Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.

Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans appartiennent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.

Merci pour ton soutien comme toujours ma petite femme d'écriture, toujours présente :3

Bonne lecture pour ce chapitre, j'espère avoir votre retour !

Chapitre 12 : Le dernier voyage

« Le métier de médecin convient parfaitement à un espion. Il bénéficie d'une reconnaissance intellectuelle, d'un certain prestige... »
- Eren Krüger à Grisha Jaeger

Musiques du chapitre : Sciophobia – Jo Wandrini. Light in the dark - Sound Adventures. Stand strong, Stand Together – Christopher Lennertz.

16 Septembre 1940 – Quelque part entre Tellancourt et La Malmaison, France.

La pluie tombait doucement sur le corps de ferme abandonné où ils s'étaient réfugiés avec une petite partie des troupes survivantes. Les autres avaient fait le trajet pour Neyron avec le capitaine Zacharias. Il ne restait que les blessés, accompagnés par Eren, Mikasa, Hanji, Moblit, Livaï et Erwin.

Eren ne quittait pas le corps endormi de son père, allongé sur un amas de couvertures plus ou moins rapiécées. L'homme se réveillait par à-coups, gémissant des mots sans aucun sens. Quant à son fils, il s'était muré dans un mutisme profond, les yeux vides posés sur le torse qui se soulevait régulièrement. Il restait devant lui, ne pouvant le quitter des yeux de peur de le perdre à jamais, lui aussi. Le cœur au bord des lèvres, il observait Hanji le soigner à l'aide de langes mouillés. Elle tentait de lui parler sans succès, ses mots se fracassant contre le silence le plus complet.

Assise contre le mur derrière lui, Mikasa serrait ses jambes contre son torse, la tête posée sur ses genoux noueux. Elle gardait les yeux posés sur son frère, immobile, silencieuse elle aussi. Il sentait sa présence sans la voir, cachée dans l'ombre de la nuit. Mais il s'en foutait, cette nuit. Il se foutait de tout, de toute façon.

La plaie recouvrant une grande partie de l'abdomen de son père avait été refermée avec les moyens du bord, Hanji recousant les chairs avec une aiguille désinfectée et du fil de couture. Elle avait fini par quitter la pièce après avoir encore tenté de parler, sans succès, au jeune homme recroquevillé sur lui-même. Il était resté prostré, assis aux côtés de l'homme étendu, torse nu, la plaie recousue laissant encore apparaître des filets de sang frais.

xXx

Installé contre la rambarde en bois du porche de la ferme abandonnée, Livaï fumait une cigarette en se protégeant de la pluie fine grâce au toit abimé. Il serrait sa veste en cuir contre lui, se couvrant du mieux qu'il pouvait du froid de la nuit. Levant les yeux vers l'intérieur, il tenta de distinguer quelque chose à travers les fenêtres recouvertes de poussière. Malgré la lumière qui filtrait de l'intérieur, il ne parvint pas à discerner le moindre mouvement.

Soupirant, il termina son mégot, le jetant dans la poubelle placée devant le porche. Il s'étira un instant et passa la porte pour rejoindre le commandant, installé dans le salon. Il le retrouva assis sur un canapé en tissu défoncé, la tête soutenue par ses mains. Le blond leva le visage vers lui lorsqu'il entendit du bruit, lui adressant un sourire désabusé. Dans un autre soupir, le capitaine s'approcha et fixa, impassible, le fauteuil qui lui faisait face. Une grimace de dégoût apparut sur ses traits fatigués avant qu'il ne secoue le tissu rêche avec virulence. Il finit par abandonner, se laissant tomber sur le coussin à peu près propre qu'il trouva un peu plus loin.

- On ne pourra pas rester longtemps ici, commença Erwin après avoir observé d'un œil fatigué le manège de son subordonné.

Ce dernier leva un sourcil, perplexe.

- Et tu comptes faire quoi des blessés ?

- Il faut les déplacer. On a encore trois véhicules, ça devrait…

- Ne te fous pas de moi. Si on déplace l'espion, il crèvera.

- Et il mourra aussi s'il reste. On n'a pas le choix, Livaï.

Le capitaine se renfrogna, les mains serrant inconsciemment le pantalon brun qu'il portait. Il savait que le commandant avait raison, mais il ne pouvait pas l'accepter. Ils avaient déjà perdu trop d'hommes.

- Tu connaissais son identité ? demanda le brun en relevant les yeux vers le commandant.

