Valeur et vigueur,

J'aurais dû vous poster ce chapitre la semaine dernière mais les aléas du quotidien ont fait que je suis à la traîne. Que dire à part un énorme merci à promesseofslytherin, pcam, Ktpham, drou, Fleur d'Ange et DI5M (x2!) Vos reviews refont mes journées à chaque fois - vous n'avez pas idée ! Coeurs sur vous.

Bonne lecture

XI. Mise en Garde

Ginny était déjà éveillée lorsque le bruit strident de son réveil retentit, imitant le cri désagréable d'un troll des cavernes. Un cadeau de la part de Luna Lovegood, avec qui elle avait partagé un dortoir pendant leur scolarité à Néréide. Ginny avait toujours eu la propension à dormir malgré le bruit de ses réveils. Le hurlement du troll était si insupportable qu'elle était désormais forcée de s'extirper de son lit pour mettre un terme au grabuge.

Elle avait à peine fermé l'œil de la nuit, comme à chaque fois qu'elle devait se rendre au Ministère de la Magie le jour suivant. Ruth, l'autre employée des Bons Breuvages de Burke, était revenue à la boutique à la suite de sa rémission totale d'une éclabouille sévère. Ginny avait donc repris son emploi du temps partiel à l'apothicairerie. Elle y travaillait les trois premiers jours de la semaine. Les deux jours restants étaient consacrés à Cressida Warrington et son projet de décret.

Ginny s'y rendait déjà depuis quatre semaines et ces journées étaient toujours un véritable supplice pour la jeune femme. Elle avait eu l'espoir naïf que les choses s'amélioreraient au fil du temps. Cet espoir s'était rapidement évanoui. Au contraire, elle avait l'impression que sa nausée et son anxiété grandissait davantage. La veille de ses journées de travail au Ministère, Ginny passait une soirée affreuse, occupée à redouter le lendemain. Trouver le sommeil ces nuits-là s'était révélé chose compliquée. Bien que son taux horaire au Ministère soit trois fois supérieur à celui de l'apothicairerie, cet argent ne valait pas toute cette anxiété.

Une heure plus tard, Ginny se présenta devant la porte du cabinet de la Gouverneure, sous les regards des gardes. Au moins, ils ne la harcelaient plus à son entrée. Elle inspira profondément, tentant de se donner des encouragements et pénétra dans la salle. A l'intérieur, elle trouva Cormac McLaggen en grande conversation avec Mandy Brocklehurst. Comme à l'accoutumée, cette dernière la gratifia d'un regard de mépris profond. Ginny l'ignora, poursuivant son avancée jusqu'au petit bureau qui lui était attitré.

« Hm hm. » entendit-elle soudainement, quelques secondes plus tard, tandis qu'elle installait ses affaires.

Elle leva la tête et croisa les yeux de Cormac.

« La Gouverneure aimerait s'entretenir avec vous. Elle vous attend dans son bureau. » informa-t-il de son ton éternel pompeux avant de regagner son propre siège, sans un mot supplémentaire.

Nerveuse, Ginny se releva et se dirigea vers le couloir menant au bureau de Mrs. Warrington. Elle frappa brièvement contre la porte et actionna la poignée lorsqu'elle entendit une voix lui demander d'entrer.

C'était la première fois qu'elle pénétrait dans le bureau de Cressida Warrington. Le mobilier de la pièce était chargé et les draperies imposantes et fournies aux tons pastel lui donnaient une impression étouffante. Sur les murs, des dizaines de photos et de distinctions diverses avaient été disposées.

Un portrait imposant était placé derrière le bureau en bois massif. Il représentait Cressida et son mari Casparus ainsi que deux jeunes adultes que Ginny ne reconnut pas. Ils portaient une ressemblance choquante - probablement des jumeaux. Elle vit la devise des Warrington soigneusement inscrite au bas du portrait.

- La Sagesse est Pouvoir -

« Mes enfants, Cassius et Cassandra. » annonça Cressida avec fierté en suivant le regard de Ginny, toujours fixé sur la toile. « La nouvelle génération des Warrington. Je plains ceux qui se retrouveront sur leur chemin. Ils sont bien les enfants de leur mère. »

Ginny esquissa un sourire incertain, ne sachant pas quoi répondre devant ce commentaire.

« Installez-vous, ne soyez pas timide, Miss Weasley. » quémanda Cressida en désignant d'un geste nonchalant le siège face à son bureau.

Elle agita sa baguette en direction d'un plateau de thé qui lévita sur la table. Ginny s'installa sur le siège, observant avec appréhension la tasse fumante qui se posa devant elle. Elle était anxieuse à l'idée de cette entrevue. Elle s'était rarement retrouvée seule avec la Gouverneure depuis son arrivée au cabinet. Cressida Warrington était une femme intimidante.

« Cela fait désormais un mois que vous êtes parmi nous, n'est-ce pas ? Que pensez-vous de l'expérience, pour le moment ? » demanda Cressida, reposant son œil magique sur Ginny.

La jeune femme hésita avant de répondre, surprise par la question.

« Tout se passe bien. » dit-elle finalement.

Qu'aurait-elle pu dire d'autre ? Elle ne pouvait pas répondre en toute transparence. Ni lui mentionner les sueurs froides qu'elle ressentait à chacune de ses venues. Les enjeux pour elle étaient bien trop importants. Comme Malfoy lui avait si bien fait remarquer pendant leur dernière entrevue - elle devait jouer son rôle et faire ce qu'on lui demandait.

Ginny esquissa un sourire forcé, pour s'assurer de paraître convaincante. Elle commençait à prendre peur devant sa facilité à mentir. Elle portait habituellement ses émotions sur son visage comme un badge d'honneur. Bill n'avait pas menti. Fréquenter ces gens avait un impact sur elle.

« Je suis heureuse de l'entendre. » déclara Cressida en baissant la tête tandis qu'elle ajoutait de la crème dans sa tasse de thé.

Son œil magique resta toutefois fixé sur Ginny.

« Vous savez Miss Weasley… Ce que nous sommes en train de réaliser est révolutionnaire. » annonça Cressida d'un ton théâtral. « Cela changera peut-être de manière drastique les prochaines générations de notre pays. Et savoir que vous avez été une actrice de ce changement est l'un des plus beaux présents que vous obtiendrez dans votre existence. »

« Je n'en doute pas, Madame la Gouverneure. » assura machinalement Ginny.

