« Bienvenue maître, fit Iorvan, s'agenouillant devant Melwe, et esquissant un sourire... Le portail se referma instantanément derrière eux, et il se plia soudainement en deux à cause de la douleur. Le sorceleur l'avait tout de même bien amoché. Il pressa sa main contre son abdomen pour empêcher le sang de s'écouler. Syl s'approcha de lui et marmonna quelques mots. Une lueur verte jaillit de ses mains, qu'il appliqua sur la plaie. Quelques secondes plus tard, seul le trou dans son vêtement était encore visible.

Melwe se redressa lentement, bougea ses membres avec précaution pour voir s'il n'était pas blessé ailleurs, puis soupira. S'être débarrassé du sorceleur lui procurait une certaine satisfaction. Les trois hommes entrèrent dans la bâtisse qui se trouvait devant eux, et le leader du culte du Lis fut agréablement surpris d'y trouver le reste de ses hommes. Toutes ses affaires à Novigrad et à Oxenfurt lui en avaient fait perdre un certain nombre, mais les plus robustes étaient toujours présents. Il esquissa un sourire, salua ceux en qui il avait le plus confiance, et monta à l'étage.

Melwe grogna, l'habitation de possédait pas de baignoire à son plus grand désarroi, seulement une grande bassine, néanmoins pas assez large pour laisser entrer son corps robuste. Il abandonna l'idée de se laisser choir dans l'eau bouillante, et se contenta de se nettoyer et de se rincer rapidement. Après ça, il revêtit des vêtements neufs, ceux qu'il avait fait confectionner spécialement pour que le culte garde son identité sans pour autant être reconnu à chaque coin de rue.

La cape orange devenait trop voyante à présent, et les rares membres du culte qui la portait encore avaient parfois été en proie à certaines formes de harcèlement. Melwe faisait fi de tout ça, mais malgré tout cela l'agaçait. Les gens ne savaient vraiment pas être reconnaissant il avait aidé nombre de gens, les membres du culte pouvait régulièrement envoyer des bourses pleines d'orins ou de florins à leurs proches qui vivaient dans la misère, et certains se permettaient des infamies. La tenue pour laquelle il avait opté, et que tous les adeptes devraient revêtir à présent était simple.

Elle ressemblait trait pour trait à la précédente, seule la couleur de la cape avait changé. Elle était à présent d'un marron sombre, et le signe du renard était gravé en noir, pratiquement invisible à l'œil humain. La capuche avait aussi été quelque peu modifiée : désormais, lorsqu'on la revêtait, de fines bandes de tissus avaient été cousues et ressemblaient à des oreilles. Mais c'était encore très peu visible. Cela permettrait au culte du lis d'être moins voyants à l'avenir.

Melwe observa longtemps son œuvre. Il en était fier, ils pouvaient ainsi garder leur identité avec plus de discrétion. Alors qu'il ajustait sa cape, se rendant compte qu'elle était légèrement trop longue – il irait s'occuper plus tard du tailleur – quelqu'un frappa à la porte. Le chauve avait reconnu rien qu'à l'oreille le bruit de pas faisant craquer le parquet. Syl.

Le mage ne prit pas le temps d'attendre la réponse, et ouvrit la porte. Il trouva Melwe une dague à la main. S'attendant à l'entendre siffler contre son oreille pour aller se planter dans le mur, il inclina légèrement la tête. La lame passa près de lui, et le manche rebondi sur le mur, avant de tomber sur le sol dans un claquement sourd. Syl ramassa l'objet et l'observa à son tour. Il reconnut sur le manche le signe du renard, gravé en or. Il soupesa l'arme de deux doigts, avant de la renvoyer à son propriétaire qui la rattrapa in extremis.

- Très belle arme, Dit le mage nonchalamment, elles viennent d'arriver ? Continua-t-il en désignant du doigt les caisses qui se trouvaient de part et d'autre de la pièce.

