint le mouvement de Tu-Sais-Qui. Depuis cette dure épreuve, elle veut devenir Auror.
Je mime une grimace mais ne prononce mot. Nous avons tous plus ou moins un rapport assez étroit avec les Mangemorts visiblement…
Alors que nous marchons sur les herbes fraîches du parc, je suis prise d'un frisson. Le vent se lève et je frictionne mes bras pour me réchauffer. Si je ne tombe pas malade dans cet accoutrement, cela relève du miracle. Quel idée de s'habiller comme ça en plein mois d'octobre ?!
— Tu as froid ? me demande Mary.
— Ouais, grommelé-je.
— T'en fais pas, dès que la cérémonie va commencer, tu vas bouillonner de chaleur, m'apprend-elle. C'est d'ailleurs pour ça qu'on s'habille aussi léger. Car le sabbat puise dans nos énergies profondes puis distribuer notre magie auprès de tous les êtres vivants qui nous entourent. Tu vas presque être dans un état de transe.
— Hâte de voir ça !
Lorsque nous arrivons aux berges du lac, un grand feu de joie est allumé et tous les élèves se regroupent autour. Une musique produite par des tamtam et des flûtes de pan berce la nuit étoilée qui se reflète dans l'eau. Les sorciers se mettent alors à chanter et à danser comme s'ils étaient devenus des nymphes de la nature.
Notre professeure de divination, Irina Nostradamus, nous accueille avec enthousiasme, comme à son habitude. Des ricanements moqueurs s'échappent de diverses conversations à mesure que la vieille sorcière, toujours à fond dans son rôle, nous encourage à ramasser des lanternes et des bougies posées sur l'herbe humide.
— Bienvenue jeunes gens ! s'exclame-t-elle. Bienvenue ! Rassemblez-vous ! Nous allons procéder au rituel du sabbat ! Nous allons vénérer et envoyer notre message d'amour envers notre vénérée Hécate !
— Elle est complétement déjantée celle-là, fait remarquer Marlène en se plantant à ma gauche.
Elle roule des yeux tout en croisant les bras. J'esquisse un sourire en coin, ravie d'être transportée dans un décor aussi inhabituel.
— Qui est Hécate ? demandé-je en fronçant les sourcils.
— La Déesse des sorcières, apprend Lily. Selon Nostradamus nous détenons nos pouvoirs de sorciers car nous sommes choisis par Hécate. C'est ce qui explique l'apparition de sorciers nés-Moldus.
— Hum… Vous-Savez-Qui serait joyeux d'entendre cette théorie, fis-je remarquer en levant un sourcil.
— Nostradamus insiste tous les ans pour faire cette cérémonie, intervient Remus d'un air grave. Mais honnêtement, je crois que ce sera la dernière fois.
Je fronce les sourcils et l'interroge du regard. Ce dernier jette des coups d'œil aux alentours avec une veine d'inquiétude figée sur le front. Le Gryffondor est aux aguets.
— Pourquoi ça ?
— Tu l'as dit toi-même, ce genre de rituel va à l'encontre des convictions profondes des Mangemorts. Maintenant que c'est un fait avéré que nous en sommes infestés, je doute que ce genre de rassemblement soit toléré très longtemps.
Il marque un point. Je lève la tête et dévisage tous les élèves autour de nous. Sans cape ou cravate, je ne parviens pas à distinguer leur maison. Ils se ressemblent tous. Il sera donc difficile de repérer les Serpentard. De plus, ils sont tellement nombreux et agglutinés autour du feu de joie qu'il est presque impossible de s'en sortir sans finir piétiné si un danger survenait.
— Venez, on va un peu plus loin, invite Peter d'un signe de la main.
D'autres élèves ont également la même idée et vont s'installer aux bords du lac pour avoir une meilleure vue et pour mieux pouvoir respirer, loin de la foule autour du feu. Nous le suivons alors, parés de nos lanternes et bougies.
— Chers élèves ! reprend Nostradamus. Munissez-vous de votre lampion, tenez fermement votre bougie dans la main droite et répétez ces paroles avec moi : Solstitii Temporis Sensvs audit nostrum !
Je fronce les sourcils et renvoie un air amusé à mes camarades. Je commence presque à regretter de ne pas avoir choisi la Divination comme option.
