Auteur : Lady Zalia

Type : Aventure + Angst.

Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating T. Toutes mes excuses pour le retard !

Rappel du chapitre 11 : Voldemort force Harry à jeter un Doloris sur Alecto Carrow, puis ordonne à Drago de brûler tous les présents et lettres de Lupin et des Weasley. Les jours suivants, il entraîne Harry sans relâche en vue de son duel avec son professeur de Duel. Il lui enseigne notamment un sort de magie noire qui blesse gravement Percival Shafiq mais permet à Harry de remporter son duel, pour le plus grand plaisir de Voldemort qui intègre néanmoins le professeur parmi les Mangemorts du premier cercle.


Chapitre 12

La petite communauté de Mangemorts se dispersa peu à peu car Voldemort n'avait requis leur présence que pour introniser le nouveau venu et certains avaient transplanés en urgence alors qu'ils se trouvaient au milieu de leurs affaires courantes. Drago retourna à Poudlard avec Severus Rogue et Percival Shafiq et finalement, seuls Lucius Malefoy et Bellatrix Lestrange restèrent. Harry aurait aimé que son camarade reste un peu pour lui tenir compagnie mais il n'avait pas son mot à dire, il regagna donc le coussin qu'il partageait avec Nagini. Adossé contre le trône de Voldemort, il s'apprêtait à reprendre sa lecture lorsqu'il entendit Lucius prononcer son nom, lui faisant relever la tête.

- Maître, vous avez fait un travail remarquable avec le jeune Potter. Je n'ai pu que reconnaître votre maestria dans cette manière de se battre. Severus n'en a rien dit évidemment, mais je suis persuadé qu'il a enragé de voir le gamin aussi bon dans son duel.

S'il n'appréciait pas particulièrement de s'entendre traiter de gamin, il était plutôt satisfait d'avoir pu faire enrager Rogue et encore plus que Lucius Malefoy reconnaisse son talent. Mais son sourire disparut bien vite en entendant Bellatrix prendre la parole.

- Petit Potter est devenu un bon petit chien, bien dressé. Il s'incline à vos pieds, attaque à votre ordre. Ouaf ouaf ! Est-ce qu'il sait donner la patte ?

Harry leva un sourcil et se tourna vers Nagini.

- Elle se regarde quand elle dit ça ? Elle me traite de chien mais elle c'est une hyène. Elle ne sait que ricaner ou mordre. Qui de nous deux est le plus pitoyable, je me le demande…

Il avait chuchoté sa remarque mais bien évidemment Voldemort l'avait entendu, et à sa plus grande stupéfaction, il eut un bref éclat de rire.

- Ah ah Harry, ce n'est pas gentil de se moquer… Bellatrix, mon jeune apprenti s'est bien battu aujourd'hui, je suis fier de lui. Qui sait, peut-être que d'ici peu il pourra se mesurer à toi…

Harry n'en croyait pas ses oreilles et manifestement Bellatrix non plus. Elle avait perdu son sourire moqueur et passait son regard de Harry à Voldemort, manifestement partagée entre l'obéissance servile qu'elle vouait au mage noir et son désir de faire ravaler son insulte, quelle qu'elle ait pu être, à Harry. Finalement elle poussa un bref gémissement de dépit et s'assit sur le sol, perdue dans ses pensées. Harry, pour sa part, chuchota un bref « merci » en fourchelang à Voldemort avant de se replonger dans son livre, un large sourire aux lèvres. Les compliments du mage noir étaient rares, encore plus devant témoin. Harry repensa aux propos que Drago avait eu en janvier et qu'il n'avait pu comprendre sur le moment. Ron et Hermione se seraient sans doute sentis insultés de recevoir un compliment de leur plus mortel ennemi mais la perspective de Harry était désormais déformée par ses dernières semaines aux côtés du mage noir et il se sentait extrêmement flatté.

Le reste de la journée se passa tranquillement et Harry attendait la soirée avec une certaine curiosité. Lorsqu'il avait croisé Sanguini, l'être ne lui avait pas particulièrement semblé dangereux au premier abord mais si Voldemort cherchait à les recruter, c'était sans doute pour une bonne raison. De fait, l'homme qui se présenta à eux peu avant minuit n'avait rien de l'affable vampire qu'il avait pu rencontrer à la fête de Slughorn et sa simple apparence arracha un frisson à Harry. L'homme était élégamment habillé et dégageait une certaine prestance mais son regard était celui d'un prédateur dénué de toute humanité. Il s'avança directement vers le trône de Voldemort et se tint un moment droit devant le mage noir. Il n'avait manifestement aucune intention de s'incliner mais Voldemort semblait satisfait et alors que Harry avait plutôt envie de se recroqueviller dans les anneaux de Nagini, Voldemort s'avança légèrement sur son siège, un sourire sinistre aux lèvres.

