Bonjour
Voici le chapitre 12 de cette histoire. Je tiens tout particulièrement à remercie Marie C. Winchester qui s'est proposé pour corriger mes chapitre à compter de celui-ci. Ca me soulage considérablement et me permettra de tenir mon rythme d'un chapitre par semaine sans problème maintenant. Alors mille mercis à elle bien sûr.
Merci à vous aussi de continuer à me lire et à m'écrire.
Dans ce chapitre, Castiel vole au secours de Dean. Et lui prouve qu'il peut compter sur lui.
Bonne lecture et à la semaine prochaine
Sydney8201
Musique du chapitre :
Savior de Thirty Seconds To Mars
Chapitre 12 : Héros
« Le héros est un homme qui réalise, au prix de n'importe quel sacrifice, le plus haut idéal du devoir, tel qu'il le conçoit. »
Elizabeth Gaskell
Dean avait depuis longtemps cessé de croire qu'un héros était toujours là pour voler à notre secours quand on rencontrait une quelconque difficulté. Il avait appris très jeune que les malheurs n'épargnaient personne. Qu'on pouvait être innocent et foncièrement bon, on pouvait souffrir et vivre le pire. Il avait également appris que personne ne venait alors nous aider. Que le seul héros était nous-même. Il était idiot d'attendre bêtement un miracle, un signe ou la main tendue de quelqu'un pour s'en sortir. Il fallait se sauver soi-même. Dean aurait aimé pouvoir croire à tout ça plus longtemps. Conserver une part d'innocence durant toute son enfance.
Mais à la mort de sa mère et alors qu'il avait quatre ans, il avait ouvert les yeux sur la dure réalité. Son père avait complètement craqué et Dean avait dû prendre les choses en main seul. Il avait dû veiller sur son frère. Apprendre à le nourrir et à l'endormir. Toutes ces choses dont seul un adulte aurait dû avoir la responsabilité.
Bien sûr, Bobby avait fini par venir l'aider, mais Dean avait dû prendre les choses en mains seul pendant un long moment. Il avait alors cessé de croire aux héros. De croire aux miracles. Et de croire qu'on avait le droit à une vie paisible et heureuse si on était suffisamment gentil et bon.
Ce qu'il avait appris alors, il ne l'avait jamais oublié. Il refusait de se reposer sur les autres. Il refusait d'être spectateur de sa propre vie et d'attendre qu'on le sauve. Dean était le seul maître à bord. Il ne pouvait compter que sur lui-même quand il faisait face à une situation dangereuse. Bien sûr, il savait qu'il pouvait toujours se tourner vers ses amis quand il avait besoin de parler ou quand il se posait des questions sur la meilleure manière d'aborder un problème, mais il cherchait toujours à le régler seul avant de penser à quoi que ce soit d'autre. Et cela lui avait plutôt bien réussi jusque-là. Il avait la vie qu'il souhaitait et malgré quelques déboires, il était plutôt fier de ce qu'il avait accompli.
Et il comptait bien appliquer ce principe à la situation dans laquelle il se trouvait maintenant. Après avoir contacté les hommes qui lui avaient envoyé des messages via les sites de rencontre, il avait réussi à fixer des rendez-vous avec chacun d'eux.
Les deux premiers s'étaient avérés complètement inoffensifs. Dean avait rapidement compris et senti qu'ils n'étaient pas le tueur. Ils étaient juste trop timides pour dire clairement ce qu'ils aimaient. Ce qu'ils attendaient d'une soirée avec lui. Il les avait regardé bafouiller et rougir en tentant de s'expliquer. Dean avait eu de la peine pour eux. Leur vie risquait d'être compliquée s'ils ne parvenaient pas à surmonter leur gêne. Ils ne pourraient jamais s'épanouir sexuellement s'ils continuaient d'avoir ainsi honte d'eux même. C'était ce qu'il leur avait dit lors de leurs rendez-vous. Il avait tenté de les rassurer. De leur faire comprendre qu'on ne devait surtout pas être gêné ou honteux de ce qu'on aimait. De ce dont on avait envie. Et finalement de ce qu'on était. Il n'avait pas eu le cœur de les repousser et avait finalement accepté de prendre leurs numéros, mais il ne comptait pas donner suite à ces rendez-vous. Ce n'était clairement pas l'objectif et il n'avait de toute façon que Castiel en tête.
Le jeune policier avait été présent à ces deux rendez-vous. Il s'installait seul à une table et gardait un œil sur Dean. Ce dernier se sentait en sécurité avec lui. Même s'il ne comptait que sur lui-même, la présence de Castiel l'aidait à se sentir plus fort, plus confiant. Castiel n'était peut-être pas son sauveur, mais il était son ami, et Dean n'avait pas honte de reconnaître qu'il avait besoin de lui.
Après ces deux premiers rendez-vous, le jeune homme commençait à se demander s'il n'avait pas eu tort. S'il ne s'était pas trompé sur la dangerosité potentielle des hommes qui l'avaient contacté. Il n'avait que très peu d'espoir quant à la piste qu'il avait incité Castiel à suivre et il était déçu et en colère contre lui-même.
Il lui restait toutefois deux autres rendez-vous à honorer et même s'il perdait espoir, il n'avait pas l'intention de baisser les bras. Il le devait à Keith. A toutes les victimes du tueur. Il avait peut-être tort, mais il avait tout de même le devoir de poursuivre. Cela lui donnait la sensation d'être utile, de faire quelque chose, de tenter sa chance et d'honorer ce « don » qu'on lui avait donné.
