Chapitre 14 : Plans
L'annonce était tout aussi brutale qu'un coup de poing sur la face pour Anakin. Son maître a été enlevé ? Il ouvrit la bouche pour demander plus d'informations, mais Obi-Wan le devança.
« Où, comment, pourquoi ? Questionna-t-il d'un calme parfait, et comment le savez-vous ? Je croyais que vous aviez quitté l'Ordre Jedi…
L'hologramme de Dooku grisailla, Anakin le vit froncer les sourcils et crut pendant un moment qu'il ne répondrait.
- Oui, vous avez raison, Sénateur Kenobi, j'ai quitté l'Ordre mais Qui-Gon souhaitait obtenir des informations à propos du chasseur de prime, Jango Fett, et quoi de mieux que son ancien maître pour le renseigner.
- Vous l'avez donc envoyé dans un piège ! s'écria Anakin scandalisé.
- Bien sûr que non, répliqua Dooku sèchement, j'ignorai que Fett avait accepté un contrat avec la Fédération de commerce.
- Quoi ? Souffla Obi-Wan, la Fédération du commerce ?
- Qui-Gon m'avait contacté car il n'arrivait pas à vous joindre Anakin, il m'avait demandé d'envoyer un message au conseil, mais avant même que je puisse le prévenir que ce n'était pas possible, puisque je n'avais plus accès à la liaison directe du Temple, il a été capturé, alors il ne me restait plus que tenter de vous recontacter…Et je remercie la Force de vous avoir enfin trouvé.
- Qui est ce Général Grievous ? demanda Obi-Wan.
- D'après mes informations, c'est un être empli de haine qui dirige désormais la Fédération du Commerce, les rumeurs courent que c'est un sith, ou du moins, un apprenti Sith. Ce serait lui qui serait à l'origine des Séparatistes. Sa base est actuellement sur Géonosis.
- Un Sith ? répéta Anakin, mais…on les croyait disparu ! Comment se fait-il que le Conseil ne soit pas au courant.
- Le Conseil ne dit pas tout, Anakin, surtout quand il n'est pas sûr de certaines vérités, à l'heure actuelle, personne ne sait vraiment qui a causé ce conflit entre les Séparatistes et la République. Je suis surpris que vous en sachiez autant, Comte, ajouta-t-il à l'adresse de l'hologramme.
- Eh bien, en quittant l'Ordre Jedi, j'ai eu l'occasion d'en apprendre beaucoup plus sur les dessous de la politique, ricana Dooku, n'êtes-vous pas d'accord, Sénateur ? »
Obi-Wan ne put s'empêcher de sourire lui aussi, approuvant les dires du comte. Quand il a quitté l'Ordre, il a découvert que la politique était loin des paroles de paix des Jedi. Si les Jedi n'étaient pas des politiciens, il y avait une bonne raison. Un Jedi serait révolté de voir à quels points la politique est un jeu de pouvoir, personne n'est véritablement honnête et ceux qui le sont, sont très souvent mises à l'écart. Seulement, Obi-Wan faisait partie de ses rares personnes à avoir le talent d'un négociateur, l'intelligence d'un stratège, un sénateur qui se soucie de sa planète, ce qui lui avait valu des ennemis mais aussi des alliés. Il ne mentait jamais, avec ses mots et sa langue d'argent, il avait le don de faire entendre aux autres, ce qu'ils avaient envie d'entendre tout en leur faisant comprendre l'opposé.
« Où êtes-vous, Comte ? S'enquit Obi-Wan en pianotant sur le tableau de bord.
- Je suis chez moi, sur Serenno.
- Très bien, je vous envoie les codes de communication du Temple, contactez le Conseil et prévenez leur de l'enlèvement de Maître Jinn.
- Kenobi, qu'allez-vous faire ? dit le vieil homme soupçonneux.
- Nous allons tâcher de sauver les fesses de votre ancien apprenti. » Déclara Obi-Wan.
Anakin lança un regard choqué vers son petit ami qui avait pris cette décision tout seul, sans même lui demander son avis.
« Eh, je proteste, je dois vous protéger, si je vous emmène là-bas, vous serez une cible facile ! S'exclama-t-il.
- Je suis hiérarchiquement ton supérieur, Anakin, tu es mon garde du corps, donc c'est moi qui décide où aller, et j'ai donc décidé d'aller faire du tourisme sur Géonosis, une jolie planète.
- Bien que je trouve que c'est suicidaire, je tenterai d'acquérir de ma tâche, fit le comte Dooku, Obi-Wan ne tentait rien de dangereux.
