11- Logique
-C'était d'une débilité sans nom ! Je n'ai jamais vu cela ! Ne recommencez jamais ! Espèce de singe arriéré ! Je peux savoir ce qui vous a pris ?
Le Docteur allait exploser.
Il savait, oh, bien sûr qu'il savait, que Jack était une tête brulée. Tous ses compagnons l'avaient toujours été, c'était presque une marque de fabrique pour pouvoir rentrer dans son vaisseau et y survivre.
Mais vraiment, il y avait des limites.
Même pour lui, il y avait des limites !
Est-ce que Jack était devenu fou ?
Il allait le tuer !
À la réflexion, non, il allait d'abord soigner son cerveau d'arriéré, à coups de grandes tartes dans la tronche, et ensuite il soignerait les bleus, et seulement après, il le tuerait.
Ou peut-être dans un autre ordre.
Peu importe.
Le Docteur fulminait.
Face à lui, son compagnon demeurait silencieux, attendant patiemment la fin de l'explosion.
Il aurait dû se douter que le Docteur ne serait guère.. appréciateur, de son initiative.
Mais cela avait été sa seule possibilité dans le contexte qui lui avait été donné.
De toute façon, ce n'était pas comme s'il avait eu le temps d'en chercher une autre.
Bien sûr, le Docteur ne comprendrait pas.
S'il s'était trouvé de l'autre coté de la scène, le capitaine n'aurait certainement pas compris non plus.
Mais cela avait été si logique.
-Harkness !
-Doc, soupira-t-il, seulement pour relancer la machine à cris.
-Vous lancer par la fenêtre, à 300m de hauteur ? Je ne vous savais pas suicidaire ! Je dois vous enfermer pour vous soigner ? Parce que je vous assure, je vais le faire! Si je n'avais pas eu le temps de remonter jusqu'au Tardis pour vous récupérer au vol..
Jack roula des yeux, avant de marmonner quelque chose dans sa barbe. Le Seigneur du temps le fixa, outré d'être coupé dans sa diatribe.
-Quoi ?
-Je savais, murmura le jeune homme.
-Quoi ?
-Je savais ! Explosa-t-il. Que vous viendriez me sauver ! Avec le Tardis !
Le Docteur le fixa, bouche bée. Jack détourna la tête, se frottant l'arrière du crâne.
-Je vous faisais confiance, marmonna-t-il. Pour venir me chercher.
La bouche du plus âgé se referma en un pop sonore.
Jack lui avait fait confiance pour le sauver d'une chute mortelle? Avec le peu de temps qu'il avait à sa disposition ?
Le Seigneur du temps sentit son ventre se contracter.
S'il était arrivé trop tard..
S'il s'était trompé..
S'il avait mal calculé..
Si..
Si..
-Autant pour moi ? S'exclama le capitaine, taquin, en fixant le groupe de gardes le menaçant de leurs fusils lasers. Cela faisait longtemps ! Des amis à toi, chéri ? Rit-il en s'adressant au prince rouge.
Celui-ci détourna la tête, tentant en vain de se dissimuler sous ses couvertures, mais sa nudité n'échappait à personne.
Et certainement pas à ses parents, occupés à menacer Jack de leur propre arme.
Vraiment, il fallait qu'ils se détendent.
Jack n'avait rien fait de mal.
Le prince avait été plus que volontaire.
Un sourire grivois aux lèvres, le capitaine lança un clin d'œil à ce dernier, le faisant rougir un peu plus.
-Mon fils ! Hurla la reine, sa peau bleue pulsant furieusement.
-Est un homme, commenta Jack, s'attirant un nouveau flot d'insultes.
-Jack !
Le Docteur venait d'apparaitre à la porte, tournevis sonique en main. D'un regard, il comprit l'ampleur du désastre. Jack répondit à son roulement de yeux par un autre clin d'œil, avant de reculer vers la fenêtre grande ouverte. D'un geste, les fusils le suivirent, augmentant son sourire.
-Aaaah.. Tant d'êtres forts et musclés, juste pour moi..
-J.. Jack ! Hurla le Docteur en le voyant se jeter par l'ouverture.
Cela avait été si rapide.
Pendant un instant, il avait cru son compagnon mort.
La seconde suivante, il courrait, remontant le couloir plus vite qu'il n'en était capable, les lumières et fusils explosant sur son passage.
Le Tardis n'était garé qu'à quelques centaines de mètres, mais le Docteur eut la sensation que sa course dura des heures avant qu'il ne parvienne enfin à pousser les portes de son vaisseau, hurlant à sa fidèle amie de se préparer.
Déjà, les boutons tournaient sur eux-mêmes, un levier s'abaissant alors qu'un autre se relevait.
-Cet abruti ! Il va.. Je dois..
Jack.
