Et troisième chapitre mis en ligne ce soir ! Bonne lecture !
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Chapitre 25 : Dîner
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Le soir même,
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Affronter tout ce petit monde de la Maison des Black l'avait si bien épuisé qu'il s'était endormi comme une masse aussitôt rentré chez lui.
« Je suis fiancé à Dorea, dit-il à voix haute au plafond de sa chambre en souriant niaisement c'était sûr. »
Pourquoi avait-il hésité si longtemps déjà ? Ah oui, parce qu'il ne la connaissait pas assez selon les convenances. C'était stupide, en y réfléchissant. Le peu de fois où il avait été en tête à tête avec elle il s'était senti tout à fait serein et intéressé, jamais ennuyé. Le père Black était casse-pied, et même sûrement dangereux, mais il saurait l'éviter à l'avenir. Il en parlerait à son père avant de partir dîner, et puis son père ferait mener une enquête plus poussée après le mariage. Avec un peu de chance, ou bien tout serait éclairci et Charlus avait mal compris les insinuations de Mr Black sur la dot de Dorea, ou bien il serait arrêté. Dorea serait sûrement furieuse et inconsolable, mais elle finirait par comprendre qu'il cherchait juste à la protéger.
Il fallait qu'il l'annonce à Ignatius ! Vu le coup d'éclat de Mr Black au ministère et le bouche à oreille, il serait au courant avant qu'il ne le prévienne s'il ne se dépêchait pas. Quelle heure était-il ? Dix-sept heures ? Il avait trois heures avant le repas. Il devait passer chercher ses parents auparavant et discuter un peu avec eux. Et il devait se préparer. Il avait bien une bonne heure à accorder à Ignatius.
Il descendit emprunter le réseau de Cheminette et atterrit dans le salon de son meilleur ami. Enfin, le salon. L'unique pièce. Ignatius était assis à la petite table bancale et grattait furieusement sur son parchemin en jurant.
« Si c'est toi, Charlus, j'espère que tu as une bonne nouvelle à m'annoncer parce que moi j'en ai une et je n'ai pas envie de m'apitoyer sur ton sort ce soir, l'accueillit chaleureusement Ignatius. »
Oh oui, c'était très chaleureux pour Ignatius.
« Pour moi, elle est bonne, mais je ne sais pas ce que tu vas en penser, fit prudemment Charlus en venant s'affaler sur la deuxième chaise de la pièce.
-Laisse-moi te dire la mienne en premier alors. La Réserve de dragons de Roumanie vient de me répondre. Si tout se passe bien, en février je fais mes bagages et je quitte le Ministère une bonne fois pour toutes ! »
Charlus se leva pour lui faire l'accolade et lui taper dans le dos pour le féliciter.
« En voilà une bonne nouvelle ! Tu viens de l'apprendre ? Qu'est-ce que tu attendais pour me le dire ?
-Je viens de recevoir leur hibou, répondit Ignatius en souriant largement derrière sa barbe. Je comptais m'inviter chez toi ce soir avant d'affronter ma mère et ses lamentations.
-Tu ne m'aurais pas trouvé chez moi ce soir, je suis de sortie, amorça Charlus.
-De sortie ? Avec Anderson et Carley ? Et vous ne m'invitez pas ? s'offusqua Ignatius en rangeant ses parchemins.
-Non, pas avec Anderson ni Carley, commenta-t-il distraitement pour attiser la curiosité d'Ignatius. »
Ceci marcha mieux qu'il l'avait espéré puisque son ami plissa les yeux de suspicion et croisa les bras devant lui pour le fixer.
« Avec tes coéquipiers de Flaquemare ? demanda-t-il.
-Non plus.
-Tu manges à nouveau chez tes parents ? s'étonna-t-il.
-J'ai mangé hier soir chez eux, il est vrai. Mais pas ce soir. »
Le petit silence qui les entoura inquiéta légèrement Charlus, surtout qu'Ignatius se mettait à grogner comme son chat Musaraigne à Poudlard.
« Ne me dis pas qu'il y a encore une nana là-dessous, lui prévint-il dangereusement.
-On peut dire ça, répondit Charlus en essayant de rester calme.
-Merlin ! s'exclama Ignatius en tapant du poing sur la table, le faisant sursauter. Tu me fatigues, tu me fatigues, Charlus ! Tu n'as pas fait le joli cœur combien de temps ? MEME PAS SIX MOIS ! Tu as intérêt à l'épouser vite fait bien fait, parce que je te préviens que… Attends, dis-moi qui c'est, s'interrompit Ignatius avec méfiance. »
Ignatius était bien trop perspicace pour le bien de Charlus. Et bien trop célibataire assumé aussi. Il ne voulait pas d'enfant, pas d'épouse et pas de famille pour voyager comme il le voulait. Parfois, Charlus se demandait si Ignatius avait déjà été amoureux ou même si les filles l'intéressaient vraiment.
« Qui te dit que tu la connais ?
-Je sens que je la connais vu que tu me poses cette question, rétorqua son meilleur ami. Et je sens aussi que tu t'es entiché de la dernière fille qu'il faudrait. »
Charlus s'humidifia les lèvres, se redressa pour prendre de l'assurance et lâcha la machine infernale.
« Dorea Black. »
Silence. Froncement de sourcil. Recul d'Ignatius et enfonçage en règle dans sa chaise en bois pour croiser les bras devant lui.
« Tu me fais marcher, affirma plus que demanda Ignatius.
-Pas du tout.
-Le Glaçon ? Excuse-moi, mais je l'imagine mal s'attendrir devant tes grossièretés, se moqua Ignatius.
-Je reconnais qu'elle m'a… malmené, mais je l'ai fait rire ! Trois fois ! dit-il fièrement en montrant trois doigts devant lui.
-Parce qu'elle sait rire ? se moqua à nouveau Ignatius.
-Ne commence pas à te moquer de ma fiancée, Ignatius. »
Ignatius cligna des yeux longuement, et Charlus s'en demanda la raison avant de comprendre qu'il avait appelée Dorea « ma fiancée ».
« Ta fiancée ? reprit-il en posant ses bras croisés sur la table. C'est une façon de dire que tu la fréquentes, que tu la sautes ou que…
-Je l'ai demandée en mariage, coupa Charlus. »
Nouveau silence. Dépité cette fois.
« T'as un grain mon pauvre. Elle doit te donner sa réponse ce soir, c'est ça ? Tu me fatigues, je vais encore devoir te consoler toute la nuit. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ? Je t'aurais dit d'attendre un peu, j'aurais tâté le terrain...
-Elle m'a dit oui, le coupa à nouveau Charlus en souriant. »
Ignatius, les yeux ronds de stupéfaction, se donna une gifle avant de revenir fixer Charlus. C'était sa manière de vérifier s'il rêvait. Certains se pinçaient discrètement le bras. Lui, il y allait franco, et s'administrait une beigne.
« J'ai signé le contrat tout à l'heure avec elle. Et comme son père est un pourri, il m'a fait signer un contrat traditionnel. Je ne sais pas si tu le sais, je ne l'ai su qu'après avoir signé, mais c'est un vieux truc qui, entre autre, ne peut être rompu sauf si nous nous mettons d'accord elle et moi. Mais donc en gros, je suis quasi marié avec une fille canon et que… »
Il s'interrompit en entendant Ignatius pousser des cris de joie et exécuter une danse de la joie à la mode des Demiguises.
« Tu sembles heureux pour moi, traduisit Charlus en riant aux éclats.
-Heureux pour moi, oui ! Ce n'est plus à moi de gérer tes histoires et d'ailleurs, tu n'auras plus d'autres histoires de cœur, je suis libéré ! Ah bon Dieu, faut que je la remercie, je lui baiserai même les pieds au Glaçon !
-Ne l'appelle pas comme ça, dit Charlus en levant les yeux au ciel. Et tu ne l'embrasseras nulle part.
-Charlus Potter redevient jaloux, se moqua Ignatius en lui tapant dans le dos avant de sortir une bouteille de Whiskey-Pur-Feu du placard. Alors dis-moi, tu as donc résolu le mystère Dorea Black : est-elle aussi froide au lit qu'en société ? C'était ta grande question au Nouvel An, non ? »
Charlus sentit son cou, ses joues et même ses oreilles chauffer. Il tira nerveusement sur le col de sa robe et prit le verre qu'Ignatius lui avait rempli.
« Pas vraiment, marmonna-t-il.
-Pas… Tu plaisantes ? Tu veux dire que ce n'est pas par les attraits du corps que tu l'as convaincue de t'épouser ? se moqua Ignatius. Oh elle est bonne, celle-là. Elle t'a bien compris, dis-donc. Elle te met au pas avant de te céder quoi que ce soit. Elle en a dans la cervelle. Je me demande bien ce qui t'a poussé à te décider aussi vite. Mis à part Beurk et ses sales pattes qui tournent autour d'elle en permanence.