- En effet, répondit Melwe, j'ai fait reforger par le meilleur artisan de la région des armes, épées, dagues, lances. Comme tu peux le voir, toutes les armes ont notre signe marqué sur leur fer ou sur leur manche. Décidemment, je ne peux pas m'en passer, il me plait, et puis, il nous représente, tu ne trouves pas ?

- Je suis bien d'accord, mais là n'est pas le sujet… Le mage se racla la gorge. Melwe, sans vouloir vous offenser, pensez-vous réellement que ce sorceleur est mort ?

Le concerné marqua un temps de pause. C'est vrai que dans la précipitation, il n'avait pas pris le pouls du tueur de monstre. Syl osait-il penser qu'il n'avait pas réussi à le tuer ? Cette seule pensée l'irrita, et il se contint de relancer cette dague. Cette fois, il ne le louperait pas. Le mage se raidit, sa remarque ne se voulait blessante, mais il connaissait bien le chef du culte du Lis, tout pouvait le contrarier. Il se ravisa et reprit.

- S'il s'avère qu'il est en vie… Je m'occuperai de lui personnellement, et pour de bon.

- Il suffit. Articula-t-il pour bien faire comprendre à son interlocuteur qu'il devait se taire. Je suis sûr qu'il est mort – il ne l'était pas réellement, mais il préféra mentir –, laissons donc cela de côté, et concentrons-nous sur ce que nous allons faire dès à présent. Il nous faut être prudent, les chevaliers de la Rose-Ardente sont toujours à nos trousses.

- Je sais où ils se trouvent, bredouilla le mage, confus, je peux envoyer un détachement de quelques hommes s'occuper d'eux. En agissant de nuit, nous en seront vite débarrassés.

- Fais, je te fais confiance. Mais gare à toi, termina Melwe avant de se diriger vers le miroir, lui tournant le dos, il nous reste peu d'homme, il ne faudrait pas que nous les perdions…

Le mage acquiesça et sortit de la pièce, refermant la porte derrière lui. Il se racla la gorge et descendit. Un seul regard suffit, et trois grands gaillards se levèrent pour le suivre dehors. Il leur distribua leurs nouvelles armes – chacune adaptée à leur style de combat – et leur tenues flambantes neuves. Le mage leur donna les instructions, et ils se mirent en route à la tombée de nuit, après s'être préparés. Quelques heures plus tard, ils revenaient, le travail accompli. Ils seraient tranquilles pour un long moment, le temps que la garde de Novigrad remarque leur absence, et ne se décide à envoyer des renforts.

Melwe esquissa un rictus en les voyant revenir indemnes. Se débarrasser des chevaliers de la Rose-Ardente était d'une facilité déconcertante, et il se réjouissait déjà de voir le problème résolu définitivement. Il songeait à envoyer Syl la prochaine fois, histoire de leur faire assez peur pour qu'ils n'osent plus recommencer. Un mage dans ses rangs, ça aide songea-t-il, amusé.

De son côté, Iorvan réfléchissait. L'elfe songeait à quitter le culte. Depuis leur pseudo-défaite à Novigrad, le culte devait faire profil bas, devait se cacher pour échapper aux attaques des habitants où qu'ils aillent. Même trouver des vivres commençait à devenir difficile tant leur réputation les précédait dans la région. Il pensa longuement, avant de se décider à aller parler à Melwe. Il ne pouvait pas partir sans crier gare, cela signerait son arrêt de mort. Il valait mieux en parler directement à son leader, voire tenter de le persuader.

Iorvan prit son courage à deux mains, entra dans la bâtisse. S'apprêtant à monter à l'étage, quelqu'un le héla : c'était Melwe. Il s'approcha et prit place sur la chaise que lui indiqua le chauve. Alors que l'elfe voulait prendre la parole, il le devança, comme s'il avait deviné ses intentions.

- Tu comptes partir n'est-ce pas Iorvan ? Commença Melwe, dubitatif. Mais ma question est : pourquoi donc ?

