Titre : Les flamants roses

Chapitre 14 : Morioh

Paring : Jotakak

Rating : K

Disclaimer : Les personnages et l'univers de Jojo's bizarre adventure appartiennent au génie Hirohiko Araki, et non pas à mon humble personne

Rétablissons la vérité : La femme de Jotaro

Pourquoi la femme de Jotaro est-elle si peu représentée dans les œuvres des fans de jojo (fanart, fanfiction, etc.). Pourquoi Jotaro est-il plus souvent associé dans les ship avec d'autres protagonistes, que son épouse officielle ? Pourtant certains fans continuent à défendre bec et ongle que Jojo a divorcé pour « la protéger » et donc qu'il a fait cet acte par amour pour sa femme.

Pour moi, à l'inverse, il y énormément de choses dans l'écriture qui accentuent le fait que Jotaro n'était pas amoureux d'elle. Primo elle apparait très peu dans l'histoire. Elle est présentée comme un personnage « tertiaire », n'a même pas de prénom connu. Là où Jotaro est l'un des Jojo les plus représentés dans l'œuvre d'Araki. Si elle avait réellement de l'importance aux yeux de Jojo, il serait logique qu'elle ait de l'importance dans l'histoire. Or il semblerait que l'unique objectif derrière la création de ce personnage soit de justifier l'existence de Jolyne.

Mais au-delà de ça, lorsqu'elle apparait, Jotaro est déjà divorcé d'elle, avant même qu'on sache qu'il ait été marié. Difficile d'imaginer une relation amoureuse, quand on ne la découvre qu'après qu'elle ait pris fin... Si tant est, que l'on puisse appeler cela relation amoureuse, vu la vie de couple que Jotaro semble avoir mené à sa femme.

Enfin, comme le suggérait Araki lors d'une interview, Jotaro n'a pas d'intérêt pour la gente féminine. Et c'est de cette même indifférence qu'il témoigne, aussi bien à l'égard de ses camarades lycéennes que de sa propre épouse.

En comparaison dans l'œuvre de JJBA, Jotaro est intimement lié à Kakyoin. Son personnage joue un rôle clé dans Stardust Crusaders. Et sa disparition lui a laissé un véritable PTSD.

Que dire de plus... ?

Ce chapitre va vous briser le cœur ?


Cette nuit-là encore, Jotaro se réveilla avec des terreurs nocturnes. Elles avaient commencé le jour où il avait reçu ce SMS anxiogène, le jour où sa vie avait totalement basculé.

« Jotaro. Viens vite. Ton grand-père vient d'avoir un AVC »

Tels avaient été les mots de sa grand-mère Suzie Q. Et depuis ce jour, il rêvait régulièrement que son grand-père mourrait, que sa mère mourrait et que lui-même mourrait dans des circonstances toujours plus atroces... En somme son angoisse se concentrait autour de la disparition des Joestar. Pourtant, Joseph avait survécu à cet accident, et s'en était même très bien sorti. Vu sa longévité, on pourrait même pronostiquer qu'il allait tous les enterrer. Mais cela, le Jotaro d'il y a quelques années n'aurait pu le deviner. Les graines morbides de la paranoïa avaient déjà germé en lui.

A qui la faute ? Difficile de ne désigner qu'un coupable. Si on cumule les traumatismes de son périple en Egypte, l'angoisse d'avoir failli perdre sa mère, puis son grand père à plusieurs reprises, la pression familiale sur ses choix de vie sur fond de destinée ancestrale... Il n'était pas surprenant que Jotaro ait sombré dans une profonde et sombre dépression.

Désormais âgé de 28 ans, il n'était plus le même homme. Fini l'impulsivité, l'insolence, la brutalité, il était désormais un émérite professeur en biologie marine qui ne vivait que pour son travail et pour la succession de la lignée Joestar.

D'ailleurs, il se trouvait actuellement à Morioh à la recherche d'un jeune homme qui serait le fils caché de son grand-père. Une histoire, qui, lorsqu'elle fut déterrée, lui avait fait lâcher plus d'un « Yare Yare Daze ». Faire un enfant à 65 ans... Son grand-père avait vraiment vécu une vie... bizarre, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais pour être honnête si Jotaro s'était donné tout ce mal pour aller chercher le jeune homme au Japon, ce n'était clairement pas pour une banale histoire d'héritage, il avait déjà largement bâti sa propre fortune.

