Auteure: Tch0upi

Disclamer: Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto

Pairing: NaruSasu, peut-être d'autres.

Rating: T (pour violence et possibles scènes explicites)


Double Tranchant

Chapitre 14


- …mais comme je vous le disais, monsieur Uchiwa, son état s'améliore de jour en jour, compléta l'infirmière.

L'homme fit quelques pas dans la pièce, précédé par l'infirmière qui vint replacer doucement l'oreiller sous la tête du patient, celui-ci s'étant légèrement déplacé dans son sommeil. Sur le lit reposait un jeune homme d'une vingtaine d'années, aux cheveux noir corbeau. Une barbe de quelques jours couvrait le bas de son visage.

- Les antidouleurs expliquent pourquoi il est inconscient, mais il va bien.

- Je vois, lâcha l'homme d'une voix claire.

Vêtu d'un complet chic qui respirait le pognon, il avait des cheveux noirs, de la même teinte que ceux du sergent Sasuke, longs et attachés finement par un élastique à la base de sa nuque. Il se tenait debout, bien droit, les mains dans les poches, et fixait le garçon couché là, observa avec minutie l'infirmière – une femme d'un certain âge – vérifier son pouls et son soluté. Elle continuait à pépier, discutant de tout et de rien. L'homme s'avança et se posa près du lit, de l'autre côté, où une chaise était laissée là comme à l'abandon. Il remarqua une veste orange abandonnée sur le dossier et une tasse de café à moitié entamée, qui semblait encore chaude si on se fiait au petit nuage de fumée qui s'en échappait.

Curieux, il dressa le menton et interrompit le flot de paroles qui sortait de la bouche de la dame :

- Excusez-moi, il a un visiteur ?

L'infirmière fixa, surprise de la question soudaine, la tasse de café que l'homme désignait d'un doigt.

- Oh ! Oui, un homme, très charmant et poli. Un policier !

- Un policier, hm ?

- Oui. Quelqu'un de très proche, je présume, continua-t-elle alors qu'une tendresse s'étalait sur les traits de sa figure ridée. Le pauvre homme est ici depuis que le jeune homme a été admis d'urgence. Il n'a pas quitté son chevet.

- Dites donc, dit-il simplement.

- Et vous, alors ? Je suis sûre que Sasuke sera heureux de voir un membre de sa famille. C'est curieux, j'étais pourtant certaine d'avoir lu dans son dossier qu'il n'avait aucune famille proche.

L'homme lui fit face, chacun d'un côté du lit.

- Je vis à l'étranger, c'est pour cette raison, et c'est aussi pour cela que je ne suis pas venu aussitôt. Dès que j'ai reçu la nouvelle qu'il était à l'hôpital, j'ai sauté dans un avion.

- C'est bien normal ! Et vous êtes quoi pour lui ? Son frère, son oncle ? Excusez-moi ! ricana-t-elle. J'ai un mal fou à vous donner un âge. Soit vous êtes beaucoup plus jeune que vous n'en paraissez ou soit vous êtes beaucoup plus vieux.

Il poussa un petit rire, enfonçant les mains dans ses poches.

- Je suis effectivement plus vieux que j'en ai l'air, madame.

- Alors ? Vous êtes… ?

Elle le contempla avec une attention particulière, si bien que l'homme s'en trouva agacé. Mais aussitôt qu'il allait ouvrir la bouche, il fut sauvé par une sonnerie qui retentit dans le corridor et qui, d'un coup, alerta l'infirmière. Son expression changea du tout au tout – d'abord attendrie et détendue, elle devint complètement paniquée.

- Oh mon Dieu, excusez-moi, c'est une urgence !

Elle détala comme un lapin pris au piège au détour d'un arbre par un loup – il la regarda sortir de la chambre en vitesse et comprit qu'un patient d'une chambre à proximité était entre la vie et la mort. On entendit plusieurs bruits de pas précipités dans le corridor et des cris.

Une fois seul, il se tourna vers le patient qui reposait toujours dans l'inconscience, allongé là sur le lit, dans sa position la plus vulnérable.