- Non. Et quand bien même, il avait choisi son sort, il savait ce qu'il risquait en s'engageant comme il l'a fait. J'espère juste qu'il pourra nous donner ce dont on a besoin, avant…

- Ouais. Putain.

Des bruits de pas le firent sursauter et il tourna la tête vers l'intrue. Hanji avançait vers eux, d'un pas abattu. Elle s'assit sur le canapé, à côté d'Erwin, les langes souillés posés dans une bassine d'eau à ses pieds.

- Pauvres gosses…

La voix d'habitude si joyeuse semblait éteinte, claquant dans la pièce silencieuse. Elle semblait concentrée sur un point perdu devant elle, rentrant ses ongles courts dans la chair de ses mains. Des marques commençaient déjà à apparaître, rougeâtres. Erwin se tourna vers la jeune femme en l'observant silencieusement, avant de dire :

- Comment vont-ils ?

- Kirstein va s'en sortir, il est solide. J'ai recousu ses blessures, ça ira pour le déplacer. Siss et Ness, pareil. Je n'ai rien pu faire pour Gelger et Cordier, ils sont morts. Pour Grisha Jaeger, je pense que sa fin est proche. La blessure est trop grave, il y a sûrement beaucoup de dégâts internes. Mikasa m'a aidé du mieux qu'elle pouvait mais on n'a pas pu faire grand-chose. Quant à Eren… Il n'a pas décroché un mot depuis qu'on a quitté la base. Il n'a pas quitté un seul instant son père, ne serait-ce que des yeux.

Livaï se crispa en entendant les nouvelles. Il revit le regard écarquillé du jeune homme, à la découverte du corps de son père. De l'homme qu'il devait ramener en vie. Et il avait échoué, lamentablement échoué.

- Il n'y a aucun moyen de communiquer avec lui, alors ?

La voix lointaine du commandant arriva à ses tympans et il leva les yeux vers son supérieur, la bile au bord des lèvres.

- Tu penses vraiment que c'est le moment de s'inquiéter de ça ? s'écria-t-il, outré.

- Silence, Livaï. Hanji ?

- Ehm… Je… Peut-être, en effet. Mais… ça risque d'être douloureux. Et délicat.

- C'est-à-dire ?

- L'adrénaline. C'est une sorte de réponse au stress, qui permet de donner l'impression d'un effort physique intense au corps humain. Avec un peu de chances, ça permettrait de faire sortir Jaeger de son état léthargique, et il pourra communiquer. Mais ça risquerait d'aggraver ses blessures, et…

- Autant lui enfoncer une dague dans le bide, pendant qu'on y est ! railla le capitaine, les sourcils plus froncés que jamais.

Erwin l'observa sans rien dire, le visage impassible. Il passa lentement une main sur sa nuque, semblant détendre ses muscles endoloris par les efforts réalisés ces dernières vingt-quatre heures. Puis il se redressa, le front plissé par la réflexion.

- Les informations que connait le docteur Jaeger sont vitales pour la suite de la guerre. Nous devons tout faire pour les récupérer. Comme je l'ai déjà dit, il savait dans quoi il s'engageait. Je parlerai à Eren et Mikasa.

Livaï ferma les yeux de dépit. Le gosse allait péter les plombs. Il serra les mâchoires, ses dents crissant sous la force de ses muscles. Rouvrant ses paupières lourdes, il croisa le regard cireux d'Hanji posé sur lui. Elle semblait presqu'inquiète pour lui.

D'un mouvement rageur, il se leva et sortit, claquant la porte derrière lui. Le froid lui lacéra le visage, s'insinuant dans ses vêtements froissés. Il fit quelques pas sous la pluie glacée, s'arrêtant en entendant la porte s'ouvrir encore. Sans se retourner, il resta immobile, le visage tourné vers le ciel noir d'encre.

- Livaï…

- Qu'est-ce que tu veux, Quatr'yeux ?

Il sentit une pression douce sur son épaule, mais n'avait même plus la force de l'éloigner. L'eau trempait ses habits, les collant à son corps frigorifié.

- Tu vas tomber malade.

- M'en fou. Dégage, la binoclarde.

Il l'entendit soupirer derrière lui. Un bout de tissu atterrit sur sa tête, le protégeant de la pluie. L'attrapant, il vit qu'il s'agissait de sa veste. Il l'enfila sans rien dire, écoutant l'eau qui frappait le sol en rythme soutenu.

