Haletant de sueur, il se laissa tomber au sol et ferma les yeux un instant. Le sable de l'arène n'avait cessé de lui irriter les yeux depuis le début de la matinée. L'entraînement n'était pas plus dur que les fois précédentes et pourtant, jamais il ne s'était senti aussi exténué. Mentalement comme physiquement.

- Relève toi blondasse, on est pas là pour pioncer.

Armin battit des paupières et fit face à Connie qui semblait faire la moue. Il esquissa un sourire et lui tendit la main droite pour qu'il l'aide à se relever.

- J'ai depuis longtemps arrêté de croire que j'étais là pour des vacances familiales, répondit-il.

Connie attrapa sa main et le tira vers le haut en riant. Leur situation était merdique à souhait mais il était soulagé de pouvoir en rire avec un ami. Armin était arrivé il y a de cela huit mois, peut-être plus ou peut-être moins -il n'aurait su le dire exactement- et il avait trouvé en lui un ami en plus d'un confident.

Lorsque Connie l'avait aperçu, il s'était fait la remarque qu'il ne tiendrait pas et qu'il se ferait manger par l'arène. C'était pourtant l'inverse qui s'était passé. Le blond était arrivé la peur au ventre et avait évolué de façon précoce.

S'il se souvenait bien, le blondinet était arrivé deux semaines après lui. Son arrivée avait été assez inattendue en plus d'avoir fait parler. La femme qui accompagnait Armin n'arrêterait pas de supplier l'homme austère face à elle pour qu'ils le gardent auprès d'eux. Elle avait commencé par pleurer puis avait hurlé et s'en était pris à l'homme. Si Connie comprenait bien, les parents de son ami ne s'étaient pas mis d'accord sur le sort de l'oméga. La femme voulait absolument le garder auprès d'eux, elle répétait qu'il était leur fils même s'ils ne l'avaient pas élevés et qu'elle l'aimait comme il était. Clone ou non. Et l'homme face à elle ne lâchait rien, lui rappelant que c'était grâce à sa fortune qu'ils avaient un second enfant et qu'il lui incombait donc de décider de son avenir.

Ce qui avait frappé Connie, c'était Armin juste derrière. Il restait muet comme une tombe et attendait qu'ils se décident. Il n'y avait aucune lueur d'espoir dans son regard. Il était comme déconnecté. Et c'est à ce moment que Connie se demanda si lui aussi avait fait la même tête lorsqu'il avait comprit ce que ses 'parents' s'apprêtaient à faire. L'abandonner à l'arène pour le divertissement. Qu'ils deviennent les chouchous de la capitale s'ils étaient assez forts. Qu'ils reposent six pieds sous terre si ce n'était pas le cas.

Mais le frêle jeune homme qui passait dans le couloir ne semblait pas en colère ou même triste. Ses cheveux cachaient son visage mais il aperçut sans problème le sourire sans joie qu'il portait. Un sourire qui lui glaça le sang.

Et au fur et à mesure des entraînements, une chose était certaine : Armin était une véritable bête. Il se déplaçait avec une aisance folle et magnait le glaive comme peu en était capable. Lors de son premier combat, tous les combattants avaient tenus à y participer. Ce fut là que Connie décida qu'Armin était un chic type même si il lui foutait les pétoches.

C'était le premier affrontement de la journée. Il faisait extrêmement chaud sous le dôme de l'arène et les gradins étaient peu remplis. Les spectateurs ayant fait le déplacement ne semblaient pas emballés à l'idée du premier combat et attendait le second. Sauf que tous les combattants, eux, attendaient le premier avec impatience.

Les lourdes grilles de l'arène s'ouvrirent pour laisser place à Armin et son adversaire. Sa chevelure blonde était attachée afin de ne pas le gêner et sa frange était retenue par des barrettes sur les deux côtés de sa tête. Sa tenue de combattant n'était pas encore fantaisiste, elle se basait sur la tenue d'entraînement à savoir un harnais de cuir qui ceinturait sa taille et un pantalon de toile ample. Il se plaça au centre et salua les gradins avant de se diriger vers l'autre garçon. Il lui tendit la main avec un léger sourire triste et leur discussion resta un secret aux yeux de tous. Armin semblait juste profondément soulagé.

Lorsque le combat débuta, le résultat final était déjà donné. Son adversaire serait défait. Le pauvre garçon semblait déjà à l'article de la mort alors qu'il avait foulé le sable de l'arène, il n'était pas étonnant de le voir mordre la poussière en quelques minute seulement. Il trébucha lors d'une attaque et lâcha son arme. Armin se plaça au dessus de lui et le mit en garde, le glaive contre la gorge. Il ferma les yeux, jura et se détourna de son adversaire. Il lâcha à son tour son arme et se laissa tomber en arrière. Plutôt mourir que retirer la vie d'un innocent. Il aurait aimé penser comme ça mais dans de telles circonstances, il ne pensait qu'à la lourde sanction qu'on lui infligerait et sans doute au destin plus terrible qu'il laissait à son adversaire. Eren.

L'alpha.

Le frère.

Il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un soulagement à l'idée que son Eren, celui qui était un féru passionné d'histoire, de sciences et de théologie, n'était pas enfermé avec lui dans une arène où ils finiraient par devoir s'entretuer. Les quelques mots l'avaient soulagés.

