Bonjour à toutes et à tous.
Voici le onzième chapitre d'Encyclie, qui marque le passage vers la seconde partie de cette fiction. Le premier arc était consacré à "La Résurrection," à présent, nous passons dans "Les Négociations." Je vous remercie de continuer à suivre cette histoire, cela me touche plus que je pourrais jamais le dire!
Je suis aussi en train de retravailler mon profil afin de pouvoir bientôt indiquer les fictions "pré-Encyclie" que j'ai pu écrire ces dernières années. Il ne sera jamais nécessaire de les lire pour comprendre l'histoire, mais cela pourra ajouter des petites touches en plus si vous en avez envie!
-Disclaimer: -Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada. Et le reste est sujet à interprétation!
-L'illustration de cette histoire a été faite par Aelina, dessinatrice incroyable et amie merveilleuse. Merci de tout coeur, de nouveau, pour ce Milo solaire.
-Rating: M. (Présence de lemon dans ce chapitre, si vous souhaitez éviter de lire!)
-Précédemment, un choix a été fait au Sanctuaire Sous-Marin. Après un vote serré, Poséidon demandera le retour de Kanon dans ses rangs. Au Sanctuaire, sous couvert d'entraînement, les Gémeaux règlent leurs comptes, et sont interrompus de justesse par Dohko et Aphrodite. Aiolia confronte Aioros aux vérités que ce dernier ignorait, tandis que Camus endosse le rôle de rédacteur du traité de paix au nom du Sanctuaire. Shaka refuse celui d'ambassadeur, au profit de Kanon, alors que ce dernier et Milo s'embrassent pour la première fois. A présent, Athéna doit tenter d'apaiser ses troupes, tandis que les autres domaines s'assurent d'être prêts pour la rencontre à venir.
Merci, toujours, à Ta-chan76, de nouveau, pour son soutien et ses encouragements constants dans mon écriture. Pour nos headcanons toujours plus développés et renouvelés, qui m'ont encouragée à écrire cette histoire. Merci également pour la bêta-lecture de ce chapitre et les corrections apportées un nouvelle fois.
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture. N'hésitez pas à partager vos ressentis avec moi, je les reçois et y réponds avec grand plaisir.
Chapitre XI : Stratégie
Temple des Poissons, Sanctuaire
Un gémissement échappa au maître des lieux alors qu'Angelo reprenait la cadence inlassable de ses reins. Accroché à son dos, le visage rejeté en arrière, Aphrodite se lassait aller au plaisir, sans retenue. Les cheveux décoiffés, le souffle court, le Chevalier du Cancer le dévorait des yeux avec toute l'adoration dont il était capable, la seule qui leur convenait vraiment. Sous les lumières tamisées, ses iris carmin paraissaient encore plus hypnotiques que d'habitude. Le Douzième Gardien sourit, à travers ses cris, et passa une main sur la joue de son amant, avant de ramener brusquement ses lèvres près des siennes, murmurant contre sa peau :
« Allez… s'il te plaît. »
L'Italien eut un rictus, ravi d'obtenir la capitulation qu'il attendait. Il attrapa les mains coupables de tant de plaisirs pour les plaquer sur le drap de part et d'autre de sa tête. L'expression hautaine n'avait pas changée, soutenant son regard, un sourire toujours présent sur sa bouche entrouverte. Sans jamais cesser d'observer l'homme au visage défait mais aux yeux brûlants, il entama le rythme brutal qui ferait basculer Aphrodite en quelques instants.
Plus fort. Plus intense. Ne pas s'arrêter, surtout pas. Ne pas lui laisser l'occasion de reprendre sa contenance, de le défier de nouveau. Le pousser à bout, dans ses retranchements, jusqu'à ce qu'enfin, le plaisir fût la seule chose à laquelle il pouvait penser.
Le résultat fut exactement celui qu'il espérait. Les cris, de moins en moins retenus, se répercutèrent sur les murs, et il pouvait le voir se débattre d'envie sous lui, ses mains se tordant sous sa poigne, avant qu'un long hurlement ne retentît. Le corps arqué, Aphrodite vint pour lui, son prénom mourant sur les lèvres superbes abîmées de morsures. Cette vision seule, ajoutée à la façon dont son corps se referma autour de lui, suffirent à le faire basculer également et il gronda contre l'épaule pâle, les doigts serrés sur ses poignets.
Il y eu un moment de flottement agréable, alors qu'il s'allongeait sur le Suédois qui peinait à reprendre sa respiration. Gardant son appui sur un bras pour ne pas écraser son amant, Angelo dégagea quelques mèches trempées de sueur du visage qu'il aimait plus que sa maigre raison préservée. Immédiatement, Aphrodite tourna la tête vers lui, prenant ses lèvres avec autant de brutalité que de tendresse, ses jambes interminables encore serrées autour de lui, ses mains délivrées plongées dans les mèches pâles. Il était toujours incroyablement demandeur de contact après le sexe. A sa façon, bien évidemment. Mais Deathmask l'appréciait ainsi, ce moment étrange entre eux. Ce n'était jamais facile de gérer les quelques minutes suivant le plaisir, alors que la réalité reprenait ses droits. Autrefois, cet instant était bien souvent compliqué. Aujourd'hui, ils acceptaient de le savourer.
