Une semaine plus tard, Vladimir revint toquer chez Aiden. Il était tard, elle venait de rentrer de sa toute première journée de cours et lui avait dit de passer vers vingt deux heures. Alors à vingt deux heures sonnantes, Vladimir se présenta devant la porte de l'appartement. La blonde le fit entrer, une tasse de café à la main et un crayon dans les cheveux.

-Salut. Entre.

Elle se décala pour qu'ils passent et ils s'assirent tout les deux sur le canapé. Le sol et les meubles étaient déjà jonché de feuilles de dessin et de peinture.

-Très ordonné.

-T'es pas là pour juger mon appartement. Donne ton téléphone, je vais t'installer une appli.

Vladimir lui tendit l'objet d'un air sceptique, et posa un vieux livre qui semblait avoir fait la guerre sur la petite table basse devant lui, tandis qu'elle tapotait sur l'écran.

-Voilà un livre sur l'histoire de la Roumanie à mon époque. Tu fais très attention, c'est un exemplaire unique. Il existait en ancienne langue, mais je l'ai traduit en anglais pour toi.

-Merci, j'en prendrais soin. Voilà ce que tu dois lire.

Elle lui rendit son portable.

-J'ai installé Instagram, et je t'ai créé un compte pendant la semaine. Tu es abonné à beaucoup de comptes militants sur pleins de sujets, même si l'intersectionnalité est de mise évidemment. Bon, sexisme, racisme, queerphobie, validisme, tout y passe. De quoi t'éduquer convenablement je l'espère.

Vladimir la laissa lui expliquer comment se balader sur l'application.

-Et tu essaye d'y aller tout les jours, pour ne rien rater. Et moi, je commence ce bouquin aussi vite que je peux. Je t'appelle quand j'ai finis.

-Et essaye de faire preuve de compréhension..

-Toi aussi. L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne.

Il leva les yeux au ciel.

-Je pourrais te dire la même chose.

-Oui oui. On va pas reprendre cette discussion.

Vladimir repartit au château, et laissa son téléphone le plus loin possible. La vérité, c'est qu'il n'était pas vraiment prêt à remettre en question toute son éducation, et il pensait que sa jeune compagne reviendrait s'excuser dans les jours qui venaient. Mais ce ne fut pas le cas, au point qu'il se demanda si elle avait ouvert le livre. Alors un soir, il frappa chez elle pour s'en assurer. Elle lui ouvrit et repartit dans sa cuisine en laissant la porte ouverte pour qu'il entre. Ce qu'il fit, fermant la porte derrière lui, et suivant la vague odeur de terre qui s'échappait de la cuisine.

-Alors, qu'est ce que je peux faire pour toi Vladimir ?

-Je voulais m'assurer que tu avais commencé la lecture du livre.

-Oui, je l'ai commencé. Je suis proche du quart. Tu avais des doutes sur ma bonne volonté ? Sache que j'en ai plus que toi.

Vladimir la regarda d'un air interrogatif.

-Je sais que t'es pas aller sur Instagram. Je peux voir depuis combien de temps t'es pas connecté.

Elle récupera son assiette et alla s'asseoir devant sa télé, qui diffusait un documentaire sur les grenouilles. Vladimir ne nia pas, et s'assit à côté d'elle.

-Je veux que tu y aille. Là maintenant.

-Là maintenant ?

-Yep.

-Alors lis mon livre.

-Okey.

Elle se posa en tailleurs, mit le livre sur ses genoux et l'ouvris où se trouvait son marque pages. Elle éteignit la musique et lança le vinyle de Georges Enescu avant de se plonger dans son roman. Vladimir la détailla des yeux pendant de longues secondes, imprimant dans son cerveau chaque détail de son visage.

-Lis Vlad.

Il baissa les yeux sur son téléphone et commença à faire défiler les publications, prenant le temps de les lire une par une. Ils passèrent ainsi une heure comme ça, sans parler, avant qu'Aiden ne referme son livre.