« Sachez que je suis très satisfaite de votre contribution jusqu'à présent. » assura Cressida « Mais je ne doutais absolument pas de vos compétences. »

Immédiatement, Ginny sentit une vague de soulagement la parcourir. Ces dernières semaines avaient été mentalement éreintantes. Elle avait dû garder le silence devant les critiques et les remarques doucereuses de Mandy par peur de s'attirer des problèmes et de remettre en cause son marché avec Malfoy. Entendre Cressida Warrington lui faire part de sa satisfaction lui provoqua un contentement indescriptible.

« J'aimerais vous accorder davantage de responsabilités. » indiqua Cressida.

Elle avala une longue gorgée de thé avant de poursuivre :

« Chaque année, j'organise un événement caritatif appelé le Bal de l'Ellébore pour ma fondation les Enfants de Cressida. » expliqua la sorcière. « Katrina est chargée de l'organisation et j'aimerais que vous l'assistiez, cette année. »

Ginny écarquilla les yeux, effarée par cette demande.

« Je…Très bien. » balbutia-t-elle un peu bêtement.

« Parfait. Je vous laisse retourner à vos activités. Merci de votre temps. » dit Cressida distraitement, avant de reporter son attention sur un exemplaire de la Gazette du Sorcier.

Ginny la remercia brièvement avant de quitter la pièce, partagée entre la perplexité et le contentement. A son passage aux côtés de Mandy, Ginny lui adressa un sourire empli de morgue. Mandy fronça les sourcils, visiblement décontenancée.

Le reste de la matinée se déroula dans une atmosphère différente pour Ginny. Son entrevue avec la Gouverneure l'avait laissé sur un nuage et son anxiété s'était évaporée. A l'heure du déjeuner, la jeune femme se dirigea d'un pas léger au réfectoire du Ministère. Elle rejoignit la place qu'elle occupait toujours – une table isolée au fond de la salle, où elle était moins susceptible d'être remarquée.

Dans les couloirs du Ministère, elle marchait toujours avec ce pincement désagréable à l'estomac, consciente des regards méprisants qu'elle attirait. Son statut inférieur était public.

Aujourd'hui, toutefois, probablement confortée par les compliments de Cressida, Ginny se dirigea à sa table avec une confiance nouvelle. Elle sortit son déjeuner de son sac - des sandwichs préparés à la hâte le matin même. Les prix de la cafétéria du Ministère étaient trop élevés pour son budget.

Quelques instants plus tard, alors qu'elle mordait avidement dans son sandwich à la dinde et au fromage, Ginny vit un plateau se poser sur sa table. Elle leva les yeux avec étonnement et son regard se posa sur une femme blonde qui prit place face à elle. Elle était vêtue de manière particulièrement élégante, avec une robe cintrée d'un bleu pâle.

Ginny reconnut Katrina Street-Porter, l'attachée de presse de la Gouverneure Warrington. Elle n'avait quasiment pas adressé la parole à Ginny depuis son arrivée au cabinet.

Katrina paraissait toujours très occupée. Elle n'était toutefois pas aussi hostile que Mandy à son égard. Quant à Cormac, le secrétaire adjoint de Cressida, il affichait une attitude lunatique. A proximité de la Gouverneure, il se montrait particulièrement agréable avec Ginny. Le reste du temps, il imitait Mandy et faisait preuve d'un mépris similaire.

« Alors comme ça, nous allons travailler ensemble sur le bal de charité de la Gouverneure. » lança Katrina d'un ton enthousiaste, avant de piquer énergiquement dans la salade posée sur son plateau.

Ginny hocha la tête, incertaine de l'attitude à adopter avec cette femme avec qui elle avait peu échangé. Par souci de sûreté, elle préférait se montrer méfiante avec tous les membres du cabinet de Cressida.

« J'avais besoin d'aide alors j'ai proposé ton nom et elle a accepté - ce qui est un bon signe, pour toi. Ce bal est son bébé - elle s'en sert pour impressionner tout le gotha chaque année. Ça veut dire qu'elle te fait confiance. » affirma Katrina avec un sourire en coin.

« Ravie de le savoir. » répondit Ginny avec hésitation.

Elle était décontenancée par la familiarité soudaine de Katrina qui l'avait ignorée durant les semaines précédentes.

Ginny entendit des haussements de voix et aperçut Mandy qui semblait se plaindre avec virulence auprès d'un employé du réfectoire pour une raison inconnue.

« Cette bonne femme n'est jamais contente. C'est une maladie chez elle. » commenta Katrina en levant les yeux au ciel.

Elle avait suivi le regard de Ginny. Cette dernière reporta son attention sur Katrina, interloquée par sa critique virulente envers leur collègue. Décidément, cette journée apportait son lot de surprises.

« C'était moi qu'elle essayait de maltraiter avant ton arrivée. Elle s'est arrêtée rapidement quand elle a compris que ça ne fonctionnerait pas avec moi. » expliqua Katrina d'un ton railleur, en se penchant en direction de Ginny, comme pour lui faire une confidence. « Ne t'inquiète pas. Elle adore aboyer mais elle ne mord pas. Elle ne t'intimidera que si tu la laisses faire. »

« C'est bon à savoir, merci. » répondit Ginny, son visage s'assombrissant en jetant un regard rapide vers Mandy.

« Pas de quoi. Il faut s'entraider entre traîtresses à leur sang. » répondit Katrina à voix basse, après avoir avalé une bouchée de nourriture

Les yeux de Ginny s'étaient agrandis d'effarement. Avait-elle vraiment entendu correctement ?

« Vous êtes aussi une… » commença-t-elle.

« J'étais. » rectifia Katrina d'un ton grave. « Mais rares sont ceux qui le savent et ce n'est pas quelque chose que je souhaite ébruiter. Je compte donc sur toi pour ta discrétion à ce sujet. Et pas besoin de me vouvoyer. »

Ginny s'empressa d'hocher la tête, à la fois soulagée et choquée devant la révélation de Katrina. Jamais elle n'aurait imaginé que cette femme ait été de statut inférieur.

« Ça fait un moment que je t'observe. » admit Katrina en fixant Ginny derrière ses lunettes à la monture en peau de dragon. « Je voulais être certaine avant de t'approcher. »

« Certaine de quoi, exactement ? » interrogea Ginny avec curiosité.

« Certaine que tu aies vraiment les tripes pour tenir dans ce milieu. Honnêtement, je ne pensais même pas que tu reviendrais après ton premier jour. Je t'ai sous-estimée. » poursuivit Katrina avec franchise. « Mais je vois que tu as de la force mentale. Ça t'aidera. »

Elle prit une gorgée de jus de citrouille.