- Vous me coupez l'herbe sous le pied à vrai dire maître… Répondit Iorvan en prenant des pincettes. Il voulait absolument éviter de l'agacer. Oui, je songeais à partir, mais ma décision n'est pas encore pri…

- Soit, le coupa-t-il, je ne te retiendrais pas. Mais sache que tu feras toujours partie de cette famille Iorvan. Sache aussi que tu me seras toujours redevable, quoi qu'il arrive, où que tu ailles, si un jour j'ai besoin de ton aide, tu ne seras pas en mesure de refuser, est-ce clair ?

Iorvan ne répondit pas tout de suite, étonné. Melwe le laissait partir comme ça ? Sans rien dire de plus ? Il était pourtant l'un de ses meilleurs éléments, et il semblait prêt à s'en séparer si facilement. Sa réponse le laissa dubitatif, mais il acquiesça en silence. Melwe lui fit signe de disposer, et l'elfe se leva, s'inclina respectueusement comme pour le remercier, toujours sans rien dire, et quitta la pièce pour rassembler ses affaires. À vrai dire, il était pressé de partir. Il songeait à partir pour Sodden, là-bas, il ne serait pas reconnu. Le soir, il faisait ses adieux. Melwe lui fit une accolade qui se voulait – seulement en apparence – amicale, et souffla à son oreille.

- Souviens-toi Iorvan, lorsque j'aurai besoin de toi, tu devras répondre à mon appel… Sinon, je ne donne pas chair de ta peau.

Sa dernière phrase lui glaça le sang, mais il fit mine d'être triste en serrant son maître une dernière fois. Finalement il ne le laissait pas vraiment partir, c'était… une menace. Il espéra que son maître n'aurait pas d'occasion de faire appel à lui, et se dépêcha de monter à cheval. Il partit au triple galop, laissant les membres du culte devant les pavés de leur planque.

Quelques mois plus tard (pour situer un peu, au même moment, Léo et Ciri coulent leurs jours « paisibles » à Novigrad, alors que la jeune femme est enceinte)

La flèche siffla dans l'air, et se planta dans le rapace, qui après quelques battements d'ailes désespérés tomba lourdement au sol. L'homme, qui portait un capuchon pour ne pas être reconnu ramassa l'oiseau, qui embrocha sur une pique. Il ralluma le feu qui s'était tarit, armé de patience car le vent ne lui facilitait pas la tâche, mais il parvint à cuire la viande, qui engloutit tout de suite après.

Une longue chevelure blonde sortait de son capuchon, qu'il retira, ainsi que ses vêtement pour faire sa toilette dans le ruisseau à proximité. Iorvan. Il avait quelque peu changé depuis qu'il avait quitté le nord de Novigrad. Il avait erré quelques temps au nord de la région, avant de se diriger vers le sud. L'elfe avait fait quelques hâtes dans les villages qu'il croisait, et dormait très souvent à la belle étoile, n'ayant pas les moyens de dormir dans les auberges, aussi miteuses soit elles. La bourse pleine d'orins qu'il avait emmenée avec lui était quasiment vide – le gros lui avait servi à renouveler sa tenue et ses armes, le reste pour des vivres et un cheval, afin de ne pas faire le voyage à pied -.

Iorvan leva les yeux au ciel c'est la pleine lune aujourd'hui… Songea-t-il, presque quatre mois que je suis parti… L'elfe se coucha sur son lit de fortune, et ferma les yeux. Dans quelques jours je passerai la frontière, et j'atteindrai Sodden, vivement que je m'installe… Il s'endormit rapidement, laissant le feu crépiter et s'éteindre tout seul. Dès les premières lueurs du jour, il se remit en marche, son étalon portant ses bagages avec lui.

Melwe donnait des ordres à droite à gauche. Il détestait quand ses lascars mettaient autant de temps à préparer leur départ. Il avait ouïe quelques jours plus tôt que la garde de Novigrad s'activait pour le tendre un piège. Un soi-disant marchand, qui leur avait vendu des vivres et autres babioles quelques jours plus tôt les avait dénoncés auprès des chevaliers de la Rose-Ardente. Après avoir envoyé l'un de ses hommes s'occuper du marchand, il dépêcha le reste de sa troupe : il fallait partir le plus vite possible, et sans laisser de traces. Les nouveaux adeptes s'occupèrent de brûler tout ce qui pourrait trahir leur récente présence, et finirent de charger les affaires sur les chariots.

