Rar :
Sarah : Merci infiniment pour ton petit mot. J'espère que la suite te plaira tout autant. Bonne lecture :)
Chapitre 11 - Drago
Samedi 31 décembre 2005 - Poudlard.
Après avoir dû participer à l'organisation de la soirée du Nouvel-An, Drago devait maintenant en endurer le déroulement. S'il y avait eu ne serait-ce qu'une petite bouteille de Whisky Pur-Feu, la soirée aurait été différente. Malheureusement, le buffet auprès duquel il se tenait n'offrait que des boissons désespérément dépourvues d'alcool. Drago le savait puisqu'il avait été en charge de les choisir et McGonagall avait été ferme sur le sujet : pas une goutte d'alcool, pas même de bièraubeurre.
La musique choisie par Flitwick résonnait dans la Grande-Salle. Drago reconnaissait ce morceau, c'était une vieille chanson ringarde que sa mère écoutait parfois. Elle lui rappelait sa jeunesse, disait-elle… Il avait bien tenté de convaincre le Professeur de Sortilèges de choisir des choses plus actuelles, celui-ci n'avait pas cédé. Heureusement, Drago n'avait absolument aucune idée de la manière dont on charmait des instruments. Si ce supplice auditif durait trop longtemps, ce serait le seul paramètre l'empêchant de sauter sur la scène afin d'y virer son collègue.
Les quatre tables trônant habituellement au centre de la pièce avaient disparu au profit d'une immense piste de danse qu'une partie des élèves avaient investi, avec plus ou moins de talent, cela dit. Réprimant son envie de rire face à certains pas de danse, il parcourut le reste de la foule adolescente du regard.
Certains boudaient la piste. C'était notamment le cas de Paul Declair. Assis et l'œil avide, le brun et sa bande ne loupaient pas une miette du déhanché de leurs camarades féminines. Celles-ci, gloussant de temps à autre de leurs œillades, le leur rendaient bien.
Le jeune Gryffondor aperçut son professeur et marmonna quelque chose à ses amis avant de les délaisser.
« Bonsoir Professeur, lança-t-il tout en se servant un verre de jus de citrouille.
— Bonsoir Paul. Vous passez une bonne soirée ? fit Drago en désignant du regard ses comparses, toujours collés à leur chaise.
— Ça peut aller. Et vous ?
— Ça peut aller. Vous ne dansez pas ?
— Plutôt mourir. » Drago et Declair échangèrent un sourire amusé.
« Qu'avez-vous fait de vos vacances ? Vous avez vu votre mère ?
— J'ai été chez l'une de ses amies quelques jours. J'ai pu la voir à l'hôpital. Les médecins m'ont expliqué qu'il n'y avait pas vraiment d'amélioration pour l'instant, mais que son état n'empirait plus. Elle tient le coup. Je crois que ça lui a fait du bien de me voir.
— J'en suis certain. » La réciproque devait être tout aussi exacte, mais ça, son élève préférait le garder pour lui. Celui-ci but une gorgée de son verre, si longue qu'on aurait pu croire qu'il cherchait à s'y noyer. « Paul, vous souhaitiez me dire quelque chose ?
— Oui, hésita le garçon. J'ai… j'ai fini par suivre votre conseil. J'ai parlé de ma mère à quelqu'un.
— C'est bien. J'espère que ça vous a aidé.
— Un peu, peut-être. J'y retourne, bonne soirée Professeur. »
Le brun le salua d'un signe de la tête avant de s'éloigner.
« Paul, l'interpella Drago. Au lieu de les regarder comme vous le faites, allez danser. Vous verrez, ça vous plaira plus que vous ne le pensez. »
Declair se fendit d'un sourire. « Je vais y réfléchir. Mais, vous savez Professeur, je ne peux pas tout le temps suivre vos conseils. Vous risqueriez de vous y habituez. »
Sale gosse, s'amusa Drago tout en regardant son élève rejoindre nonchalamment ses amis.
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Le Professeur de Potion jeta un œil à sa montre, 22h04. Il aurait juré l'avoir regardée il y a plus d'une heure et y avoir vu inscrit la même chose. Le temps s'était figé. Cette soirée n'en finirait jamais. Il mourrait ici, entouré d'adolescents en overdose de jus de citrouille, sur une bande-son abominable.