« Et puis sincèrement, je ne dirais pas non à une alliée dans le cabinet. » lança Katrina.

C'était donc ça, pensa Ginny. Elle lui avouait désormais sa motivation. Depuis le début de la conversation, elle s'était interrogée sur le changement d'attitude brutal de Katrina à son égard après un si long silence.

Ginny n'était pas naïve. Elle savait pertinemment que personne ne faisait les choses par pur plaisir ou par gentillesse dans cet endroit. Katrina avait probablement été l'ancienne souffre-douleur du cabinet et elle avait vu l'arrivée de Ginny comme une alliée potentielle. Ginny n'en n'était pas vexée – bien au contraire. Avoir une alliée à qui parler, l'aiderait probablement à supporter l'ambiance nuisible de son travail.

Une interrogation lui passa dans l'esprit et elle l'observa Katrina avec confusion.

« Si tu étais aussi une traitr… une personne comme moi. » reprit Ginny en apercevant la grimace de Katrina. « Pourquoi m'a-t-elle engagé pour ce projet ? Après tout, tu sais ce qu'est la vie pour les gens comme nous. »

Katrina secoua la tête.

« Parce que je n'ai eu ce statut qu'une seule année. Je ne suis pas née ainsi. Je me suis retrouvée dans de sales histoires par la faute de mon ex-compagnon. » dit-elle avec une grimace, comme si elle se ressassait des souvenirs désagréables. « Mais c'est dans le passé, et par la grâce de Voldemort, je ne suis plus là-dedans. Ça a été la pire année de ma vie. Elle m'a fait comprendre le privilège d'être bien née. »

« Comment as-tu pu te débarrasser du statut ? » s'étonna Ginny, sidérée.

« Disons que j'ai séduit le bon homme. Il avait les bons contacts et m'a aidée à prouver que je n'étais pas complice des accusations. » répondit Katrina, avec un sourire en coin, en brandissant sa main pour lui montrer son alliance. « Et mon cas n'était pas aussi grave que la plupart. On m'a accordé la Grâce ministérielle. »

Ginny sentit tous ses espoirs s'évanouir à la réponse de Katrina, La situation de cette dernière était bien différente de celle des Weasley. Katrina était bien née - et s'était retrouvée Traîtresse de son sang à cause d'une relation passée.

Les Weasley, eux, avaient un lourd passé de rébellion contre le régime. Ginny sentit le découragement la parcourir. L'histoire de Katrina lui confirma qu'elle n'aurait pas d'autres choix. Elle devrait continuer à collaborer avec Malfoy pour avoir l'espoir d'aider son frère.

« Entre nous, j'ai eu de la chance d'obtenir cet emploi. D'autres personnes, même moins bien placées que la Gouverneure, n'auraient jamais accepté de me laisser travailler à ce genre de poste à cause de mes antécédents. Même après ma disculpation. » expliqua Katrina avec gravité.

« Elle se plaît à recruter des gens aux antécédents douteux ? » demanda Ginny d'un ton ironique.

Sa question fit naître un sourire cynique sur les lèvres maquillées de Katrina.

« Crois-moi, nous avons une chance de leprechaun. La Gouverneure Warrington est une avant-gardiste. Elle adore parler de diversité, d'inclusion et tout ça. Peut-être que ça l'aide à mieux dormir la nuit. » devina Katrina en haussant les épaules, mâchant énergiquement un morceau de pain.

Ginny se demandait parfois comment les Sang-Purs du régime observaient le traitement exécrable des Sang-Impurs. La majorité d'entre eux ne s'en souciaient probablement guère. Elle savait toutefois que certaines d'entre elles ne partageaient pas ces idées suprématistes. C'était le cas de la famille Diggory, les voisins des Weasley, qui avaient recueilli Bill et Ginny après l'incendie du Terrier. Cressida Warrington, malgré son statut privilégié au sein du régime, faisait-elle partie de cette catégorie ?

« Elle me rappelle ces vieilles dames qui adorent récupérer des chats abandonnés. C'est son pêché mignon. Tu apprendras vite qu'elle adore être dans l'opposition. Quand tout le monde dit oui, elle dira 'non' juste parce qu'elle en a la possibilité. » ajouta Katrina avec amusement. « Ce n'est pas donné à tout le monde. »

Ginny s'interrogea. Était-ce pour cette raison que Draco Malfoy était si intéressé par Warrington ? Il s'était montré très vague sur ses motivations à l''égard de la Gouverneure.

« Contrairement à beaucoup, Mrs Warrington est très bien née. Et surtout, elle s'est très bien mariée. Elle est intouchable, à présent. Alors forcément, elle n'en a plus rien à faire des qu'en-dira-t-on et des critiques. Elle adore choquer le beau monde. C'est d'ailleurs pour ça que je travaille pour elle. Je l'admire. » ajouta Katrina avec excitation. « Elle adore les outsiders. Les gens qui se trouvent dans des milieux où ils ne devraient pas être. Ça lui montre qu'ils en veulent. »

Elle esquissa un sourire en coin.

« Le côté négatif, c'est qu'elle est aussi attirée par les requins comme notre chère Mandy. Les gens ambitieux prêts à tout pour réussir. » expliqua Katrina sur le ton de la confidence.

Ginny jeta un regard bref vers la table où Mandy était installée, en compagnie de Cormac.

« Mandy est une Sang-Pure de second rang. On pourrait croire qu'elle fait partie des Treize sacrés en voyant son attitude. » ajouta Katrina avec sarcasme. « Enfin, ce n'est pas étonnant. Parfois, les Sang-Purs de second rang sont les pires. Beaucoup d'entre eux vivent avec un complexe d'infériorité. Ils ont réussi à purifier leur lignée et font encore plus de zèle que les Sang-Purs de premier rang pour être bien vus. Comme s'ils avaient quelque chose à prouver. »

Elle termina son plat.

« Je ne sais même pas pourquoi je te raconte tout ça. » admit Katrina avec un rire désabusé. « Probablement parce que ça fait du bien de parler à quelqu'un qui peut comprendre. »

Ginny lui adressa un sourire, sentant toutes ces barrières s'évanouir à son tour. Cette conversation en toute transparence lui avait fait du bien. Quelques instants, plus tard, tandis qu'elles rejoignaient le cabinet de la Gouverneure, Katrina attrapa le bras de Ginny. Elle observa ses alentours, comme pour s'assurer que personne n'écoutait leur conversation.