Le chauve hésita à mettre le feu à la bâtisse. Avec ça, il pouvait être sûr que toutes les preuves disparaitraient. Néanmoins, l'incendie attirerait l'attention. Il se ravisa, peut-être une prochaine fois. Il monta à cheval, et fit signe à la cinquantaine d'hommes qui attendaient ses ordres de le suivre. Une dizaine monta à cheval, les autres tiraient les charriots les plus légers ou marchaient à côté. Syl trotta jusqu'à se mettre à son niveau. Ils partirent sans un mot vers le sud.

Quelques heures plus tard, lorsque les chevaliers de la Rose-Ardente arrivèrent, la bâtisse était vide. Le chevalier en tête beugla sur le marchand, mais celui-ci, apeuré, jura sur la tombe de sa mère qu'il n'avait pas menti. Ils entrèrent dans la villa, sur leurs gardes. Après avoir vérifié que personne ne se trouvait à l'intérieur, ils fouillèrent la maison de fond en comble. Rien, il ne restait plus une seule trace du passage du culte du Lis. Les chevaliers pestèrent, ils avaient échoué. Alors qu'ils remontaient en selle, le marchand à leur suite, une flèche siffla, ratant de peu le marchand. Apeuré, le vieil homme se réfugia près d'un chevalier, se serrant près de son cheval. L'étalon, effrayé lui aussi fit tomber à la renverse son cavalier, qui hurla de douleur en touchant le sol. Son armure n'avait pas assez amorti la chute, et il se plia de douleur.

Une deuxième flèche fusa, plus précise, mais manquant encore sa cible, qui ne cessait de bouger, à la place, elle toucha le flanc droit d'une des juments, qui s'écroula, son cavalier avec elle. Le troisième projectile finit par atteindre sa cible. Le marchand tomba raide mort, la flèche ayant traversé sa gorge. Le pauvre homme se vida de son sang. Le chevalier en tête du groupe siffla, et ils partirent tous au galop, craignant un raid mené par des membres du culte du Lis. Les flèches tirées avaient été un avertissement suffisant pour eux, même si un seul homme était visé au départ. Ils partirent, abandonnant le marchand mort et le chevalier qui ne pouvait plus remonter à cheval et l'étalon blessé. Plus tard, une bande de goules, attirée par l'odeur du sang finissait le travail. L'elfe tapi dans l'ombre, fier de son œuvre, récupéra son carquois au pied de l'arbre, et s'enfuit.

Iorvan s'arrêta à l'auberge la plus proche. La bâtisse ne payait pas de mine, mais les aléas de la région de Sodden faisaient qu'il savait qu'il ne trouverait rien de mieux. Avec ses dernières économies, il prit une chambre pour trois nuits consécutives – l'aubergiste le remercia mille fois, n'ayant pas eu de client depuis des lustres – et un bon repas le soir. Après s'être rassasié, il monta à l'étage, ouvrit la porte de sa chambre et s'allongea sur le lit. Il n'était pas très confortable mais c'était mieux que les sols marécageux ou rocailleux sur lesquels ils avaient dormi ces cinq derniers mois.

La chambre dans laquelle il se trouvait ne payait pas de mine non plus mais il était satisfait, il pouvait enfin se reposer. Melwe ne l'avait pas encore recontacté, une bonne nouvelle. L'elfe espérait à présent ne plus jamais avoir affaire à lui. Il s'étira avant de se lever pour prendre un bain. Il héla l'aubergiste pour qu'il lui remplisse la baignoire d'eau bouillante, qui s'exécuta. Quelques minutes plus tard il se prélassait tranquillement. Débarrassé de la crasse et de la boue séchée qui s'étaient accumulées sur sa peau, il soupira. Désormais, le blond n'avait plus vraiment de but, et il commençait à être las. Le lendemain, il irait au village le plus proche – l'auberge se trouvant sur un chemin abandonné et très peu emprunté – voir si les villageois auraient du travail à lui proposer.

