Heureux Noël et bonne lecture
26
Laurence avait un point commun avec Colbert. Ils étaient tombés dans une sale embuscade. Et aucun ne savait comment il allait s'en sortir.
Au moment, où il s'engageait dans les méandres des couloirs du théâtre, il se savait perdu, le gorille de Gilbert ne pourrait pas le suivre sans se faire repérer.
Qu'il en soit ainsi, se dit-il, fataliste.
Une chose le réconfortait, d'avoir pu sauver son fils mais aussi les moments passés avec Alice. Il ne voulait retenir que ces moments-là. Si tout doit s'arrêter, j'aurai réussi cela se répétait-il.
Lui revenait en tête, des mots qui le ramenait à Alice et Thierry et ses maladresses regrettées :
On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu.
Toujours dans ses pensées, un coup le frappa à la tête et il s'écroula.
Lorsque le gorille de Gilbert s'inquiéta de ne pas le voir revenir, il entra dans le théâtre et chercha Laurence. Il finit par trouver un corps allongé par terre le régisseur, remuant à peine. Mal en point, celui-ci fit comprendre qu'il avait été attaqué en même temps que Laurence. Gilbert fut prévenu de ces derniers événements.
Gilbert voulut parler directement à son protégé. Celui-ci lui rendit compte du peu qu'il avait pu tirer du régisseur. Un comité d'accueil était prévu pour attendre Thierry pour lui casser la gueule, voire plus. Le plan que Colbert avait prévu et raconté à Laurence, lorsqu'il avait menacé de faire du mal à Thierry. Le plan était resté le même avec les mêmes conséquences. La victime changeait.
Colbert avait mijoté tout cela, il savait sans doute qui retenait Laurence. C'était une question d'heures avant qu'il en soit fini de Laurence, si les trafiquants découvraient qu'ils avaient un flic entre les mains.
Gilbert, lui, devait faire parler Colbert. Il fallait jouer sur sa lâcheté, sa terreur à l'idée de retourner au théâtre ou chez lui. Il fallait s'en servir et le pousser à bout mais le temps pressait pour sauver Laurence.
En temps normal, Gilbert aurait pris son temps pour arriver à ses fins mais cette option n'était pas de mise.
Il fallait faire vite mais il fallait être efficace.
Gilbert, devait retourner voir Colbert mais désormais les témoins étaient inutiles : Alice et les siens n'avaient pas besoin de savoir comment il allait faire parler Colbert.
Il allait les voir.
- Que se passe- t-il pour retrouver mon père demanda Thierry. Il faut partir l'aider !
- Doucement jeune homme, nous sommes en train de nous organiser mais maintenant il faut rentrer chez vous.
Il se tourna vers Alice et Alexina.
- Je vous promets de vous tenir au courant dès que je sais quelque chose.
- Il est encore en vie ? demanda Alexina.
- Je le pense, un commissaire est une monnaie d'échange très utile. On a lancé des pistes mais il faut nous laisser faire et vous reposer un peu. Voilà ce que je vous propose. Nous allons vous ramener chez vous et je vous recontacte demain matin, d'accord ?
Alice fit face à lui, déterminée.
- Je veux lui parler, montrant d'un geste du menton Colbert assis.
- Alice….
- J'y tiens, j'en ai besoin ! Gilbert, s'il vous plait !
Gilbert ne pouvait pas lui refuser. Et il n'était pas sûr qu'il serait dans un état présentable d'ici quelques heures pour qu'elle le voit alors.
- D'accord Alice, mais cinq minutes. Attendez et je viens vous chercher.
Gilbert refit face à Colbert et s'assit l'air plus que menaçant.
- Où est Laurence, Colbert ?
- Mais je n'en sais rien !
- Votre régisseur nous a expliqué ce que vous aviez prévu pour Thierry. Le Hic c'est que c'est Laurence qui l'a remplacé. Enlèvement d'un officier de police, l'addition va être lourde.
- Je ne sais pas, je vous dis !
- Bien, si vous le prenez comme ça, nous allons changer de méthode.
Colbert le regarda, mort de peur.
- Qu'est-ce-que vous voulez dire ?
- Vous connaissez le dicton : œil pour œil…. On va utiliser avec vous les méthodes que vous avez réservées à Laurence.
Colbert le supplia.
- Comment ça…. Vous ne pouvez pas…. Pas vous !
- Je vous laisse dix minutes pour réfléchir à la façon dont on réglera la situation. Ça sera votre choix qui me dictera ma conduite.