-C'est une passionnée, commença-t-il avant de dérouler le récit alambiqué du pourquoi et du comment il s'était dépêché de se fiancer à Dorea. »
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« Je crois que je vais partir en Amérique du Sud observer des serpents d'Amazonie ce soir, lui annonça Ignatius. J'ai mon contrat pour la Réserve de Dragon, Edgecombe me fatigue et tu es casé. Ouais, je vais partir ce soir, et je ne reviendrai pas avant longtemps.
-Bonnes vacances alors, se moqua Charlus avant de reprendre la Cheminette pour rentrer chez lui. »
Il avait encore traîné chez Ignatius, pour changer, et il avait moins d'un quart d'heure avant de transplaner chez ses parents. Il se doucha en quelques secondes, et enfila la dernière robe de cérémonie que lui avait fait acheter sa mère. Il ne l'avait pas encore mise, et ce soir était une bonne occasion pour l'inaugurer. Il attacha sa montre à gousset correctement, choisit un chapeau d'un noir sobre, et prit à nouveau la poudre de Cheminette. Son père était déjà dans le salon, lisant tranquillement la Gazette du Sorcier. Il ferma le journal lorsque Charlus entra.
« Bonsoir Papa, tu… à voir ta tête, je suppose que Shacklebolt t'a raconté cette histoire de contrat traditionnel, marmonna-t-il en se laissant tomber dans le fauteuil en face de son père.
-Combien de fois t'ai-je dis de lire un contrat in extenso avant de le signer, hum ? attaqua son père. »
Puis il soupira et se massa les paupières du bout des doigts.
« Tu ne m'avais pas prévenu, essaya de plaider Charlus.
-Je t'ai parlé de contrat classique, et que si Mr Black te parlait d'autre chose, tu devais venir me chercher. Ce n'est pourtant pas compliqué à comprendre.
-Je ne savais pas qu'il existait d'autres types de contrat et puis, il ne m'a rien dit alors…
-N'en parle pas à ta mère, ou elle va me faire une syncope, veux-tu ? soupira son père. J'ai déjà réussi à la convaincre de donner une chance à ta fiancée, ne va pas nous l'énerver à nouveau. »
Charlus jugea plus prudent de ne rien répondre et approuva son père d'un hochement de tête.
« Et Grand-père ? demanda prudemment Charlus.
-Oh avec lui, tu te débrouilles, le prévint Robertus Potter. Cette histoire de contrat traditionnel n'est pas encore remontée à ses oreilles, et je ne sais pas ce qu'il en pensera. Essaie de le convaincre, il est dans son bureau. Et ne traîne pas. Tu as moins de cinq minutes pour le convaincre avant de nous faire transplaner devant ce fameux 12, Square Grimmaurd. »
Charlus ne perdit pas une seconde et grimpa l'escalier jusqu'au premier étage. Il frappa à la porte du bureau, et poussa prudemment le battant. Son Grand-père était assis sur son fauteuil, comme s'il l'attendait. Il lui désigna le fauteuil en face de lui, et Charlus s'y assit sans faire d'histoire.
« Tu as dix minutes pour me convaincre d'aller à ce dîner de fiançailles, lui annonça Grand-père Priscus. Et autrement qu'en me disant que tu aimes Miss Black. »
D'accord. Il ne s'était pas attendu à cela. Bon.
« Je suis fiancé avec elle, et le contrat est signé.
-Et alors ?
-Eh bien, aucun de nous deux n'a envie de le rompre.
-Et ?
-J'aimerais te la présenter.
-Pourquoi ?
-Pour que tu voies combien elle portera bien notre nom.
-Courage, loyauté, fidélité ?
-Son père est une ordure et pourtant elle supporte toutes ses remarques sans élever la voix. Et il en faut aussi du courage pour vivre dans une maison où il y a autant de gens. Bien sûr qu'elle est loyale, elle m'est dévouée, en tout cas. Et fidèle, je ne le serai qu'à elle.
-Vraiment ?
-Je serai rangé avec elle, l'assura Charlus. Plus d'articles scandaleux dans Sorcière Hebdo, tu verras.
-Mais encore ?
-Le mariage est fixé au 19 décembre de cette année, je serai marié à mes vingt-cinq ans, c'est ce que tu voulais, non ?
-Pourquoi avec elle ? »
Combien de temps lui restait-il ? Misère, il était vingt heure deux, il était en retard. Elle allait lui trancher la gorge d'un coup de baguette.
« Pourquoi elle, Charlus ? répéta Priscus Potter, la voix lourde de menaces.
-Je te l'ai dit, elle portera le nom Potter avec beaucoup de…
-Comment est-elle, idiot ?
-Belle, grande, brune, réservée, organisée, adroite…
-Combien de langues parle-t-elle ?
-Aucune idée. Elle connaît quelques mots d'arabe et de français. Et elle sait lire les hiéroglyphes, se souvint Charlus.
-Tu te moques de moi ?
-Et elle ne se laisse pas déstabiliser par quoi que ce soit. Elle joue du piano aussi, magnifiquement.
-Du piano ?
- Ecoute Grand-père, s'impatienta Charlus en se levant, rencontre-la, et pose-lui toi-même tes questions. Elle a vingt-trois ans, ce n'est pas une gamine effrayée tout juste sortie de Poudlard. C'est déjà une femme, qui sait se défendre toute seule, sauf quand son père l'empêche de parler, s'agaça Charlus. Moi j'y vais avant d'avoir plus d'un quart d'heure de retard, conclut-il.
-Charlus !
-Oui, Grand-père ? s'exaspéra-t-il.
-Aide-moi à descendre, ingrat. »
Charlus soupira enfin de soulagement. Pauvre Ambuela. Et dire qu'elle avait dû aller à un dîner pareil chez les Parkinson avec un imbécile comme lui, sans ses parents pour la soutenir. Grand-père avait beau l'irriter monstrueusement, il n'en restait pas moins son grand-père, et lorsqu'il ne parlait pas de mariage, c'était vraiment agréable de discuter avec lui. Il l'aida à descendre jusqu'à la porte d'entrée. Ses parents étaient déjà de l'autre côté des grilles de la propriété. Sa mère parlait avec animation à son père en agitant les mains. Elle se tourna vers la maison en entendant la porte d'entrée claquer et leur cria de se dépêcher. Charlus les laissa tous s'accrocher à lui et transplana.
Il arriva dans le petit parc en face de la rue. Il fit traverser son grand-père et ses parents sans un mot, et remonta la rue jusqu'à tomber sur le numéro 12, impatient de retrouver Dorea. Il secoua la chaînette alors que sa mère refusait visiblement de lui adresser la parole. Elle détourna le regard lorsqu'il lui fit un grand sourire impatient.
Les pas mesurés étaient tout en contraste avec ceux de ce matin, et cette fois-ci, la porte s'ouvrit sans hésitation sur sa promise. Et elle était divine dans sa robe verte. Elle était peu maquillée, mais assez pour que Charlus puisse voir ses yeux gris pâle dans toute leur pureté. Elle ne souriait pas. Ceci ne l'aurait pas vraiment intrigué si elle avait au moins rougi ou baissé les yeux. Il attrapa la main qu'elle lui tendait pour l'élever jusqu'à sa bouche et l'embrasser sans la quitter des yeux. Mais même ce geste la laissa de glace.
« Douce Dorea, vous êtes charmante, reconnut-il en lui rendant sa main. Mais, quelque chose vous aurait-il contrariée ? Vous me semblez passablement énervée, demanda-t-il prudemment. »
Il vit son nez frémir, mais rien d'autre.
« Bonsoir Mr Potter, je vous attendais, fit-elle d'un ton polaire. »
Il allait trucider Grand-père Priscus.
« Nous sommes en retard ? demanda-t-il en regardant l'heure sur sa montre à gousset : 20h20. Oh, Miss Dorea, je suis confus, je…
-Je vous en prie, entrez, le coupa-t-elle en se détournant brusquement pour remonter l'interminable couloir.
-C'est ce que j'appelle un accueil chaleureux, marmonna sa mère.
-Tais-toi, Annabella, lui ordonna son père. »
Charlus essaya de la rattraper, mais il manqua sa main quand elle la leva pour claquer des doigts.
