Hello ! Qui dit lundi dit nouveau chapitre, il ne se passe pas grand chose (Théa et Reg méritent un peu de calme quand même les pauuuvres), mais j'espère qu'il vous plaira.
avec ce chapitre je suis à plus de 70000 mots, et c'est vraiment ouf je suis super contente :D
merci également aux personnes adorables qui laissent des reviews,
Sur ce bonne lecture !
.
.
Je connaissais plus ou moins la vérité désormais. Mon Retourneur de Temps était un objet bourré de magie noire, créé par Voldemort en personne à des fins encore inconnues, et j'étais une sorte d'héroïne temporelle, venue modifier le passé pour que l'histoire puisse se dérouler sans accrochages. J'étais pourvue de petites missions comme, au hasard, permettre à Rogue de respirer un peu plus longtemps avant de se faire violemment arracher la gorge par un serpent plus grand que moi. Entre le loup garou et le serpent… Il finissait mal quoi qu'il fasse le pauvre.
La pilule avait beaucoup de mal à passer. Surtout que je doutais tout de même fortement que le Seigneur des Ténèbres n'ait créé le sablier pour nous aider à contrecarrer ses plans.
.
Regulus et moi, nous étions restés cachés entre les arbres pendant ce qui me parut représenter des heures sur le moment. Les yeux résolument fixés sur le Sole Cogneur, bien qu'il n'y avait plus personne à part nous dans le parc de Poudlard, je restais statique. Et muette. Et sourde. Mes oreilles bourdonnaient encore des révélations précédentes.
Je ne savais plus ni quoi dire, ni quoi faire. L'envie de rire nerveusement me pendait au nez.
— Il faut qu'on retourne au dortoir, avait fini par marmonner mon camarade. On doit absolument être dans la salle commune à vingt-trois heures quinze…
— Oui…
Mollement, je consentis à suivre silencieusement le garçon, qui se contenta de reprendre le passage secret que je lui avais dévoilé lors de la première temporalité. Penser comme cela me faisait flipper, aussi m'efforçai-je de secouer la tête et de me concentrer sur autre chose. Le vide qui dansait au fond de moi par exemple.
Nos pas semblèrent faire un bruit d'enfer au milieu de toute cette neige, et je me glissai mécaniquement dans le passage souterrain menant à la salle des trophées. Il se dégageait une odeur de terre, de souffre, et de mort.
— Ici, chuchota Regulus. Attention la tête… voilà. Tu peux avancer.
Les yeux dans le vide, je finis par me rendre compte que ne sentais plus mes doigts tant ils étaient congelés par le froid… Je soufflai dessus, plus par réflexe de survie qu'autre chose. Le Serpentard m'attrapa la main droite entre ses moufles, non pas pour la réchauffer mais pour me faire avancer plus vite dans le souterrain, et je ne protestai même pas tant j'étais amorphe. Une fois sortis à l'air libre, je le laissai me traîner dans les couloirs sombres du château comme une poupée cassée, ce que j'étais en fin de compte. Les pupilles résolument fixées à mes chaussures, je comptais mes pas pour essayer de penser à autre chose qu'à ce que pouvait signifier ma présence à cette époque.
Rien de bien, à mon humble avis. Des larmes de fatigue me montèrent aux yeux, je ne trouvais plus du tout ça drôle de rester ici au vingtième siècle… je voulais rentrer chez moi.
Sans aucun geste annonciateur, Regulus pila brusquement dans les cachots. Je me ramassai le nez contre son dos, et je n'eus pas le temps de protester qu'il me propulsa contre un mur en me collant sa main sur la bouche et sur le nez. La seule pensée qui me vint à l'esprit fut qu'il avait retiré sa moufle, et que j'avais mal à l'épaule qui avait percuté la pierre.
— Chut, siffla-t-il dans mon oreille droite.
— Je n'ai même pas parlé ! eus-je envie de rétorquer, mais sa main étouffa mes protestations.
Cette position me rappela atrocement celle que nous avions avant que Rogue ne se fasse démembrer par un loup-garou, et une sueur froide coula le long de ma colonne vertébral. Tout à coup, je me sentis nettement plus alerte et moins déprimée. L'instinct de survie faisait des miracles. Je tendis l'oreille en fronçant les sourcils lorsque des bribes de voix se firent entendre.
— Arrête de poser toutes ces questions, lâcha brusquement la voix de Regulus d'un ton nettement plus fort qu'auparavant. Il ne s'est rien passé, on dormait comme tout le monde OK ?
Je mis dix bonnes secondes à comprendre que ce n'était pas le Regulus qui m'empêchait d'ouvrir la bouche qui avait parlé. Écarquillant les yeux, je repris brusquement contact avec la réalité en remarquant que nous étions cachés dans l'obscurité d'un mur, tandis que les nous du passé s'engueulaient devant l'entrée de la salle commune de Serpentard. Ils étaient à un mètre l'un de l'autre, je portais toujours l'écharpe du garçon tandis que ce dernier possédait encore son manteau, et nous avions l'air aussi énervé l'un que l'autre. De loin, Regulus semblait vraiment avoir une bonne tête de plus que moi. Mon cœur s'emballa sous le stress, cette situation était vraiment la pire envisageable.