Pourquoi Drago avait-il l'impression d'être le seul adulte présent ?
Il scruta la pièce à la recherche de ses collègues.
Bon sang, il était le seul adulte présent.
Où étaient les autres chargés de la surveillance ? Ceux qui, comme lui, avaient eu l'infortune d'être tirés au sort ? Neville, Hagrid, Johanna ? Le désespoir lui fit même chercher Isaac du regard. Hormis Flitwick, qui était toujours sur la scène entouré des instruments ensorcelés, personne. Même McGonagall était introuvable, bien que la présence de la Directrice de Poudlard soit obligatoire.
Le jeune homme décida de parcourir la salle et ses alentours, décidé à retrouver ses collègues déserteurs. Après quelques minutes de recherche, il s'arrêta devant l'un des placards à balais du couloir principal. En tendant l'oreille, il parvint à entendre le rire gras d'Hagrid. D'un geste sec, Drago ouvrit la porte.
Hagrid, Johanna, Neville, Isaac. Ils étaient là, tous les quatre. Surpris, ils s'étaient figés, comme des adolescents pris en pleine faute par leur mère. Ou pire, par McGonagall.
« Oh ce n'est que toi ! » s'exclama un Neville soulagé, tandis qu'Hagrid agrippait le bras de Drago afin de le tirer à l'intérieur du placard et d'en refermer subitement la porte.
Le cagibi n'en était plus un, la taille de celui-ci avait été augmenté à l'aide d'un sortilège. Hagrid, debout, reposait sur l'une des étagères. Johanna était assise sur un seau en bois qu'elle avait retourné. Isaac et Neville étaient, eux, grimpés sur des chariots de service. Ils avaient tous les quatre ce petit quelque chose dans le regard.
Les enfoirés.
« Vous m'avez abandonné avec eux pour pouvoir vous siffler une bouteille, cachés dans un placard ? cracha Drago.
— Isaac t'a cherché, t'étais introuvable. » se défendit Neville.
Isaac, évidemment.
Malefoy lui jeta un regard glaçant, ce qui fit disparaître, l'espace d'un instant, le sourire arrogant de l'ancien Auror.
« Tiens Drago, souffla Johanna. Pour nous faire pardonner. »
L'Arithmancienne lui tendit une fiole de Whisky Pur-Feu et il n'eut pas besoin de se faire prier pour en verser la quasi totalité dans son verre.
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Bien que légèrement enivrés, les cinq professeurs n'en oublièrent pas pour autant leurs responsabilités. Ils durent, à contrecœur, quitter leur placard.
23h30. Minuit approchait. Drago retrouverait bientôt sa liberté.
« Neville, rassure-moi. Après le feu d'artifice, ils vont tous aller se coucher ?
— Normalement oui. Enfin, peut-être pas immédiatement après, lui répondit le brun.
— Quelle plaie. »
Drago prit une nouvelle gorgée de son verre et d'un signe de la tête, signifia à Neville qu'il allait faire un tour.
Il aperçut Paul Declair au loin. Il ne dansait toujours pas, il n'avait d'ailleurs pas quitté sa chaise de la soirée. Certains de ses amis semblaient avoir cédé à l'appel de la piste et l'avait rejointe, dansant auprès de celles qu'ils observaient passivement il y a quelques heures.
Le regard du Gryffondor était dirigé vers le milieu de la salle et semblait se mouvoir au rythme de la musique. Il avait un léger sourire sur les lèvres qui intrigua Drago. Le Professeur l'observa un instant et parmi la foule, chercha l'objet de la convoitise de son élève. Il comprit vite que ce n'était pas la musique que ses yeux suivaient, mais plutôt les mouvements de la Serpentarde qu'il ne quittait pas des yeux. Elle ne semblait pas se rendre compte que deux prunelles vertes la transperçaient. Le sourire de Paul s'effaça soudainement et Drago vit son visage se fermer. La jeune fille venait d'être rejointe par l'un de ses camarades de maison. Le Serpentard, dos à elle, posa ses mains sur ses hanches. Elle se retourna pour lui faire face et glissa ses bras autour de son cou avant d'échanger quelques baisers avec celui qui semblait être plus qu'un simple cavalier.
Paul continua de les fixer, impassible. S'il était un tant soit peu comme Drago le pensait, le Gryffondor ne se laisserait pas abattre.
