Sauter, vers la fin du monde
Sa main posée sur l'astro-droïde, Anakin réfléchissait, hanté par les fantômes nés de Salanka. Il se doutait que le Conseil ne lui faisait pas confiance. Lui-même ne savait quoi penser de ces derniers. S'ils découvraient ce qu'il s'était passé sur Salanka, ce qu'il avait appris, ce qu'il avait fait… il serrait probablement déjà enfermé dans une prison obscure aux confins du Temple, déchu de l'Ordre et interrogé par Mace avec un plaisir certain d'avoir contrecarré « L'élu » et voir ses doutes se confirmer à son sujet.
Ils avaient peur de lui. Certains, tout du moins. Sa présence dans la Force avait toujours été sujet de méfiance. De craintes. Mais n'était-ce pas l'apanage des faibles que de craindre les forts ?
Ils avaient peur de lui, du Côté Obscur, mais seul ce dernier lui avait ouvert les yeux. Sur la justice, sur la paix… sur la vie.
Il reporta son attention sur R2. Plus question de quitter le petit droïde. Il fallait qu'il soit en sécurité, constamment à ses côtés.
S'il était bien cet « Élu », alors il serait de son devoir de mettre fin à la guerre. De traquer les Sith, quelques soient les moyens utilisés. Y comprit son entraînement aux arts prohibés des Jedi.
Aveugles, ils étaient tous aveugles de leurs peurs. Lui, il l'avait laissée sur Salanka.
Qui pouvait avoir peur de la mort quand on pouvait enfermer la vie ?
Il se leva, R2D2 sur ses talons. Il ne lui restait plus qu'une personne à affronter.
.oXOXo.
La Sénatrice souleva son regard sur le Datapad entre ses mains. L'ocre du ciel s'était fait chassé par de douces tintes marines, les lumières de la ville naissaient tandis que le soleil mourait sous l'horizon de Coruscant.
Anakin avait été retrouvé une semaine plus tôt, elle avait appris par un communiqué que son Destroyer était arrivé le matin même dans l'orbite de la Capitale. Et après ces deux semaines passées dans l'angoisse de sa disparition sur cet astre du Cadran Nord, elle se languissait de sa présence.
Les données défilaient sous ses yeux sans qu'elle ne les lise. Ainsi reposa-t-elle le Datapad sur son bureau dans un soupir. Elle avait besoin de rentrer chez elle. Reposer sur sa terrasse, contempler les étoiles, errer dans les trous noirs de l'espace jusqu'à ce que le sommeil la cueille dans la nuit.
Les lumières courraient par la vitre du véhicule, et pourtant la route jusqu'à ses appartements semblait s'écouler avec la même extrême lenteur que tous ses derniers trajets depuis le départ d'Anakin. Elle n'aimait pas rester inactive, préférant se noyer dans les conférences, les dossiers, les écrits, jusqu'à perdre la notion du temps. Embrassant son devoir de Sénatrice corps et âme avec l'espoir qu'une paix revienne dans cette galaxie trop tourmentée.
Elle remarqua à peine lorsque le taxi arriva sur le toit du bâtiment, ne prêta que trop peu attention à l'ascenseur qui descendait, franchit les premières pièces avant de s'écrouler d'une fatigue lasse sur le divan de la terrasse, constatant vaguement les lumières déjà allumées de l'espace, son esprit déjà ailleurs.
« Je suis rentré. »
Elle se redressa en sursaut.
« Ani ? »
Il était là, assis sur les marches.
Un sourire rieur étira ses lèvres tandis qu'ils se relevaient tous deux dans un même mouvement, avançant l'un vers l'autre pour se blottir dans une étreinte salvatrice.
Ils passèrent la nuit sans se détacher, comme si rompre le contact signifiait perdre l'autre à nouveau, bénissant le destin qui les réunissait dans la vie, se délectant de leur corps. Les boucles de l'un, le parfum de l'autre. Se passionnant pour la douceur d'une peau, se noyant dans le bleu d'un regard.