Il s'approcha lentement et contempla de haut le visage pâle, encadré de cheveux très sombres. Il avait encore des hématomes sur la mâchoire, mais ils commençaient à s'effacer avec le temps. Selon l'infirmière, Sasuke était ici depuis presque une semaine. L'homme tendit une main lentement et la laissa planer au-dessus de son corps, et doucement, vint entourer sa gorge. Ses doigts tremblèrent à cet endroit, mais il finit par laisser glisser sa paume vers l'abdomen du jeune homme, puis vers son poignet…

Il jeta alors un coup d'œil vers la tasse de café, qui signifiait sans équivoque qu'un homme était en visite et que, d'un moment à l'autre, il allait débarquer, de retour de la salle de bain, sans doute. Alors, il vint récupérer un petit calepin dans la poche de son veston et en déchira un petit carré de papier. Il sortit également des gants en latex et il se tourna pour tenter de trouver un stylo qui traînerait quelque part sur un bureau. Il en trouva finalement un et le prit pour gribouiller quelques mots. Lorsqu'il eut terminé, il chiffonna la petite note entre ses doigts et vint, délicatement, la glisser dans la main de Sasuke.

Son geste parut déranger la quiétude dans laquelle il sommeillait puisque, tout doucement, le jeune homme tressauta. L'homme dirigea ses yeux vers ceux du sergent, qui s'ouvrirent à cet instant.

Il demeura immobile, pas du tout perturbé, ni même alerté. Il observa Sasuke, il le regarda en inclinant même légèrement le visage afin d'enligner leurs regards. La tête posée en angle, Sasuke cligna très lentement des paupières et le fixa sans comprendre, tournant même sa tête dans sa direction. Son regard était confus, il était rempli d'un brouillard épais et il était sûr que Sasuke le voyait sans vraiment le voir. Peut-être même qu'il penserait être en train de rêver.

Alors, doucement, il se pencha et referma ses doigts froids autour de la note, puis quitta, se faufilant dans les couloirs de l'hôpital.

Il croisa sur son chemin un homme aux cheveux blonds éclatants, qui marchait d'un pas sûr vers la chambre du sergent-détective…


Naruto frissonna en remettant finalement les pieds dans la chambre de Sasuke. Il détestait l'ambiance qui régnait dans le couloir aujourd'hui – la journée était occupée par des urgences par-ci par-là et il lui semblait que quelqu'un était au pas de la mort à chaque instant, envoyant les infirmières et les médecins courir d'un bout à l'autre. Il y avait au moins un million d'endroits différents où il préférerait se trouver en ce moment qu'ici. Mais Sasuke était ici alors… pour lui il n'y avait qu'ici où il devait être.

Il eut une drôle d'impression en entrant dans la chambre, comme la sensation d'une présence. Il jeta un coup d'œil derrière lui avant de reprendre sa place à côté de Sasuke, décidant qu'il s'agissait sûrement de son imagination. Après tout, il n'avait pas beaucoup dormi durant les dernières nuits…

Il était juste allé à la toilette, mais comme les couloirs étaient un véritable labyrinthe à traverser et que les salles de bain du quatrième étage étaient particulièrement bondées, il avait été forcé de descendre à l'étage inférieur. Il espérait au moins que son café était encore chaud…

Il s'installa et jeta un œil veillant à Sasuke qui n'avait pas bougé. Le jeune sergent était encore sous les effets des antidouleurs. Il avait repris une température corporelle normale, mais il était sous surveillance pour sa commotion cérébrale et ses côtes. Selon le docteur, d'ici encore quelques jours, il pourrait rentrer, mais devrait prendre obligatoirement des vacances du boulot. Naruto redoutait ce que Sasuke allait penser de ça : et comment il allait réussir à convaincre Sasuke de prendre une pause. Il était si possédé par son désir de mettre derrière les barreaux les responsables de la mort d'Itachi.

Il redoutait aussi comment les choses allaient être entre eux. Durant les jours qui avaient précédé, Naruto avait eu énormément de temps pour réfléchir et il s'était déjà pratiquement fait à l'idée que ce qu'il y avait entre eux était terminé. Pas mort. Terminé. Il espérait que non. Il espérait pouvoir trouver les mots pour expliquer à Sasuke les raisons de ses agissements… mais un mensonge était un mensonge, peu importe sa raison d'être. Et Sasuke avait été blessé.

