27
La sonnette d'entrée résonna dans l'appartement. Alice se précipita pour ouvrir la porte et trouva Gilbert face à elle.
- Vous l'avez retrouvé ?
- Bonjour Alice, oui mais….
Elle se jeta dans le bras de Gilbert !
- C'est vrai, où est il ? elle regarda derrière Gilbert l'imaginant lui faire la surprise.
La tête que faisait Gilbert inquiétaient Alexina et Thierry.
- Alice…
- Dites-moi !
- Alice, …. il est tombé dans une embuscade….
Alice attendait la suite…..
Plus tôt, quand Laurence reprit ses esprits, il ne savait pas où il était, désorienté. En essayant de bouger, tout son corps le faisait souffrir. Il était par terre mais sans pouvoir bouger.
La pièce était vide, dans le noir, cela sentait la poussière. Il ne savait si c'était le jour ou la nuit, combien de temps qu'il avait passé évanoui.
Il entendit des pas s'approcher de lui. Il essayait de remettre ses pensées en ordre pour se préparer à ce qui allait venir.
- Alors condé, réveillé ? dit un grand balaise dont le visage était invisible dans la pénombre.
Si il ne pouvait le voir, Laurence sentit par contre les coups de pied qui lui étaient donnés.
- Je déteste les mecs comme toi, sale flic, tu as voulu nous baiser , c'est ça ?
Coups de pieds et coups de poings tombaient à nouveau sur Laurence sans qu'il ait la force de se défendre. Au fur et à mesure, sa conscience commençait à partir, avec l'envie de ne plus souffrir, ne plus lutter…
Il commençait à se sentir partir avec le visage d'Alice en tête s'éloignant sans avoir eu le temps de réparer les choses entre eux. Sa raison se brouillait et il n'avait plus qu'une envie que tout s'arrête, que la souffrance s'arrête….
Et subitement les coups s'arrêtèrent miraculeusement. Il entendit vaguement au lointain des bruits sourds puis un silence.
Un autre type s'approcha de lui et il se recroquevilla imaginant évidemment une autre salve de coups….
- Commissaire, Commissaire, ça va aller, n'ayez pas peur. Je suis un collègue de Gilbert, il m'a dit de vous suivre. Calmez-vous, ça va aller…. Je m'appelle François.
Laurence ne savait pas s'il fallait le croire mais François ne le frappait pas ce qui était un moindre mal. Doucement François essaya de le relever avec délicatesse. Un collègue de François se rapprocha pour aider également Laurence.
Soutenu, Laurence fut remis sur pied mais il souffrait de partout.
- Venez on s'en va, on va vous emmener à l'hôpital pour vous soigner.
- - Non, non, il faut que je vois Gilbert, il faut qu'il me dise …
- Que voulez vous savoir ?
Laurence fut assis sur une chaise le temps de reprendre son souffle et ses esprits.
- Où est mon fils ? Colbert lui a fait du mal ? et Alice ?
- Ne vous inquiétez Votre fils et votre femme sont avec Gilbert, en sécurité. On a eu Colbert aussi.
Encore traumatisé par les dernières heures d'angoisse et la douleur, il s'effondra, pleura de joie puis reprit son souffle et son calme.
- Il faut m'emmener les voir, tout de suite !
- C'est prévu mais il faut vous soigner un peu d'abord !
- Non, non ! Il faut y aller, l'adrénaline le tenait désormais et il voulait retrouver les siens.
- Commissaire dit François d'une voix ferme. On va y aller mais d'abord il faut nettoyer vos plaies.
Ils sortirent de l'endroit où ils étaient. Dehors, Laurence sentit l'air frais sur lui. Il aussi comprit qu'il était encore au théâtre. La circulation était inexistante à cette heure-ci.
Ils l'installèrent dans une voiture et dans le rétroviseur, il vit sa tête et comprit pourquoi François voulait le conduire à l'hôpital. Il portait des marques sur tout le visage. Il regarda ses mains, blessées et douloureuses. Respirer le faisait souffrir.
- Peut-être que vous avez raison, dit Laurence, ça tire un peu.
François se rendit chez un médecin ami de Gilbert qui soigna les plaies le mieux possible sans poser de question habitué à aider Gilbert. L'impatience de Laurence n'aidait pas le médecin.