Le troisième rendez-vous était avec un homme d'une quarantaine d'année qui disait s'appeler Franck. Dean n'était pas sûr qu'il s'agissait là de son vrai prénom. Il était de coutume sur ces sites de mentir sur son identité. Il s'agissait de rencontres sans lendemain. On ne cherchait pas à connaître l'autre. Juste à voir si on était compatible sexuellement parlant.
Dean se prépara soigneusement comme s'il s'agissait d'un vrai rendez-vous. Comme s'il avait vraiment envie de séduire et d'exciter l'homme qui serait face à lui. Il choisit son t-shirt le plus cintré possible et un jean qui, selon les dires du vendeur avec qui Dean avait couché quelques heures plus tard, mettait parfaitement ses fesses en valeur. Il était conscient de se préparer ainsi en grande partie parce qu'il aurait les yeux de Castiel sur lui. Dean se fichait totalement de ce que Franck pourrait en penser. C'était le jeune policier qu'il voulait tester. Lui qu'il cherchait à impressionner.
Il observa longuement son reflet dans le miroir et, une fois satisfait, prit son portefeuille, son téléphone et ses clefs avant de quitter son appartement.
Castiel serait déjà sur place, installé dans un coin pour garder un œil sur lui. Dean savait qu'il devrait faire un effort pour se concentrer sur l'homme à sa table et pas uniquement sur le jeune policier non loin d'eux. Sa piste s'était avérée infructueuse pour le moment et il ne voulait surtout pas se retrouver confronté à un nouvel échec. Il avait besoin que cela fonctionne cette fois. L'homme avec qui il avait rendez-vous n'était peut-être pas le tueur, mais Dean ferait en sorte de ne surtout pas manquer le moindre indice si toutefois il était face à celui qu'ils cherchaient.
Il avait choisi le lieu du rendez-vous pour avoir toutes les cartes en main. C'était un restaurant qu'il connaissait et qu'il appréciait. Un endroit où il était venu des dizaines de fois. Dean en connaissait les moindres recoins. Il avait eu plusieurs rendez-vous entre ces murs et il avait même couché avec certaines de ses conquêtes dans les toilettes. Il s'y sentait à l'aise. Cela lui permettrait de rester concentré sur ce qui était important et de ne pas passer tout le dîner à étudier l'endroit.
Il arriva quelques minutes avant l'heure du rendez-vous. Il voulait prendre place à table avant que Franck n'arrive. Dean se présenta au jeune réceptionniste puis le suivit jusqu'à sa place. On lui avait préparé sa table préférée. Celle qui se situait dans un coin de la pièce. Celle qui était relativement à l'abri des regards indiscrets.
Dean jeta un coup d'œil rapide autour de lui et aperçut aussitôt Castiel. Il était installé à sa table non loin de là. Elle était suffisamment éloignée pour ne pas paraître étrange, mais suffisamment proche pour ne rien manquer du « rendez-vous » entre Dean et Franck. C'était rassurant pour le jeune homme. Il n'était pas seul. Et pour une fois, c'était exactement ce dont il avait envie. Il s'estimait capable de se défendre et capable de surmonter les épreuves sans l'aide de qui que ce soit, mais il n'était pas uniquement question d'un petit obstacle dans son quotidien. Cette fois, la moindre erreur de sa part pourrait lui coûter la vie. Il n'était pas de taille à affronter la situation seul, il avait besoin de Castiel.
Dean lui adressa un rapide signe de la tête avant de s'asseoir à sa table. Il commanda une bouteille de vin au serveur puis posa les yeux sur la porte du restaurant qu'il apercevait depuis sa chaise.
Il pouvait sentir le regard de Castiel sur lui. Il se demandait ce que le jeune policier pouvait penser à cet instant précis. Il était probablement déjà concentré sur son objectif, mais Dean ne pouvait s'empêcher d'espérer que son entrée avait eu de l'effet sur lui. Que sa tenue l'avait un tant soit peu perturbée. C'était idiot et probablement un peu vaniteux de sa part, mais c'était également plus fort que lui.
Il choisit toutefois de ne pas tourner le visage en direction de Castiel. Il ne devait surtout pas se laisser déconcentrer. Dean avait une responsabilité dans cette histoire et il avait tout à fait l'intention de l'assumer pleinement.
Il ne savait pas à quoi Franck ressemblait, mais il le reconnut pourtant dès qu'il franchit la porte du restaurant. C'était en partie grâce à son don. Il ne fut donc pas surpris.
Et il eut la confirmation de ce qu'il avait ressenti quand il vit le serveur conduire l'homme jusqu'à sa table.
Il était plus âgé que lui. Il approchait probablement la cinquantaine. Dean n'avait aucun problème avec la différence d'âge. Il avait couché avec des hommes qui auraient pu être son père. Il avait eu la preuve, à maintes reprises, que les performances sexuelles n'avaient rien à voir avec l'âge de ses partenaires.
