12 décembre
Fandom : Les Rois maudits (roman et série 2005)
Personnages : Édouard II Plantagenêt x Hugh le Despenser le Jeune
Amants
Il y avait toujours une cohorte de nobles, conseillers et éminents religieux qui suivaient Édouard partout, au premier plan desquels on trouvait ses frères et ses cousins. Au moins, le roi colérique et indécis avait toujours des gens sur qui crier, et Hugh pouvait toujours s'arroger le beau rôle, celui d'amant et conseiller qui allait toujours dans son sens, ou dans un sens qui plairait au monarque. Il connaissait bien son Édouard. Pas juste parce qu'il avait passé beaucoup de temps à l'étudier pour déterminer la meilleure façon de s'attirer ses bonnes grâces. Mais aussi parce qu'il l'aimait, maintenant.
Hugh savait très bien qu'il aurait dû se concentrer sur la conversation, afin de saisir chacun des arguments avancés et déterminer si, oui ou non, ils risquaient de lui porter préjudice et faire vaciller la place de choix qu'il occupait au sein du pouvoir royal. Mais, en cette fin d'après-midi hivernale, il n'y parvenait pas. Ses absences se faisaient de plus en plus nombreuses, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Son regard vert glissait sur Édouard, sur ses cheveux bruns et sa barbe courte, ses yeux marron, son air tellement naïf et déterminé tout à la fois. Et il devait se retenir très fort pour ne pas se mettre à soupirer comme le plus niais des damoiseaux énamourés. Mais Édouard lui faisait beaucoup trop d'effet, aujourd'hui.
Il fallait qu'il trouve un moyen de l'attirer à l'écart de sa foule de conseillers. Et un moyen réel, qui les empêcherait de les suivre. Tout le monde savait que le roi et lui étaient amants, jusqu'à Rome, même, mais ils ne pouvaient pas pour autant le montrer en public. Enfin... pas trop le montrer en public. Un sourire un peu niais échappa à Hugh quand il repensa à toutes les fois où le roi lui tenait la main pendant la messe, et à ces moments précieux, sur les échafaudages ou dans les quartiers populaires de Londres, durant lesquels son amant se sentait moins surveillé et prenait souvent son visage dans ses mains pour l'embrasser. Un soupir lui échappa. Édouard se figea comme si on avait claqué une porte ou brisé un vase et pivota immédiatement vers lui. Hugh sursauta presque mais s'efforça de rester impassible.
Tous les regards convergèrent vers le favori et il fixa l'un des conseillers au hasard. Le comte de Kent, tiens. Comme le frère d'Édouard était encore jeune, il se troubla sans savoir comment réagir et regarda ailleurs. Hugh esquissa un rictus moqueur qui s'agrandit lorsque son amant décréta :
"Nous devrions rentrer au château. Il se fait tard et ces pourparlers n'avancent pas !
-Sire mon cousin, tenta de négocier Tors-Col, mais Édouard le coupa d'un geste impatient.
-Allons-y ! insista-t-il en remontant son lourd manteau de fourrure sur son épaule, personnification évidente de sa maladresse et de son embarras. Je le veux !"
Il quitta la salle du petit manoir de campagne en trombe et Hugh lui courut après, absolument ravi de la façon dont tournaient les évènements.
"Je te jure..., marmonna Édouard en remontant son manteau sur son épaule une nouvelle fois."
Il se tourna vers son favori et sembla chercher une assertion à son agacement sur son beau visage.
"Ils n'ont de cesse de me harceler avec leurs histoires d'administration, alors que...
-Chut, souffla Hugh en se penchant sur son amant pour l'embrasser, mais il fut interrompu en plein geste par le pas des autres conseillers qui arrivaient derrière eux."
Frustré, le courtisan foudroya du regard les nouveaux arrivants et dépassa le roi pour s'éloigner le plus vite possible. Ses doigts se crispèrent inconsciemment sur le mur de pierre d'une nouvelle pièce et il souffla longuement. Il n'arriverait jamais à se retenir. Il avait besoin d'obtenir un petit moment en tête-à-tête avec son amant maintenant, et...
Soudain, une idée lui vint.
"Il fait vraiment froid dans ce manoir, Édouard, attaqua-t-il dès que le roi l'eut rejoint en trombe.
-Hein ? Tu as froid ? répéta le monarque, d'abord interloqué par cette déclaration soudaine, puis inquiet. Tu veux que j'aille demander à...
-Non."
D'un mouvement de tête aussi gracieux qu'impatient, Hugh lui désigna les arbres argentés que l'on devinait par la fenêtre. D'abord, Édouard ne comprit pas, puis son visage s'éclaira d'une lueur d'espoir et d'excitation.
"Oh, murmura-t-il, tu veux qu'on... tous les deux ?
-Mmh mmh."
Édouard le prit immédiatement par la main et l'entraina hors de la pièce. Rôdé aux manœuvres de discrétion, il dissimula leurs doigts entrelacés derrière son dos quand ils croisèrent son escorte dans le couloir et décréta :
"Lord Gloucester et moi sortons un moment pour chercher quelques morceaux de bois de chauffage ! Il fait aussi froid que dans une tombe, ici !
-Sire, ce n'est pas à vous de..., tenta de protester son cousin, mais Édouard le coupa comme lors de sa dernière intervention :
-Ça suffit ! J'ai dit !"
Hugh ne put pas s'empêcher de leur adresser un regard triomphant et il se laissa volontiers entrainer à la suite de son amant dans le couloir. À la faveur d'une poterne dissimulée dans un renfoncement, ils sortirent dans une petite cour intérieure. Les murs encroûtés de givre scintillant, très proches les uns des autres, la neige qui tapissait le sol et coiffait les tours, les arbres argentés qui penchaient leurs rameaux vers eux, tout cela donnait aux lieux une atmosphère profonde et féérique. Hugh huma l'air revigorant une fois pour la forme puis attrapa Édouard par son manteau et l'attira à lui pour l'embrasser.
"Enfin ! jubila-t-il entre deux baisers. J'ai bien cru qu'ils ne te lâcheraient jamais !
-Il fallait... le dire... si tu étais si... pressé, fit valoir le roi quand il lui laissa quelques secondes pour respirer. Je les aurais congédiés bien plus tôt !"
Le courtisan s'abstint de répondre; sa bouche avait des choses plus importantes à faire, à l'heure actuelle. Au bout de longues minutes, ils finirent par glisser au sol et Hugh frissonna dans la froideur hivernale. La main d'Édouard glissa sur sa tempe et il attira son front contre le sien comme il le faisait souvent pour leur ménager un petit moment intime, puis il se délesta de son manteau de fourrure et le posa sur les épaules de son favori.
"C'est gentil, mais nous pouvons rentrer, à présent, lui rappela Hugh en haussant les sourcils.
-Pas question ! répliqua Édouard. Tu as bien dit que nous sortions chercher de quoi nous chauffer, et je ne peux pas rentrer bredouille.
-Nous n'avons qu'à passer par les réserves de bois et en prélever là-bas.
-Je préfère essayer de le faire moi-même. Il y a longtemps que je n'ai pas mis le pied dans un arbre !
-Attends, quoi ? Non ! Édouard !"
Hugh retint un soupir de dépit. Oui, il connaissait bien son amant, mais il n'avait pas pensé au fait qu'il voudrait vraiment rassembler ce bois pour le feu. Il ne manquait plus qu'à prier pour qu'il ne se fasse pas mal. Et puis, il avait son manteau sur les épaules. Quelle plus agréable façon d'être au chaud ?
