Et hop ! Installez vous, c'est un gros chapitre ce coup-ci !


Avec une impression de déjà vue, Minos survole Anthéma. Ses puissantes ailes de Griffon battent régulièrement l'air, sans bruit.

Je passe mon temps à le chercher quand il se fait kidnapper comme un bleu.

Il suit vaguement le chemin qu'il a aperçut depuis le balcon. Le sentier disparait parfois de sa vue, perdu au milieu des champs de ronces, mais il arrive toujours à le retrouver en se fiant à la carte qu'il a réussi à mémoriser.

Tout est désert durant un long moment. Le territoire d'Aiacos est plus grand que ce à quoi il s'attendait.

Brusquement, les orties cessent de border le chemin, les ronces et les plantes carnivores disparaissent et Minos sente nettement l'air s'alléger autour de lui.

Ouf, je crois que j'ai quitté la zone qui le concerne, c'est tout de suite moins oppressant. Mais c'est pas vraiment plus engageant par ici…

Son regard perçant passe rapidement sur la route détruite, totalement impraticable. Les villages sont déserts, il n'y a pas le moindre signe de vie.

Par acquis de conscience, Minos finit par descendre et se pose au hasard dans l'un d'eux.

Les pavés de la place principale se déboitent sous ses pattes. Tout en faisant attention aux endroits où il passe, le Griffon blanc inspecte les alentours.

Il ne lui faut que quelques minutes pour se faire un compte rendu assez précis : les points d'eau sont asséchés, les jardins et potagers sont morts, les routes partent en morceaux. Certaines maisons se sont effondrées, d'autres sont sur le point de suivre le même exemple.

Et tellement désert que c'est à se demander si les Anthémiens sont encore en vie…

Son inspection terminée, il reprend son envol.

Ça m'étonnerait quand même que Grelhart soit le seul glandu survivant. Et Alba est forcément quelque part aussi.

Le paysage mort devient presque lassant, au point qu'il manque de tomber en plein vol de surprise en survolant un chemin indemne menant à un village encore en ruine.

Trop de contraste d'un coup… Un côté est parfaitement nickel et brusquement c'est moche. Ou plus exactement, tout est foutu et brusquement le sentier est rénové.

Un frémissement parcourt ses plumes. De la même façon qu'il a senti à quel moment il a quitté le territoire de la Destruction, il sent soudain un nouveau pouvoir flotter dans l'air, alors qu'il plane au-dessus de la route intacte.

C'est l'œuvre d'Alba. Je le sens. Son Energie est partout…

Quelque peu surpris, il suit cette nouvelle piste et découvre un nouveau village, entièrement reconstruit. Et cette fois, la vie grouille. Les habitants discutent entre eux, passent d'un bâtiment à l'autre, reviennent avec de l'eau, ramassent des fruits et légumes…

Sans s'arrêter, prenant de l'altitude pour ne pas se faire trop remarquer, il poursuit sa route, découvrant de nouveaux endroits totalement remis à neuf.

C'est pas juste un coup de peinture sur les maisons…c'est… incroyable.

Les parfums flottent dans l'air, légers et agréables. Les brises apportent avec elle les odeurs de nourriture et les échos de bavardages d'un peuple heureux. L'herbe est verte, les rivières chantent, les fleurs colorées parsèment délicatement les lieux différents qu'il survole.

Il y a cinq minutes, j'étais en pleine misère et là nous nageons en pleine tranquillité, limite en pleine perfection.

La différence est si frappante que ça en est presque effrayant.

Minos comprend à cet instant à quel point Anthéma ressemblait bien à un Paradis. Leurs Champs Elysées ont l'air à peine potable en comparaison. Ici, tout respire la tranquillité, la joie de vivre. Chaque senteur est un délice, chaque couleur ravie les yeux. Les bruits qu'il entend sont tranquilles, apaisants... Les quelques cris de villageois qu'il perçoit parfois sont des appels à acheter de la marchandise, parfois des rires… jamais une intonation de colère ou de chagrin.