Franck était également élégant, grand et élancé. Il était évident qu'il faisait attention à lui. Il était séduisant et Dean aurait parfaitement pu l'aborder dans un bar dans d'autres circonstances. Il pouvait sentir chez lui une certaine gêne et un malaise évident. Ce n'était pas surprenant dans ces circonstances. Dean n'avait jamais eu la moindre gêne en se rendant à un tel rendez-vous. Il assumait pleinement de n'avoir envie que de sexe. C'était naturel après tout à son âge, mais il savait que ce n'était définitivement pas le cas de tout le monde. Certains hommes avaient du mal à accepter leurs propres désirs. Dean aurait aimé pouvoir les aider.
Il n'avait toutefois pas le temps de se préoccuper de ce détail pour le moment. Il avait besoin de laisser son don s'exprimer et lui permettre de déterminer si ce Franck était leur tueur ou non.
Il se leva quand l'homme approcha de lui. Il ne manqua pas le regard intéressé que son partenaire jeta presque aussitôt à son corps. Il savait parfaitement ce qu'il pensait à cet instant précis. Il se demandait s'il avait une chance de le mettre dans son lit. S'il n'avait pas visé trop haut. Il imaginait sans doute également à quoi Dean pouvait ressembler totalement nu et allongé sur son lit. Il était également possible qu'il soit leur tueur et qu'il soit en train de se demander comment il allait torturer le jeune homme. Comment il allait le tuer. L'idée lui fit froid dans le dos, mais il l'ignora pour le moment.
- Dean ? lança Franck en s'arrêtant de l'autre côté de la table.
- Le seul et l'unique, répondit le jeune homme en lui serrant la main.
Franck le regarda à nouveau quelques secondes avec intérêt avant de s'asseoir sur sa chaise. Dean l'imita une seconde plus tard.
- J'espère que tu n'es pas déçu … que tu ne t'attendais pas à quelque chose d'autre.
Dean secoua la tête aussitôt. Il ne comprenait pas comment un homme aussi séduisant pouvait ainsi douter de l'être suffisamment pour lui, mais c'était quelque chose qu'il vivait souvent et il savait parfaitement comment réagir.
- Déçu ? Pourquoi est-ce que je serais déçu ? Tu es séduisant. Tu es sexy. C'est plutôt à moi de te demander ça non ? J'espère que tu ne t'attendais pas à quelqu'un de plus âgé … de plus expérimenté ou de plus … disons … androgyne.
Franck sembla surpris par sa réponse. Il déglutit avec peine et attendit que le serveur ait déposé leurs menus sur la table pour reprendre la parole.
- Comment pourrais-je être déçu ? Je te soupçonne de savoir parfaitement à quel point tu es … disons … disons que je pense que tu es le fantasme de la majorité des hommes. Sans doute également de la majorité des femmes. En tout cas, si on me demandait de décrire l'homme idéal … physiquement parlant … je ferais sans nul doute une description qui collerait parfaitement à toi.
Dean était habitué aux compliments. Il en recevait régulièrement de la part de ses conquêtes. Le plus souvent, les hommes tenaient ces propos pour le mettre dans leur lit. Et Dean les laissait faire. Il n'était pas tout à fait sûr de comprendre ce qu'on lui trouvait, de comprendre pourquoi beaucoup fantasmaient ainsi sur lui et sur son corps, mais il devait reconnaître que cela faisait du bien à son égo. Si on en croyait Sam, il manquait de confiance en lui-même. Lui jugeait qu'il était réaliste.
- Merci pour le compliment. Et maintenant si tu le veux bien, j'aimerais qu'on laisse tout ça de côté et qu'on commence à discuter de ce qui nous a amené à nous rencontrer. Tu n'étais pas très clair sur le site. Je sais que mon profil t'a plu, mais … je ne suis pas sûr de ce que tu attends de moi. De ce que tu espères tirer de ce rendez-vous.
Dean avait besoin de rentrer dans le vif du sujet rapidement. Il ne voulait surtout pas que Franck, si toutefois il n'était pas leur tueur, puisse se faire de fausses idées sur le but de leur rencontre. Il n'était pas là pour trouver un compagnon, un petit ami ou même quelqu'un avec qui coucher. Il était là dans un seul but et il ne comptait pas le perdre de vue.
- Tu es direct. C'est … une bonne chose. Je sais que tu n'as pas de temps à perdre. Mais je dois reconnaître que je ne suis pas … je n'ai pas l'habitude de ce genre de rencontre.
- Je n'ai pas honte de mon … expérience en la matière. Il n'y a aucun mal à avoir envie de sexe. Ces sites sont là pour ça. Et … cette rencontre, c'est avant tout pour nous assurer que nous sommes compatibles de ce point de vue-la. Je sais que tu as lu ma liste de préférences. Je sais que tu es au courant de ce que j'attends de mes partenaires. De ce que j'aime qu'ils me fassent … de la manière dont j'aime qu'ils me contrôlent au lit, mais ton profil n'en disait pas beaucoup sur ce que toi tu aimes et il est important que tu me le dises maintenant. Si nos goûts diffèrent trop, alors personne n'en ressortirait satisfait.
Franck hocha la tête mais ne répondit pas tout de suite. Dean lui laissa quelques secondes pour rassembler ses idées. Il en profita pour jeter un coup d'œil autour d'eux. Il se demandait si Castiel pouvait entendre ce qu'ils étaient en train de se dire. Si l'idée que Dean puisse parler sexe avec un inconnu le rendait jaloux. Il aurait aimé pouvoir étudier l'expression sur son visage et obtenir sa réponse, mais il ne voulait surtout pas éveiller les soupçons de Franck. Il reporta donc rapidement son attention sur lui.