« Je n'en avais plus pour longtemps, il était hors de question qu'on lui ôte quoique ce soit pour ma misérable vie. Il s'est évadé. Je me suis arrangé avec Sieg. »

Rien de plus.

Que c'était libérateur.

Il esquissa un sourire lorsqu'il aperçut l'homme qui s'était chargé de son admission ici. On l'avait qualifié de sponsor mais il n'en voyait pas ne serait-ce que l'aspect. Un bourreau le qualifierait mieux. Il semblait vraiment furieux.

- Je peux savoir ce que tu branles la pisseuse?! éructa-t-il en s'approchant. Tu coules un de nos champions et tu n'as même pas la force de l'abattre ? Je vais te montrer ce que c'est un combat d'arène !

Armin se redressa et se munit de son glaive, prêt à se battre pour sa vie. Il avait très peu de doutes quant aux compétences de l'homme. Il était basé comme un combattant et pour l'avoir vu à l'œuvre, il pouvait aisément dire qu'il avait la force d'un bœuf.

Contre toute attente, il ne se dirigea pas vers lui mais vers Eren et le souleva par le harnais de cuir qu'il portait.

- Je t'ai prévenu que tu n'aurais pas de seconde chance sac à merde, tu vas te relever et continuer ce combat ou je t'infligerai un sort pire que la mort.

- Un sort pire que la mort? Réellement ? Mais bordel vous n'avez pas un minimum de réflexion pour comprendre que c'est déjà le cas?! s'emporta Armin en serrant son glaive. Vous êtes tous complètement dingues à prendre votre pied en regardant des adolescents se trucider. Votre complexe d'infériorité, vous pouvez vous le caler ou je pense.

Armin sentait son corps trembler de colère.

Tout d'abord son frère qui n'ose plus le regarder dans le blanc des yeux, sa pauvre mère qui supplie son père, son père qui reste impassible et qui le donne en chair à canon. Eren, son frère, le combat.

Sa main serra un peu plus son arme et il la mit en joue. Il ne fallut pas dix secondes avant qu'on ne le plaque au sol et qu'il ne morde la poussière. Son glaive fut envoyé loin de lui alors qu'il servait d'exemple. Une fois de plus.

Et Armin se fit la réflexion amère qu'encore une fois, il n'était qu'un objet aux yeux de ce monde. Né pour servir de banque à organes, nourris pour continuer à donner de l'espoir et enfin envoyé en pâture à des humains siphonnés qui le veulent vivant puis mort.

Il serra les dents lorsqu'il entendit le fouet claquer. Il ferma les yeux lorsqu'il entendit les supplications d'Eren et il se revoyait à la Maison. Dans la bibliothèque, Eren, son ami et confident de toujours, à rire de sa tête lorsqu'ils découvrirent qu'ils pouvaient donner la vie. Du regard vert horrifié qu'il lui avait offert en lui demandant s'il était enceinte sans le savoir. De la naïveté et de la candeur qui devaient avoir disparu désormais.

Le fouet claquait, les cris diminuaient et la voix de l'alpha lui déchirait le cœur et lui renvoyant des souvenirs qu'il avait partagé avec le Eren oméga. Son Eren. Son meilleur ami. Il espérait de tout cœur qu'il allait bien.

- Assez ! s'écria une voix dans l'assemblée.

Le poids sur son dos s'allégea et il releva la tête. Une femme se détachait petit à petit des tribunes et descendait les gradins pour être au plus proche de l'arène. Armin fut tout d'abord frappé par la beauté étrange de cette femme avant de sentir un malaise poindre. Il savait que ce qui arrivait n'était pas positif.

- Ne serait-il pas plus utile de punir le fautif? Regarde ce pauvre garçon, il était déjà dans un sale état lorsqu'il est arrivé. Ce n'est pas de sa faute si son adversaire n'a pas trouvé la force de l'abattre.

Armin déglutit alors qu'il regardait le sourire mutin de cette femme. Elle semblait vraiment apprécier la situation au point de la trouver d'un comique rare.

Elle s'éventa à l'aide de sa main et soupira : « Tu ferais mieux de vite le punir, il fait une de ces chaleurs que tout le monde se plaint dans les tribunes. »

Armin tenta de se relever mais l'homme qui le plaquait un peu plus tôt raffermir sa prise sur lui. Il lui lança un regard déboussolé auquel il sourit tristement.

Son sourire lui parlait, lui disait : « Ici, c'est la loi de la jungle. Le fort mange le faible. Le faible meurt. Tu dois t'y faire. »

- Entendu madame.

Puis une pluie de coup s'abattit sur son dos mêlant sable et lambeaux de chairs. Il s'évanouit après avoir compté le quinzième coup.

Connie ne l'avait revu qu'une semaine plus tard. Au bras de cette femme qui avait fait en sorte qu'il soit corrigé. Et ici, personne ne faisait office d'autorité supérieure à la sienne. Kiyomi Azumabito, la dirigeante du clan Azumabito, l'une des organisatrices des combats d'arène. L'une des rares personnes provenant de l'extérieur des murs.

