Bonjour/Bonsoir/Holà !
Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.
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Ce texte a été écrit pour la 121ème Nuit du FoF, pour le thème 4 « Malédiction ». Il est assez courtet se concentre sur Cersei, pour une fois. Je pense continuer, au-delà du délai de la Nuit du FoF, à développer l'aspect « maudit » des jumeaux.
Dans ce chapitre, Jaime et Cersei ont près de vingt-cinq ans, Tyrion en a vingt-et-un, et Brienne seize et demi.
Je n'ai pas posté le chapitre à temps pour qu'il entre dans la sélection de la nuit du FoF, mais il existait (je viens enfin de le finir), donc voilà. Bonne lecture.
- Maudits -
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Cersei en vérité majeure
Elle y avait longuement pensé, mais elle n'avait pas encore trouvé de manière efficace d'agir avant aujourd'hui. Ce n'était pas seulement une façon de rappeler à Jaime que sa rébellion stupide n'avait aucun poids : elle voulait l'obliger à voir, à sentir, à éprouver au plus profond de lui à quel point il n'était rien sans elle.
Alors elle avait patiemment arpenté les fichiers photos les plus secrets qu'elle conservait sur un support surprotégé, au fond d'un coffre-fort dans sa chambre. Elle avait soigneusement sélectionné, pendant des semaines, les clichés les plus provoquants, les plus indéniables. Ceux sur lesquels on ne pouvait ignorer une seule seconde la réalité de la relation qui existait entre les jumeaux Lannister. Au départ, ces photos n'avaient pas été prises dans cette optique, mais pour meubler la solitude, pour supporter l'absence et le poids des conventions. Cersei n'aimait pas l'admettre, mais elle savait que son frère lui manquerait, une fois qu'ils seraient obligés de se séparer pour répondre à l'appel de leurs obligations, et du destin qu'ils devraient se forger, dans la digne lignée de leur famille. Mais ces photos serviraient finalement un autre but.
Cersei avait donc soigneusement choisi une dizaine de clichés explicites, pris en pleine action, dans le froissement des draps, sur le moelleux d'un tapis, dans le secret d'une voiture de luxe entreposée au fond du garage familial. On y voyait à chaque fois les visages, les corps en sueur, les regards noirs de désir, les fluides, les plis et les courbes. Une fois la sélection faite, Cersei avait profité de l'absence de Jaime pour récupérer dans sa chambre, à Castral Roc, l'un de ses vieux ordinateurs, à partir duquel elle avait récupéré son adresse mail. Elle avait opéré quelques recherches supplémentaires, déniché l'adresse mail qu'elle voulait, et préparé son envoi.
Le lendemain, la famille Lannister s'était réunie dans son ensemble pour célébrer l'annonce que Cersei avait préparée depuis des jours. Elle s'était levée en plein repas, verre de vin à la main, et avait regardé Jaime droit dans les yeux en annonçant, la voix vibrante d'émotion, qu'elle et Euron allaient se marier. Elle avait vu son jumeau devenir livide, et son regard s'écarquiller d'horreur, et elle s'était sentie puissante, tout à coup. Plus encore quand elle avait remarqué que Tyrion faisait tout son possible pour aider Jaime à tenir le coup, à jouer le jeu, et à continuer à manger, péniblement, pendant que Tywin félicitait sa fille pour cette alliance très prometteuse.
Cersei avait attendu que Jaime parvienne à se reprendre à peu près pour l'achever avec la révélation de sa grossesse.
- Moins d'un mois, avait-elle ajouté en croisant le regard de son père. Ne t'en fais pas, cela ne se verra pas. Euron et moi avons déjà arrêté une date, et cela restera dans le secret.
- Il me faudra tout de même en discuter avec sa famille, avait dit Tywin. Les traditions ont leur rôle, et je ne suis pas certain que les fouler au pied de la sorte soit une bonne chose. Mais sache que je suis ravi de te voir enfin te mettre en ménage officiel avec Euron. C'est un bon parti, et il fera une forte recrue pour notre famille.
Cersei avait continué à vanter sa joie et son bonheur conjugal, et pendant tout ce temps, Jaime devenait de plus en plus verdâtre, comme s'il allait vomir d'un moment à l'autre.
Le lendemain, elle attendit que Jaime et Tyrion soient rentrés chez eux à Port-Réal, dans cet appartement qu'ils habitaient avec cette gamine ingrate, cette môme à qui Jaime envoyait continuellement des tonnes de SMS quand il se retrouvait face à sa sœur. Puis, une fois qu'elle fut sûre que les garçons étaient forcément rentrés chez eux, Cersei rouvrit la boîte d'envoi des mails de Jaime, vérifia la qualité de l'accès Internet, tapa un rapide message « Jette-s'y un œil, tu devrais trouver ça intéressant » et envoya les photos en pièces jointes.
- Ne viens pas te plaindre, Jaime, murmura Cersei avec un sourire carnassier. Tu as provoqué tout ça.
Il aurait dû comprendre depuis le début qu'elle ne lui permettrait pas de s'éloigner, il aurait dû savoir qu'ils étaient liés l'un à l'autre pour l'éternité, qu'il n'avait pas le droit d'essayer de lui tourner le dos, de lui échapper.
- C'est nous deux ou rien, Jaime, songea Cersei en refermant l'ordinateur. Tâche de t'en souvenir.
Elle n'avait pas l'intention de le regarder mourir à petits feux éternellement. Il y avait une certaine jouissance à savoir que son comportement pouvait avoir un tel impact sur son jumeau. Mais elle voulait plus. Elle voulait qu'il accepte leur nature, qu'il cesse de se battre contre ce qu'ils étaient, et qu'il lui revienne. Et qui d'autre pouvait l'y pousser, hormis cette gamine ingrate qui lui servait de mauvaise béquille depuis presque trois ans ? Jaime avait commencé à se refuser à sa sœur des années plus tôt, mais depuis qu'il s'était mis à traîner avec cette gamine, il était plus distant encore, et presque moins malade. Chaque fois qu'elle le voyait, Cersei avait le sentiment de le perdre un peu plus. Il s'était construit une vie loin d'elle, et ça lui était de plus en plus insupportable. Mais si elle faisait exploser cette nouvelle vie, alors il finirait par lui revenir, tôt ou tard. Et alors, elle se sentirait à nouveau complète. Parce qu'il n'y avait qu'avec lui qu'elle réussissait à se sentir entière. Euron partageait beaucoup de ses valeurs, et il était un bon amant, un bon parti, et ferait un bon mari – mais il n'était pas Jaime.