- Monsieur William Swallow. J'étais impatient de pouvoir enfin vous rencontrer.

- Lord Voldemort… et Harry Potter. Vous faites office de célébrités, même parmi les vampires. Deux sorciers que l'on dit immortels. Vous étiez ennemis hier encore, que s'est-il donc passé que vous décidiez de vous associer ?

Si Voldemort ne devait sans doute pas apprécier de devoir rendre des comptes, il agit en parfait diplomate et ne le montra pas.

- Je suis enfin parvenu à mettre la main sur Harry Potter, il y a quelques mois de cela, et je lui ai proposé un marché qu'il ne pouvait pas refuser. Il a abandonné la lutte et depuis je le garde comme disciple. J'ai bon espoir qu'il rejoigne mes rangs de son plein gré d'ici quelques temps.

Voldemort et le vampire regardaient Harry qui ne voyait pas trop ce qu'on attendait de lui. Il se contenta de hocher la tête pour confirmer les dires du mage noir et le vampire reprit la parole.

- C'est une bonne chose. Nous autres vampires voyons les choses sur le long terme et si le dirigeant de la nation sorcière reste stable, cela nous permet simplement de vaquer à nos occupations sans se préoccuper que les lois entourant le secret magique changent d'une année à l'autre. Il est toujours particulièrement pénible de se retrouver mis en cause par des Aurors pour une simple miette oubliée sur le bord de l'assiette.

Harry n'avait jamais été très attentif en Histoire de la Magie, en revanche il se souvenait d'une anecdote racontée par Remus Lupin où une escouade entière d'Aurors spécialement entraînés avait été nécessaire pour arrêter un vampire qui laissait de trop nombreux cadavres sur son chemin. Bien qu'ils soient incapables de lancer des sorts, les vampires restaient de dangereuses créatures, même pour un sorcier confirmé. Voldemort se leva et commença à marcher sur son estrade.

- Je ne peux malheureusement pas me permettre de briser le Code International du Secret Magique pour des raisons évidentes. Mais nous pourrions cependant… se rendre quelques services mutuels.

- Nous ne serons jamais une arme entre vos mains, Lord Voldemort et, au risque de me répéter, je suis ici comme émissaire car les vampires n'ont ni chef ni roi. Cependant je peux faire passer un message… une preuve de bonne volonté de votre part et les miens comprendront d'eux-mêmes quels sont leurs intérêts. Alors dites-moi sans faux semblant ce que vous attendez de nous.

Voldemort pinça les lèvres et Harry sentit l'atmosphère s'alourdir.

- Soit. Mon gouvernement fermera les yeux sur les meurtres de moldus et nous nous occuperons du Secret Magique. Vous ne serez plus inquiété par les Aurors pour cela. Par ailleurs nous pourrions vous fournir ponctuellement des victimes sorcières triés sur le volet et désarmées. En échange de quoi vous pourriez nous aider à en traquer certains.

- Hum, je pense que c'est tout à fait négociable. La plupart d'entre nous s'attaquent généralement assez peu aux sorciers mais certains voient cela comme un sport et seraient heureux de s'y adonner avec en plus l'assurance qu'aucun Auror ne viendra troubler la partie.

Le vampire ferma un instant les yeux, comme pour humer l'atmosphère, et il sembla à Harry que William Swallow devait justement faire partie de ces vampires qui n'hésitaient pas à s'attaquer aux sorciers "pour le sport". Nagini dut aussi le ressentir car elle s'enroula un peu plus autour de lui et il s'en sentit rassuré. Privé de baguette, il avait l'impression d'être aussi vulnérable qu'un moldu.

La conversation était glaçante et Harry se rendit compte que Voldemort n'avait aucun scrupule à l'idée de livrer des moldus et des sorciers pour nourrir des vampires… Comme on jetterait une souris dans le vivarium d'un serpent. Voldemort descendit de son estrade, sa longue robe sorcière traînant presque par terre. Il ne semblait pas craindre le moins du monde le vampire et s'avança vers lui, les deux mains écartées, sa baguette invisible, comme en signe de bienvenue.

- Si cela vous convient, allons dans mon bureau pour mettre les choses à l'écrit. Je veux vous prouver que vous avez tout avantage à vous associer à moi. Vous deux, restez ici.