— Mais tu as bien vu comme moi ! S'écria mon double avec colère. On a failli y passer, et Rogue est peut-être mort…
— Il est vivant.
— Qu'est-ce que tu en sais hein ?!
— Il suffit que tu me dises si à ton époque il est vivant ou non, suggéra avec sarcasme le Regulus du passé. Et comme tu as l'air bien renseigné sur ce loup garou, n'hésite surtout pas à me faire part des informations dont tu disposes.
J'hallucinai complètement lorsque je me vis croiser les bras sous ma poitrine et le fixer avec énervement, en battant du pied comme une enfant n'ayant pas obtenu satisfaction. J'étais vraiment aussi ridicule que ça lorsqu'on se prenait la tête avec Black ? Merlin… Il fallait que j'arrête immédiatement les frais.
— Me bave pas dans la main, chuchota soudainement le Regulus actuel en collant sa bouche contre mon oreille.
Des frissons électriques me parcoururent le corps, et mes dents se refermèrent dans un claquement sec. Je ne m'étais même pas rendu compte que j'avais ouvert la bouche pendant la joute verbale de nos doubles du passé… Ils continuèrent de s'engueuler à propos de Rogue et du loup-garou pendant encore de longues minutes, tandis que j'étais figée dans ma position, incapable de bouger. Les lèvres de Regulus ne quittaient pas mon oreille, et plus le temps passait plus il appuyait sur mon visage avec sa main pour me forcer à rejeter la tête en arrière sur son torse. Je ne comprenais pas du tout ce qu'il cherchait à faire. Son souffle chaud se répercutait sur mon visage, et je me sentis devenir écarlate.
J'aurais voulu lui demander d'arrêter, mais je ne pouvais toujours pas parler. Mon cœur battait fort dans ma poitrine, j'étais terriblement consciente de notre position sans pouvoir me résoudre à ce que cela cesse brutalement. Nos voix dansèrent autour de nous, plus comme un bruit de fond qu'autre chose, et dans un élan de lucidité je finis par plaquer mes mains sur le bras qui me retenait prisonnière pour le repousser.
— T'es pas drôle, sourit le garçon tout contre mon oreille avant de me lâcher.
Je restai les bras ballants quelques instants, le temps de réapprendre à tenir debout toute seule et de m'habituer à ne plus sentir la chaleur réconfortante de Regulus autour de moi. J'appréciais beaucoup trop quand il me tenait dans ses bras, et l'admettre me fit peur. Je secouai la tête en frottant mon oreille salie par la bouche du crétin, avant de me mettre à réfléchir placidement. Mon frère et Jack me manquaient atrocement voilà tout… J'avais toujours eu l'habitude de recevoir des câlins à profusion donc cela me faisait naturellement bizarre d'être seule… Même si les étreintes de Regulus n'avaient strictement rien à voir avec celles que je connaissais en terme de sensations.
J'eus envie de me gifler pour me remettre les idées en place.
A la place, j'avisai nos doubles qui continuaient de se rejeter la faute dessus. Je ne pus m'empêcher de me mordre la lèvre en me rendant compte que je devais vraiment être chiante au quotidien, à toujours vouloir être celle ayant raison. Pauvre Arès… Je me fis la promesse de tenter de faire un effort lorsque je retournerai à mon époque.
— Bon ! Cracha finalement la Athéa du passé. De toute manière tu n'es qu'un imbécile qui ne comprend rien, je ne sais même pas pourquoi je perds mon temps à te parler. J'ai le droit d'avoir peur pour la vie d'un de mes camarades, on n'est pas tous des connards aigris sans cœur !
Outch, c'était violent et le Regulus face à elle (moi…) ne sembla pas apprécier. Il faisait trop sombre pour que je ne distingue clairement la scène, mais sa colère me percuta comme un boulet de canon. En même temps il y avait de quoi… la mauvaise foi dont je faisais preuve était assez exceptionnelle. Prise d'une impulsion, je jetai un coup d'œil furtif derrière moi pour vérifier que le Regulus de mon présent ne s'énervait pas. Il me fixait d'un air mortellement sérieux, en jetant de brefs coups d'œil à sa montre toutes les deux secondes, et en remarquant que je l'observai il l'agita sous mon nez d'un air légèrement inquiet.
Je compris immédiatement le message.
Je ne savais pas ce qu'il se passerait exactement si nous n'étions pas dans la bonne pièce au bon moment, mais je ne tenais pas spécialement à le savoir. Avisant un pan de mur qui s'effondrait, j'arrachai un bout de pierre pour l'envoyer un peu plus loin. Le bruit sourd qu'elle fit en tombant résonna dans le couloir silencieux. Plus loin, nous sursautâmes, et je me vis scanner les alentours d'un air paniqué.
— On n'a pas le temps, on se tapera dessus plus tard rentre ! Chuchota furieusement le double du garçon derrière moi.
— Bien joué, souffla ce dernier au même moment.