A l'écoute d'une radio qui diffusait les nouvelles, il entendit la date du jour, Laurence comprit qu'il était entré dans le théâtre la veille au matin. Il était resté 24h isolé de tous sans s'en rendre compte.
- Je voudrai parler à Gilbert, demanda-t-il à nouveau.
Le médecin laissa François appelait son patron. Avant de lui passer Laurence, François lui raconta les événements et Laurence comprit que ses anges gardiens s'étaient démenés pour le sauver.
En retrouvant le régisseur, François n'avait obtenu que peu d'informations. Après avoir cuisiné Colbert, Gilbert avait demandé à François de faire parler à nouveau le régisseur. Au bout un certain temps, convaincu qu'il était lâché par Colbert, il expliqua que le comité d'accueil réservé à Laurence était encore dans le théâtre avec leur victime. Il indiqua l'endroit où ils s'étaient cachés.
Les lieux étaient compliqués à cerner et avec du renfort, ils purent organiser le sauvetage de Laurence sans pour autant lui éviter les mauvais traitements.
Puis Laurence parla à Gilbert.
- Comment va Alice, Gilbert ?
- J'ai fait ce que tu m'avais dit, elle sait maintenant qui est son père. Elle a été très courageuse, ton fils aussi. J'ai fait la connaissance de tout le monde !
- Merci Gilbert, merci pour tout, à toi et à tes gars.
- Je t'en prie, je sais aussi ce que je te dois. Maintenant que veux tu qu'on fasse de Colbert ?
- Je veux te rejoindre, je veux le voir. Il faut qu'il paie pour tout, pour le passé, pour le mal qu'il a fait à Alice aussi.
- Je vais la prévenir que tu vas bien, je lui avais promis des nouvelles pour ce matin.
- Si tu vas chez moi, il faut que tu récupères le dossier que j'avais fait sur Colbert. Je sais où lui faire mal.
- C'est-à-dire, demanda Gilbert
- Le nerf de la guerre, Gilbert ! Avant de partir on va aller voir Mme Colbert, On va tenter quelque chose.
Gilbert imaginait que Laurence n'avait pas encore toute sa tête. Il ne voulut pas le faire répéter.
- Prends ton temps Laurence, on t'attend.
- Encore merci, on arrive.
Laurence avait retrouvé le moral. Il se tourna vers François.
- On rejoint Gilbert à Lille. Avant on va chez Colbert.
- Ok mais on va prendre un petit café. Vous avez passé une sale nuit et nous aussi. Un remontant et après on s'en va, d'accord ?
L'idée d'un café le réconfortait. La cigarette proposée par François, l'avait rendu un peu plus vivant et avait un petit goût de paradis !
Le petit déjeuner expédié en un quart d'heure, l'équipage de Laurence se mit en route. L'arrêt chez Colbert avait porté ses fruits et désormais la route de Lille les attendait.
Le voyage en voiture berça Laurence qui, éreinté, s'endormit dans la voiture.
C'est l'arrêt de la voiture qui le réveilla. Son corps n'était que douleur.
Il sortit avec grande difficulté de la voiture, plein de courbatures.
De son côté, Gilbert après avoir prévenu Alice et les siens que Laurence était retrouvé, revenait à la planque où se trouvait Colbert. Il était revenu seul. Charles, son adjoint, emmenait Alice, Thierry et Alexina. Ils avaient pour mission de les isoler avant de voir Laurence.
Laurence voulait se concentrer sur Colbert, le voir une dernière fois et ne plus jamais avoir affaire à lui pour le reste de ses jours.
Quand Gilbert vit sortir Laurence de la voiture. Il fut effaré de son état. Heureux de le voir, il voulut le serrer dans ses bras mais Laurence avait mal partout.
- Laurence, tu dois aller à l'hôpital tu ne tiens pas debout !
Les soins prodigués pas le médecin n'étaient qu'un lointain souvenir. Les pommettes étaient contusionnées, une arcade sourcilière en sang, une lèvre en bouille. Une de ses mains, le faisait souffrir et ses côtes sifflaient à chaque respiration. Il n'était que l'ombre de lui-même avec un visage mal rasée et un costume qui avait beaucoup souffert.
- J'irai mais je veux me débarrasser de Colbert, une fois pour toute. Tu peux lui dire qu'il a une visite.