Après plusieurs minutes, l'Italien se redressa, couvrant le torse enfin apaisé de baisers mordus, avant de se retirer sous le grondement de mécontentement du Douzième Chevalier. Un rictus étira les lèvres du Quatrième, alors qu'il se tenait sur ses genoux face à son amant encore alangui. Aphrodite le regardait à travers ses cils hypnotisant, lui souriant de son air fier et ravi.
« Je suis ravi de voir que ces années n'ont pas affecté tes capacités, commenta le Suédois en s'étirant gracieusement.
— Toi également. Toujours aussi enthousiaste, aussi.
— J'ai de fort bonnes raisons de l'être, tu avoueras.
— C'est vrai. »
Le rire de Dite.
Deathmask le savoura quelques instants, glissant une main sur les jambes pâles qu'il ramena sur le côté. Il caressa la peau fine au niveau du genou, juste là. Son amant lui souriait un peu paresseusement, l'observant faire sans dire mot. Puis, l'Italien se pencha, frôlant sa jambe de ses lèvres. Il resta ainsi quelques minutes, son début de barbe frottant agréablement l'épiderme abîmé. Puis, il murmura à même la peau qu'il adorait, tout en sachant ce qu'il risquait de déclencher :
« Tu devrais parler à Shura. »
Immédiatement, l'autre homme se raidit et échappa à son contact.
« Putain, tu te fous de moi ? On en a déjà parlé ! Les confessions sur l'oreiller et les suggestions post-coïtales, tu sais très bien ce que j'en pense. C'est de la manipulation. Agréable, certes, mais de la manipulation quand même. Et je t'interdis de t'en servir contre moi. »
Angelo soupira. Ce qu'il pouvait être chiant, parfois. Le Suédois se redressa sur le lit, prenant appui sur les oreillers en croisant les bras.
« Par ailleurs, tu trouves vraiment que c'est le moment de parler de lui ? Nos petits jeux me manquent aussi, mais si tu ne peux vraiment pas t'en passer au point de le mentionner cinq minutes après m'avoir grimpé, c'est plutôt toi qui devrais aller le voir. Il sera ravi, je n'en doute pas. »
Sur ces mots aussi venimeux que lui, Aphrodite sortit des draps, drapé dans sa fierté colérique, imperméable à son état, à sa nudité, alors qu'il claquait la porte de la salle de bain. Comme toujours, lorsqu'on le poussait dans ses retranchements, le Suédois se faisait brutal dans ses attaques verbales. Demeuré sur le lit, Angelo se laissa retomber sur le matelas. Il soupira profondément, jurant dans sa langue natale, attrapant le paquet de cigarettes sur la table de chevet. Il en porta une à ses lèvres en fixant le plafond avant de renoncer. Il prit quelques secondes pour se reprendre, passant une main sur son visage puis dans ses mèches encore humides. Il tourna la tête en entendant l'eau se mettre à couler dans la pièce à côté.
Il se leva à son tour, et entra dans la salle de bain plongée dans un nuage de vapeur épais. Sous le jet brûlant, le Douzième Gardien, les yeux clos et les mains posées contre le mur, demeurait silencieux. Deathmask se glissa dans la cabine, frôlant le dos abîmé qui lui faisait face. C'était une demande implicite. Contact, ou refus. Le choix était sien. C'était un langage qu'ils avaient créé il y avait longtemps de cela, quand chaque mission avait commencée à se teinter de folie et d'écarlate. Lorsque Deathmask était revenu avec son premier trophée. Lorsqu'Aphrodite avait été incapable de cesser de hurler.
Protéger l'autre de soi, et ne jamais dépasser les barrières dressées pour des raisons nécessaires.
Il se tourna à peine. Mais cela suffit. En un instant, Angelo se colla à son dos, l'enveloppant de ses bras. En silence, il garda contre lui le Chevalier incapable de pardonner les blessures causées par le troisième homme qu'ils adoraient. Devant lui, il pouvait voir les veines se faire plus visibles sous la peau pâle. Il en percevait le relief sous ses doigts, alors que le poison brûlait lentement son amant de l'intérieur, comme en réponse à sa colère et ses peurs. Et sans jamais s'en effrayer, tout comme l'autre ne l'avait jamais repoussé malgré le sang sur ses mains, l'Italien serra contre lui le corps à peine revenu mais déjà fatigué du Douzième Gardien.
« Pardon. »
Il ne répondit pas, mais posa ses mains sur les bras qui l'enveloppaient. Signe qu'il acceptait, parce qu'il comprenait. Et qu'il ferait son chemin aussi, lorsqu'il s'en sentirait capable. Ils demeurèrent ainsi plusieurs minutes durant, sous le jet d'eau chaude qui ne suffisait jamais à apaiser le Chevalier souffrant.
Palais de Valhalla, Asgard
« Albérich, attends !
— Désolé, je suis pressé. Si tu cherches une oreille attentive à tes questionnements existentiels, ce sera sans moi. »
Bud serra les dents, prenant une grande inspiration. Si leur prêtresse l'avait honoré de son titre de rédacteur du traité de paix, se retrouver avec le Guerrier de Mégrez comme partenaire n'était clairement pas une partie de plaisir.