James et Sirius, revenus de leurs frasques, se joignent à nous. Le dernier, à bout de souffle et les joues rouges, s'appuie négligemment contre moi en passant son bras autour de mes épaules.
— Alors qu'est-ce que j'ai râté ?
— Pas grand chose, on récite des incantations en latin, dis-je en haussant les épaules.
— Énorme. J'adore cette femme !
J'éclate de rire alors qu'il part se chercher un lampion et une bougie.
— Tu vas voir, Nostradamus est exceptionnelle, commente-t-il en revenant vers moi. Elle prône l'utilisation de la magie sans baguette. Chose qui est impossible, bien évidemment — à part la magie instinctive bien évidemment. Ni elle ni aucun de ses élèves n'a jamais réussi à faire ce qu'elle demande.
J'esquisse un sourire avant de revenir vers la femme qui guide son assemblée avec conviction, dressée debout sur un podium.
— Solstitii Temporis Sensvs audit nostrum ! Répétez après moi ! s'anime-t-elle en levant les bras vers le ciel. Hécate entend notre appel et allume notre flamme ! Solstitii Temporis Sensvs audit nostrum !
Certains élèves se prêtent au jeu dont Lily et Mary qui répètent l'incantation plus par curiosité que par réelle conviction. Marlène elle, en toute sceptique qu'elle est, ne tente même pas et se contente de gratter un clope à Peter.
— Aller, vas-y, fais-le, invité-je mon ami avec un sourire moqueur.
— Et pourquoi pas toi ? rechigne Sirius avec un air malicieux.
— Parce que je ne veux pas me ridiculiser, pouffé-je de rire. Alors que toi tu adores ça !
— Très bien, je vois, abdique-t-il. Alors regarde-moi échouer lamentablement mais tu devras aussi le faire !
— J'accepte.
— Bien. Alors… Solstitii Temporis Sensvs audit nostrum.
Je regarde sa bougie avec un grand sourire figé sur les lèvres mais au bout de quelques secondes d'attente, je suis forcée de constater qu'il ne se passe rien. Déçue, je me moque gentiment de lui.
— Tu es indigne de Hécate ! Voilà tout !
— C'est ça, c'est ça. Allez, à ton tour, Déesse de la nuit !
Je roule des yeux puis fixe ma bougie. Je perds mon sourire et me concentre quelques instants sur le morceau de cire blanche que je détiens entre mes doigts. Le tempo de la musique et des chants résonnent dans mes oreilles dans une synchronisation parfaite. L'herbe sous mes pieds se réchauffe et diffuse son énergie. Le vent se lève et s'engouffre dans mes cheveux. L'eau du lac s'agite. Les animaux nocturnes s'animent et braquent leur regard vers moi. Plus rien n'existe autour de moi à part cette bougie.
Déterminée, je souffle à voix haute.
— Solstitii Temporis Sensvs audit nostrum.
L'incantation résonne dans mon derme alors que mes pulsations cardiaques s'accélèrent. Je suis soudainement habitée d'une vague de chaleur incandescente qui se diffuse dans tout mon corps.
Puis, rien.
Sirius éclate de rire autour de moi et me donne une tape moqueuse dans le dos. Désappointée, je remonte mon regard dépité vers lui.
— Oh c'est bon hein, grogné-je.
Ce dernier se décompose et me regarde avec deux yeux écarquillés.
— Quoi ?
— Juliet…
Il pointe du doigt ma bougie, allumée et flamboyant de mille feux. Je fronce les sourcils avec incompréhension avant de renvoyer un air ennuyé à mon ami.
— Ahah, très drôle. Fais tes blagues à James. Pas à moi.
— Je te jure que j'ai rien fait ! Tiens, prends la mienne et recommence, tu verras. Ce n'est pas moi qui ai fait ça.
Je n'ai le temps de protester qu'il échange les deux cônes de cire de nos mains. Je me retrouve avec la sienne et la contemple. Aussitôt, un frisson me parcours l'échine. Mes poils se dressent sur mes avants-bras et j'entends mon cœur résonner dans ma cage-thoracique. Mais est-ce seulement le mien ? J'ai l'impression d'entendre plusieurs battements. Ils sont frénétiques et réguliers. Paniquée, je relève les yeux et prends conscience que ce sont les cœurs de chacun de mes camarades que j'entends, de chacun des animaux, de chacun des végétaux. Tous les êtres vivants autour moi. J'ai l'impression d'être reliée à eux par un puissant flux énergétique. J'enfonce mes orteils dans la terre et la magie se fait encore plus forte. Je ne sais pas ce qu'il se passe mais tout mon corps se réveille. Comme s'il avait été endormi depuis des millénaires et qu'il sortait enfin de sa torpeur.
