Chapitre 11

Snape se tenait la tête en la plongeant régulièrement dans ses bras croisés sur la table. Ses collègues pensaient tous qu'il avait (encore) la gueule de bois en ce lundi matin des plus frais.

Malheureusement pour lui, le maître des potions était des plus lucides sur sa condition, même s'il n'avait pas franchement dormi sur ses deux oreilles.

Il régnait ce matin un calme plat. Les élèves se remettaient difficilement de leur week end ainsi que de leur retour de vacances, les professeurs eux se préparaient mentalement à affronter les prochaines semaines de classe.

La porte dérobée derrière la grande table s'ouvrit et Snape n'osa même pas y jeter un coup d'œil.

Il soupira, en panique intérieure totale avant de tourner discrètement sa tête vers sa gauche. Alors, sa bouche manqua de tomber et son sang quitta définitivement son visage lorsqu'il la vit.

Car c'était forcément elle. Il n'y avait plus que son siège de libre, siège qui d'ailleurs ne se trouvaient plus en bout de table depuis déjà plusieurs semaines.

Flitwick avait préféré garder un œil sur les étudiants de sa maison, et cela l'avait rapproché de Snape. Il ne demeurait plus qu'Hagrid et Bibine entre eux, et ce matin, le géant était débordé par le retour des élèves qui revenaient en masse.

Snape suivit la jeune femme avec un regard qu'il n'avait jamais eu auparavant.

C'était qu'elle portait un chemisier de satin blanc d'une élégance incroyable, ouvert juste suffisamment sur son décolleté. Elle l'avait agrémenté d'une longue jupe noire ainsi que ses bottes de sorcière habituelles. Elle avait relevé ses cheveux en un chignon lâche, troquant par la même son chapeau qui d'ordinaire l'obligeait à discipliner sa crinière en les tirant en une queue de cheval beaucoup trop stricte.

Le maître des potions, qui avait légèrement la bouche entrouverte, continua de la fixer et en fut même maladroit lorsque son coude ripa sur la table.

Bibine le dévisagea bizarrement, tandis qu'Hermione se racla la gorge en prenant lentement place sur sa chaise.

D'ici, elle ne pouvait sans doute pas se rendre compte que son chemisier offrait une vue, furtive certes, mais suffisante sur une minuscule parcelle de sa poitrine. Ignorant le regard fixé sur sa personne, elle se mit à se servir son petit déjeuner en toute quiétude.

Au bout d'une minute ou deux, Bibine se tourna définitivement vers son collègue, les poings sur les hanches.

« Vous voulez de l'aide Severus ? »

L'homme en sursauta presque et fusilla du regard la professeure de vol.

« Quoi ? Aboya le sorcier.

_ Fermez la bouche si ce n'est pas pour manger un toast.

_ Ne me cherchez pas vous ou vous allez le regretter. »

La sorcière envoya des éclairs à travers ses pupilles couleur jaune vif.

Hermione ne put s'empêcher de sourire légèrement, amusée et Snape s'accouda en faisant mine d'observer les étudiants alors qu'il continuait de zieuter régulièrement dans sa direction. Seulement, Hagrid arriva pour s'installer à côté de lui, et le maître des cachots eut définitivement fini de ronchonner en manquant de commettre un meurtre.

Il se pencha alors sur sa chaise et la fit basculer sur les deux pieds arrière pour continuer d'observer Granger en se pensant discret. Seulement, il ne contrôla absolument pas l'objet et se renversa complètement en se rétamant sur le sol.

Le fracas que cela provoqua fit sursauter Bibine ainsi que la table des Serpentards qui éclata de rire en ayant vu le si classe et indigent professeur Snape disparaître pour finir les fesses par terre.

« Severus ? Demanda Minerva en haussant un sourcil.

_ Tout va bien, occupez-vous de vos fesses ! Gronda-t-il de sa voix la plus menaçante. »

Hermione ne put s'empêcher de cacher sa bouche avec son poing pour ne pas éclater de rire alors qu'elle s'était promis de l'ignorer jusqu'à la fin de son existence après cette… erreur de la dernière fois. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de s'amuser de son côté irascible à l'extrême. Il la faisait rire malgré lui, et ce depuis trois ans, alors ce n'était pas maintenant que ça s'arrêterait.