« Albérich ! »
Sa voix claqua, plus puissamment qu'il ne s'était jamais permis de la faire entendre. Cela eut l'effet escompté : le concerné se tourna vers lui, une expression aussi ennuyée qu'ironique peinte sur ses traits. Comment cet homme parvenait à être aussi agaçant était un véritable mystère. Visiblement, il prenait un plaisir particulier à mettre tout le monde mal à l'aise, et se faisait une joie d'être désagréable avec tous ceux qui l'entouraient. Néanmoins, Bud refusa de se laisser impressionner : ils pouvaient être deux à jouer à ce petit jeu.
« Qu'est-ce que tu veux ?
— Nous devons parler.
— Toi et moi ? Tu ne manques pas de toupet. Hilda t'a peut être élevé au rang de négociateur, mais personne n'oublie qui tu es.
— Toi non plus, je te rassure. »
La réponse claqua, et Bud sut qu'il avait tapé juste. Il vit le visage fin se contracter, et la rage l'animer. Secouant la tête, le Guerrier de Delta se tourna enfin entièrement vers lui, croisant les bras sur son torse, le toisant avec tout le mépris qu'il avait pour lui. Au moins, à ce niveau, ils étaient bien assortis.
« Ecoute, nous devons nous rendre au Sanctuaire dans quelques jours pour la première réunion, et nous n'avons pas échangé un mot sur notre plan d'action. Hilda t'a chargé de protéger les intérêts d'Asgard, il me semble. J'aimerais assez que nous soyons en accord face aux autres représentants. »
Un bâillement.
Albérich baillait face à lui. Bud allait l'étrangler, il en était presque certain. Il serra les poings face à l'air impertinent ravi du traitre à leurs rangs, alors que ce dernier, ôtant enfin sa main de devant sa bouche lui souriait avec fiel.
« Allons. Hilda veut m'envoyer au loin car vous ne savez que faire de moi ici.
— Au risque de te décevoir, tu n'es pas le centre du monde.
— Non ? Pourtant, on m'a confié un poste d'importance capitale simplement pour aider la noblesse Asgardienne à mieux respirer dans les couloirs. Mais tu as raison, ce doit être mon imagination.
— Pour l'amour d'Odin, pourrais-tu mettre ton égocentrisme de côté et penser au bien-être de notre nation pour une fois ? »
Delta claqua la langue, se pinçant l'arête du nez avant de reprendre.
« Aucun des autres domaines n'a notre perte à cœur, Bud. Il faut vraiment que tu te mettes ça en tête : nous existons à peine sur l'échiquier divin, et tout le monde le sait parfaitement. Athéna a promis son aide, et elle le fera. Elle avait besoin d'un appui, nous lui avons donné, et nous voilà maintenant son œuvre de charité. Hadès n'a que faire de nous, et la seule chose sur laquelle tout le monde s'accorde, c'est qu'aucun Marina de Poséidon n'est le bienvenu ici. »
Bud resta sans voix. Devant lui, Albérich s'appuya nonchalamment contre la fenêtre, observant le paysage de neige à l'extérieur. Le regard absent, il soupira et poursuivit :
« Tout ce qu'on nous demandera, c'est de ne pas faire de vagues. Personne ne s'est jamais soucié d'Asgard, la semaine prochaine n'y changera rien. Vraiment, tu peux te détendre à ce sujet. »
L'instant de vulnérabilité ne dura pas. Immédiatement, ses yeux se durcirent, alors qu'il tournait à nouveau la tête vers lui, son sourire ironique revenu sur ses lèvres.
« Nous aurions pu mourir de faim, de froid, Hilda n'aurait rien fait. Je suis peut être un traître à mon rang, mais en ne prévenant personne de l'attaque de Poséidon, j'ai aidé à la chute de notre prêtresse, et à la venue d'Athéna sur nos terres. J'ai sorti Asgard de son isolement, de son invisibilité. Et à présent, tous savent que nous existons, et ne peuvent plus nous ignorer.
— Je rêve, ou tu essaies de justifier ta honteuse traîtrise ?
— Je n'ai pas besoin de justifier quoi que ce soit. Je sais pourquoi j'ai agi comme je l'ai fait. S'il y en a un dans ce palais qui dort la conscience tranquille, je peux t'assurer que c'est moi.
— Je vais faire l'impasse sur les monstrueuses inepties que tu te permets de prononcer pour te signaler que tu te contredis. Tu viens de dire que nous n'étions que peu de chose par rapport aux autres domaines. »
Albérich soupira bruyamment, dardant une expression aussi narquoise que désagréable sur lui.
« Nous ne pouvons rien réclamer de plus, mais tous voudront s'assurer d'avoir notre soutien, pour le peu qu'il représente. Personne ne veut nous perdre, tout le monde préfère nous ignorer. C'est tout le paradoxe de la géopolitique, mon très cher Bud. »
Se redressant, le Guerrier de Delta s'éloigna dans le couloir. Il se retourna néanmoins, et jetant un œil à l'homme resté derrière lui drapé dans sa dignité, il ajouta :
« Enfin…. Ce n'est pas comme si je pouvais m'attendre à ce que toi, tu en comprennes quoi que ce soit. »
Et après ce qui n'était rien de moins qu'une insulte, il quitta les lieux, laissant Bud figé sur place comme s'il l'avait giflé. Il resta ainsi plusieurs minutes, le souffle encore coupé par la rage et le dégoût que cet homme provoquait en lui. Puis il fit demi-tour d'un pas vif, dépassant sans le voir son frère qui l'appela en vain, inquiet de voir une telle expression chez son cadet. Au loin, la silhouette d'Albérich disparaissait derrière la porte. Nul doute qu'il n'avait pas manqué de rendre son frère fou de rage, s'il en jugeait l'écho de ses pas furieux.