Il était apparu une trentaine de mètres sous son compagnon, l'immense mur de pierres du château se solidifiant en face de lui en même temps qu'il s'agrippait à une porte, tendant désespérément la main vers l'humain.
Les doigts de ce dernier s'étaient instantanément liés aux siens, les faisant tomber tous deux en arrière et rouler sur le sol.
Pendant un instant, seul le silence avait résonné.
Et puis Jack avait grogné, se redressant avec un sourire aux lèvres.
-Toujours à l'heure, Doc ! Je vous garde !
L'expression tempétueuse du Seigneur du temps l'avait coupé net.
Ce même Seigneur du temps, qui ne savait plus quoi répondre à présent.
Jack lui avait fait confiance pour le sauver de sa chute mortelle.
Un tel niveau de confiance était.. illogique.
-Jack, murmura-t-il, avant de grogner, furieux. Vous auriez pu mourir ! J'aurai pu..
-Mais vous étiez là, le coupa ce dernier.
-Ce ne sera pas toujours le cas ! Vous ne pouvez pas..
-Et pourquoi pas ? Fronça des sourcils son compagnon, irrité.
-Je ne suis pas invincible, capitaine ! Par Rassilon, vous auriez pu mourir! Hurla-t-il, furieux, en l'attrapant par les épaules.
D'un geste sec, Jack le repoussa, le fusillant du regard.
-Et ce n'est pas le cas. Ce n'est pas la peine d'en faire un drame, Doc !
-Pas la peine d'en faire un drame? À quel point vous moquez-vous de votre propre vie, Harkness ? Ou des gens qui s'inquiètent pour vous ? Vous réfléchissez avant d'agir, parfois, ou vous êtes né naturellement stupide ? Rugit-il, la Tempête toute sortie.
Il regretta ses mots à l'instant même où le visage du capitaine se fit blanc, avant qu'un masque ne tombe sur votre visage.
-De votre part ? Comme le dit si bien Rosie, Docteur, c'est l'hôpital qui se fout de la charité.
-Je sais ce que je fais, grogna-t-il, cherchant comment rattraper ses mots mais bien décidé à ne pas reculer sur son argument. Votre décision.. Elle était absurde !
-Je vous faisais confiance, marmonna l'humain, ses joues rouges.
-Je sais ! Je …
Ses épaules s'affaissèrent, en même temps que sa colère disparaissait d'un coup, et son énergie avec. Jack se mordit la lèvre, avant d'avancer avec hésitation vers lui. Le Docteur le fixa sans un mot, avant de se tendre lorsqu'il le prit dans ses bras, le serrant contre lui.
-Je suis là, Doc, murmura-t-il. Je.. suis désolé, je n'ai pas.. Je ne voulais pas vous effrayer à ce point, souffla-t-il, quelque peu honteux face à la terreur de son mentor.
Les bras de ce dernier se refermèrent automatiquement autour de lui, en même temps qu'il fermait les yeux, inspirant profondément son odeur.
Jack était en vie.
Jack allait bien.
Jack était sauf.
Il allait le tuer.
-Vous ne voulez pas me faire peur ? Cessez de sauter par des fenêtres hautes de 300m, ce sera un bon début, gronda-t-il, avant d'attraper sa nuque pour le fixer, furieux. Je vous dirais bien de cesser de courir après tout ce qui bouge, mais c'est impossible.
Jack aurait bien fait un commentaire salace, mais l'expression tempétueuse du Docteur l'en empêcha. À la place, il se pencha, déposant un baiser sur ses lèvres, avant de souffler :
-Vous êtes mon partenaire, Doc. Je vous fais confiance pour sauver mes fesses. C'est juste .. logique.
Le Seigneur du temps soupira, avant de caresser sa joue.
-Vous n'êtes pas mon partenaire, garçon, c'est là où vous vous trompez.. Vous êtes mon ami, rectifia-t-il doucement, et les amis se soucient de leur sécurité les uns les autres. C'est juste.. normal.
Le capitaine sentit sa gorge se serrer brutalement.
Ce n'était pas la réponse à laquelle il s'attendait.
Mais c'était sans aucun doute celle qu'il avait besoin d'entendre.
Une réponse évidente, sensée, logique.
Une réponse qui serra sa gorge, mais envoya une onde de chaleur dans son bas-ventre.
Une autre onde de chaleur le traversa lorsque le Docteur lui rendit son baiser, ses lèvres dures mais sa main sur sa nuque protectrice.
-A l'infirmerie. Je dois toujours vérifier que vous allez bien. Ne pensez pas échapper à l'examen complet, grogna ce dernier, le fusillant du regard pour la bonne mesure.
Jack ne put retenir son sourire.
Cela aussi, c'était logique.
Et pour rien au monde, il n'aurait voulu que les choses changent.
C'était sa vie.
Et il l'adorait.