Presque trop beau pour être vrai… Certes, nous ne sommes pas chez nous, mais quand même…

Avec soin, Minos esquive les villages occupés. Au loin, il devine l'énorme Palais blanc qui se dresse. La demeure d'Aggelos, Seigneur de la Création. Il vole vers cette destination, notant que le Palais ressemble, d'une certaine manière, à la forteresse qu'il vient de quitter. Il y a quelque chose de plus délicat et plus fin dans l'architecture. Les deux maisons des Divinités sont à la fois identiques et parfaitement différentes.

Le regard focalisé sur le Palais, Minos laisse son ressenti prendre le dessus. Il est temps de faire confiance à son Lien de Moitié pour localiser Albafica rapidement et efficacement. Il ne peut pas se permettre de fouiller toutes les pièces une par une.

Affalé à plat ventre sur son lit, Albafica ne bouge plus d'un poil. Tout son corps est endolori à cause de l'épuisement. Les bras croisés sous son oreiller et la joue posée contre ce dernier, il garde les yeux fermés. Les mains de Zeus massent son dos courbaturé.

Le jeune homme a l'impression qu'il n'arrivera plus à se lever avant au moins une dizaine d'années. Le repos accordé de mauvaise grâce par Grelhart n'a pas suffit à le rétablir, comme il s'y attendait. La seule chose qui a changé, c'est qu'il ne fait plus les trajets à pied mais à dos de licorne, Zeus marchant à ses côtés et s'assurant qu'il ne tombe pas de sa monture. Certes, il n'a plus à subir la fatigue du trajet à pied, mais au point où il en est, c'est un changement mineur. Grelhart ne lui demande pas moins de travail. Le peu d'Energie qu'il a pu grapiller durant ses deux jours de repos s'est évaporée en quelques heures.

- Mon Seigneur, déclare soudain Zeus, vous devriez repenser à ce que je vous ai proposé. Ce n'est pas la solution miracle, mais au moins ça vous aiderait à mieux tenir le coup.

Sans bouger, les paupières toujours closes, Albafica répond à mi-voix :

- Je t'ai entendu quand tu m'en as parlé, il y a quelques jours, mais ma réponse n'a pas changé. Je ne peux pas faire ça à Minos.

Le serviteur blond proteste :

- Mais il n'est pas là ! Et à mon avis, il aimerait mieux vous retrouver en vie et en bonne santé, je…

- Zeus. Non.

Le ton d'Aggelos est fatigué, mais autoritaire.

- Je serai effectivement ravi de récupérer mon Poisson en vie et en bonne santé. C'est quoi, le plan ?

Au son de cette nouvelle voix, Zeus arrête net ses mouvements de massage, stupéfait. Tout aussi incrédule, Albafica ouvre immédiatement les yeux pour découvrir Minos avec le coude nonchalamment appuyé contre l'un des piliers séparant sa chambre de la terrasse :

- Min… ?!

Les yeux améthyste du Juge d'Hadès sont en train de le détailler, il l'interrompt :

- Je peux savoir pourquoi tu es à poil, dans un lit, avec un mec en train de te tripoter ?

Immédiatement, le serviteur blond lève les mains, sur la défensive :

- Je ne le tripote pas ! Je le masse pour l'aider comme je peux.

Un faible rire échappe à Albafica lorsqu'il voit l'expression plus que sceptique de sa Moitié. Il ne peut pas lui en tenir rigueur, il est effectivement cul nu, ayant eu la flemme de s'habiller après son bain du soir.

Le Griffon remarque immédiatement que les bras de son amant tremblent sous l'effort lorsque celui-ci prend appuie sur eux pour se redresser dans le lit. Sans perdre une seconde, prenant Zeus au dépourvu, il traverse la distance les séparant pour venir en aide à son Poisson. Le jeune homme s'effondre à moitié dans ses bras au moment où il arrive pour le soutenir.

- Alba… souffle-t-il avec inquiétude.