Préférant rendre à Declair son intimité, le Professeur s'éloigna et quitta la Grande-Salle. A travers la foule du hall principal, il aperçut Isaac en pleine discussion avec une femme qu'il ne put distinguer entièrement. Ce n'était pas Johanna, puisqu'elle se trouvait toujours aux côtés de Neville. Il parvint à entrevoir certains détails de la robe bleu nuit que la jeune femme portait. Un brin curieux de découvrir qui Isaac séquestrait à coup de monologues, Drago s'approcha. A chaque pas, un nouveau détail s'offrit à lui.
Des jambes fines, un dos droit, des épaules dégagées, une nuque délicate, une chevelure bouclée ramenée dans un chignon flou…
Hermione.
En l'apercevant, Drago ne put s'empêcher de sourire. Cette soirée prenait une toute autre dimension.
Il les observa un instant, se demandant comment Isaac pouvait continuer à pérorer comme il le faisait, alors que tout en elle cherchait à lui signifier qu'elle souhaitait être ailleurs. Elle regardait le plafond puis son verre, tapait du pied, croisait et décroisait les bras. Bref, tout.
Bien que l'idée de voir Hermione lancer un autre verre à la figure d'Isaac ne lui déplaisait pas, Drago se décida à intervenir. Grand prince qu'il était.
« Ah Isaac, te voilà. » s'exclama-t-il en lui tapant vigoureusement dans le dos, espérant lui prouver à quel point ce geste était désagréable. « Je te cherche partout depuis dix minutes. Enfin, Johanna te cherche partout, elle a besoin de toi. Je lui ai proposé mon aide bien évidemment mais elle a refusé, visiblement il n'y a que toi qui puisse l'aider. Elle est quelque part dans la Grande-Salle. »
A ce moment-là, Drago ne sut dire ce qu'il trouva de plus pitoyable : qu'Isaac ait cru à ce piètre mensonge, ou le sourire satisfait et prétentieux qu'il afficha à l'entente de celui-ci ?
« Il semblerait que le devoir m'appelle. A plus tard, Hermione » souffla-t-il avant de lui adresser un clin d'oeil fugace. Fugace et terriblement gênant.
A l'instant où Isaac se trouva suffisamment loin, Drago saisit le bras d'Hermione et fendit la foule, l'entraînant à l'extérieur du château. La jeune femme se débattit et lui ordonna de la lâcher mais il n'en fit rien. Une fois la Grande-Porte passée, il la referma derrière eux.
Sur le perron, ils étaient seuls. Hermione retira son bras des doigts de Drago et pendant un instant qu'il jugea beaucoup trop bref, il continua d'y sentir la chaleur de sa peau. La jeune femme fixa la porte close.
« Tu peux y retourner si tu y tiens vraiment. Mais Isaac, aussi dépourvu d'intelligence qu'il soit, va vite se rendre compte que je me suis payé sa tête. Alors à toi de voir. »
Hermione resta silencieuse, offrant toujours son regard au battant de bois. Est-ce qu'elle hésitait ? Subir une conversation avec Borealis était-il vraiment plus appréciable que de passer un moment auprès de lui ?
« Je pouvais me débarrasser de lui toute seule. » lâcha-t-elle finalement.
Abandonnant l'idée d'y retourner, elle s'éloigna de la porte et descendit quelques marches, tournant le dos à Drago.
« Hermione, qu'est-ce que tu fais là au juste ? Tu ne fais pourtant pas partie des damnés censés assurer la surveillance. »
A son plus grand regret.
« McGonagall n'a pas pu venir ce soir, elle m'a demandé de la remplacer au dernier moment. Mais, de toutes manières, je comptais déjà être là. Je ne voulais pas louper cette soirée. » répondit-elle, toujours tournée vers l'horizon.
Drago s'approcha de la jeune femme, descendant lui aussi les marches qu'elle venait de fouler. Il se posta à ses côtés et regarda dans la même direction qu'elle. L'obscurité rendant indiscernable le paysage alentour, Drago comprit qu'Hermione regardait ailleurs pour ne pas avoir à le regarder lui.
