Chapitre 14
Molly ramassa le morceau de porc filandreux que le cuisinier appelait repas et attendit les deux autres hommes qui devaient arriver. Sherlock s'assit à côté d'elle, sirotant du thé et déduisant ce qu'elle avait fait ce matin après qu'il l'ait laissée dans la cabine.
- Il n'y avait pas assez d'eau dans le bassin, pas vrai - je vais devoir en parler avec Basil.
- Comment l'as-tu su? Je l'ai déjà jetée ? Je veux dire, c'est bon, je me suis débrouillée. Pas besoin de gronder le petit, vraiment.
Sherlock repoussa son objection.
- On s'en occupera. Qu'importe, John est arrivé.
Il y eut un bref coup à la porte.
- Entrez et dis à Mr. Lestrade d'arrêter de faire les cent pas. Je n'ai pas l'intention de le pendre, pas encore, il a été si utile.
La porte s'ouvrit et John entra, suivit du capitaine de la Navy. Dernièrement, il avait abandonné son uniforme d'origine et portait un vieux pantalon, une chemise ample et un gilet vert délavé donnés par le chirurgien du navire.
Avec une aversion moins flagrante, il lança à Sherlock:
- Ne m'appelez pas monsieur, je suis anglais, comme vous.
- Je suis sûr que vous l'êtes. Le capitaine sourit. Félicitations, Gregory !
Lestrade fronça les sourcils d'un air soupçonneux.
- Pour quoi ?
- Vous avez été promu ! Vous n'êtes plus seulement prisonnier. Maintenant vous êtes un témoin et vous avez une autre fonction que d'enfoncer des clous et de manger notre nourriture.
- Témoin de quoi ?
- Je sais que John vous a dit ce qui s'est passé sur Corvo...
Le chirurgien détourna le regard de Sherlock, la culpabilité inscrite sur son visage.
- Vous n'avez pas dit un mot à ce sujet et normalement vous n'hésitez pas à poser des questions sur tout. Asseyez-vous, tous les deux. Molly allait nous dire ce qu'elle avait déterminé par son expertise médicale.
Molly sursauta à l'évocation de son nom.
- Oh ! Oui.
Elle posa le triste morceau de porc.
- Les meurtres de Spitalfields ont eu lieu il y a presque dix ans, mais euh, ils sont impossibles à oublier. Il y a eu une série de mutilations - les officiers de Bow Street* n'avaient jamais rien vu de tel. Ni papa, ni moi. Et nous avons vu toutes sortes de meurtres intéressants. Comme cet homme, dont la femme folle l'avait enfermé dans le grenier et, qui avait commencé à se manger les doigts. C'était vraiment impressionnant de voir comment il a réussi à déchirer des tendons avec cette cuill-
- Molly. Spitalfields ? dit Sherlock, en tapotant impatiemment des doigts sur la table.
- D'accord, désolée.
Elle rougit et secoua la tête.
- Les meurtres n'étaient pas identiques mais le schéma était le même. Ils étaient âgés de 16 à 45 ans. Des cheveux de couleurs différentes et des poids différents, aussi. Mais c'étaient toutes des femmes qui travaillaient de nuit, une lavandière, une infirmière qui assistait à l'hôpital, et plusieurs... Bégaya Molly. Plusieurs femmes qui étaient employées comme, comme prostituées. Elles étaient seules, sur le chemin du retour ou travaillaient dans la rue, et personne ne les a vues se faire enlever. Leurs corps ont été retrouvés à Spitalfields, dans des ruelles et l'un d'entre eux dans une cour à l'arrière d'un logement. Certaines ont été égorgés avant d'être éventrés. D'autres ne l'ont pas été. D'autres ont eu des organes prélevés, mais pas toutes. Je ne crois pas que les femmes aient été…
Elle fit une pause et termina délicatement:
- … altérée… dans un sens sexuel.
Molly prit une longue gorgée dans sa tasse de bière sur la table.