Minos s'assoit au bord du lit en le tirant sur ses genoux et le cale aussi confortablement que possible contre lui. Son amant passe les bras autour de sa nuque pour se serrer contre lui et enfouit son nez dans son cou. Le Griffon le laisse faire, éberlué par ce qu'il ressent. Son Sushi Bleu n'a pas perdu de poids, il est toujours aussi beau – peut-être même davantage que dans ses souvenirs – néanmoins il perçoit précisément son extrême fragilité. Il repense brièvement à l'époque où l'existence de Milétos annihilait les forces du jeune homme et doit bien admettre que ça n'avait rien à voir avec ce qu'il voit maintenant. Il sent les tremblements qui parcourent le corps d'Albafica à chaque fois qu'il bouge et sait parfaitement que ce n'est pas dû au froid. Son Lien de Moitié lui hurle dans les oreilles de faire attention à ne pas le casser. Oui, c'est ça. Minos a peur de briser son divin amant en morceaux s'il le serre trop fort contre lui. Ses doigts caressent la chevelure bleutée qui lui semble plus claire et plus douce. Le Griffon sent deux gouttes couler dans son cou. Ils n'ont pas besoin d'échanger un mot. Minos perçoit la détresse de sa Moitié et son soulagement de le voir maintenant à ses côtés.

Albafica se repait de l'odeur de son amant, osant à peine y croire. Il se pensait inaccessible sur Anthéma Doralis. Il pleure de soulagement, ayant la sensation de commencer à voir le bout du tunnel.

-Bon, ça suffit, Poisson. Je t'embarque, on rejoint les autres et on rentre chez nous.

Déjà, Minos resserre sa prise autour de lui et commence à se lever.

- Non ! intervient immédiatement Zeus en l'arrêtant d'une main sur l'épaule. Vous ne pouvez pas faire ça !

- J'vais me gêner…

- Il a raison, intervient Albafica en relevant doucement la tête. Je ne peux pas partir comme ça, Minos.

Hésitant, le Griffon finit par se rassoir, sans le lâcher :

- Pourquoi ?

Le jeune homme essuie ses yeux humides :

- Grelhart a été capable de me trouver sur Terre et de m'amener ici. Il peut recommencer à tout moment, si on rentre. Et le pire, c'est qu'il me tient sous son contrôle, il peut me faire faire n'importe quoi. S'il le décide, je peux attaquer n'importe quoi. Il l'a déjà fait, il m'a forcé à m'en prendre à Zeus quand j'ai refusé de lui obéir, au début.

Minos jette un coup d'œil vaguement agacé au concerné qui opine vigoureusement du chef.

- Si je viens avec toi, continue Albafica, vous serez tous en danger, en ma présence. Je refuse de prendre le risque.

Le Griffon soupire tandis qu'un air irrité se dessine sur son visage. Dix milles façons de torturer Grelhart lui traversent l'esprit.

- Ok…Bon, il fait comment pour te contrôler ?

- On ne sait pas, c'est ça le hic… murmure piteusement le jeune homme.

Face à son désarroi, Minos se sent désemparé. Il comprend bien le problème, les arguments de sa Moitié sont sensés. Et en même temps, une part de lui se dit qu'il ne peut pas abandonner son Poisson dans cette situation plus longtemps.

- D'accord…. Ça complique les choses. Au moins, je pourrais informer les autres.

Il doit rassurer son Sushi au maximum.

Zeus parait surpris à sa dernière phrase. Albafica l'est tout autant :

- Les autres ? Qui est avec toi ? Et comment vous avez fait, d'ailleurs ?

Avec un sourire fier, Minos s'explique :

- Aiacos a découvert où tu étais, on a mobilisé nos forces avec le Seigneur Hadès et ton père. Même Cronos a donné un vague coup de main. Le Grand Pope a réussi à ouvrir un portail dimensionnel et nous voilà. Il y a les deux Gémeaux, Sarpédon, Aiacos et Avenir. On s'est installé chez Aiacos, en attendant.

- Aiacos ? répète Zeus d'un ton interrogatif.

Albafica tourne ses yeux vers lui :

- Le nom terrien de la réincarnation de Lucéma, je t'en avais parlé.

- Vous voulez dire que la Destruction est ici ?! s'indigne le serviteur divin en affichant une expression effrayée en même temps.