« Cette soirée se résume à regarder danser des adolescents prépubères pendant plusieurs heures sur de la musique choisie par Flitwick… Pourquoi vouloir s'infliger ça ? »
A la fin de sa phrase, il s'était un peu penché vers elle. Plus près d'Hermione, il la vit frissonner et réalisa qu'elle ne portait pas de veste. Il l'avait emmenée dehors sans s'embarrasser de ce détail.
« C'est ta façon de voir les choses. » répondit-elle d'une voix basse.
Les derniers mots d'Hermione furent ponctués par un bruit de détonation. Au-dessus du lac, des lumières se mirent à danser. Le feu d'artifice que Drago avait désespérément attendu pendant toute la soirée démarrait enfin. Seulement maintenant qu'il se trouvait auprès d'elle, il espérait qu'il ne se terminerait jamais.
Les deux professeurs furent rejoints par une marée d'élèves. Hermione scrutait le ciel. Drago, lui, scrutait son visage. Il n'observa les artifices qu'à travers celui-ci. Il fut tour à tour balayé de reflets rouges, bleus, violets, roses, jaunes… Elle était encore plus belle que lors de leur propre bal, il y a tout juste sept ans de ça.
- Jeudi 31 décembre 1998 -
Assis dans un coin de la Grande-Salle, Drago avait décidé de faire acte de présence au bal du Nouvel-An. Pourquoi, il l'ignorait.
Probablement parce que Granger l'y avait forcé. Sûrement parce que Granger l'y avait forcé.
La Gryffondor était au centre de la piste de danse, entourée d'Eden et de son frère jumeau. Marius, se souvenait Drago. Il avait entendu son prénom lors des cours de Botanique et d'Arithmancie qu'ils avaient en commun. Granger le mentionnait aussi, parfois. Arrivé il y a un peu plus de deux ans d'Uagadou, il était poursuiveur des Poufsouffles. Pas mauvais d'ailleurs, dommage que le reste de l'équipe soit absolument lamentable. Le matin-même, les deux frères et sœurs avaient surpris Hermione en rentrant de vacances un peu plus tôt, spécialement pour la soirée. Avec eux, de nombreux élèves étaient de retour et la quiétude du château pratiquement vide que Drago avait partagée avec la Gryffondor pendant ces deux semaines s'était envolée.
Granger dansait depuis plusieurs heures. Lui, noyait son ennui dans son cinquième verre de jus de citrouille. Après le troisième, Drago en avait eu assez de devoir fendre la foule pour se resservir et avait pris l'une des bouteilles du buffet avec lui. Il restait une heure avant le feu d'artifice qui marquerait la fin du bal. Spectacle qu'il ne verrait pas car le Serpentard songeait à rejoindre son dortoir. Granger ne lui en tiendrait pas rigueur, il n'était même pas sûr qu'elle remarquerait un éventuel départ anticipé. Qu'importe, ce cinquième verre serait le dernier.
La musique se fit de moins en moins forte pour, bientôt, laisser place au silence. De délicates notes de piano résonnèrent dans la salle, causant le départ précipité d'une bonne partie des élèves qui préférait profiter de ce slow pour aller se resservir un verre. Drago ne pouvait les blâmer. Seuls quelques courageux et courageuses restèrent sur la piste. Il observa Eden être invitée à danser par un 6ème année de Serdaigle. Elle accepta, non sans avoir jeté un œil à Léo Irving qui, malheureusement, faisait partie des fuyards.
Drago aperçut Marius offrir sa main à Granger qui s'en saisit immédiatement. Le jeune homme posa la seconde dans le bas du dos de la brune. Il fit glisser ses doigts le long de sa colonne vertébrale et joua un instant avec le tissu satiné et cuivré de sa robe, ce qui fit sourire la Gryffondor. Hermione posa la sienne sur son épaule. Ils se rapprochèrent jusqu'à ne faire plus qu'un et commencèrent à tournoyer au rythme du piano. Marius était immense et, dans ses bras, Hermione paraissait frêle et minuscule. Tournant plus rapidement, les vanilles de Marius s'agitèrent et lui tombèrent dans les yeux. Granger délaissa l'épaule du garçon et les replaça délicatement. Le Poufsouffle se pencha à son oreille et lui murmura quelque chose qui la fit plusieurs fois éclater d'un rire homérique.
Drago avala d'une traite son sixième verre de jus.