Harry hocha la tête. Il n'avait de toute façon aucune envie de passer davantage de temps en présence du vampire. Les deux hommes quittèrent la pièce et il put reprendre sa lecture sans paraître impoli. Le livre qu'il avait emporté parlait des sombrals et c'était des créatures qui fascinaient Harry. Il ne pouvait les voir que depuis sa cinquième année, suite à la mort de Cédric et c'était Luna Lovegood qui lui en avait parlé la première. Chevaux carnivores visibles uniquement par ceux ayant assisté à un décès, ils n'en étaient pas moins pacifiques avec les sorciers qui voyaient pourtant en eux un présage funeste.

Alors qu'il tournait les pages depuis plusieurs minutes, un violent frisson le parcourut et il releva la tête pour regarder autour de lui. Il était toujours seul avec Nagini et aucun bruit ne venait de l'extérieur mais une sensation de froid désagréablement familière lui fit refermer son livre brusquement. Il y avait au moins un Détraqueur… proche. Son estomac se serra tandis que son rythme cardiaque s'accélérait, lui faisant expirer une légère buée.

- Nagini…

- Qu'y a-t-il, petit frère ? Je sens ton cœur s'agiter. De quoi as-tu peur ?

Alors qu'il allait répondre, toutes les torches de la pièce s'éteignirent d'un coup, les plongeant dans l'obscurité et il entendit l'une des portes s'ouvrir.

- Il y a… une créature dangereuse qui s'approche !

Il ne savait pas si Nagini connaissait l'existence des Détraqueurs, en revanche il savait que les animaux y étaient beaucoup moins sensibles que les humains. Au moins son amie ne risquait rien. Il voulut se lever, mais elle avait à nouveau resserré ses anneaux pour le maintenir assis contre elle et elle le rassura doucement en passant sa queue contre sa joue.

- Le maître arrive. Reste ici. Tu n'as rien à craindre.

Harry sentait que la créature s'approchait, heureusement la porte à sa droite s'ouvrit brusquement, laissant passer un rais de lumière alors que Voldemort arrivait à son secours. D'un coup de baguette, il invoqua une série d'orbes lumineux qui dévoilèrent la présence d'un Détraqueur au beau milieu de la pièce. La créature était encore plus répugnante en pleine lumière et Harry se recroquevilla instinctivement contre le serpent géant. Manifestement le Détraqueur dut parler car Voldemort lui répondit d'une voix polaire.

- Harry Potter m'appartient à présent. Vous n'êtes plus censé l'approcher. Effectivement, j'ai dit que je souhaitais vous voir pour établir un nouvel accord, mais j'étais au cours d'une affaire…

William Swallow l'avait suivi et il eut un geste négligeant.

- Je peux patienter quelques instants si cela vous arrange.

Le vampire paraissait amusé par la situation et Voldemort sembla un instant suspicieux face à sa soudaine prévenance. Le Détraqueur, pour sa part, n'avait pas même jeté un regard vers le vampire, comme s'il ne pouvait percevoir sa présence. Voldemort se tourna vers Harry.

- Potter, tu es pitoyable ! Utilise l'Occlumancie, remonte-moi tes barrières mentales !

La voix du mage noir avait claqué comme un fouet mais cela avait sorti Harry de son angoisse. Il releva d'un coup la tête, vexé par les mots de son mentor. La vue de ces yeux rouges qui le toisaient si sévèrement, l'aida à faire abstraction du Détraqueur et à se concentrer suffisamment pour cloisonner son esprit. Enfin libéré de l'influence de la créature, il retrouva rapidement son calme. Voldemort hocha la tête en constatant qu'il était parvenu à surmonter son angoisse et quitta la pièce, suivi par l'horrible créature. Harry n'avait aucunement l'intention de tenir compagnie au vampire, il rouvrit donc son livre, mais une voix suave vint bientôt l'en détacher.

- Vous êtes une énigme, monsieur Potter. Il se disait d'antan que vous étiez le seul à pouvoir provoquer la chute de Lord Voldemort. À vous voir aujourd'hui aussi soumis, j'ai bien peine à vous imaginer capable de vous dresser face à qui que ce soit. Ni pourquoi ce sorcier tient-il tant à vous garder à ses côtés…

Harry leva les épaules.

- Que je sois faible ou puissant, je ne vois pas bien ce que ça peut vous faire. C'est avec lui que vous avez affaire.