- Tu tiens à lui, hein ?

- Putain, mais tu parles de quoi encore ?

- D'Eren. Tu l'aimes bien, n'est-ce pas ?

- T'en as jamais marre de raconter de la merde ?

Il s'était finalement tourné vers elle, les yeux plissés par la colère. La jeune femme le dépassant un peu, il s'était redressé, rageur. Elle semblait lui sourire tendrement, ce qui le mit terriblement mal à l'aise.

- Ce n'est pas grave, tu sais. Tu as autant le droit que n'importe qui d'être heureux. Ça ne fait pas de toi une abomination que d'aimer. Même s'il s'agit d'un homme.

Livaï ouvrit la bouche, prêt à répondre une de ses nombreuses répliques cinglantes. Finalement, il abandonna, trop fatigué pour se battre avec la folle à lier qui lui faisait face. Il grogna un « ta gueule » acerbe avant de rejoindre la ferme, lui donnant un coup d'épaule au passage. Aimer le gosse. Tsk, elle en avait d'autres en réserve, des conneries pareilles ? Il rejoignit son fauteuil, les poings, serrés. Quelle foutue idiotie.

xXx

Le capitaine avait fini par aller dans la chambre du rez-de-chaussée, rejoignant le commandant là où ils avaient placé l'espion blessé. Il resta prostré sur le sol, observant les différents individus entourant le lit. Le commandant était resté aux pieds du lit, les bras le long du corps. Il fixait Eren sans rien dire, tandis que le jeune homme serrait compulsivement la main de son père. Mikasa se trouvait entre eux, les poings serrés, le visage tordu par la rage. Hanji, quant à elle, se tenait un peu à l'écart, le visage peint par la tristesse du moment.

Livaï fit un pas vers le centre de la pièce, croisant le regard choqué du jeune homme. Ce dernier revint rapidement se concentrer sur Erwin qui reprit d'une voix calme et posée :

- Je sais que c'est dur, Eren, mais c'est la seule solution. Tu sais tout comme moi que dehors, la guerre est entrain de tout détruire. Si ton père n'a ne serait-ce qu'un renseignement permettant de l'arrêter, nous devons le recueillir.

Eren semblait perdu. Il paraissait se battre entre deux positions distinctes, les violentes émotions qu'il ressentait se battant sur son visage comme sur un champ de bataille. Après de longues secondes où un duel de regards entre le commandant et Mikasa prenait place, le jeune homme se râcla la gorge.

- Est-ce qu'il souffrira ?

- Je ferais en sorte de lui éviter le plus de douleur possible, s'avança la scientifique.

Les yeux verts se levèrent vers le commandant, croisant le bleu acier de ses yeux. Illuminés d'un éclat déterminé, Eren hocha la tête, donnant son accord. Il serrait toujours la main de son père, revenant rapidement à lui alors qu'Hanji quittait la pièce récupérer son matériel. Erwin le salua et quitta la pièce à son tour, croisant le regard sombre du capitaine au passage.

Hanji revint rapidement, une mallette dans la main droite, suivie de Moblit. Elle la posa sur la commode en bois, l'ouvrant d'un geste habile. Son mari préparait le blessé, découvrant sa poitrine.

Mikasa s'approcha de son ainée, les bras croisés sur son torse.

- Vous savez ce que vous faites ?

- Théoriquement, oui. Je l'ai déjà vu pratiqué et un médecin m'a expliqué la procédure, il y a quelques années.

Les épaules de la jeune fille s'affaissèrent sous le coup de l'émotion. « Théoriquement, sans blague. » Elle se renfrogna et rejoignit sa place aux côtés de son frère. Il n'avait pas bougé depuis son accord, restant concentré sur le visage de son père.

Livaï se surprit à l'observer discrètement. Il remarqua son torse fin se soulevant à chaque respiration, ses muscles qui commençaient à se développer à chaque endroit visible de son corps. Ses cheveux trop longs, ses yeux trop verts. Ses cernes trop noirs. Ses lèvres fines, entrouvertes, laissant échapper un souffle court, fragile. Ses longs doigts enroulés autour de ceux de son père.