Ce qui l'interpelait c'était l'existence de ce dénommé Josuke. Etait-il bien réel, et vivant ? Serait-il à la hauteur d'endosser le rôle du prochain Jojo, qui accomplirait les mêmes prouesses que ses prédécesseurs ? Le rencontrer ferait-il disparaître l'épée de Damoclès qui plane depuis toutes ses années sur sa tête. Probablement pas, car le mal avait déjà été fait. La jeunesse de Jotaro lui avait déjà été dérobée.

En effet, être un Jojo, relevait tout autant de la grâce que du fardeau, si on pense aux sacrifices que cela implique. Quand on est au sommet, on est toujours seul. Pourtant l'existence de ce Josuke pourrait tout remettre en cause. Mais, bien que Jotaro n'était pas certain d'être prêt à le rencontrer, il avait tout de même ce besoin, cette curiosité malsaine et irrépressible de savoir si cet adolescent était l'un des siens. Auquel cas, toutes ces années, il aurait pu partager ses responsabilités de Joestar avec ce jeune oncle et sa vie aurait été autrement plus clémente...

Jotaro dont le caractère froid et introverti n'avait pas changé, s'était levé tôt ce matin, pour interroger les habitants de la bourgade de Morioh. Il s'adressait aux passants avec le plus grand calme et la plus grande placidité, au point qu'on aurait pu croire qu'il se moquait complètement de retrouver l'individu sur la photo qu'il leur montrait. Pourtant intérieurement, il bouillonnait d'impatience.

Quant aux autochtones, personne n'avait pu identifier le garçon. Néanmoins le beau brun, s'était bien vite retrouvé entouré d'une horde de locales, prêtes à lui rendre service de bien d'autres manières. Son charisme naturel et son physique particulièrement avantageux demeuraient les vestiges intacts de qui il était autrefois...

Après une journée longue et pénible soldée par un échec, il décida alors d'aller se changer les idées en se promenant dans un parc avant de rentrer à son hôtel. Il s'installa sur un banc, en observant vaguement autour de lui les gens. Alors comme seul au monde, ses pensées divaguèrent.

L'arrosage automatique du jardin hydratait la pelouse de son chant sourd. Le soleil couchant se reflétant dessus de tous ses rayons, et voilà que Jotaro se retrouvait face à une mer d'émeraude. Il n'avait fallu que quelques secondes à son esprit rouvrir de lui-même les plaies de son existence. Où qu'il aille, quoi qu'il fasse, tout, absolument tout, tout lui rappelait l'homme qui avait partagé sa vie. Telle était l'ampleur de la blessure de Jotaro Kujo.

Lui-même ne comprenait pas comment le temps ne pouvait avoir l'indulgence de laver son chagrin. Mais il avait beau en vouloir à la terre entière et même à la terre en personne, c'était à lui-même qu'il s'en voulait le plus. Lui qui était naguère l'homme le plus fort de l'univers, se haïssait, se confondait de regrets.

Du jour où il avait reçu ce message maudit, qui présageait de la disparition de son grand-père Joseph Joestar, tous ses choix n'avaient plus étaient dictés que par la dévotion au sang de sa lignée. Son respect, son sens du sacrifice et son courage pour sa famille l'avait fait finalement se soumettre à un destin qu'il n'avait pas souhaité.

En effet, à l'époque, lui qui avait toujours tout fait pour taire les inquiétudes de l'homme de sa vie, avait fini par lui donner raison. Il l'a abandonné. Il l'a abandonné de la manière la plus cruelle qui soit, c'est-à-dire sans rien lui dire, sans lui donner la moindre explication. Au point que Kakyoin complètement désemparé avait tout fait pour comprendre pourquoi il avait coupé les ponts du jour au lendemain, juste après l'avoir demandé en mariage.

Le jeune artiste avait laissé des centaines de messages et d'appels manqués sur son téléphone. Il avait contacté ses grands-parents, qui avaient fait la sourde oreille, jusqu'à gentiment lui demander d'arrêter de les appeler et de régler directement ses problèmes avec le principal intéressé.

Jotaro n'était pas même revenu récupérer ses affaires dans leur appartement, ni même lui dire au revoir. Mais pourtant Kakyoin savait pertinemment qu'il était bien vivant et qu'il vivait sa vie exactement comme avant. Car à chaque fois que le biologiste l'avait surpris en train de l'espionner à son labo, il fermait les stores pour qu'il cesse de l'observer, sans lui adresser le moindre regard.

Pourquoi une rupture aussi abrupte ? Tout simplement car Jotaro savait très bien que s'il voyait Kakyoin, sa détermination fléchirait. Il ne pourrait aller au bout de son devoir de Jojo... Il ne pourrait pas perpétuer la descendance Joestar.