Colbert se tenait la tête dans ses mains, ne sachant comment se sortir de ce piège inextricable.
Gilbert sortir et laissa sa place.
En entendant la porte se fermait, Colbert releva la tête pour se trouver face à Alice.
Alice tremblait, elle faisait tout son possible pour se contenir, pour ne pas s'effondrer ou pour ne pas lui montrer sa colère.
Colbert essaya de jouer le père prodigue.
- Ah Alice, te voilà ! Tu dois leur expliquer !
De longues minutes passèrent sans qu'elle ne dise rien. N'y tenant plus, Colbert finit par entamer la conversation.
- Tu vas m'aider n'est-ce pas ? Tout cela n'est qu'un malentendu !
Alice finit par parler.
- Oui de toute évidence, il y a un malentendu. Ne vous fatiguez pas.
- A quel sujet ? c'est une méprise, je suis piégé par des individus qui veulent me faire chanter et m'éloigner de toi, ils vont encore nous séparer.
Alice ne répondit pas, écœurée, qu'il tente encore de s'échapper de ses responsabilités et de lui la faire à l'envers..
- Où est-il ?
- Où est qui ?
- Où est mon mari ?
Alice avait parlé sans réfléchir, instinctivement à ce moment-là. Laurence était son mari, comme une évidence.
- Ton mari ? Laurence ?dit Gilbert d'un ton ironique et narquois laissant tomber l'image hypocrite du bon père de famille et montrant enfin sa vraie nature.
Le masque de la fausse innocence de Colbert était enfin tombé. La réponse d'Alice l'avait mis en furie pour une raison inexpliquée.
- Ton mari …. pffff ! Ton mari n'est qu'un menteur, un sale flic qui m'emmerde et qui a bien profité de la situation et de toi ! Tu es comme toutes les femmes, une dinde sans cervelle !
Les mots de Colbert n'avaient plus de prise sur Alice, au contraire. Plus il s'épuisait à détruire l'image de Laurence et maintenant à l'insulter, plus elle était sûre que Laurence avait toujours voulu la protéger, mal, mais l'épargner de ce triste individu.
- Je dois vous remercier Colbert, grâce à vous, j'ai compris ce qui comptait dans ma vie. C'est douloureux, je reconnais mais tout est plus clair. Merci.
Elle se leva pour partir. Colbert prit peur.
- Alice, tu dois m'aider, je t'en prie, tu dois leur dire qu'ils doivent me protéger, je suis vieux, il faut me sauver.
- Où est Laurence ?
- Je ne sais pas, aide moi et on le retrouvera !
A ces mots, Alice sortit de ses gonds.
- Encore du baratin !Mais vous, qui avez-vous aidé quand on vous suppliez ? Vous profitez de la détresse, du désespoir des gens ! Vous n'êtes pas capable de faire face à vos erreurs, vous ne savez que mentir, calomnier, diviser ! Nous n'avons rien à voir l'un de l'autre. Désormais c'est avec vous-même qu'il faudra trouver de l'aide. Vous ne méritez pas autre chose !
Alice se calma puis reprit.
- Ma famille, ma vraie famille m'attend. Nous n'avons plus rien à nous dire.
Elle lui tourna le dos et sortit. La porte à peine refermée, elle s'effondra ; Aussitôt Marlène Alexina et Thierry vinrent la relever et la soutenir.
Gilbert vint vers eux.
- C'est bon, ça suffit. Vous êtes épuisée, vous êtes tous épuisés, il faut rentrer maintenant, il est tard. Je vous tiens au courant demain. Je vous le promets.
Il ne servait à rien de leur adresser des mots d'espoir, trop de mensonges avaient été dits dans cette histoire.
Il retint Alexina. Il n'avait pas le courage de faire face à Alice.
- Pourrez vous donner cela à Alice ?
Il lui tendit le courrier. Alexina reconnut l' écriture de son fils, incapable de parler elle hocha la tête et elle rejoignit les autres.
Doucement, ils quittèrent les lieux accompagnés de Charles, l'adjoint de Colbert. La nuit tombée, le temps courait pour retrouver Laurence.
Charles déposa Marlène au commissariat. Glissant l'attendait. Elle s'effondra dans ses bras, vaincue par les émotions et la fatigue.
Alexina proposa d'accueillir Thierry et Alice chez elle. Alice préférait rentrait chez Laurence, chez eux dans l'espoir d'avoir des nouvelles et d'attendre l'appel de Colbert. Finalement tous les trois restèrent ensemble Rue des Petits Champs .
