Jour 11
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Jaime et Cersei suivent Tyrion à travers les rayons du magasin, l'observent comparer plusieurs guirlandes, incapable de se décider, l'écoutent s'enthousiasmer devant chaque nouvelle décoration qu'il aperçoit, lui donnent leur avis de temps à autre.
S'ils sont obligés d'en racheter, c'est parce que Jaime a tout jeté il y a trois ans, incapable de supporter plus longtemps la vue de tous ces objets qui lui rappelaient le départ de Cersei et son cœur bousillé. Sa jumelle se cache encore derrière ses cheveux, semble nerveuse au milieu de cette foule, il se mord la lèvre. Ils n'ont pas parlé de Robert, de son agression, des non-dits déploient leurs ombres entre eux, il se demande ce qu'elle ressent, si elle se sent vulnérable, à quel point son mariage et son agression l'ont affectée.
Ça ne devrait pas le toucher et pourtant Jaime ne peut empêcher l'inquiétude de courir dans ses veines comme un poison lent et douloureux.
Cersei souffle un peu lorsqu'ils sortent du magasin avec leurs achats mais ne se détend véritablement que lorsqu'ils retrouvent le refuge de la maison. Jaime échange un regard avec Tyrion, lui aussi l'a remarqué.
« Ne perdons pas de temps, » lance Tyrion d'un ton un peu trop enthousiaste. « Nous avons une maison entière à décorer ! »
Le visage de Cersei se fend d'un léger sourire.
Ils passent les trois heures qui suivent à suspendre des guirlandes multicolores partout et à se chamailler pour déterminer quelles boules auront l'honneur d'être accrochées au sapin. Tyrion fronce les sourcils quand Cersei saisit une grosse boule bleue qu'elle a insisté pour acheter entre ses mains, les yeux brillants.
« Bleu, ce n'est pas une couleur de Noël ! » fait-il remarquer.
Un sourire nostalgique étire ses lèvres.
« Je sais. Mais j'aime le bleu... »
Ses yeux rencontrent ceux de Jaime. Il déglutit.
Bleu, comme le ciel sous lequel ils se sont embrassés pour la première fois. Bleu, comme la vieille couverture sous laquelle ils se blottissaient pendant les soirées d'hiver. Bleu, comme les draps qui les ont vus ne faire qu'un après des mois passés à tenter de résister.
« Moi aussi, j'aime le bleu, » répond t-il sans même en avoir conscience.
Tyrion semble comprendre, sourit un peu tristement.
« Va pour la boule bleue, alors. »
Cersei a presque l'air d'une enfant quand elle l'accroche sur une des plus hautes branches du sapin, elle n'a pas remarqué que ses cheveux ne dissimulent plus sa joue.
Jaime prend complètement Tyrion au dépourvu lorsqu'il sort trois chaussettes d'un vieux carton et les accroche sur la cheminée. Sur chacune d'elle, une lettre dorée est brodée – C, J et T.
« Tu... tu les as gardées, » fait Tyrion, les yeux ronds. « Je pensais que... »
« C'est Maman qui les a faites pour nous. Je n'ai pas pu les jeter. »
Bouleversée, Cersei les caresse du bout des doigts, mille souvenirs défilent devant ses yeux. La gorge nouée, elle lui fait un signe de tête plein de gratitude – Jaime a le cœur au bord des lèvres.
« Oh non ! » s'exclame Tyrion, rompant sans le vouloir la magie du moment. « On a oublié d'acheter une nouvelle étoile pour le sapin ! »
« Ce n'est pas grave, » le rassure Jaime. « Nous n'aurons qu'à retourner au magasin et... »
Il s'interrompt. Alors qu'elle contemplait les chaussettes, Cersei a levé les yeux et a croisé son regard dans le grand miroir accroché au dessus de la cheminée.
Les larmes aux yeux, elle quitte la pièce en courant, incapable de supporter ce reflet qu'elle a en horreur plus longtemps.
Jaime pousse un long soupir triste et peiné.