« J'ai deux conseils si tu veux survivre dans ce nid de vipères. » dit-elle à voix basse.

Ginny hocha la tête, l'écoutant avec attention.

« Premièrement, apprends les codes. Ce n'est que de cette façon que tu pourras naviguer sans problèmes dans cette jungle. » dit-elle d'un ton ferme.

Katrina actionna la poignée.

« Deuxièmement, priorise-toi. Toujours. » continua-t-elle. « Ne fais confiance à personne. »

« Y compris toi, donc. » devina Ginny en levant un sourcil interrogateur.

Katrina sembla surprise par sa remarque puis ses lèvres s'étirèrent en un sourire contrit. Elle acquiesça vivement, arborant un air approbateur.

« C'est bien, tu apprends vite. Ça te sera utile » assura-t-elle avant de pénétrer dans le cabinet, Ginny sur ses talons.

Quelques heures plus tard, tandis qu'elle rentrait dans son appartement, Ginny se sentit étrangement plus légère que d'habitude. La journée avait été pleine de surprises. L'idée de retourner au Ministère le lendemain était moins angoissante qu'à l'accoutumée.

Après une longue douche chaude pendant laquelle elle repensa aux recommandations de Katrina, elle pénétra dans sa chambre, l'air distrait. Elle eut un sursaut en apercevant de nouveau un chat noir sur le rebord de la fenêtre du toit. Ce n'était pas la première fois qu'il traînait dans les environs. Il restait planté sur le bord, à l'observer d'un air paresseux avant de disparaître.

« Je vais finir par devoir t'adopter si ça continue ainsi. » dit Ginny tandis qu'elle s'approchait de l'animal.

A plusieurs reprises, elle avait tenté de le nourrir mais il avait observé son offrande avec hauteur avant de détourner le museau, complètement désintéressé.

« Enfin, pas certaine que Pattenrond accepte de te faire de la place. C'est le chat d'Hermione - et c'est un vrai monstre. » dit-elle en tendant la main pour le toucher.

Le chat se laissa caresser sans histoires. Ginny l'entendit ronronner imperceptiblement. Elle observa son cou et n'y vit pas de collier. Seule une longue ligne claire semblable à une cicatrice était visible sur son flanc. Il s'agissait probablement d'un chat errant, songea-t-elle. Bill ne l'avait jamais autorisée à avoir un animal de compagnie à part son boursouflet Arnold. Elle avait même dû le supplier pendant des mois pour l'obtenir.

« On va au moins essayer de te trouver un nom. » dit Ginny, l'air pensif.

Elle s'était assise sur le lit, observant le chat sur le rebord.

« J'ai trouvé ! » dit-elle finalement avec excitation. « Je vais t'appeler Nero. »

Évidemment, le chat ne lui fit pas part de son enthousiasme ni de son désaccord. Il s'étira longuement.

Nero lui irait comme un gant, pensa-t-elle avec satisfaction. C'était Madame Moretti, leur voisine, qui lui avait appris ce mot. Il signifiait 'noir' en italien.

Ginny passa une main dans ses cheveux trempés puis desserra la serviette qu'elle portait autour de sa taille pour s'habiller. Du coin de l'œil, elle vit Nero quitter le rebord et s'éloigner dans la nuit noire.

Finalement, la journée n'avait pas été si mauvaise, pensa Ginny avec contentement.

/

« Hermione ? »

Hermione releva la tête, sortant de sa léthargie profonde et croisa les yeux noisette de Ginny qui l'observaient avec préoccupation.

« Tout va bien ? Ça fait trois fois que je t'appelle et que tu ne réagis pas. » fit remarquer Ginny en croisant les bras, les sourcils froncés. « Quelque chose ne va pas ? »

« Pourquoi ça n'irait pas ? » s'étonna Hermione.

« Probablement parce que tu tires cette tête constamment ces derniers temps. Quelque chose te préoccupe mais tu ne veux pas en parler. » affirma Ginny avec insistance.

Hermione sentit ses joues se réchauffer mais elle secoua vivement la tête.

« Je suis juste un peu distraite. » assura-t-elle en haussant les épaules. « Tout va parfaitement bien. »

« Si tu le dis. » répondit Ginny, ne semblant pas convaincue par sa réponse.

Elle attrapa sa veste et la revêtit sur ses épaules en sifflotant distraitement. Hermione lui jeta un regard étonné. Pour une raison inconnue, Ginny paraissait de bien meilleure humeur.

« Comment les choses se passent-elles, au Ministère ? » interrogea Hermione avec curiosité.

« Pas trop mal, à vrai dire. » répondit Ginny d'un ton léger. « Bien mieux qu'avant, je dois l'admettre. »

« Cette fille te rend toujours la vie difficile ? » demanda Hermione.

Elle avait pris l'habitude d'écouter les complaintes de Ginny à propos de ses collègues ''coincés, plein de préjugés et insupportables.''

« Elle essaie mais disons que j'ai arrêté de me laisser abattre par sa toxicité. » dit Ginny d'un air joyeux.

Hermione ouvrit de grands yeux surpris - interloquée par le soudain positivisme de son amie.

« Je sors avec Neville et Luna, ce soir. » annonça Ginny avec emballement. « Les Rock'N'Troll jouent au Chaudron Baveur. Ça te tente ? »

« Tu t'es habillée comme ça pour sortir avec Neville et Luna ? » interrogea Hermione en observant la tenue de Ginny.

Elle portait une jupe noire particulièrement courte avec des collants opaques, accompagnés d'une paire de bottes noires montantes. Elle avait revêtu sa veste en cuir favorite et laissé ses longs cheveux rouges attachés dans une queue de cheval haute. Elle était encore plus jolie qu'à l'accoutumée.

« Toutes les tactiques sont bonnes pour faire enrager les ex. » dit Ginny d'un ton espiègle.

« Ne rentre pas avec Olivier Dubois. » la prévint Hermione d'un ton sévère.

« Jamais de la vie. Je n'en ai terminé une bonne fois pour toute avec cet enfoiré. » assura Ginny, posant une main sur sa poitrine, comme si elle était insultée. « Je veux juste lui rappeler ce qu'il a perdu. C'est une question de fierté personnelle. »

Elle attrapa son petit sac et glissa la sangle sur son épaule.

« Tu es certaine que tu ne veux pas venir avec nous ? On sera juste à temps pour l'happy hour. On va pouvoir se saouler à moitié prix. » annonça Ginny avec excitation.