-Je commence tôt demain. J'aimerais aller me coucher.

-Bien sûr.

Il remit son téléphone dans sa poche tandis qu'Aiden se préparait pour aller se coucher. Il se dirigea vers la porte avant de s'arrêter quand elle lui parla.

-Revient demain. Au moins quand t'es là je suis sûr de ce que tu fais.

Il sourit et repartit. Il revint le lendemain, et le surlendemain, et encore après pendant une semaine. Mais il se lassa assez vite de lire ce genre de poste, alors il restait sur son téléphone, mais ne s'en servait que pour lire des livres en roumain qu'il y avait téléchargé. Un jour, Aiden passa derrière lui en revenant de la cuisine, elle avisa rapidement qu'il n'était plus sur Instagram. Elle se pencha sur lui et posa sa tête sur son épaule.

-Est ce que tu sais que là j'ai envie de jeter ton foutu bouquin au feu ?

Vladimir grogna et se redressa.

-Avise toi.

-Pourtant tu mérite pas mieux. Je me casse le cul à lire ton livre, et toi tu ne tiens pas ta promesse et tu fais autre chose.

-J'ai juste tout lu.

-On a jamais tout lu ! Y a toujours des comptes à découvrir. T'es vraiment un bel hypocrite !

Elle prit le manteau et le livre de Vladimir, dans l'idée de tout balancer sur le palier et lui avec, mais l'homme l'empêcha de toucher quoi que ce soit, usant de sa force vampirique pour le plaquer contre un mur avec une main sur le cou et une autre tenant ses deux poignets. Cette fois il ne rigolait pas du tout, il était furieux. Aiden l'était elle aussi, et ayant hérité parfois du caractère de ses parents, colérique, elle tenait tête au vampire. Vladimir grogna en montrant ses crocs, son instinct de chasseur pleinement ressortit. La blonde, malgré ses totales inaptitudes en défense, et son gabarit minuscule comparé à un vampire, ne montra aucun signe de crainte, se refusant à se laisser dominer.

-Avise toi de relever la voix sur moi humaine ! Je suis un vampire, je peux te tuer d'un geste !

-Et tu devras vivre avec ça toute ta vie. Je serais plus là pour en faire un problème.

Il grogna encore plus, leur rapprochement physique lui faisant parfaitement sentir son odeur, il entendait même son rythme cardiaque foutrement calme, et le sang couler dans ses veines. Le venin afflua à ses crocs, et quand Aiden zieuta sur le liquide miel qui coulait de ses canines, son coeur s'emballa. Elle remonta ses mains, malgré la poigne dur de Vladimir, vers son cou, tenant le poignet du vampire pour essayer de le faire lâcher prise.

-Vlad...

-Tais toi ! Tu abuse bien trop de ma patience humaine !

-Me mord pas s'il te plait...

-Qu'est ce qui m'en empêche ?! Tu es mon âme soeur, ma compagne d'éternité, tu es à moi, peu importe devant qui tu exhibe ton corps, tu es à moi ! Je fais de toi ce que je veux !

Sentant l'air arriver de plus en plus difficilement à son cerveau, des larmes de panique commencèrent à rouler sur les joues de la blonde. Elle chuchota mais le vampire l'ignora.

-Vladimir lâche moi s'il te plait tu m'empêche de respirer...

-Si je veux te tuer, cela ne regarde que moi ! A qui tu manquerais de toute manière ?! Tu n'es qu'une humaine trop fragile, qui finira par mourir si je ne lui accorde pas l'immortalité ! Les Cullens, tes amis Volturi, tout le monde t'aura oublié quand tu seras morte ! Tu es si facilement oubliable ! Tes parents eux mêmes t'oublis, tu n'es rien maintenant que ton frère est là ! Il est l'enfant de la réconciliation et du bonheur quand tu n'es qu'une erreur qui a fait voler en éclats l'équilibre qu'ils avaient !

Il resserra ses doigts sur sa gorge.