Alors, oui, le gosse était beau. Mais, et c'était là tout le problème, c'était un foutu gosse. Et, même s'il avait un penchant pour les hommes, il n'arrivait pas à croire qu'il pouvait ressentir des choses pour un gosse. Ou même ressentir des choses tout court. Oui, c'était aberrant. Et totalement déplacé, surtout au moment présent. Et pourtant, il ne pouvait se sortir de la tête l'image du morveux, serré contre lui dans cette forêt macabre, le corps chaud et tremblant.

Tout ça à cause d'Hanji et de ses foutus discours remplis de pétales et d'arc-en-ciel. Pitoyable. Il glissa une œillade frustrée vers la jeune femme qui approchait du corps inerte alors que le commandant revenait dans la pièce, impassible.

Elle semblait à mille lieues de ses pensées macabres, la main serrée sur une seringue dirigée vers la poitrine de l'espion.

- Vous allez devoir le tenir fermement. Il ne devra pas se débattre, au risque de rouvrir ses blessures. Compris ?

Tous hochèrent la tête, et le capitaine vint apporter son aide, tenant la jambe droite de l'homme inconscient. Il serrait ses doigts sur la peau nue, entre le bas de son pantalon et sa chaussure, installé entre Mikasa qui tenait les hanches de son père et Erwin qui s'occupait de l'autre jambe. Hanji lança le signal et planta l'aiguille au niveau de son cœur, déversant le liquide en appuyant sur l'embout métallique.

Soudain, le corps eut un sursaut d'énergie pure, tentant de se redresser en vain grâce à la pression des cinq résistants sur son corps allongé. Un long cri s'échappa de sa bouche tordue par la douleur, alors que deux yeux d'un même vert que ceux de son fils sortaient de leurs orbites, écarquillés face à la puissance du liquide glissant dans son cœur. Le corps tordu sur le lit finit par retomber, sa poitrine se soulevant rapidement, trop rapidement, face à la respiration déchainée. Hanji se pencha vers lui, tentant de lui parler :

- Monsieur Jaeger, vous m'entendez ?

- Qui… Qui êtes-vous ? Hargh..

- Papa !

La voix rocailleuse de l'espion, asséchée par un manque frappant d'eau dans sa gorge, s'éteignit en entendant celle de son fils. Il tourna la tête pour croiser son regard et une larme perla à ses yeux entrouverts.

- Mon... Eren… Mon fils. Et Mikasa… Vous êtes en vie, merci mon Dieu. Et… Carla ?

- Elle est…, commença Eren, les yeux remplis de larmes.

Livaï vit alors la main libre de sa sœur se poser dans le dos du jeune homme, apposant une pression dans le creux de ses reins alors qu'elle continuait.

- Elle va bien, Grisha. Elle est en sécurité et elle a hâte de nous revoir.

Livaï vit Eren froncer les sourcils face au mensonge de sa sœur, mais il resta muet en apercevant le doux sourire de leur père. Un sourire presque paisible, malgré la douleur intense qu'il devait ressentir. Finalement, le blessé remarqua les autres personnes présentes dans la pièce. Hanji s'approcha de lui et lui fit boire plusieurs gorgées d'eau fraîche avant de reposer le verre sur la table de nuit poussiéreuse. Le commandant Erwin se redressa et se présenta avant de continuer :

- Avez-vous les renseignements dont vous nous parliez ?

Encore un mystère à résoudre. Et, vu la situation, ce secret n'en sera bientôt plus un.

- Ou – oui. Les plans des trois autres bases… Argh… qui fabriquent les chasseurs sont dans le talon de ma chaussure…

- Parfait, c'est un excellent travail. Autre chose ?

- Concernant… - Une quinte de toux le secoua violemment, suivie d'un gémissement de douleur, avant qu'il ne parvienne à reprendre – Concernant la taupe qui serrait dans nos rangs… il semblerait que nous aillons affaire à plusieurs personnes. Mais… Je n'ai pas pu trouver d'autres informations… Tout ce que je sais, c'est qu'ils sont en France. Dans… Dans les ailes de la liberté, et dans les Roses Pourpres.

- C'est déjà bien. Merci monsieur Jaeger, vous avez fait un travail formidable. Vous êtes un véritable…

- Ce n'est pas tout.

La voix était de plus en plus basse, perdant en vigueur à mesure que l'homme s'épuisait. Mais le visage crispé par la concentration, il tentait de donner tout ce qu'il savait, quitte à en mourir. Livaï en resta presque pantelant face au courage dont faisait preuve ce presqu'inconnu.