Nous nous engouffrâmes dans la salle commune juste derrière nous-mêmes, et au moment où la porte se referma dans un claquement il ne restait plus que nous dans la pièce. Pile à temps…
L'impression d'avoir vécu trois soirées en une me percuta violemment, au point que je vacillai en clignant des yeux. A côté de moi, Regulus sembla subir le même contre coup, sauf que lui resta bien droit en attendant que ça passe. Après quelques instants la sensation désagréable reflua, et je baillai à m'en décrocher la mâchoire.
— Ouf, soupirai-je rassurée de voir que nous avions brillamment réussi notre opération de sauvetage dans le passé.
Un bruissement de tissu me fit relever les yeux, et je me rendis compte que mon camarade venait de récupérer le manteau qu'il avait laissé sur le canapé avant de partir en expédition. La fatigue me tomba brutalement dessus, et mes épaules se baissèrent. Je clignai des paupières pour tenter de chasser le sommeil, mais cela ne fonctionna absolument pas. Je venais de vivre la journée la plus longue et la plus éprouvante de toute ma vie, littéralement.
— Le connard aigri sans cœur va aller rendre son Retourneur de Temps à Croupton et se coucher maintenant, bailla Regulus d'une voix monocorde.
Il se frotta les yeux dans un geste de fatigue évident, et je sentis mon sang pulser plus vite dans mes veines.
— C'est pas vraiment moi qui ait dit ça… tentai-je en me grattant la nuque. Je le pensais pas du tout…
En face de moi, le garçon me lança un sourire moqueur.
— Je sais, c'était juste pour t'emmerder. Bonne nuit Athéa.
— Bonne nuit Regulus, répétai-je bêtement en le suivant des yeux alors qu'il commençait déjà à grimper les escaliers de son dortoir. (Je réalisai brusquement que nous n'avions pas du tout discuté de ce qu'il venait de se passer et de pourquoi il m'avait accompagné dans ce voyage temporel). Attends, on…
Me rendant compte qu'il n'était déjà plus là, je me tus.
Je restai un long moment debout dans la salle commune, seule avec mes pensées contradictoires. J'aurais presque voulu que Regulus se comporte comme Arès et me fasse un câlin avant d'aller se coucher… Mon frère ne le faisait que rarement, et c'était encore plus vrai à mesure que le temps passait, mais je dormais toujours excessivement bien quand il prenait la peine de me serrer dans ses bras. Cependant, il s'agissait d'Arès. Mon grand-frère que j'aimais plus que tout au monde. Pas d'un crétin qui avait plus de soixante ans de plus que moi et qui était à peine aimable quand je lui adressais la parole…
Blêmissant, je secouai vivement la tête avant de me précipiter dans mon dortoir. Je n'avais clairement plus l'âge de réclamer mon bisou du soir pour dormir, ça n'allait vraiment pas bien dans ma tête. J'étais plus traumatisée que ce que je ne pensais par les évènements récents.
Ne prenant même pas la peine de me déshabiller, je me jetai sur mon lit le plus silencieusement possible pour ne pas réveiller les filles. Je m'endormis presque aussitôt.
.
.
Lorsque j'ouvris les yeux, le manque me percuta de plein fouet. Au point que j'en eus du mal à respirer.
— Arès… chuchotai-je les yeux brouillés de larmes.
Dans mon esprit ravagé, une image floue de lui m'apparut. Il était assis sur mon lit, ses yeux clairs fixés aux miens, ses cheveux courts savamment ébouriffés comme toujours, et son petit sourire en coin qu'il ne destinait qu'à moi. Les tâches de rousseur sur son visage adoucissait ses traits, et je me noyai dans son regard. Sa bouche bougea, et en me concentrant j'arrivai à entendre des mots rassurants chuchotés. Mon cœur se gonfla d'amour, alors que je tendis la main vers lui pour le toucher. Pour le sentir. Pour savoir qu'il était là, tout simplement.
Ma main ne traversa que du vide, l'illusion s'estompa. Une seconde plus tard je me retrouvai plus seule que jamais. La boule dans ma gorge grossit.
L'an dernier, il m'avait juré qu'il serait toujours là pour moi. Le poids de son mensonge me hantait. J'étais. Toute. Seule. Un râle de douleur s'échappa du fond de mes entrailles.
— Athéa ça ne va pas ?
Le voix douce d'Alycia m'électrocuta, et je me relevai d'un seul coup en position assise sur mon lit, le souffle court et les pupilles dilatées. Je venais de cauchemarder en étant à moitié réveillée. Je baissai la tête pour laisser mes cheveux camoufler mon visage exténué.
— Bof nuit difficile, marmonnai-je sans m'appesantir davantage sur le sujet.
J'étais encore crevée à cause de la veille, et je me sentais comme une droguée en manque pour une raison inconnue. Jusqu'ici ma famille m'avait manqué, évidemment, mais pas au point que j'en fasse des crises pareilles…
— T'as pas arrêté de geindre un nom toute la nuit, continua mon amie alors que son front se plissait d'inquiétude. Eve et moi on a eu super peur.
Une bonne grosse crise de panique ayant duré toute la nuit, merveilleux.
— C'est rien, ça va… élucidai-je en balayant ses mots de la main. Un peu de sucre et ça ira mieux.
— C'est à cause de Black ?