Sûre de moi, je descends les yeux vers la bougie.
— Solstitii Temporis Sensvs audit nostrum.
C'est presque sans aucune surprise qu'une flamme naît de nulle part et éclaire mon visage plongé dans l'obscurité. Satisfaite, j'affiche un sourire en coin supérieur.
— Comment t'as fait ça ? demande Sirius, éberlué.
— J'en sais rien…
— Juliet ! Tu as réussi ! s'exclame Mary en se jetant sur moi. C'est génial !
— Ouah ! Félicitation Ju !
— Ça n'a rien de fou, c'est juste une bougie…
Je n'ai le temps de finir ma phrase que la flamme entre mes mains se transforme en un gigantesque brasier ardent. Nous poussons un cri de stupeur en concert et reculons de plusieurs pas. Je lâche mon flambeau qui vient s'écraser dans l'eau.
— Putain ! T'as faillit nous carboniser !
— Désolée, ce n'était pas intentionnel, balbutié-je en me penchant au bord de la rive.
Je plonge mes doigts dans l'eau pour récupérer le morceau de cire mais je me fige dès que je sens des vibrations provenir depuis l'étendu du lac.
— Juliet, qu'est-ce que tu fous ? demande Sirius avec une pointe d'anxiété dans la voix.
— Je sais pas, soufflé-je.
Il me tire en arrière et je retire aussitôt mes mains, rompant tout contact avec la surface.
— Arrête de faire des trucs comme ça, tu fais flipper, indique-t-il en me relevant.
— Euh… Je, oui.
J'inspire et expire profondément tandis qu'il place ses deux paumes sur mes épaules. Il m'étudie patiemment bien que légèrement inquiet et confus.
— Ça va ?
Je hoche la tête puis lui tends sa bougie. Je rejoins notre bande d'amis, encore légèrement perturbée. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive mais je suis prête à parier que tout cela à un lien avec mes étranges pouvoirs. Il faut définitivement que j'apprenne à les comprendre et à les contrôler.
— Bon, on va se contenter de les allumer à la baguette, déclare Peter dans un jeu de sourcils.
Nous l'approuvons aussitôt. Lily sort la sienne, allume la mèche puis nous joignons tous notre bougie à la sienne. Nous sommes éclairés par les petites flammes puis comme synchronisés, nous plaçons la lumière dans nos lucarnes. Très vite, la chaleur fait gonfler le papier et la lanterne s'élève de mes mains.
Autour de nous, tous les élèves ont fait de même et une grande ligne autour du lac s'éclaire. Nostradamus qui a aussi allumé sa bougie avec sa baguette, lance son illumination dans le ciel avec enthousiasme.
— Oui ! jubile-t-elle. Regardez bien le ciel ! Interprétez avec moi les signes envoyés !
J'esquisse un sourire, amusée par le personnage tandis que mon regard se perd dans les horizons. Les lucarnes blanches brillent de mille feux au dessus du lac et s'élèvent petit à petit pour rejoindre les étoiles. C'est magnifique.
Je suis prise d'un frisson lorsque je sens un doigt chaud me caresser le bras. Je lève les yeux, surprise, vers Sirius qui contemple mon tatouage.
— Sympa, commente-t-il.
— Merci.
Je contemple mon dessin qui, plongé dans le noir, ressort bien mieux qu'en plein jour. Des petites billes lumineuses scintillent pour former la constellation du lion.
— Tu as des tatouages, aux que sur les poignets ? demandé-je au brun.
— Ouais, révèle-t-il en relevant les pans de sa chemise. J'en ai dans le dos et un peu sur le torse aussi. J'aimerais bien en faire aux mains prochainement.
Je détaille ses dessins aux poignets, certains enchantés comme le mien et d'autres normaux. Toutes sortes de symboles se mélangent. Des runes anciennes, des crânes, des croix, des citations en latin. Ils sont tous très réussis.
