Chapitre 13 : Visite chez les Malefoy
Fort heureusement, Harry connaissait le sort domestique adapté à la situation. Avec un geste silencieux de sa baguette, l'incident s'inversa, remettant la soupe dans le bol de Drago et sauvant la nappe blanche de son destin funeste – ou taché. À peu près la même chose. Cela lui donna un instant pour réfléchir.
- Je veux dire qu'il me teste sur les poisons et les antidotes.
- En t'empoisonnant.
- Cette soupe est délicieuse.
Drago ramassa sa cuillère et se remit à manger. Harry fit de même. La soupe était en effet délicieuse – légère mais nourrissante, avec un fond de bouillon de poisson agrémenté de tomates et de carottes. Elle avait l'air un peu français.
- Je ne vais pas te crier dessus," dit Drago, posant sur Harry un regard froid. "Je vais juste le dire à Hermione et à Black."
- Non.
Drago lui sourit.
- Si tout va bien, pourquoi ne pas le leur dire ?
Les pièges verbaux de parler avec des Serpentard, argh.
- Sirius n'aime pas Rogue de toute façon. Hermione n'aimerait pas l'idée de moi me faisant empoisonner. Ils ne pourraient pas…
Comprendre.
- Comprendre ?" répéta Drago. "Bien sûr que non. Ce n'est pas compréhensible, Harry."
- Si ça te déplaît à ce point, pourquoi ne pas lui dire toi-même ?
- Je ne suis pas quelqu'un de très frontal," dit Drago d'une voix ronronnante.
Harry prit un instant pour apprécier cette amélioration d'auto-reconnaissance et de maturité, parce que quelques années plus tôt Drago serait directement passé au combat avant de se rappeler qu'il détestait se battre.
Concentration en toutes choses, Harry.
Harry se concentra sur sa soupe, et la discussion.
- Je pourrais lui parler.
- J'aimerais bien être à ta place quand mon cher cousin lui parlera. À ce propos, Harry, je veux ta parole que tu ne t'en mêleras pas.
- Pardon ?
- Ce serait bien si tu pouvais être là pour la discussion, mais je refuses que tu interfères.
Harry songea à une tour, se dressant froide et sans espoir dans la nuit, et à un jet de lumière verte.
- J'interférerai si je dois le faire.
- Si nous passions un marché," dit Drago, finissant sa soupe et commandant l'arrivée du plat suivant avec un petit coup de baguette. Harry observa le petit volatile rôti qui se tenait dans son assiette, garni de pommes de terre nouvelles, et essaya de ressentir autre chose que de l'irritation et de l'accablement.
- Quelle sorte de marché ?
- Tu acceptes de ne pas interférer, et je ne dis rien à Hermione ou Ron.
Le jour où Drago avait décidé qu'il pouvait se permettre d'appeler Hermione et Ron par leur prénom avait de toute évidence été une journée horrible.
- Et c'est mieux ?
- C'est toi qui vois. Mange donc, Harry. Te faire empoisonner n'a pas atteint ton appétit, si ?
- J'ai totalement réglé ça, je te remercie.
- Hmm," fit Drago. "Dis-moi tout. Qu'est-ce que tu as utilisé ?"
- Oh, c'était délicat, mais il persiste à utiliser un système qui utilise de la jade pour lier…
Une part de Harry, alors qu'il mangeait et buvait le jus frais et pétillant, et expliquait les poisons, avait bien conscience du fait que Drago était en train de détourner son attention. Mais ce n'était pas grave. Harry n'avait pas vraiment envie de se livrer à un duel contre Drago par dessus leurs poulardes de Cornouailles. C'était gaspiller de la nourriture.
Pas que Harry soit vraiment à l'aise avec le fait de se battre en duel en ce moment, au vu des circonstances…
- D'accord. Je ne m'en mêlerai pas.
- Tu le promets ?
- Oui, je le promets.
Même si c'était seulement parce que Harry n'avait pas particulièrement envie de gagner un duel contre Rogue ou Sirius.
Drago, inconscient des pensées de Harry, dit :
- Tu vois ? Tu peux avoir du bon sens parfois. Que voudrais-tu faire après le déjeuner ?
- Il y a quelques livres que je voudrais trouver dans votre bibliothèque, en fait.
- Pas interroger ma mère ?
- Même si c'est très tentant, je pense qu'elle inverserait les rôles et en apprendrait plus sur moi que je le veux.
- Bien sûr que oui.
- Merci, Drago.
- La famille, c'est important," dit Drago d'une voix pieuse. "Et puisqu'on en parle, comment va ton cousin ?"
- Avec tout ça ? Il s'en sort assez bien à l'école, en fait. Il a aussi un boulot à temps partiel comme réparateur de motos que Sirius lui a trouvé. Mais ça reste plus agréable si on ne se voit pas trop souvent, avec tout ce qui s'est passé.
Avec la façon dont Oncle Vernon et Tante Pétunia avaient été assassinés quelques années auparavant, surtout. Ça n'avait pas vraiment été la faute de Harry, mais il ne les avait pas sauvés non plus. Il n'avait même pas eu vraiment l'occasion de faire son deuil, et il savait que Dudley savait ça.
- Ce n'est pas comme si j'allais protester.