Il ne comprenait pas vraiment ce que faisait Granger à danser ainsi avec Marius. Est-ce qu'il savait qu'elle était avec Weasley ? Est-ce qu'elle était toujours avec lui, d'ailleurs ? Elle ne lui avait toujours pas expliqué la raison pour laquelle elle ne l'avait pas rejoint pour les fêtes.
A la fin de la chanson, ils cessèrent leur danse. Marius relâcha les hanches de la brune mais conserva sa main dans la sienne. Se penchant à son oreille, il la fit encore rire aux éclats. Drago se demanda ce qu'il pouvait bien lui raconter d'aussi drôle.
Septième verre.
La Gryffondor relâcha la main de son partenaire avant de s'éloigner de lui. Quittant la piste, le regard d'Hermione vint se poser sur le Serpentard. Tout en s'approchant, un large sourire s'étendit sur le visage de la brune. Drago n'était toujours pas habitué à tous ses sourires, sincères et spontanés. A chaque fois, le même état de stupeur s'emparait de lui, une stupeur qu'il préférait masquer et que Granger ne remarquait pas.
« Tu ne danses pas ?
— Plutôt brûler sur place.
— Rabat-joie » fit-elle, essoufflée, tout en se laissant tomber sur la chaise placée à ses côtés.
Elle fixa ses camarades tandis qu'une nouvelle chanson s'élevait autour d'eux. Un morceau moins suave attirant de nouveau la foule. Eden abandonna le Serdaigle et dansa de nouveau auprès de Marius.
Échauffée par plusieurs heures de danse, Drago constata que la peau d'Hermione brillait très légèrement. Les lumières colorées éclairant la piste se reflétaient sur son visage. Elle semblait essoufflée et cette respiration rapide attira le regard du Serpentard. Ses yeux quittèrent le visage de la brune, balayèrent sa nuque et s'attardèrent à la naissance de sa poitrine qui ondulait sous le satin de sa robe. Soudainement, Drago sentit son estomac se tordre et sa gorge se serrer.
« Malefoy ? l'interpella Granger qui avait quitté la piste des yeux. Ça va ? T'es encore plus pâle que d'habitude.
— J'ai bu trop de jus de citrouille. Je vais aller prendre l'air, lâcha-t-il tout en attrapant sa veste.
— Je viens avec toi.
— T'es pas obligée.
— Il fait beaucoup trop chaud ici. Et puis, c'est bientôt l'heure du feu d'artifice, au moins on aura la meilleure place. » La Gryffondor enfila son manteau et étrangement, Drago se sentit déjà mieux.
— Comme tu veux. »
Les deux élèves fendirent la foule de la Grande-Salle, puis celle du hall principal. Il sentit Hermione lui attraper l'un des pans de sa veste. « Peur de me perdre, Granger ? » lui lança-t-il dans un demi-sourire. De sa main libre, elle lui frappa l'arrière de la tête et lui assena d'avancer.
Le froid les saisit dès leurs premiers pas à l'extérieur du château, chacune de leurs expirations se mélangeant et se condensant en un seul et unique nuage blanc. Hermione relâcha la veste du Serpentard et le dépassa, s'avançant dans l'obscurité d'une nuit sans lune.
« Granger, tu vas où ? Granger ?
— Peur de me perdre, Malefoy ? » rit-elle. « Ou alors, aurais-tu peur du noir, peut-être ? » La Gryffondor se mit à courir et disparut complètement. Drago s'avança à sa suite d'un pas assuré. Il avait eu peur du noir quand il était enfant, oui, mais son père avait rapidement trouvé une parade à ça : l'enfermer dans une cave obscure à chaque fois qu'il s'en plaignait. Cette peur avait bien été obligée de disparaitre.
Il retrouva la jeune fille aux abords du lac. Elle ôta son manteau qu'elle posa sur le sol avant de s'y allonger.
« D'ici, on verra mieux le feu d'artifice. Allez, allonge-toi Malefoy, je n'oserais pas te laisser mourir de froid. » fit-elle face au regard perplexe du Serpentard.
Elle sortit sa baguette de la poche de son manteau et murmura un Caloris du bout des lèvres.
Drago vint s'allonger près d'elle. Le vent glacial d'il y a un instant laissa place à une douce caresse chaude qui le parcourut entièrement. Ils restèrent ainsi un moment. Une minute, ou vingt, peut-être.