Naruto prit une longue gorgée chaude et s'adossa au fond de son siège, soupirant longuement. Il continua à veiller Sasuke, le contemplant sans réfléchir. Après toutes ses réflexions sur tous les sujets possibles, son cerveau avait juste besoin d'un moment de calme.

Il était en train de regarder le jeune homme quand, tout d'un coup, il fronça des sourcils. Sasuke… Il avait la tête tournée de l'autre côté, tout à l'heure ! Il en était sûr.

Le cœur battant, Naruto s'avança au bout de sa chaise et s'appuya sur le lit.

- Sasuke ? murmura-t-il.

Sa main se posa sur sa main, comme il en avait l'habitude. Au début, c'était pour tenter de le réchauffer, mais c'était devenu naturel, c'était devenu presque un besoin pour lui. Le toucher lui confirmait qu'il était encore vivant.

- Sasuke, je suis là, chuchota-t-il. Je…

Naruto figea lorsque ses doigts touchèrent un bout de papier, coincé entre les doigts de Sasuke. Son cœur s'arrêta. Comment était-ce arrivé là ? Il jeta un œil vers Sasuke, mais il était inconscient. Complètement inoffensif et vulnérable et incapable de se lever de son lit pour griffonner quelque chose.

Il entreprit de déloger le papier froissé des doigts de Sasuke et le déplia en vitesse.

Une écriture fine indiquait des noms de rue.

Route 115 / Boulevard de la Prairie

Naruto lut et relut les rues indiquées sans comprendre. Il s'agissait d'une intersection, il n'y avait aucun doute là-dessus. Mais pourquoi ? Était-ce un lieu de rendez-vous ?

Son cœur se comprima brusquement, ses sens en alerte, il bondit d'un coup et étudia le corps de Sasuke afin de s'assurer – sûrement avec une pointe d'exagération – qu'il n'avait rien. Mais le jeune homme dormait paisiblement, sa respiration normale.

La réalité s'ancra dans ses veines. Quelqu'un était venu ici. Quelqu'un était entré ici.

Naruto attrapa sa veste à la volée et se dépêcha de sortir. Dans le couloir, il héla une infirmière qui s'approcha rapidement.

- Oui ? Un problème, monsieur ?

- Vous pouvez me dire si quelqu'un est entré ici ?

- Je ne saurais vous répondre, il faudrait voir avec l'infirmière qui supervise cette chambre, ou alors au registre de l'accueil.

- Écoutez, je pense que…

Naruto remarqua à ce moment-là que les agents qui devaient monter la garde n'étaient nulle part en vue.

- Monsieur ? répéta l'infirmière. Est-ce que le patient est en difficulté ?

Elle se tourna comme pour foncer dans la chambre, mais Naruto l'arrêta.

- Non ! Il va bien, je vous assure, c'est juste que…

Naruto pencha la tête vers le petit bout de papier chiffonné dans ses mains moites.

- Bon, laissez tomber, je vais me débrouiller.

- Je vais quand même m'assurer que tout est en ordre, tonna-t-elle, autoritaire. Il ne faut prendre aucun risque.

Naruto la laissa entrer dans la chambre de Sasuke pour vérifier notamment son pouls ou son soluté. Elle observa ses signes vitaux et Naruto faillit tomber à la renverse lorsqu'il vit que Sasuke réagissait à sa présence et qu'il ouvrit même les yeux.

Son cœur s'arrêta un instant. Lentement, il refit quelques pas prudents dans la chambre.

- Monsieur ? s'enquit l'infirmière en s'adressant au sergent alité. Vous m'entendez ?

Sasuke ne fit que fixer la femme sans vraiment la voir. Naruto crut qu'il allait refermer les yeux, mais Sasuke fit lentement un signe positif de la tête.

- Bien. Vous avez mal ?

Un signe négatif, mais si faible que Naruto crut l'avoir imaginé. Sasuke n'avait donc pas mal. C'était une si bonne nouvelle qu'il faillit oublier la gravité de ce qu'il venait de découvrir, ainsi que le papier toujours en boule dans sa paume.

L'infirmière lui posa quelques questions avant de repartir, rassurant Naruto au passage que le jeune homme était dans un état qui promettait une rémission hâtive. Naruto la remercia d'un souffle. Il se retourna ensuite et s'approcha de Sasuke à pas furtifs, presque de peur de le brusquer.

