Slavuus Aeternam

Snape était furieux.
Furieux de l'avoir écoutée. Furieux d'avoir aimé ce qu'elle disait. Furieux de constater qu'elle avait réussi à remuer quelque chose qu'il croyait mort en lui. Furieux de l'avoir laissée parler et de lui avoir ainsi permis de le toucher. Furieux enfin de constater qu'il avait eu une des meilleures idées de ces dernières années... Avec sa demande de compte rendu journalier, il avait un alibi en béton pour passer tous les soirs un moment en sa compagnie. Et il était furieux de réaliser à quel point il en était ravi.

Les jours passèrent ainsi tranquillement jusqu'à Noël. Tous les soirs, invariablement, Hermione rejoignait ses appartements après le repas pour y trouver le sombre Maître de Potions confortablement installé dans un fauteuil près du feu et qui dévorait peu à peu les livres de sa bibliothèque personnelle. Face à la platitude désolante des rapports, ils avaient décidé d'un commun accord tacite d'expédier en quelques mots le mobile de sa visite pour passer à des conversations plus édifiantes. Ainsi, chaque soir, ils parlaient comme deux vieilles connaissances de potions, comment les améliorer, les forces et les faiblesses de chacune,... Plus récemment, la jeune femme avait découvert l'intérêt particulier de son hôte pour la littérature moldue et elle avait été agréablement surprise de l'étendue de sa culture dans ce domaine. Plus étonnant encore étaient ses auteurs favoris: Victor Hugo avait sa préférence ainsi que Baudelaire et Rimbaud. Les conversations avaient donc dérivé peu à peu vers les grands auteurs classiques qui ornaient sa bibliothèque et le salon était désormais le théâtre de conversations littéraires sans fin. Il arrivait de plus en plus tôt au fil des jours et repartait de plus en plus tard, jusqu'au jour où il tomba sur la partie polar de sa bibliothèque. Ce soir-là, il passèrent la nuit à discuter du coupable possible du livre qu'il avait commencé, dissertant sans fin sur l'enquête soigneusement ficelée du roman d'Agatha Christie. Elle lui avoua par la suite qu'il s'agissait de son auteur de polar favori pour l'excellence de ses chutes et il lui emprunta à partir de ce jour tous les livres possibles de cette auteure.

Noël arriva et avec lui les vacances. La majorité des élèves partirent et il ne resta qu'une trentaine d'élèves dans l'enceinte de Poudlard. Hermione et le couple Malefoy firent partie des enseignants restant durant les vacances pour veiller sur les élèves et à leur grand déplaisir, ils constatèrent que Magnus était également resté. Celui-ci s'était fait discret depuis le début de l'année malgré quelques altercations avec certains de ses camarades et si quelques insultes avaient fusé, jamais on n'avait pu rien prouver à son encontre. Il était indéniablement solitaire, ce qui poussait Snape à se méfier encore plus de lui et son instinct lui disait qu'il ne tarderait pas à passer à l'action.

Les faits lui donnèrent malheureusement raison durant les vacances. Les faits se déroulèrent dans le moment flou entre le réveil et le petit déjeuner. Beaucoup d'élèves faisaient à cette occasion la grasse matinée aussi Hermione ne croisa-t-elle que de rares élèves matinaux à 8h du matin lorsqu'elle se dirigea elle-même vers la grande salle. Elle allait tourner dans le couloir des Gryffondors lorsqu'elle entendit une voix glacée et fluette.

-Sectumsempra !

Son cœur se figea dans sa poitrine et elle courut jusqu'au milieu du couloir des Gryffondor pour se trouver face à uns scène qui lui rappela les heures les plus sombres de la guerre. Un garçon de 5ème année gisait au sol dans une mare de sang tandis qu'une fillette de première année au regard fixe se tenait debout à ses côtés. Lorsqu'elle apparut dans le champ de vison de l'enfant, celle-ci pointa sa baguette vers elle dans le but evident de l'attaquer mais elle réagit au quart de tour en faisant la seule chose qui lui paraissait envisageable à cet instant: elle stupéfixa la fillette avant de se pencher vers le garçon pour refermer ses blessures une à une avant qu'il ne se vide de son sang. Les premiers soins données, elle invoqua trois patonus, l'un pour aller chercher Pomfresh, le second pour prévenir MC Gonagall et le troisième pour le Directeur des Serpentards. La fillette mise en cause avait beau venir de Poufsouffle, elle était persuadée de savoir qui se cachait derrière cette attaque. Elle avait sans peine reconnu le jeune homme, un Gryffondor né-moldu préfet de sa maison.