« Fratty, ferme la porte, ordonna-t-elle. »
Il trébucha dans un coin du tapis, se remit habilement sur ses pieds, et put la voir se retourner brusquement vers lui, la grimace d'un sourire forcé sur le visage. Merlin, que s'était-il passé ? Ma fille sera bientôt une femme, il est vrai. Et elle sera prête à être votre épouse dans trois mois, je m'en assurerai personnellement. Qu'est-ce que son père lui avait fait ? Que lui avait-il raconté ?
« Je suis enchantée de vous rencontrer, Mrs Potter, dit-elle d'un ton monocorde si loin de sa retenue habituelle en exécutant une petite révérence en face de sa mère.
-Moi de même, Miss Black, lui répondit sa mère avec un simple hochement de tête. »
Il vit son père donner un coup de coude à sa mère, et celle-ci l'ignorer royalement.
« Mr Potter, c'est un honneur, continua-t-elle sur le même ton en tendant sa main droite à son père. »
Charlus regarda son père poser gauchement un baisemain sur la main de sa fiancée et se relever pour lisser sa barbe qu'il coupait à sa drôle de manière. Dorea restait de glace, comme… comme une marionnette. Comme si elle répétait une pièce de théâtre apprise par cœur.
« Et Mr Priscus Potter, continua-t-elle en faisant un pas vers Grand-père. »
Charlus serra les dents. Quelle remarque déplacée comptait lui faire son Grand-père ? Mais il hallucina tout bonnement lorsqu'elle s'empara des plis de sa longue robe qu'elle souleva légèrement pour se baisser bien plus que le voudrait la bienséance en une révérence très respectueuse. Mais qu'est-ce qu'elle fabriquait ? Qui lui avait indiqué pareil cérémonial ? Les yeux exorbités de ses parents, et les sourcils haussés de Grand-père le confortèrent dans l'idée qu'il y avait bel et bien un problème. Surtout qu'elle restait comme ça, la tête baissée, les jambes pliées de manière inconfortable sans faire mine de se relever.
« Vous pouvez vous relever, Miss Black, intervint finalement son Grand-père. Laissez-moi voir votre visage. »
Merci Grand-père. Car la voir s'écraser au sol était la dernière chose souhaitable. Sans parler de cette révérence toute servile qui le mettait presque mal à l'aise.
« Je suis ravi de voir que mon petit-fils a su se choisir une fiancée aussi ravissante, approuva à demi-mot Grand-père Priscus au grand soulagement de Charlus
-Vous me flattez, Mr Potter, dit-elle sans manifester la moindre émotion. Fratty, débarrasse la famille Potter de leurs capes, ordonna-t-elle platement. Vous avez trouvé la maison facilement ? demanda-t-elle d'un ton monocorde pendant que Charlus lançait sa cape à l'elfe pour se rapprocher d'elle.
-Très, dit aussitôt le père de Charlus. Elle est très repérable parmi les autres et… »
Le simple sourcil haussé de Dorea freina son père qui commençait à raconter des idioties pour détendre l'atmosphère. Etait-elle en colère pour leur retard, ou…
« Cessez de me flatter, Mr Potter, ou je vais croire que je vous fais peur. Avez-vous transplané ? »
Bon Dieu. Elle était si… si glaciale, si sèche, cassante et presque… méprisante, plutôt indifférente. Ce n'était pas elle. C'était le type de fille hautaine que forgeaient des parents ambitieux… et que Charlus détestait.
« Nous avons trouvé cela plus convenable, répondit doucement Mrs Potter pour briser la glace en voyant le regard perdu de Charlus. Godric's Hollow est à six heures de vol de Londres.
-C'est plus convenable, en effet, se contenta-t-elle de dire sans manifester la moindre surprise. Je ne sais si vous avez déjà rencontré les membres de ma famille, reprit-elle. Je vais vous les rappeler succinctement, si vous le désirez.
-Ce serait très aimable à vous, intervint le vieux Potter. »
Il regardait fixement Dorea, comme s'il essayait d'analyser chacun de ses gestes, de ses mots et du moindre haussement de sourcil. C'était sans doute son visage impénétrable qui plaisait à Grand-père Priscus. C'était un air altier qu'avait aussi eu sa Grand-mère Ombeline et que Grand-père trouvait honorable et digne de son rang. Charlus, lui, ne cherchait qu'à le troubler.
« Mon père est le deuxième fils de feu le directeur de Poudlard Phineas Nigellus Black et de son épouse feue Ursula Black, née Flint. Leur premier fils est mon oncle Sirius, qui dirige la Noble et très Ancienne Maison des Black aujourd'hui. Son épouse Hesper, née Gamp, lui a offert… »
C'en était trop. Son ton haché mettait en évidence une récitation apprise par cœur, et Charlus le refusait, tout simplement. C'était sa spontanéité qu'il voulait, son ton naturellement empli de pudeur et de réserve, un peu retenu mais pas de manière fortuite. Il s'empara de son poignet pour la retourner vers lui. Elle était aussi proche de lui que ce matin, lorsqu'il était venu la cueillir au piano. Et pourtant, toute la magie de l'instant n'existait plus. Il n'avait pas envie de l'embrasser, mais de la secouer jusqu'à ce qu'elle se réveille, l'insulte et se mette à crier.
« Oui, Mr Potter ? demanda-t-elle avec ce même calme insupportable.
-Tout va bien, Dorea ? lui chuchota-t-il pendant que ses parents et son grand-père enlevaient leurs capes. Tu es… Tu es si froide ! Je ne te reconnais pas ! demanda-t-il avec panique. »
Elle le fixa longuement. Sembla un instant reprendre vie. Puis son visage redevint impassible.
« Pour me reconnaître, il faudrait d'abord me connaître, Mr Potter, cassa-t-elle.
-Mais…
-Nous sommes fiancés depuis une journée, laissez-nous la vie pour nous connaître, le coupa-t-elle en faisant un pas en arrière. Je disais donc que son épouse Hesper, née Gamp, lui a offert deux fils et une fille. Le premier fils, qui héritera de l'honorable charge de veiller à l'unité de la Maison des Black à la mort de son père, s'appelle Arcturus Black. Le second Regulus et leur fille Lycoris. Mon cousin Arcturus, reprit-elle en soupirant, a épousé Melania Macmillan. Ils ont deux enfants. Lucretia, et Orion, qui est l'héritier direct. Regulus et Lycoris sont célibataires. Mon père, Cygnus Black, a épousé ma mère, Violetta Black, née Bulstrode, qui… lui a donné trois enfants : mon frère Pollux, ma sœur Cassiopeia et moi-même. Ma sœur n'est pas mariée, mais mon frère a épousé Irma Crabbe et en a eu une fille, Walburga, et deux fils qui sont encore à Poudlard. Enfin, le troisième fils de mon Grand-père s'appelle Arcturus, mon parrain. Il a épousé Lysandra Yaxley dont il a eu deux filles, toutes deux mariées.
-Très bien, bafouilla son père.
-J'oubliais, reprit-elle de son ton monocorde. J'ai aussi une tante du côté de mon père. Mais elle ne vit pas ici puisqu'elle a épousé Herbert Beurk qui… »
Elle secoua la tête, et ce fut le seul geste qui rassura Charlus.
« … possède une boutique dans l'Allée des Embrumes. »
-Ce sont les parents de Theophilius Beurk, précisa-t-il à ses parents, stupéfaits.
-Auriez-vous quelque grief contre mon cousin ? s'étonna-t-elle avec sa voix naturelle. »
Elle… Elle avait oublié qu'elle l'avait fui à toutes ces réceptions ? Et qu'il l'avait aidée ? Et que c'était donc naturel qu'il soit remonté contre son cousin ? Merlin, était-elle à ce point hermétique aux relations humaines ou avait-elle reçu un sortilège d'Amnésie ?
« De vieilles querelles d'écoliers qui ne sont plus d'actualité, s'entendit-t-il réussir à mentir pour la première fois de sa vie. »
L'étonnement se gomma lentement. Elle était toujours là, mais elle était comme… cachée derrière des couches de réserve et de glace. Est-ce que c'était son attitude face aux gens extérieurs à sa famille ? Mais elle n'avait jamais été si froide avec lui ! Il en était certain !
« Pouvons-nous monter ? proposa-t-elle.
-Nous vous suivons, Miss Black, décida le vieux Potter. »
La voir s'approcher de Grand-père Priscus et l'aider à monter lui fit tout drôle. C'était comme si… comme si elle était déjà de sa famille, déjà sa femme. Et pourtant… Pourtant elle ne lui avait jamais paru plus inaccessible que ce soir… et plus appréciée par Grand-père Priscus que tout ce qu'il avait pu espérer.
« Tout va bien, Charlus ? lui demanda son père à voix basse. Tu sembles… perplexe et… désappointé.
-Elle… elle n'est pas aussi… commença-t-il en passant la main devant son visage.
-Impassible ?