Même l'aurore ne put les séparer de l'ombre des draps de soie.
.oXOXo.
En cet instant, Anakin aimait la vie. Il avait tant redouté de retrouver son visage, la peur au ventre d'être face à celui de pierre qui l'avait tué quelque part dans les ombres d'une caverne de Salanka. Que la lumière était belle. Ses yeux s'étaient régalés des siens. De son sourire enchanté, de son parfum fleuri qui lui rappelait des jours heureux sur Naboo.
Padmé le rejoint sur la terrasse sous le soleil de midi et saisit sa main de ses doigts délicats :
« Me raconteras-tu ? »
Il lui adressa un regard étonné :
« De quoi parles-tu ? »
Elle le dévisagea quelques instants avant de renoncer à sa question pour entremêler ses doigts aux siens.
« Rien. »
Il leva son autre main libre pour dessiner la courbe de sa mâchoire.
« Tu es si belle. Tu m'as tant manqué. »
« La rumeur courait que tu avais péri. »
Il déposa un baiser au creux de son cou avant de murmurer à son tour :
« Je suis revenu pour te sauver. »
Elle recula alors son visage pour le fixer d'un air interrogateur.
« Rien. » Répondit-il en écho à son trouble. « J'ai simplement l'impression de me réveiller d'un long cauchemar. »
Devant son regard perplexe et le froissement anxieux de ses paupières, Anakin lui décocha un de ses sourires moqueurs et taquins. Elle sourit à son tour comme par imitation, mais ses yeux criaient le contraire. Comme si elle tentait d'adhérer à cette note d'humour maladroit. Mais le silence s'étira entre eux avant qu'Anakin ne détourne le regard dans un soupir résigné et lasse :
« j'ai rêvé de toi dans un cercueil et celui-ci m'a hanté dans ce qui m'a semblé être une éternité. »
Une lueur de tristesse fit vaciller les délicats traits de sa femme.
« Ani, je suis sauve et en sécurité, toi comme moi émergeons d'une trop longue nuit d'angoisse, mais c'est toi qui as failli ne jamais me revenir. Et moi qui ai peur sans cesse d'un jour où tu ne reviendrais plus d'entre les morts. »
Elle ne comprenait pas, elle non plus. Mais ce n'était pas grave. Il avait le moyen de l'arracher à la mort. Cela lui suffisait. Et en cet instant, rien ne comptait plus que son bonheur. Que son cœur battant. Elle se lova contre son torse.
« Que nous sommes fous pour continuer de nous aimer à en mourir. »
.oXOXo.
Le Chancelier comptait les minutes. Les codes d'accès des boucliers déflecteurs avaient été envoyés au crépuscule à son apprenti. Dark Tyranus était arrivé dans la capitale dans la nuit avec un groupe de mercenaires, moins repérables que les droïdes Séparatistes. Les rouages étaient en place, et cette machinerie lui apporterait que plus de sympathie de la part du Sénat. Lui, le Chancelier Suprême, figure de la République, serait vu en martyr sur l'autel de la paix. Et part son sauvetage recevrait les louanges du héros blessé. Il n'aurait plus qu'à prononcer un discours plein de compassion envers leurs causes, enflammer les cœurs pour effacer la raison. La guerre aux portes même de la Capitale était bien plus efficace pour soulever les passions vengeresses et attiser la peur du peuple comme du Sénat pour atteindre ses desseins.
Bientôt son emprise sur ce dernier serait totale.
Il savait que des Jedi se dresseraient contre sa prise de pouvoir, mais ceux-ci étaient déjà bien trop débordés par la guerre pour l'arrêter.
Les rouages s'engrainaient les uns dans les autres jusqu'à l'oscillation ultime.
L'aube se levait et il était temps de se diriger vers sa navette, le transporteur politique ne devait compter que ses plus proches partisans, aucun Jedi ne devait l'accompagner. Il devait faire figure de tolérance, et les Jedi n'y étaient plus associés. Ainsi partirait-il en faiseur de paix.
.oXOXo.