Aucun d'eux n'avait d''appétit mais Alexina leur prépara un diner qu'ils touchèrent à peine. Alice installa Alexina dans son ancienne chambre. Thierry se proposa pour le canapé qu'il connaissait bien.
Juste avant de se saluer pour la nuit, Alexina tendit la lettre à Alice.
- Gilbert m'a donné cela de la part de Swan.
Elle se jeta sur la lettre et l'ouvrir à toute vitesse déchirant presque son contenu.
Elle lut et relut, les mots de Laurence :
"Alice
J'espère que tu auras pris le temps d'ouvrir cette lettre et de la lire au moins une fois !
Je t'ai déçue et je ne cherche pas d'excuses pour avoir recherché ton père sans t'en parler si ce n'est que je ne voulais pas de donner de faux espoirs, te protéger.
En rencontrant M. Colbert, j'étais heureux que tu puisses avoir, enfin, une histoire, un passé.
Ce qui s'est passé ensuite m'a échappé, je te le jure.
Ce mariage, je n'en suis pas à l'origine et je n'ai jamais cherché la faveur de Colbert pour aider mon fils.
Si tu préfères croire ton père, je ne peux lutter car je ne suis pas l'homme qu'il décrit. Je te laisse juge, tu me connais assez, mieux que personne.
Je t'aime, depuis si longtemps. Tu le sais maintenant. Ton sourire, ta folie, ton sale caractère, ton audace me fascinent. J'ai eu beaucoup de chance, j'ai eu ta confiance et je t'ai déçue.
Ce soir, je t'écris de Paris car j'ai peur que l'on fasse du mal à Thierry mais je voudrai être avec toi.
Avoir croisé ta route a changé ma vie, m'a changé. Je souhaite qu'un jour, sans forcément me pardonner, tu me comprennes.
Tu dois prendre en main ton avenir comme tu sais le faire depuis toujours.
Lille est trop petit pour toi, Alice, il faut que tu avances, tu vas faire une journaliste brillante, tu mérites le bonheur, une belle vie, tu as payé trop cher le passé.
Je suis très fier de toi et très heureux d'avoir partagé un moment de ta vie.
Je serai toujours là pour toi.
Prends soin de toi, je t'aime.
S."
Les mots de Laurence sonnaient comme un adieu et cela la révoltait.
- Ca ne peut pas finir comme ça ! Ca ne peut pas finir comme ça !
Elle laissa la lettre sur la table et partit se réfugier dans la chambre. Alexina et Thierry lurent la lettre, bouleversés par les mots de Laurence.
Alice rentra dans la chambre de Laurence, leur chambre. Une éternité semblait être passée depuis qu'elle l'avait quitté la veille au petit matin. Elle revoyait son visage endormi, serein, apaisé. Leur monde était désormais à l'envers.
Alexina glissa la lettre sous la porte pour qu'elle la conserve près d'elle puis se retourna face à son petit-fils.
Enfin seule, Alice s'assit sur le lit et prit le temps de regarder tous les détails de cette pièce si fortement marquée par l'empreinte de Swan. Elle passait ses doigts légers sur la chaine d'or que Laurence lui avait offerte le jour de leur mariage.
En ouvrant le dressing, ses yeux brillèrent en voyant la collection de costumes et de cravates. Mon Dieu quel ordre sourit-elle.
Son œil fut attiré par une boite sous laquelle était posée une enveloppe épaisse. Elle se pencha pour les récupérer et revint s'assoir sur le lit.
En ouvrant la boite, elle découvrit une paire d'alliances. A l'intérieur de chacune était gravé la date de leur mariage et leur prénom. Les larmes coulaient sur ses joues. Elle la posa délicatement pour regarder le reste.
Dans l'enveloppe se trouvait un carnet ainsi que différents documents. Ce dossier était le fruit des recherches de Swan pour retrouver son père depuis le moment où elle avait rencontré sa mère jusqu'à sa dernière rencontre avec Colbert. Des informations sur sa fortune, colossale également.
Le carnet retraçait le journal de ses recherches, ses hypothèses aussi, écrit des pattes de mouche qu'elle reconnaitrait entre mille. Elle s'assit confortablement sur le lit pour toucher ce carnet que Swan avait tenu, dans l'espoir de se connecter à lui et le lire.
Elle se rendait compte du temps et de l'investissement passé par Laurence pour arriver à retrouver Colbert. Elle remarqua qu'à plusieurs reprises, il s'était interrogé à devoir lui dire la vérité sur Colbert repoussant le moment.