Cela avait duré des mois, jusqu'au jour où Kakyoin avait fini par se résigner et accepter que c'était terminé, malgré son incompréhension totale et sa peine infinie. Ce jour-là l'océanographe avait retrouvé la bague qu'il avait offerte à son amoureux posée sur son bureau. Sans un mot, mais le message était clair.

C'est à ce moment que Jotaro, dans un élan de désespoir, avait tenté de faire marche arrière. Mais en se rendant à son ancienne résidence, il était tombé sur le tableau aux flamants roses, parmi les ordures destinées aux encombrants. Ce geste indiquait que l'artiste avait réellement tourné la page. C'était déjà trop tard, le mal était fait. Et peu de temps après, son grand père lui avait annoncé que son ancien appartement avait été vendu.

Revivre ce souvenir fendit un peu plus le cœur brisé du biologiste. Mais au fond, il n'avait pas agi de la sorte uniquement pour les Joestar. Maintenant, avec le recul, il savait quels facteurs avaient réellement déterminés son choix. Car il ne voulait pas quitter Kakyoin, il ne l'avait jamais souhaité un seul instant. Et pourtant il l'avait bien fait, et cela c'était pour préserver Kakyoin lui-même, aussi absurde que cela puisse paraître. Un mariage, des enfants, une famille unie, toutes ces choses qu'il rêvait de lui offrir, il savait que cela relevait de l'impossible. La seule chose qu'il pouvait lui promettre c'était un futur incertain, un mariage hypothétique, une famille divisée et une mère porteuse pour sauvegarder la tâche étoilée. Jotaro n'aurait jamais eu l'égoïsme de lui imposer une vie aussi tourmentée. C'est pourquoi il avait jugé plus sage de l'abandonner.

Une décision insensée dont Jotaro en payait encore les conséquences aujourd'hui. Il se sentait tellement coupable, et ce sur tous les points. Coupable d'avoir quitté celui qu'il aimait par-dessus tout. Coupable pour cette femme qui avait eu la malchance de tomber sur un homme qui ne l'aimerait jamais. Coupable pour cette enfant non désirée, pour qui il ne pourrait jamais être un bon père.

Jotaro sortit alors une cigarette de son paquet et l'alluma péniblement. Au bout d'un an de relation avec Kakyoin, il avait pourtant réussi à totalement arrêter de fumer et s'y était tenu. Mais suite à leur rupture il était, hélas, retombé dans cette addiction.

Alors qu'il rangea son briquet en inspirant sa première bouffée, ses doigts heurtèrent une pièce en métal dans sa poche. Il la sortit et la regarda avec mélancolie. C'était la bague de Kakyoin. Il la gardait précieusement toujours sur lui, partout où il allait... Car il pensait que si jamais il mourrait un jour par accident, sa dépouille reposerait éternellement avec ce bijou qui symbolisait ses vrais sentiments...

- Monsieur ?, s'exclama une voix agacée à sa gauche, pourriez-vous éteindre votre cigarette, l'odeur m'indispose.

Jotaro rangea la bague et se tourna vers le jeune homme qu'il n'avait même pas vu s'asseoir sur le même banc que lui. Ce dernier arborait une mine renfrognée qui laissa Jotaro de marbre et il continua à fumer comme si de rien était

- Allez ailleurs dans ce cas, lui renvoya-t-il.

- Ce banc est celui où je dessine habituellement. Je n'ai pas envie d'aller ailleurs !

- Je n'ai pas envie d'arrêter de fumer non plus...

Le dessinateur consterné se mit à enrager sur place. Le tempérament de cet homme viril vêtu de blanc, son obstination, sa suffisance était non sans lui rappeler une personne dont il réprouvait particulièrement le comportement. Voyant que son interlocuteur était à deux doigts de piquer une crise, Jotaro se justifia vaguement avec le flegme qui lui est propre :

- J'avais arrêté de fumer fut un temps. Mais la nicotine m'a finalement aidé à supporter la perte d'une personne chère.

Tout à coup, le dessinateur, passa de la haine à l'émerveillement. L'authenticité de l'expression faciale de cet illustre inconnu frappa son sens de l'esthétique. En tant qu'artiste reconnu, Rohan Kishibe, car tel était son nom, ne pouvait rater une telle opportunité.

- Oh ! Cette expression de mélancolie est incroyable, ne bougez pas, je vais m'inspirer de votre visage !, déclara assertivement le mangaka.