La première à arriver sur les lieux fut Poppy qui sans mots superflus s'enquit de la situation avant d'examiner superficiellement le jeune homme.

-Bon travaille, Hermione. Il lui reste bien quelques blessure par-ci par-là mais tu as paré au plus urgent. Je vais voir l'état de la petite et je les embarque tous les deux pour l'infirmerie.

Elle se dirigea vers l'enfant et diagnostiqua sans peine une mise sous imperium et un choc traumatique dû à la stupefixion un peu trop puissante de la Gryffondor.
MC Gonagall accourut sur ses entrefaits, Drago sur les talons et elle se figea devant la scène tandis que le jeune homme se penchait pour prendre le pouls du garçon à terre.

-Le préfet des Gryffondor, hein ? Qui la mis dans cet état ?

-La fillette qui est ici.

Il haussa un sourcil circonspect.

-Quelle maison ?

-Poufsouffle. Sous imperium.

Le jeune homme se passa une main lasse sur le visage avant de se tourner vers la directrice qui avait assisté, muette, à leur échange.

-Je vais voir où est Magnus.

-Non Drago !

La vieille femme s'avança.

-Réfléchissons d'abord. Je suis sûre comme vous que c'est lui l'auteur de cette attaque mais je doute que vous arriviez à le coincer, même en invoquant une remontée des sortilèges de sa baguette. Je le crois suffisamment malin pour avoir paré à toute éventualité et mis cette enfant sous imperium en utilisant la baguette d'un de ses camarades. En revanche, je veux avoir son emploi du temps exhaustif de ces derniers jours sur mon bureau. Nous renforçons la sécurité. Je ne veux plus les enfants nés-moldus sans surveillance une seule seconde. Poppy, emmenez ces deux enfants à l'infirmerie et tenez moi au courant de leur état. Surtout prévenez moi lorsque la fillette sera en état de répondre à des questions.
Hermione, vous n'êtes plus en sécurité vous non plus. Ne m'interrompez pas ! Je ne veux plus vous voir quitter Drago d'une semelle ! En tant que Directeur des Serpentards, il sera plus à même de vous protéger des attaques d'un membre de sa propre maison. En ce qui concerne la sortie à Pré-au-lard prévue demain, je vais la reporter à la veille de Noël, le temps pour nous de faire le point sur la sécurité de l'ensemble des élèves et des professeurs. J'espère de tout cœur que cet incident restera isolé.

Le regard d'Hermione et de Drago se croisa. L'un comme l'autre savait que cet incident ne serait que le premier. Le but à présent était de pouvoir prévenir et empêcher ceux qui ne manqueraient pas de suivre.

Le soir même, au moment de son rapport journalier à Snape, Hermione lui raconta par le menu les événements de la journée. Tout à son émotion qui ne l'avait pas lâchée depuis le matin, elle ne remarqua pas le blêmissement fugitif qui envahit le visage du Serpentard. Il se reprit aussitôt et, comme à son habitude, masqua son émotion par l'acidité des mots.

-Stupefixer une première année ? Bravo Miss Granger !

Elle ne releva pas le sarcasme, ayant désormais bien compris ce dont il retournait pour s'en offusquer outre mesure. Elle se contenta de se laisser tomber dans le fauteuil face à lui et de hausser un sourcil désopilant face à sa remarque.

-J'ai fait ce que mon instinct m'a dicté sur le coup. Maintenant, si ce n'est pas trop vous demander, j'aimerais changer de sujet. Quel livre avez vous déniché dans ma bibliothèque, cette fois ? Demanda-t-elle en essayant vainement de lire le titre masqué par la grande main fine du Maître des Potions.

-Encore un polar, je le crains. La clinique du Docteur H. Le titre semblait prometteur.

-Mary Higgins Clark. Bon choix, dit-elle simplement en fermant les yeux. J'aime beaucoup cette auteur. Vous me direz ce que vous pensez d'elle au bout de deux ou trois livres, j'aimerais bien avoir votre impression.

Ils bavardèrent ainsi simplement jusque tard dans la nuit et lorsqu'il partit, elle ne put s'empêcher de penser que le salon était désormais bien vide.