- Je pense que nous sommes compatibles … je … il s'avère que j'aime avoir le dessus sur mes partenaires … j'aime les contrôler … les dominer. J'aime l'idée d'être celui qui décidera quand ils jouissent et … enfin … disons que je partage tes préférences. Et je pense que ça pourrait coller entre nous.
- Tu aimes avoir le contrôle alors ? C'est effectivement une bonne chose pour moi. Mais … est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que tu aimerais tenter avec moi … quelque chose que tu désires plus que tout et … tu peux tout me dire. Rien ne me choque.
Dean avait vraiment besoin d'en savoir plus. Les réponses de Franck étaient trop vagues pour qu'il se fasse une idée suffisamment claire de ses intentions. Il percevait quelque chose d'inquiétant de sa part depuis quelques secondes. Quelque chose qu'il ne savait pas comment définir. Il était différent des autres hommes qu'il avait rencontrés jusque-là et n'était pas totalement inoffensif. Il cachait quelque chose et Dean avait besoin d'en savoir plus. Il était peut-être en face du monstre qui avait assassiné Keith.
- Oui, il y a des choses que j'aime et que je n'ai jamais osé demander à qui que ce soit. Ce n'est pas toujours facile de confier ces choses-là, mais puisque tu me le demandes, je vais te répondre franchement. J'ai toujours été fasciné par le sadomasochisme… pas… je m'exprime sans doute mal. Je ne cherche pas à te dire que je veux te faire du mal … te blesser ou quoi que ce soit de ce genre. Juste … j'aimerais assez t'attacher aux montants du lit et te pousser aux portes de l'orgasme encore et encore jusqu'à ce que tu me supplies de te laisser jouir. Je veux utiliser ton corps et en tirer un maximum de plaisir avant de t'accorder le tien. Je veux que tu ne puisses plus bouger. Que tu sois entièrement à ma merci. Et … peut être te donner la fessée en guise de punition si toutefois tu ne m'obéis pas.
Dean n'aurait pas été contre l'idée en temps ordinaire. Il avait déjà laissé certains de ses partenaires l'attacher au lit. Il aimait qu'on contrôle ses orgasmes et il lui arrivait même d'apprécier une petite fessée, mais il n'aurait jamais accepté quoi que ce soit de ce genre avec Franck. Car plus les secondes avançaient et plus il se sentait mal à l'aise en sa présence. Il avait la sensation de ne plus être en face de la même personne que quelques secondes plus tôt. Presque comme si Franck avait choisi de se dévoiler enfin. Il n'y avait plus aucune nervosité, plus aucune gêne. Il se libérait, et cela avait déclenché une sonnette d'alarme chez Dean. Ce type semblait dangereux, mais le jeune homme n'était pas encore sûr de savoir à quel point.
- C'est … plutôt précis pour quelqu'un qui semblait ne pas vraiment savoir ce dont il avait envie en rédigeant son profil, commenta t-il alors.
- C'est toi qui m'as dit que je ne devais pas avoir honte et tu as raison … je ne vois pas pourquoi je me cacherais quand toi tu dévoiles à quiconque te montre un semblant d'intérêt tout ce que tu as envie qu'on te fasse subir.
Le terme « subir » ne fit que renforcer l'impression que Dean avait depuis un petit moment. Franck ne semblait pas avoir le moindre respect pour lui. Il le jugeait clairement en raison de sa franchise et cela collait avec le profil du tueur, mais ça ne voulait rien dire. Franck était peut-être juste un salopard qui aimait rabaisser ses partenaires pour se sentir supérieur. Cela ne faisait pas de lui un tueur en série.
- Je n'ai effectivement pas honte de ce que je suis et de ce que j'aime, mais je ne veux pas qu'on me fasse « subir » quoi que ce soit. Peu importe le rôle que je souhaite tenir en matière de sexe, c'est un acte consenti et un partage. Je laisse l'illusion à mes partenaires de me contrôler, mais si à un quelconque moment ce qu'ils me font ne me plait pas alors tout s'arrête. Parce que j'ai le contrôle.
Franck grimaça alors, visiblement déçu par ce qu'il entendait. Il était clair pour Dean que ce n'était pas sa façon de voir les choses. Il devait le pousser plus loin. Le forcer à parler. Peut-être à révéler quelque chose qui confirmerait enfin ses soupçons, mais pour le moment, il pouvait sentir l'angoisse et la panique le gagner. Il avait besoin d'en avertir Castiel. Il regrettait de ne pas avoir mis au point un signal avec le jeune policier pour lui faire comprendre que la situation devenait tendue. Il n'avait pas été suffisamment prévoyant.
Il avait toutefois besoin que Castiel sache. Il opta donc pour la seule solution qui s'offrait à lui. Il devait quitter la table et se rendre aux toilettes. Le jeune policier aurait alors peut-être l'idée de le suivre. Il pourrait le mettre au courant de ce qui se passait sans alerter Franck. Sans le faire fuir. C'était la seule solution.
- Je reviens dans une minute, lança-t-il alors en se levant de sa chaise.