Iorvan s'enveloppa dans les draps – dieu qu'ils étaient doux – et s'endormit instantanément. Cette nuit-là fut paisible, il ne rêva de rien. Le lendemain, les rayons du soleil le réveillèrent. L'elfe se leva, s'habilla et descendit. L'aubergiste, ravi d'accueillir quelqu'un lui offrit le petit-déjeuner. Il accepta sans se plaindre, tâtant sa bourse pratiquement vide. Il demanda ensuite au vieil homme s'il pensait qu'il pourrait trouver du travail au village le plus près. L'aubergiste lui fit si non de la tête. Iorvan soupira, et après l'avoir remercié, remonta à l'étage. Alors qu'il fermait sa porte à clé, un bruit l'interpella. En se retournant, il aperçut une lettre sur son lit.

Comment avait-elle pu arriver là ? Il était seul avec l'aubergiste, personne n'aurait pu entrer par effraction, ni par la porte principale, ni par la fenêtre. Observant attentivement son environnement, il trouva une plume noire et bleue tombée au sol. Il la ramassa. Thoran… C'était une crécelle appartenant au mage elfe qui leur avait donné des informations sur le barde Jaskier quelques mois auparavant. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Il s'assit sur le lit et ouvrit avec précaution la lettre. Il reconnut l'écriture du mage.

« Cher Iorvan,

Je l'avoue, Il m'a été ardu de te retrouver, sachant que tu ne te trouvais plus avec Melwe. Néanmoins, si tu lis cette lettre, c'est que j'y suis parvenu. Ma crécelle, qui à l'heure qu'il est s'est déjà envolée pour me rejoindre est futée, je suis persuadé qu'elle n'aura aucun mal à te retrouver.

J'aspire à de grands projets vois-tu, et je souhaiterais solliciter ton aide. Peut-être ne t'en rappelles tu pas, ou alors tu n'en avais pas été témoin, mais le sorceleur est toujours vivant, je le sais, et la jeune femme aux cheveux cendrés qui l'accompagnait semble posséder de grands pouvoirs. Je l'ai senti, j'en suis presque sûr à présent : c'est une descendante de Lara Dorren, et elle possède le sang ancien, le pouvoir de voyager entre les mondes. Je vois là une opportunité pour moi… non pour NOUS Iorvan, de retourner là d'où nous venons, là où personne ne nous martyrise, ne nous prend pour inférieur, là où nous sommes libres.

Hélas, j'ai été banni de notre magnifique cité, et je compte bien régler mes comptes avec ceux qui m'ont infligé ça, si tu m'aides à capturer la fille. J'ai donc besoin de ta présence, j'ai des hommes fidèles, mais je ne saurai accorder ma totale confiance à un autre homme… non, elfe que toi Iorvan. Tu seras largement récompensé tu le sais, pas seulement par la richesse, mais aussi par la possibilité de retourner là d'où l'on vient, pour reconquérir nos origines.

Pour l'instant, je ne sais pas où se trouve le sorceleur et cette fille, mais je les cherche. Je me trouve à Sodden, et malgré le fait que je ne sache pas où tu te trouves actuellement, je te connais Iorvan, et je devine que tu dois sans doute te trouver dans la région. Tu me diras si je me suis trompé, auquel cas nous oublierons ce petit élément insignifiant, pour nous concentrer réellement sur mon, non notre gros projet – pardonne moi, j'ai l'habitude de parler pour moi-même, ne le prends pas personnellement je t'en conjure, tu seras impliqué plus que tu ne le crois crois-moi -.

Lorsque tu auras lu cette lettre, que j'ai imprégné de magie, je saurais exactement où tu trouves. Restes-y jusqu'à ce qu'un détachement de mes hommes te rejoigne. Ils seront désormais sous tes ordres, ils sont loyaux, combatifs, tu t'entendras avec eux et ils t'écouteront j'en suis sûr. J'espère que tu accepteras cette offre, et que je te verrai bientôt, mes projets sont grands Iorvan, et tu peux désormais abandonner la misère dans laquelle tu vis depuis longtemps, et me rejoindre.