Le Griffon hausse les sourcils :

- Woaw… ça a l'air d'être une grande histoire d'amour entre vous.

Enroulant les bras de sa Moitié autour de lui comme une couverture, le jeune homme s'appuie plus confortablement contre lui :

- Il a tué le Minos qui vivait avec nous ici, autrefois. Zeus et moi tenions beaucoup à lui.

- Oh…

Ne sachant que dire face à cette information, le Juge reste un moment silencieux. Le jeune homme ferme à demi les paupières contre lui, tandis que Zeus s'est assis d'une demi-fesse à l'autre bout du lit, discret mais observateur et attentif à tout ce qu'il se passe dans la chambre.

- Faudra quand même que tu m'expliques pas mal de trucs sur Anthéma, Sushi… reprend finalement le Griffon en le câlinant. Là, je vois bien que ce n'est pas le moment pour un interrogatoire sur tes origines et ton passé divin. Mais quand même… je suis pas la réincarnation de ce Minos Anthémien ?

Tout en parlant, il tire la couverture légère à eux et couvre sommairement son Poisson. Juste ce qu'il faut pour soustraire sa parfaite nudité aux yeux de Zeus.

- Tu ne l'es effectivement pas, répond Albafica. Ton homologue a été tué par le Dunamis de Lucéma, il a… été comme annihilé totalement.

- Sympa… marmonne le Griffon.

Ses yeux se posent alors sur le serviteur blond, il le détaille avec curiosité pendant un long moment :

- C'est vachement troublant quand même, c'est la copie carbone du nôtre, en plus soumis.

Outré, l'intéressé bondit sur ses pieds et lui fait face depuis l'autre côté du lit :

- Je ne suis pas un soumis ! Être le bras droit de Messire Aggelos est un honneur absolu ! Et c'est tout aussi étrange pour moi, de me retrouver face à vous. Vous êtes en tout point identique à celui que j'ai connu, sauf pour le caractère.

- C'est-à-dire ?

- Pas assez soumis et trop possessif, rétorque vertement Zeus.

- Je prends ça pour un compliment.

Albafica roule des yeux en voyant l'air vexé de son serviteur, tout en sentant son amant irradier littéralement de fierté. Il est presque sûr qu'il a bombé le torse.

- Ne vous disputez pas, tous les deux… soupire-t-il d'une voix lasse.

Immédiatement, Zeus incline la tête en signe d'excuse, sous le regard hilare de Minos :

- Pardon, mon Seigneur.

- Quelle autorité, mon Sushi, roucoule le Griffon en déposant des baisers dans la chevelure bleue.

Il ne rate aucunement le regard mécontent que lui adresse le sous-fifre de sa Moitié.

Si Albafica a conscience de l'échange qui s'opère entre les deux, il n'en laisse rien paraitre. Tout ce qu'il souhaite pour le moment, c'est roupiller dans les bras de son homme, il ferme donc les yeux. C'est sans compter sur ce dernier qui semble finalement avoir plein de questions à poser :

- Tu couchais aussi avec l'autre Minos, à l'époque ?

- Oui, répond vaguement le jeune homme.

- Ravi de voir que tu as toujours aussi bon goût ! s'esclaffe le Griffon.

- Hm.

Zeus croise les bras sur le torse en redressant fièrement la tête et toise l'horripilant individu qui tente de marquer son territoire. C'est d'une voix teintée de provocation qu'il s'adresse à lui :

- Il couchait également avec moi. Plus exactement, avec nous deux.

Satisfait, il voit l'autre se décomposer. Pour qui se prend-t-il, cet intrus qui arrive ici et se comporte comme s'il était en terrain conquis ? Il a peut-être réussi à rafler totalement le cœur de son Seigneur, mais il compte bien le remettre de temps à autre à sa place.

- T'es sérieux ?! s'écrie Minos en baissant les yeux sur son Poisson bleu. Un plan à trois ?!

L'intéressé rouvre les yeux en sursaut.

- Attends, si tes goûts ont pas changé depuis, ça veut dire que tu veux aussi te taper le Zeus de chez nous ? continue le Griffon sur sa lancé.