Il ne laissa pas à Franck le temps de protester ou de lui poser la moindre question. Il s'éloigna de la table et pris la direction des toilettes. En passant devant la table de Castiel, il lui jeta un rapide coup d'œil en priant pour que ce dernier comprenne le message et finisse par le rejoindre pour qu'ils fassent ensemble le point sur la situation.
Si Castiel avait cru que parler sexe avec Dean et l'entendre décrire tout ce qu'il aimait qu'on lui fasse au lit était la pire des tortures, il avait eu clairement tort. Car il avait vécu bien pire ces derniers jours. Regarder Dean dîner avec ces hommes qui n'avaient qu'une seule idée en tête était sans nul doute ce qu'il avait vécu de plus difficile depuis toujours. Il savait que ressentir toutes ces choses pour Dean compliquerait la tâche pour lui, mais il n'avait pas imaginé à quel point.
Car à chaque nouveau rendez-vous, il devait regarder le jeune homme se laisser séduire et charmer par des inconnus qui ne le méritaient pas. Des hommes fades et sans aucun intérêt. Castiel ne pouvait pas être sûr d'être meilleur qu'eux, il ne les connaissait pas, mais lui avait au moins le mérite de ne pas vouloir que du sexe avec Dean. Il avait envie de bien plus. Il avait envie de le serrer dans ses bras pendant des heures, de s'endormir à ses côtés, de le regarder sans rien dire juste pour admirer la perfection de ses traits, de l'entendre rire, de le voir vieillir, de lui tenir la main. Il n'était pas parfait, mais il n'était pas uniquement intéressé par le physique de Dean. Il s'intéressait également à tout ce qui se cachait à l'intérieur et il estimait être un meilleur choix que tous ces hommes que le jeune homme rencontrait.
Bien sûr, il le faisait avant tout pour leur enquête, mais il l'avait admis lors de l'une de leurs conversations, il garderait leurs noms en tête et finirait peut-être par les recontacter une fois leur enquête terminée.
Castiel aurait aimé ne pas voir leurs visages. Il aurait préféré ne pas les observer dévorant Dean des yeux comme s'il n'était rien de plus qu'un morceau de viande, rien de plus qu'un corps parfait dans lequel prendre du plaisir sans se soucier de l'âme qui se dissimulait à l'intérieur.
Et parce qu'il devait jouer le jeu, Dean choisissait à chaque fois une tenue adéquate. Une tenue qui le mettait en valeur. Castiel le trouvait séduisant même s'il ne portait pas ce genre de vêtements. Il était presque sûr qu'il le trouverait sexy et parfait, même couvert d'un sac poubelle. Il devait toutefois reconnaitre que le voir avec des vêtements lui collant littéralement à la peau et mettant en valeur sa musculature et la courbe de ses fesses était fascinant.
Castiel en oubliait presque à chaque fois le but de ces rendez-vous. Il avait la sensation d'être un voyeur. Heureusement pour lui, Dean restait concentré sur leur objectif et mettait un terme à chaque rendez-vous dès qu'il était absolument sûr que son partenaire n'était pas leur tueur.
Jusque-là, cette nouvelle piste s'était avérée totalement infructueuse. Dean semblait perdre espoir, mais Castiel voulait croire qu'ils n'avaient pas fait tout ça pour rien. Qu'il n'avait pas eu à subir cette torture sans en retirer quelque chose.
Il leur restait encore quelques rendez-vous. Castiel restait optimiste malgré tout.
Comme à chaque fois, il se rendit au restaurant choisi par Dean avant l'heure du rendez-vous. Il s'installa à une table non loin de celle que Dean avait réservée, commanda un soda et le premier plat sur le menu puis attendit patiemment que le jeune homme fasse son entrée.
Comme à chaque fois, il était à couper le souffle. Peut-être plus encore cette fois-ci. Castiel aurait aimé qu'il fasse tous ses efforts pour lui. Qu'il ait choisi cette tenue avec pour seul objectif de le séduire lui. C'était idiot et prétentieux de sa part, mais c'était un petit fantasme qu'il s'accordait pour ne pas perdre complètement la tête.
Dean lui jeta un coup d'œil avant de prendre place. Franck, son rendez-vous du jour, ne tarda pas à faire son entrée.
Castiel devait reconnaître qu'il était séduisant. Il dégageait quelque chose. Il était élégant. Mais il était bien plus âgé que Dean. Et si le jeune policier se fichait de ce genre de choses d'ordinaire, il ne pouvait s'empêcher d'être gêné par cet état de fait. Il ne comprenait pas comment un homme d'une cinquantaine d'année pouvait penser avoir la moindre chance avec un jeune homme de vingt-deux ans qui était en mesure de séduire n'importe qui. Il espérait sincèrement ne jamais devenir comme lui.
Il ravala toutefois sa colère et se concentra sur Dean. Il discutait avec Franck et semblait parfaitement maîtriser la situation. Castiel ne pouvait pas entendre ce qu'ils se disaient, mais il n'y avait rien d'inquiétant jusque-là.
Il ne toucha pas à son plat et resta concentré sur ce qui se passait à l'autre table. Il n'était pas sûr d'être suffisamment discret, mais il ne voulait surtout rien rater. Si Dean lui faisait le moindre signe, il ne voulait pas le manquer. Il était là pour le protéger et c'était une mission qui lui tenait vraiment à cœur.