- J'ai entendu des… Rumeurs. – il toussa violemment, sa poitrine se soulevant en râles douloureux face à l'effort. Eren resserra sa prise sur le poignet de son père. – Elles parlent d'une arme dévastatrice… Il y aurait une sorte de camp, top secret, perdu dans les montagnes en dehors de l'Allemagne.

- Quelle est cette arme ?

- Il semblerait que… - Il reprit une profonde respiration, avalant difficilement sa salive. – ce soit une sorte de maladie. Une arme bactériologique, qu'ils appellent Dämmerung V, ou Crépuscule V, en français. La solution finale…

A mesure que les mots claquaient dans l'espace confiné, les visages des cinq résistants pâlissaient à vue d'œil. Tous réalisaient l'horreur funeste qui arriverait, si cette arme voyait vraiment le jour. Une quinte de toux, plus violente que les précédentes, les fit finalement réagir. Ils sortirent tous de leur torpeur, Eren se jetant presque sur son père qui serrait compulsivement sa poitrine d'une main aux phalanges blanchies par l'effort.

Le visage cireux, les yeux vides, l'homme crachota du sang avant de réussir enfin à reprendre sa respiration. Il fut remercié par Erwin qui finit s'écarter du lit, le front plissé par les annonces.

- Merci pour ces renseignements, Monsieur Jaeger. Votre rôle dans cette guerre aura été décisif, sachez-le… Je vais vous laisser, maintenant, si vous voulez bien m'excuser.

L'homme hocha la tête et le commandant quitta la pièce, suivi d'Hanji et de Livaï. Le capitaine adressa un dernier regard au fils de l'espion, agenouillé devant le lit, les larmes inondant son visage alors qu'il caressait la main de son père.

xXx

Eren sentait son cœur battre à tout rompre alors qu'il restait au chevet de son père, qui allait bientôt rendre son dernier souffle. C'était terminé, ils le savaient très bien tous les trois. Mikasa avait glissé de l'autre côté du lit, tenant son autre main.

- Eren…, murmura son père d'une voix rauque. Eren, je suis si fier de toi. Et de toi aussi, Mikasa. Je vous aime de tout mon cœur, et – il s'arrêta en sentant une nouvelle fois son corps tressauter alors qu'il toussait à nouveau, crachant un filet de sang au passage qui éclaboussa les draps. – je suis terriblement fier d'être votre père. Protégez-vous, et protégez votre mère. Kopf…Arrgh. Je sais que je peux compter sur vous. Et que je peux partir sans crainte, parce que vous êtes encore là… Je vous aime, mes chers enfants.

Une larme s'échappa de ses yeux entrouverts alors qu'il serrait difficilement les doigts des deux jeunes qui l'entouraient.

- Tout va bien se passer, papa. On va te soigner, tu verras, et tout ira bien ! Mikasa, c'est vrai, hein ?

- Oui. Et on rejoindra tous maman. On partira à la mer, loin d'ici.

- Tous les quatre. Ensemble. Et tu ouvriras un petit cabinet, au bord de l'océan, pour soigner les malades. Ce sera magique, tu verras !

- Je suis sûre que maman sera ravie. Elle qui a toujours aimé la plage et l'océan, elle ne pourra pas dire non…

Continuant à parler de la mer, de leur avenir et d'un monde paisible, ils observèrent leur père prendre une dernière inspiration, un dernier râle s'échappant de ses lèvres entrouvertes, et la poitrine s'immobilisa dans un silence funeste. Eren serra de toutes ses forces la main sans force de son père, mort devant ses yeux.

Il ne se rendait pas compte des larmes qui dévalaient sur son visage sale. Il ne sentait pas sa sœur le serrer dans ses bras. Il ne voyait rien, en dehors du sourire quiet de son père, les yeux clos, enfin en paix. Doucement, sa sœur l'aida à lâcher la main de la dépouille de leur père, l'installant sur une chaise laissée dans un coin de la pièce. Elle attrapa un linge propre, le trempa dans l'eau tiède d'une bassine laissée dans la chambre et nettoya le visage inerte de son frère, tendrement.

Il ne bougeait pas, semblant ne pas se rendre compte de ce qui se passait. Puis, subitement, il attrapa la bassine et vomit de tout son saoul, une main serrée sur son ventre tordu par la souffrance. Il gémit en vomissant ses tripes, rejetant la peine, la douleur et l'horreur dans cette bassine souillée. Le ventre vide, il se laissa tomber contre le dossier fragile de la chaise, sa sœur desserrant la poigne tenant ses cheveux. Elle lui nettoya la bouche, lui tendant un verre pour qu'il se rince. Il cracha l'eau salie avant de boire la fin du verre et de le laisser tomber sur le sol où il se brisa en plusieurs morceaux.