- Je m'en souviendrai.
- Je suis heureux de vous avoir parlé, bien que je préfère vous voir sous d'autres circonstances. Que pensez-vous d'une invitation à boire le thé après tout cela ? »
Anakin n'en croyais pas ses oreilles ! Le maître de son maître qui invite son petit ami alors qu'il y a une urgence.
« J'accepterai volontiers…dit Obi-Wan poliment, maintenant, veuillez nous excuser, nous avons une forme de vie pathétique à sauver.
- Bien évidemment, rit Dooku, que la Force soit avec vous.
- Avec vous aussi. »
L'hologramme de Dooku disparut et en quelques mouvements, Obi-Wan changea leur destination sous l'œil inquiet du Padawan.
« Je n'aime pas ça, je ne veux pas te mettre en danger.
- Pas le choix.
- On devrait retourner sur Coruscant et…
- Coruscant est plus loin que Géonosis.
- Alors nous devons contacter le Conseil au lieu de confier ça à Dooku.
- Si nous contactons le Conseil, il risque de nous ordonner de retourner sur Naboo et je n'ai pas le temps de négocier avec eux. De plus, je ne suis pas sous la juridiction de l'Ordre Jedi.
- Mais moi, je le suis.
- Peut-être, mais tu dois me suivre partout, et si je décide de partir, tu es obligé de me suivre.
- Est-ce toujours comme ça que tu négocies ?
- Mes interlocuteurs sont rarement de beaux jeunes hommes, taquina Obi-Wan avec des yeux pétillants.
Anakin rougit brusquement et se détourna de lui, embarrassé par l'insinuation du sénateur.
« De plus, c'est ton maître, nous ne pouvons pas l'abandonner, continua-t-il plus sérieusement.
- Oui, je le sais bien, mais…je ne suis pas sûr qu'il soit d'accord avec cette décision.
- Il ne sera sans doute pas d'accord, mais j'en prends l'entière responsabilité.
- D'accord, alors quel est le plan ? On va aller sur Géonosis et s'infiltrer ?
- Non, si jamais, on nous trouve, c'est la mort assurée, on va négocier. »
Le Padawan afficha un air choqué et horrifié. Que croyait-il ? Après être sorti d'une tentative de meurtre, Obi-Wan pensait encore que négocier serait une solution ?
« Tu as perdu l'esprit ? Je te rappelle qu'il y a Jango Fett qui veut ta mort !
- Je le sais, et la Fédération du commerce aussi, marmonna Obi-Wan sans lui jeter le moindre regard, mais à nous deux, c'est impossible de pouvoir trouver Qui-Gon et le libérer, sans être confronté à des obstacles, on doit s'attendre à une forteresse bien gardée, surtout si les infos de Dooku sont corrects. Et puis…je crois que je ne serai pas capable de rester plus longtemps debout… »
Un frisson parcourut l'échine d'Anakin face à cette révélation, l'horreur le saisit lorsqu'il se rappela alors de l'état de santé du sénateur qu'il était censé surveiller.
« Alors, n'allons pas sur Géonosis.
- Anakin…
- Tu vas…te faire tuer !
- Anakin, je t'en prie, doutes-tu vraiment de moi, pour croire cela ? Soupira Obi-Wan en se frottant les yeux révélant alors une certaine fatigue.
- Non, mais…
- Fais-moi confiance, aie confiance en moi. Je suis un Politicien, je peux nous défendre avec des mots. Comment crois-tu que j'ai réussi à survivre jusqu'à maintenant ? Avec la Force et mon sabre laser ?
- La négociation ne peut pas tout résoudre.
- La violence non plus, ni la guerre, d'ailleurs. Et c'est ce contre quoi je me bats depuis que je suis sénateur.
- Si jamais quelque devrait t'arriver, je me le pardonnerai jamais…murmura Anakin désespéré, il est encore temps d'alerter le conseil et…
- Dooku le fera, rappela Obi-Wan, il a toute ma confiance…Qui-Gon ne compte—t-il par pour toi ?
- Ma mission est plus importante, je dois vous protéger, Sénateur et l'attachement ne…
- Tu es vraiment un hypocrite, pour quelqu'un qui ne souhaite que me baiser, l'interrompit Obi-Wan très froidement.