Elle était bien la seule à ricaner de ses paroles extrêmement blessantes d'ailleurs.

« La ferme vous, grogna Snape en s'adressant à elle. »

Hermione rit définitivement en manquant de s'étouffer dans son verre avant que Snape ne la fusille du regard. Le sorcier sortit alors discrètement sa baguette, prêt à se venger.

Il fit de nouveau tomber une trombe d'eau sur sa tête et elle cria de surprise alors que ses voisins râlèrent en sentant quelques gouttelettes glacées leur éclabousser à la figure.

Hermione se leva alors pour courir vers lui en attrapant le bol de porridge d'Hagrid au passage.

« Minerva, faites quelque chose ! Hurla le maître des potions. »

La directrice continua de boire son thé chaud, indifférente. Septima se pencha alors vers la directrice, perplexe.

« Minerva, vous n'intervenez pas ?

_ Ils me fatiguent. »

La professeure d'arithmancie leva un sourcil en jetant un nouveau coup d'œil vers son collègue dont le costume était à présent imbibé de bouillie. Alors qu'il se prépara à jeter de nouveau un sort à la jeune femme, McGonagall leva sa baguette pour les désarmer sans même les regarder.

Snape et Hermione se retournèrent vers la directrice, presque outrés de cette intervention.

« Vous les récupérez demain matin, lâcha la vieille sorcière comme si elle s'adressait à deux enfants.

_ Quoi ? Mais je ne vais tout de même pas rester comme ça toute la journée, protesta Snape en désignant ses cheveux recouverts de porridge.

_ Continuez de me tester et je vous jure que je vous oblige à faire cours tout le reste de l'année ainsi. »

Hermione lui lança un sourire satisfait qu'il exécra, et Snape fit mine de l'étrangler alors que la jeune femme semblait jubiler.

Cependant, elle vit la directrice lui jeter un sort et fronça les sourcils en baissant les yeux sur ses vêtements trempés.

« C'est valable pour vous aussi. Et je vous défends d'aller vous changer de toute la journée. »

Hermione ouvrit la bouche de stupéfaction et d'horreur alors que Snape lui lança le même sourire satisfait qu'elle lui avait accordé quelques secondes auparavant.

« Alors, ça se la raconte moins espèce d'insupportable Miss Je Sais Tout, lui chuchota-t-il.

_ Ne vous inquiétez pas, je sais déjà ce qui vous attend et vous allez moins la ramener, lui murmura-t-elle à son tour.

_ J'aimerai bien voir ça.

_ Ne soyez pas trop impatient. Et comme elle a nos baguettes, on ne peut même pas faire d'expériences ce soir alors que la dernière potion qu'on a concoctée est enfin prête ! J'espère que vous êtes content, murmura-t-elle aussi bas que possible en le fusillant du regard. »

Snape ouvrit, puis ferma la bouche.

« Merde, laissa-t-il échapper.

_ Ne paniquez pas, j'ai une idée. »

Hermione prit place sur sa chaise tandis que l'ensemble des professeurs se levaient pour partir. Snape se pencha vers elle discrètement, un sourcil levé vers Minerva qui ne remarqua pas leur manège.

« La potion a besoin d'être testée ce soir, insista le sorcier. Et je crois que c'est mission impossible pour récupérer nos biens.

_ Je sais. Tout ce qu'il nous faut, c'est une cheminée raccordée au réseau, et celle de mon bureau l'est.

_ Qu'est-ce que vous avez en tête ?

_ Vous voulez vraiment le savoir ? grogna la jeune femme.

_ Non, glissa le sorcier avant de s'évaporer. »

Hermione lui jeta une moue désapprobatrice alors que le professeur de potions se glissa en dehors de la Grande Salle, non sans laisser sur son siège sa cape salie.

Hermione secoua la tête, avant de sourire discrètement comme une idiote.