Hermione secoua la tête. Elle était casanière et préférait passer une soirée en compagnie d'un bon livre plutôt que d'oublier les problèmes de son quotidien avec de la liqueur forte.

« Sincèrement Hermione… » reprit Ginny. « Je m'inquiète pour toi. Ça fait des semaines que tu ne sors quasiment plus à part pour te rendre au travail. Je vois bien qu'il y a quelque chose. »

« Qu'est-ce qui te fait penser ça ? » demanda Hermione, l'air évasif.

« Sans doute le fait que tu évites mes questions avec d'autres questions, pour commencer. D'habitude, c'est toujours toi qui as toutes les réponses. » rappela Ginny sur le ton de l'évidence. « C'est au sujet de ce type, n'est-ce pas ? »

« Quel type ? »

« Ce Thomas. »

« Théodore. » rectifia Hermione en levant les yeux au ciel. « Et absolument pas. A vrai dire, ça fait des semaines que je ne l'ai pas vu. »

« A sa place, j'aurais aussi été vexée si tu m'avais posé un lapin. Tu n'es pas allée à sa répétition. » rappela Ginny en croisant les bras, un air de fausse désapprobation sur ses traits.

Hermione ne répondit pas. Après la missive menaçante qu'elle avait reçue, elle avait pris la décision de ne pas se rendre à l'invitation de Théodore. Mettre les pieds dans un endroit de ce genre était une très mauvaise idée. La perspective que quelqu'un soit potentiellement au courant de son secret était effrayant. Même si la lettre était cryptique et que l'envoyeur n'explicitait pas le secret en question, elle ne pouvait pas prendre de risques.

« Je vois que tu es à nouveau perdue dans tes pensées donc je vais te laisser tranquille » lança Ginny en se dirigeant vers la porte. « Je boirai pour toi, promis. »

Avant de sortir, elle envoya un baiser à Hermione.

« On se voit plus tard. »

« Passe une bonne soirée. » dit Hermione tandis que la porte se refermait derrière son amie.

Immédiatement, Hermione se dirigea ensuite vers l'étagère placée aux côtés de la cheminée condamnée. Entre deux grimoires épais, elle extirpa un exemplaire de journal et se dirigea de nouveau vers le canapé. Pattenrond, son chat tacheté, sauta sur ses genoux et s'installa confortablement sur ses jambes. Hermione posa une main sur l'animal, le caressant distraitement avant d'ouvrir l'exemplaire de la Gazette du Sorcier.

Il s'agissait d'une vieille édition – parue plusieurs semaines auparavant. Sur la Une du journal, on apercevait un jeune homme se pencher gracieusement face à une foule qui applaudissait avec véhémence. Hermione sentit un léger pincement dans sa poitrine en voyant le visage de Théodore.

Le journal avait consacré une double page à son concert. L'article contenait plusieurs photos de l'événement. L'attention d'Hermione se portait toujours vers l'une d'elles - une image de Théodore, installé à son piano. Il jouait avec passion, semblant plongé dans son propre monde, comme s'il n'était pas entouré par une foule de personnes. Hermione était fascinée par la prestance qu'il dégageait sur ces images. Pendant leurs rencontres aux Archives des Macmillan, Théodore avait toujours paru discret et réservé. Pourtant, à travers ces photos mouvantes et silencieuses, elle pouvait ressentir toute la passion et la confiance qu'il ressentait pour son art.

C'était Aelius Macmillan qui avait donné l'exemplaire du journal à Hermione - le lundi suivant le concert officiel de Théodore au Théâtre de Damasus le Décadent. Apparemment, Aelius avait assisté au concert d'ouverture qui avait fait les gros titres le lendemain. Cette représentation était la première d'une série de concerts qui s'étaient tous joués à guichets fermés.

Comme à chaque fois qu'elle y songeait, Hermione ne put ignorer cette vague de culpabilité qu'elle ressentait. Elle avait manqué l'invitation sans le prévenir. Théodore n'était plus revenu aux Archives depuis. Il avait probablement mieux à faire, pensa-t-elle. Et il était sans doute blessé.

Elle ferma le journal et secoua la tête, tentant d'ignorer sa culpabilité. Elle n'avait pas eu d'autre choix. Elle ne pouvait pas prendre le risque qu'on apprenne son secret.

Le lundi suivant, lorsqu'Hermione se rendit aux Archives, Aelius Macmillan la convoqua dans son bureau. Elle frappa contre la porte avec appréhension, s'interrogeant sur la raison de cette demande. Elle sentit une boule de nervosité se former dans son estomac. Depuis la réception de cette mystérieuse missive, elle était en état d'angoisse perpétuelle. Elle inspira profondément, comme pour se donner du courage. Tu ne peux pas continuer à vivre ainsi, Hermione, pensa-t-elle. Cela faisait plus de quatre semaines qu'elle n'avait pas entendu de nouvelles. Elle ne pouvait pas continuer à vivre dans la crainte.

« Vous vouliez me voir, M. Macmillan ? » demanda la jeune femme d'une voix polie lorsqu'elle entra dans la pièce.

Aelius l'invita à prendre place sur le siège lui faisant face et Hermione s'exécuta.

« Gislena Nott possède une collection extensive de grimoires entreposés dans le Théâtre de Damasus de Décadent depuis des lustres. Pour une raison obscure, elle veut en faire don. » dit-il en secouant la tête, comme s'il trouvait l'idée complètement aberrante.

Gislena Nott, pensa Hermione. Il s'agissait probablement de la femme du gouverneur Theodius Nott - et accessoirement la mère de Théodore.

« Hm, très bien. » fit Hermione, ne sachant pas où Aelius voulait en venir.

« Ils ont demandé à les livrer ici. C'est un volume important - près de deux mille références. » ajouta-t-il avec réflexion. « La plupart de ses ouvrages sont probablement sans intérêt pour mes archives et auraient davantage leur place dans une bibliothèque publique. »

Il avait dit cela avec un dédain évident.

« A la place, je leur ai proposé d'aller sur place pour faire un repérage dans cette collection. Ainsi, je m'assure de ne récupérer que des ouvrages intéressants pour nous. » poursuivit-il. « J'aimerais que vous alliez en mission là-bas. »

« Moi ? » répéta Hermione avec effarement. « Mais Pénélope… »

Après tout, Pénélope Clearwater avait plus d'ancienneté qu'Hermione aux Archives. Elle aurait dû être le premier choix pour une mission de ce genre.