Alice s'exclama en lisant la dernière ligne datée de la veille de leur mariage : "je vais perdre Alice parce que je l'aime…"
Elle finit par s'endormir sur son amour perdu.
Dans la salle à manger, Alexina et Thierry restaient en tête à tête perdus dans leur pensée de part et d'autre du canapé.
Le lieu semblait bien vide sans son locataire habituel. Tous les deux ressentaient aussi combien ce lieu était habité par Laurence.
Thierry se tourna vers sa grand-mère.
- Mammy ?
- Oui ? surprise d'entendre Thierry lui donner ce surnom plus familier que l'officiel « grand-mère ».
- Je suis content que l'on soit de la même famille.
Alexina sourit, très émue, en entendant les paroles de Thierry. Toutes ces émotions la submergeaient Thierry l'a pris dans ses bras et toute la tension se relâchait en elle.
Après de longues minutes, elle arriva enfin à se contrôler et à retrouver son calme. Le regard de Thierry ressemblait tellement à son père que le réconfort de sa présence n'empêchait pas de penser à l'absent.
- Merci de me dire cela, je ne l'aurai pas dit autrement.
- Ils s'aiment, tu crois ?
Alexina regarda Thierry.
- Oui, pour ton père c'est une évidence depuis bien longtemps. Pour Alice, c'est plus récent mais j'en suis certaine. Même si je sais que, la connaissant, tout de suite maintenant, j'imagine qu'elle aimerait avoir le plaisir de lui passer un savon !
Thierry eut un petit sourire, il comprenait très bien ce qu'elle voulait dire.
- On a beaucoup de points communs elle et moi. Un père absent et toute une vie a essayer de s'en passer, résuma Thierry.
Alexina et lui avaient déjà abordé le sujet mais elle savait combien Thierry était malheureux d'avoir grandi sans père.
- La différence, c'est que ton père a souvent fait n'importe quoi bien des fois mais il n'a jamais refusé de te voir quand il a appris ton existence, ni menacé la vie des gens que tu aimes analysa Alexina avec douceur et je sais aussi qu'il culpabilise.
- Tu crois ?
- Thierry, ton père a cette qualité, ou ce défaut, de faire avec l'adversité. Pour lui, il n'y a rien à réparer car il ne pourra jamais revenir dans le temps et être à tes côtés. C'est pour cela qu'il peut paraître froid et insensible mais au fond, ça le ronge.
Alexina se tut quelques instants puis reprit.
- Et tu n'es pas responsable du fait du comportement de ton père, ou de ta mère, à cette époque. Mais maintenant il est là pour toi, tu n'en doutes pas ?
- Non mais ….
- Tu lui en veux toujours ?
- Bien sûr ! j'ai pu lui dire combien c'était un salaud de nous avoir abandonné ma mère et moi. Toute ma colère je lui ai craché à la figure, tout le mal que son absence m'avait fait. Je sais qu'elle sera toujours là.
Thierry poussa un gros soupir avant de reprendre.
- Mais tu as raison, jamais il n'a jamais cherché d'excuse. Si tu savais comme cela m'énervait surtout qu'il essayait de rattraper le temps perdu. Et puis hier, quand il est venu pour me parler de la situation, je l'ai vu autrement. Et maintenant, j'ai peur d'avoir perdu le temps me permettant le connaître.
Thierry avait le regard perdu en repensant aux quelques minutes passées avec son père.
- La différence, c'est que malgré tous ses nombreux défauts papa est un type bien, je pense à Alice, sa situation est tellement compliquée : un père ignoble et Papa disparu, comment fait-elle pour tenir ?
- Nous sommes là c'est déjà ça.
- Elle a dû tellement l'idéaliser. Comme moi d'ailleurs.
- Qu'il soit une crapule ne la concerne en rien. Elle s'est construite sans lui et maintenant il faudra prendre le temps de digérer cette vérité. Mais elle est forte et nous l'aiderons.
- Je me mets à sa place. Je n'imagine pas qu'un père ou une mère puisse mettre de côté un enfant, l'ignorer par pur égoïsme comme ils l'ont fait avec elle. Ce salaud de Colbert n'a jamais pensé à autre chose que sa gueule en y mettant en plus la cruauté et le plaisir de faire souffrir.
Rien ne saurait la guérir Alice sauf peut-être le retour de Laurence et sans certitude que cela répare tous les traumatismes. Mais c'était le minimum.
Thierry revint sur un autre sujet.