Ce fut une véritable gifle pour Anakin qui ne s'attendait pas du tout à cela. Le regard du Sénateur n'était plus chaleureux mais dur et sévère, ce qui intimida le Padawan, qui ne trouva rien pour se défendre. Ces mots étaient insultants, mais toutefois, en partie vraie. Il n'avait pas le droit de parler d'attachement alors qu'il avait montré tout son amour pour Obi-Wan. Ce n'était pas qu'il n'appréciait pas Qui-Gon, au contraire, il était comme un père pour lui, mais Obi-Wan n'était pas au sommet de sa forme, il le savait épuiser, surtout après cette journée éprouvante. Il ignorait si son amant allait tenir longtemps ainsi, il n'était plus un Jedi et il était encore en convalescence. Il s'inquiétait juste de son état.
« Excuse-moi, je n'aurai pas du te dire ça, lança Obi-Wan après quelques minutes de silence.
- Non, tu as raison, on doit sauver Maître Qui-Gon.
- Ne dis pas ça pour me faire plaisir.
- Non, je le pense vraiment, mais…si tu te sens pas bien, je veux que tu me le dises.
- D'accord. C'est promis. »
De son coté, Obi-Wan espérait qu'il allait tenir jusqu'au sauvetage de son ancien maître. Son corps était de plus en plus endolori et la fatigue avait désormais atteint ses muscles. Il utilisa la Force pour se maintenir tout en gardant des boucliers solides afin d'éviter qu'Anakin ne découvre la supercherie.
« Pourquoi tu veux absolument que l'on sauve Maître Qui-Gon, je pensais qu'après toutes ses années, tu serais indifférent de son sort, demanda Anakin curieux.
Lorsqu'il avait appris qu'Obi-Wan ne reviendrait plus dans l'Ordre Jedi, il avait cru que le jeune homme avait des ressentiments envers son ancien maître. Qui-Gon, d'ailleurs, en était persuadé. Il lui avait toujours fait sentir que c'était à cause de lui qu'Obi-Wan était parti. Le maître Jedi s'en voulait de n'avoir pu terminer la formation de son précédent Padawan, il s'en voulait d'avoir été injuste avec lui et il s'était efforcé de faire attention avec son nouvel apprenti. Anakin lui en était reconnaissant, bien qu'il savait que l'ombre d'Obi-Wan suivait toujours Qui-Gon.
- Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, j'aime toujours Qui-Gon, se confessa le sénateur dans un murmure doux et mélancolique, il a été mon maître, mon mentor et la personne la plus proche que j'ai pu avoir avant que je ne quitte l'Ordre. Je n'ai jamais oublié ses enseignements et je lui suis reconnaissant d'avoir accepté de me prendre comme Padawan.
- Alors pourquoi tu as quitté l'Ordre ? Tu sais que…qu'il ne s'en est jamais vraiment remis de ça ? Il s'en veut ! Tu nous as abandonné et tu nous as laissé… ! Tu m'as laissé tomber, tu m'as laissé seul alors que j'avais besoin de toi ! Pourquoi ? »
Obi-Wan le dévisagea tristement, puis sourit avec une tendresse nostalgique. Puis, Anakin se rappela alors qu'il avait déjà posé cette question auparavant, mais la rage et la colère qu'il ressentit étaient des sentiments anciens qu'il avait gardés au fond de lui et qui refaisait surface lorsqu'Obi-Wan lui manquait dans les moments les plus difficiles. Il se reprit et regretta d'avoir laissé échapper de telles émotions, effaçant rapidement ses larmes d'un revers de main.
« Je suis désolé…je…
- Non, c'est bon. Je comprends tes sentiments… »
Obi-Wan se leva et s'approcha d'Anakin qui resta assis. Il caressa les joues d'Anakin, qui ne refusa pas cette affection. Il entoura la taille du sénateur, s'accrochant à lui, qui accepta l'étreinte, posant son menton sur la tête du cadet.
« Ne me laisse plus, Obi, ne m'abandonne plus…
- C'est promis.
- Marions-nous. » prononça Anakin.
Un rire doux secoua Obi-Wan.
« Tu es vraiment entêté, tu me rappelles Qui-Gon, s'amusa-t-il.
- Qui-Gon t'a demandé en mariage ?
- Oh, heureusement que non, s'étouffa Obi-Wan.
- Je veux ta réponse, marions-nous.
- Allons sauver ton maître…et ensuite…la Force décidera de nous marier ou pas. »
Peu importait les Jedi, l'Ordre, les lois et les règles, à ce moment-là, La Force était avec eux et Obi-Wan savait que seule la Force déterminera si oui ou non, ils étaient destinés à se lier à jamais.