Après quelques minutes, Dean se leva de sa chaise. Castiel le suivit des yeux, curieux quant à son départ de la table. Il ne manqua pas le petit coup d'œil que le jeune homme lui jeta, mais il n'était pas sûr de savoir comment l'interpréter. Il resta donc sur sa chaise et attendit. Dean prit la direction des toilettes et Castiel fut aussitôt soulagé.
Bien sûr, ce ne fut plus le cas quand il vit Franck se lever à son tour et prendre la même direction que le jeune homme. Il ne put alors s'empêcher de se demander si c'était ce que Dean lui avait demandé. S'il avait envie de lui donner sa chance ici et maintenant. C'était peut-être pour ça que le jeune homme lui avait jeté ce regard avant de s'éloigner. Pour lui dire de ne pas intervenir. Que tout allait bien. Il avait peut-être juste envie de passer un peu de bon temps seul à seul avec Franck.
Il était prêt à les laisser faire. Il n'avait pas le droit d'interférer avec la vie privée du jeune homme, mais il y avait tout de même quelque chose qui clochait. Dean avait dit et répété qu'il ne pensait qu'à leur enquête, qu'il ne laisserait rien le distraire. Il s'en voulait pour la mort de Keith. Il voulait arrêter le tueur et était tout à fait prêt à tout laisser de côté pour y parvenir. Son comportement ne collait pas avec tout ce qu'il lui avait dit jusque-là.
Castiel réalisa alors qu'il faisait peut-être fausse route. Dean avait peut-être cherché à l'alerter que quelque chose clochait. Il avait peut-être pris la fuite parce que Franck lui faisait peur et Castiel était resté assis comme un idiot sans rien comprendre, à s'imaginer des choses. Il se leva d'un bond et prit aussitôt la direction des toilettes.
Il tenta de pousser la porte mais elle était verrouillée. Il recula aussitôt d'un pas, à nouveau assailli par les doutes. S'il interrompait quelque chose que Dean avait initié, ce dernier serait probablement furieux. Castiel ne voulait pas le mettre en colère et il n'avait pas non plus envie de voir quoi que ce soit de compromettant. Sa jalousie risquerait alors de devenir incontrôlable.
Il serait sans doute resté de longues minutes à tergiverser comme un idiot s'il n'avait pas entendu un cri étouffé de l'autre côté de la porte. Il entra alors aussitôt en action. Heureusement pour lui, la porte n'était pas solide et le verrou ne résista pas à son coup d'épaule.
Il bascula légèrement en avant, entraîné par son élan, mais parvint à se redresser presque aussitôt. Ce qu'il vit alors le figea sur place pendant une seconde.
Dean était plaqué contre le mur, son visage grimaçant tourné vers lui et appuyé contre un miroir fendu. Il était légèrement courbé en avant, le lavabo l'empêchant de se tenir droit. Il avait le ventre contre et la pression semblait douloureuse. Franck se tenait derrière lui, une main refermée autour de sa nuque pour l'empêcher de bouger et l'autre occupée à détacher la ceinture du pantalon du jeune homme.
Castiel porta une main à son arme dissimulée sous sa veste. Il la sortit sans hésiter et la pointa instantanément en direction de Franck. Ce dernier sembla surpris par son entrée, mais il ne lâcha pas Dean pour autant.
- Police de Detroit. Les mains en l'air ! jeta Castiel qui avait parfaitement conscience des tremblements qui faisaient bouger ses mains.
Il aurait pu arriver trop tard. S'il n'avait pas entendu le cri de Dean, ce dernier aurait été violé sans qu'il ne puisse le sauver. Et tout aurait été de sa faute. Parce qu'il n'avait pas su interpréter son regard à son départ de la table. Parce qu'il était un idiot.
- Lâchez-le et reculez d'un pas, ordonna-t-il quand il fut évident que Franck n'allait pas bouger.
Dean grimaçait toujours, mais il semblait soulagé de voir Castiel. Ce dernier allait avoir des excuses à lui faire, mais ce n'était pas encore le moment. Il devait d'abord faire reculer Franck. Puis s'assurer que son ami n'était pas blessé. Il lui dirait seulement ensuite combien il était désolé de ne pas être intervenu plus tôt.
- Je vous ai dit de le lâcher, répéta-t-il alors.
Franck sembla enfin sortir de sa torpeur. Il recula d'un pas, relâchant Dean et lui permettant de se redresser. Castiel vit aussitôt la blessure sur son front dû probablement au verre fendu du miroir. Il ravala sa colère pour ne pas appuyer sur la gâchette et tuer Franck, mais il ne parvint pas à résister à l'envie de lui coller son poing dans la figure. Il ne chercha pas à se retenir et son adversaire bascula en arrière, assommé. Castiel l'ignora alors et se précipita en direction de Dean. Le jeune homme tremblait considérablement, mais mis à part sa blessure au front, il ne semblait pas blessé.
- Cas, tu … tu n'aurais pas dû le frapper. Tu risques d'avoir des ennuis.
Castiel doutait d'être poursuivi pour ce qu'il venait de faire. Il était respecté et ses états de service étaient impeccables. Si Franck souhaitait le dénoncer, ce serait sa parole contre la sienne. Celle d'un violeur en puissance contre celle d'un policier respecté. Il ne risquait strictement rien et s'il condamnait systématiquement la violence lors des interventions, cette fois, il estimait que Franck le méritait.