Sasuke tourna lentement la tête vers lui, ayant senti son approche, et ce fut Naruto qui manqua de sursauter, lorsque les yeux noirs se posèrent droit dans les siens. Le blond ouvrit les lèvres, mais aucun son n'en sortit. Ils se regardèrent ainsi de longues secondes. Naruto comprit, après un instant, que le regard de Sasuke était voilé, drogué par toute la médication qu'on lui donnait pour noyer sa douleur et qu'il ne se rendait sûrement pas compte de sa présence. Ses paupières semblaient lourdes.

Pourtant, Naruto frissonna, l'impression gravée dans ses veines que Sasuke savait très bien qu'il était là, qu'il en était absolument conscient. Il brûlait de rester à ses côtés, mais il fallait qu'il parle à Kakashi – et tout de suite.

Alors, il s'avança et se pencha pour embrasser le front de Sasuke tendrement. Quand il se redressa, Naruto constata que le plus jeune avait refermé les yeux.

Sans un mot, il enfila sa veste et fonça vers le couloir où il vit les deux agents revenir.

- Pas trop tôt ! s'écria-t-il.

Le premier agent, un homme baraqué âgé quelque part dans la quarantaine, jeta un œil à son partenaire avant de répondre à Naruto.

- Il fallait bien aller manger et le lieutenant n'a envoyé aucune équipe de relais.

- Écoutez, un homme s'est infiltré dans la chambre du sergent Uchiwa, alors plantez-vous à la porte de sa chambre et ne clignez même pas des yeux une seule seconde, est-ce que c'est clair ?

- Quoi, t'es pas sérieux ? s'écria l'autre.

- Ouais, très sérieux. Je me rends au commissariat mais je serai de retour très vite.

Sur ces paroles, Naruto leur jeta un dernier regard autoritaire avant de s'éloigner dans le couloir, rejoignant rapidement le stationnement. Durant tout le trajet jusqu'à sa voiture, il avait constamment regardé tout autour de lui, cherchant une silhouette ou un individu suspect, cherchant n'importe quoi pouvant lui donner un indice sur la personne qui avait mis cette note dans la main de Sasuke. Mais rien.

Il monta dans sa voiture et conduisit aux limites de vitesse jusqu'au poste.

Neji était, apparemment, sur un cas d'homicide avec un enquêteur d'une autre unité, venu en renfort pendant la convalescence de Sasuke. Kiba et Ino étaient en patrouille. Naruto croisa Sakura qui effectuait de la paperasse.

- Est-ce que ça va ? lança-t-elle en le voyant passer devant son bureau sans ralentir.

- Ouais je… je te parle plus tard, Sakura, marmonna-t-il en lui adressant un demi-sourire qui se voulait rassurant, mais qui ne fit qu'inquiéter la jeune femme encore plus.

Naruto fonça tout droit vers le bureau de Kakashi, où il entra sans frapper.

- Faut qu'on parle ! lâcha-t-il.

Kakashi était en train de taper à son ordinateur. Il ne cessa pas son activité lorsque Naruto débarqua en trombe et ne fit que répondre nonchalamment :

- C'est devenu une habitude de ne pas frapper à la porte de tes supérieurs ?

- Tu n'es pas mon supérieur, Kakashi, je ne travaille pas pour le service de police. Enfin, techniquement

- C'est vrai, j'avais presque oublié, sourit Kakashi en terminant de rédiger ce qu'il rédigeait et en pivotant sur sa chaise à roulettes. Agent spécial, c'est ça ? Que se passe-t-il ?

- Quelqu'un est entré dans la chambre d'hôpital de Sasuke, déclara-t-il sans prendre de détours.

Kakashi perdit son expression légère.

- Pardon ?

Naruto sortit la note qu'il avait enfourné dans la poche de sa veste et s'approcha pour le tendre au lieutenant. Celui-ci le gratifia d'un regard confus avant de le prendre en mains.

- Sasuke avait ceci entre les doigts.

Kakashi considéra l'inscription et Naruto vit toute couleur fondre de sur sa figure.

- Attends une petite minute, mais c'est…

- Quoi ? renchérit Naruto. Tu sais ce que c'est ?