-Tu n'es qu'un accident de parcours, oublié parmi les années, auquel plus personne ne fait attention !

En disant ça, il s'était rapproché de sa carotide, les crocs sortis. Aiden sanglota un peu plus fort.

-Fais pas ça... Caïus va te tuer...

Il l'ignora de nouveau, et le mordit. Elle gémit de douleur alors que le goût du sang explosait sur la langue de Vladimir. Il commença à boire son sang peu à peu, puis incapable de s'arrêter. Aiden le repoussait comme elle pouvait, mais le venin l'anesthésiait peu à peu. Le vampire étant surtout concentré sur sa boisson, il avait légèrement relâché sa prise, alors Aiden dégagea un des ses poignets et fouilla sur le cou de Vladimir, avant de toucher ses épaules sous son haut. Ses doigts finirent finalement par ressentir quatre petits trous sur la peau de sa nuque, et elle les griffa avec l'énergie du désespoir. Vladimir rugit de douleur et recula, arrachant ses crocs du cou de sa compagne. Aiden glissa par terre, les mains plaquée sur la plaie qui saignait. Le blond la regarda avec effroi, reculant peu à peu jusqu'à l'autre bout de la pièce. La jeune fille toussa pour reprendre son souffle, prenant un t shirt qui traînait là pour le presser dans son cou, avant de relever ses yeux vers Vladimir. Les larmes maculait encore ses joues, et son coeur ne se calmait pas. Elle posa sa tête contre le mur et articula difficilement.

-Appelle mon grand père...

Vladimir mit quelques secondes à comprendre, mais se précipita finalement sur le téléphone de la jeune fille et appela le docteur. Il y eu plusieurs tonalités, puis le répondeur, alors il rappela, cinq fois de suite avant que Carlisle ne réponde. Derrière, on entendait la voix du reste des Cullens, et des Volturi.

-Aiden ?

Considérant les présences autour du médecin, il aurait pu hésiter à répondre. Il allait se faire tuer pour son acte. Mais en jetant un regard sur la jeune fille qui semblait lutter pour ne pas tomber dans les pommes, il n'hésita pas.

-Faut que tu vienne vite. Vraiment, vraiment vite.

-Vladimir ?! Il s'est passé quelque chose ?! Aiden est blessée ?!

-Oui, Carlisle, il faut que tu vienne.

-Je ne vais pas être là tout de suite, est ce que c'est grave ? Il faut que tu me dise exactement ce qu'elle a.

Vladimir ne répondit rien sur le coup. Il n'avait pas très envie de mourir dans l'immédiat.

-Vladimir dit moi !

Le blond se rapprocha d'Aiden, et retira le linge ensanglanté. Il se retint de sentir l'odeur et jeta un coup d'oeil à la plaie. Le sang coulait toujours en un filet relativement conséquent. La blessure n'était pas nette, ses crocs avaient arrachés une partie de la peau. Voyant que le vampire ne répondait pas, Aiden prit le téléphone et parla à sa place.

-Vladimir m'a mordu...

-Aiden ! Fort, pas fort, longtemps, il t'a retiré beaucoup de sang, il y a autre chose ? Tu as paniqué, eu du mal a respirer ? Ça accélère le flux sanguin, il en a peut être plus bu que tu ne le pense.

-J'en sais rien... Sans doute une grosse minute, peut être plus, j'en sais rien. Oui j'ai paniqué, et oui j'avais du mal à respirer...

Vladimir récupera le téléphone alors qu'Aiden tombait dans les pommes brusquement.

-Elle vient de s'évanouir Carlisle.

-Réveille là, appuie sur la plaie, j'arrive immédiatement !

Vladimir posa le téléphone à côté et essaya de la réveiller. Elle reprit peu à peu ses esprits et il la prit dans ses bras, posant sa tête dans son cou, ayant un meilleur accès à sa blessure. Il appuya le linge dessus, et reprit le téléphone.