Amicalement,

Ton cher Thoran »

Iorvan relut la lettre plusieurs fois, pour en déceler le sens caché. Rien, tout était écrit noir sur blanc, il lui proposait une alliance. Pas à Melwe, à qui il avait été associé un temps, non, à lui. Un sourire se dessina sur ses lèvres malgré lui. De grands projets, le sang ancien, retourner dans le monde des elfes. En vérité, il était né dans la région de Novigrad, et avait subi longtemps les moqueries des dh'oines du village dans lequel il vivait. C'était un village qui était majoritairement occupé par des elfes – des artisans et des paysans surtout – et de quelques humains qui avaient bâti leurs habitations à l'orée de la forêt et qui évitaient tout contact.

Iorvan se remémora cette fameuse journée, où son village si paisible avait été attaqué, où leurs chaumières avaient été brulé, et que la plupart de ses congénères avaient été tués de sang-froid par des soldats nilfgaardiens qui passaient pas là. Bizarrement, seuls les elfes avaient été massacrés ce jour-là les hommes avaient réussi à s'enfuir à temps. Tout perdre, à seulement huit ans. C'est ce jour-là qu'il avait rencontré Tonegel, et que ce dernier l'avait recueilli sans aucune animosité, et l'avait formé au combat et à la filature jusqu'à l'âge adulte. Il l'avait sauvé. Iorvan y songea quelques secondes, avant de rassembler ses affaires.

Dans la journée, l'aubergiste frappa à la porte, l'informant qu'un poignée d'homme l'attendait dans le hall. Il sortit de la pièce, remercia l'aubergiste en lui donnant le reste de ses économies – trois ou quatre florins, mais c'était déjà ça – et descendit. Les quelques gaillards présents se présentèrent, et ils sortirent dehors. L'aubergiste le salua une dernière fois, sans obtenir de réponse, il s'abstint, et retourna à sa monotonie habituelle. Trois jours plus tard, l'un des nouveaux hommes de main d'Iorvan abattait le corbeau porteur du message de Yennefer à Eskel, Et l'elfe prévenait Thoran. Ils savaient désormais où se trouvait le sorceleur et la fille de sang ancien. Plus tard, Iorvan envoyait la missive à Melwe pour le convier à Toussaint.

Melwe soupira. Cela faisait plusieurs jours qu'ils s'étaient installés à Toussaint, mais il n'y avait plus rien à piller. Tous les villages par lesquels ils étaient passés avaient déjà été dépouillés. Il ne restait plus rien. Les habitants se réfugiaient dans leurs habitations à la moindre occasion. Tous les hameaux qu'ils traversaient étaient donc vides de vie. C'était à peine s'ils parvenaient à récolter des vivres pour nourrir tous les adeptes du culte.

Mais Melwe y parvenait, difficilement mais il y parvenait, il le fallait s'il ne voulait pas perdre plus de monde – certains hommes avaient désertés, mais ils n'en restaient pas beaucoup moins nombreux à le suivre -. Allongé sur le canapé, un verre de sangreal à la main – il avait réussi à dégoter une de ces vieilles bouteilles que les vieux gardent pour les petites occasions dans un cellier -. Il porta son verre à ses lèvres, but goulument et le reposa sur la table. Lassé d'attendre, il défit son poignard de sa ceinture, et le lança habilement à l'autre bout de la pièce. L'arme alla se planter dans le mur.

Il soupira, se releva et arpenta la vieille bâtisse dans laquelle ils avaient élu domicile. C'était la plus grande du village. Les hommes qui ne pouvaient pas y dormir s'étaient dispersés ailleurs dans le village, la plupart des maisons étant abandonnées. Il monta à l'étage, déambula dans les différentes pièces qu'ils avaient aménagés pour pouvoir y dormir, puis finit par s'arrêter dans sa « suite », il s'installa à son bureau. La fenêtre vola en éclats, et un oiseau s'écrasa au sol.