-C'est ça. Elle ne sourit pas beaucoup, mais plus que cela normalement. Je… Elle doit simplement être inquiète de vous rencontrer. Ah et Papa, il faudra qu'on discute de son père aussi. J'ai oublié de te raconter mais…
-Plus tard, Charlus. C'est un peu tard pour te rendre compte que tu t'es fait manipuler, le coupa sa mère en le poussant pour qu'il avance plus vite.
-Annabella ! chuchota furieusement Robertus Potter. Soutiens un peu Charlus au lieu de cracher du venin ! »
Charlus préféra rejoindre Dorea qui rendait sa canne à son grand-père plutôt que d'écouter ses parents se prendre le bec. Il arriva derrière elle lorsqu'elle entrait dans le Grand Salon où était affichée la fameuse tapisserie. Trop tard, il y avait les parents de Dorea, son frère et sa sœur, Mr Sirius Black et son épouse : bien trop de monde pour lui demander plus d'explications. Et encore des présentations, c'était lassant à la fin. Surtout que Dorea restait à côté de la petite Lucretia et ne semblait pas pressée de se rapprocher de lui. Pire, il avait l'impression qu'elle faisait la tête, qu'elle était triste ou en colère. Il répondait machinalement à Mr Sirius Black en jetant de fréquents coups d'œil derrière lui, où était Dorea. Il voyait distraitement sa mère discuter avec Mrs Black, un profond ennui sur le visage. Son père échangeait quelques mots avec Cygnus Black et Grand-père Priscus examinait ce qui l'entourait.
Puis il sentit un bras se glisser sous le sien. Il sursauta sous le coup de la surprise, s'attendit à voir sa mère, mais découvrit le visage blanc de Dorea. Ses petits yeux brillaient, et sa bouche tremblotaient un sourire, et cet infime sursaut de vie sur son visage rassura tant Charlus qu'il lui sourit largement en approchant son autre main de celle qu'elle avait enroulée autour de son coude. Elle était seulement apeurée, c'était tout, tout simplement.
« Miss Dorea, votre oncle me racontait…
-Mes amis, je vous invite à passer à table, le coupa Sirius Black. »
Charlus tourna la tête vers elle. Elle semblait aussi contrariée que lui ce qui le fit sourire. Il enroula le bras, qu'elle ne tenait pas, autour d'elle pour la rapprocher de lui et l'embrasser sur la tempe rapidement avant de la mener à la salle à manger. A nouveau, Sirius Black fit le placement de table avec le même aspect improvisé savamment maîtrisé, et à nouveau, il se retrouva à côté de Dorea. Mais sans la possibilité de lui adressé un seul mot puisque Mrs Black l'agressa de questions en tout genre.
« Et à quel âge avez-vous joué votre premier match, Mr Potter ?
-En professionnel ou en amateur ? demanda-t-il gentiment.
-En amateur ?
-Je devais avoir… neuf ans, je pense. C'était en famille.
-Neuf ans ! s'extasia Mrs Black. C'est prodigieux ! »
Voilà pour le ton des questions et des réponses de Mrs Black… Peut-être même qu'elle en posa certaines deux ou trois fois sans s'en rendre compte et en s'extasiant sur la réponse à chaque fois. Tout ce qu'il attendait, lui, c'était le moment en fin de repas où il pourrait prendre Dorea dans ses bras en effectuant quelques pas de danse. Au fur et à mesure, il finit même par douter que ce moment ait lieu, tant les questions n'en finissaient pas malgré le temps qui filait. Il n'avait même pas réussi à adresser un mot à Dorea. Elle restait enfermée dans le mutisme, écoutant patiemment les conversations autour d'elle. Elle ne pouvait pas dire un mot qu'il puisse entendre sa voix, et se rassurer à nouveau sur le fait qu'elle avait simplement peur ? Parce qu'à présent, elle semblait seulement véritablement contrariée. Peut-être que c'était lui qui avait mal agi finalement ? Et cette robe qui n'en finissait pas de gratter ! C'était insupportable ! Comment sa mère avait-elle pu lui faire acheter de la laine ?
« Mr Potter ? intervint la voix de Cygnus Black. »
Il se tourna vers Dorea, qui semblait paniquée, puis se pencha légèrement pour voir le visage en colère, pour changer, de son père.
« Oui, Mr Black ?
-Ma fille me dit que vous avez requis sa présence dans les tribunes de Flaquemare samedi ? demanda-t-il d'un ton menaçant et clairement antipathique. »
Charlus se retint de lever les yeux au ciel. C'était une gentille invitation plein de bonnes intentions, pas de quoi lui mettre un couteau sous la gorge. Il y aurait des centaines de personnes autour d'eux en plus.
« C'est exact, confirma Charlus en sortant les trois billets qu'il avait couru chercher au stade en sortant du Ministère pour les tendre à Dorea. Je lui ai proposé de venir accompagnée de sa cousine Lucretia et de madame votre épouse, dit-il en cherchant un signe de joie parmi toute cette crainte. Je pensais pouvoir ainsi officialiser nos fiançailles auprès de mes relations. Il vaut mieux une annonce officielle pour éviter des rumeurs déplacées. Cela ne vous semble-t-il pas convenable ? »
C'était ridicule. Elle avait vingt-trois ans. Elle savait se défendre comme peu avec sa baguette – il parlait en connaissance de cause – et son père lui mettait presque une laisse autour du cou. Et puis il n'allait pas lui refuser une petite invitation devant toute la famille Black et la famille Potter, hein ? Elle avait été bien maligne sa Dorea de l'en avertir seulement maintenant. C'était bien mieux de mettre devant le fait accompli lorsqu'on tenait absolument à avoir quelque chose avec quelqu'un d'aussi stupide et intransigeant dans sa stupidité que son père.
« Un article paraîtra dans la Gazette demain, cracha Mr Black. Mais vous pouvez fort bien présenter ma fille samedi à vos relations. Mon épouse l'accompagnera. Arcturus, autorises-tu ta fille à tenir compagnie à la mienne samedi ?
-Mais oui, j'ai toute confiance en Tante Violetta pour les surveiller, affirma ledit Arcturus. »
Et voilà que tout ceci amusait enfin Dorea puisqu'elle cachait son éclat de rire derrière sa main. Ou bien cachait-elle simplement son sourire de joie par pudeur. Elle avait raison de le craindre, puisque son père lui donna à nouveau un ordre.
« Va jouer la Marche des Banshee, Dorea.
-Je viens vous tourner les pages de la partition, s'invita aussitôt Charlus pour enfin trouver un moment avec elle.
-Allons tous au salon, ce sera plus confortable pour écouter ma nièce, proposa Sirius Black. »
Mais non ! Il voulait être seul avec elle ! Il avait à peine le temps de lui dire trois phrases jusqu'au Grand Salon.
« Tu n'as pas dit un mot du repas, remarqua-t-il bêtement pour lui montrer son inquiétude.
-Vraiment ? fit-elle sur le même froid que celui de tout à l'heure qui désespéra un peu plus Charlus.
-Je t'ai écoutée et si tu as dit trois mots c'est le bout du balai ! s'emporta-t-il en fermant les yeux pour tenter de se maîtriser. Dorea, dis-moi ce que j'ai fait de mal, s'il te plaît, la supplia-t-il. »
Il la regarda ouvrir le coffre du piano en silence, le visage contracté dans une grimace douloureuse, comme si elle se forçait à s'ouvrir elle-même à lui.
« Connaissez-vous le nom de Grindelwald ? »
Sa voix, bien que basse, siffla aussi fort à l'oreille de Charlus qu'une tribune entière lors d'un match de Quidditch.
« Pardon ? demanda-t-il tout à coup suspicieux. »
Qu'est-ce que cette question venait faire là ? Est-ce que… Elle ne voulait tout de même pas lui annoncer qu'elle voulait partir en Europe centrale pour… le soutenir ? Non, ce n'était pas ça. C'était forcément autre chose.
« C'est une question pourtant simple, dit-elle avec aigreur en s'asseyant devant le piano. »
Est-ce qu'elle le soupçonnait de faire alliance avec lui ? Alors qu'elle l'avait cru par le passé tout à fait contre ses idées ? Il se plaça à côté d'elle, côté mur, pour laisser leurs familles la voir jouer. Il se pencha au dessus de son épaule pour continuer à lui parler discrètement.
« Comme tout le monde, répondit-il lentement.
-Connaissez-vous Grindelwald ? insista-t-elle.
-Non, fit-il avec méfiance.
-Avez-vous peur de Grindelwald ? continua-t-elle en installant la partition devant elle.