Madame Azubamito appréciait s'entourer de combattants. Elle en changeait comme bon lui semblait. C'était en quelque sorte sa marque de fabrique. Elle appréciait s'acoquiner avec de jeunes garçons. C'était elle qui choisissait les champions et Armin était en bonne voie pour devenir son favori. Il rebiquait, n'acceptait aucun de ses cadeaux et se contentait de rester en sa compagnie sans dire un mot. Elle le trouvait plutôt amusant.

De son côté, Armin la trouvait étrange. Elle avait un il ne savait quoi qui le fascinait. Était-ce parce qu'elle provenait de l'extérieur des murs? Parce qu'elle semblait tout savoir sur l'extérieur et qu'elle s'en amusait? Parce qu'elle était plus humaine que lycanthrope? La fascination passait outre son agacement. Le comportement de la femme l'énervait. Elle était trop tactile, se permettait de le réclamer au beau milieu de la nuit pour lui sourire, lui souhaiter bonne nuit et le congédier.

Un soir, elle le demanda alors qu'elle était en pleine réunion avec les investisseurs du domaine. Elle était assise en bout de table, présidant l'entrevue et n'avait parue contrariée à aucun instant. Armin avait donné deux coups secs à la porte avant de l'ouvrir et de se présenter directement à la droite de Kiyomi Azubamito. Elle s'était tournée vers lui, lui avait sorti et avait tendu sa main vers son visage. Elle faisait souvent un caprice lorsqu'il ne s'abaissait pas pour être à portée de main, alors il s'agenouilla et resta statique jusqu'à ce que la main pâle lui caresse la joue. Elle soupira de satisfaction et descendit sa main jusqu'à sa jugulaire. Armin tenta de se concentrer sur sa respiration et de garder en tête qu'une belle brochette de potentiels sponsors le regardaient, l'étudiaient, l'analysaient sous chaque angle. Et ça, elle le savait parfaitement aussi et se faisait un malin plaisir à le présenter comme un bon toutou dressé à la perfection.

- Je m'ennuyais de toi, Armin.

- La simple idée que ma présence vous manque est une offense à votre rang, madame.

Elle esquissa un sourire en coin et fit un effort pour ne pas lever les yeux au ciel. Elle l'aimait bien avec son manque de répartie habituel. Le fait qu'il lui picore dans la main l'agaçait presque autant que ça l'amusait.

- Mais de quel rang parles-tu donc? Tous autour de cette table, vous savez que je n'ai en rien une abomination pareille à la votre dans le sang. Vous descendez des bêtes pour sûr, alors ne parles pas de moi comme d'une bête alpha comme vous vous plaisez à vous catégoriser. Tu es un faible Armin. Tu fais partie de la faiblesse de cette société faussement monothéiste qui en plus de forniquer à gauche et à droite trouve le temps de cloner des abominations.

Tous autour de la table accusèrent le coup. Ils étaient tous au courant. L'extérieur des murs était un sujet sensible. A force d'avoir été éduqué en pensant que les lycans étaient les gentils et les humains les vilains, la piqure de rappel était à chaque fois rude.

L'étrangère se redressa, posa ses coudes sur la table et enlaça ses doigts avant d'y poser son menton. Elle leur servit un faux sourire qui n'atteignit jamais ses yeux.

- Et si nous continuions cette réunion? Reste à genoux Armin, montre fièrement le fruit de mon dressage à ces messieurs.

Et à cet instant, il fut certain que cette femme, en plus de prendre un malin plaisir à l'humilier de toutes les façons possibles, tentait également de le jeter dans la fosse aux lions. Elle ne tarissait pas d'éloges à son sujet avant de lui cracher au visage sa condition d'omégas et de clone comme une insulte.

Connie lui passa une main devant les yeux pour le ramener sur la terre ferme.

- Faut vraiment que tu arrêtes de te perdre dans tes pensées comme ça, tu vas encore finir sous le fouet de Dietrich.

Armin haussa les épaules et pensa vaguement à l'état de son dos. Un coup de plus ou un coup de moins... Il ne voyait pas ce que cela pourrait changer. Puis madame Azubamito semblait prendre un plaisir malsain à les contempler tout en badigeonnant de pommade cicatrisante son dos.

- Je ne me perds pas dans mes pensées. Je réfléchis, capacité à laquelle tu es apparemment imperméable, mon très cher ami, se moqua le blond.

- Toi ! beugla Connie. On a pas tous eu la chance de provenir d'une exploitation où on nous apprenait à lire et écrire des langues anciennes. Moi aussi j'aurais aimé être intelligent, marmonna-t-il.

- Comme si c'était possible que tu saches ne serait-ce qu'écrire ton prénom sans faire de fautes.

La vérité était douloureuse. Même si sa situation était plus pourrie que ce qu'il aurait pu imaginer, Armin était forcé de se rendre compte que tout le monde n'avait pas eu une enfance. La chance d'avoir eu une enfance. La chance d'avoir pu connaître son frère et sa mère. La chance d'avoir pu apprendre, de recevoir de l'amour. Connie avait été livré à lui même et s'était vu à la tête d'une petit groupe d'enfants. Ils restaient dans les bois et vivaient comme des sauvageons. Toutes les annexes de Clonaid n'étaient pas gérées de la même façon. Il avait eu la chance de tomber sur une des branches où le clone du fils unique de l'illustre Grisha Jaeger était élevé. Il soupira.