Elle méditait à genoux dans la salle des mille-et-une fontaines, ses armes posées devant elle. Son esprit tempétueux cherchait le repos parmi dans les brumes de la Force, si troublées depuis le retour de son Maître. Elle ne le reconnaissait plus. Il n'avait que feint son surnom ironique, placardé un sourire crispé sur son visage hanté. Semblant mouvoir son corps par la seule crainte d'un fouet invisible à ses trousses.
Sans parler de leur entraînement. Il l'acculait jusqu'aux portes de l'épuisement et plus loin encore. Toujours trop gauche, jamais assez forte. Il la balayait comme on chasse une poussière du revers de la main, s'en allait sans un mot, traînant un mécontentement palpable.
L'incompétence l'assaillait.
Elle n'était pas à la hauteur des entraînements d'Anakin. Pire, elle sentait sa détresse, y faisait face avec une affligeante inefficacité. Pourquoi n'était-elle pas partie avec lui sur cette planète ? Un fin filet de culpabilité s'insinua dans ses réflexions. Sa méditation prenait le goût amer de l'échec.
Elle soupira avec l'espoir que ses retrouvailles avec la Sénatrice aient gommé les cernes violacés de ses yeux qui effrayaient jusqu'aux jeunes initiés.
Elle ne l'abandonnerait plus à leur prochaine mission.
.oXOXo.
Elle marchait dans les quartiers grouillants de Coruscant lorsque le premier grondement engloutit tout. Le sol trembla, puis le ciel fut bouché par d'immenses formes noires masquant le zénith, pour s'écraser dans un vacarme assourdissant et des cris de terreur. Et puis le silence. La chape de poussière infecte ses naseaux, lui mord les yeux.
Que ce se passait-il ?
Elle se relève en vacillant, tousse, ses mains palmées tremblent. Un pas en avant, un pas chancelant, une pas pour retomber à genoux. Elle avait mal quelque part entre les côtes. Ou dans le bras. La poussière, partout. Où était-elle ? Ses tympans sifflent, elle n'entend que sa respiration. Elle ne reconnaît plus son quartier. Son cœur tambourine, elle a mal.
Sur sa droite il y a quelque chose qui aurait dû être une vitrine. Mais le verre est soufflé en de millions d'éclats. Elle s'y engouffre sans réfléchir, ne cherchant qu'à fuir. Elle ne sent pas les morceaux qui lui tranchent les cuisses quand elle passe par dessus et se recule dans l'ombre du lieu. Un café ? Elle trébuche sur un bras humanoïde. Un bras, seul. Un bras qui finit sa course sous un amas de débris.
Elle recule encore, sent un liquide poisseux sous ses mains. Et c'est alors qu'elle les entendit. Avaient-ils été là depuis le début ? Des râles, des cris, la lente sirène de Coruscante.
Elle fixe toujours l'extérieur, ce qui avait été une rue, la poussière tournoie, et des formes tombent à travers, s'écrasant dans un bruit mat et de craquements. Des cris, toujours des cris.
Le sol tremble encore, une fois, deux fois, encore une troisième fois. Les gens crient.
Alors c'est ça, la fin du monde ?
Devait-elle partir ? Dehors ils crient. Mais la petite créature sidérée qu'elle est n'arrive pas à bouger. N'arrive pas à s'extraire du sang poisseux sous ses fesses et ses mains.
Un petit bip-bip résonne dans les décombres de la salle. Quelqu'un cherche à entrer en communication avec le bras. De petits « bip » de communication s'élèvent un à un dans une mélodie irrégulière et résonnent de toute part.
Elle avait laissé ses courses dans la rue, elle voudrait reprendre ses affaires et rentrer chez elle, voir ses enfants.
Ses enfants
Elle se relève d'une traite. Ses doigts palmés dégoulinent. Du sang ? Son sang ?
Elle passe à nouveau par l'encadrement du bar où avait été une vitre. Elle passe des corps explosés au sol, il y a de petites collines de vivants qui ne le sont plus.