- Le facteur commun était la boucherie faite avec leurs entrailles et le fait que les blessures étaient situées au même endroit. Les coupures n'étaient pas précisément chirurgicales, mais elles étaient confiantes. Je dirais que l'homme responsable utilisait des couteaux de cuisine ordinaires mais qu'il avait étudié des traités médicaux puisqu'il enlevait un rein dans le noir sans détruire les organes environnants. Les officiers avaient espéré pouvoir comprendre le criminel, pour voir si le responsable pouvait être une sorte de médecin ou de boucher mais ils n'ont rien trouvé et j'ai peur de n'avoir pas beaucoup aidé. Les meurtres se sont simplement arrêtés à l'automne.
Lestrade eut l'air de pâlir sous son bronzage.
- J'avais entendu parler des meurtres, Le Spitalfiend était son surnom ? Mais je n'étais pas beaucoup à Londres à l'époque. Je n'avais aucune idée que c'était comme ça... comment quelqu'un peut faire une telle chose ?
- Je ne sais pas, dit Molly doucement. Je me disais cela à chaque fois qu'un nouveau corps arrivait. Ils les amenaient toujours à Papa - et à moi, parce que les autres anatomistes refusaient d'être témoin d'une telle monstruosité. Un jour, Jamie a dit que le coupable devait avoir un courage hors du commun, d'une manière épouvantable, pour arracher des femmes à la rue et travailler sans trembler. Aussi horrible que cela puisse paraître, je pense que Jamie avait raison. Il était plutôt observateur et brillant lorsqu'il s'agissait des comprendre les gens.
Elle s'arrêta et joua avec sa fourchette.
- Vous savez, quand j'ai vu les corps dans le village de Corvo, c'était comme regarder dans le passé. Plus j'y pense, plus je suis sûre qu'il y a un lien.
- Jamie ? demanda John.
Le chirurgien se servit dans l'assiette de nourriture intacte de Sherlock.
- Oh, c'était un étudiant en médecine qui a étudié sous la direction de mon père. Pour un temps, un bon ami.
Molly sourit brièvement et les yeux de Sherlock se plissèrent.
- Oui, le brillant Jamie était l'image de l'utilité jusqu'à ce qu'il vous abandonne, renifla Sherlock et ses yeux devinrent glacials. Sais-tu où se trouvait le si observateur Jamie pendant les meurtres? Après tout, un mystérieux étudiant en médecine serait un candidat idéal pour Le Spitalfiend, comme les journaux à scandales l'ont si bien surnommé.
- Oh Sherlock, ne soit pas idiot. Molly fronça le nez. Pendant les premières semaines, Jamie a étudié sous la direction de Papa jusqu'à ce qu'il ait les fonds pour être indépendant, il a dormi dans notre étude. Nous l'aurions certainement entendu aller et venir, les murs étaient fins comme du papier.
- Ah. Donc la réputation de Jamie n'est pas ternie. Tu dois être soulagée. Qui aimerait savoir que son premier amour aime fouiller dans les intestins des femmes.
- Il n'était pas mon premier amour, je t'ai dit que je n'avais pas ces sentiments pour lui, dit Molly doucement. Bien qu'il semblait apprécier mes opinions sur les meurtres de Spitalfields, ce qui était... unique. Eh bien, quoi qu'il ait été, c'était un compagnon agréable.
Les yeux de John et Lestrade alternèrent entre les deux autres. Les yeux des spectateurs se croisèrent et ils commencèrent à rire en même temps.
- Qu'est-ce qui est si drôle ? Cracha Sherlock.
Lestrade sourit et le rire de John s'amplifia jusqu'à ce qu'il essuie ses larmes.
- Toi. Un type dans un passé lointain, et tu es de mauvaise humeur et jaloux. Un Sherlock Holmes un peu gentil peut être un grand fou comme nous tous quand il s'agit d'amour.
Le visage du capitaine devint glacé et immobile. Le seul mouvement fut le léger resserrement de sa mâchoire.
Molly regarda ses mains, les joues en feu. Elle n'avait aucune idée de ce que Sherlock ressentait pour elle, au-delà du plaisir qu'il avait pour son corps et de son expertise médicale.
Je n'ai pas besoin de promesses d'éternité, ni de rubans rouges, ni de poèmes, pensa-t-elle. Tout ce qu'il est est si logique. Le désir est une réponse physique à des stimuli, externes et hormonaux. Est-il même capable de ressentir plus que cela ?