- Je te permets pas ! Je fais des efforts et c'est hyper compliqué d'apprendre à lire et à écrire entre les entrainements et les combats. T'es pas un si bon prof que ça en plus, marmonna-t-il en regardant ses pieds.

Armin esquissa un sourire avant de s'avancer vers l'autre oméga et de le prendre dans une accolade fraternelle.

- Je dis ça parce que t'es mon seul ami ici Connie, t'es intelligent et je crois en tes capacités. C'est plus impressionnant que tu ne le crois d'apprendre en l'espace d'un mois à lire et à écrire. T'es même plutôt un petit génie, rit-il.

Connie tenta de se dégager de son emprise mais rien n'y faisait, le blond avait une sacrée force dans les bras. Alors il se contenta de regarder le ciel de l'arène en se demandant vaguement combien de temps il lui restait encore à vivre ici. Il n'était pas naïf, il avait vu le sort que l'on avait réservé à l'oméga qui s'était battu contre Armin. Après que celui-ci ait fait un malaise, Dietrich l'avait enfermé et affamé. Quelques jours plus tard, il avait disparu et Connie avait compris qu'il ne le reverrait plus jamais. Il ne savait simplement pas s'il était mort ou en vie. Et il était certain qu'il aurait été mieux pour lui d'être mort que vivant. Le destin qu'on lui réserverait serait d'autant plus tragique et sa fin pire encore.

Armin se lança dans une de ses tirades habituelles visant à éloigner les mauvaises pensées de son esprit et ils prirent ensemble la direction des tribunes. Ils avaient droit à quelques minutes de répit avant de reprendre leur entrainement. Le ciel était bleu, le soleil tapait et ils étaient épuisés. Mais ils n'avaient d'autres choix. Le choix de la survie, c'était tout ce qui importait.

Alors ils mordraient sur leur chique tout les deux, et ensemble peut-être, ils réussiraient à s'échapper. On disait que certains gagnaient leur liberté après avoir vaillamment combattu.

Mais aucun d'eux n'y croyait. Après tout, on avait dit qu'Eren s'était battu vaillamment et avait gagné sa liberté. Et Armin n'était pas sûr de vouloir la même liberté.

xxx

Levi soupira pour la troisième fois en deux minutes et tira de l'index le col rugueux du pull over. Il avait la nette impression d'être à l'étroit en plus d'être étriqué comme le dernier des demeurés. Il ouvrit la bouche pour tenter de contrer les paroles de l'oméga mais la referma aussitôt en voyant sa tête. Eren n'était plus ouvert à la discussion.

- Punaise Levi, si je t'entend grogner, soupirer, que je te vois pendre la gueule ou que tu oses lever les yeux au ciel... Tu voudras être six pieds sous terre plutôt que de gérer le moi en pétard.

Levi eut le mauvais réflexe de lever les yeux au ciel tout en souriant en coin. Eren plissa les yeux, croisa ses bras et se mit à le fixer. Il dut faire un effort surhumain pour s'empêcher de souffler du nez.

- Y a pas mort d'homme. Calme tes nerfs. Puis pourquoi tu es aussi nerveux ? On va simplement se taper une bouffe grasse chez Petra avec mon équipe. Puis c'est un peur tard pour décommander, on est devant la porte.

Eren se mordit l'intérieur des joues et souffla longuement pour se détendre. Le fait était que la situation en elle même était étrange. Il avait l'impression d'être envoyé au casse-pipe alors que la soirée s'annonçait plutôt agréable. Pire encore, c'était lui qui avait tiré Levi jusqu'ici.

- Puis je ne pige pas non plus pourquoi tu insistes sur le fait que je dois porter cette chose affreuse, grogna le noiraud en tirant sur le bas de son pull de laine.

- C'est un cadeau de ma famille punaise. J'ai bien compris que tu le trouvais moche, désagréable et que la seule chose que tu veux faire c'est le retirer mais tu peux au moins l'endurer quelques heures non? s'écria-t-il. C'est juste pour la symbolique. Ils se sont cassés le cul pour te le faire parvenir le jour même de ton anniversaire... et je trouve qu'il te va plutôt bien.

Levi le vrilla du regard. Eren avait beau parler, il avait été le premier à qualifier les présents reçus comme étant affreux et de mauvais goût.

- Ok peut-être que c'est moche mais je suis persuadé qu'ils suivent nos allées et venues depuis que je leur ai refilé notre adresse.

Levi tiqua et se passa une main sur le visage.

- Génial donc on ne peut rien faire sans qu'ils ne soient au courant?

Eren détourna le regard mais l'alpha eut le temps de noter la couleur de ses joues. Il esquissa un sourire, satisfait avant de jeter un regard incrédule à l'oméga. Qu'avait-il bien pu penser pour que...

La porte s'ouvrît, faisant résonner le boucan qui se passait dans l'appartement dans le couloir.

- Je me disais bien que j'entendais un couple se disputer, s'écria la voix d'Hanji. C'est bien la coqueluche des brigades qui pointe enfin le bout de son nez !

- Ta gueule Hanji, puis je ne suis pas la...

- Je ne parlais pas de toi, le coupa-t-elle. Tu vas bien trésor?