Les négociations étaient loin de s'annoncer sous les meilleures auspices pour Asgard, songea Syd. A quelques jours à peine de la première réunion, leurs représentants n'avaient toujours pas communiqué correctement.
Treizième Temple, Sanctuaire
Un genou à terre devant sa Déesse, Saga attendait la sentence qui ne manquerait pas de tomber. Il avait reçu sa convocation au palais tôt ce matin. Impossible de faire preuve de mauvaise foi en feignant l'ignorance quant à la raison de cette demande. Il savait qu'Athéna avait eu vent du premier combat dans l'arène, quelques jours plus tôt.
Au début, c'était le silence assourdissant de leur Supérieure qui l'avait inquiété. Une fois la tension retombée, et sa blessure apaisée grâce à Aphrodite, il avait vu le temps s'écouler lentement, craignant à chaque instant de se voir appelé, tout en s'effrayant que ce ne soit pas encore arrivé. Et lorsqu'il avait enfin reçu l'ordre de se rendre devant elle, il n'avait pas bien su quelle émotion l'avait emportée.
Assise sur son trône, Athéna gardait une expression indéchiffrable. Au bout de plusieurs minutes, la voix douce mais ferme résonna dans la salle.
« Relève-toi, Chevalier, et regarde-moi. »
Il obéit, gardant néanmoins la tête légèrement baissée. Athéna croisa les doigts sur ses jambes, ne le quittant pas des yeux. Il y eut un silence, puis à nouveau, elle reprit la parole.
« Comment te sens-tu, Saga ?
— Majesté ? »
C'était bien la surprise qu'elle pouvait voir sur ses traits. Elle posa un index sur son visage.
« On m'a dit que Kanon t'avait frappé au nez.
— En effet. Mais je vais bien, je vous remercie.
— Tu m'en vois rassurée. Maintenant, puis-je te demander ce qui vous a pris ? »
Saga sentit son cœur se serrer. Il y avait de la déception dans le timbre ferme de sa déité. Son cosmos l'enveloppait, cherchant à la fois à le rassurer et à lui faire comprendre qu'il avait dépassé les bornes. L'aîné des Gémeaux se mordit la lèvre, avant de planter son regard dans celui de la jeune femme.
« Je regrette, Altesse. Mais vous êtes Déesse de la Sagesse, et vous n'êtes nullement naïve. Vous ne pouviez nous ramener à la vie sans faire de même avec les rancœurs qui nous accompagnent. Il y a bien trop de non-dits dans votre Chevalerie, et j'en suis le premier responsable.
— Oh, je le sais. Mais je suis au regret de t'annoncer qu'avoir conscience de tes erreurs, des vies que tu as influencées ou détruites par les actions de l'entité qui te possédait, n'est pas une fin en soi.
— Déesse ?
— Laisse-moi te poser la question ainsi : que fais-tu pour avancer, Saga ? Pour te confronter à ces démons qui te rattrapent ? Pour obtenir ta rédemption auprès de tes pairs ?
— Je ne suis pas sûr de comprendre. J'ai fait de mon mieux pour rester hors de vue de mes camarades. Je sais que ma présence leur est difficile à supporter.
— La fuite. C'est donc cela, ta solution. »
Un silence.
« Tu as eu tort par le passé. Il faut savoir l'assumer, mon Chevalier. »
Le concerné était figé de honte et de stupeur. Dévoré par la gêne. Il sentit ses joues le brûler, et il ne put que détourner la tête, incapable de soutenir l'expression de sa Déesse. Il entendit néanmoins ses pas, alors qu'elle s'avançait jusqu'à lui. Une fois rapprochée, elle leva sa main pâle pour la poser sur sa joue, l'obligeant ainsi à rétablir le contact visuel. La sévérité de son expression était toujours là, mais ses yeux brillaient de tendresse. Elle savait qu'elle le blessait, qu'elle touchait directement à ses plaies les plus douloureuses. Mais si personne d'autre ne s'avançait à le faire, alors ils demeureraient tous à un stade de statu quo. Sans bouger, sans évoluer. Et la rancœur finirait par les dévorer, les uns après les autres. Ce n'était pas ce qu'elle souhaitait pour ses hommes. Ce n'était pas ce qu'elle voulait leur offrir avec cette opportunité.
« Saga, je ne dis pas cela pour te punir. Je souhaite simplement que tu réfléchisses à ce que tu peux faire pour changer ta situation. Nous devons tous faire face à nos choix, nos erreurs, nos manquements. De par l'histoire de ce Sanctuaire, tu te trouves au centre d'un grand nombre de peines, et il est de ton devoir d'y remédier.
— Je n'ai jamais voulu blesser qui que ce soit.
— C'est un mensonge, Saga. »
Il écarquilla les yeux, une expression peinée peinte sur ses traits. Elle demeurait calme, apaisante. Mais son expression était sérieuse.
« Kanon, par ses propos, t'a fait peur. Peut-être était-ce parce que ce qu'il disait trouvait un écho dans la partie la plus sombre de ton âme. Peut-être t'en inquiétais-tu vraiment. Et pour faire cesser cela, ton recours a été la punition que tu lui as infligée.