-Où voulez-vous en venir ? la coupa-t-il brusquement en abattant sa main sur le couvercle des touches. »
Elle posa enfin son regard de glace sur lui, et il frissonna des pieds à la tête en comprenant qu'elle était furieuse, furax même, et peut-être écœurée. Son visage se tordit sous le dégoût et elle releva le menton avec un air bravache.
« Est-ce moi que vous épousez, ou une protection contre Grindelwald ? demanda-t-elle en poussant sur le couvercle pour l'ouvrir malgré le refus implicite de Charlus. »
Son impertinence le mit hors de lui pour la première fois. C'était donc ce sentiment qui animait les hommes lorsqu'ils avaient l'impression de perdre les rennes de leur vie ?... et de leur femme ? C'était déplaisant à ressentir, très déplaisant. Surtout lorsqu'il savait qu'il parlait en permanence de cette manière aux gens et qu'elle n'avait jamais autant dit ce qu'elle pensait qu'à cet instant. Or, c'était cette attitude qu'il lui avait semblé vouloir chez elle, mais qui aujourd'hui le menaçait d'exploser de colère.
« C'est vous, lui répondit-il d'un ton le plus froid possible pour ne pas exploser de rage.
-Et cette protection ? trouva-t-elle l'insolence d'insister.
-N'existe pas, compléta-t-il en serrant les dents.
-Mon père m'aurait donc menti ? dit-elle avec un soulagement visible. »
Bien sûr, c'était encore à cause de son Veracrasse de beau-père. Il avait mis des idées monstrueuses dans la tête de Dorea sans doute pour la blesser… ou le blesser lui. Mais elle n'y était pour rien, bien sûr. C'était presque normal qu'elle choisisse de croire son père plutôt que lui, qu'elle connaissait à peine. Il n'empêche que ceci confirmait cela : Cygnus Black était de près ou de loin mêlé à Grindelwald.
« Votre père a mentionné quelque chose que j'ai poliment refusé, dit-il honnêtement. »
Il se vengerait. Oh oui. Il connaissait cet homme depuis à peine deux jours, et déjà, il savait que c'était une pourriture de la pire espèce. Il l'enverrait à Azkaban un jour ou l'autre, sauf s'il l'avait étranglé entre temps.
« Me voilà rassurée, dit-elle avec soulagement en lui souriant timidement. »
Alors c'était pour ça qu'elle avait eu ce comportement distant, parce qu'elle avait cru qu'il s'était déclaré pour s'allier à son père et montrer à Grindelwald qu'il soutenait sa cause ? C'était à vomir. Son dîner de fiançailles avait été gâché par le père de Dorea et son fiel insidieux, et lui, il s'était posé mille questions à cause de lui.
« Moi aussi, car cette discussion est terminée, dit-il fermement. »
Elle perdit son sourire, et il s'en voulut aussitôt de ne pas avoir pris un ton plus doux. Mais tout ce cérémonial, cette mainmise de son père sur elle, la mère de Dorea qui l'avait ravagé de questions toutes plus stupides les unes que les autres, sa propre mère qui lui faisait la tête et son Grand-père qui l'avait poussé à bout… C'était trop ! Cette maison le rendait claustrophobe avec tout ça !
« Eh bien, Dorea, qu'attends-tu ? intervint encore une fois Mr Black et Charlus crut vraiment qu'il allait hurler.
-Le silence, cassa-t-elle. »
Ce ton eut au moins le mérite de le rassurer un minimum : la spontanéité de Dorea était toujours bien là, et elle savait rétorquer à son père de bons mots comme elle l'avait fait avec lui. Il fallait apparemment la bousculer un peu pour qu'elle l'ose, ou bien qu'elle soit contrariée, mais ça venait. Peut-être qu'un jour, elle serait vive sans retenue et qu'elle dirait tout ce qu'elle pensait.
Et elle joua. Et c'était beau, bien sûr. Mais rien ne remplacerait la mélodie qu'elle lui avait offerte ce matin. Il y avait trop de rage dans la façon dont elle appuyait sur les touches, et il comprit pourquoi lorsqu'il vit des larmes couler le long de ses joues.
Il l'avait blessée. Elle avait osé s'ouvrir à lui, et il l'avait sèchement remise à sa place parce qu'il avait plus pensé à sa colère contre Cygnus Black qu'au désarroi de sa fiancée. Il avait toujours pensé qu'il recherchait l'impertinence, qu'il laissait les gens parler et lui dire tout, avec honnêteté, mais finalement, comment avait-il agi à l'instant ?
Il se retint de jeter ses bras autour d'elle pour la serrer dans ses bras lorsqu'elle s'immobilisa, les mains toujours au-dessus des touches. Elle avait un deuxième mouvement à jouer, et il ne voulait pas la froisser un peu plus en l'interrompant. S'il le faisait, il ne lui montrerait qu'un peu plus combien il faisait peu de cas d'elle, de son récital et de ce qu'elle savait faire. Et il n'imaginait même pas la réaction de ses parents.
« Le mariage, ce n'est pas seulement pour dire « cette femme est à moi, tenez-vous en loin ». C'est surtout dire « je prendrai soin de cette femme parce que je l'aime et que je veux son bonheur avant le mien ». Bien sûr, personne n'est parfait et a ses défauts, mais on essaie tous de tendre vers cette direction, non ? »
Prendre soin de Dorea ? Eh bien on pouvait dire qu'il avait bien manqué cette partie ce soir.
Il chercha à tâtons un mouchoir dans sa poche pour essayer de se rattraper un minimum lorsqu'elle aurait fini son morceau. Mais c'était trop tard. Elle restait tête baissée, les mains figées sur les touches, comme si le temps s'était arrêté. Il ne la voyait même plus respirer, seulement attendre que la vie passe. Les applaudissements la touchèrent à peine, il la vit seulement prendre une grande inspiration et coincer ses mains sur ses genoux, comme si elle avait honte de quelque chose. Et c'était insupportable de se dire que ce comportement était de sa faute, entièrement dû à son ton sec et autoritaire.
Il attrapa sa main droite pour la tirer vers lui et créer un semblant de tête à tête. Elle n'osait même plus le regarder dans les yeux. Il lui embrassa la main, l'appela par son prénom.
« Dorea, pardonne-moi, je… Je me suis emporté, s'il te plaît, les propos de ton père m'ont…
-C'est moi, coupa-t-elle en lui jetant un bref coup d'œil avant de prendre le mouchoir qu'il lui tendait. »
Elle essuya ses joues en fermant les yeux. La voir attirer à elle tous ses torts à lui fut encore plus dur pour lui.
« Non, non, toi tu n'as rien fait de mal, c'est…
-Je n'aurais pas dû vous déranger avec mes questions. Je vous prie de m'excuser. Que préférez-vous entre la Valse des Lucioles et Le conte de la baguette ? »
Son ton était redevenu distant, mais pas monotone et haché comme tout à l'heure, plus… vidé de vie. Il n'en pouvait plus. Il voulait l'avoir pour lui tout seul, il voulait pouvoir s'expliquer, discuter et même lui proposer de remettre le mariage à plus tard… ou à jamais si elle ne voulait pas de lui. Mais il voulait savoir si elle voulait de lui comme il voulait d'elle.
« Dorea, s'il te plaît, pourrions-nous…
-Joue à présent la Valse des Lucioles, Dorea, coupa Mr Black et Charlus crut vraiment qu'il allait devenir fou. »
Le pire, c'est que Dorea obéit aussitôt. Elle joua un, deux, trois et quatre morceaux, tous choisis par son père. Et Charlus eut beau lui demander d'en choisir un cinquième elle-même, sa mère se permit de lui en proposer un qu'elle joua aussitôt à son tour. Pire encore ? Personne ne dansait, et personne ne l'avait proposé. Et lorsqu'il voulut le proposer, Sirius Black se leva, et tous les autres à la suite, et il comprit que le dîner était fini et qu'il avait manqué sa chance.
Il salua toute la Maison des Black, ce qui lui prit un temps fou qu'il aurait préféré passer en compagnie de Dorea. Lorsqu'elle les raccompagna à la porte, ses parents, son Grand-père et lui, il ne put s'empêcher de traîner les pieds, de lacer lentement sa cape, et de s'octroyer la dernière place pour lui dire au revoir. Il s'empara de ses mains gantées et les porta à sa bouche sans la lâcher des yeux.
« Je vous remercie pour votre jeu au piano, commença-t-il, bien conscient du regard de ses parents dans son dos.
-Puis-je espérer vous avoir fait plaisir ? demanda-t-elle avec une véritable inquiétude.
-Mille fois, lui assura-t-il, ravi de la voir à nouveau parler avec des émotions.