Elle se décala pour les laisser entrer et Eren lui emboita le pas avec un petit sourire amusé.

- J'ai un peu peur de la tournure de la soirée, rit-il. Je ne sais pas ce que donne une équipe des brigades lorsqu'elle boit trop.

Levi claqua la porte derrière lui et grogna. En à peine quelques mots, Hanji réussissait à faire partir le peu de bonne humeur dont il faisait part. Il pesta un moment seul dans son coin avant de se rendre compte qu'il avait l'air d'un parfait idiot à rester prostré dans le hall d'entrée.

Après tout, il n'était pas venu ici pour se monter la tête avec son compagnon mais plutôt pour passer leurs derniers jours de vacances dans une bonne ambiance.

Et il avait beau chercher, il ne trouvait pas un autre facteur négatif qu'Hanji à cette soirée. Tout allait bien se passer.

xxx

Après réflexion, Levi aurait mieux fait de se taire. Eren avait eu raison de redouter ce que donnerait une équipe des brigades sous un taux trop élevé d'alcool dans le sang. L'oméga était le seul à être parfaitement sobre et il semblait beaucoup s'amuser de la situation.

- Je te le jure... C'est plus le même homme, hoqueta Eld. T'en as fais un homme nouveau et ça... ça... c'est cool.

- J'imagine que c'est un compliment? demanda-t-il sans attendre de réelle réponse.

Sa femme lui lança un regard gêné et haussa des épaules.

- ... Mais je reste susi... non supsi... Euh suspicieux, boucla-t-il avec un grand sourire béat, fier d'avoir réussi à prononcer un mot difficile.

Eren grimaça en se remémorant ce que sa suspicion avait déjà fait par le passé à son épaule. Il laissa couler son regard sur la tablée jusqu'à tomber sur le regard perçant de Levi. Il était indéniablement celui qui avait bu le plus et pourtant, il était le moins ravagé par les effets de l'alcool. Il lui fit un clin d'oeil avant de se lever et de ramener deux tasses jusqu'à la cuisine, l'invitant silencieusement à le suivre. Levi se leva sans difficulté, prit sa tasse vide et se dirigea vers la cuisine. Eren déposa les tasses dans l'évier et s'adossa contre celui-ci. Levi fronça les sourcils en le voyant si tendu.

Il déposa la tasse sur le plan de travail avant de fouiller les placards pour en sortir un verre et se mit en quête d'une bouteille d'eau gazeuse. Une fois après l'avoir dénichée dans l'endroit le plus incongru de la cuisine, il se servit un grand verre qu'il but d'une traite. Il préférait éviter le mal de crâne du lendemain de cuite.

- Bon explique-moi pourquoi tu as l'air d'un putain de constipé. Si ce qu'Eld a dit t'a mis mal à l'aise, c'est ridicule. Il s'est excusé un nombre incalculable de fois. Je pense simplement qu'il n'accepte pas le fait que quelqu'un ait pu me mettre à terre et que ce quelqu'un ne soit pas un gars des brigades.

Erens secoua négativement la tête et fit la moue. Il ne savait pas vraiment comment aborder le sujet. C'était tout aussi gênant que la fois précédente, surtout que là, il y avait quelque chose entre eux. Ils n'étaient plus simplement imprégnés, ils s'attachaient petit à petit l'un à l'autre d'une façon moins platonique. Il tira sur le bas de son pull et expira lourdement.

- Je vais bientôt entrer en chaleur.

La voix de Levi ne fut qu'un murmure : "Oh." Après quoi Eren se passa une main sur le visage. Ce n'était pas vraiment la réaction qu'il attendait mais elle collait plutôt bien à l'alpha. "Oui, oh."

- Mais tu sais si ce sera de vraies chaleurs où juste une poussée de fièvre comme la dernière fois?

- J'en sais rien, chuchota-t-il. Mais ce n'est pas de ça dont je voudrais parler. Et le fait que tu sois à moitié sobre m'aide plus ou moins à te faire une demande.

Levi fronça les sourcils.

- Je t'avais prévenu que je ne me marierai pas.

Eren écarquilla les yeux avant de glousser : "Ce n'est pas ce genre de demande Levi."

Il lâcha son pull et se passa une main nerveuse sur la nuque.

- J'aimerais juste que si je passe mes chaleurs ça ne soit pas étrange. C'est presque une hantise de me dire que je ne serai pas maître de mon corps à cent pour-cents. En fait je me dis que j'aurais mieux fait de picoler pour te faire cette demande. Je pensais que ce serait plus simple de le faire si tu étais un peu pompette mais...

- Eren, le coupa Levi. Parle. Je suis la dernière personne sur cette terre envers qui tu dois ressentir une quelconque once de gêne. Je suis ton partenaire, on est imprégnés. Si j'avais été ton mate, je conçois que ça aurait pu être étrange mais il n'y a aucun destin dans notre situation. Et si tu veux me parler de quelque chose de très personnel, qui nous concerne tous les deux, alors je préfère qu'on en parle loins des oreilles indiscrètes.

Levi avait beau avoir du mal à articuler parfaitement, il gardait parfaitement conscience que le terrain semblait miné. Et il n'était pas certain que la cuisine de Petra était le meilleur lieu pour en parler.