Aggelos lance un coup d'œil de reproche en direction du serviteur qui affiche un air contrit en marmonnant une excuse.

N'ayant apparemment pas envie que le sujet soit passé sous silence, le Juge insiste :

- Réponds à ma question, Alba !

Le jeune homme grommelle :

- Je croyais que t'avais dit que c'était pas le moment pour un interrogatoire.

Minos fulmine :

- J'ai changé d'avis !

Résigné, Albafica se redresse un peu. Malgré son agacement, son amant l'aide instinctivement à se trouver une posture plus confortable.

Pelotonné contre le Griffon hérissé, le jeune homme répond calmement :

- Ecoute, Zeus est un bel homme, c'est un fait. Oui, il est dans mes goûts. Oui, autrefois, Zeus, Minos et moi étions un trio inséparable au lit. Pour autant, est-ce que j'ai envie de m'envoyer en l'air avec celui de chez nous ? Très franchement ? J'en sais rien, la question ne m'avait même pas effleuré l'esprit. Les faits sont que c'est avec toi que je suis officiellement en couple, je suis ta Moitié et je suis bien avec toi. Je t'aime et je ne veux pas te faire souffrir, donc je ne te tromperai pas. Rassuré ?

Sa tirade l'a un peu essoufflé. Minos reste un peu sceptique, mais devant son visage pâle et ses yeux brillants de fatigue, il se tait. Pour l'instant, du moins.

Conscient que les mots de son Seigneur n'ont pas suffi à apaiser totalement l'intéressé, Zeus se permet de reprendre la parole :

- Le Seigneur Aggelos vous est incroyablement fidèle. Il m'a raconté sa vie, dans votre monde, et il m'a parlé de vous avec beaucoup d'affection. Il a également repoussé mes avances en m'expliquant que les règles avaient changé et que coucher avec moi reviendrait à vous trahir.

Minos demeure silencieux. Ses yeux se posent sur son amant, avant de revenir sur le blond. Il sent bien que ce dernier n'a pas beaucoup apprécié de se faire éconduire, mais qu'il respecte trop son Maître pour oser protester plus que ça. Le Griffon se détend un peu.

Après un instant d'hésitation, le serviteur divin fronce les sourcils et ajoute sur un ton amer :

- Je me dois tout de même de préciser qu'avec ce refus, il s'est affaibli.

Albafica tressaille contre Minos :

- Zeus… marmonne-t-il.

- Mon Seigneur, je suis désolé, mais ça il doit le savoir. Votre loyauté envers lui vous pénalise énergétiquement !

Les doigts du Juge se sont crispés autour de sa Moitié qui semble à présent habitée par une forme de nervosité.

- Comment ça ? demande-t-il en s'adressant directement au clone de son père.

Albafica pousse un petit soupir résigné en laissant le concerné commencer les explications.

- L'amour, le sexe… ici, c'est l'un de ses moteurs d'Energie. C'est une façon pour lui d'en regagner, quand il en a besoin. Et quand il va bien, ça lui permet de consolider son pouvoir.

Etonné, Minos hausse les sourcils :

- Comme un incube ?

Le jeune homme sourit malgré lui et redresse la tête pour lui embrasser la joue :

- Pas vraiment, non.

D'instinct, le Griffon tourne la sienne pour déposer un baiser sur ses lèvres, les trouvant encore plus douces que dans ses souvenirs. Albafica appuie brièvement son front contre le sien, Minos frémit au contact de sa peau brûlante. Son Poisson a de la fièvre. Celui-ci ne parle pas très fort :

- Je n'aspire pas l'énergie vitale de mes partenaires, tu t'en serais rendu compte si ça avait été le cas. D'une certaine manière, je me « nourris » de ce qu'on dégage quand on fait l'amour, sans pour autant impacter l'autre. C'est moins flagrant sur Terre, des fois que tu te poses la question.

Le Juge ne répond pas tout de suite, emmagasinant l'information d'un air songeur. Il le laisse poser sa joue contre son épaule, le souffle de son Sushi caresse délicatement son cou.