- Ça me rappelle quelque chose...

- Vraiment ?

Kakashi demeura immobile les yeux dans le vague quelques secondes qui parurent à Naruto une éternité. À quoi était en train de penser le lieutenant ? Une ancienne enquête ? Serait-il en mesure de relier ce bout de papier à quelqu'un ou alors à une vieille affaire ?

- Kakashi, s'impatienta-t-il – toutes les fibres de son corps le pressant de retourner auprès de Sasuke le plus vite possible. Qu'est-ce que c'est ?

Le lieutenant serra les poings et les muscles de son visage se crispèrent. Dans son regard passa une lueur sombre.

Il se leva lentement.

- Faudra vérifier dans les archives pour en être absolument certain, mais…

- Mais quoi ?

Le lieutenant le regarda gravement, avant de finalement lâcher le morceau.

- C'est l'intersection où les parents de Sasuke ont trouvé la mort.


Le jeune homme poussa un profond soupir. Couché sur le dos sur le canapé de Sasori, il fixait le plafond depuis ce qui semblait être une éternité. Pourquoi cet imbécile de rouquin l'avait cloitré ici, au fait ? Parce que c'était charmant de jouer au chevalier servant et de le protéger, et tout ça, mais qu'est-ce que c'était ennuyant de rester là dans cette immense baraque par un somptueux vendredi soir…

- Y'en a marre ! râla-t-il.

Deidara roula sur le côté et posa ses pieds par terre, se relevant d'une poussée agile. Il était complètement seul dans ce grand salon chic – seul dans cette maison, en fait. Sasori était sorti un peu plus tôt en prétextant avoir des gens dangereux à rencontrer. Il lui avait expressément ordonné de rester ici et de ne pas sortir, que sa tête était mise à prix et qu'il n'avait pas envie de le retrouver au fond d'une ruelle. Deidara devait admettre qu'il ne s'était jamais senti plus en sécurité de toute sa vie, mais le danger de crever d'ennui était bien présent.

Le jeune blond sortit son téléphone de la poche arrière de son jean et se mit à déambuler dans la maison. Voilà une autre indication reçue par le propriétaire des lieux : ne touche à rien. Cet ordre cachait sûrement l'ordre de ne pas fouiller, de ne pas aller dans les chambres sauf celle qui lui avait été octroyée, de ne pas s'aventurer là où il n'avait pas lieu d'être.

Mais Deidara s'en fichait.

Il commença par l'énorme cuisine qu'il avait bien sûr déjà vue, où il avait mangé avec Sasori depuis les quelques jours qu'il squattait ici. Deidara se dirigea vers l'imposant frigo et se dégoba une collation. Il referma d'un coup de pied puis retourna vers le hall pour monter l'escalier qui y trônait. L'étage était encore plus impressionnant que le rez-de-chaussée. Sasori lui avait offert la chambre d'amis, qui était la première sur le palier à droite.

Il jeta un coup d'œil curieux aux autres chambres. Le couloir était si large et long qu'il ne voyait pas le bout, puisque le palier était dans un tournant et un autre couloir s'ajoutait à celui-ci – mais Deidara que de ce côté se trouvait la salle de bain. Il s'arrêta et se mordilla la lèvre du bas. Est-ce que Sasori allait se fâcher s'il apprenait que… ?

Oh et puis merde, le rouquin n'était pas là !

Un petit sourire coquin sur les lèvres, Deidara sautilla dans le couloir jusqu'aux autres portes, toutes fermées. Il passa devant une table contre le mur, où se trouvait un magnifique pot de fleurs synthétiques. À côté, il y avait un cadre avec une photo. Le blond passa devant et s'immobilisa. Il se pencha.

L'image représentait une vieille femme accroupie auprès d'un petit garçon. Le visage angélique et les cheveux roux ne pouvaient tromper sur son identité. Deidara sourit encore plus.

- Mignon, souffla-t-il.