« J'ai besoin de Miss Clearwater, ici. Et si je me souviens bien, vous êtes déjà habituée à travailler avec Mr. Nott. » ajouta-t—il d'un ton entendu.

Hermione sentit ses joues se rosir à ces mots. Le ton de ses paroles la décontenança. C'était presque comme si Aelius voulait qu'Hermione s'y rende. A quoi jouait-il ? Elle avait parfois du mal à saisir cet homme.

« Entendu. » dit-elle finalement, sans protester davantage.

Elle aurait de grandes chances de croiser Théodore. Ce serait peut-être une occasion pour elle de s'excuser de l'avoir éconduit de cette manière.

« Parfait. Dans ce cas, je vais contacter les Nott pour gérer tous les derniers détails. » indiqua Aelius avant de reporter son attention sur son parchemin. « Merci, Miss Granger. »

Ce fut deux semaines plus tard qu'Hermione fut invitée à se rendre au Théâtre de Damasus du Décadent. Lorsqu'elle aperçut les larges grilles dorées, elle fut émerveillée devant la magnificence du bâtiment historique. Elle n'avait vu le Théâtre qu'à travers des livres ou des coupures de journal et elle fut impressionnée devant la beauté de la façade.

L'anxiété d'Hermione grimpa d'un cran lorsqu'elle se dirigea vers la cabine des gardes, près des grilles. Pour quelqu'un comme elle, entrer dans ce genre d'endroit n'était pas une mince affaire. Pourtant, lorsqu'elle donna son nom à l'homme au poste de surveillance et qu'il vérifia sa baguette, il ne fit pas d'histoires.

« Attendez-ici. Quelqu'un va venir vous chercher. » dit-il avant de reporter son attention sur son exemplaire de la Gazette du Sorcier.

Il semblait ennuyé d'avoir été interrompu. Quelques minutes plus tard, Hermione aperçut une femme d'une quarantaine d'années descendre à toute vitesse les marches de l'escalier et se diriger vers elle.

« Vous devez être l'employée de M. Macmillan ? » devina-t-elle avec impatience.

Hermione hocha la tête.

« Allons-y. Je vais vous montrer. » dit-elle d'un ton empressé.

Lorsqu'elles pénétrèrent dans le Hall d'entrée, Hermione fut impressionnée par la beauté et le luxe décadent. Elle n'eut toutefois pas le loisir d'observer ses environs car la femme la tirait déjà vers une porte. Elles traversèrent un long couloir étroit probablement réservé au personnel du théâtre.

« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, allez à la réception. Quelqu'un pourra probablement vous aider. » dit-elle à l'attention d'Hermione.

Elles s'arrêtèrent finalement devant de larges doubles portes que la femme fit coulisser, donnant accès à une vaste salle aux plafonds élevés où des étagères imposantes étaient disposées.

« Je vous laisse faire votre travail. Je ne pense pas que vous ayez besoin de quoi que ce soit de ma part. » dit l'employée avant de quitter la pièce, laissant Hermione un peu dépaysée.

Elle observa ses alentours avec curiosité puis sortit ses affaires de son sac et les déposa sur le bureau placé sous une grande fenêtre imposante. A travers la vitre elle aperçut un jardin magnifique. Elle détourna les yeux puis s'avança vers les étagères afin de commencer son travail.

Quelques heures plus tard, après avoir avalé à la hâte son sandwich, elle fut parcourue d'une envie pressante. Elle hésita à quitter la pièce. La femme n'avait pas daigné lui donner les instructions les plus basiques sur l'endroit et elle craignait d'errer dans les locaux sans autorisation. L'envie était pourtant trop forte et elle décida de sortir, à la recherche des toilettes.

Toutes les portes du couloir donnaient sur des cagibis où l'on avait entreposé des instruments, du matériel de maintenance, des costumes et des accessoires en tout genre. Elle prit le chemin inverse et retourna dans le hall principal pour s'adresser à la réception. La femme derrière le comptoir lui désigna la direction des toilettes et Hermione s'y dirigea avec soulagement.

A sa sortie, elle se figea en apercevant deux personnes sur l'imposant escalier au milieu du Hall. Elle reconnut immédiatement Théodore. Il était en grande discussion avec la femme qui avait accueilli Hermione. Ses sourcils étaient froncés, comme à chaque fois qu'il était particulièrement concentré. Dans ces moments, il paraissait ailleurs et oubliait parfois le fil de la conversation. Hermione hésitait toujours à lui faire signe lorsque cela survenait. Elle s'étonna d'avoir remarqué ce détail à ce sujet.

La jeune femme eut un long moment d'incertitude, ne sachant pas si elle devait simplement retourner dans la bibliothèque ou lui adresser la parole. Elle n'eut finalement pas besoin de prendre une décision car le regard de Théodore se posa sur elle. Elle était trop loin pour lire l'expression présente dans ses yeux. Il décolla finalement son regard du sien, reportant son attention vers la femme pour poursuivre la conversation.

Hermione sentit un pincement dans la poitrine et elle s'empressa de rejoindre la bibliothèque, mal à l'aise. Que croyait-elle ? Que Théodore l'accueillerait à bras ouverts ?

Pendant les heures suivantes, Hermione eut du mal à se concentrer. Elle se trompa à plusieurs reprises sur ses références. Elle était si plongée dans ses pensées, qu'elle ne réalisa pas que la porte s'était ouverte.

« Vous êtes un peu en retard, Miss Granger... La répétition est terminée depuis un mois. » s'éleva une voix derrière elle.

Hermione sursauta et se retourna vivement vers la porte. Théodore se tenait dans l'encadrement de celle-ci, les mains enfoncées dans les poches d'une veste-redingote en velours noir qui lui donnait un air particulièrement élégant. Hermione remarqua que ses cheveux étaient désormais courts, lui donnant un air plus mature. Ses yeux pers l'observaient avec neutralité.

« Je savais que je m'étais trompée de date. » dit Hermione, faisant mine de secouer la tête.

Sa réponse fit naître un sourire amusé sur les lèvres de Théodore et le cœur de la jeune femme se réchauffa.

« Je suis vraiment désolée. Je voulais venir mais j'ai eu un empêchement. Des problèmes…personnels. » ajouta-t-elle d'un air gêné.

« Je comprends. » dit-il en haussant les épaules, interrompant ses justifications.

Un élan de soulagement traversa Hermione.