Je m'arrêtai en plein mouvement, alors que j'étais en train de tirer mon drap sur mon lit. Mes poings serrèrent ma couette dans un réflexe idiot, et je me forçai à respirer calmement. Alycia appelait toujours tout le monde par son prénom. Elle avait vraiment dû être choquée par ce qu'il avait dit à Evan hier lors de notre voyage en Retourneur de Temps… Comme moi en somme.
— Non, dis-je d'un ton volontairement distant en relâchant ma prise sur mes draps. (Dans un silence de mort, je sélectionnai mes habits du jour pendant que mon amie suivait tous mes gestes du regard). J'ai fait un cauchemar c'est tout, franchement je ne sais même pas quel nom je disais…
Affreux mensonge. Ma voix ne trembla pas, mais la douleur qu'engendra le fait de prononcer ces paroles me fit vriller. Renier qui j'étais faisait déjà mal, mais taire l'existence de mon frère… c'était pire que tout. Une enclume tomba de mon estomac jusqu'à mes pieds.
— Bon j'vais me laver, on se rejoint en cours de Potions !
Sans un mot de plus, je me précipitai dans la salle de bain, et dégageai plus ou moins efficacement Evelynn qui se brossait les cheveux depuis des heures comme d'habitude. Sans écouter ses protestations, je refermai la porte à clé derrière elle.
— T'es magnifique t'inquiète, marmonnai-je en réponse à ses cris.
Cela sembla la calmer, à moins qu'Alycia n'ait fait quelque chose, et le silence tomba dans la pièce. Je restai une seconde le front contre la porte en bois à réfléchir au sens de ma vie, avant de me retourner.
Une fois seule face à mon reflet, les deux mains posées de chaque côté du lavabo et mon visage presque collé au miroir, j'observai les larmes roulant sur mes joues comme s'il s'agissait du plus beau des trésors.
Tant que je pleurais, tant que je souffrais, tant que j'avais mal à en crever… Cela voulait dire qu'Arès me manquait. Le jour où je ne pleurerai plus en pensant à lui, le jour où son absence ne pèserait plus sur ma conscience au point de me sentir incapable de respirer sans lui… je serais bonne pour me jeter du haut de la tour d'Astronomie.
Vivre sans lui… c'était inenvisageable.
Je voulais sentir ses bras se refermer autour de mon corps pour me sentir à nouveau dans un cocon rassurant. Sentir son odeur si familière et rassurante m'entourer. Être protégée de tout et de tout le monde. Comme avec Regulus… Je pleurai encore plus fort lorsque cette pensée me traversa l'esprit.
En retirant péniblement mes affaires de la veille, je tremblai de la tête au pied lorsque les souvenirs de tous les moments où Regulus m'avait serrée contre lui remontèrent devant mes paupières closes. A aucun moment il ne l'avait pour me réconforter mais…
Je mordis l'intérieur de ma joue jusqu'au sang.
Mon frère me manquait tellement que j'en arrivais à vouloir que Black me serre dans ses bras en me murmurant des mots doux… C'était tellement pitoyable. La douche avala mes larmes et mes tremblements, et je me forçai à ne penser qu'à mes bons souvenirs avec Arès. Dans ma tête, toutes les phrases emplies d'amour et d'encouragement qu'il avait pu avoir pour moi au cours des années ne cessaient de tourner en boucle, et ce trop plein d'amour me rasséréna à un point que je ne pensais même pas possible. Je pensai à l'an dernier, lorsqu'il avait explosé la tête d'un Gryffondor de septième année pour me protéger… Arès m'avait toujours dit que les trois heures de colle par semaine jusqu'à la fin de l'année avait valu le coup, parce que je valais bien plus que ça.
— Quel crétin, souris-je à ce souvenir en m'habillant.
Lorsque je descendis dans la salle du Professeur Slughorn, en esquivant la case petit-déjeuner, une détermination nouvelle m'animait. Je me sentais d'attaque pour la journée qui m'attendait.
Guillerette, je me précipitai pour enlacer Alycia par derrière afin d'effacer la mauvaise image du réveil. Hors de question qu'elle ne remette le sujet sur table.
— Hé bien, t'as l'air en forme Théa, nota Evelynn en me tendant un croissant.
Je souris en mordant dedans à pleines dents, le grondement appréciateur de mon estomac parla pour moi. Mes deux amis étaient formidables.
— Merchi ! (J'avalai ma bouchée). J'ai hâte d'être ce soir, aujourd'hui j'ai vraiment besoin de me défouler sur un balai.
— C'est vrai qu'il y a entraînement de Quidditch, soupira Alycia en tirant une tête de trois kilomètres de long.
Je ricanai. A chaque fois que nous jouions elle déprimait, parce qu'Eve passait son temps à me coacher et à se prendre pour l'entraineur officiel de l'équipe… D'ailleurs il fallait vraiment en parler à Rosier pour qu'il l'engage, cela pourrait être sacrément drôle. Je la voyais déjà tous les insulter en les traitant de tire-au-flanc… Je me pinçai le nez pour réprimer un éclat de rire.
Des perturbations sonores me firent relever les yeux vers les garçons de l'autre côté de la porte. J'affichai une moue blasée en voyant Avery et Mulciber qui s'amusaient à tyranniser les Serdaigles avec qui nous avions Potion. Pour ne pas changer.
