Hermione était déconcentrée en ce moment. Pas que sa nouvelle amitié soudaine avec Parvati l'ait éloigné de ses objectifs scolaires, non, c'était juste que Fred ne répondait plus depuis trois semaines. Elle lui avait renvoyé plusieurs lettres mais n'avait obtenu aucune réponse. Pire encore, Molly leur mentait. Elle leur assurait que tout allait bien, mais Hermione était persuadée que ce n'était pas du tout le cas : si Fred allait actuellement bien, il aurait répondu. George non plus ne répondait pas à la lettre qu'elle avait envoyé. La jeune fille passait donc ses journées à attendre un signe de vie, à guetter une lettre et à se morfondre. Si Ron était trop accaparé par Lavande, Harry et Parvati la soutenaient. Son meilleur ami tentait de la rassurer en lui assurant qu'il préparait sûrement une intrusion à Poudlard pour la surprendre… mais ce silence radio devenait réellement inquiétant.

Un soir, Katy lui avait demandé des nouvelles des jumeaux et elle avait paniqué, ne pouvant pas lui cacher la vérité. Une vérité qui n'en était pas vraiment une : il n'y avait rien à dire. La Gryffondor avait défait son sourire et pris sa cadette dans les bras pour la réconforter.

Je ne sais pas pourquoi il ne te répond pas, avait formulé Katy à voix basse alors qu'elles étaient toutes les deux seules dans la salle commune des Gryffondor. Mais il doit avoir une bonne raison, ou alors, il s'est passé quelque chose. J'espère que tu auras des nouvelles bientôt !

Bientôt.

Ce mot commençait sérieusement à frustrer Hermione qui ruminait sa peine et sa colère. Pourquoi Fred la snobait ? S'il lui était arrivé quelque chose ce qui ne l'étonnerait pas si c'était le cas, pourquoi ne pas en parler ? Elle se faisait un sang d'encre et personne ne pouvait lui apporter des réponses. Elle était à deux doigts d'aller voir Trelawney pour qu'elle lui fasse une de ses visions idiotes, juste pour la rassurer. Assise sur un fauteuil de la salle commune, elle vit Ron débarquer, Lavande à ses côtés. Ils avaient tous vu l'histoire d'amour d'un bon œil au début, mais Lavande commençait à devenir obsessionnelle. Cela en était effrayant, même son amie Parvati essayait de la raisonner. Quelques fois, Ron aussi semblait se rendre compte de la situation. La dispute éclata bien vite. Il n'avait fallu qu'à Ron de demander à Lavande de le laisser seul avec Hermione pour qu'elle s'énerve.

Pourquoi je ne pourrai pas rester ?

Pourquoi je ne pourrais pas parler à ma meilleure amie seul ?

Mais vous n'avez pas besoin d'être seuls !

Pour parler si ! Ta présence serait plus embarrassante qu'autre chose.

Embarrassante ? Je suis embarrassante ? hurla Lavande les larmes aux yeux.

Mon cœur attend !

Lavande était déjà partie en pleure. Hermione s'attendait à ce que Ron lui coure après mais il n'en fit rien. Elle le sentit lassé, lessivé. Le rouquin s'installa à ses côtés en soupirant. La Miss Je-Sais-Tous s'excusa, culpabilisant car c'était clairement de sa faute. Elle avait été le déclencheur de cette dispute. Ron lui assura que non mais Hermione insista en lui disant qu'elle parlerait à Lavande pour la calmer. Il la remercia. Peut-être à contrecœur… il semblait très fatigué en ce moment, Hermione se questionnait, se disant que c'était peut-être dû à son couple, mais elle ne l'espérait pas. Ils paraissaient pourtant heureux Lavande et lui. Il y avait juste les débordements du premier amour et de l'adolescence entremêlés : l'excessivité. En y repensant, Hermione reconnut que de ce côté-là, ils n'avaient pas explosé avec Fred comme les deux adolescents. Ils étaient plus stables, plus solides, et il n'était plus là…

Tu tiens le coup ? souffla Ron.

Et toi ? C'est ton frère aussi, même tes frères avec George. Comment le vis-tu ?

Pas très bien je dois l'avouer… on en parle souvent avec Ginny car c'est la seule personne avec qui je peux parler sans que Lavande pense que je la trompe. Elle a tenté dans savoir plus, que ce soit en leur envoyant des lettres, mais rien…

J'ai même tenté de joindre Angelina. Elle sort avec George, donc je me disais qu'elle devait sûrement être au courant de certaines choses… mais au final, rien. Elle est très inquiète pour George, elle n'a pas pu le voir depuis trois semaines aussi.

Je crois que je vais essayer d'envoyer une Beuglante à maman… peut-être que cela la fera réagir.

Hermione rit. S'il faisait cela, elle n'avait aucun doute que Molly lui répondrait par une autre beuglante ! Ron la laissa et il tenta d'aller chercher Lavande, cachée quelques parts dans Poudlard, en train de maudire le fait que son petit-ami ait une meilleure amie. Dès le repas, Lavande et Ron furent rabibochés. Hermione ne leur lança aucun regard, craignant une remarque de l'adolescente. Pas d'humeur à rester bavarder calmement, elle sortit de table avant tout le monde et se glissa dans son lit avant même que le repas soit fini.