Il fit le tour ensuite, ouvrit quelques portes avec hésitation, mais avec une certaine dose d'excitation. Sa curiosité avait toujours atteint des niveaux pas permis, mais Deidara adorait cette adrénaline et puis, que pouvait-il faire ? Le sermonner ? Il n'avait pas huit ans…

Il ne trouva rien de particulièrement excitant. Il trouva la chambre qu'il soupçonnait être celle que Sasori utilisait, mais celle-ci n'était pas plus décorée que les autres. Deidara trouva d'autres photos, représentant toutes le même petit garçon avec une femme qui semblait être sa grand-mère, mais il ne pouvait bien sûr le prouver.

Bizarrement, ce ne fut pas le sentiment d'empiéter sur l'intimité de quelqu'un qui dérangea Deidara. C'était plutôt le sourire contagieux qui envahissait les photos. Il avait l'impression de les regarder et de vivre à travers elle une enfance merveilleuse… et ce sourire sur le visage de Sasori… Il ne le voyait jamais. Sasori était pourtant si beau, avec un visage doux et aux traits angéliques. Ce sourire ferait un malheur sur son visage adulte, pourquoi ne souriait-il jamais alors qu'enfant, il ne faisait que ça ? Et pourquoi cela le troublait-il autant ?

Deidara se dépêcha de sortir de la chambre, à pas de souris, comme s'il avait peur de bouleverser… quelque chose. Comme si cette maison était pleine de fantômes d'une autre époque. Il ressentait l'atmosphère… il ressentait la présence passée d'une famille heureuse. Et cela laissait de désagréables frissons dans son dos.

Il se rendit à sa chambre et se laissa tomber à plat ventre sur le lit. Il ouvrit son téléphone et presque aussitôt, une petite bulle avec la photo d'Hinata apparut.

Hinata : Mais où es-tu passé, Dei ?

Le blondinet s'empressa de pianoter une réponse, content et soulagé de laisser derrière lui cette petite escapade dans le couloir de la maison et dans l'intimité et le passé de Sasori. Si seulement il avait pu découvrir un seul truc sur l'homme qui le gardait ici… Si seulement il avait pu découvrir qu'il n'était pas un preux chevalier mais un psychopathe qui le séquestrait. Mais non. Rien. Que dalle.

Deidara : Chez un ami, tout va bien, je prends des p'tites vacances bien payées.

Hinata : Tu vas mieux, au fait ? On ne s'est pas vu depuis ton hospitalisation.

Deidara : Ouais, comme neuf, quoi.

Hinata : Tu voudrais pas venir prendre un verre, ce soir ? Ce serait chouette.

Deidara faillit lâcher un petit cri. Aller prendre un verre ! Bon sang, oui ! Il était si ennuyé qu'il était sur le point de démarrer une conversation devant le miroir.

Deidara : Où ? Parce que le dernier bar qu'on a visité est fréquenté par des mecs qui veulent ma peau…

Hinata : On peut aller dans un autre quartier. Je passe te prendre, si tu veux. En plus, il faut qu'on parle justement de ce qui s'est passé l'autre soir !

Deidara : C'est rien, je te l'ai déjà dit. Juste d'anciens pusher… qui pensent encore que je n'ai pas remboursé de vieilles dettes…

Hinata : Alors ? On sort ou quoi ?

Deidara lâcha un moment son portable. Il roula sur le dos et fixa le plafond – une activité dans laquelle il commençait à être un expert.

Il mourait d'envie d'un petit verre avec ses amis. Mais il y avait Sasori qui allait sûrement rentrer bientôt… Et il y avait l'homme qui l'avait tiré à bout portant, et qui continuait de hanter une partie de son esprit. En plus, si Deidara était tout à fait honnête avec lui-même, il avait peur. Peur d'être de nouveau coincé par ces hommes de l'Akatsuki. Ils étaient assez zélés pour lui tirer dessus dans un lieu très publique… alors que pourraient-ils lui faire s'ils le piégeaient au détour d'une ruelle ?

Non, ça n'arriverait pas s'il restait avec ses amis, bien en vue dans un petit restaurant tranquille et éclairé. Voilà qui serait une bonne idée ! En plus, peut-être qu'ils allaient le laisser tranquille maintenant qu'ils en avaient après la police ! D'ailleurs, c'était depuis que le sergent enquêteur Sasuke Uchiwa avait été kidnappé et agressé que Sasori avait pété les plombs et passait des soirées entières à l'extérieur, Dieu sait où, à rencontrer Dieu sait qui… Deidara méritait bien une soirée à respirer le bon air de l'extérieur !