Dire qu'il était tellement timide à nos débuts. Il avait à peine l'air de savoir comment fonctionnait les relations intimes et maintenant j'apprends qu'il est en fait carrément lié au cul.

Amusé à cette pensée durant quelques instants, il reprend néanmoins son questionnaire :

- Et ça… redonne beaucoup ? De baiser ?

Zeus s'assoit à nouveau au bord du lit, ouvert à la discussion :

- En l'état actuel des choses, un amant l'aiderait à tenir tranquillement pour la demi-journée de demain. Deux amants lui feraient tenir la journée entière, sans difficulté.

Le Juge entrouvre les lèvres, pris de court par l'information. Il réalise qu'il ignore toujours ce qui met autant son Poisson à plat.

- Et sans épuisement, en temps normal ?

Le blond se tapote le menton sous la réflexion :

- Difficile à estimer. Notre… trio… n'attendait pas d'occasions particulières pour faire l'amour. Approximativement, je dirai qu'une fois au lit, ensemble tous les trois, avait de quoi renouveler son Energie au maximum pour au moins un mois. Mais comme nous le faisions régulièrement, en réalité son Dunamis était toujours au sommet de sa puissance.

Une moue agacée parait sur le visage de Minos. Une part de lui demeure extrêmement contrarié de savoir que son Sushi Bleu vivait une relation de plan à trois dans son ancienne vie. Une autre partie de lui ne peut s'empêcher de fantasmer en l'imaginant gémir au milieu de ses deux amants. Et une troisième part ne peut s'empêcher d'être malgré tout contente de savoir que seul Zeus est une « menace » puisque que l'autre amant n'était autre que son propre homologue.

Le blond a soudain un air légèrement attendri et pose ses doigts sur ses lèvres, à l'attention de Minos, tout en désignant Albafica d'un léger signe du menton. Machinalement, le Griffon baisse les yeux. Sa Moitié s'est endormie pour de bon, cette fois, pelotonné contre lui.

Osant à peine bouger, de peur de le réveiller, Minos prend le temps de l'observer un peu plus attentivement. Ses cheveux se sont éclaircis et il les sent encore plus soyeux entre ses doigts. Sur sa peau, les tatouages d'or ne sont pas franchement visibles comme lorsqu'il a utilisé ses pouvoirs divins, mais le Griffon ne peut pas dire non plus qu'ils sont totalement invisibles. Ils sont à peine perceptibles, selon l'angle de vue et l'éclairage. Il a également suffisamment eu le temps d'apercevoir ses yeux et de constater qu'une pointe d'or transparait dans la profondeur des saphirs à présent. Et au-delà de ces micros-différences liés à son éveil à la Divinité, il ressent profondément son épuisement, en plus de la constater sur les traits de son visage qui n'apparait pas reposé, malgré son sommeil.

A mi-voix, Zeus reprend la parole :

- J'ai bien compris qu'un nouveau trio est inenvisageable. Mais puisque vous êtes là, nous pouvons malgré tout l'aider en maintenant tous les deux un contact avec lui. Rien de sexuel, rassurez-vous.

Méfiant malgré tout, Minos lui lance un regard peu amène auquel Zeus répond par un sourire :

- Allongez-le sur le lit, vous allez voir.

A contrecœur, il obéit. Comme si son Albafica était en porcelaine, il l'allonge confortablement sur le lit, osant à peine respirer, craignant de le réveiller - ou pire, de le briser – en ayant un geste trop vif. Il le borde ensuite avec soin, tandis que le serviteur blond se rapproche un peu et referme sa main sur celle de son Seigneur.

- Je ne ferai rien de plus, Minos. Juste un contact. Vous pouvez faire de même.

L'intéressé glisse ses doigts autour de ceux de son amant. Zeus hoche la tête :

- Notre présence peut l'aider un minimum par ce genre de gestes. Evidemment, ça ne vaut pas le sexe, mais c'est mieux que rien. Et par votre simple présence, vous l'aidez déjà bien plus que moi, grâce à votre Lien. Inconsciemment, il va se nourrir de nos sentiments pour lui et ça l'aidera un peu.