Ce rapprochement étrange et inattendu ayant commencé dans un mutisme partagé, les silences qu'il pouvait y avoir avec Granger n'étaient jamais embarrassants. Tout comme lui, elle les laissait exister et ne cherchait pas à les combler désespérément.
S'habituant à l'obscurité, Drago put observer le ciel se parer peu à peu d'astres brillants. Dans le silence de la nuit, il n'entendait que la respiration de la jeune fille. Il tourna la tête vers elle, son visage devenant davantage visible à chaque nouvelle seconde.
Drago prit un instant pour réaliser qu'il se tenait près de celle qu'il avait haïe et insultée pendant plusieurs années. Il se tenait près d'elle et il s'y sentait bien. Comme un dernier affront à celui qu'il avait été et qu'il ne voulait plus être. Et si Granger, son ancienne ennemie et adversaire, semblait pouvoir lui pardonner ses actions et ses choix du passé, pourquoi ne le pourrait-il pas ?
Peut-être qu'il fallait justement que cela vienne d'elle. Elle, une née-moldue ayant fait les frais de son éducation archaïque, ayant combattu pour le camp dont il n'avait pas fait partie, ayant souffert de la main d'un membre de sa famille.
Elle était l'une des dernières personnes dont il pensait obtenir l'absolution. Et pourtant, elle lui l'avait donnée. Mais pas comme on l'accorderait à un condamné, espérant rendre ses dernières heures plus supportables, non. Elle l'avait fait sans aucune pitié dans les yeux. Granger lui avait pardonné parce qu'elle semblait estimer qu'il le méritait.
« C'est laquelle la constellation de ton prénom ? » chuchota-t-elle, les yeux rivés vers les astres.
Tiré de ses pensées, Drago parcourut le ciel et pointa du doigt la longue chaîne d'étoiles.
« Celle-ci.
— On dirait qu'elle protège la Petite Ourse. » sourit-elle tout en dessinant dans le ciel le dragon serpentant autour de l'animal. « Etre ici me rappelle mes rondes… Je passais toujours par la tour d'Astronomie avant de les terminer. Parfois j'y restais juste quelques minutes, parfois j'oubliais de rentrer.
— Pourquoi est-ce que tu as laissé tomber ton poste de préfète ? »
Drago aperçut ses sourcils se froncer, la Gryffondor ne s'attendant visiblement pas à une telle question, à un tel moment. Seulement, cette question, il se la posait depuis la cérémonie de rentrée. Abandonner son titre de préfète, cela ne ressemblait pas à l'image qu'il avait toujours eue de la Gryffondor. Il avait eu un élément de réponse lorsqu'elle lui avait parlé de ses parents. Seulement, Drago avait l'intuition que Granger traversait plus qu'elle ne lui laissait entendre.
« Être préfète, c'est déambuler des heures dans les couloirs, seule avec soi-même, murmura-t-elle d'une voix blanche.
— Et ?
— Et je pensais que tu avais compris que je n'avais pas envie d'être seule avec mes pensées.
— Je sais que l'état de tes parents te préoccupe mais il y a autre chose. Qu'est-ce que c'est ? »
Granger tourna la tête vers lui, les sourcils toujours froncés et le regard devenu interrogatif. Drago le lui rendit et il se dévisagèrent ainsi un moment.
« Tout me préoccupe. » finit-elle par répondre en détournant la tête. Fixant de nouveau le ciel, son visage se détendit légèrement. « Mes parents me préoccupent, oui. Mais mon avenir, aussi. Dès que je ne suis pas occupée, tout ça tourne en boucle dans ma tête. Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire dans quelques mois. Voldemort ne m'a pas vraiment laissé le temps d'y réfléchir. Et ça m'angoisse au plus haut point. Ne me dis surtout pas que j'ai le choix, que je n'ai qu'à choisir n'importe quel domaine, c'est ce que tout le monde me répète sans cesse et je le sais. C'est justement ça le problème. Trop de choix et pas assez de vies pour tous les explorer. Et si je me trompais ? Et si je ne choisissais pas la bonne voie ?
— Tu en changeras, répondit-il simplement. Tu en changeras jusqu'à ce que tu n'aies plus envie de le faire.
— C'est aussi simple que ça pour toi ?