Deidara : Un p'tit resto sympa, pas de bar, encore moins une boîte de nuit, et je rentre avant minuit.

Hinata : T'es devenu un gentil garçon maintenant ? ;)

Deidara : Un garçon qui tient à sa tête !

Hinata lui envoya une suite de GIFs amusants pour démontrer son hilarité à sa dernière réplique. Il lui texta l'adresse d'un resto qu'il connaissait, dans un quartier très éloigné de là où il avait été blessé la dernière fois, et près d'ici à pied. Les deux amis se donnèrent rendez-vous là dans une heure.

Heureux et excité tout à la fois, Deidara se changea et passa une nouvelle fois à la cuisine pour grignoter un dernier morceau pour la route. Il passa ensuite son manteau sur ses épaules, chaussa ses baskets, mais avant de sortir, il reprit son téléphone en mains et composa le numéro de Sasori. Une fois ceci fait, il posa l'appareil sur son oreille.

- La boîte vocale, évidemment, grommela-t-il lorsque la sonnerie eut retentit un septième coup sans réponses.

- Vous êtes sur le portable de Sasori Akasuna, laissez un message et je vous rappelerai.

Deidara soupira.

- Hey, c'est moi, Deidara. Je… je sors, OK ? Juste un petit resto avec une amie, dans un coin très paisible. Je ne reviens pas trop tard. En fait, j'ignore pourquoi je dois te rendre des comptes, c'est pas comme si tu étais mon père ou un truc du genre… Alors, à plus !

Le blond raccrocha. Il se demandait pourquoi cela le mettait mal à l'aise. Sasori ne lui avait pas explicitement interdit de sortir – et puis, s'il l'avait fait, ce serait de l'internement illégal non ? Il n'était pas un prisonnier, il était libre, majeur et vacciné. Un adulte avec toutes ses dents ! Deidara sentait tout de même un élan de tendresse envers le grand rouquin, qui s'était démené pour le garder en sécurité… Qui avait fait ça pour lui, encore ?

Bon, juste une p'tite soirée… se dit-il.

Deidara sortit enfin. L'air froid lui rafraîchit les idées et il inspira profondément.

Il n'avait cependant pas franchi deux mètres sur le trottoir que son portable se mit à vibrer dans sa poche.

Le jeune homme se dit qu'il s'agissait sûrement de Sasori qui venait d'avoir son message, mais l'écran afficha « numéro inconnu ». Fronçant les sourcils et ressentant une légère anxiété quant à l'identité de l'appelant, Deidara glissa son doigt et répondit :

- Oui ?

- Yuna, c'est bien toi ?

Deidara s'arrêta brusquement, manquant se prendre le pied dans une fêlure du trottoir. Son cœur cessa de battre instantanément.

Yuna.

C'était le pseudonyme qu'il utilisait quand il était…

Quand il avait des clients, il y avait de cela une éternité.

- Qui est-ce ?

La voix grave de l'homme retentit de nouveau dans le combiné.

- Je ne peux pas te dire mon nom au téléphone, mais si tu te concentres un peu, tu pourras reconnaître ma voix. Je sais que tu étais Yuna, ce qui veut dire que tu sais qui je suis aussi.

Une sueur froide coula le long de sa nuque. Deidara devint aussi rigide qu'une statue d'argile lorsqu'il crut, effectivement, reconnaître cette voix.

Le choc fut tel qu'il ne savait plus si le temps s'était arrêté de tourner. Le sang ne coulait plus dans sa main, toujours crispée sur son téléphone, plaquée sur son oreille.

- Yuna…

Cette voix…

Des larmes, brusquement, envahirent sa vision et il oublia tout.

Il oublia son rendez-vous avec Hinata.

Il oublia Sasori.

Il oublia même de respirer.

- Yuna, j'ai besoin de ton aide.


À suivre...


Salut !:)

D'abord, je voulais encore une fois vous remercier de lire ! Ça me fait très plaisir et je lis vos reviews avec une joie immense. J'espère que cette suite vous plaira et qu'elle aura fait tourner vos méninges à toute allure...

Alors, qu'en avez-vous pensé ? ;)

Bisous et à bientôt !

Tch0upi