— Il parlait de vouloir mettre fin à vos jours ! »
Athéna frappa de son sceptre sur le sol. Son cosmos vibra sur les murs du palais, alors que sa voix se faisait plus imposante.
« Tu aurais pu en parler au Grand-Pope. Sa vie n'était pas un secret pour lui. Quelle aurait été la punition ? Une mise à mort, dans le pire des cas, mais je ne pense pas que ça aurait été la voie choisie par Shion. Et si ça l'avait été, tu savais que ce genre d'exécutions se faisait de façon directe. Mais toi, Saga… tu as enfermé ton frère dans une grotte où il était condamné à mourir noyé. Une mort lente, douloureuse, précédée par des heures de torture mentale en sachant ce qui l'attendait. Tu as voulu blesser, le forcer à réfléchir à ses paroles avant de périr. Et tu as agi en toute connaissance de cause à ce moment-là.
— Je… j'étais jeune, je ne savais pas comment faire autrement.
— Tu l'étais, en effet. Mais lui également. Et tu as néanmoins attenté à la vie d'autrui. »
Saga recula, frappé et heurté. Mais Athéna le suivit, gardant sa main posée sur sa joue.
« Je sais que tu pensais agir pour le bien, mais cela ne devrait jamais t'empêcher de voir que tu as fait du mal. Que tu as voulu en infliger, et que tu étais prêt à prendre une vie pour tes convictions. Celle de ton cadet. Saga, tu as fait un choix. Il est temps pour toi de le voir, de le comprendre, et d'en tirer les conséquences nécessaires à votre réconciliation. »
L'aîné des Gémeaux baissa la tête, hochant lentement, ne pouvant soutenir la joute visuelle davantage. Néanmoins, Athéna demeura près de lui. Plusieurs minutes s'écoulèrent, avant qu'il n'osât se redresser, murmurant lentement :
« Vous ne m'avez réellement pardonné qu'une fois la dague plongée dans votre gorge de ma main, n'est-ce pas ? »
La jeune femme hocha lentement.
« Je ne t'ai pas laissé mourir avec ma haine la première fois. Même moi, j'étais capable de voir le mal qui t'avait dévoré pendant si longtemps, et à quel point tu le regrettais. Cependant, en prenant ta propre vie, tu as manqué l'occasion de te racheter. Auprès de tes pairs, et envers moi. Car je suis déesse, Saga. Ne l'oublie pas. »
Mortifié, il se sentit trembler. Les doigts fins glissèrent sous son menton, l'obligeant à relever la tête.
« Lors de l'attaque d'Hadès, dès lors que j'ai compris ce que Shaka attendait de moi, je devais m'assurer que tu étais encore homme à prendre des décisions difficiles. A être celui qui ferait couler mon sang, comme tu l'avais souhaité il y avait de cela treize ans. C'était à la fois ta punition et ta rédemption.
— Déesse, je suis tellement désolé, si vous saviez…
— Je le sais. Mais je me rends compte que je ne me suis pas présentée à nouveau devant toi depuis. Redresse-toi, Saga. »
Il plongea son regard brillant, empli de honte et de regrets dans les siens. Et pour la première fois depuis le début de cette entrevue, Saori sourit doucement, posant un pouce sur le front du Troisième Gardien, comme Shaka l'avait déjà fait quelques semaines auparavant. Et elle dit à voix haute, suffisamment fort pour que l'écho de sa voix de se répercutât sur les pierres millénaires :
« Saga des Gémeaux, tes péchés envers ma personne sont pardonnés. Ici et maintenant, tu redeviens mon Chevalier. Je t'absous de ce que tu as fait, à ma naissance comme il y a cinq ans de cela. »
Cette fois-ci, il fut incapable de demeurer debout. Il remit un genou à terre devant sa Déesse, et prenant sa main dans la sienne, il la garda sur son front, fermant les yeux pour retenir les larmes de reconnaissance qui manquaient de lui échapper. Athéna reprit :
« Il n'est en mon pouvoir que de pardonner ce que tu as tenté contre moi. Les peines et les blessures de ceux qui t'entourent, tu es le seul à pouvoir y changer quoi que ce soit, Saga. Et il est l'heure pour toi de cesser de fuir ces confrontations. En faisant cela, tu ne fais qu'intensifier leur rancœur. Relève-toi, Chevalier, et répare ce que tu as contribué à détruire. »
Poing sur le cœur, il hocha avant de se relever. Athéna lui souriait toujours avec sincérité, et son cosmos réfléchissait son absence de rancœur. Dans l'air, il ne restait rien d'autre que sa tendresse et ses convictions. Il s'inclina une dernière fois, et quitta la salle du trône.
Ce ne fût qu'une fois la lourde porte refermée derrière lui que Saga se laissa aller. Les mains sur son visage, il laissa les larmes de honte, de reconnaissance et de soulagement couler, poussant un cri étouffé et furieux contre lui-même entre ses doigts. Il autorisa ses émotions lui échapper, enfin, abandonnant son contrôle l'espace de quelques secondes volées, pour soulager son cœur de la douleur qui y dormait.
Il ramena les mains sur sa poitrine gonflée de bonheur, laissant ses paupières se refermer avec force un instant pour savourer le sentiment d'apaisement qui s'emparait de lui, alors qu'enfin, la chape de plomb qui étreignait son cœur et appesantissait ses épaules disparaissait en partie après plus quinze ans.