- Mais si je ne t'en parle pas maintenant, je n'en parlerai sans doute plus. Mon inconscient me souffle que t'avoir un minimum alcoolisé rend la chose plus facile.

Levi soupira et se passa une main sur le visage. Eren était une véritable tête de mule.

- Puis on ne peut pas rentrer à l'appart, tu n'es pas en état de conduire.

- Et il est hors de question qu'un mioche touche à ma bagnole.

Eren sourit, amusé. Levi et sa voiture...

- On est calé ici jusqu'à ce que tu dessaoules et si ça arrive, je n'aurais plus le courage de te regarder dans les yeux.

- Bordel, alors parle. Tu veux que je te dise quoi d'autre?

- Mais j'essaie, Levi. C'est pas la première fois que je me dis qu'il faut que je te fasse cette demande à la con. Tu crois que ça me plaît de savoir que tu vas potentiellement culbuter l'oméga en moi et que ce sera ma première expérience sexuelle? s'énerva-t-il. J'ai pas envie de ça, merde.

Levi fronça les sourcils. Alors c'était tout? La seule chose que voulait Eren s'était de passer à l'acte avant ses chaleurs? Il se passa une main sur le visage et sourit. Il avait eu peur l'espace de quelques secondes. Il avait eut le temps d'avoir peur que l'oméga veuille se faire la malle avec son coeur entre les mains. Il entrouvrit les doigts de sa main pour lui lancer un regard en biais avant de la baisser totalement et de s'avancer jusqu'à lui. Il lui saisit les deux mains et le força à soutenir son regard.

- J'arrive pas à croire que tu me fasses un cinéma pareil pour une chose qui coule de source. J'y avais déjà pensé. Quand t'as déboulé dans mon bureau, relâchant tes phéromones en grande pompe sans même t'en rendre compte, je me suis dis que j'étais dans la merde. Puis ta fièvre m'ont fait réaliser que je n'étais pas prêt à m'occuper de cette partie là de notre relation aussi tôt. C'était presque un soulagement que tu sois trop délirant. Mais on en est plus là. Je veux que tu m'acceptes comme partenaire et compagnon de vie, toi comme moi on crève si on se rejette alors autant que tout se passe pour le mieux non?

Eren posa sa tête sur le torse de Levi et ferma les yeux. Il avait tendance à ne pas comprendre son alpha. Il avait une image qui ne collait absolument pas avec sa personnalité. Il semblait fermé et pourtant, il était toujours ouvert à la discussion. Eren se fit la remarque que se monter la tête sans parler avec Levi était inutile. Levi était un adulte, il était à peine majeur. Il n'avait pas encore la maturité de pouvoir agir comme un adulte. Il restait un adolescent perturbé par sa brusque compréhension de l'avenir qui lui était réservé. Il n'avait pas eu le temps de grandir. On l'avait poussé à murir pour survivre. Et il se retrouvait maintenant à se sentir vraiment débile, dans les bras de son compagnon. A se faire réconforter, une fois de plus.

- Des fois, je me demande si t'as pas un dédoublement de la personnalité, marmonna-t-il.

Levi ricana : "Possible. Mais continue comme ça et je t'en colle une. Tu n'as plus intérêt à changer de sujet. Une fois lancé, on ne m'arrête plus."

Eren fut soulagé d'être caché alors qu'il sentait ses joues brûler. Il tapa mollement le torse du noiraud. "Je te prierai d'arrêter ce genre de sous entendu."

Levi pouffa de rire et Eren se renfrogna.

- Si tu y vois un sous entendu, c'est de ta faute, chaton.

Eren lui pinça le bras, le faisant grimacer. L'atmosphère était plus calme et beaucoup plus détendue. Eren se sentait vraiment bien. À chaque fois qu'il discutait avec l'alpha, il finissait toujours par être satisfait. Ils se chamaillaient comme des enfants mais le message passait à chaque fois.

Il avait de la chance d'avoir rencontré Levi Ackerman.

xxx

Eren plissa les yeux. L'éclairage était trop lumineux et il commençait à sentir son œil gauche le brûler. La lentille n'aidait pas...

- Et donc monsieur Wallis, comment considérez-vous votre relation avec le culte de Lupis? Elle semble très conflictuelle et a beaucoup fait parler. Je repense bien évidemment au solstice ou votre apparition a fait mouche.

L'oméga porta un regard amusé au journaliste avant de sourire doucement. Il souffla sur l'une des mèches de cheveux lui entravant la vue, la faisant voler puis retomber sur son front et s'humidifia les lèvres.

- Disons que j'ai eu la chance d'avoir une éducation très... laïque ? Je ne saurais en aucun cas considérer Lupis comme la déesse suprême qui par miséricorde nous a fait don de certaines capacités.

- Et comment la voyez vous? Il nous est apparu que votre vision est fort biaisée. Bien que vous ne l'acceptiez pas comme divinité, vous nous avez proposé un grand spectacle depuis le toit de son temple. Nous allons revoir quelques images de votre petit... rituel dans quelques instants et vous aurez l'occasion de rebondir dessus, annonça l'homme avec un petit sourire courtois.