Comme une idiote oui, car Snape et elle, venaient de reprendre leur petit jeu exactement comme s'il ne s'était rien passé, et jamais une chose n'aurait pu plus la soulager que ça. Surtout aujourd'hui…

En particulier aujourd'hui, puisque cette journée marquait l'anniversaire de sa mère. Et c'était peut-être pour ça qu'elle l'avait embrassé hier à peine. Son esprit avait dû être trop chamboulé par cette date.

Oui, c'était forcément ça.

Xxx

La journée fut particulièrement rude pour l'un comme pour l'autre. Hermione avait dû lutter contre les gouttes qui ne cessaient de s'écoulaient de sa jupe. Elle avait été contrainte de nettoyer elle-même le sol de sa salle de classe entre deux cours, tandis que Snape commençait à vraiment être dégoutée par l'odeur du porridge qui lui collait à la peau.

Il arriva à la vitesse de l'éclair dans le bureau de la jeune femme qui ne tarda pas à le faire entrer.

« On doit contrecarrer ce truc sinon je vous jure que je vais vomir, lâcha Snape.

_ Vous avez essayé de prendre une douche ? demanda-t-elle en se passant une serviette sur ses cheveux trempés.

_ Bien entendu, mais il n'y a rien à faire, râla-t-il, désespéré.

_ Je vous explique le plan. Vous qui avez été espion, ce devrait être un jeu d'enfant pour vous. Le réseau de cheminette autorisé à Poudlard est extrêmement surveillé et restreint, comme vous devez vous en douter, mais j'ai réussi à convaincre le professeur McGonagall de laisser la mienne ouverte vers le Terrier à mon arrivée.

_ Eh bien, je constate que les Gryffondor ont toujours des privilèges que je ne comprendrais jamais.

_ La ferme. On va y pénétrer pour emprunter la baguette de Ginny et Ron. »

C'était une idée nullissime. Mais la seule valable qu'il connaissait. Il avait bien essayé de prendre celle d'un élève ou d'un collègue, mais Minerva avait veillé au grain.

Quelle plaie.

« Mais vous avez aussi essayé de vous débarrasser de vos vêtements ?

_ Je vous signale que Minerva nous a interdit de nous changer. L'accès à ma penderie m'est bloqué.

_ On n'y arrivera jamais si vous portez ce costume qui colle partout.

_ Et vous proposez quoi petite Miss Je Sais Tout insupportable ? Car tout ça fait partie de votre œuvre, enragea Snape en désignant son costume.

_ Déshabillez-vous.

_ Quoi ? s'égosilla-t-il.

_ Je ne peux pas le faire pour ma part puisque l'eau s'est insinuée partout, mais le porridge n'est présent que sur vos vêtements. Et en plus, vous faites des traces partout.

_ Il suffit que vous passiez derrière moi avec vos 3 litres d'eau coulant de votre tignasse, ça effacera mes traces. »

Hermione croisa les bras en lui envoyant un regard entendu.

« Je ne vais pas pénétrer la maison d'Arthur et Molly en slip !

Personne ne nous verra, lâcha Hermione pour dédramatiser.

_ Je vous hais putain, je vous déteste foutue sorcière, marmonna-t-il. »

Snape ôta les lacets de ses chaussures cirées (qui ne l'étaient plus vraiment) en les balançant comme un malpropre dans la pièce. Hermione se retint de rire à gorge déployée. Elle se saisit d'un énorme paquet d'élastiques et attacha ses cheveux du mieux qu'elle le put. Elle remonta sa longue jupe jusqu'à sa taille pour éviter de laisser traîner trop de gouttes par terre.

Lorsque la jeune femme se tourna vers son collègue, elle tenta de ne pas tenir compte de son accoutrement.

Même s'il avait encore les cheveux englués de bouillie, Snape se trouvait dans le plus simple caleçon noir, et l'image qu'ils devaient tout deux offrir devait être ridicule.