- Bien au contraire. Si Voldemort s'entoure de personnes faibles, son gouvernement est voué à l'échec. Le règne des mages noirs est toujours temporaire, l'histoire l'a montré. Même si je dois bien reconnaître que Voldemort est allé plus loin que quiconque auparavant. Si je dois parier sur un cheval, je veux être certain qu'il tiendra la course. Serez-vous donc un poids mort ou au contraire le garant de sa suprématie ? J'aimerais m'en assurer…

Et sans le moindre signe avant-coureur, le vampire se déplaça si vite que Harry ne put le suivre du regard. En un clin d'œil il était apparu juste à côté d'eux, avait saisi Nagini à bras le corps et l'avait projetée à travers la pièce, avec une force prodigieuse. Le sang de Harry ne fit qu'un tour et un mélange de colère et d'angoisse le submergea, faisant exploser toutes les fenêtres de la pièce. Mais alors qu'auparavant il se serait sans doute recroquevillé sur lui-même, cette fois il refusait de se laisser dominer par ses émotions, et il reprit le contrôle de sa magie, projetant les milliers d'éclats de verre en direction du vampire qui dû se déplacer à toute vitesse pour les esquiver.

- Mais que se passe-t-il ici ?!

Voldemort était revenu dans la pièce, alerté par le bruit, sous l'œil hilare du vampire qui ne semblait absolument pas craindre la colère des deux sorciers. Harry le pointa du menton avec une grimace de dégoût, les éclats de verre tournant toujours autour de lui, prêt à réattaquer.

- C'est lui qui nous a agressé ! Il a jeté Nagini !

Le vampire ne pouvait avoir compris, cependant il devait bien se douter du sens de sa phrase car il leva les mains, comme pour se dédouaner.

- Je voulais vérifier une théorie. Mais je suis rassuré désormais. Harry Potter n'aura rien d'un boulet à vos pieds. J'ai appris ce soir toutes les informations que je voulais. Inutile de mettre cela sur papier, Lord Voldemort, je transmettrai ce que j'ai vu aux miens. Je vais à présent prendre congé. À une prochaine nuit !

Il salua les deux sorciers d'un signe de la main et en une seconde il avait disparu, sans laisser le temps à quiconque de réagir. Harry vit la mâchoire de Voldemort se contracter, ce qu'il reconnaissait comme le signe d'une certaine contrariété. Le mage noir ne laissa cependant pas sa rage exploser. Il parcourut la pièce du regard et d'un coup de baguette, remis les vitres en place, comme si rien ne s'était passé. Pendant ce temps, Nagini avait rejoint Harry qui était toujours debout sur l'estrade, les poings serrés. Le Gryffondor ne décolèrait pas. Il se fichait bien du traité que Voldemort voulait signer avec les vampires et il aurait sans doute férocement continué d'attaquer son adversaire si le mage noir n'était pas intervenu.

- Vous ne lui avez rien dit ! Vous n'auriez jamais laissé ça impuni si ça n'avait été pour votre alliance à la con !

- Ferme-là, Potter ! Nagini, ramène-le à la maison.

Harry serra les dents. Il était inutile de surenchérir. Il déboutonna le col de sa robe pour dévoiler le pendentif et Nagini se hissa immédiatement sur ses épaules pour activer le Portoloin de son museau. Immédiatement Harry sentit le tiraillement caractéristique au niveau de son nombril et il eut à peine le temps de cligner des yeux qu'ils se trouvaient de retour dans le jardin de leur maison. Nagini regagna immédiatement le sol alors qu'il prenait le temps de regarder autour de lui. Il soupira longuement mais la rage chauffait trop son sang pour qu'il se calme aussi facilement et cette fois Voldemort n'était pas là pour l'obliger à rentrer. Il puisa dans sa magie et rassembla peu à peu une bonne dizaine de pierres au-dessus de sa tête. Il avait un besoin urgent de se défouler mais il faisait trop sombre pour songer à faire un footing autour de la maison. Au fur et à mesure des entraînements avec Voldemort, il avait pris conscience que son énergie physique et magique ne faisaient qu'un et que faire de la magie sans baguette ou jeter des sorts complexes pouvait l'épuiser tout aussi efficacement que plusieurs heures de sport intensif. Il ferma les yeux, se concentrant pour cartographier son environnement à l'aide de sa magie. Il pouvait imaginer des dizaines de bras partant de son corps, tantôt pour identifier ce qui l'entourait, tantôt pour ramasser une pierre, tantôt pour porter l'amas rocheux un peu plus haut. Une fois qu'il jugea la collection de pierres suffisamment grosse, il s'avança vers le côté de la maison où se trouvait encore le mannequin d'entraînement que Voldemort avait créé. La figurine en bois avait une taille humaine et était enchantée pour se reformer d'elle-même après une attaque. C'était exactement ce qu'il fallait pour extérioriser sa colère et apaiser la magie qui bouillonnait en lui. Il pouvait sentir le poids de l'amas rocheux peser sur son esprit et il serra les dents avec une certaine satisfaction. Il aurait été incapable de soulever une telle masse à mains nues, mais avec sa magie, tout était plus facile. Il la fit léviter encore un peu plus haut et la déplaça lentement au-dessus du mannequin. La figurine de bois restait inanimée en l'absence du mage noir et Harry put insuffler toute la force de sa rage lorsqu'il abattît la sphère de roches amalgamées sur sa cible. La chute provoqua une onde de choc qui fit trembler la terre. Cette fois le mannequin était incapable de se reformer de lui-même et Harry poussa un petit cri de victoire.