Molly leva la tête, se forçant à sourire poliment comme si sa poitrine ne lui faisait pas mal.
- Je ne pensais pas que tu étais un homme aussi romantique, John. N'y a-t-il pas des hordes d'adoratrices en Europe, en Amérique et en Afrique, qui se souviennent toutes avec tendresse de tes yeux bleus et de tes mots doux ?
- Aucune, docteur. Le visage de John eut l'air fatigué. Pardonnez-moi si je vous ai offensé. J'ai passé tant d'années sur des bateaux avec des hommes rudes que j'en oublie parfois mes manières.
Il sourit chaleureusement et Molly se détendit. John n'avait aucune idée de la tourmente qu'il lui infligeait avec son humour. Il était facile de lui pardonner.
Les yeux de Lestrade étaient encore remplis de confusion. Il haussa les épaules et sirota sa tasse. Les femmes l'avaient toujours déconcerté et continuaient à le faire.
- Il y avait deux hommes dans la pièce, dit soudain Sherlock.
- Pardon ?
- Dans le village. Le cadavre de la femme. Il y avait deux séries d'empreintes - un homme debout près du lit, faisant une opération immonde, et l'autre homme se tenait juste derrière lui, en observateur. En suivant les pas, il est évident que l'observateur a en fait ouvert la voie, et que l'homme plus grand, qui a découpé le corps, l'a suivi. Il y avait aussi des tasses fraîches sur la table près du lit. Ils se sont servis dans la bière de la femme et se sont bien amusés pendant que l'homme plus grand - à peu près ma taille - la charcutait. Il est gaucher, ce qui ne correspond pas aux marques sur la tasse utilisée par le petit homme qui regarde. Il y avait aussi quelques cheveux blonds sur la couverture qui, à en juger par la position, provenaient probablement du plus grand.
- Où cela nous mène-t-il ? John fronça les sourcils. Nous n'avons toujours aucune idée de qui sont ces hommes, aussi impressionnantes que soient tes déductions.
- C'est plus que ce que nous savions quand nous sommes entrés dans le village, n'est-ce pas. Je dois travailler sur une expérience qui pourrait me permettre de mieux comprendre les traces d'éclaboussures de sang du massacre. John, est-ce qu'on a toujours cette carcasse de porc ? Et où est parti mon harpon ?
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Les semaines passèrent, les angoisses de l'excursion Corvo s'estompèrent et la vie sur le navire continua comme d'habitude. Molly commença à aider John dans ses tâches de chirurgien de temps en temps, et lui prêta ses textes d'anatomie pour qu'il les étudie plus en détails. Une amitié plus profonde se noua entre eux deux, tandis qu'ils apprenaient à se connaître au-dessus de terribles blessures à soigner.
Molly remarqua également la simplicité entre John et Lestrade. L'homme de la Navy s'adapta remarquablement, de bonne humeur, et ne se laissa pas déranger par les bizarreries et les crises de colère de Sherlock. La plupart des membres de l'équipage cessèrent de le harceler au bout de quelques semaines, lorsqu'ils comprirent qu'il ne se souciait pas de ce qu'ils pensaient et qu'il n'était pas du genre chic et autoritaire comme la plupart des officiers qu'ils avaient rencontrés.
Elle les vit souvent, lui et John, échanger des sourires cachés lorsque le capitaine déduisait un marin insolent avec les larmes aux yeux. Ils ne semblaient pas beaucoup se parler, travaillant dans un silence de bonne compagnie sur les travaux de menuiserie que John avait invariablement remis à plus tard.
Aucune nouvelle information concernant les morts choquantes sur Corvo ne fit surface, et Sherlock canalisa sa frustration à propos du mystère dans une série d'expériences impliquant des anguilles brûlées et une décomposition de la chair qui rendit l'équipage fou à cause de la puanteur.
- C'est une recherche vitale, John, protesta Sherlock alors que le chirurgien arrachait des mains du capitaine les objets brûlés.
- Tu n'as pas besoin de les garder, tu les as déjà étudiées, et c'est dégoûtant. Et pourquoi sont-ils sur ce foutu navire? Nous mangeons de la nourriture cuisinée ici. Probablement la peste s'infiltre partout maintenant.