« Vous me suivez, vous la fermez et vous protégez mes arrières. Je connais mieux les lieux que vous. »

Snape se retint de lui rabattre son caquet. Il grogna, et la suivit dans la cheminée. Vu la taille, il dû se baisser, et il pensa alors ne s'être jamais senti aussi humilié qu'en cet instant.

Lorsqu'ils arrivèrent au Terrier, la maison était vide. Merlin merci, il n'aurait plus suffi qu'ils débarquent accoutrés ainsi au beau milieu d'un repas de famille !

Hermione longea le mur jusqu'aux escaliers qu'elle monta, suivie de très près par son collègue. Arrivés au second étage, son sang se glaça et elle entraîna Snape dans un coin pour se cacher.

Ron, qui chantonnait, passa près d'eux l'air de rien.

« Maman ! Pourquoi ça sent le porridge, tu n'as tout de même pas fait ça pour le diner j'espère ? »

Hermione grimaça tandis que Snape eut envie de se claquer le visage de dépit. Une fois Ron parti de leur champ de vision, ils se précipitèrent dans la chambre de sa sœur qui était grande ouverte et surtout, vide.

Hermione chercha frénétiquement la baguette de la jeune fille qui se trouvait sur sa table de chevet. Alors qu'ils firent de même pour la chambre de Ron, ils entendirent des bruits de pas monter les escaliers suivit de rires.

Rires qui ressemblaient à celui de Ginny et Harry.

Hermione sentit son visage devenir blême alors qu'elle jeta un regard paniqué à Snape.

Ils ne tarderaient pas à se faire repérer, c'était certain. Voyant sa collègue pétrifiée, Snape se précipita vers elle et lui subtilisa la baguette avant de les faire transplanner.

Ils ne purent pas aller bien loin et attirent dans le jardin boueux des Weasley. Il n'y avait là rien d'autre qu'une grosse étendue de tourbe et les bruits des animaux aux alentours tandis que la maison branlante ne se trouvait qu'à quelques mètres à peine. Ils retombèrent sur les fesses tandis que Snape avait encore un de ses bras agrippé autour de sa taille.

« Putain c'est malin, râla-t-elle en constatant que la boue leur collait à la peau.

_ Arrêtez de râler, on a des baguettes maintenant. »

Snape se releva tant bien que mal. Il voulut se saisir de la baguette du jeune garçon, mais Hermione posa sa main sur la sienne, inquiète.

« Attendez, je préfère que vous ne l'utilisiez qu'en cas d'urgence. Les baguettes de Ron ont toujours été extrêmement capricieuses, alors si vous n'en n'êtes pas le propriétaire, c'est la catastrophe assurée !

_ Je peux savoir pourquoi je vous ai accompagné dans ce cas ? Enragea le maître des potions.

_ Je ne voulais pas être toute seule dans ce bourbier.

_ Vous êtes foutrement sérieuse ? Maintenant, nous voilà comme deux péquenots bloqués en pleine cambrousse. »

Soudain, il se mit à pleuvoir. Comme si la situation ne pouvait pas être pire que ça… Les pieds de Snape s'enfoncèrent dans la boue tandis qu'Hermione soupira de lassitude.

« Génial ! Hurla Snape à s'en déchirer les poumons.

_ Mais taisez-vous, on va se faire repérer.

_ Que proposez-vous maintenant, Einstein ? trancha-t-il. »

Hermione soupira en observant les alentours.

« Il faut qu'on retourne jusqu'à la cheminée.

_ Mais je suis en caleçon et maintenant, je suis couvert d'un mélange de boue et de porridge, grogna Snape. Je n'aurais pas dû vous écouter.

_ Vous rigolez ou quoi ? On aurait vu vos traces de pas partout dans la maison, et ils auraient déjà remarqué l'absence de leur baguette si vous ne m'aviez pas écouté en premier lieu, protesta Hermione.

_ Molly va commencer à préparer un rôti, lâcha Snape en se décomposant devant la fenêtre de la cuisine.

_ Quoi ? Non. Non, non, non ! Mais pourquoi nous avez-vous fait transplanner ? s'emporta-t-elle.