— Dearlig ! Hé Dearlig ! Tu fais encore parti de l'équipe de Quidditch de ton équipe ?
— Ouais parce que le mois dernier t'as pas su arrêter un but face à nous, piaffa le deuxième larron. Pire qu'une passoire… S'ils ne t'ont pas viré c'est clairement incompréhensible.
Le garçon devint rouge écrevisse, alors que Wilkes se joignait aux rires de ses amis. Black resta complètement insensible, que ce soit à la détresse du Serdaigle comme aux rires des Serpentards, impérial comme à son habitude. J'avais vraiment l'impression que la cassette était rayée, et que la même scène se rejouait sans cesse devant moi. Inlassablement, jour après jour.
Les moqueries continuèrent, alors que les bleus et bronzes tentaient vainement de se défendre face aux acharnés de ma maison. J'avais envie d'intervenir, de dire à ces deux imbéciles que les buts c'était surtout moi qui les avait marqués, mais je me contentai d'écouter leurs railleries d'une oreille attentive tout en continuant ma discussion avec les filles.
Evelynn se moqua brusquement des garçons de Serpentard, et je sentis mon sang se glacer dans mes veines. Apprendre que tous les garçons de cinquième année avait raté le réveil ce matin me fit me sentir affreusement coupable, parce que je me rappelai que Regulus les avait clairement drogués sans pitié hier pour pouvoir récupérer le Retourneur de Temps ayant servi à notre forfait.
Intérieurement, je bouillonnais.
La porte de la salle des potions finit par s'ouvrir, révélant le professeur Slughorn qui sautillait sur l'estrade.
— Entrez, entrez ! S'exclama ce dernier d'une voix tonitruante.
Il fit de grands moulinets du bras pour nous inviter à prendre place sur nos pupitres, je m'exécutai en lui lançant un regard méfiant. Son teint très rouge contrastait avec le blanc de ses mains, et la bouteille d'hydromel placée en évidence sur son bureau me fit légèrement douter.
— Ah, vous êtes tous là parfait, poursuivit Slughorn en nous observant d'un œil un peu vitreux après que nous nous soyons installés. Aujourd'hui j'ai décidé que vous alliez me montrer vos, huc, talents personnels. (Il hoqueta plusieurs fois, ce qui confirma mes doutes quant-à la boisson se trouvant à proximité. Il était complètement torché…). Et pour ce faire, nous allons préparer un philtre de Mort Vivant ! Enfin, vous allez préparé ce philtre tout seul, et le meilleur aura le droit d'en conserver un flacon !
Slughorn sourit, visiblement ravi de son idée, alors que ma mâchoire se décrochait. Il allait sérieusement nous permettre de nous balader avec de la Mort Vivante sur nous ?! Ce prof avait sérieusement un grain, il était grand temps qu'il ne prenne sa retraite. Il finit par frapper joyeusement dans ses mains avant de nous dire de nous dépêcher, sans nous donner la moindre explication. Entre lui et le professeur de DFCM, la pédagogie semblait vraiment reléguée à un rang très lointain dans les esprits…
— Athéa on fait comment ? S'enquit la voix paniquée d'Evelynn derrière moi.
— Tu vas à la page 10 du Manuel avancé de préparation des potions et c'est parti, indiquai-je légèrement agacée.
J'étais déjà concentrée à récupérer les ingrédients nécessaires à la préparation, et j'avais horreur que l'on me dérange pendant que je réalisais des potions. Cela me détendait beaucoup, et j'avais vraiment besoin d'être détendue après ce qu'il s'était passé la veille.
Suivant scrupuleusement les indications du manuel, je coupai mes racines de valérianes le plus efficacement possible, tout en touillant régulièrement le mélange présent dans mon chaudron. Les effluves de potions ne tardèrent pas à embaumer la pièce, et je souris de satisfaction en inspirant l'odeur à plein poumon. J'aimais vraiment le cours de Potions. Le manuel suggérait de couper la fève sopophorique, ingrédient nécessaire pour cette potion, mais en tant que petite-fille d'un potioniste hors pair je connaissais la technique consistant à l'écraser avec le plat d'un couteau pour en extraire le jus plus efficacement. Ce que je m'empressai de faire, en suivant par la suite scrupuleusement les indications du manuel. Je me contentai finalement de tourner la mixture dans le sens contraire des aiguilles d'une montre.
A la fin de l'heure, ma potion possédait une belle couleur rose pâle, quoiqu'un peu plus foncée que si elle avait été préparée à la perfection. Je ne m'en inquiétai pas outre mesure, à coup sûr cela suffirait à impressionner le vieux professeur.
Je grimaçai lorsque je me retournai pour découvrir la potion d'Evelynn qui tendait plus vers le rouge sang qu'autre chose. La jeune fille ne cessait de marmonner des insultes dans sa barbe en regardant le manuel sous toutes les coutures, cherchant sûrement à comprendre où est-ce qu'elle s'était trompée. A ses côtés, Alycia semblait s'en être mieux sortie bien que la couleur soit trop foncée pour que la potion puisse être considérée comme réussie.
— Eve je suis pas sûre que tu puisses rattraper la catastrophe… dis-je en soupirant, consciente qu'elle allait de toute manière s'acharner dessus.