Caïna, Enfers
Le feu dans l'immense cheminée crépitait lentement, redessinant les contours des hommes présents dans la pièce. Rhadamanthe, assis à son bureau, finissait de remplir son dossier alors qu'Eaque assemblait lui aussi ses notes au fur et à mesure, s'assurant que les points clés avaient été bien organisés. Il avait toute confiance en ses spectres, mais un peu moins en son propre sens du rangement en certaines occasions. Un verre de vin à la main, assis dans le fauteuil près de l'âtre, Minos demeurait silencieux. Ses pupilles dorées ne quittaient pas les flammes vacillantes, dessinant des langues de feu fascinantes sur sa peau si pâle habituellement. Eaque sourit et se leva pour venir prendre place sur l'accoudoir, passant un bras autour des épaules de son amant, avant de récupérer le verre de sa main libre.
Minos gronda un peu, mais ne réagit pas outre mesure.
« Vous avez terminé ?
— Il me semble, oui. Rhadamanthe ?
— Je pense que nous sommes prêts. Les revendications sont listées, mais j'ignore comment les choses se dérouleront une fois sur place.
— Oui, ça… »
Eaque s'étira, avant de s'appuyer du coude sur le dossier du fauteuil derrière Minos. D'une main distraite, il caressa les mèches glissant sur son épaule, observant la contraction à peine perceptible de sa mâchoire. Il appuya le contact, très légèrement, demandant implicitement l'attention du Griffon, qui finit par tourner son regard d'oiseau de proie vers lui.
« Tu comptes finir partager tes pensées ?
— Il me semble l'avoir déjà fait.
— Non, mon amour. Tu es venu te plaindre, tu m'as clamé…
— Cela t'a été désagréable, peut-être ?
— Aies-je dis cela ? »
Rhadamanthe leva les yeux au ciel, s'installant dans son propre fauteuil, se servant un verre de sa boisson ambrée favorite, la faisant tourner lentement. Il jeta un coup d'œil à son aîné, qui paraissait effectivement tendu malgré l'atmosphère appelant à la détente. Il reporta son attention sur son verre, observant les nuances de couleur du brasier qui s'y reflétaient.
« Tu as peur, n'est-ce pas ? » Dit-il avant d'avaler une gorgée de whisky.
Eaque leva un sourcil en entendant le Second Juge, alors qu'enfin, le masque sur le visage de Minos se craquelait légèrement devant eux. Le Spectre du Garuda rendit son verre de vin à son amant, qui en but quelques gorgées avant de se remettre à sonder l'âtre. Un soupir lui échappa. Les coudes en appui sur ses jambes, il fit tourner son verre lentement, du bout de ses doigts impeccables.
« Tu as toujours craint le changement, ajouta Rhadamanthe. C'est justement une chose qui n'évolue pas, en quatre mille ans.
— Disons que je m'en méfie un peu, en effet. »
Eaque s'était redressé, cherchant à rétablir le contact visuel avec son amant. Il n'y avait aucune moquerie dans son comportement, et son cadet ne s'était pas fait hostile ou agressif non plus. Ses frères l'écoutaient, pleinement. Ce qui, en soi, l'inquiétait également. Néanmoins, il se laissa repartir en arrière, ses longues mèches pâles glissant contre le torse du Népalais.
« Regardez ce qui nous est arrivé en les ramenant à la vie. Nous avons impacté des corps réincarnés, qui ne devraient plus vieillir ou s'abîmer. Si ce n'est pas une preuve que certains changements ne sont pas forcément bons pour nous, je ne sais pas ce que c'est. »
Le Troisième Juge observa ses mains, qui n'étaient plus exactement pareilles qu'avant. Il y avait eu un prix à payer pour inverser le cours naturel de la mort, et ce n'était pas, pour une fois, une punition divine, mais une conséquence de leurs actes. Et quand bien même cela ne changeait pas leur condition, c'était néanmoins une répercussion non négligeable sur ce qu'ils étaient. Rhadamanthe but une nouvelle gorgée de sa boisson, mais resta silencieux, alors qu'Eaque se redressait.
« J'entends bien ce que tu dis, Minos. Néanmoins, je t'avoue pour ma part que cela m'intrigue un peu, ce scénario jamais connu jusqu'à aujourd'hui. Nous qui vivons inlassablement… nous voyons les événements se répéter, sans discontinuer. Mais cette fois-ci, pour la première fois depuis des milliers d'années, les choses sont différentes. L'horloge tourne à contre-sens. Et j'ai envie d'en faire partie, de voir jusqu'où cela peut aller.
— Parles-en donc à Icare. »
Le Garuda haussa les épaules, ne goûtant pas à la plaisanterie.
« Je rejoins Eaque. Je préfère provoquer le changement, je ne pense pas qu'il nous fera de mal. J'entends ton inquiétude, mais notre position ne changera pas. Nous sommes les Juges des Enfers. »
Minos resta silencieux. Après avoir fini son verre, Rhadamanthe poursuivit :
« Malgré toute la haine que j'éprouve encore envers Athéna, elle a amorcé quelque chose d'inédit. Et je souhaite en être, surtout si cela signifie que notre propre Déesse restera avec nous, dans le domaine qui est sien, sans avoir à être séparée de notre Seigneur. »
Un long soupir échappa au Griffon. Il observa le reflet du feu dans son vin, avant de se laisser aller en arrière, sa chevelure éparse laissant voir son regard d'or à la fois si proche et si différent de celui de Rhadamanthe. Il contempla ses frères, prêts à embrasser ce changement comme un renouveau salutaire. Comme si tout ce qu'ils avaient construit jusqu'ici avait un besoin nécessaire d'évoluer. Il ferma les yeux, secouant la tête lentement, et reprit son examen des flammes vacillantes dévorant le bois dans la cheminée.