Colbert n'avait finalement pas touché à Colbert. François avait obtenu les informations nécessaires pour retrouver Laurence, il n'était pas nécessaire d'abuser de la violence.
Gilbert retrouva Colbert, endormi sur la table. Il le secoua. Le vieil homme faisait triste mine mais n'avait pas la compassion de Gilbert, loin de là.
- Bonjour Colbert, j'ai une bonne nouvelle.
- Ah ? Colbert se méfiait désormais.
- On a retrouvé vos 100 000 Francs !
- C'est vrai, je ne crains plus rien alors ?
- En quelque sorte, mais je vous trouve ingrat, vous pourriez être reconnaissant quand même.
- Oui bien sûr mais que voulez-vous que je fasse, demanda Colbert qui ne comprenait pas trop ce que lui disait Gilbert.
Gilbert se leva et ouvrit la porte.
- Il faudrait quand même remercier votre coursier.
A ce moment, il fit entrer Laurence. Celui-ci avait pris le temps de se préparer à cet entretien pour être le plus calme et le plus détaché possible même si à l'intérieur, il bouillait. Colbert les laissa en tête à tête.
Les quelques pas qu'il fit pour rejoindre la table puis s'assoir lui furent un supplice. Il s'assit lourdement.
Au même moment, la famille Laurence arriva. Gilbert les accueillit et les installa comme le jour précédent. Il demanda le dossier à Alice.
- Où est Laurence ? demanda Alice, avant de donner le dossier.
Gilbert tira le rideau pour qu'ils observent à travers la glace sans-teint. Ils reconnurent la carrure de Laurence même de dos. Emue et soulagée de le sentir près d'eux. Alice donna le dossier.
Gilbert les laissa et rejoignit Laurence auprès de Colbert. Laurence se tourna vers Gilbert qui hocha la tête.
- Alors Colbert, on se retrouve, dit Laurence. Vous voyez, ils n'ont pas fini le travail….
Colbert regardait horrifié le visage de Laurence et comprit que son piège n'avait pas fonctionné. Il baissa la tête attendant la suite.
Laurence prenait son temps, surtout pour contrôler la douleur qui irradiait dans tout son corps.
Colbert essaya de s'en sortir et plaider sa cause.
- Je peux vous aider Laurence, je peux vous expliquer le trafic.
Laurence avait beaucoup de mal à contenir sa colère.
- Non, merci je n'ai besoin de rien et surtout pas de vous. Vous êtes fini, Colbert. La question est de savoir comment vous voulez finir.
- Que voulez vous dire ?
- Et bien après m'être fait tabassé gentiment par votre équipe de truands, mes amis et moi sommes allés vers un tour chez vous. Mme Colbert est charmante et a été très coopérative.
- Comment ça ?
- Elle m'a autorisé à visiter votre bureau et à prendre un dossier très intéressant.
Gilbert posa un dossier bleu sur la table sur lequel Colbert, blême, tenta de se jeter mais Gilbert le repoussa d'un revers de main.
- Non vous ne pouvez pas faire ça….
- Je vais me gêner Colbert, dit Laurence méchamment.
Colbert prit sa tête dans ses mains, sentant sa fin approchait.
Laurence reprit, faisant mine de parler à Gilbert tout en regardant fixement son « beau-père ».
- Gilbert, tu vois, quand je cherchais le père de Mlle Avril, j'ai découvert un homme que même le diable n'aurait imaginé créer. Vous Colbert. Ça m'a pris du temps mais quand vous m'avez parlé de vos affaires dans les années 40, ça m'a tracassé. J'en avais un bout mais avec ça c'est champagne !
Et Laurence déroula l'histoire.
- Votre vie n'est faite que d'opportunisme. Et la liste est longue dans votre cas, la liste est variée et très longue dirai-je même. Vous vous souvenez de 1943 ? Vos relations en Suisse avec Paul Morand ?
Colbert jouait l'ignorance.
- Je connais Paul Morand, on se croise souvent dans notre milieu, c'est un grand écrivain, dit Colbert dans un discours qui se voulait neutre.
- Votre dossier est très précis, bien plus que précis que mes notes évidemment. Il parle pour vous et des services que vous lui avez rendus. Vous aviez un sacré réseau à l'époque.