-Et… Et que vous trouvez mon jeu agréable ? osa-t-elle insister en baissant les yeux. »
Il la vit rougir, ce qui le rassura presque complètement. Elle n'était plus contrariée, ni en colère et elle ne lui en voulait pas d'avoir haussé le ton. Du moins, elle n'en semblait plus blessée.
« Je vous le dirai lorsque je vous aurai entendue jouer plus longuement, répéta-t-il. »
Il lui avait déjà dit ceci à quelque chose près ce matin. Et elle le reconnut, puisqu'elle plissa les yeux avec agacement.
« Vous me contrariez, Charlus, répéta-t-elle avec un très léger sourire. »
Il lâcha ses mains, et ne quitta pas ses yeux lorsqu'elle referma la porte. Tout allait bien. C'était un simple malentendu. Il se retourna vers ses parents, tout sourire. Sa mère leva les yeux au ciel avant de transplaner. Grand-père Priscus hocha la tête avec approbation avant de suivre sa mère. Et son père éclata de rire moqueusement, sans doute en voyant son sourire idiot.
« Je vais venir chez toi, histoire qu'on discute un peu, le prévint son père.
-Dans le salon, approuva aussitôt Charlus en transplanant à son tour. »
Il atterrit directement sur son canapé, et son père dans le fauteuil en face. Il ouvrit la bouteille de Whiskey-Pur-Feu qui était sur la table et remplit les deux verres qui traînaient dessus sans vérifier leur état de propreté. Son père s'en fichait aussi puisqu'il s'en empara aussitôt.
« Je t'avoue que j'ai eu vraiment peur au début, commença son père. Elle m'a même effrayé.
-Elle fait cet effet à beaucoup de gens, reconnut Charlus en passant sa main droite sur sa nuque nerveusement.
-Reconnais que tu as été toi-même déstabilisé, répliqua son père avec un regard entendu et Charlus fut contraint d'hocher la tête. Mais j'ai vite compris le nœud du problème.
-Son père, marmonna Charlus en buvant une gorgée de son Whiskey-Pur-Feu.
-Tu sais qu'il a passé son temps à répondre à sa place à toutes les questions de ta mère, de ton grand-père ou même des miennes ? J'en avais mal au cœur pour elle, avoua son père.
-Je crois que je vais lui arracher les yeux avant le mariage, renchérit Charlus.
-Ta mère aussi l'a bien vu puisqu'elle l'a invitée à Godric's Hollow samedi midi pour pouvoir vraiment discuter avec elle, lui apprit son père sans tenir compte de son commentaire.
-Tant qu'elle peut échapper à son père, tout me va, marmonna Charlus. Elle m'avait déjà fait deux ou trois remarques à ce sujet, mais je ne pensais pas que Cygnus Black était si… si tordu.
-Je t'avais prévenu que c'était un horrible personnage, lui rappela son père.
-Je suis persuadé qu'il est mêlé aux activités de Grindelwald, lâcha Charlus. Elle… »
Il soupira lourdement avant de caler son coude sur le dossier du canapé pour loger sa tête dans sa main.
« Il a prétendu auprès d'elle que je l'avais demandée en mariage pour me protéger de Grindelwald.
-Charlus, vous n'avez pas pu parler ce soir, je l'ai bien vu, reprit son père en fronçant les sourcils.
-Elle m'a demandé si c'était elle ou une protection contre Grindelwald que j'épousais, et lorsque j'ai dit que c'était elle, elle m'a demandé si son père lui avait menti. C'étaient ces mots-là, j'en suis sûr. Et cela veut dire ce que cela veut dire, insista-t-il.
-Tu vas épouser une sorcière au Sang-pur, Charlus, alors que tu as toujours fréquenté des sorcières de Sang-mêlé par le passé, et c'est une Black, précisa son père. Ton mariage prouve que tu n'es pas contre les idées de Grindelwald, nuança son père.
-Mais il ne prouve pas du tout que je les soutiens ! s'agaça Charlus. Je suis sûr que son père…
-Non, c'est trop faible pour faire demander une enquête, regretta son père en anticipant sa demande.
-Tu plaisantes ? s'exclama Charlus sous le coup de la stupéfaction. Il m'a lui-même sous-entendu ceci !
-Que t'a-t-il dit exactement ? demanda son père avec le ton sérieux qu'il adoptait dès qu'il parlait travail.
-Qu'il… La dot de Dorea est de 2250 Gallions, commença-t-il.
-C'est tout ? s'exclama son père avec stupéfaction.
-Je m'en suis étonné aussi. J'avais déjà plus ou moins entendu qu'il avait des problèmes d'argent, mais je ne pensais pas à ce point. Et donc il m'a répondu que… que je devais bien savoir ce que contenait vraiment la dot de Dorea puisque j'avais parlé « d'alliance » pour lui demander sa main. Il avait pris le mot alliance dans le sens politique je suppose, essaya de se rappeler Charlus. »
Son père lissa plusieurs fois sa barbe et sa moustache en fixant un point invisible sur le mur rayé rouge et gris.
« Il a écrit quelque chose dans le contrat en rapport avec ça, que sa fille et moi nous restions sous sa « protection », se rappela-t-il.
-C'est suspect, c'est sûr, je dirai même que c'est sûr qu'il partage les idées de Grindelwald, reconnut son père. Mais ce n'est pas parce qu'il partage les idées de Grindelwald qu'il agit avec lui.
-J'ai entendu dire qu'il était souvent en Europe de l'Est pour des « affaires », c'est un élément, non ?
-Il n'y a pas que Grindelwald là-bas, Charlus. Bien sûr que c'est suspect, mais c'est encore trop faible, se désola son père.
-Mais tout mis bout à bout, ça commence à faire, non ? s'agaça Charlus. »
Son père voulait l'aider, oui ou non ?
« Ne t'énerve pas, Charlus. Je vais laisser traîner mes oreilles, et je vais noter tout ce que tu m'as dit, d'accord ? Mais je ne veux pas prendre le risque de lancer une enquête qui ne mènera nulle-part, tu comprends ? Imagine que… Tu m'as dit que Dorea avait parlé de Grindelwald, donc elle sait peut-être quelque chose, non ? Si elle n'en a pas parlé…
-Elle doit avoir peur de lui et ne pas avoir de preuve, la coupa aussitôt Charlus. »
Son père le fixa durant plusieurs secondes de réflexion avant de secouer la tête et de boire une gorgée de son Whiskey.
« J'espère que tu n'es pas aveuglé, s'inquiéta son père.
-Papa, son père ne la laisse pas répondre aux questions de Maman, il était sur le point de l'empêcher d'aller à Flaquemare pour le match, tu crois vraiment qu'il l'emmènerait avec lui en Europe de l'Est ? lui dit Charlus. »
Son père fit la moue et soupira à nouveau.
« Imaginons qu'elle ait peur de lui, et qu'elle n'ait pas de preuve, comme tu dis. Imaginons qu'elle n'ait pas osé le dénoncer. Est-ce que tu ne penses pas qu'elle aime un minimum son père aussi, et qu'elle puisse le couvrir en connaissance de cause ?
-Elle ne doit pas se rendre compte que…
-Charlus, mets-toi deux secondes à sa place, veux-tu. Tu la demandes en mariage, et tu fais mener une enquête sur son père, et il est condamné. Tu crois vraiment qu'elle pourra t'épouser ensuite ? Peut-être que tu as raison et qu'elle le voudra, mais tu crois que sa mère ou même ses oncles la laisseront faire ?
-Je me fiche qu'il n'y ait personne à notre mariage, c'est juste elle que je veux, ne trouva qu'à répondre Charlus.
-Et s'il n'est pas condamné, tu crois que son propre père la laissera épouser un homme qui a failli l'envoyer à Azkaban ? S'il est aussi dangereux que tu le crois, tu crois qu'il ne lui fera rien de pire ? insista son père. »
Charlus enfonça sa tête dans ses mains, et ébouriffa violemment ses cheveux.
« Je sais ! Je sais ! J'y ai pensé aussi ! Mais cette situation me rend dingue ! s'exclama-t-il en arpentant la pièce. J'ai l'impression que je ne vais pas pouvoir lui parler seul à seul pendant trois mois alors que j'en rêvais en allant la demander en mariage ! Et son père commence à lui dire ça, et que lui dira-t-il ensuite, hein ? Avec quel état d'esprit je vais la retrouver à notre mariage ? Elle est terrorisée dès que son père est à côté d'elle ! Et puis, je n'ai même pas pu l'embrasser depuis que nous sommes fiancés ! explosa-t-il. »
Le rire de son père lui donna envie de crier pour de bon. Son père dut le voir, puisqu'il reprit la parole.
« Tu ne serais pas un peu frustré aussi ? se moqua son père en s'enfonçant dans le fauteuil.