Le pouce caressant le dos de la main, Minos soupire :

- Explique-moi ce qu'il se passe ici. Pourquoi cet épuisement ?

- Grelhart le force à reconstruire Anthéma, explique le blond d'un air lugubre. Sans se soucier de l'Energie considérable que ça demande.

Le Griffon fronce les sourcils. Il s'en doutait, il a bien senti le Dunamis qui planait dans l'air lorsqu'il a survolé les terres prospères et les villages rayonnants. Tout ce qu'il a vu sur son trajet est donc bien l'œuvre d'Aggelos.

- Comment ça ? Tu peux être plus précis ? Il reconstruit quoi ? Les routes ? Les maisons ?

- Oh, bien davantage. Chaque chemin, chaque route, chaque point d'eau, chaque caillou, chaque planche, chaque cours d'eau… Les plaines doivent être à nouveau vertes dans l'immédiat. Les forêts se doivent d'être à nouveau fournies et debouts. Chaque village, chaque pavé des places principales… Tous les bâtiments sont neufs, sans exception, mobilier compris. Le mobilier de chaque maison et de chaque commerce provient de son pouvoir. Il doit également approvisionner intégralement chaque magasin remis à neuf en fournissant un large stock. Les jardins également…

- Mais vous êtes pas fichus de faire pousser des légumes tout seul et de fabriquer des meubles ?! demande Minos à voix basse, l'air furieux.

Zeus baisse les yeux :

- Bien sûr que si, nous ne demandons pas mieux que de l'aider. Surtout que sa simple présence suffit à rendre la terre fertile. C'est malheureusement la volonté de Grelhart, il semble estimer que le Seigneur de la Création doit nous donner toutes ces bénédictions, en compensation de son absence de ces derniers siècles. Le côté paradoxal, c'est qu'il veut tout reconstruire, mais sans prendre soin de son « outil » principal. Je ne comprends pas cette façon de penser et d'agir. Surtout que le Seigneur Aggelos lui-même se dit prêt à lancer un projet de reconstruction, à son rythme. Et nous l'aurions volontiers aidé.

- Et ce dernier point, Grelhart est au courant ?

- Oh que oui ! répond Zeus amer. Il n'en a cure et a décrété que les choses se feraient à sa manière. En vérité, il semble prendre un certain plaisir à faire ainsi du mal à mon Maître.

Encore perturbé d'entendre le sosie de son père parler d'Albafica comme d'un « Maître », Minos secoue la tête :

- Tu sais… Quand on a du pouvoir entre les mains, ça peut vite monter à la tête, surtout quand on a la possibilité de contrôler quelqu'un de tout puissant…

Le serviteur balaye sa phrase d'un geste de la main, catégorique :

- Chez vous, peut-être, mais pas ici. La nature des Anthémiens n'est pas de faire souffrir ou de forcer son prochain, encore moins quand ça concerne notre Seigneur Bien Aimé.

- C'est bien un Anthémien, au moins ? Il ne vient pas de chez moi, cet énergumène ?

- J'avoue que ça m'arrangerait bien, malheureusement non. Grelhart est un pur Anthémien qui, pour une raison qui m'échappe, a développé des traits particulièrement négatifs : mépris, mensonges, manipulations…

Le Griffon plisse le front, à la recherche d'une autre piste :

- Et ça ne peut pas être dû à l'absence de vos Dieux ? Par exemple, après votre territoire qui est devenu de plus en plus mort, le cœur des Hommes se serait mis à suivre le même procédé ?

- J'en doute, sincèrement, répond Zeus en observant le visage endormi d'Albafica. Personne d'autre ne démontre ce genre de caractère, à ma connaissance.

Minos n'insiste pas, préférant lui faire remarquer qu'il ne sait peut-être pas tout ce qu'il se passe, dans le Royaume de son fameux Seigneur Adoré.

Au bout d'un long moment sans plus échanger un mot, le serviteur rompt soudain le silence dans un chuchotement :

- Puisque vous êtes là, vous et vos alliés, je vais faire de mon mieux pour vous aider.

Il relâche délicatement la main d'Albafica et se remet debout, sous le regard un peu pris de court de Minos.