— Pourquoi ? Je suis sûre qu'en rajoutant un peu de… ce truc la potion prendra la bonne couleur, répliqua sèchement la brune en attrapant un liquide que je ne réussis pas à identifier avant de le déverser dans son chaudron.
— Bon sang Evelynn arrête ça ! S'étrangla Alycia en tentant de l'empêcher d'en verser davantage.
— Laissez-moi, je vais y arriver je vous dis !
Je ne réagis pas, sachant que ce serait parfaitement inutile de tenter de la résonner. Eve se prenait pour une pro des potions, alors qu'elle était clairement une catastrophe ambulante… J'avais hésité à lui demander comment elle avait pu obtenir ses BUSES en début d'année, mais connaissant l'animal je m'étais finalement résignée. Depuis, je préférais ne plus me mettre à côté d'elle en Potion.
— Recule toi, recommandai-je discrètement à Alycia.
Eve continuait d'ajouter des ingrédients dans sa mixture, alors que ces derniers ne figuraient clairement pas sur la liste présente dans le manuel. La couleur virait de plus en plus au verdâtre, ce qui m'inquiéta légèrement.
Lorsque sa potion lui aura explosé au visage, elle se calmera et boudera ensuite toute la journée. Je me contentai de me décaler pour être le plus loin possible de son chaudron.
Le bruit de l'explosion suivit du cri outré de mon amie résonna dans la pièce, me confirmant que j'aurais peut-être dû tenter le cours de Divination cette année… J'aurais sûrement impressionné la prof avec mon talent inné à deviner le futur. Un bref sourire illumina mon visage lorsque je vis Eve avec le visage noir de suie, et les cheveux dressés sur sa tête, comme un savant fou. Cela valait bien la peine d'avoir pris une heure à se les brosser ce matin tiens !
— Bon, bon, qu'est-ce qu'il se passe ici ? Soupira Slughorn en lançant un regard déprimé dans notre direction. (Il ne croyait clairement plus en Eve depuis longtemps, le pauvre la subissait depuis six ans maintenant…). Evelynn encore vous, souffla-t-il ce qui déclencha les rires dans la pièce, nettoyez moi ça et observez donc la Potion de votre camarade. Non pas d'Alycia, il serait plus judicieux de regarder dans le chaudron d'Athéa.
Je me redressai bien droite, tout sourire, en lui faisant un signe moqueur pour l'inviter à venir vérifier ma potion. Eve me lança un regard noir et m'ignora complètement, vexée comme elle l'était. Le reste de cours se passa tranquillement, et le professeur passa dans les rangées pour vérifier les potions de chacun. Quelques Serdaigles retinrent son attention, notamment Mike Johnson à qui il fit un hochement de tête approbateur doublé de quelques mots encourageants.
— Oh, excellent excellent Athéa ! S'écria-t-il lorsqu'il arriva à mon niveau. Votre potion est presque parfaite, c'est vraiment très bien. Très très bien, répéta-t-il en hoquetant avant de plaquer la main sur sa bouche.
Poursuivant son tour, il grimaça devant les chaudrons des trois lascars de ma maison, avant de s'arrêter devant celui de Black avec un air impressionné. Je fronçai les sourcils, en comprenant que sa mine réjouie n'était pas de bonne augure.
— Ah ! Voici le grand gagnant ! Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas vu un philtre de Mort Vivante aussi bien réalisé, s'enorgueillit Slughorn en hochant la tête plusieurs fois. Heureusement que vous n'êtes pas un pitre comme votre frère Regulus, vous irez loin ! Voilà un flacon, vous pouvez le remplir de votre philtre.
— Merci professeur, marmonna le garçon aux cheveux noirs en serrant les dents.
Je grognai dans ma barbe, choquée de ne pas avoir réussi à gagner sur ce coup-ci. Eve se moqua de moi sans aucune discrétion, ayant remarqué que j'étais verte de ma défaite. Je me rembrunis en la mitraillant du regard. Nous allâmes nettoyer nos ustensiles dans un silence lourd, alors qu'Alycia faisait barrage entre Evelynn et moi.
— Athéa, Regulus, Mike, Alaric et Kate vous pouvez rester une minute il faut que je vous parle ! Déclara Slughorn d'un ton bourru alors que je commençai à ranger mes affaires.
Une fois tous les autres dans le couloir, nous nous approchâmes du bureau du professeur. D'ici, j'avais une vue idéale sur la bouteille d'hydromel aux trois-quarts vides. Je soupirai, en comprenant qu'il voulait sûrement nous parler de sa prochaine soirée puisque nous étions tous les cinq membres de son petit club privatiste. Je jetai un coup d'œil à Avery, pour voir qu'il me fixait. Discrètement, sans le lâcher des yeux, je lui fis un doigt d'honneur. Son air outré me fit sourire, et je me retournai vers Slughorn satisfaite.
Bien fait pour sa tronche à cet imbécile. Je ne savais pas pourquoi il faisait parti du club étant donné sa nullité affligeante en Potion, mais je prenais un malin plaisir à continuer notre petite guerre.