_ Et vous, pourquoi vous m'avez balancé le contenu du bol d'Hagrid sur la tête, mmmh ?

_ Mais c'est vous qui avez commencé en m'aspergeant d'eau !

_ Vous vous êtes moqué de moi !

_ Vous êtes tombé par terre, désolé d'avoir ri de la situation. Vous ne vous êtes pourtant pas gêné pour le faire lorsque j'ai dévalé les escaliers et que j'ai manqué de me casser une cheville l'année dernière !

_ C'était à cause de vous.

_ Oh, vraiment ? S'insurgea la jeune femme, les poings sur les hanches.

_ Chut, se précipita Snape en la plaquant durement au sol. »

Fort heureusement, les hautes herbes les protégeaient des regards, et quel soulagement, puisque Ginny était sortie de la maison pour inspecter le jardin. Peut-être avaient-ils fait trop de bruit à force de se crêper le chignon…

« On n'y arrivera jamais. »

La famille commençait peu à peu à se réunir. Arthur était revenu du travail et feuilletait son journal dans son fauteuil. Ginny était dehors avec Harry, fort heureusement en dehors de leur regard, et Molly préparait le diner. S'ils continuaient d'attendre, ce serait Georges, Percy, peut-être même la famille au complet qu'ils auraient la joie de devoir éviter.

Snape jaugea Hermione avant de prendre une profonde inspiration.

« Ecoutez, je crois qu'on n'a pas le choix.

_ Quoi ? Non.

_ Si.

_ Hors de question.

_ Je leur dirais de ne rien dire.

_ Je ne vous fais pas confiance ! Si Ginny ou Harry nous voyait, ils…

_ Arrêtez de tergiverser, s'agaça le maître des potions.

_ Mais si on attend que le diner se termine et que la nuit tombe, peut-être que…

_ Je ne resterais pas planqué ici pendant trois heures. On y va maintenant, trancha-t-il.

_ Non. »

Le sorcier serra les dents. Il observa Hermione, campée sur ses positions et décida que non, la suite du plan était encore plus horrible que l'idée en elle-même.

Foutu pour foutu, Snape se précipita sur la jeune femme, et la porta comme un sac alors qu'elle se décomposa et se mit à lui frapper le dos pour l'intimer de la lâcher.

« Lâchez-moi, se débattit-elle.

_ Continuez de crier et ce sera sur votre meilleure amie qu'on tombera. »

Ses paroles firent écho à Hermione qui soupira en lâchant les armes. Evitant de justesse Potter-fils qui étaient en train de virer quelques gnomes du jardin, Snape se précipita à l'intérieur du Terrier par la porte dérobée donnant sur la cuisine.

Molly tourna la tête, s'attendant à y voir sa fille, mais tomba à la place sur Snape, en slip noir, tenant une Hermione trempée et boueuse dans les bras.

Elle se figea, ébahie devant le spectacle.

« Molly, salua Snape comme si de rien n'était. »

La sorcière les observa, bouche bée et sans mot alors que l'ex-mangemort avançait avec tout le naturel du monde vers le salon. Hermione, portée par Snape par-dessus son épaule, lui jeta un salut d'excuse avant de quitter la pièce.

« Arthur, lâcha Snape en se dirigeant vers la cheminée.

_ Severus. »

Arthur Weasley ne releva la présence de l'homme qu'avec une ou deux secondes de latence. Alors, il releva vite son visage et tomba sur ce spectacle effarant.

« Il va de soi que vous ne raconterez ça à personne. Sur ce, nous avons à faire, lâcha Snape en reposant Hermione sur ses pieds, pile dans la cheminée.

_ Désolé, grimaça la jeune femme en prenant la poignée de poudre de cheminette que Snape lui glissa dans la main.

_ Je vous fais bien sûr, entièrement confiance.

_ Euh, eh bien, oui, balbutia Arthur.

_ Très belle maison au fait, les réparations que vous y avez effectué ont porté leur fruit, c'est de l'excellent travail.