Il y a des gens qui pleurent, des gens qui crient, elle les passe. Elle voudrait rentrer chez elle, avec ses courses, dans sa famille. Elle n'entend plus les sirènes de la ville, elle ne fait que vaciller avec la poussière, entre les membres et les gravats.
Un speeder vient s'abattre à quelques mètres. Une personne sort de la carcasse en feu. L'axe de la terre semble se renverser. Elles se fixent avant que l'une ne s'effondre au sol. Leurs yeux ne se sont pas quittés pour autant, la gisante comme la vivante les ont gardés grands ouverts.
Alors c'est ça, la fin du monde.
.oXOXo.
Le sol s'était mis à trembler. Plusieurs fois. Ils s'étaient rués hors sur du salon pour constater depuis la terrasse d'immenses colonnes de fumées noires, s'élevant vers le ciel qui se mit instantanément à se troubler. Les boucliers déflecteurs au-dessus du cœur de la Capitale venaient de céder. Aussitôt, des vaisseaux sortirent de l'hyper-espace au-dessus de l'atmosphère.
« Reste en sécurité à la maison ! »
Padmé n'eut pas même le temps de comprendre ce qu'il se produisait qu'Anakin sautait déjà dans son speeder en direction du Temple.
Tout le monde courait. Les initiés marchaient d'un pas rapide sous la tutelle de Padawans et de Jedi en direction du cœur du bâtiment, quand les Chevaliers et les Maîtres se ruaient à l'extérieur et vers les hangars.
Anakin se frayait un chemin dans cette cohue, appelant dans la Force sa Padawan, il activa en même temps le communicateur de poignet.
« Obi-Wan, que ce passe-t-il ? » cria-t-il avant même que la forme bleue de son ancien Maître n'apparaisse.
« Retrouve-moi avec Ashoka au hangar, une flotte séparatiste est au-dessus de Coruscant »
Oui, ça, il avait remarqué.
« Tous les Jedi disponibles et formés sont amenés à se battre. »
Il continua sa course en direction des hangars, déjà des transporteurs et chasseurs décollaient vers ciel chargé de fumée dans un bruit sourd. Les tirs des vaisseaux ennemis commençaient à pleuvoir sur la ville.
Ahsoka arriva en courant, parce que tout le monde courait en cet instant dans cette fourmilière géante.
Bientôt ils retrouvèrent Obi-Wan, entouré de Rex et Cody, un air sinistre gravé dans leurs traits. Et ne l'avaient-ils pas tous, cet air tendu ? Celui de la bataille qui se profile. Seulement, la guerre était au-dessus de l'épicentre même de la République, ce qui rendait la situation beaucoup plus grinçante. Les bataillons sous leur commandement, 212ème et 501ème, étaient déjà en route depuis les casernes militaires de la Capitale, attendant de plus amples directives de leurs supérieurs.
Après quelques brefs ordres échangés aux troupes par radio, tous embarquèrent dans leurs chasseurs respectifs.
Un étrange soulagement prit Anakin alors qu'il décollait. Celui d'être aux commandes d'un chasseur. De son chasseur. R2D2 lui envoya un rapport complet de la situation sur son écran. Il ne prit qu'à peine le temps de lire. L'information confirmée était plus qu'inquiétante : le Chancelier Suprême avait été enlevé, se trouvant sûrement à bord de l'énorme mastodonte Séparatiste qui surplombait la capitale. Il fallait les empêcher de repartir en hyper-espace, hors de leur portée.
Une excitation sauvage parcourra son corps. L'heure des règlements de comptes avec les Séparatistes avait sonné.
Bonjour, j'espère que vous allez bien ! Trois semaines se sont écoulées depuis la dernière fois, voici donc le chapitre suivant... A partir d'ici, je crois que je m'en suis cogné royalement du Canon SW et ai pioché mes idées chez le Legend. Donc si ça part en cacahuète, pas de panique, tout est normal. Installez-vous confortablement, bouclez votre ceinture, cette histoire n'est pas là pour correspondre aux films mais seulement répondre à un grand kiff que je me suis fait il y a maintenant bientôt deux ans.