Le tempérament de John s'intensifia également après des semaines de vie avec la tension constante d'avoir une autre personne qui partage sa chambre.
Molly observait en silence, en essayant de ne pas sourire, tandis que les deux hommes pesaient les pour et contre sur les mérites de garder les anguilles par rapport à la probabilité que l'équipage se mutine à cause de l'odeur.
Elle était stupéfaite de voir le temps passer si vite. Elle était sur l'Hudson depuis cinq semaines maintenant. Elle pensait parfois à son père et espérait qu'il allait bien, mais elle devait admettre que le voir tous les jours ne lui manquait pas. Elle n'avait pas à se soucier de lui cacher l'argent qu'elle gagnait ou à nettoyer quand il n'arrivait pas à temps au pot de chambre pour vomir. Tout était plus simple sans lui.
Et puis il y avait eu Sherlock, et cette chose qui s'était développée entre eux. Ils n'en avaient jamais parlé, ni de l'avenir, mais il était la première chose à laquelle elle pensait au réveil et la dernière avant de s'endormir. Le sexe était incroyable, et sa curiosité et sa soif de nouvelles idées s'étendaient jusqu'aux activités au lit. Même les actes intimes les plus simples, comme les baisers et les caresses, donnaient des airs d'interrogation. L'exploration de ses formes avec ses doigts et sa langue permit à Molly d'apprécier à nouveau le génie de l'anatomie, la façon dont tout s'ajuste. Il était magnifiquement fait, le muscle fin tendu sous sa peau lisse. Ses étranges yeux de chat la fascinaient toujours, ainsi que l'élégante façon féline dont il arpentait le navire, commandant son équipage.
Les premières semaines, elle se surprit à l'observer et à se demander quand il se réveillerait et réaliserait qu'elle était ordinaire. Dernièrement, lorsqu'elle le surprenait à étudier son visage avec attention, elle commençait à penser qu'elle n'était peut-être pas si ordinaire.
Maintenant, debout sur le pont et regardant le capitaine tenter d'empêcher son meilleur ami de jeter ses expériences à moitié fondues par-dessus bord, Molly se demandait combien de temps ils leur restaient ensemble dans cet entre-deux onirique où leurs problèmes étaient si faciles à éloigner.
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Le lendemain, ils arrivèrent aux Bermudes, mouillant près d'un vieux dock rarement utilisé, plus loin que d'habitude. Il y avait plusieurs navires britanniques dans le port principal, comme prévu, et Sherlock décida donc de s'en écarter. Ils avaient fait trop d'escales rapprochées au cours du voyage. Ils n'auraient pas dû s'arrêter du tout mais ils avaient besoin de plus d'eau douce et d'informations.
Ils décidèrent d'envoyer John avec Donovan et quelques hommes, mais la majorité de l'équipage resta à l'arrière avec leur capitaine.
John revint à la tombée de la nuit, et ils quittèrent les Bermudes aussi vite que possible, les eaux étant heureusement calmes et les vents réguliers. Les nouvelles que John rapporta le furent moins.
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- Il y a trois semaines. Iles Canaries. Même chose, un message qu'on ne pouvait apparemment pas manquer. Tout le monde massacré dans le village, des actes impies. Et ton nom, écrit avec du sang sur le flanc d'une falaise près des maisons. «Dites-leur que Sherlock Holmes était ici» en trois langues. Ne crois pas qu'ils croiront qu'il y a quelqu'un d'autre dans le monde qui porte ce nom, expliqua John à voix basse après avoir reçu le capitaine seul au bloc opératoire.
Sherlock serra les poings intérieurement.
- Des témoins ?
- Il s'avère que oui. Deux personnes, dont une est morte de ses blessures quelques heures après qu'ils l'aient trouvé. Un type au marché ne pouvait pas se taire. Tous les navires qui sont arrivés au port dernièrement racontent la même histoire, ou la racontent une fois qu'ils l'ont entendue.
- Oui, c'est ce que font les gens. Ils parlent. Et ne suppose pas que quelqu'un cherche réellement l'auteur.
- Bien sûr qu'ils le font, Sherlock. Ils te cherchent. Qu'est-ce qu'on va faire, bon sang ? Les poches sous les yeux de John furent plus prononcées tandis qu'il s'agitait.
