Religion :

D'une main souple, Keigo alluma un cierge, sa soutane bien en place sur ses épaules. En pleine nuit, l'église semblait encore plus paisible de nuit qu'elle l'était en plein jour. Loin de la foule qui se pressait en grand nombre pour se laver de ses péchés en cette année perdue où la maladie gagnait les rues et tuait de plus en plus d'âme innocentes. Hier encore, il dut apporter l'extrême onction à un duc mourant venant du duché voisin.

La Peste Noire, le plus grand fléau de cette décennie après les guerres, l'être apporté par les démons eux-mêmes en ces temps troubles. Un démon apportant par la mort un regain de religion.

Avec un soupire, le blond s'agenouilla au prie dieux alors qu'un bruit monstre se faisait entendre depuis la pièce adjacente. Il frissonna et se leva avec lenteur, rejoignant la petite porte de bois dérobée pour rencontrer les orbes brillants et bleus d'un être enchaîné.

Le cierge en main, le jeune homme alluma quelques bougies pour rencontrer la peau gâtée par le feu, le sourire carnassier, les longues griffes noires et les cornes de bouc du démon affalé au sol, dont les chaînes teintaient à chaque petit mouvement.

Le brun eut un rire et se mit en position assise alors que le prêtre se saisit du crucifix apposé au mur. Lent, il s'approcha du pêché en personne dont le rire rocailleux augmentait à mesure de l'avancée du blond. D'un bond, il se releva et se saisit de l'objet religieux pour le jeter au loin. Le regard fou, le sourire carnassier, même enchaîné, le démon à l'apparence d'un magnifique jeune homme, semblait dominer la situation de toute sa hauteur. Le jeune prêtre, affolé, voulu fuir la prise qui se renforçait progressivement à mesure que les ongles de la bête s'enfonçaient dans sa peau. Le blond frissonna et se mit à ronronner avec tendresse à son oreille.

« Oh… Tu es de nouveau venu me rendre une petite visite ? Comme c'est charmant joli cœur.

-Lâche-moi, démon.

-Oh… Petite colombe, tu ne me tenais pas ce discours là hier. Tu étais plus… Charmant. »

S'amusa le démon alors que sa queue de diable fouettait l'air, montrant son doux amusement. Taquin, il grignota la peau laiteuse à sa portée, arrachant un gémissement de la part du prêtre qui n'arrivait pas à reprendre la pleine possession de ses sens. C'était tous les soirs le même problème, il se laissait tenter par la douce voix, les caresses volages et le ton rocailleux de la bête. Et lorsque le lendemain arrivait, tout ce qui lui restait était les pleines marques, de ses tentations qu'il peinait de plus en plus à cacher. Car plus le temps passait, et moins il se battait. Un jour, il le savait, il libérerait l'être de la nuit de ses chaînes et le suivrait jusque dans les profondeur de l'enfer.