« Vous savez pourtant ce que cela coûte aux mortels, de vouloir quérir plus qu'ils n'ont le droit de demander. »
Le silence retomba entre les trois hommes, chargés de souvenirs si anciens et pourtant toujours vivaces après plusieurs milliers d'années.
Treizième Temple, Sanctuaire
Athéna tapotait des ongles sur son accoudoir, relisant une énième fois la missive de Poséidon. Sa première réaction avait été un cri de rage et de frustration envers son oncle. Certes, il avait la décence de la prévenir de ses intentions avant la réunion au lieu de la mettre devant le fait accompli, mais cela allait néanmoins fortement impacter ce qu'elle avait prévu initialement. Et nul ne pouvait affirmer savoir comment réagirait le concerné. Elle soupira, rangeant la missive dans l'enveloppe, alors qu'un garde s'avançait vers elle.
« Kanon des Gémeaux, Altesse.
— Merci, qu'il entre. »
L'homme s'inclina, faisant demi-tour pour ouvrir la porte, laissant passer le Chevalier avant de refermer derrière lui. Immédiatement, il mit un genou à terre face à elle, dans une posture similaire bien que légèrement différente de celle de son jumeau. Un peu plus redressé. Plus défiant, sans vraiment le réaliser. Athéna songea aux mots de Shaka, et ne put que soupirer. L'Hindou avait raison : par son histoire même, Kanon était un homme différent. Plus libéré, moins enfermé dans une seule croyance, et un carcan de traditions uniques. Sa situation était particulière, et la missive reçue ce matin continuait de le prouver.
« Bonjour, Kanon.
— Altesse. Vous m'avez fait mander ?
— En effet. Je dois m'entretenir avec toi sur plusieurs sujets, mais je vais commencer par régler quelque chose immédiatement. Ton attitude, ainsi que celle de ton frère, était inacceptable, Chevalier. Réglez vos conflits par de basses agressions physiques sous prétexte d'un entraînement n'est pas la solution appropriée.
— Sans vouloir vous offenser, à partir du moment où cela fait enfin avancer les choses, je ne vois pas pourquoi c'est problématique, Altesse. Nous avons besoin de communiquer, lui comme moi.
— Et le blesser te paraît la meilleure solution pour cela ?
— Ce ne sera jamais qu'un dixième de ce qu'il a fait à d'autres.
— Kanon ! »
La voix puissante claqua, tout comme son cosmos. Un instant, le Grec resta figé, tremblant sur ses jambes sous la puissance divine qui l'entourait. Le regard courroucé de la déité l'emplit de honte, et il baissa la tête.
« Pardonnez mon affront.
—Que cela ne se reproduise plus, Kanon. Tu as des raisons, tout à fait valables, d'avoir des griefs contre ton frère, mais que cela ne t'empêche pas de prêter attention à tes propres erreurs. Tes actes n'ont pas affecté directement les personnes vivant au Sanctuaire, et ton chemin de croix n'est peut-être pas celui de Saga, mais tu as parfaitement conscience de tes péchés. J'apprécierais, tout comme lui, que tu cherches à présent un moyen constructif de faire changer les choses.
— J'apprends, Altesse. Mais je ne suis pas d'ici.
— C'est bien le paradoxe, n'est-ce pas ? Un Chevalier des Gémeaux étranger à son Sanctuaire, et le second qui s'y est perdu à trop y vivre.
— On peut le voir ainsi.
— Je ne peux vous rendre ce que vous avez sacrifié. Je sais qu'il y a un fossé entre vous, et qu'il est loin d'être aisé de le franchir. Mais je vous donne une nouvelle chance d'essayer. Ton frère a souffert, tu le sais. Et Saga aura besoin de ton pardon. Cela comptera plus encore à ses yeux que celui de vos compagnons d'armes.
— Et si je ne suis pas prêt à lui donner ? »
Il n'y avait pas de bravade, cette fois-ci. Juste une interrogation triste, un peu colérique. Athéna prit le temps de la réflexion.
« Le choix est tien. Néanmoins, j'espère que tu accepteras de me rejoindre sur ce point : attaquer ton frère en entraînement n'est pas la solution. Il vous faudra trouver comment régler vos conflits autrement. Je ne tolérerai pas une nouvelle altercation du genre.
— Vous avez ma parole.
— Bien. »
Elle prit une inspiration, avant de poser les mains à plat sur sa robe.
« A présent, j'en viens à mon second point. Après délibérations, nous souhaitons te voir prendre le poste d'ambassadeur au nom du Sanctuaire lors des négociations à venir.
— Comment ? »
Kanon se redressa brusquement, surpris. Athéna leva la main, l'enjoignant à ne pas l'interrompre alors qu'elle poursuivait.
« Tu es libre de refuser, bien évidemment. Et avant que tu ne fasses ton choix, je dois t'informer d'un troisième fait. J'ai reçu ce matin une missive du Sanctuaire Sous-Marin dont il est nécessaire que tu prennes connaissance. »
Elle se leva, et tendit la lettre à son Chevalier qui la regarda sans comprendre.