- Idiots ! Sherlock grogna dans sa barbe. Si je dirigeais les massacres, pourquoi je peindrais mon nom en haut sur les murs ?
- Les gens croient ce qui est le plus facile. Ils pensent que tu te vantes, ce qui est logique pour tous ceux qui te connaissent. Qui as-tu énervé à ce point ?
Le capitaine haussa les épaules.
- Je le remarque rarement. Les gens sont si sensibles.
John leva les mains en signe d'exaspération.
- Eh bien, si tu ne peux même pas te donner la peine de réfléchir...
La diatribe du chirurgien fut interrompue lorsque la fenêtre derrière sa tête se brisa en un jet de verre qui envoya les deux hommes à terre par instinct.
- Jésus ! cria John. Qu'est-ce que...
Et le reste de son sermon fut perdu lorsque le navire trembla avec la force indubitable d'un coup de canon. Il se couvrit la tête jusqu'à ce que le verre cesse de pleuvoir sur lui. Quand il leva les yeux, il vit que Sherlock avait disparu.
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Dehors, c'était le chaos. Qui que ce soit, il avait pris un risque en attaquant après la tombée de la nuit. Les deux camps étaient gênés par l'obscurité mais cela leur avait permis de se faufiler près de l'Hudson.
Sherlock évalua la situation tandis qu'il traversait le navire en courant, sa vision périphérique prenant la forme vague d'une autre goélette qui s'approchait, tirant toujours, et son propre équipage ripostant désespérément, tout en essayant de positionner des canons plus gros.
Il atteignit les escaliers et sauta en bas, atterrissant sur une seule marche avant de descendre le reste du chemin et d'atteindre sa cabine en trois longues enjambées. En ouvrant la porte, il repéra Molly qui se recroquevilla dans le coin près de la couchette, et sortit le pistolet coincé dans sa ceinture.
- Que se passe-t-il ? cria-t-elle en entendant le bruit.
Ses yeux étaient écarquillés de peur et ses mains tremblèrent lorsqu'elle tendit la main pour attraper le bras de Sherlock.
- C'est la Navy ?
- Le navire est trop rapide et trop petit. Je crois que nous rencontrons de vrais pirates, ma chère.
Il enfonça une main dans ses cheveux et embrassa Molly avec force et rapidité avant de s'écarter et de lui enfoncer le pistolet dans la paume.
- Il est chargé et prêt. Pointe-le vers la porte. Si quelqu'un entre et que tu ne peux pas voir tout de suite que c'est moi, John ou Basil, tire. Ne t'arrête pas pour poser des questions.
Molly hocha la tête, toujours choquée par la soudaine tournure de la nuit. Des coups de feu singuliers retentirent alors que les deux navires étaient suffisamment proches pour échanger de petits tirs. Elle glissa jusqu'au sol, agrippant l'arme, et regarda le capitaine se retourner pour s'enfuir.
- Sherlock! Dit-elle.
Il se retourna avec impatience, ses mains tirant déjà d'autres armes.
- Je... Reviens... J'ai besoin que tu reviennes quand ce sera fini.
Ses yeux brillèrent et elle mordit sa lèvre inférieure.
Ses yeux bleus, clairs et sans peur, s'enfoncèrent profondément dans les siens et un coin de sa bouche se recourba.
- Je ne rêverais pas de célébrer la victoire avec quelqu'un d'autre.
Il lui fit un clin d'œil et s'enfuit.
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- Donovan !
Sa voix irritante et suffisante s'échappa lorsqu'elle se pencha sur le coffre, tirant des fournitures pour armer l'équipage.
- Avez-vous préparé les paquets de catapultes ?
Le chaos régnait sur le pont alors que l'équipage continuait à tirer sur l'ennemi anonyme, les navires étant maintenant si proches qu'ils risquaient de s'écraser l'un sur l'autre.
- Oui. Mais quel gaspillage de poudre à canon bon sang. Si ça ne marche pas, nous allons tous exploser.