« J'ai entendu dire que ça avait été un vrai succès. J'aurais vraiment voulu vous féliciter, mais vous n'êtes pas revenu aux Archives depuis. » déclara Hermione. « J'aurais aimé être là pour voir ça. »

Ses paroles étaient sincères et Théodore sembla le ressentir car il hocha la tête avec plaisir. Il jeta un regard circulaire à la pièce.

« Vous avancez ? » demanda-t-il, l'air pensif.

Hermione s'empêcha de grimacer. Elle n'avait pas été particulièrement efficace pendant l'après-midi.

« Il y a beaucoup plus de références que je croyais, ça va probablement me prendre plus longtemps que prévu. » admit-elle. « J'en ai probablement pour deux semaines. »

Il acquiesça.

« Prenez votre temps. » dit-il. « Vous voulez être sûre que le travail soit bien fait, après tout. Même si ça prend une semaine supplémentaire. Ou deux. »

Il avait ajouté cela avec un sourire conspirateur et Hermione se sentit de nouveau rougir. Merlin, pourquoi ressentait-elle cette chaleur étrange dans l'estomac ? Elle n'aurait jamais imaginé éprouvé autant de plaisir à le voir et à lui parler de nouveau.

« Je dois avouer que nos conversations m'ont manqué. » admit Théodore en avançant dans la pièce, quittant l'encadrement de la porte.

Elle fut surprise de cette admission si honnête.

« Elles m'ont manqué, à moi aussi. » dit-elle finalement.

Ils s'observèrent pendant de longues secondes, avec un sourire contrit.

« Vous devriez faire une pause. » suggéra-t-il. « Si ça ne vous dérange pas, évidemment »

« M. Macmillan m'a dit que votre famille serait mon employeur temporaire pendant ma mission ici. Alors si ça ne vous dérange pas, ça ne me dérange pas non plus. » avança Hermione.

« Parfait. Je peux vous faire visiter le théâtre, si vous le souhaitez. » proposa-t-il avec enthousiasme.

« J'adorerais ça. » répondit Hermione sur le même ton.

Pendant l'heure suivante, Théodore lui montra les quatre recoins du théâtre. Il était encore plus gigantesque qu'elle ne l'avait imaginé. L'endroit était une merveille architecturale et avait même été homologué comme monument national. L'intérieur était aussi grandiose que la façade. Hermione resta admirative devant les plafonds splendides, l'escalier magistral et la salle principale du théâtre où se tenait les représentations. Il s'agissait d'une magnifique salle à l'italienne qui pouvait accueillir jusqu'à 1500 personnes. Elle comptait sept étages de loges.

Théodore semblait dans son élément, tandis qu'il lui décrivait les lieux. L'endroit était imprégné de l'influence de sa famille, des artistes illustres. Le théâtre avait même été créé par l'un d'eux - un célèbre mécène du nom de Methodius Otto Nott.

Lorsqu'ils pénètrent une nouvelle fois dans la salle principale, après avoir visité les jardins, Hermione fut surprise de voir une dizaine de personnes sur la scène et dans les premiers rangs. Elle se tendit immédiatement et Théodore sembla remarquer sa réaction.

« C'est juste une audition. » lui dit-il d'une voix rassurante. « Venez. »

Il la conduisit vers une rangée de sièges, éloignée de l'agitation de la scène. Ils s'installèrent au centre de la rangée et Hermione fut surprise par le confort du fauteuil.

« Nous recrutons des artistes pour la prochaine représentation. Il s'agira d'un opéra que j'ai composé il y'a trois ans et qui s'est joué pendant six mois lorsque j'étais aux États-Unis. » expliqua Théodore en se penchant vers Hermione pour lui parler à voix basse.

La jeune femme ne put s'empêcher de frissonner. Il était si proche d'elle qu'elle pouvait sentir très distinctement les notes boisées et agréables de son parfum.

« Nous avons déjà sélectionné le rôle-titre. Le baryton. » expliqua Théodore en désignant un homme debout sur la scène, discutant avec une femme. « Les auditions du jour sont pour le personnage d'Alyssa, la voix soprano. »

Plusieurs femmes défilèrent devant la scène, pour donner la réplique à l'homme qui tenait le rôle-titre. Hermione fut impressionnée par leurs voix à la fois puissantes, légères et dramatiques. A plusieurs reprises, elle eut même la chair de poule.

Elle ne savait pas si ses frissons étaient provoqués par ces voix émouvantes ou par la proximité de Théodore à ses côtés. Hermione jeta un regard bref dans sa direction et vit qu'il avait fermé les yeux et tenait un instrument étrange dans sa main. L'objet ressemblait à un briquet en cuivre, dont le bout était légèrement courbé. Elle le vit appuyer sur le bouton plusieurs fois avant de le relâcher. Elle profita d'une pause entre deux auditions pour le questionner :

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle avec curiosité.

Théodore ouvrit les yeux, semblant sortir d'une réflexion particulièrement profonde. Hermione désigna l'objet d'un signe de la tête.

« Un Sonuminateur. C'est une invention de l'un de mes ancêtres. » expliqua-t-il. « Il permet de capturer des voix. » expliqua Théodore.

Il appuya sur le bouton.

« Comment ça ? » interrogea avidement Hermione.

« Lorsqu'il est activé pendant qu'une personne parle ou chante, la voix est conservée à l'intérieur et peut être répliquée. » expliqua-t-il.

Il relâcha le bouton sous l'air confus d'Hermione qui ne saisissait pas la mécanique.

« Impressionnant, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.

Hermione ouvrit de grands yeux écarquillés, estomaquée. Théodore avait prononcé ces paroles avec sa voix à elle. Il ne s'agissait pas d'une imitation - c'était exactement sa voix.

Il sembla amusé devant sa réaction.

« Vous voulez dire que vous pouvez simuler les voix de n'importe quelle personne ? » demanda-t-elle, abasourdie.

« Oui. Mais seulement si elles ont été capturées par le Sonuminateur. Ensuite, il ne me reste qu'à réfléchir à la personne et de parler en actionnant le bouton. » expliqua-t-il.

« C'est impressionnant, en effet. » chuchota-t-elle.

Le mécanisme magique derrière une invention de ce genre devait être extrêmement complexe et Hermione en eut le souffle coupé.

« Je m'en sers principalement pour garder en tête les voix des artistes. Cela me permet d'essayer plusieurs voix et plusieurs sonorités quand je compose. » indiqua Théodore.