Eren, depuis son siège, n'était pas dupe. Le journaliste face à lui ne l'appréciait en aucun cas. Il ressentait le dédain qu'il éprouvait dans ses regards et ses réactions. Depuis le début de cette interview, il n'avait eu de cesse de serrer les dents et de lever les sourcils comme s'il ne croyait pas un traitre mot qui sortait de sa bouche. Il allait devoir prendre des notes, il ferait un bon professeur.

- Et bien, pour reprendre mes mots. Ave Lupis, dominus tecum. Ce qui m'a amusé, c'est de voir le jeu de piste que ça a amené. J'étais persuadé que dans un culte où les messes les plus importantes sont données en langue ancienne, les partisans la comprenaient. J'ai pu voir passer de chouettes traductions bien que totalement à côté de la plaque, pouffa-t-il.

Le journaliste serra l'accoudoir de son fauteuil d'une main comme pour s'exhorter au calme, faisant jubiler Eren. C'était parfaitement ce genre de réactions qu'il attendait. Il voulait agacer le grand public en lui faisant comprendre qu'il n'était pas si intelligent que ça. Que son éducation avait une limite. Qu'un gamin sortit de nulle part pouvait mettre à mal leur système éducatif et mettre un doigt sur ses manquements.

- Je vois... Et avez-vous pu trouver quelqu'un vous amenant la bonne réponse?

- Oh oui ! Une chance que l'une des amies de mon compagnon se soit penchée sur la question.

Le journaliste entrouvrit la bouche et Eren pu noter le grésillement de son oreillette. Sa petite révélation semblait enchanter l'équipe de production.

- Votre compagnon vous dites?

- C'est bien cela. Mais là n'était pas votre question il me semble. Pour lever le voile sur la traduction de...

- Monsieur Wallis, permettez moi de vous interrompre une seconde mais il est extrêmement difficile de trouver des informations sur vous et je ne peux décemment pas laissé filer une occasion pareille. Votre compagnon mystère n'est qu'une autre des multiples inconnues à l'équation de votre existence si je puis me permettre. Ce compagnon est-il votre mate?

Eren fit la moue mais intérieurement, il jubilait. C'était ici et maintenant que tout se jouerait. La réponse d'Elijah Wallis devait être à côté de la plaque. Il devait montrer son désintérêt total pour cette interview.

- Donc comme je le disais précédemment, si je voulais vulgariser ma traduction je devrais dire quelque chose comme : Sainte Lupis, le Seigneur est avec toi. Vous voyez? Ça n'a rien de bien compliqué.

- Je le conçois parfaitement en effet, répondit le journaliste, les dents serrées.

Il était amusement de voir Flinch Jester commencer à perdre ses moyens face à ses réactions.

- Puis vous savez, ce qui est amusant dans toute cette situation, c'est de voir que le culte de Lupis a effacé tous les autres. Je pense qu'une bonne partie de la population oublie que notre religion n'est pas monothéiste à la base mais bien polythéiste. Vous savez, la création de l'univers, Nyx et Lux, les déesses créatrices puis les dieux primordiaux? C'est dingue de voir que vous avez amputé toute une partie de notre panthéon. Le pire, c'est que vous avez coupé le plus important et le plus intéressant. Les origines, la genèse parfaite de notre religion... Vous y croyiez vous?

- Qu'insinuez-vous par là? Que le culte aurait sciemment envoyé aux oubliettes une partie si importante?

Eren hocha de la tête en souriant pour toute réponse.

- Vous savez, il suffit de se pencher sur la théologie paradisienne pour se rendre compte que tout ne concorde pas. Puis un grand ami à moi m'a permis de me pencher sur la question lorsque nous étions plus jeunes. Ensemble, nous avons découverts plusieurs choses intéressantes. Pour la petite anecdote, c'est grâce à lui que j'ai compris ce que ma condition d'oméga impliquait, gloussa-t-il. J'étais si terrifié que j'ai eu la brillante idée d'ingérer de... Excusez-moi Flinch, je m'égare. Ne devions nous pas regarder quelques images? Demanda-t-il en un sourire.

L'homme hocha de la tête et l'invita d'un geste de la main à faire attention au grand écran à leur droite. Eren se vit pour la première fois en action. Il avait refusé de voir ce que ça avait donné.

Sur l'arrêt sur image, on le voyait regarder la foule avec un sourire. Puis la vidéo démarra et il put voir toute l'étendue de ce qu'il était tenté d'appeler son génie pour le mélodrame. Ça ne rendait pas exactement comme il l'avait souhaité mais l'effet escompté était présent.

Les questions reprirent dès que la vidéo fut terminée.

- Sauriez-vous nous expliquer tout le rituel. Pourquoi vous êtes-vous placé si haut? Pourquoi l'encens et le sang? Pourquoi avoir brûlé de l'encens en trois endroits différents et pourquoi avoir choisi les golems?

- Ce rituel, je l'ai appris dans les livres saints. Je ne saurai tout expliquer, je n'ai pas l'insolence de me croire assez érudit pour réussir à tout expliquer sans commettre de faute. Mais il me fallait simplement un endroit stratégique. Le solstice était l'occasion rêvée pour faire une offrande.

Dire qu'il avait improvisé totalement ne l'aiderait pas. Il valait mieux qu'il brode sans répondre à la question.