Sally Donovan, autrefois seconde du bateau pirate Regina, maudit à nouveau sa chance de tomber sur le capitaine des mers le moins rentable et le plus agaçant qu'elle ait pu trouver. Elle avait seulement eu besoin d'un moyen de transport pour se rendre aux Caraïbes, et six mois plus tard, elle n'était toujours pas revenue là où elle avait sa place. Et maintenant, il voulait qu'elle déploie ces armes ridicules qu'il avait inventées.
- J'ai un très bon tromblon ici et vous voulez que je lance ces choses à la place ? dit-elle en chargeant les petites catapultes que Sherlock avait construites. C'est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendue.
- Oh, un peu de peu de foi en moi, Donovan, dit le capitaine avec un petit rire. Le navire est assez proche. Soyez prêt à allumer les mèches.
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Le bateau pirate se trouvait désormais à proximité de l'Hudson, ce qui était effrayant. Un drapeau noir flottait dans les vents de la nuit. En levant brièvement le cou, Sherlock aperçut une tête de mort blanche et, sous celle-ci, les mots «ABANDONNEZ TOUT ESPOIR».
Souriant, Sherlock appela les hommes visibles sur le navire adverse.
- Rendez-vous maintenant et vous pourrez garder votre navire !
Des rires hystériques éclatèrent parmi les pirates, qui avaient l'air plus misérables que l'équipage bien rangé de Sherlock.
Une voix polie retentit depuis le pont, quelques instants avant qu'un visage d'homme ne puisse être discerné dans l'obscurité.
- Il me semble que vous n'êtes pas en mesure d'offrir ces conditions, Capitaine Holmes.
Sherlock inclina la tête et plissa les yeux.
- Oh oui, je sais qui vous êtes. J'ai entendu parler de vous.
L'homme s'avança à travers la foule des pirates. Il était petit et étonnamment âgé, environ soixante ans. Il ne portait pas d'arme, ses mains étaient serrées devant lui alors qu'il parlait calmement.
- Pour être honnête, je m'attendais à un peu plus d'intelligence de votre part, Holmes. Je me suis vite faufilé vers vous. Il a dit que vous étiez un génie, le pirate le plus intelligent dont il ait jamais entendu parler. Après avoir eu vent du travail que vous avez fait sur Corvo, j'espérais qu'il aurait raison. J'aime le défi. C'est un peu ennuyant d'être ici avec ce tas de voyous et de voleurs. Oh mais où sont mes manières ? Je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Hope.
Il leva les yeux vers son drapeau.
- Un jeu de mots, je n'ai pas pu résister. Les gens comme nous ne peuvent pas résister à un peu d'intelligence. N'est-ce pas Monsieur Holmes.
Il enleva son chapeau et s'inclina vers Sherlock.
- Oh je vois. Vous êtes aussi un génie.
Sherlock sourit lentement. Donovan retint son souffle, sa main prête à allumer des mèches quand il le fallait.
- C'est vrai, je le suis. Mais je suis déçu. Vous n'êtes pas du tout difficile à vaincre. Eh bien.
Hope sourit en biais à sa manière et remit son chapeau.
- Eh bien, je peux difficilement vous décevoir - et quiconque a parlé de moi en bien. Quel était son nom ? Puisque vous m'avez vaincu, il n'y a pas de mal à le dire.
- Ohhh mais ce serait tricher, donner des noms si facilement. Vous ne l'avez pas mérité.
Il secoua le visage.
- Je m'efforcerai de faire mieux, déclara Sherlock.
Ses yeux glissèrent vers Donovan. Il fit un léger signe de tête.
Elle traîna une torche à travers la rangée de mèches qui pendaient des paquets grumeleux de la taille d'un melon. Dès qu'elle fut certaine que toutes les mèches furent allumées, elle fit un signe de tête au capitaine. En gardant son bras hors de portée des yeux de l'autre navire, elle saisit le coutelas qui se trouvait sur le pont.
Il sourit maintenant à Hope, de l'autre côté de l'eau. L'autre capitaine fronça les sourcils.
- Vous avez perdu. Pourquoi êtes-vous heureux ?
- Parce que je vais dire un mot, Monsieur Hope. Et ensuite vous serez tous très morts.
L'autre capitaine rit.
- Oh vous êtes un homme plein d'entrain, je vous l'accorde. Il avait raison là-dessus aussi.