- Parce qu'il est moldu.
- Oui, bien sûr," parce qu'il était toujours Drago Malefoy. "Mais aussi parce que ça signifie que tu as plus de temps libre pour les choses que tu apprécies, comme passer du temps avec moi."
- J'aurais pensé que tu avais d'autres choses à faire. Tu as tes amis, et la politique.
- Tu es la politique, Harry. Même toi tu dois savoir ça. Tu ne pourras pas continuer à éviter éternellement toute vie politique.
- Tant que j'évite les Mangemorts et les tueurs en série," grommela Harry. "Hermione s'occupe de tout ça."
- Elle s'en occupe en tant qu'Hermione Granger, petite employée du ministère, pas en tant qu'Hermione Granger, amie de l'Élu. Tout le monde pense que tu te planques quelque part, peut-être à Sainte Mangouste pour quelque horrible maladie.
- Je suis occupé.
- Tu es désespérant," corrigea Drago.
- Tu ne peux quand même pas vouloir que je me mêle de la politique. Je serais obligé de prendre position à propos de ton combat inévitable contre Hermione pour l'élection. C'est ça qui te fait envie ?
Drago s'immobilisa, le regard posé sur une des fenêtres qui donnaient sur la pelouse, pris dans ses pensées. Harry revint à son déjeuner.
- Non. Tu as parfaitement raison, je n'ai aucune envie que tu te places du mauvais côté de la loyauté. Sens-toi libre de continuer à t'abstenir de toute opinion politique comme un héros moral et honnête.
- Merci.
- Tu es mécontent avec moi.
- Ils vont essayer de entre-tuer. Rogue et Sirius, je veux dire.
- Hm. Vois-tu, j'ai cru comprendre que le professeur Rogue s'est montré impoli avec ma mère, la semaine passée.
Harry fit la grimace. C'était probablement entièrement vrai, mais… non. Non. C'était juste.
- En parlant de ta mère, j'ai besoin d'aller regarder dans votre bibliothèque. Peut-être emprunter quelques trucs.
- Ah. Tu auras besoin de la permission de père, alors.
Drago était peut-être un ami, mais Lucius Malefoy était toujours un tueur vicieux qui pensait que c'était une bonne idée de donner à une fillette de onze ans un journal maudit et de lâcher un basilic dans une école pleine d'enfants. Le fait qu'il soit devenu un allié précieux dans le combat contre Voldemort laissait Harry très perplexe. Harry avait été là et ne comprenait toujours pas trop comment M. Malefoy s'était inséré avec une telle délicatesse dans la reconstruction, poussant différentes factions à fraterniser et évitant toute responsabilité pour ses propres opinions politiques et son activité terroriste.
Ce fut une des nombreuses raisons qui poussèrent Harry à faire une grimace.
- Ne sois pas un enfant," lui dit Drago.
- D'accord.
Harry se leva. Drago tapota à nouveau la table avec sa baguette, et leur plat principal disparut pour laisser place à de délicates coupes de mousse au chocolat décorée de zestes de citron.
Harry se rassit.
Lucius Malefoy et sa femme se tenaient sur une terrasse ensoleillée en marbre donnant sur leur parc et leurs nombreux paons, discutant à voix basse comme s'ils étaient seuls au monde. Il avait meilleure mine que lorsqu'il sortait tout juste d'Azkaban – toujours l'air vieilli et un peu fou, mais rasé de près et calme. Narcissa Malefoy gardait posée sur son bras une main élégante, et le lâcha des yeux avec regret pour accueillir Harry et Drago.
- As-tu passé un agréable moment, Drago ?
- En effet, mère, merci. Père, Harry voudrait emprunter quelques ouvrages dans la bibliothèque pour son apprentissage. Serait-ce possible ?
- Quels ouvrages ?" demanda M. Malefoy à Harry.
- Une Histoire des Sorciers les Plus Ignobles et Fondations du Mal.
Narcissa Malefoy se mit à rire et demanda :
- Vraiment, rappelez-moi en quoi est votre apprentissage, je vous prie ?
- En potions.
- Bien sûr," dit M. Malefoy. "Tout pour aider un ami de la famille.
Harry avait déjà entendu Drago appeler Fenrir Greyback un ami de la famille. Pourquoi un terroriste meurtrier avait le droit d'avoir une famille aimante avec un fils qui l'adorait, Harry ne pouvait pas le comprendre. Il devrait vraiment y avoir un bureau pour dire qui était autorisé à avoir des enfants… non. Non, ça c'était une idée de Voldemort. Non.
- D'accord. Merci.
Rien de tel que se tenir au milieu de 'fiers sang-pur' pour donner à Harry l'impression d'être un roturier maladroit.
- Viens, Harry," dit Drago. "Tu sais où est la bibliothèque ?"
- Sûr," dit Harry. "Voldemort l'utilisait beaucoup, non ? On y discutait parfois ?"
Harry n'avait pas particulièrement apprécié les discussions que sa connexion mentale renforcée avec Voldemort avait provoquées, mais certaines avait été intéressantes, pas perturbantes, et la plupart des discussions dans la bibliothèque avaient été étrangement calmes.
Alors qu'il rentraient dans le manoir, le seul bruit derrière eux était les appels des oiseaux dans les arbustes.
