Un grand merci à Destrange et à Tekilou pour leurs reviews ! En vous souhaitant une bonne lecture.
LE DERNIER FILON
Les semaines et les mois avaient passé à la vitesse du carrosse de Beauxbâtons. Fleur n'arrivait pas à réaliser qu'elle était fiancée désormais. Elle avait passé tout l'été dans la famille de Bill, où ils fêtèrent d'ailleurs leur premier anniversaire. Si elle avait pensé que tous l'accueilleraient à bras ouverts, sa belle-famille ne semblait pas unanimement l'apprécier. Molly ne perdait jamais une occasion de soupirer en sa présence, et elle savait aussi que la jeune sœur de Bill l'affublait dans son dos d'un affreux surnom. « C'est à cause de tes tics de langage, avaient tenté de lui expliquer les amusants jumeaux, et parce que Fleurk rime avec Beurk ». Elle ne s'en était pas offusquée. Ou en tout cas moins qu'à l'accoutumée. Après un an aux côtés des Gobelins, elle avait appris à faire fi des blagues désobligeantes.
Avec l'aggravation de la situation politique et la multiplication des missions pour l'Ordre, Fleur avait décidé de passer à mi-temps à Gringotts. Même si elle y passait moins de temps, il était essentiel qu'elle y conserve sa place, au vu de la position hautement stratégique qu'elle occupait. « C'est insensé ! s'était-elle moquée la première fois qu'on lui avait suggéré de recruter Gornuk et les autres. L'Ordre du Phénix cherche à mobiliser des Gobelins aux côtés de Sorciers, vous saisissez la chose ? ». L'humour lui avait permis d'oublier momentanément que la mission serait bien loin d'être aisée. Si elle avait pu à une époque se targuer d'être proche de Gornuk, ce n'était plus vraiment le cas… Elle avait pensé à un moment que, leur relation s'améliorant, ils pourraient vraiment se rapprocher, devenir… amis ? Mais des mots durs avaient été prononcés et, contre toute attente, ils s'étaient blessés l'un l'autre.
En découvrant ses excuses grouillant sur son bureau, elle avait fondu en larmes au point que tous ses dossiers du jour s'étaient retrouvés imbibés de remords douloureux. Ce n'était que tard le soir, quand il l'avait raccompagnée à la surface, qu'elle lui avait à son tour présenté ses excuses. Gornuk les avait acceptées.
Mais restait désormais l'amertume.
Il y avait malheureusement des choses qui ne se réparaient pas à coup de baguette magique… On pouvait dire qu'ils s'étaient réconciliés mais… depuis cette dispute, c'était comme s'il la maintenait désormais à distance. Il la menaçait parfois même littéralement de ses longs doigts crochus pour qu'elle ne s'approche pas trop.
Un an de plus était passé. Oh, elle avait bien essayé d'aborder le sujet de la résistance avec lui, mais le gobelin mettait un point d'honneur à sembler toujours aussi occupé, et prenait visiblement grand soin de détourner la conversation dès qu'elle amenait le sujet sur la table — ou plutôt, dans le wagon. « Miss Delacour, le testament de Mrs Abbot occupe tout mon esprit (1) », avait-il glissé à l'automne. « Miss Delacour, parlez-moi plutôt du dossier Verpey ! (2) », avait-il lancé peu avant Noël. « Miss, les coffres de Gallions et de trésors d'orfèvrerie m'intéressent infiniment plus que vos beaux yeux », s'était-il moqué à Pâques. Ce jour-là, elle lui avait répondu sur le ton de la plaisanterie qu'elle était très flattée qu'il trouve son regard charmant, mais qu'elle ne pouvait répondre favorablement à ses avances car elle allait bientôt se marier. Il avait alors répondu qu'il préférait se marier avec une Goule qu'avec une demi-Vélane française et prétentieuse. Cela lui avait tiré un sourire ; elle était heureuse de retrouver par moments leur complicité passée. Même si ce n'était jamais qu'éphémère.
« Miss Delacour, avait simplement grondé le gobelin un chaud matin de juillet 1997 où elle s'était montrée insistante.
— Il s'agit simplement de vous donner une opportunité de contribuer à votre échelle, Gornuk ! »
Il fronça les sourcils et tordit sa bouche d'une drôle de manière.