— Je vous ai convoqué pour vous rappeler que dans deux jours nous avons une soirée de prévue, commença Slughorn en lissant sa veste d'un air conquérant bien que ses yeux injectés de sang gâchaient tout. En outre, j'ai l'intention d'organiser un bal pour Noël, je compte bien évidemment sur votre présence à tous. Et surtout n'oubliez pas de vous trouver un cavalier.
— Un cavalier ? Répéta bêtement Kate Broadruck, une Serdaigle blonde aux grands yeux verts vitreux devant faire à peine un mètre cinquante, avec un air affolé.
— Oui tout à fait Kate, acquiesça Slughorn en continuant d'hocher la tête comme un fou. Vous pouvez venir entre vous aussi bien sûr…
— Ah oui bonne idée ! Enchaîna Avery avec un air faussement réjoui. (Il se tourna vers moi et je me tendis instinctivement en sentant venir l'embrouille). Malefoy, me ferais-tu l'immeeense honneur de m'accompagner à ce bal ?
Le garçon me sourit comme un idiot, avant de lever plusieurs fois les sourcils dans un geste volontairement ironique. Je me sentis m'empourprer alors que la moutarde me monta au nez.
— Ça ira, déclinai-je avec diplomatie, je préfère être seule que mal accompagnée.
Regulus se mit brusquement à tousser dans son poing, attirant tous les regards vers lui. En analysant son œil amusé, je compris qu'il venait clairement d'étouffer un rire. Je lui lançai un sourire resplendissant, sans arriver à me contrôler. Son froncement de sourcil m'indiqua que je venais de faire une boulette, et j'effaçai prestement mon sourire pour reprendre un air neutre lorsque Avery se retourna vers moi, visiblement furieux.
Mon cœur se mit à battre plus vite, juste parce que le regard métallique de Regulus me transperçait. Ses cheveux noirs comme la nuit retombaient comme une auréole sur son front et ses oreilles, le faisant ressembler à un ange déchu. Mon attention fut rapidement détournée par les gesticulations d'Avery.
— Tu… commença le blond en me trucidant de son regard noir.
— Allons allons Alaric, calmons nous ! temporisa Slughorn qui semblait s'amuser comme un petit fou. Chacun fait bien ce qu'il veut, si Athéa souhaite venir seule c'est son choix, bien qu'il me remplirait de tristesse. (Je restai insensible devant sa petite larme à l'œil, et il finit par se reprendre). Bon, dehors maintenant, vous avez cours et moi j'ai autre chose à faire !
Le regard éloquent qu'il porta à sa bouteille nous donna une bonne idée de ce à quoi il comptait occuper son temps pour le reste de la journée. En sortant de la pièce, je me rendis compte que personne ne nous avait attendu, et les Serdaigles nous quittèrent sans un mot alors que je soupirai. Une fois dans les couloirs, je me rapprochai de Regulus pendant qu'Alaric boudait derrière.
— Il est quelle heure s'il-te-plait ? Demandai-je poliment.
— Dix heures dix, répondit machinalement le garçon en jetant un coup d'œil à sa montre. Pourquoi ?
— Pour être sûre, Slughorn est déjà complètement torché à une heure pareille… déprimai-je, ennuyée pour lui.
— Ne t'inquiètes pas, il est encore parfaitement capable de vérifier les potions dans son état.
— Je ne m'inquiétais pas.
— Bien sûr, sourit narquoisement Regulus en agitant devant moi la petite fiole qui signifiait sa victoire.
Je gonflai les joues, agacée. J'étais vraiment énervée de voir que Black avait pu me battre sur la préparation d'une potion… Je savais qu'il se débrouillait, il faisait parti du club de Slug et ce dernier lui faisait régulièrement des compliments pendant les cours, mais le voir réaliser une potion mieux que moi c'était autre chose.
Mon grand-père paternel, Drago Malefoy, était un maître en ce qui concernait la préparation de potions, et il avait décidé d'en faire son métier bien avant ma naissance. Aujourd'hui, il dirigeait une énorme entreprise de fabrication de potions médicales. Dès mon plus jeune âge, en remarquant que je m'intéressai aux chaudrons, il avait pris plaisir à m'enseigner sa matière avec passion. J'aimais beaucoup les Potions, mais j'aimais encore plus mon grand-père. Drago Malefoy était quelqu'un très renfermé et solitaire, même enfant je me rendais compte que mon grand-père ne participait que rarement aux conversations de famille. Et cela ne s'était pas arrangé en vieillissant. Je n'avais jamais eu l'impression qu'il aimait ma grand-mère, mais cela ne l'empêchait pas d'être absolument génial avec moi ou Arès. Il nous adorait, et moi encore plus que mon frère.
Je laissai mon esprit divaguer en repensant à tous ces moments où il m'avait raconté la guerre, alors que j'étais assise sur ses genoux au coin du feu. Les récits de mes grands-parents maternels et de Harry étaient vraiment géniaux, parce qu'ils étaient épics et remplis d'aventures farfelues, mais ceux de mon grand-père Drago… Ils étaient vrais. Je vivais les émotions avec lui, sentant sa peur, ses failles, les terreurs nocturnes qui en découlaient, et parfois il me racontait les moments de joie qu'il avait connu malgré tout. Nous habitions actuellement dans le manoir Malefoy parce que mon grand-père avait été incapable de le reprendre après le décès de ses parents, il m'avait toujours dit que ses souvenirs le rendaient dingue entre ces murs. Voldemort y avait séjourné après tout…
— Oh Athéa ! Siffla Regulus en me bousculant légèrement.