- Non, je ne risque rien. Et de toute façon, je m'en contrefiche. Tout ce qui m'importe c'est toi. Dean, tu … est-ce qu'il a eu le temps de te faire du mal ? Je veux dire … est-ce qu'il t'a frappé ?
Le jeune homme secoua aussitôt la tête. Il essuya la plaie sur son front du revers de la main avant de pousser un long soupir.
- Non, il n'a fait que m'insulter et tenter de me rappeler … et je le cite … quelle était ma place. Visiblement, le fait que je sois ouvert sur mes préférences et que je les assume pleinement fait de moi … je te le cite à nouveau … rien de plus qu'une pute en chaleur qui excite les autres avant de jouer les innocents.
Castiel regretta alors de ne pas avoir frapper Franck plus fort. Ce type méritait qu'on le remette à sa place. Il méritait qu'on lui donne une bonne leçon, mais c'était trop tard pour ça. Il devait s'occuper de Dean et prévenir ses collègues pour qu'on vienne chercher ce salopard.
- Je vais appeler Gabriel. Est-ce que tu veux porter plainte contre lui ?
Dean jeta un coup d'œil à Franck qui ne semblait pas encore prêt à reprendre connaissance.
- Bien sûr que je veux porter plainte contre lui. Ce salopard le mérite et cela évitera peut-être qu'il recommence avec un autre. Il m'aurait violé si tu n'étais pas intervenu.
- Est-ce qu'il pourrait être notre tueur ?
Dean réfléchit une seconde avant de secouer la tête, l'air profondément déçu. Castiel pouvait le comprendre. Il avait pris ce risque pour rien. Il avait manqué de se faire violer et ils n'avaient toujours pas la moindre piste concrète.
- Non, malheureusement ce n'est pas lui. J'aurais aimé. J'ai voulu y croire une seconde mais … quand il m'a touché, je l'ai su et je n'ai pas le moindre doute. C'est un enfoiré et un monstre lui aussi … mais pas le monstre qu'on cherche.
Castiel était bien évidemment tout aussi déçu que Dean semblait l'être, mais il ne s'en inquiétait pas pour le moment. Pas quand la plaie sur le front du jeune homme saignait et qu'il sentait combien ce qui venait de lui arriver l'avait bouleversé. Il avait déjà vécu une situation similaire par le passé. Il avait alors réussi à prendre la fuite, mais cela l'avait conduit à se faire renverser par une voiture. Il devait forcément revivre ces souvenirs douloureux. Castiel aurait aimé savoir quoi dire pour qu'il se sente mieux.
- Je suis désolé Dean. J'ai mal interprété ton regard juste quand tu as quitté la table. Je ne sais pas à quoi je pensais … ou plutôt si … pendant une seconde, j'ai cru que tu … que tu me demandais de ne pas intervenir. Que tu … quand il t'a suivi, j'ai pensé que c'était ce que tu voulais … qu'il te plaisait. Et c'est … je me rends compte maintenant que je t'ai manqué de respect. Tu m'avais dit et répété maintes fois que tu resterais concentré sur ton objectif. Que tu n'étais pas là pour trouver un homme pour la nuit et je … je l'ai compris … je m'en suis souvenu trop tard. Tout est de ma faute. Je pourrais comprendre que tu …
Il aurait probablement continué à se confondre en excuses pendant de longues minutes si Dean ne l'avait pas interrompu en plaquant sa main contre sa bouche.
- Cas … non. Je ne t'en veux pas. Je peux comprendre … je suppose qu'on aurait dû mettre un signal en place pour ce genre de situations. Ou peut-être aurais-je dû me montrer plus clair. Dans tous les cas, ce n'est ni de ta faute ni de la mienne. C'est de la faute de cet enfoiré. Tu m'as sauvé la vie. C'est la seule chose qui compte à mes yeux. Je me suis toujours targué d'être capable de me sauver moi-même dans n'importe quelle situation. De ne pas avoir besoin qu'on vole à mon secours, mais cette fois, je crois que … si tu n'étais pas arrivé, j'aurais probablement … il m'a pris par surprise. Il avait le dessus et je ne crois pas que j'aurais pu m'échapper alors … je ne vais certainement pas te faire des reproches. Je vais juste me contenter de te dire merci. Et toi, tu vas l'accepter.
Castiel avait des objections mais il était évident que Dean refuserait de les entendre. Il se retint donc de les prononcer quand le jeune homme retira sa main de sa bouche. Il se concentra à la place sur sa plaie au front.
- Tu devrais voir un médecin. Je ne pense pas que ce soit très profond, mais tu pourrais avoir besoin de faire suturer la plaie. Je ne veux pas prendre le moindre risque.
- Je vais bien Cas. C'est une égratignure. Rien de plus. J'ai juste envie de rentrer chez moi et d'oublier tout ça.
Castiel n'aimait pas l'idée de ne pas conduire Dean à l'hôpital. Il aurait aimé qu'un médecin l'examine pour s'assurer qu'il allait bien. Et il n'y avait pas que la blessure physique qui l'inquiétait. Dean avait subi un choc. Il avait échappé à une tentative de viol. Ce n'était pas anodin. Il aurait probablement besoin d'en parler à quelqu'un. Ou juste de compagnie pour ne pas ressasser les événements toute la nuit.