Ce fut en plein milieu de la nuit que Mme. McGonagall la réveilla doucement en chuchotant. À moitié endormie, Hermione la suivie jusqu'à son bureau. Elle lui proposa un biscuit. Cette proposition réveilla la jeune fille. Elle accepta silencieusement et attendit que sa professeure lui parle. Mais seuls les mouches s'entendaient.

Pourquoi m'avez-vous réveillée en pleine nuit professeure ? Mes parents vont biens ?

Mademoiselle Granger, soupira la directrice de Gryffondor. Je vous ais réveillée pour vous parler de Fred Weasley. Nous n'avons pas forcément envie que cela s'ébruite donc je vous prierai de ne pas en parler à Ron et Ginny Weasley.

Comment cela ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelque chose de grave est arrivée, s'écria Hermione en bondissant.

La jeune fille sentait son cœur s'accélérer à cause de l'inquiétude. Son cerveau en ébullition, elle ne tenait pas en place, et elle ne pouvait tenir encore quelques minutes dans l'attente d'une réponse.

Ce n'est pas si grave que cela peut paraître, affirma McGonagall en se levant à son tour. Fred et George ont été désignés pour remplir une mission pour l'Ordre. Malheureusement ils ont été repérés par des mangemorts à un moment et ils ont passé un sale quart d'heure.

Un sale quart d'heure ?

Hermione se stoppa, examinant l'expression faciale de la directrice de Gryffondor.

Il a été torturé ! s'écria la jeune fille les larmes aux yeux.

Je ne sais pas si c'est le terme précis. Il est amoché, mais en vie.

Où est-il ?

La professeure de métamorphose soupira et elle entraîna avec elle. Hermione, fébrile, marchait aussi vite que la professeure. Son stress au maximum elle vit Dumbledore sortir de l'infirmerie, discutant avec Mme. Pomfresh. McGonagall lui ouvrit la porte et elle s'engouffra sans rien demander. Elle la referma derrière elle, elle était seule, dans la salle sombre. Elle alluma une lumière et vit deux lits avec les rideaux tirés. Les jumeaux parlaient aussi, et elle s'avança doucement. Elle entrouvrit le rideau pour passer. Fred était dans un lit, une jambe dans le plâtre, des bandages partout sur les bras. Il avait une grosse entaille sur la joue gauche qui risquait de lui laisser une cicatrice, mais son visage n'avait pas été dégradé.

Tu vas me tuer à me faire des coups pareils, lâcha Hermione.

Qu'est-ce que tu fais là ? s'enquit Fred en se retournant.

Elle ne lui répondit pas et le prit dans ses bras. George fit glisser son rideau pour les laisser seul ou juste s'empêcher d'être gêné par ces retrouvailles. Fred attira Hermione vers lui quand elle se dégageait et elle l'embrassa.

Hey, du calme, je serai sur pied d'ici quelques jours, promit le rouquin en se décalant difficilement pour laisser à Hermione une place pour s'asseoir.

J'aurai aimé que tu ne termines pas dans ce lit d'infirmerie tout court, rétorqua Hermione. Donc je suppose que tu n'as pas reçu mes lettres ?

Bien, je saurai d'où viennent ses avalanches d'enveloppes à l'appartement !

Fred ! s'offusqua Hermione. On était tous inquiet, moi, Ginny et Ron ! Molly ne disait rien. J'ai eu hyper peur ! Ne me refais plus jamais une chose pareille ! McGonagall m'a dit que vous aviez été blessés en mission. Depuis quand vous faites des missions ?

Le farceur soupira avant de glisser sa main sur la joue de la jeune fille.

C'était notre première mission pour l'Ordre, et sûrement pas la dernière. On s'est fait chopper par des mangemorts mais cela va. Cela ne se reproduira plus et la prochaine fois on sera beaucoup plus prudent.

Beaucoup plus prudent ? Vous avez faillis mourir !

Tu es la meilleure amie d'Harry et une fille de Moldus donc tu es aussi une cible privilégiée pour les mangemorts ! Chérie… on risque tout les deux nos vies dans la guerre. Mais tu sais plus que quiconque que c'est nécessaire. Pour empêcher Voldemort de tout détruire sur son passage.

Mais je ne veux pas que tu meures !

Et moi je ne veux pas que tu meures non plus ! Pourtant on n'a pas le choix actuellement.

Hermione se cala à ses côtés. Fred laissa sa tête tomber sur l'épaule de la jeune fille et elle entrelaça leurs doigts. Hermione se sentit vide, tout le stress des semaines de peurs retombait. Sauf qu'elle n'était même pas soulagée. Non, juste rien. Elle embrassa la tempe de Fred. Elle savait qu'il avait raison, que les années sans pression n'étaient plus même si chaque année scolaire avait été plus ou moins étrange pour l'adolescente. Mais elle avait bien du mal à accepter qu'un d'eux puisse mourir. Elle savait qu'ils devaient profiter des moments qui leur étaient offerts.

Tu retournes quand dans le dortoir ? s'enquit Fred.

Je reste ici pour ce soir, affirma Hermione. Je resterai ici tout les soirs où tu seras là.