Sherlock roula les yeux et sans détourner le regard de Hope il dit:
- Coupez.
Donovan allongea le bras dans un doux geste coupant les cordes de la catapulte d'un seul coup. Une douzaine de paquets volèrent dans les airs, leurs mèches imbibées de kérosène brûlant fortement en atterrissant sur l'autre navire pirate.
Hope rit.
- Vous réalisez le temps qu'il faut pour que ce genre de bois prenne feu ? Je commence à pens-
Et la première bombe à clous et à poudre explosa, coupant la moitié de la poutre en bois à côté de laquelle elle était posée et projetant des éclats de métal mortels sur l'équipage.
Les cris d'agonie et de mort atteignirent immédiatement leur apogée lorsque les autres bombes commencèrent à exploser. Alors que l'équipage du Hope se dépêchait de s'éloigner des colis mortels, l'Hudson fit pleuvoir encore plus d'enfer sur eux, tirant sur le groupe sauvagement dispersé.
Après cela, le combat cessa rapidement. L'Hudson se dirigea à côté du navire et une planche créa un pont pour permettre à son équipage de monter à bord du Hope. Ceux qui ne furent pas tués lors des premiers coups de clous et des premiers coups de feu furent poursuivis, ou ils se battirent plutôt que de se rendre.
Sherlock se rendit sur les ponts du navire à moitié détruit et poussa les corps avec ses pieds jusqu'à ce qu'il trouve celui dont il avait besoin.
Il renversa le corps du capitaine Hope à coups de pied. Le vieil homme était miraculeusement vivant, malgré la douzaine de clous enfoncés profondément dans son torse et son cou. Il respirait de façon irrégulière, ses blessures étaient clairement mortelles.
Sherlock posa légèrement un pied sur sa poitrine, et grogna :
- Le nom, Monsieur Hope. Quel était son nom, l'homme qui vous a parlé de moi ?
Un étrange gloussement glissa des lèvres du mourant, accompagné de sang. Ses yeux se mirent à briller, il secoua la tête et refusa de parler.
Sherlock appuya son pied sur l'épaule de Hope. Le sang suinta de la blessure et l'homme cria.
- Je veux. LE. NOM !
Les yeux de Sherlock s'enflammèrent alors qu'il enfonçait son pied dans la blessure.
Hope bégaya:
- M-m-m-mor…
Mais il tomba dans un état d'étourdissement.
Un bout de pied pointu s'enfonça dans la blessure, l'homme poussa un autre cri d'agonie, suivi de sanglots lorsqu'il éclata:
- C'est...c'est M-m-MORIARTY, brailla-t-il, sa voix se brisa et il pleura tandis que le sang coulait de ses blessures.
Il pleura doucement jusqu'à ce qu'il perde connaissance.
Un instant plus tard, Sherlock se pencha et tâta le poignet de Hope. Ne trouvant pas de pouls, il lâcha le bras et rejoignit son équipage qui examinait le contenu du navire, prenant ce dont ils avaient besoin et laissant le reste s'enfoncer dans l'océan avec son équipage meurtrier.
Ils retournèrent sur l'Hudson et les réparations commencèrent immédiatement. Le boulet de canon avait endommagé le gaillard avant mais rien de grave, et seuls deux marins avaient péri dans les combats.
Alors que Sherlock retournait à ses quartiers, il tomba sur John qui s'activait sur le bras de Lestrade, qui était enveloppé d'un bandage ensanglanté.
- Notre témoin a-t-il une égratignure ? Hmm ?
- C'est un trou sanglant dans mon bras, espèce de branleur.
Lestrade prit une gorgée de la bouteille à ses côtés et grimaça alors que le chirurgien examinait sa blessure.
Sherlock rit et se dirigea vers sa cabine. Basil avait juré que Molly était indemne mais il ne pouvait pas continuer à évaluer l'état de l'Hudson tant qu'il ne l'avait pas examinée elle.
Il regarda le livre qu'il tenait dans les mains. Il avait trouvé une collection de légendes et de contes de fées reliés en cuir dans les piles de butin de l'autre navire. Il pensait que Molly pourrait l'aimer, ne serait-ce que pour les dessins élaborés gravés sur bois de monstres mangeant des gens.
