Jour 11 – Beauté

Contes et fables pour jeunes Kaldorei

La Reine et la Suivante

Il fut dans une vaste contrée une Elfe pétrie d'orgueil

Anadris est son nom. Cheveux d'albâtre, regard de lune,

Dons d'Elune servant d'écueil

Au cœur des hommes, triste infortune !

Bien-Née qui n'avait d'yeux que pour Azshara

Reine cruelle, qui à aucun mortel ne s'attacha,

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Éprise d'un pouvoir immense, du Titan déchu

Sargeras, elle se détourna de ses fidèles

Et s'enferma dans la sienne citadelle,

Cachant de tous son cœur corrompu.

Comment réagit la belle Anadris, me direz-vous ?

Fort simple : pour l'attention de sa reine, elle brava son courroux.

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« Si je ne puis la voir en personne, » se disait-elle,

« Hâtons-nous vers son palais, gardé de hussards

Aux armes terribles, porteuse de nouvelles

À mêmes de capter son regard. »

Se risquant à mentir pour faire reconnaître sa beauté,

Elle fit route vers Zin-Azshari, temple de la royauté.

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Au pied du palais endormi, parée de ses atours,

Anadris la fière, entendit, stupéfaite,

Les échos d'une grandiloquente fête.

Aux soldats elle fit valoir recours

Pour voir Azshara la Grande,

Et peut-être, songea t-elle, lui offrir sa sarabande.

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« Hors d'ici, Elfe pitoyable, » rétorque un garde,

« Tu es indigne de fouler ce sol divin !

Disparais, ou nous te frapperons de la cocarde

Qui a jamais te bannira, parmi les plébéiens ! »

Désespérée, et saisie d'une sourde colère,

Anadris et ses pouvoirs prirent feu comme poudrière.

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Les gardes trépassés, la Bien-Née poursuivit

Sa route dans le palais, d'or et de luxure,

Aux meubles parfaits et sans ébréchures,

L'âme d'une colère assouvie

Mais d'une ambition sans faille,

Voulant prouver à tous sa beauté de camail.

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Arrivée dans la salle de bal, chargée de magnificences,

Anadris se mêla à la foule autour de la reine,

Cherchant à tout prix à sentir sa présence.

Mais on sentit bien vite son sang pauvre et pathogène,

Et on se saisit d'elle, la traînant vers Azshara

Injuriée par sa présence. « Comment osez-vous vous approcher de moi ! »

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« Ma Reine, Étoile parmi les étoiles,

Bien-Née que je suis, et seulement désireuse

De voir de mes yeux votre silhouette doucereuse,

J'ai foulé de mes pas cette demeure ancestrale

Guidée par ma beauté, et ma confiance,

Pour peut-être, égaler votre élégance. »

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Azshara, ulcérée par son audace,

N'eut de cœur que de la punir.

« Voilà une Elfe fort loquace !

Mais bien orgueilleuse, pensant pâlir

À elle seule la beauté de sa maîtresse,

Elle ne mérite qu'un châtiment à la hauteur de son hardiesse ! »

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La reine Bien-Née aux pouvoirs incommensurables,

Frappa Anadris d'une malédiction cruelle.

Défigurée, touchée d'un anathème éternel,

L'orgueilleuse chuta vers un destin misérable.

Gardant son seul visage effronté,

Le reste de son corps fut transfiguré en araignée.

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Humble lecteur, qui t'avance par ses lignes

Dans les morales que je prodigue,

Souviens-toi de cette fable quoique bénigne

Dont haute morale use de basses intrigues.

Beauté comme orgueil, chacun en est affecté,

Mais qu'au prix de la raison elles ne tournent en fierté.