L'instinct de Drago et Hermione s'avéra juste. Deux attaques eurent lieu avant Noël, une semaine plus tard et ils arrivèrent toujours sur le fil. Le scénario était toujours le même. Un première ou deuxième année sous imperium qui lançait un sort plus ou moins potentiellement mortel sur un né-moldu bien plus âgé. Ils avaient ainsi fait face à un Doloris particulièrement vicieux et à un autre Sectumsempra. En désespoir de cause, Drago avait invoqué une remontée des sortilèges sur la baguette de Magnus d'abord, qui n'avait rien donné, puis sur les baguettes des élèves de l'ensemble de sa maison pour découvrir que les Imperium avaient été lancés par des baguettes de premières années. Tout ceci s'était déroulé sous le regard hautain et victorieux de Magnus qui n'avait laissé échapper qu'un faible ricanement lorsque les résultats étaient apparus aux yeux de tous.

Snape quant à lui enrageait de ne rien pouvoir faire. Non qu'il n'eut pas confiance en son filleul mais son sixième sens d'ancien espion et mangemort lui disait qu'ils étaient en train de jouer une partie serrée contre un adversaire qui n'avait pas fini se dévoiler ses cartes. Il craignait que le pire ne soit à venir et la nuit de Noël concrétisa ses craintes.

Hermione l'avait vainement attendu ce soir-là. Il n'était pas venu et bien qu'elle s'y attendit, elle était déçue. Elle décida cependant qu'il était hors de question qu'il passe la soirée seul sans que quiconque ne pense à lui et elle se dirigea vers sa bibliothèque pour choisir soigneusement un de ses ouvrages. Là, elle emballa le petit livre et griffonna hâtivement un mot sur un parchemin puis confia le paquet à sa chouette avant de la laisser partir dans la nuit.

Snape s'ennuyait ferme dans son fauteuil. La soirée était déjà avancée et il savait que le réveillon commençait à minuit à Poudlard. Bien qu'elle l'eut invité à la rejoindre quelques heures entre 21h et minuit pour faire son rapport et passer quelques heures en sa compagnie, il avait décliné l'offre. "Envoyez moi un patronus en cas de problème" était tout ce qu'il lui avait dit. Et ce soir il regrettait. Il savait qu'il aurait été bien mieux à disserter d'un énième livre de sa bibliothèque plutôt que de rester là, seul, à siroter son Whisky Purfeu comme un vieux con. Un tapotement à la fenêtre le tira de ses pensées et il alla ouvrit pour faire entrer une jolie chouette assez coquette. Elle alla se poser sans façon sur le dossier du fauteuil qu'il venait de délaisser et se mit à hululer doucement. Snape lui offrit un bout de lard qui traînait dans la cuisine et la délesta de son paquet avec un haussement de sourcil étonné. Qui pouvait donc avoir l'idée saugrenue de lui envoyer un colis la nuit de Noël. Il découvrit la réponse avec surprise et, il faut bien le dire, un peu de plaisir tandis que l'animal, sa mission accomplie, partait rejoindre joyeusement sa maîtresse. Granger ! Granger lui adressait un colis. Décidément, cette jeune femme ne faisait rien comme tout le monde. Il prit le temps d'ouvrir le paquet pour y découvrir un polar déjà bien usé par le temps et déroula le parchemin.

Cher Professeur,
Comme d'habitude, vous n'en n'avez fait qu'à votre tête. Vous ne verrez donc aucun inconvénient à ce que j'en fasse de même.
Voici mon polar préféré. C'est un cadeau. Je sais qu'il sera entre de bonnes mains.
Il s'agit selon moi du meilleur roman d'Agatha Christie, mais je vous en laisserai juge.
Je ne vous demande qu'une chose. Revenez me voir avant d'avoir lu la fin afin que nous puissions débattre ensemble de qui est l'auteur du Crime de l'Orient-Express.
Bien à vous.
Joyeux Noël.
Hermione Granger.

Il relut encore une fois le parchemin avant de prendre le livre et de se réinstaller dans le fauteuil avec un nouveau verre de Whisky. Finalement, la soirée promettait d'être bonne.

Au château, minuit allait sonner et avec lui, le début des festivités. Hermione rejoignait la grande salle pour assister au réveillon lorsque son sixième sens l'avertit d'un danger imminent. Pour la première fois depuis deux semaines, elle se retrouvait seule. Drago était allé se préparer au festin en compagnie de son épouse et, d'un commun accord, ils avaient jugé qu'ils ne risquaient rien à se séparer durant ce court laps de temps. Elle se retourna dans le couloir en apparence désert qui menait à ses appartements non loin des cachots et se retrouva nez à nez avec Magnus Angestrel qui la regardait comme Pattenrond lorsqu'il avait trouvé une souris particulièrement intéressante avec laquelle jouer avant de dîner. Sa gorge s'assécha et elle sut avant de recevoir le sortilège de plein fouet qu'elle n'avait aucune chance de s'en sortir. Elle se sentit envahir par une main glacée avant de sombrer dans la folie la plus totale. Son esprit lui faisait revivre lentement tout ce qu'elle avait vécu durant cette guerre avec une épouvantable précision. Elle revivait chaque blessure amplifiée, les siennes ainsi que toutes celles de ceux qu'elle avait approché. La douleur était telle qu'elle souhaitait mourir pour que tout cela s'arrête.