« Vous savez ce qu'il s'est passé à Poudlard… Ce qui est arrivé à… »
Elle frissonna, songeant au visage défiguré de Bill. (3)
« Vous aviez raison, il se passe quelque chose de terrible dans le monde Sorcier », continua-t-elle.
Il hocha la tête d'un air entendu. D'habitude, il ne manquait jamais une occasion de répliquer avec un sobre mais néanmoins méprisant « j'ai toujours raison ». Gornuk n'était pas des plus loquaces, mais qu'il ne daigne même pas lui répondre par un simple mot… Quel Billywig l'avait piqué ?
« Vous craignez de vous mettre dans l'embarras ? », demanda-t-elle franchement.
Cette fois-ci, il détourna le regard.
« Je ne répéterai rien de ce que vous pourriez me dire. Sachez que vous pouvez me faire confiance, Gornuk.
— Ce n'est pas une question de confiance, Miss… »
Il la fixait avec une intensité qu'elle avait rarement vue dans ses yeux globuleux. Fleur sentit son cœur se serrer. C'était tellement douloureux de voir le gobelin dans une telle posture. Pour la première fois elle eut de la peine. Pour la première fois elle s'inquiétait pour lui et pour son peuple. Qu'adviendrait-il des Gobelins et des autres créatures magiques si Voldemort venait à l'emporter ?
« …je n'ai rien à gagner dans cette guerre… Je ne dis pas que votre cause n'est pas noble, mais je ne suis fidèle qu'aux miens. Tant que Gringotts restera debout…
— Tant que Gringotts restera debout ?! Et à quel prix ?! L'asservissement ?
— Croyez-vous que nous ne sommes déjà pas asservis ? ricana-t-il finalement d'un air sombre et avec un rire sans joie. Pensez-vous vraiment que nous ne servons pas déjà les intérêts de quelques-uns ? À moins que notre propre sécurité soit menacée, pensez-vous qu'un camp comme l'autre fasse réellement la différence pour nous autres, créatures magiques ? Vous êtes intelligente, Miss Delacour, mais vous êtes aussi d'une naïveté sans pareille.
— Peut-être, admit-elle à regret, mais vous m'importez. »
Pour toute réponse, il lui offrit un maigre sourire. Elle sentit son cœur se serrer une nouvelle fois.
« Bill et moi envisageons de quitter Londres et de nous éloigner quelques temps de Gringotts après la cérémonie. Je ne suis pas certaine de vouloir conserver mon poste pour les mois à venir, vous… vous comprenez, n'est-ce pas ? Vous êtes certain de ne pas vouloir assister au mariage ?
— Je suis désolé, Miss.
— Promettez-moi que ce n'est pas la dernière fois que nous nous voyons.
— Je ne peux faire de promesse que je ne suis pas certain d'honorer. Je peux vous promettre, en revanche, que vous serez regrettée. »
(1) La mère d'Hannah Abbot est retrouvée assassinée à l'automne 1996.
(2) Ludo Verpey a accumulé énormément de dettes chez les Gobelins. D'ailleurs, dans l'Ordre du Phénix, l'hypothèse que cette affaire ait contribué à renforcer la méfiance des Gobelins vis-à-vis des Sorciers est évoquée.
(3) Un mois avant, en juin 1997, Poudlard a été envahie par un groupe de Mangemorts et Albus Dumbledore a été assassiné. C'est également à cette occasion que Bill a été attaqué par le Mangemort et loup-garou Fenrir Greyback.
Et voilà un énorme bond dans le temps en un seul chapitre ! À votre avis, quand se déroulera le prochain ?
Pensez-vous qu'une amitié puisse se remettre d'une telle dispute ? Arrivez-vous à comprendre le positionnement des Gobelins ? Et, le meilleur pour la fin, est-ce que vous auriez apprécié d'avoir une Fleur dans votre famille ? xD
Laisser une review rallongera les vacances/les congés de quelques jours de plus ! (et fait toujours très plaisir à l'auteur !)
En vous remerciant pour votre lecture, et en espérant que le dernier chapitre vous plaira tout autant. Rendez-vous vendredi 30 octobre pour la fin, d'ici là je vous embrasse !