- Encore une fois, j'ai du mal à saisir votre relation avec le culte. Vous êtes le premier à dire que vous ne voyez pas Lupis comme une divinité absolue mais vous êtes aussi le seul à lui faire une offrande pareille, rebondit le journaliste. Avouez que c'est plutôt comique.

- Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est comique. Et comme vous le dites si bien, je ne crois pas en Lupis comme divinité absolue. Tout simplement parce qu'elle n'est pas la seule divinité de notre panthéon. Penchez vous sur ses parents, Sapienta et Malus. Pourquoi pensez-vous qu'elle est représentée avec des yeux dorés ? N'oubliez pas que c'est la marque du Malin.

Ces dernières paroles semblèrent trop choquer Flinch Jester pour qu'il ne trouve à ajouter quoique ce soit. Et le fait qu'il possède lui-même une pupille dorée n'était pas anodin.

- Puis ils ne sont pas les seuls dieux primordiaux, Deth est pas mal dans son genre non plus. Mais je trouvais simplement qu'il était temps que quelqu'un fasse une véritable offrande à la mère d'un peuple comme le nôtre. Puis comme je l'ai déjà écrit, pour ma part, ce qu'elle nous a offert n'est pas une bénédiction. Il nous rend plus bête qu'homme. C'est plutôt une étrange malédiction qui fait que nous vivons enfermés entre trois murs. Loin des autres civilisations. L'âge sombre où nous étions chassés avant de devenir chasseurs. Tout ça prouve une certaine corrélation entre...

- Vous pensez sérieusement tous vos propos Monsieur Wallis?

L'air du journaliste était grave. Eren se demanda s'il ne s'était pas trop avancé sur des sujets qu'il ne devait pas aborder... Avant de se rappeler qu'il avait le soutien complet des brigades. Il suffisait de changer de sujet sans douceur comme il savait si bien le faire.

- En quoi ce que je pense influe sur la vie d'autrui? Je ne fais qu'exposer des faits que personne jusqu'ici n'a eu l'intelligence ou le courage de démontrer. Excusez mon intellect Flinch. Je suppose que vous préférez parler alpha, descendance, mode et ménage avec un oméga comme moi.

Eren ricana en voyant l'expression estomaquée du journaliste, croisa ses jambes, entortilla une mèche de cheveux sur son index et commença à faire la potiche. Il commença d'une voix nasillarde :

- Mon chéri est un alpha. Il est hyper classe et super sexy.

Il regarda dans le vide et claqua de la langue. « Mais on est pas mates. » Il était amusant pour lui de se rendre compte que ce constat l'énervait un peu. Il avait juste un peu peur pour lui-même. Qu'un jour, un parfait inconnu se présente et ne lui vole son compagnon. Il se battrait bec et ongle.

- Je pense que beaucoup le connaissent, rajouta-t-il avec suffisance.

- Ah oui? balbutia le journaliste, encore trop perturbé par le revirement de situation et de personnalité de son invité.

- Je ne pense pas me tromper en affirmant que Levi Ackerman est assez connu ici bas, gloussa-t-il. Après tout, ce n'est pas comme si on ne vous avais pas vu en bas de notre immeuble il y a deux semaines Flinch.

Le sourire qu'il servit à l'homme était froid. Levi lui avait expliqué que l'homme à abattre dès le début n'était autre que Flinch Jester, celui qui remplissait les magazines gossip de torchons sur la vie privée de pseudos célébrités. Il avait brillamment réussi son coup et s'était vu attribuer un late show qui avait une sacrée bonne audience. Et c'était d'ailleurs pour ça qu'il avait répondu favorablement à son invitation. Lui montrer qu'il n'était pas une proie pour ses petites histoires débiles.

- Personne ne se doutait que c'était vous, l'homme mystère. Vous avez défrayé les chroniques Elijah. Vous êtes le symbole de la réussite, pour un oméga.

- Ah oui? demanda-t-il, les dents serrées.

- Tout d'abord un essai publié qui fait mouche, vous mettez le grappin sur l'alpha célibataire le plus en vogue et maintenant... regardez vous. Vous vous retrouvez sur le plateau de l'une des émissions les plus regardées de la capitale. Vous savez ce que vous voulez, il n'y a pas de doute la dessus, avança-y-il avec un sourire courtois.

Eren se mordit l'intérieur des joues pour lui faire ravaler ses paroles. L'homme avait repris du poil de la bête. Le grésillement de son oreillette ne devait pas y être pour rien.

- À un détail près, Levi m'a mis le grappin dessus. Je n'ai jamais été très penché sur la question de mon avenir amoureux et pour ainsi dire, j'étais persuadé que je finirai seul ou avec un oméga. En fait, on était plutôt parti chacun dans l'optique de finir notre vie seul. Puis on s'est rencontré.

Flinch fronça les sourcils et demanda : « Avec un oméga? »

- Il y a quelque chose d'étrange là dedans?

- C'est surtout peu commun. Comme tout ce que vous pensez d'ailleurs.

- En quoi vouloir être sur un pied d'égalité avec un partenaire supposé est peu commun? Un autre oméga n'est-il pas plus à même de s'occuper d'un autre oméga durant une période aussi complexe que ses chaleurs?

- Je ne dis pas que je trouve ça étrange, comprenez moi bien là-dessus mais il est juste peu commun d'entendre de telles paroles.

Et Eren ne répondit plus à rien.