Et, soudain, il attrapa sa sœur et la serra contre lui, laissant éclater sa détresse, pleurant contre le cou découvert de la jeune fille. Il la serrait trop fort, lui arrachant un gémissement de douleur alors que la blessure entre ses omoplates s'ouvrait pour laisser couler du sang. Mais elle s'en moquait, puisqu'elle glissa ses mains dans son dos et lui rendit son étreinte, se laissant aller à son tour, pleurant avec lui.

Ils restèrent prostrés longtemps, dans les bras l'un de l'autre, la douleur s'échappant de toutes leurs pores alors qu'ils se laissaient sombrer dans un océan de désespoir et de malheur.

- Promets-moi de faire attention Eren. Je ne serais pas capable de subir une autre perte… Je ne pourrais pas…

- Rassure-toi. Il n'est pas question que je meure maintenant. Je ne sais encore rien du monde où nous vivons…

Les bras de sa sœur se resserrèrent compulsivement autour du corps tremblant en entendant la voix caverneuse d'Eren. Il lui transmit tout son amour, toute sa force dans l'étreinte fraternelle, lui faisant une promesse silencieuse qu'elle lui rendit d'une caresse dans ses cheveux décoiffés.

Ils ne remarquèrent pas Hanji entrer, ni le capitaine qui la suivait. Ces derniers restaient sur le palier, observant les deux corps enlacés, leurs visages tordus par la douleur de leur perte. Hanji glissa un œil vers le corps du défunt avant de revenir vers eux. Elle finit par quitter la pièce, attrapant le bras de son collègue pour le tirer vers le salon, leur laissant un moment d'intimité.

xXx

Doucement, Eren s'écarta de sa sœur et se leva. Il s'approcha à nouveau du corps de son père, le recouvrant intégralement d'un drap blanc. Il quitta ensuite la pièce pour rejoindre l'extérieur et la nuit noire. Il se laissa tomber à même le sol, dans l'herbe trempée, inconscient de la pluie qui tombait encore.

Il était épuisé. Epuisé par les derniers évènements, par la mort de son père, par l'avenir beaucoup trop sombre qui les attendaient tous. Il avait la sensation qu'un poids écrasant s'abattait sur ses épaules à chaque respiration, le faisant sombrer dans les ténèbres.

Il sursauta en remarquant le capitaine debout à côté de lui, les mains dans les poches, l'observant en silence. Ce dernier pinçait les lèvres, le dévisageant patiemment, le visage pâle.

- Je suis désolé, pour ton père.

Le jeune homme ne dit rien, se contentant de se lever pour faire face au gradé.

- On est arrivés trop tard. Des soldats nous attendaient quand on a passé le mur, et on a dû les éliminer pour pouvoir récupérer ton père. Il était déjà blessé quand on l'a rejoint. Je comprendrais que tu m'en veuilles, Eren.

Un frisson le traversa en entendant le capitaine prononcer son nom, les lettres roulant sur sa langue d'habitude si acerbe. Il croisa son regard clair, un sentiment indescriptible vrillant ses entrailles. Préférant l'ignorer, il se détourna, fixant l'horizon pour tenter de discerner le paysage malgré la nuit noire.

- Ce n'est pas de votre faute. Ce n'est pas vous qui l'avez tué, alors ce n'est pas de votre faute.

- Eren… Tu dois parler. Dire ce que tu ressens. Je sais que… C'est ridicule que ce soit moi qui te dise ça, mais je le pense. Ne te referme pas, ou ça te détruira.

- Et dire quoi ? J'ai perdu mon père, je suis un putain d'orphelin ! Et comble de l'horreur, on va sûrement bientôt tous crever dans d'atroces souffrances parce que des psychopathes sont en train de créer un sérum qui va tous nous détruire !

Il avait crié, déversant sa rage et sa peine sur l'homme qui lui faisait face. Et qui restait impassible, à l'exception de ses éternels sourcils froncés.

- On fera tout pour les en empêcher. On se battra.

- Et on verra tout le monde mourir. Nos amis, notre famille. Ou alors, on sera les prochains sur la liste, et au moins, on arrêtera de souffrir.