« Techniquement, vous n'avez plus besoin de ces gens pour chanter, non ? Une fois que leur voix sont capturées dans cet objet, vous pouvez utiliser leurs voix pour chanter vous-même par exemple ? » devina Hermione.

« Pas vraiment, cela demande beaucoup d'énergie magique et ça ne fonctionne que quelques minutes. » lui expliqua Théodore. « Et puis, entre nous, ce ne serait pas très éthique. »

Il avait souri en disant cela et le cœur d'Hermione rata un battement. Elle détourna le regard, reportant son attention sur la scène, où une autre femme s'était présentée pour chanter à son tour.

Ils n'échangèrent plus de paroles jusqu'à la fin des auditions. Hermione ne parvint pas à se concentrer sur ce qu'elle entendait, troublée par la proximité du jeune homme à ses côtés. Jamais elle n'avait ressenti quelque chose de similaire en présence d'un autre homme et cela l'effrayait même un peu.

Hermione avait des connaissances poussées sur de nombreux sujets. Elle ignorait pourtant beaucoup de choses sur les relations amoureuses. Son expérience se résumait à quelques flirts superficiels pendant l'adolescence. Puis, sa région avait été envahie par le régime purifié de Voldemort et sa vie s'en était retrouvée totalement bouleversée.

Elle s'était efforcée de se soumettre à ce nouvel environnement et à ses règles pour rester en vie. Sa vie d'antan n'était qu'un lointain souvenir dont elle ne parlait jamais de peur de s'attirer des ennuis.

« C'est terminé. » annonça soudainement Théodore, la sortant de ses pensées.

Hermione remarqua que la scène s'était vidée. Ils étaient désormais les seuls dans la salle.

« Je suis désolé, il est plus tard que prévu. Vous deviez finir beaucoup plus tôt, j'imagine. » fit remarquer Théodore avec embarras.

« Ne vous en faites pas. J'ai passé un moment très agréable. » admit-elle avec sincérité. « Pour dire la vérité, je n'ai même pas vu le temps passer. »

Hermione jeta un regard à sa vieille montre, qu'elle devait secouer de temps à autre pour s'assurer qu'elle fonctionne toujours.

« Mais à partir de demain, je vais m'assurer d'avancer sur les ouvrages. » dit-elle en se relevant.

« Est-ce que je peux vous demander une faveur ? » demanda Théodore en l'imitant, soudainement anxieux.

Hermione se tourna vers lui, curieuse.

« Peut-on se tutoyer ? Et s'appeler par nos prénoms ? Ces Miss et Monsieur sont un peu formels, vous ne trouvez pas ? »

Hermione acquiesça.

« Très bien…Théodore. » dit-elle.

Elle vit une lueur joyeuse passer dans les yeux de Théodore et une fois encore, elle se retrouva à admirer cette teinte si particulière, qu'elle n'avait jamais vue ailleurs. Un mélange parfait entre le bleu et le vert. Théodore l'accompagna jusqu'à la bibliothèque, où Hermione récupéra ses affaires et les rangea soigneusement dans son sac.

« C'est une collection plutôt impressionnante. Pourquoi en faire don ? » demanda-t-elle

« A vrai dire, c'est une demande de ma mère. La plupart d'entre eux lui appartiennent mais elle pense qu'ils seront plus utiles ailleurs. » expliqua Théodore.

« Elle n'en a plus besoin ? » interrogea Hermione.

Une lueur accablée apparut dans le regard de Théodore et Hermione se demanda si elle avait dit quelque chose de déplacé.

« Ma mère est souffrante. Il ne lui reste plus que quelques mois avec nous. » révéla-t-il dans un souffle, sa mine s'assombrissant.

Hermione resta figée, mortifiée par les paroles de Théodore. Sur son visage, elle pouvait déceler une grande tristesse.

« Oh Théodore…Je… Je suis tellement désolée. » bredouilla-t-elle.

Théodore esquissa un sourire forcé. Pourtant son visage trahissait un chagrin évident. Hermione sentit son cœur se serrer devant son expression.

« Merci. C'est…difficile. » dit-il finalement d'une voix éteinte.

Avant qu'elle ne puisse s'en empêcher, Hermione posa la main sur la sienne. Théodore sembla pris de court par son geste soudain. Hermione fut elle-même surprise par sa propre audace. Pourtant, après quelques secondes, Théodore serra sa main à son tour. Elle garda le silence, espérant pouvoir lui communiquer son soutien à travers ce simple geste.

Lors de leur première rencontre, elle lui avait demandé pourquoi il était rentré aux Royaume-Uni. A cette époque, déjà, elle avait remarqué qu'il ne semblait pas apprécier sa vie dans le régime. Son visage avait affiché une expression triste même s'il n'avait pas donné la raison. Tout prenait désormais un sens.

« Est-ce que je peux te demander une faveur, moi aussi ? » demanda Hermione, brisant le silence qui s'était installé entre eux.

Théodore leva un sourcil, visiblement surpris. Il acquiesça.

« Demain, à mon retour, est-ce que tu pourras jouer quelque chose pour moi ? » demanda-t-elle avec espoir. « J'ai raté l'occasion de t'entendre. J'aimerais rattraper ça. »

Un sourire apparut sur les traits fins de Théodore.

« Avec plaisir. » assura-t-il. « Allons-y, je te raccompagne. Il se fait tard. »

Ce ne fut que lorsqu'ils quittèrent le théâtre, qu'Hermione réalisa que sa main serrait toujours celle de Théodore. Elle la lâcha avec gêne, ne souhaitant pas attirer des regards et des questions. Ils descendirent les marches et Théodore insista pour qu'une diligence la raccompagne chez elle. Après plusieurs secondes de protestation, elle accepta finalement.

« A demain. » dit-elle lorsque la porte de la diligence se referma lentement.

« A demain, Hermione. » dit Théodore en suivant la diligence des yeux tandis qu'elle s'éloignait.


Ne sont-ils pas TROP mignons tous les deux ? Je fonds, sérieux. Et pourtant j'ai un coeur de glace, c'est pour dire :p

Les choses s'améliorent pour Ginny au Ministère et elle se fait même une 'alliée' dans ce chapitre. Comment les choses vont évoluer à votre avis ? Que pensez-vous de Katrina ?

J'ai tellement hâte de vous faire lire le chapitre 12 qui est mon préféré (pour l'instant) D'ailleurs on y retrouvera Draco qu'on a pas vu depuis un petit moment.

J'attends vos avis avec impatience.

Prenez soin de vous !

Fearless