-Je suis vraiment inquiet, Papa, soupira Charlus. »
Son père posa ses coudes sur ses genoux, le regarda se rasseoir et vida son verre en une fois.
« Son père est autoritaire et même imbuvable avec elle, je le reconnais, Charlus. Mais c'est aussi un idiot, et plutôt deux fois qu'une. Alors… Je ne sais pas, j'ai du mal à l'imaginer être vraiment mêlé à Grindelwald. Je veux dire, tout le monde sait qu'il fait des trucs louches et qu'il partage cette idéologie. Mais Grindelwald est… Est horrible, certes, mais il est très intelligent, et je le vois mal s'encombrer de quelqu'un de sanguin comme Cygnus Black. Après votre mariage, elle pourra te raconter ce qu'elle sait à son sujet sans crainte de représailles, et si c'est conséquent, nous monterons un dossier. J'ai comme l'impression qu'il ne va pas la lâcher d'une semelle jusqu'au mariage de toute façon, il ne pourra pas faire grand-chose de condamnable durant cette période. »
Charlus soupira pour toute réponse mais préféra accepter l'idée de son père.
« Je vais rentrer avant que ta mère ne me fasse une crise de jalousie, conclut son père en se levant.
-Une crise de jalousie ? s'étonna Charlus.
-Elle n'aime pas beaucoup me voir discuter avec toi plus qu'elle ne discute avec toi, avoua Robertus Potter en serrant les dents. Si elle n'apprécie pas Dorea à l'avenir, je plains vraiment ta fiancée.
-A ce point ? se moqua Charlus.
-Tu n'as toujours vu que le côté maternel, aimant et attentionné chez elle, mais ta mère est vraiment difficile à vivre, Charlus, compléta son père en levant les yeux au plafond.
-Mais tu l'as épousée, dit prudemment Charlus.
-Et je le referais si c'était à refaire, lui assura son père en se rasseyant dans le fauteuil. »
Il avait la version de sa mère en tête sur le mariage et la relation de ses parents. Et puis, c'était sa mère qui lui avait toujours raconté les aventures qu'elle avait eues avec son père lorsqu'ils étaient à Poudlard. Avec son père, il parlait plutôt Quidditch ou balais. Ils jouaient à la Bataille explosive ou aux échecs, mais c'était tout. Son père ne lui parlait pas de sa mère très longtemps. Alors qu'il se rassoie dans le fauteuil comme s'il voulait discuter intrigua plutôt Charlus. C'était peut-être parce qu'il allait se marier que ses parents lui parlaient de leur propre mariage. Ses fiançailles faisaient remonter des souvenirs.
« Ta mère me comprend, et je la comprends, et c'est déjà une chance que beaucoup de couples n'ont pas, reconnut son père. Mais c'est aussi un problème lorsque nous ne sommes pas d'accord sur un sujet, dont celui du mariage. Ta mère est une personne très entière et… têtue. Diablement têtue. Et comme elle est persuadée que tu n'épouses pas Dorea pour les bonnes raisons, elle va te faire la tête jusqu'à changer d'avis elle-même.
-Tu parles sérieusement ? lui demanda Charlus, stupéfait.
-Bien sûr, répliqua son père avec un sourire dépité. Je reconnais que je ne suis pas en désaccord avec elle sur ce sujet, mais ! s'exclama-t-il comme Charlus soupirait. Mais je pense que c'est néanmoins la personne qu'il te faut car…
-J'ai pris ma décision tout seul ? répéta Charlus avec lassitude.
-Exactement. Tu as compris que cette décision te concernait seulement elle et toi. Je l'ai aussi vu à l'horrible bague que tu lui as offerte – ce n'est pas une bague de fiançailles, ça, Charlus. Tu as fait les choses à ta manière, comme tu en avais envie, et c'est très bien, l'approuva son père. Il en faut du courage pour tenir tête à mon père, je le sais mieux que personne. Tu as la chance d'être tout à fait indépendant financièrement et professionnellement de lui – on va dire que ça aide – et puis de croire au mariage d'amour heureux. »
Croire au mariage d'amour heureux ? Qu'est-ce que ça voulait dire ?
« Tu ne crois pas au mariage d'amour heureux ? demanda-t-il prudemment. »
Il savait très bien que sa question impliquait le propre mariage de son père. Et donc sa mère. Et son père aussi le savait puisqu'il soupira lourdement.
« Ton grand-père est… commença son père avant de s'enfoncer dans le fauteuil, la tête levée vers le plafond. … immensément compliqué. Rien n'est plus importait pour lui que la famille. Il te sortirait du pire des pétrins, et je parle en connaissance de cause, sans même te faire de reproches et attendre quelque chose en retour. Mais il est obnubilé par le Sang-Pur. C'est… Je crois qu'une part de moi l'adore et l'admire d'être toujours si loyal à sa famille et fidèle à ses principes, mais qu'une autre le déteste pour les idées qu'il a et son obstination qui frôle la folie. Mais il reste mon père, celui qui m'a appris à voler en balai, à jouer aux échecs et j'en passe. Alors lorsque j'ai compris qu'il ne rendait pas ma mère vraiment heureuse, qu'il l'avait certes épousée par amour mais surtout pour une question… d'héritage et d'image, ça m'a révolté. Et puis j'ai regardé autour de moi, et j'ai vu peu de gens fou amoureux et heureux en ménage, même parmi mes amis. Ou alors pour un temps et puis tout se délitait. Moi-même, je ne restais pas amoureux bien longtemps.
-Et maman ? insista Charlus.
-Ta mère pensait la même chose que moi. Enfin, elle pense plutôt que les hommes sont trop inconstants pour rendre leur épouse heureuse en ménage avec de l'amour. Et donc elle m'a dit que si un jour elle devait se marier, il n'y a que moi qu'elle supporterait. »
Ce que lui disait son père nuançait un peu ce que sa mère lui avait dit.
« Je me suis moqué d'elle en lui disant que cela me paraîtrait bien trop étrange d'épouser ma meilleure amie, et les mois ont passé. Mon père ne comprenait pas pourquoi je ne voulais pas me marier. C'est une image sociale aussi, tu comprends ? Et j'ai compris qu'il ne pouvait pas apprécier une femme autrement que comme une épouse lorsqu'il m'a demandé quand est-ce que je comptais demander ta mère en mariage. Tout ce temps, il pensait que je n'osais simplement pas me déclarer alors que ta mère était simplement ma meilleure amie. Je lui ai dit que ceci n'avait jamais été dans mes projets, alors il a commencé à me présenter des jeunes filles, comme il l'a fait avec toi. Et la veille de mes vingt-cinq ans, il m'a dit qu'il m'avait trouvé une fiancée que je ne pouvais pas refuser sans commettre un incident diplomatique : la fille d'un ambassadeur. J'ai commencé par rire, sans y croire. Il m'a dit que j'avais reconnu qu'elle était très belle, et qu'elle m'était déjà dévouée. J'ai paniqué, et je lui ai dit que j'avais demandé à ta mère de m'épouser la veille. Ce n'était pas vrai, bien sûr, mais je n'ai pas attendu sa réaction pour aller voir ta mère et lui rappeler ce qu'elle m'avait dit, qu'elle n'épouserait personne d'autre que moi. Et elle a accepté presque immédiatement. J'ai été un peu surpris, car elle était très encline à refuser tout ce qu'on lui proposait par simple volonté de commander.
-Donc pas d'amour entre toi et maman ? demanda simplement Charlus pour ne pas laisser le silence s'installer.
-Si. Et c'est là où je veux en venir, et que j'espère tu ne seras pas déçu avec Dorea. Je connaissais ta mère, et j'ai basé mon mariage sur cela, sur le fait que c'était mon amie, que je voulais qu'elle soit heureuse, et je ne le regrette pas. Et avec le temps, la proximité, l'intimité, quelque chose s'est développé entre nous. Pas aussi fort que les amours que j'avais connues auparavant, mais quelque chose de solide et de rassurant, tu comprends ?
-Et Maman ressent les choses comme toi ? ne put-il s'empêcher de demander.
-Bien sûr. Mais ta mère se pose trop de questions, et cela la mine, je le vois bien. Mais que veux-tu que je lui dise ? Nous avons plus de soixante ans, et elle est butée comme pas deux : je ne la ferai plus changer d'avis, relativisa son père. »
Charlus n'aimait pas ne pas dire tout ce qu'il pensait, mais il rechigner à s'immiscer dans le couple de ses parents. Il avait déjà assez à faire avec Dorea pour se mêler de leurs histoires.