Je clignai des yeux en reprenant contact avec la réalité. Ses orbes d'un gris ardent me fixaient d'un air agacé, et je sentis un drôle d'effet au creux de mon ventre. Je compris à cet instant que cela ne servait à rien de forcer mon esprit à faire le parallèle avec Arès, Regulus ne me rassurait pas comme me rassurait mon frère. C'était… fondamentalement différent.
— Quoi ? Hasardai-je en me grattant la nuque dans un tic nerveux.
Je remarquai que Avery le rageux ne se trouvait plus derrière nous, mais qu'il se précipitait à grands pas vers la salle ouverte de DFCM à quelques mètres. Je ne l'avais jamais vu aussi pressé d'aller dans un cours celui-là…
— Tu vas à la bibliothèque ce soir ?
— Euh… oui, acquiesçai-je en décidant brusquement d'y faire un tour après l'entraînement.
— Parfait ! S'exclama Regulus d'un ton satisfait. Moi aussi, on se rejoint là-bas.
— Il faudrait que je parle à Dumbledore aussi, marmonnai-je en me sentant déjà dégoûtée devant la corvée qui m'attendait.
— Un autre jour, lâcha le garçon avant de me laisser passer en première dans la salle de DFCM.
Je lui souris, ravie par sa galanterie, et partis m'installer rapidement à côté d'Alycia. Avery avait eu le temps d'expliquer au professeur les raisons de notre retard, et il se contenta de nous demander de nous dépêcher avant de claquer la porte. Le cours se déroula calmement, et je m'efforçai d'être le plus attentive possible étant donné qu'il s'agissait de la théorie. Au vu de ma nullité chronique en pratique, exceller en théorie était bien ma seule solution pour avoir des notes convenables.
Déjà, je ne pensais plus à Dumbledore. Je lui parlerai de mes découvertes plus tard. Après tout j'avais découvert que l'histoire semblait être telle qu'elle était grâce à moi, donc ma venue ici n'était pas une erreur à proprement parlé… Et puis je n'avais pas de comptes à lui rendre.
.
.
Une fois l'entraînement de Quidditch terminé je me précipitai vers les vestiaires pour me doucher le plus rapidement possible. Les ordres d'Evelynn résonnaient en boucle dans mes oreilles, j'avais vraiment hâte de pouvoir les déboucher. Cette fille aurait ma peau. Entre elle, Rosier qui beuglait comme un sourd à la moindre erreur, et Lestrange qui nous envoyait Cognard sur Cognard à la figure, chaque entraînement se révélait être un parcours du combattant depuis que j'avais mis les pieds en 1977. Je m'estimais satisfaite d'être encore vivante et en un seul morceau.
Et dire que dans quelques semaines, je passerai la nouvelle année ici… Et on passerait en 1978. J'angoissais un peu en voyant les mois défilés, parce que plus le temps passait moins j'avais de chance de retourner chez moi. Et même si je réussissais à rentrer, j'avais le sentiment que je ne serais plus jamais la même personne.
Et puis ce serait tellement dur d'abandonner les personnes rencontrées ici. Mais abandonner ma famille, c'était encore pire… Je me sentais écartelée entre deux mondes qui n'avait rien en commun.
— Malefoy, on mange en deux-deux et on va à la bibliothèque, me souffla Regulus alors que je rejoignais Eve en direction du château.
Il était accoudé au mur des vestiaires des garçons, les mains dans les poches, et semblait être le premier à en être sorti. Son écharpe lui mangeait la moitié du visage et un bonnet lui avalait le front et le bout des oreilles, laissant seulement visible ses orbes métalliques ainsi quelques mèches ébènes. Je ne devais pas être mieux avec ma doudoune XXL, empruntée à Evelynn, qui me faisait ressembler à un ballon de baudruche.
— Tu veux pas aller au septième étage ? Proposai-je en fronçant les sourcils, persuadée qu'il voulait sûrement parler de choses que personne ne devait entendre.
— Non la bibliothèque, assura le garçon en me scannant des pieds à la tête en levant un sourcil. Sympa l'accoutrement.
Ses yeux semblaient neutres au possible, je ne pouvais pas voir sa bouche à cause de son écharpe mais j'étais persuadée qu'il souriait.
— OK. (Je commençai à partir quand prise d'une impulsion je me retournai). Hé au fait Reg ! lançai-je à la cantonade. Fais attention tu as quelque chose sur le visage.
Le garçon, qui n'avait pas détourné les yeux, me lança un regard étrange en portant machinalement une main à son écharpe.
— Quoi ? Demanda-t-il dans un froncement de sourcils.
— Un sourire, raillai-je amusée.
Regulus resta interdit une bonne seconde, la main crispée sur son écharpe, avant que ses muscles ne se détendent et qu'il ne me lance un regard noir. Je partis rejoindre Eve en riant, ayant presque hâte de le retrouver à la bibliothèque tout à l'heure.