- Je vous en veux de m'avoir caché le mariage aussi, dit Thierry, malheureux d'avoir été écarté de ce moment.
Alexina le regarda et comprenait son chagrin. Elle lui prit la main.
- Il faut que tu les excuses. A ce moment-là, Alice ne pensait qu'à retrouver Colbert et ce mariage n'avait pas de valeur pour elle. Ton père, lui, savait qu'il allait dans le mur. Ce mariage n'était pas honnête., c'était une mascarade.
- Oui mais ils auraient dû.
Alexina se fit silencieuse n'ayant aucun argument valable. Elle baissa les yeux. Un silence se fit à nouveau.
- Mammy, il faut que tu te reposes, va dormir et demain, on aura des nouvelles.
Alexina se leva, groggy par les émotions.
- Oui tu as raison.
Elle se baissa pour l'embrasser. Ils se donnaient mutuellement du courage pour faire face aux événements.
La nuit passa, chacun cherchant le sommeil avec Laurence dans toutes leurs pensées.
Alice se réveilla en entendant du bruit dans la salle à manger. Alexina et Thierry parlaient à voix basse
Elle se leva puis alla les rejoindre.
- Bonjour, dit Alice, on a des nouvelles ?
- Bonjour, non pas encore, il n'est que huit heures, répondit Alexina. On vous attendait pour le petit déjeuner ? Vous avez faim ?
- Curieusement oui… je vais faire un brin de toilettes et j'arrive.
En revenant de sa douche après s'être habillée, elle revint s'assoir et posa sur la table la boite à bijoux avec les alliances.
Elle regarda Alexina.
- Vous saviez ? demanda-t-elle en ajusta l'alliance à son annulaire.
- Oui, dit-elle simplement. Enfin, je ne savais pas pour les alliances mais je connaissais ses sentiments.
Alexina, sourit, pas surprise du geste de son fils
- Oui, au début je me suis moqué gentiment de lui. Mais le jour où il m'a prévenu de votre mariage, j'ai su que c'était sérieux. Surtout qu'il revenait de chez Colbert, il ne trichait pas.
Alexina prit la main d'Alice pour lui donner force et réconfort.
Alice avait retiré sa chaîne et faisait glisser l'alliance de Swan dessus avant de la remettre.
Ils déjeunèrent en silence. Puis Alexina desservit et partit faire la vaisselle laissant Thierry et Alice en tête à tête.
Il imaginait sans difficulté les tourments dans lesquels Alice se débattait. Il sentait qu'elle avait besoin de parler, d'exprimer ses émotions qu'elle retenait depuis qu'ils avaient quitté Gilbert. Il aurait voulu trouver les mots pour la soutenir, il mourrait d'envie qu'elle lui explique aussi leur relation.
- Je t'aime bien tu sais, dit Thierry, rougissant de son audace.
- Moi aussi je t'aime bien dit Alice, en souriant, je suis heureuse qu'on soit ensemble à se serrer les coudes.
Thierry revenait à son sujet de préoccupation.
- Tu l'aimes ?
Alice soupira pour trouver la bonne formule.
- Avec ton père, nous avons toujours été proche mais c'était plus facile de lui gueuler dessus et lui aussi ne s'en prive pas non plus. On ne se change pas ! sourit Alice.
- Qu'est ce qui a changé ?
- Il a pris une telle place dans ma vie. Son avis compte pour tout, je me réfère à lui pour tout ce que je peux faire, que ce soit dans le travail, et bien sûr mon histoire avec mon père. Et puis, un soir j'ai eu peur pour lui, que j'avais besoin de lui, de lui dire et de lui montrer. Enfin bref, dit Alice en rougissant, je ne vais pas te faire un dessin.
- Non, non dit Thierry gêné de la tournure de la conversation. J'ai vu dans ses yeux qu'il tenait à toi et que toi et moi on avait pris beaucoup de places. J'avais déjà compris depuis un moment d'ailleurs.
Il voyait le regard d'Alice se voilait de larmes à nouveau.
La sonnette d'entrée résonna dans l'appartement. Alice se précipita pour ouvrir la porte et trouva Gilbert face à elle.
- Vous l'avez retrouvé ?
- Bonjour Alice, oui mais….
Elle se jeta dans le bras de Gilbert !
- C'est vrai, où est il ? elle regarda derrière Gilbert l'imaginant lui faire la surprise.
La tête que faisait Gilbert inquiétait Alexina et Thierry.
- Alice…
- Dites-moi !
- Alice, …. il est tombé dans une embuscade….
Alice attendait la suite…..