« Pour répondre à ta question, est-ce que je serai déçue de Dorea, reprit Charlus, je ne pense pas. J'ai vu assez de choses chez elle pour savoir qu'elle me plaît et que je ne peux pas m'ennuyer avec elle.
-Elle est bien plus distinguée que toi, Charlus. J'espère que tu l'as prévenue que ta maison était une porcherie, se moqua son père en se relevant.
-Eh ! Ma maison est très bien !
-Pour un célibataire rustre comme toi, oui, pas pour une femme, insista son père en riant. Cette fois-ci, j'y vais. Qu'est-ce que tu fais demain ?
-Je vais la voir, répondit Charlus en haussant les épaules sous le coup de l'évidence.
-Pense à prévenir la famille, veux-tu.
-Même Grand-mère Sionach ? demanda Charlus en grimaçant.
-Surtout ta Grand-mère, nom de nom. »
.
Voilà pourquoi il se trouvait dans le Pays-de-Galles ce matin, pour l'heure du thé. Il s'était levé tôt afin d'y aller à cette heure-ci et d'avoir toute son après-midi à accorder à Dorea. Il descendit de son balai. Il entra comme chez lui, et la trouva sur sa terrasse, avec sa sœur, et…
« Darius ? s'étonna-t-il.
-Bonjour Charlus, lui répondit son frère en soupirant. Je t'avais dit qu'il viendrait, Grand-mère. Je peux partir à présent ?
-COMMENT AS-TU OSÉ ! s'excita sa Grand-mère en agitant la Gazette du Sorcier sous son nez où la petite annonce des fiançailles devait se trouver. Elle est la cousine de Laetitia ! Et Darius me dit qu'elle est aussi vive qu'un glaçon ! Il nous faut des femmes enjouée et pleine d'esprit dans la famille ! Pas une Madam Frigide !
- Madam Frigide ? hallucina Charlus. Mais Darius ne l'a même pas rencontrée, protesta Charlus en cherchant son frère du regard mais le lâche avait fui.
-Ta mère en a assez dit à ton frère ce matin pour savoir à qui nous avions à faire ! Et tu ne la connais presque pas ! Moins de trois mois de fiançailles !
-Bon Dieu, mais ça commence à bien faire ! s'énerva-t-il. Vous me cassez tous les pieds pour que je me marie, et quand c'est presque fait, vous me faites tous des reproches !
-Laetitia est dévastée, se permit de lui reprocher la sœur de sa Grand-mère.
-Bon Dieu Laetitia… Mais je ne la connais pas ! Et c'est vous qui lui avez mis des idées dans la tête !
-Et enfin, Charlus, notre famille n'a rien à faire avec la Maison des Black ! renchérit sa Grand-mère. Ils sont condescendants, pédants et…
-Il suffit, s'exaspéra Charlus. Je suis venu en balai depuis Flaquemare pour vous l'annoncer, je suis simplement heureux et… Et Merlin vous m'épuisez tous ! Au revoir ! »
Il ne prit même pas la peine de sortir par la porte et préféra remonter sur son balai aussitôt. On était vendredi, et il devait manger avec Anderson et Carley ce midi. Il avait le temps de passer voir Oncle Willem et Tante Falbala avant de retourner à Londres. Ils n'habitaient pas très loin du Château de Fortarôme. Ils devaient être dans les vignes tous les deux à cette heure-ci, mais il ferait vite. Du haut de son balai, il les chercha, et finit par les trouver tous les deux, sa tante avec son immense chapeau de paille. Il se posa sur le chemin plus loin, et remonta l'allée jusqu'à eux.
« Mais c'est Charlus, Willem ! Il doit venir pour nous annoncer en personne ses fiançailles ! pépia Tante Falbala en le voyant arriver. Comme c'est attentionné ! Charlus ! s'exclama-t-elle en agitant sa main.
-Bonjour Tante Falbala, Oncle Willem ! »
Sa tante, pour changer, était toute enthousiaste, et son oncle bien plus renfermé. Il posa son balai pour la prendre dans ses bras et serrer la main de son oncle.
« Vous avez lu la Gazette ce matin ? demanda-t-il.
-Tu es fiancé, c'est ça ? marmonna Oncle Willem.
-Mon Willem, laisse-le nous le dire lui-même voyons ! le rabroua sa tante.
-Oui, depuis hier. Elle s'appelle Dorea Black.
-Oh Charlus, j'avais bien dit à ta mère que tu étais tout amoureux ! Elle ne voulait pas me croire, mais moi je n'ai pas été surprise, je vois bien ce genre de choses ! Toutes mes félicitations ! s'exclama Tante Falbala en prenant ses mains, les yeux pétillants. C'est bien de se déclarer tôt. Aristote aurait mieux fait d'agir de la sorte avec Ambuela. Je suis fier de toi ! »
Charlus essaya de ne pas grimacer en entendant sa tante le comparer à Parkinson et rappeler qu'Ambuela était maintenant avec lui à Sarajevo et que Charlus ne pouvait pas lui annoncer ses fiançailles en personne. Il se tourna vers son oncle.
« Tu as été très rapide, ta mère m'a assuré qu'elle ne t'avait jamais vu avec elle par le passé, se contenta-t-il de dire.
-Je ne voulais pas que quelqu'un s'en mêle, je suis resté discret. »
C'est la conclusion à laquelle il était venu sur la raison de ce comportement.
« Eh bien, je suppose que je dois te féliciter, en convint son Oncle avec une réticence flagrante. Nous avons du travail, Charlus. Nous en discuterons samedi je suppose.
-Samedi ? s'étonna Charlus.
-Ta mère nous a invités pour jouer au Cricdditch, lui apprit sa tante. Allez Charlus, file avertir tes cousins, ils sont dans la maison. »
Son oncle secouait la tête lorsqu'il remonta sur son balai et Tante Falbala le rabrouait pour le peu de joie qu'il avait manifesté à cette annonce. Charlus commençait à se dire que si lui n'avait pas reçu un accueil des plus chaleureux chez Dorea, il était possible que l'accueil de Dorea dans sa famille soit encore pire. Bon Dieu, c'était pas croyable ça. Il faisait les choses bien, il avait choisi une femme belle et intelligente (et Sang-pur, par hasard, mais ceci aurait dû plaire à sa famille), il la demandait en mariage, il venait annoncer en personne la bonne nouvelle, et voilà comment il était reçu.
« Alfred ! Antony ! les appela-t-il en atterrissant dans le jardin où les petits diables jouaient.
-Charluuuuus ! s'exclamèrent les deux enfants d'une même voix en lui courant dessus. »
Il s'agenouilla pour les réceptionner, un dans chaque bras.
« Est-ce que ça vous dirait d'avoir une nouvelle cousine ? demanda-t-il après qu'Alfred lu eut montré le Gnome de Jardin qu'il avait attrapé et qui lui avait mordu le doigt.
-Tante Annabella attend un bébé ? s'étonna Antony.
-Ah non, pas une cousine comme ça, s'amusa Charlus. Une cousine de mon âge.
-Une cousine de ton âge ? s'étonna Alfred.
-Je vais me marier, préféra-t-il annoncer face à l'absence de perspicacité de ses cousins.
-Ah ouais ? s'exclama Antony.
-Et ouais, reprit-il avec amusement.
-Elle est comment ? demanda aussitôt Antony.
-Elle est jolie ? demanda plutôt Alfred.
-Elle est super belle, oui, corrigea Charlus avec un sourire goguenard.
-On la rencontrera quand ?
-Dès que je peux, je vous la présente, leur assura-t-il. Je vais devoir y aller, mais on se revoit vite, ça vous va ? »
Après un tour en balai avec chacun de ses cousins, Charlus s'envola pour Londres. Il y retrouva ses amis, Anderson et Carley. Leurs félicitations un peu grivoises l'amusèrent de prime abord, puis le laissèrent perplexe. Pourquoi est-ce que personne n'était véritablement heureux pour lui ?
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(... Ignatius, le grand-père Priscus qui fait des siennes mais qui semble s'adoucir, repas au 12, Square Grimmaurd du pdv de Charlus, discussion avec le papa, la grand-mère Sionach qui fait aussi des siennes, et puis la tante, l'oncle et les cousins... Bref, j'espère que ces chapitres vous auront plu !
J'ai vu quelques personnes ajouter ma fic en favoris/follows, merci ! si l'histoire vous plaît, ça me fait plaisir !
Petite annonce : Si je vous dis Les Quatre Filles d'Arcturus Black, vous dites quoi ?... eh oui, la fic sur Arcturus, le vrai papa de Dorea dans Historiae Amoris, est finie et en cours de mise en ligne !
Sur ces trois chapitres, encore bonne année, plein d'amour (on va oublier de parler de santé) et à très vite !)
