13 Lettre

Frederik avait posé la lettre sur son bureau et la fixait depuis bien un quart d'heure. Il était dévoré par deux envies contraires : la lire et la ranger dans le tiroir. Cette lettre lui avait été envoyé par sa première-née, sa seule fille, Annabeth.

Elle était à la fois son plus lourd fardeau et sa plus grande fierté. Elle était le rappel permanent qu'il avait perdu l'amour de sa vie, qu'il n'avait pas su la retenir... Athéna lui manquait encore et toujours, et sûrement même lorsqu'il passera devant les trois juges des Enfers.

Son portable se mit à sonner, en voyant que c'était sa femme qui l'appelait, il ignora l'appel et ouvrit la lettre. Son épouse allait encore lui dire qu'il rentrait trop tard, qu'il n'était pas assez présent pour les garçons. Elle avait raison mais il ne pouvait faire autrement car dans cette maison chaleureuse et pleine de vie il y avait un vide, un creux qu'il ne savait pas combler. Sa fille n'était pas là, elle avait fugué à cause de lui, de son absence et de son incapacité à s'occuper d'elle.

Comme il en avait voulu à Athéna à l'époque... Il avait le cœur en miettes, il avait déjà assez de mal à prendre soin de lui-même alors, lui donner un bébé... Elle ne méritait clairement son titre de déesse de la Sagesse !

Laissant là ses idées noires, Frederik commença sa lecture. Son cœur se serra, pincé par les remords et la fierté, ses lèvres s'étirèrent en un sourire timide et hésitant et pour finir, ses yeux se remplirent de larmes.

Annabeth, son enfant imposée, le fardeau de sa jeunesse qu'il aimait malgré tout, même s'il ne savait pas comment le lui monter, cette enfant esseulée avait grandi pour devenir une jeune femme brillante, entourée, aimée et amoureuse.

Un violent sentiment de joie le transperça comme une flèche en acier quand il vit la photo que sa fille avait joint à se lettre.

Il la reconnut de suite, accroupie à côté d'un gigantesque feu de camp. Le portait de sa mère avec ses cheveux à lui. Assis sur le sol, lui enlaçant la taille, Frederik su que c'était Percy Jackson, le petit ami de sa fille. Il les observa attentivement. L'alchimie entre eux était indéniable, évidente. La force de leur lien sautait aux yeux. La père d'Annabeth avait toujours été bon pour lire les gens -question d'analyse et de logique- et leur langage corporel à tout les deux montrait à quel point ils étaient liés l'un à l'autre, tout leur être était tourné vers l'autre... Voir un sentiment aussi évident que réciproque était une chose rare et merveilleuse à contempler.

Le père d'Annabeth remit la photo dans l'enveloppe, il chercherai à reconnaître qui était qui sur cette photo de groupe plus tard. Pour l'instant, tout son esprit était obnubilé par Annabeth et par ce jeune homme à ses côtés. Puissent-ils être heureux tous les deux, puissent les nuages épargner leur chemin. Puissent les Parques ne jamais les séparer. Frederik pria encore et encore pour ce jeune couple, il supplia les déesses du Destin de ne pas se montrer cruelles. Frederik se sentait impuissant, il ne lui restait que la prière, alors il prierai, lui qui connaissait trop bien la douleur de la perte.

Quand il ferma les yeux, des larmes amères se mirent à couler.