- Je faisais passer les juifs hors de France, je les aidais.
- Moyennant rétribution, n'oubliez pas. Ça pouvait être des tableaux, des œuvres d'art, ou simplement de l'argent ou de l'or, racontait Laurence toujours en s'adressant à Gilbert. S'ils acceptaient, ils passaient en Suisse, sinon il recevait la visite de la Milice. Après juillet 44, vous vous êtes calmés mais quand même vous avez ramassé un joli pactole….
Laurence récitait l'histoire de Colbert avec précision.
- Votre organisation a été murement réfléchie, dès les années 30, n'est-ce-pas ? Les juifs possédaient tout et étaient partout, il était impossible de faire sa place où que ce soit. Les juifs vous les détestiez, c'est ça ?
- Je les aidais….
- Vous les avez volés ! Vous avez tout volé, vous ne savez que faire le mal, vous n'avez rien à foutre de personne !cria Laurence en tapant du poing sur la table faisant sursauter Gilbert et Colbert.
Colbert se fit tout petit.
Laurence se calma.
- Votre présence m'indispose, je vais donc faire bref. Vous allez rentrer chez vous aujourd'hui Colbert.
- Quoi !
- Je suis bon, reconnaissez-le ! Par contre, vous allez avoir la visite d'une organisation chargée de récupérer les biens spoliés aux juifs et vous allez tout rendre. Mme Colbert m'a promis de les appeler aujourd'hui. Elle m'avait l'air très déterminé et je lui fais confiance. Tous les biens que vous avez volés, ou pas, vont être saisis par le gouvernement. Nos collègues du fisc sont prévenus aujourd'hui.
- Vous ne pouvez pas faire ça, je connais du monde !
- Plus personne ne va vous connaître quand la presse va faire votre portrait Colbert.
- Je gagne quoi ?
- Vous gagnez la journée d'aujourd'hui pour trouver un exil très lointain. Si vous trainez, vous risquez l'arrestation. Je crois que vous partirez seul. Mme Colbert ayant une fortune personnelle va s'installer dans une de ses propriétés au loin du vacarme parisien de votre chute. Loin de vous, de façon définitive.
Gilbert saisit l'épaule de Colbert pour l'emmener. Laurence lui fit ses adieux.
- C'est ici que nos chemins vont se séparer M. Colbert, j'aurai aimé n'avoir jamais eu à vous connaître.
- Et Alice ?
Laurence sortit de ses gonds, se leva et se pencha pour être à quelque centimètres du visage de Colbert qui se recula de peur.
- Ne parlez pas d'elle ! Elle n'est qu'une de vos victimes, vous avez perdu l'honneur d'être son père chaque fois que vous l'avez abandonnée : à sa naissance et quand vous avez essayé de la manipuler. Ne la mêlez pas à tout cette histoire. Ni vous, ni moi ne serons jamais à sa hauteur. Disparaissez !
Gilbert le saisit pour l'emmener dans une autre pièce.
Laurence se rassit pour se remettre de ses émotions.
Derrière la vitre, Alice, Alexina et Thierry n'osaient respirer. Gilbert vint les chercher.
En entendant ouvrir la porte, Laurence se redressa du mieux qu'il put avec ce qui lui rester de force. Il continuait à leur tourner le dos.
Alice approcha la première osant à peine le toucher, n'imaginant pas enfin le retrouver, comme si elle rêvait sa présence. Il se leva puis, se trouva face à elle, les yeux brûlant de larmes.
Elle découvrit avec horreur le visage tuméfié de Laurence. Lui ne voyait qu'elle. Il se rapprocha d'elle pour se serrer dans ses bras.
- Je suis tellement désolée Alice, ne sut que dire Laurence, avant de tomber dans ses bras, espérant son pardon.
- Oh Swan, que t'ont-ils fait !
Vaincu par la fatigue, la douleur et l'émotion, il sentit la tête lui tournait, il se fit plus lourd dans les bras d'Alice qui n'arrivait pas à le retenir bien qu'aidée par Thierry et Alexina qui venaient le soutenir.
Il s'écroula sur le sol.
- Swan !
- Un médecin cria Alice, Swan ! Swan ! Reste avec nous, parle-moi, je t'en prie Swan !
A suivre...