- La vie est une foutue salope. Mais ce n'est pas une raison pour laisser tomber. Je sais que tu souffres, que tu as sûrement envie de jeter l'éponge, mais tu es encore là…

- Je n'ai pas l'intention de jeter l'éponge, merde ! Au contraire, je veux qu'ils crèvent tous ! Je veux leur faire payer toutes nos souffrances, tous nos morts, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien ! Il est hors de question que je reste les bras croisés, alors que mes amis tombent un à un. Alors que ma sœur risque sa vie, alors que VOUS risquez votre vie !

Il avait craqué, les larmes coulant librement sur son visage alors que le capitaine restait inerte, les yeux écarquillés. Et soudain, il sentit une douce pression sur l'arrière de sa tête, attirant son corps vers celui, ferme, du capitaine. Deux bras se refermèrent autour de lui et il se crispa avant de se détendre, lentement, pleurant contre l'épaule déjà trempée de Livaï. Le serrant de toutes ses forces, tentant d'absorber la chaleur envoûtante du corps de son supérieur.

L'homme resserra à son tour sa prise, passant une main réconfortante dans son dos. Le jeune homme finit par s'écarter doucement, baissant les yeux vers ceux, à demi-fermés, du capitaine. La tête relevée vers lui, l'aîné l'observait, muet, scrutant son visage en cherchant la moindre faille.

Eren se mordit la lèvre, sentant son cœur battre contre son torse. Ils étaient proches. Très proches. Et, étrangement, il se sentait bien. Bien mieux que quelques minutes plus tôt. La pluie fraîche les entourait, les coupant du monde. Et ces yeux, trop gris, trop perçants, qui le détaillaient sans détour comme s'ils lisaient en lui le rassérénaient.

Alors il se pencha, les joues rouges, et, sans prendre le temps de réfléchir, posa ses lèvres sur celles, entrouvertes, de l'homme qui lui faisait face. Ce contact ressembla plus à une attaque, les dents juvéniles rencontrant la chair rougie des lèvres du capitaine. Il s'écarta à peine une seconde plus tard, se rendant compte de ce qu'il venait de faire. Il se redressa, les yeux écarquillés, les joues écarlates, prêt à prendre la fuite. Se détournant, il fut retenu par le poignet, avant de se faire tirer en arrière.

Il se retrouva immobile, les lèvres fermées rencontrant celles de Livaï, douces et fermes sur sa chair brûlante. La caresse satinée de ses lèvres s'insinua dans ses veines, telle la lave en fusion. Eren s'accrocha à sa nuque, entrouvrant les lèvres pour laisser passer la langue inquisitrice du soldat contre lui, effleurant la sienne. La danse lascive des deux langues fit gémir le plus jeune et il mordit la lèvre inférieure du capitaine, qui grogna de douleur. Le sang éclata dans leurs bouches, métallique et âcre.

Leurs bassins entrèrent en contact, faisant sursauter Eren qui écarquilla les yeux en sentant les hanches de son capitaine frôler les siennes. Il s'écarta, les joues écarlates, croisant le regard mi-clos de Livaï. Il frissonna en distinguant l'éclat inconnu dans ses yeux, reculant en serrant son haut trempé par la pluie.

- Euh… Je…

Il grogna dans sa barbe avant de s'enfuir vers l'intérieur, sous le regard sombre du capitaine, immobile.

xXx

Il avait à peine dormi, se tournant et retournant sur le matelas de fortune installé dans la grange. Sa sœur pelotonnée à ses côtés, il avait passé la majorité de la nuit – ou de ce qu'il en restait – à repenser au baiser avec le capitaine. Son cœur se serrait en se souvenant de la douceur de ses lèvres, de la chaleur de son souffle contre le sien. De son regard brûlant alors que le jeune homme s'écartait.

Il savait que ce n'était pas normal. Embrasser un homme, et aimer ça… Il se souvenait encore de quelques camarades, se moquant des homosexuels. Et le prêtre de Vandeléville qui disait que ces relations étaient malsaines, interdites. Oui, ce n'était pas normal. Et il devait à tout prix oublier ce qui venait de se passer. Le mettre sur le coup des émotions, de la perte de son père.

C'était le mieux à faire.

Se tournant à nouveau sur sa couche, il fut ébloui par le rayon du soleil passant à travers la planche servant de porte. Il plaça un bras sur son visage fatigué, tentant de se protéger de la lumière trop forte. Sans succès, et il finit par se lever, abandonnant l'espoir de trouver le sommeil.