— Oui. Granger, il y a un tas de choses difficiles dans la vie. Mais ça, ça ne devrait pas en faire partie. Tu as le droit de te tromper. Le monde ne s'arrêtera pas de tourner pour autant. »
Un sourire étonné se dessina sur les lèvres de la Gryffondor.
« Et toi ? demanda-t-elle. Tu sais déjà ce que tu comptes faire après Poudlard ? »
Drago réprima un rire amer. Il n'aurait jamais pensé vivre jusqu'à l'aube de ses dix-neuf ans. Alors pour lui aussi, l'avenir n'était qu'un énorme point d'interrogation.
« Disons que, Voldemort ne m'a pas non plus laissé le temps d'y réfléchir. Mais, je sais déjà que j'ai envie de partir.
— Partir ? Où ?
— Loin, sourit-il. C'est la seule chose dont je suis cert… »
Un bruit sourd fit sursauter les deux élèves. Granger réprima un cri de surprise avant d'éclater d'un rire franc lorsqu'elle comprit qu'il ne s'agissait que du feu d'artifice. Dans l'hilarité, elle s'était collée un peu plus à Drago et sa tête reposait désormais contre son épaule. Les boucles de la brune lui chatouillaient légèrement le cou et une odeur sucrée lui parvint jusqu'au nez.
A nouveau, il sentit son estomac se tordre et sa gorge se serrer.
Foutu jus de citrouille.
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Le bal était terminé depuis des heures mais, dans la chaleur de la bulle qu'Hermione leur avait créée, les deux adolescents avaient perdu la notion du temps. Allongés près du lac, ils avaient longuement discuté de ce qui les attentait à la fin de l'année. Il était simple de parler à Granger et il était encore plus simple de l'écouter.
Les couloirs du château étaient maintenant déserts et les ronflements des portraits qui ornaient les murs berçaient l'obscurité.
Hermione marchait, quelques mètres devant lui. Pour plus de discrétion, elle avait ôté ses chaussures et déambulait pieds nus. Elle sautillait parfois, faisant voler le satin de sa robe. Drago comprit qu'elle évitait les jointures des pierres qui pavaient le sol. Il esquissa un sourire amusé. Il faisait ça quand il était enfant.
Arrivée au bout du couloir, elle se retourna et attendit que Drago arrive à son niveau.
« Merci de m'avoir raccompagnée, chuchota la Gryffondor en désignant le portrait de Maggie, profondément endormie.
— Je vais devoir commencer à te faire payer le service, Granger. J'ai énormément de demandes, tu sais. » souffla-t-il dans un demi-sourire.
Elle lui lança pour seule réponse un regard mêlant amusement et scepticisme.
« Ne te fais pas prendre par un préfet sur le chemin des cachots. »
La Gryffondor approcha d'un pas et se hissa sur la pointe des pieds.
« Bonne année, Drago. » lui souffla-t-elle à l'oreille avant de déposer un baiser sur sa joue.
Elle lui adressa un dernier sourire, réveilla le portrait afin de lui murmurer le mot de passe et disparut dans l'ouverture qui s'offrait à elle.
« Drago ? s'inquiéta Maggie lorsqu'elle aperçut le Serpentard, totalement figé. Qu'est-ce qu'il vous arrive ? »
Sans un mot, Drago s'éloigna du tableau.
Foutu jus de citrouille.
Le feu d'artifice était absolument grandiose. Drago ne le regardait pas mais il pouvait aisément le voir sur le visage d'Hermione. Il ne l'avait pas quitté des yeux une seule seconde.
A la dernière explosion, minuit sonna. Tout autour d'eux, les élèves commencèrent à s'enlacer et à s'embrasser. Certains remarquèrent la présence des deux enseignants et leur adressèrent une partie de ces effusions. La jeune femme y répondit d'un sourire chaleureux, prenant le temps de souffler un petit mot à chacun d'entre eux. Drago, lui, y répondit d'un signe de tête poli, davantage occupé à ne pas perdre Hermione dans la foule extatique. L'envie de rejoindre de nouveau la piste de danse poussa les étudiants à quitter le perron du château. Bientôt, les deux professeurs furent de nouveau seuls. Hermione descendit les dernières marches avant de se retourner et d'enfin plonger son regard dans le sien.