_ Euh… merci, lâcha Molly, décontenancée. »

C'est sur ces douces paroles qu'Hermione et Snape s'évanouirent dans les flammes vertes menant au bureau de la jeune femme.

Ils ne sortirent pas tout de suite de l'âtre. Tous deux fermèrent les paupières, dépités.

« J'ai envie de mourir, murmura Hermione, son teint étant devenu rouge pivoine.

_ Désensorcelez-nous très vite ou je sens que je vais m'évanouir. »

Hermione sortit de l'âtre ainsi que le maître des potions. Elle leva la baguette de sa meilleure amie, et le porridge encore présent dans la chevelure de Snape s'évapora. Il soupira de soulagement pour son odorat. Il pouvait enfin respirer sans subir cette odeur infâme !

Elle se jeta le même sortilège et arrêta de ruisseler, même si ses cheveux étaient foutus et qu'elle méritait un mélange d'au moins trois shampoings différents pour faire partir cette boue.

Il en était de même pour Snape qui avait le dos entièrement sali.

« Je ne vais tout de même pas retourner dans les cachots comme ça, s'agaça-t-il. Tout ça est de votre faute ! Vous et vos idées à la noix. Sans cela, jamais nous ne…

_ D'accord, d'accord. »

C'était peut-être un peu sa faute, elle l'admettait. En plus de s'être pétrifié à l'arrivée d'Harry, elle avait embarqué Snape dans cette folie. Mais ça avait été plus fort qu'elle.

Dépitée, Hermione soupira. Elle se glissa jusqu'à une porte dérobée derrière son bureau qui donnait sur ses quartiers.

« Oh Merlin, murmura-t-elle en se tenant l'arête du nez lorsqu'ils arrivèrent sur le palier des appartements de la jeune femme.

_ Quoi ? S'inquiéta Snape.

_ L'eau chaude.

_ Ne me dites pas que vous n'avez plus d'eau chaude par pitié.

_ Cela fait trois semaines que je prends des douches de 3 minutes montre en main. La tuyauterie… Oh cette soirée est une véritable catastrophe. Et en plus, je crois que… »

Avant de pouvoir continuer sa phrase, Hermione éternua violemment. Elle renifla et soupira en manquant de s'effondrer, en pleurs.

« Je crois que j'ai attrapé froid ! »

Snape eut envie de tout casser.

Non, vraiment : il se le promettait, plus jamais il ne suivrait un plan d'Hermione Granger. Plus jamais.

« Très bien ! »

L'homme prit le bras de la jeune femme, plus enragé que jamais.

A ce stade-là, il n'en eut plus rien à faire. Il la traîna jusqu'à la porte de la salle de bain qu'il devina être celle-ci puisqu'elle comportait une pancarte. Hermione se laissa porter, décontenancée avant qu'il ne s'agenouille et ne lui ôte ses bottes dégoulinantes de boue.

« Qu'est-ce que vous faites, paniqua-t-elle en se laissant porter par les gestes vifs de son collègue.

_ Aux grands maux, les grands remèdes. Nous avons de l'eau chaude pendant trois minutes ? Alors on en aura. Maintenant, vous me retirez ça. »

Hermione ouvrit la bouche, défaite alors que Snape, dont la patience avait atteint le point culminant de zéro, ne lui donna pas le temps de réfléchir. Il grogna en lui retirant vite son chemisier et sa jupe et en la trainant sous la douche. Uniquement vêtue de son soutien-gorge blanc et de sa culotte de dentelle rose clair, Hermione eut envie de s'enterrer dans un trou de souris pour ne plus jamais en sortir.

« Honnêtement, je n'ai plus le temps pour me lamenter, j'en ai plus que marre, argumenta-t-il. »

Snape tendit le bras pour actionner l'eau tandis qu'Hermione sursauta au contact du jet.

Elle non plus, n'eut plus le temps de réfléchir. Elle se hâta de rincer ses cheveux tout en versant du savon dans le creux de la main de Snape qui l'aida presque à ôter toutes cette boue de sa tignasse.

« Deux minutes, dit-elle soudain.

_ Vous comptez dans votre tête ? s'étonna le sorcier.