— Ça fait longtemps que tu en as ?
— J'ai dû faire mon premier vers quinze ans, réfléchit-il. C'était évidemment pour énerver ma mère.
— Tout ce que tu fais, c'est par esprit de contraction ?
— Oui et non. Premièrement, j'adore emmerder les gens et surtout ma mère donc on va dire que c'était la chose la plus logique à faire. Et ensuite, de manière générale, je ne suis pas comme tout le monde et je ne veux pas l'être. Alors voilà.
Il extirpe son paquet de cigarettes de sa poche et en sort une. Avant qu'il ne le range, je lui en tire une et viens la coincer entre mes lèvres. Il lève un sourcil étonné et m'interroge du regard.
— Tu commence à te rebeller Thorn ? provoque-t-il.
— Non, fumer n'a rien de rebelle, je te l'ai déjà dit…
— À moi certainement pas, c'est la première fois que je te vois fumer. Tu dois confondre de mec, ricane-t-il en allumant nos mégots avec sa baguette.
Je fronce les sourcils et cogite tout en inhalant longuement. C'est vrai, j'étais avec Adrian ce soir-là. Bizarrement, je commence à m'emmêler les pinceaux avec leurs regards gris si semblables et si pénétrants.
— J'aime bien en tout cas.
Je recrache la fumée sur le côté et l'interroge du regard.
— Qu'est-ce que tu aimes ?
— Toi. La nouvelle Juliet.
— Je ne suis pas nouvelle. Je n'ai pas changé. Ça ne fait que deux mois que tu me connais.
— Vrai et pourtant, au début, je n'aurais même pas prêté attention à toi, annonce-t-il l'air de rien. Là c'est différent. Tu fumes, tu te fais tatouer, tu fais des rêves érotiques et tu maîtrises une magie mystérieuse. Avoue que c'est peu ordinaire.
Légèrement surprise et décontenancée par sa remarque, je me mords la lèvre d'embarras.
— Déjà, je ne fume pas régulièrement. Ensuite, j'ai toujours voulu me tatouer, d'aussi longtemps que je me souvienne. Et pour les pouvoirs, je suis bien loin de les maîtriser.
— Et pour tes pulsions maladives ?
J'éclate de rire et roule des yeux et rencontre son air malicieux.
— Elles n'ont rien de maladives. Elles sont totalement saines et normales, dis-je avec sérieux.
— Saines, carrément, me taquine-t-il. Tu as déjà fait l'amour Juliet ?
Je déglutis de travers et le dévisage comme s'il était un fantôme. Pourquoi me pose-t-il cette question ?!
— Euh… Je. Pourquoi tu te concentres uniquement sur les choses que j'ai faites et non pas sur qui je suis ?
Il s'embrouille en balbutiements inaudibles lorsque soudain, une lueur verte m'interpelle. J'oublie ma conversation avec mon ami et dirige mon regard vers le ciel. Avec horreur, un crâne de squelette apparaît, il ne m'en faut pas plus pour la reconnaître immédiatement. Je suis prise d'un haut-le-cœur et un désagréable frisson me parcours le corps. Avant même que la Marque des Ténèbres n'apparaisse complètement, un raz-de-marrée de cris apeurés retentit.
— Oh mon dieu ! s'écrit Mary, effrayée.
— Qui a fait ça ?!
— Ça vient de la Forêt Interdite ! indique Peter en pointant du doigt les hauts sapins qui bordent la rive d'à côté.
J'étudie les alentours alors que mon cœur s'accélère considérablement. Des Mangemorts. Ils sont là, à Poudlard. La cérémonie de sabbat est interrompue et tout se transforme en véritable capharnaüm. Les élèves crient, pleurent et s'agitent. Ils se bousculent pour rentrer au château. Un mouvement de panique prend place et très vite, tout se transforme en schéma d'horreur.
Moi, je laisse tomber ma cigarette, m'empare fermement de ma baguette puis sans réfléchir plus longtemps, je pars en courrant vers la forêt. Je n'entends plus rien, je ne fais attention à plus rien d'autre que ces connards qui courent non loin d'ici. Je veux leur tomber dessus. Je vais les faire payer. Je détale à toutes jambes malgré les protestations de mes amis.
— JULIET !
Trop tard. Je suis déjà loin.