« C'était ça que je ne voulais pas louper, Drago. »
Le cœur du jeune homme s'emballa. Pour la première fois depuis leurs retrouvailles, Hermione lui adressa un véritable sourire. Sincère et spontané, comme ceux d'autrefois.
Ce sourire disparut aussi vite qu'il était apparu, mais encouragé par celui-ci, Drago s'approcha d'elle. S'attendant à ce qu'elle recule, il fut étonné de constater qu'elle n'en fit rien. Immobile, elle soutenait son regard.
Il se tenait à une poignée de centimètres d'elle et elle ne fuyait pas.
Il sentait l'odeur sucrée et familière de sa chevelure dont quelques mèches s'échappaient de son chignon et elle ne fuyait pas.
Il voyait la peau de ses bras nus réagir au froid qui l'entourait et elle ne fuyait pas.
Il pouvait apercevoir la petite tache plus claire de son iris droite et elle ne fuyait pas.
Craignant qu'un geste trop rapide finisse par l'effrayer, il leva doucement sa main pour caresser du bout des doigts l'épaule d'Hermione. La jeune femme se laissa faire et ce contact léger et incendiaire lui brûla la peau des doigts. Elle frissonnait, à cause du froid ambiant ou de sa caresse, il ne savait plus. Son index glissa le long du bras de la brune, ralentissant lorsqu'il atteignit son poignet. De son pouce, il lui caressa la paume de la main et enroula ses doigts autour de ceux d'Hermione qu'il sentit se contracter. Il se rapprocha encore un peu plus d'elle, jusqu'à sentir son corps contre le sien. Le regard de la jeune femme s'agita. Quelque chose l'habitait enfin. Du désir, indéniablement. La respiration d'Hermione se fit de plus en plus courte, sa poitrine ondulant rapidement contre son torse. Drago sentit les doigts de la brune se resserrer davantage autour des siens.
De sa main libre, il attrapa l'une de ses boucles de cheveux que le vent avait collé à sa bouche. Cette bouche qu'il ne pouvait pas quitter des yeux. Se faisant, il caressa de la pulpe de ses doigts sa lèvre inférieure qu'il sentit trembler et qu'elle mordilla immédiatement. Bon sang.
Il déposa la mèche de cheveux derrière son oreille, fit dévaler ses doigts le long de la nuque d'Hermione avant de les remonter jusqu'à son menton qu'il releva légèrement, rapprochant un peu plus son visage du sien.
Il en avait la certitude, elle le désirait autant que lui la désirait.
Il se pencha vers Hermione et effleura ses lèvres de sa bouche.
« Hermione, te voilà ! » se réjouit Isaac tandis qu'il passait la Grande Porte.
La jeune femme recula brusquement, s'éloignant des lèvres irrassasiées de Drago.
« Ah, Malefoy, je ne t'avais pas vu. Ecoute, je n'ai pas trouvé Johanna, alors elle devra se débrouiller sans moi... Quoi ? Je dérange ? s'amusa Isaac face au silence de ses deux collègues.
— Non, assura Hermione. J'allais y aller. Bonne année à tous les deux. » glissa-t-elle avant de remonter les marches du perron et de disparaitre par la Grande-Porte.
Si un simple regard pouvait tuer, il était certain que celui que Drago lançait à Isaac l'aurait fait succomber dans d'atroces et interminables souffrances.
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Pardon, vraiment, pardon. Ne m'en voulez pas.
J'ai comme l'impression que le regard que lance Drago à Isaac est actuellement présent dans les yeux de certain.e.s.
N'hésitez pas à me faire savoir à quel point vous me détester, les reviews sont aussi là pour ça ;)
J'espère que les légers rapprochements physiques en 98 suffiront à calmer votre frustration… (mais j'en doute !)
Qu'en pensez-vous d'ailleurs ? Il est difficile de les faire s'éprendre l'un de l'autre subtilement, j'ai peur de tomber dans la caricature du "oh en fait, je suis amoureux" qui parfois arrive comme un cheveu sur la soupe. J'espère donc que ce n'est pas le cas.
En plus du lien émotionnel qui se crée depuis plusieurs semaines entre eux, il y a la dimension physique qui commence à s'ajouter. Une dimension qui ne laisse pas Drago de marbre, juste un peu dans le déni.
Encore une fois, merci pour toutes vos reviews, vos favoris et vos abonnements !
A dimanche prochain :)