_ Non, j'ai juste l'habitude. »

Sans se concerter, ils s'aidèrent. Hermione passa vite du gel douche le long du dos de Snape qui s'occupa de ses cheveux à la vitesse grand V avant même de nettoyer les siens.

« On a intérêt à se rincer maintenant, lâcha la jeune femme. »

Et c'est à une rapidité frisant le surnaturel qu'ils se débarrassèrent de toute la mousse présente sur eux. Lorsque le jet leur envoya de l'eau glacée, Hermione cria de surprise.

« Je ne pensais pas que les soirées avec vous seraient si sportive, lâcha Snape en sortant de la douche. »

L'homme enroula la jeune sorcière dans une serviette avant de lui-même se sécher.

« Merci, murmura-t-elle en se blottissant dans le tissu. »

Snape l'observa du coin de l'œil. Il s'arrêta enfin après avoir frotté ses cheveux et réalisa l'incongruité de la situation. La salle de bain était dans un état lamentable.

Il y avait encore des traces de pas dégoutantes, de l'eau presque partout, des serviettes étalées comme sur un champ de guerre. Hermione observa tout ça avant de fixer son regard sur Snape.

« Oh mon costume… Il est encore plein de porridge, murmura-t-il. »

Hermione se massa le front avant de fermer les yeux.

Si on résumait la situation : en moins d'une demi-heure, elle avait pénétré le Terrier avec Snape en slip, ils s'étaient retrouvés dans leur jardin, couverts de boue avec la baguette de Ginny en poche, puis avait traversé la cuisine et le salon avec un Arthur et une Molly en état de choc avant de prendre une douche express ensemble durant laquelle elle lui avait savonné le dos et il lui avait lavé les cheveux. Et maintenant, il fallait qu'ils rejoignent la salle sur demande alors que Snape n'avait toujours pas de solution pour ses vêtements manquants.

Hermione se mit à avoir des sursauts, et Snape crut qu'elle pleurait avant de se rendre compte qu'elle contenait un fou rire.

« Arrêtez de rire, sombre idiote. »

C'est sur ses mots qu'elle ne put en retenir davantage et rit à ne plus pouvoir s'arrêter.

Snape se tint l'arête du nez avant de songer à la situation et de sentir le rire de la jeune femme devenir contagieux.

Pourquoi, depuis son arrivée se fourrait-il dans des bourbiers pareils ? Lui qui pensait que, de sa jeunesse, c'était à cause du jeune Potter et de Weasley qu'elle s'était retrouvée dans de sales situations.

Cette jeune femme portait le démon de la poisse.

« Je crois que… je dois avoir quelque chose dans mon armoire laissé par Harry ou Ron.

_ Avez-vous la taille que je fais Miss ? »

De nouveau, Hermione éclata de rire et Snape dut lui frapper sur la tête pour qu'elle s'arrête.

« Nous allons essayer tout de même. Non ? »

Le sorcier soupira avant de la suivre jusqu'à la chambre. De là, elle lui tendit un très large t-shirt blanc ainsi qu'un pantalon lâche d'un gris délavé.

Snape enfila le tout qui, par miracle, lui allait (si on pouvait appeler ça ainsi). Hermione le dévisagea avant d'éclater de nouveau de rire. Snape lui jeta alors un t-shirt et un pantalon au visage qu'il avait pris au hasard dans une pile de vêtement à sa portée.

Hermione continua de rire avant de laisser tomber sa serviette pour enfiler ceci sans poser de question. Elle ne remarqua pas le visage devenu blême de Snape qui n'avait pas manqué d'observer son accoutrement, à savoir un ravissant soutien-gorge blanc de dentelle avec une culotte assortie qui mettait en valeur ses fesses rebondies.

Hermione enfila sa tenue, un jogging et un t-shirt tout aussi lâche que celui qu'elle avait prêté à son acolyte.

« On croirait qu'on ressort d'une soirée pyjama, constata Snape.

Franchement, d'une manière plutôt tordue, je serais bien tentée de vous dire que c'est presque le cas. »