-Carlisle, j'ai fais ce que tu m'as dis. Je fais quoi maintenant.

-Tu la garde éveillée jusqu'à l'arrivée de Stefan. Et vérifie toujours si elle respire et si elle te répond. Et une fois que Stefan est là, tu sors de cette appartement. Tu vas te nourrir quelque part. Et tu ne reviens pas.

-C'est mon âme soeur, j'ai besoin de savoir comment elle va...

-Tu crois pas que tu en as assez fait ? Vladimir, son sang t'attire, et là elle saigne. Si tu boit son sang de nouveau, c'est possible que tu la tue.

-Je peux me retenir.

-Tu as l'air d'avoir plutôt bien réussi jusqu'ici effectivement.

-Carlisle...

-Part quand Stefan sera là. Je te tiendrais informé de comment elle va par Edward qui m'accompagne, et quand je serais là, tu pourra peut être revenir.

Vladimir hocha la tête malgré qu'il ne puisse pas le voir, et regarda Aiden.

-Est ce qu'elle est toujours consciente ?

-Aiden... ?

Elle geignit légèrement.

-Oui elle est consciente, mais de peu.

-Il faut que tu la garde réveillée absolument. Elle saigne toujours ?

Il dégagea le vêtement et le remit rapidement.

-Oui toujours, peut être un petit peu moins qu'avant.

-Si la plaie est propre, et nette, ça devrait s'arrêter rapidement.

-Hem...

-Ça l'est pas ?

-Je me suis détaché d'un coup donc j'ai arraché la peau...

Carlisle soupira.

-Je fais aussi vite que je peux. Garde la éveillée ! Et appuie sur la plaie !

Le médecin raccrocha et Vladimir posa le téléphone avant de serrer la jeune femme contre lui.

-Je suis désolé... Te mordre était la dernière chose que je voulais.

Elle hocha la tête doucement.

-Je sais...

-Je voulais pas te faire peur, ni te... Tuer...

-Je sais...

-Je ne pensais pas ce que j'ai dis...

-Je sais Vladimir...

Stefan entra dans l'appartement et se précipita près d'eux. Il retira le linge de la blessure et grogna en voyant la quantité de sang. Il assit la jeune femme contre le mur et donna un linge propre à Vladimir.

-Va le mouiller.

Le blond le prit et partit dans la cuisine sans poser de question. Il mouilla le vêtement et le rendit à Stefan, qui nettoya son cou avec. La blessure était vraiment moche. Vladimir repartit dans la cuisine, et avisa le sang sur ses mains. Celui d'Aiden. De son âme soeur, la personne qu'il devait protéger, qui devrait partager son éternité. Une personne actuellement en train de se vider de son sang sur le plancher de son salon. Il observa ses mains, incapable de comprendre comment il avait pu faire une telle chose. Stefan, pensant visiblement qu'il était attiré par le goût de son sang, lui grogna dessus.

-Sort de là Vladimir.

Le blond le regarda comme perdu.

-Va chasser, retourne au château, sort d'ici !

Il se releva brusquement.

-Je peux pas la laisser.

-T'en a assez fait.

-C'est mon âme soeur.

-Elle est mieux sans ta menace constante.

Vladimir savait que Stephan parlait du moment présent, mais il ne pu s'empêcher de se dire que ça s'appliquait visiblement aussi en général, alors il s'en alla rapidement, fuyant à toute vitesse dans les rues. Il repéra au loin un homme qui marchait, alors il s'approcha. L'humain le remarqua rapidement et avisa le sang sur ses mains, sur le coin de sa bouche, et sur ses vêtements. L'homme commença à courir en sens inverse, mais Vladimir le rattrapa rapidement, et sans même lui laisser le temps de réfléchir, il le mordit et le vida son sang avant de laisser son corps s'écraser dans la neige. Il se lécha les lèvres, savourant les dernières gouttes du sang d'Aiden qui n'avait pas coulé, avant de courir au château et s'enfermer dans sa chambre.