- Peu importe, tant que je peux fumer tranquille.

Cet homme d'origine étrangère, en plus de posséder des expressions très profondes, avait des traits pour le moins séduisants, se surprit à penser à penser Rohan. Il déglutit d'émotion en esquissant l'angle tranchant de sa mâchoire, puis l'ombre de sa pomme d'Adam. Quel bel homme... ! Il était presque aussi parfait que...

Soudain Jotaro haussa les sourcils de surprise. La page retournée du carnet de dessins contenait un autre portrait. Aussitôt il écrasa sa cigarette et vola le bloc-notes directement dans les mains de l'artiste. En même temps, il sortit de sa poche la photo de Josuke qu'il possédait pour la comparer au croquis.

Alors que Rohan pestait d'avoir été interrompu dans son élan de créativité, il se décomposa instantanément lorsqu'il reconnut le visage sur la photo. Un véritable drame. Son secret avait été percé à jour. Quelqu'un venait de découvrir qu'il avait dessiné ce stupide lycéen.

- Dites-moi, est-ce que cette personne sur votre cahier est un certain Higashikata Josuke ?

- Non ! Je ne connais pas de Higashikata ! De quoi parlez-vous monsieur ?!... bafouilla Rohan en rougissant. Sur ce, je dois vous laisser je...

Alors qu'il tenta de fuir, le poignet de Rohan fut agrippé par la poigne ferme du géant d'1m95. Immédiatement, le fuyard fit appel à son stand « Heaven's door », pour tenter de se défendre et d'effacer la mémoire de Jotaro au sujet de son croquis gênant. Cependant il fut immédiatement neutralisé par la rapidité de Star Platinum qui lui serra le cou.

- N'y pense même pas, Monsieur le portraitiste.

Quelques minutes plus tard, après lui avoir extorqué toutes les informations nécessaires pour retrouver le jeune homme, Jotaro lâcha enfin la gorge meurtrie de Rohan qui retomba telle une loque sur le banc.

- Merci pour ces renseignements. J'irai demain à sa rencontre, dit calmement le brun qui n'avait nullement intention de le blesser.

- Ne vous avisez pas de lui dire que c'est moi, qui vous ai... !

- Ça restera entre nous. Mais d'ailleurs, quelle est votre relation avec Josuke Higashikata ?

Rohan s'étrangla avec sa salive de malaise et Jotaro s'aperçut de sa maladresse.

- C'était peut-être une question trop personnelle...

- Je n'ai pas de relation avec cet abruti ! Aucune ! Rien du tout ! Je le connais juste de vue !

Jotaro fit mine d'ignorer sa réaction totalement disproportionnée, pour quelqu'un qui soit disant ne le connaissait pas. Alors, le mangaka humilié tenta de se remettre d'égal à égal avec son interlocuteur.

- Et vous alors ? Vous vous permettez de poser la question, mais qui êtes-vous pour Jo!uke ... ?

- Probablement un parent. Assez proche.

Rohan le regarda sceptiquement.

- Ah. Et c'est pour qui cette bague ?

Cette fois ce fut au tour de Jotaro de déglutir de malaise, une petite victoire pour Rohan Kishibe qui sentit qu'il avait touché une corde sensible.

- Elle n'est pas pour Josuke, si ça peut vous rassurer.

Agacé par cette réponse ironique, le mangaka insista lourdement.

- C'est pour votre femme ?

- Navré mais cela ne vous regarde pas.

- Ça me regarde au même titre que les informations personnelles de Josuke vous regardent !

- Yare yare daze. Si vous voulez tout savoir... Je suis au bord du divorce. Donc non ce n'est pas pour mon épouse.

Rohan leva le menton d'un air hautain et en remis une louche pour le pousser dans ses retranchements. Vu comment il avait été ridiculiser, il méritait bien de dégoter quelques informations croustillantes sur son crush inavoué.

- C'est pour la mère de Josuke ?

- Non... C'est juste... Un souvenir. Elle n'est pour personne...

Déçu que le brun n'en dise pas plus, le mangaka lui tendit tout de même d'une main un petit bout de papier en n'osant pas le regarder dans les yeux.

- Hmpf ! Voici ma carte. Si des fois le cœur vous en dit de venir vous faire tirer le portrait gratuitement. Mais par contre, ne dites surtout pas Josuke que c'est moi qui vous ait tout raconté, nous sommes bien d'accord ?!

Et c'est ainsi que Jotaro fit la connaissance du fameux mangaka de Morioh, Rohan Kishibe.