Il passa la porte, la refermant pour laisser sa sœur dormir et se dirigea vers la ferme, trainant des pieds sur le sol boueux. La pluie s'était arrêtée, laissant place à un ciel maussade et grisâtre. Au loin, il remarqua du mouvement derrière une sorte de bosquet épais. Il s'approcha en silence pour se retrouver face à Moblit, Hanji et le commandant, creusant la terre à l'aide de pelles rouillées. La jeune femme le remarqua en premier, s'approchant de lui pour le serrer dans ses bras. Elle le berça tendrement contre sa poitrine avant de l'écarter, lui adressant un tendre sourire.

- Tu as pu dormir ?

Il haussa les épaules, ne faisant pas confiance à sa voix. Elle le guida vers la cuisine, déposant une assiette contenant des œufs brouillés et de la bouillie informe, lui ordonnant de manger alors qu'elle s'installait face à lui.

- On va enterrer les corps, avant de partir.

Il hocha la tête, grignotant à peine le plat, son estomac serré. Sous le regard protecteur d'Hanji, il se força à avaler un peu plus de la substance jaunâtre, déglutissant en sentant la bouchée visqueuse passer dans sa gorge abîmée.

- Livaï est avec les blessés. Tu veux…

- Quoi ? Non, ne le dérangez pas.

Elle haussa un sourcil perplexe avant de sourire malicieusement et de se concentrer sur les bouchées qui entraient dans la bouche du jeune homme. Il savait que ses joues étaient rouges, mais il remercia silencieusement la jeune femme de ne pas en parler. Elle finit par se lever quand elle vit l'assiette à moitié vide, et Eren en profita pour poser sa fourchette, ne pouvant plus rien avaler. Il se leva à son tour, prêt à débarrasser quand sa sœur entra à son tour, récupérant l'assiette de son frère pour manger à son tour, toujours debout.

Il se dirigea vers l'endroit où se trouvaient les futures tombes, remarquant la charrette portant les trois corps. Dont celui de son père. Erwin s'approcha, cherchant son regard. Il les leva les yeux vers lui, attendant.

- On va les mettre en terre. J'ai vu que Mikasa était réveillée. Ça va aller ?

Eren répondit par l'affirmative, rejoignant Moblit qui finissait de creuser la dernière tombe. Il creusait une dernière fois lorsque qu'Hanji sortit, accompagnée des blessés, de Mikasa et Livaï. Le jeune homme eu un mouvement de recul en voyant le capitaine approcher. Ils soutenaient chacun un homme invalide, Mikasa aidant Jean comme elle le pouvait, le bras tendu sur ses épaules. Elle le guida vers son frère qui le salua d'un signe de tête, l'aidant à s'asseoir sur une butte de terre.

Erwin et Moblit déposèrent les corps un à un dans les trous prévus, le trou le plus éloignant accueillant le corps de leur père. Eren se plaça devant en silence, recouvrant le corps de terre avec l'aide de sa sœur. Rapidement, des amas de terre meuble recouvrirent les tombes et Hanji plaça des croix plus ou moins droites devant chacune d'entre elles. Le jeune homme n'écoutait que d'une oreille les mots d'adieu du commandant, fixant inlassablement la tombe de Grisha Jaeger. Il sentit plus qu'il ne vit les soldats quitter ensuite la zone, le laissant seul avec sa sœur devant les tombes.

Finalement, il se râcla la gorge, s'agenouillant devant la sépulture en frôlant la terre d'une main tremblante.

- Je t'aime papa. Repose en paix… Et dit bonjour à maman, là où vous êtes. Je vous rejoindrais un jour, mais pas tout de suite. Je… Il me reste encore des choses à faire, avant de partir.

Il sentit la poigne de sa sœur sur son épaule, tremblotant discrètement. Attrapant sa main, il la serra doucement, tournant la tête vers elle pour lui adresser un petit sourire fatigué. Elle le serra dans ses bras, lui transmettant tout son amour, toute sa tristesse.

- Je prendrais soin de lui, murmura Mikasa en fixant la croix improvisée, la main sur le cœur. C'est promis.

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Et voilà... La mort de Grisha, un début de réponse sur le titre, et une réelle avancée entre Eren et Livaï.

J'espère que ce chapitre vous a plu, à la prochaine !