- Tu ne devrais pas rester seul. Je ne doute pas de ta force, mais … tu es toujours sous le choc et il se peut que l'adrénaline qui coule dans tes veines t'empêche de te rendre vraiment compte de l'étendue de ce que tu as subi. Je détesterais que tu sois seul quand tout ça te reviendra en pleine face. Tu auras peut-être besoin de quelqu'un et je…
- Je ne serai pas seul Cas. Mon frère est chez nous et… je sais que je peux lui parler si j'en ai besoin. Je te promets de t'appeler également si toutefois ça ne me suffit pas.
Castiel ne doutait pas que la présence de Sam soit bénéfique à Dean. Ils étaient de toute évidence extrêmement proches l'un de l'autre, mais il aurait aimé être celui qui veillerait sur le jeune homme. Il lui avait fait faux bond ce soir. Il ressentait le besoin de se rattraper maintenant.
Castiel n'insista toutefois pas car il était une nouvelle fois évident que Dean refuserait de l'entendre. Il choisit, à la place, de menotter Franck pour éviter qu'il puisse tenter quoi que ce soit. Il sortit ensuite son téléphone et appela Gabriel. Son coéquipier lui assura qu'une patrouille arriverait rapidement. Quand Castiel raccrocha, Dean ne tremblait plus, mais il semblait toujours perturbé par ce qu'il avait vécu.
- Il n'a peut-être pas tort tu sais, souffla le jeune homme en regarda Franck qui était toujours inconscient.
Castiel fronça les sourcils, surpris par ce qu'il entendait.
- Je veux dire … c'est la deuxième fois qu'un homme tente d'abuser de moi. Peut-être que je … peut être qu'il y a quelque chose chez moi qui … peut-être que me montrer aussi honnête et direct finira un jour par me jouer un tour. C'est … parfois j'ai la sensation de n'attirer que les malades.
Castiel refusait d'entendre Dean tenir de tels propos. Il n'avait rien à se reprocher. C'était quelque chose de typique chez les victimes de viol ou chez ceux et celles qui y réchappaient de justesse. La culpabilité. Castiel prenait alors le temps de leur expliquer que ce n'était pas de leur faute. Que rien ne pouvait justifier qu'on soit violé. Peu importait la tenue qu'on choisissait de porter, ce qu'on pouvait dire ou la manière dont on se comportait. Un violeur restait un criminel. Un monstre. Ce n'était jamais la faute de la victime.
- Dean, ce n'est pas de ta faute. Je sais ce que tu te dis à cet instant précis. Je l'ai entendu dans la bouche d'autres victimes avant toi. Mais c'est ce que tu es … une victime. Tu n'es responsable de rien. Tu es libre de dire ce que tu veux. D'aimer ce que tu aimes et de porter ce que tu as envie de porter. Personne n'a le droit de s'en servir pour justifier un viol. Et si tu veux mon avis, tu n'attires pas les malades parce que tu es direct ou que tu aimes ce que tu aimes. Tu attires les malades parce que tu es extrêmement séduisant. Parce qu'ils sont inexorablement attirés par ta beauté. Ce qui n'est pas un crime.
Dean le dévisagea une seconde avant d'hocher doucement la tête. Castiel savait qu'il aurait probablement besoin de quelques heures pour assimiler pleinement ces propos, mais il les acceptait et c'était déjà beaucoup.
- Je sais que tu as raison … au plus profond de moi, je continue de penser que j'ai le droit d'être qui je suis et que cela ne justifie pas qu'on me fasse du mal, mais une petite partie de moi ne peut s'empêcher de se demander si Franck n'avait pas raison. Ça finira par passer. Je le sais. J'ai juste besoin d'une bonne nuit de sommeil.
- Je demanderai à ce qu'on te reçoive demain pour déposer plainte. Et je donnerais également ma version des faits. Avec nos deux témoignages cumulés, Franck n'a aucune chance de s'en sortir.
Dean sourit avant de se tourner et de jeter un coup d'œil à son reflet dans le miroir. La plaie sur son front ne saignait plus. Elle ne laisserait probablement aucune cicatrice, mais Castiel la détestait quand même car elle symbolisait son échec à protéger Dean comme il s'était promis de le faire.
- Je commence à me demander sérieusement si je n'ai pas eu tort en pensant pouvoir capturer notre tueur via ces sites de rencontre. Ou en pensant que je pourrais être le genre d'homme qu'il choisirait. J'ai peur de te faire perdre du temps.
- On ne doit pas baisser les bras Dean. Je reste convaincu que cette piste est la bonne. Il nous faut juste faire preuve d'un peu de patience. On finira par le trouver et on l'arrêtera.
Dean hocha la tête. Il prit ensuite une grande inspiration. Castiel le vit reconstruire peu à peu ses défenses et reprendre le dessus sur le choc. Il était fort. C'était indéniable. Sans doute bien plus fort que beaucoup des collègues de Castiel. Il était également incroyablement courageux. Le jeune policier aurait aimé le lui dire, mais Dean n'était pas en état d'entendre ses compliments. Il se promit de les lui dire plus tard. Il ne pourrait peut-être pas être celui qui le réconforterait et le soutiendrait cette nuit, mais cela ne l'empêchait pas de tenir tout de même un rôle important. Il avait manqué à sa tâche ce soir. Cela ne se reproduirait plus. Il allait être plus vigilent à compter de maintenant. Dean le méritait bien.