Le jeune homme au regard fou rit aux éclats avant de s'enfuir dans un couloir. La baguette subtilisée à son préfet avait fort bien fait l'affaire. Dans quelques jours, la Sang-de-Bourbe lui appartiendrait. Corps et âme.

Drago sentit avant d'arriver dans la grande salle que quelque chose n'allait pas. Il vit la place vide d'Hermione et croisa subitement le regard satisfait de Magnus. Pris d'un terrible doute, il courut jusqu'au couloir qui menait aux cachots où une vision d'horreur l'attendait. Le corps traversé de soubresauts de son amie l'attendait. Il se précipita à ses côtés et reconnut immédiatement la magie noire qui exhudait par tous les pores de sa peau. Il ne se fit aucune illusion. Une seule personne pouvait à cet instant quelque chose pour elle.

Il envoya un patronus en urgence à Minerva pour lui dire qu'Hermione ne se sentait pas bien et qu'elle lui avait demandé de la raccompagner à ses appartements et en envoya un à Ella pour lui demander de le rejoindre. Il porta doucement mais fermement la jeune femme jusque chez elle et la déposa doucement sur son lit avant de demander à Ella qui l'avait rejoint de rester avec elle. Il retourna ensuite dans le salon et envoya un message urgent à son parrain qui débarqua dans la minute qui suivit. Lorsqu'il le vit surgir de la cheminée comme un diable hors de sa boîte, Drago ne perdit pas de temps pour le mener près de la jeune femme toujours traversée de mouvements erratiques.

Snape se précipita à son chevet et fit une grimace lorsque les effluves de magie noire le frappèrent à son tour. Il passa sa baguette sur l'ensemble du corps de la jeune Gryffondor en marmonant des paroles inintelligible avant de s'arrêter brutalement, le visage blême et défait. Jamais Drago ne l'avait vu ainsi et lorsqu'il tourna le regard vers lui, il put lisiblement voir la peur et la haine dans ses yeux.

-Parrain..? Qu'est-ce que c'est...?

L'homme laissa échapper dans un soupir

-Slavuus Æternam...

Le simple nom fit frissonner Drago.

-Qu'est ce que c'est...?

-Que sais-tu des Inferi ?

-Ce sont des morts-vivants.

-Mais encore ? Comment un mage peut-il les créer ?

-En ramenant à la vie des morts.

-Pas seulement. Ce que tu dis était le procédé favori de Voldemort mais il en existe un autre. Slavuus Æternam. Le principe est terriblement simple. Un sortilège fait revivre à la personne les heures les plus noires et douloureuses de sa vie, amplifiant les douleurs et lui faisant même ressentir les douleurs de ceux qu'elle a côtoyé. Ceci jusqu'à ce que son âme n'en puisse plus et se soumette au mage qui a lancé le sort. Le procédé prend au mieux deux jours, au pire cinq. Je ne connais pas d'antidote contre la douleur inimaginable que fait subir ce sortilège.

-Des antidotes ?

-Si peu. Et si fragiles.

-Je t'en prie, ne la laisse pas comme ça !

Snape réalisa alors que Drago avait les larmes aux yeux et curieusement, il n'en fut pas étonné. Il était lui-même profondément atteint par la douleur qu'il sentait émaner de la jeune femme et il avait pour la première fois depuis bien longtemps, du mal à réfléchir.

-Une des solutions est la morsure de vampire. La victime devenant immortelle, elle est libérée de l'emprise de son bourreau.

-Mais nous devons écarter cette solution faute de moyens.

-La seconde et la plus dangereuse est le Pacte du Sang.

Devant le mutisme qui suivit ces paroles, Drago frémit.

-Parrain... Qu'est ce que c'est ?

Snape détacha alors avec douleur son regard du corps torturé qui gisait en travers du lit et laissa la désespoir qui l'envahissait imprégner son visage.

-Aucune chance, Drago...