« Lis cette lettre, et réfléchis à mon offre. Je ne souhaite pas influencer ton choix, car il est tien, cette fois, et nul ne saurait te l'enlever. »
Posant une main voulue rassurante sur celle du cadet des Gémeaux, elle lui sourit doucement avant de reculer.
« Je te remercie d'être venu jusqu'ici, Kanon. Et si tu le peux, donne nous ta réponse bientôt. »
Incertain, l'ancien Marina hocha et s'inclina profondément avant de quitter les lieux à l'image de son aîné quelques heures plus tôt. Il observa la missive entre ses doigts, frappée du sceau de cire brisé du Sanctuaire Sous-Marin. Son ventre se tordit brusquement. Sans qu'il ne put s'en empêcher, il se sentit anxieux et nauséeux. Tremblant tout à coup, il marcha précipitamment vers l'extérieur du palais, la respiration saccadée. Il s'arrêta sur le parvis, le souffle court, prenant appui sur ses genoux, et grimaça en sentant la cicatrice qui barrait son torse le démanger atrocement.
Il fixa la lettre dans son poing serré, et se redressa, dévalant les marches qui le mèneraient au Huitième Temple. Cette fois, il se sentait prêt à accepter qu'il avait besoin de quelqu'un à ses côtés en ce moment particulier. Il ne voulait pas lire ce document seul. Le morceau de papier lui donnait l'impression de le brûler. Il voulait savoir ce qu'il contenait, tout en craignant d'en connaître le contenu. Ses pas s'accélérèrent, il salua Aphrodite brièvement par cosmos. Ce dernier l'effleura à peine, avant de s'éloigner aussi vite. Kanon soupira. Il savait que le Suédois était l'âme damnée de son frère. Il n'arrivait même pas à lui en vouloir, pas quand Milo choisissait d'être à ses côtés pour ce qu'il estimait être droit.
Alors qu'il allait quitter le Onzième Temple, la voix de son Gardien l'interrompit dans sa descente.
« Mardi, 8h00. Nous avons beaucoup à faire avant l'arrivée des délégations, et nous sommes en retard.
— Pardon ?
— Si tu reviens du palais, je suppose que tu as reçu ton poste d'ambassadeur. Je suis en charge de rédiger le traité de paix au nom du Sanctuaire, il faut donc que nous soyons en accord avant la première réunion.
— Je ne sais pas encore si je vais accepter. »
Camus soupira. Le cadet des Gémeaux se redressa du mieux qu'il pouvait, pour faire face réellement à l'homme dont Isaak lui avait tant parlé, les yeux brillants d'admiration malgré les tentatives répétées du Dragon des Mers de tuer le souvenir aimé de son maître. Le magicien de l'eau et de la glace le fixait de son regard écarlate. Il y avait une grâce certaine chez cet homme, et sa droiture exhalait de son être tout entier, lui donnant l'impression de ne pas être digne de sa présence. Kanon se surprit, inconsciemment, à repenser aux mots de Milo. A sa manière enflammée, encore amoureuse à ne pas en douter, de décrire le Français. Mais de l'être passionné et tendre que lui avait conté le Scorpion, de la figure paternelle et aimante qu'Isaak n'avait eu de cesse de lui narrer, il ne retrouvait rien chez l'être austère face à lui. Cela seul suffit à lui prouver combien les Chevaliers du Verseau et du Scorpion avaient dû s'aimer et se faire confiance pour s'ouvrir et s'exposer l'un à l'autre comme ils l'avaient fait. Et à quel point ils avaient tous les deux changé.
Camus ne souriait plus, et Milo à l'excès.
« Je vois. Dans ce cas, hâte-toi de prendre une décision. J'aimerais savoir rapidement avec qui je vais devoir travailler pour protéger nos intérêts.
— J'imagine que si ce n'est pas moi, tu seras soulagé. »
Les yeux grenat le sondèrent, d'une froideur polaire. Puis, il se détourna, tout en ajoutant :
« C'est te donner beaucoup d'importance, Kanon, que de penser que je donne un intérêt particulier à ton existence.
— Mais mentir ne te ressemble pas non plus. Je connais quelqu'un à qui tu l'as parfaitement enseigné. Et je suis absolument certain que ce n'est pas de moi qu'il a appris ça. »
Alors que le Onzième Gardien se retournait brusquement, frappé par ces paroles, Kanon reprit sa descente, incapable de soutenir davantage l'ambiance de la Onzième Maison. Il avait l'impression d'étouffer à nouveau, et ne cessa de dévaler les marches que bien plus bas, à l'entrée de la Huitième, savourant à sa juste valeur l'onde de cosmos chaleureux qui l'accueillit, l'enjoignant à entrer dans sa propriété. Kanon se retourna, et plus haut, par-delà plusieurs milliers d'escaliers, il vit que Camus l'observait.
Et sur les traits du Chevalier des Glaces, ce fût bien la tristesse qui l'emportait, alors que lui-même entrait dans le Temple où il était refusé. Serrant la lettre entre ses doigts, Kanon ne voulut pas laisser la culpabilité l'emporter. Pour la première fois depuis longtemps, quelqu'un souhaitait sincèrement sa présence à ses côtés. Et ce bonheur simple, dans des temps encore incertains, il n'était pas prêt à le céder à qui que ce fût.