- Et bien, quelle fougue ! Tu as tellement progressé en si peu de temps. Je suis fier de toi. Est-ce que tu te sens mieux ?

Harry avait sursauté et s'était retourné immédiatement. Voldemort se trouvait juste derrière lui en compagnie de Nagini et il l'observait avec un sourire satisfait. Il jeta un œil à la figurine broyée par les pierres et Voldemort la rendit comme neuve d'un coup de baguette, lui offrant la possibilité de recommencer si nécessaire. Mais il avait dépensé une bonne quantité de magie pour créer son amalgame sans baguette et il se sentait désormais vidé autant de sa colère que de son énergie.

- Oui. Ça fait du bien.

Il n'avait même plus la volonté de débattre avec Voldemort sur la nécessité de maintenir une telle alliance avec les vampires. Il avait juste envie d'aller prendre une bonne douche et se coucher. Il voulut passer à côté du mage noir pour regagner la maison mais celui-ci le rapprocha soudainement de lui en posant sa main sur sa tête.

- J'apprécie beaucoup que tu aies autant à cœur le bien-être de Nagini. Et j'ai pu constater à travers ta petite démonstration de force que tu maîtrisais bien mieux ta magie.

Harry baissa les yeux. Entendre les compliments du Seigneur des Ténèbres le rendait un peu mal à l'aise. Pourtant, c'était bien grâce à lui qu'il avait pu atteindre un tel niveau aussi vite.

- Vous m'avez montré comment faire. Aucun prof ne m'avait jamais parlé de magie sans baguette. Avant j'avais souvent cette sensation d'être une marmite au bord de l'explosion…

- C'est parce que tu possèdes une puissance magique hors-norme. Poudlard n'est pas fait pour les gens comme nous. Les sorts que tu avais appris jusqu'à présent ne requerraient que peu d'énergie et toute cette force inutilisée bouillonnait en toi, ne réclamant qu'à sortir. Je n'ai fait que la libérer, lui donner enfin l'occasion de s'exprimer à son plein potentiel.

Harry fit la moue et releva la tête pour regarder Voldemort dans les yeux.

- Et bien évidemment en me faisant faire de la magie noire et en m'apprenant à mon insu des maléfices que je ne voudrais plus jamais lancer ?!

Le mage noir eut un sourire sardonique. Sa voix se fit suave, presque chuchotante.

- C'était le meilleur moyen... La magie noire est plus sauvage, seuls les sorciers les plus puissants peuvent l'utiliser. Et tu seras bien content de connaître ce sort la prochaine fois que quelqu'un en voudra à ta vie. Je compte bien faire de toi un duelliste hors pair mon cher Harry. Tu n'as encore rien vu… Je t'apprendrais à repousser tes propres limites, à t'affranchir des règles qui assujettissent le commun des sorciers.

Harry frissonna. Les propos de Voldemort étaient séduisants. Qui n'avait jamais rêvé d'être tout puissant ? Son ancien ennemi lui promettait une voie toute tracée, il n'avait qu'à se laisser guider… Probablement au prix de son innocence.

***/***

Le lendemain matin, Harry se trouva seul dans la bibliothèque et il en profita pour faire des recherches sur ce qu'il avait en tête depuis la veille. À deux reprises il avait eu la stupidité de lancer un sort sans en connaître l'effet exact et il refusait de s'y faire prendre une troisième fois. Il avait déjà entendu Hermione parler du processus de création d'un sortilège et de l'importance des mots dans la formule. Même en informulé, il fallait prononcer mentalement l'incantation pour lancer son sort. Le professeur Flitwick leur avait déjà expliqué le sens de certains sorts pour les aider à en comprendre l'effet comme Reparo qui était proche de l'anglais "Repair, réparer" ou le Petrificus Totalus qui avait la même racine que le verbe "petrify, pétrifier". Harry finit par trouver un vieux dictionnaire de latin et il attira son calepin à lui pour y noter les informations. Le Sectusempra de Rogue venait du verbe Sectus qui voulait dire "couper" et Semper qui voulait dire "toujours". Quant au Terrent Aurae, il signifiait littéralement "briser" mais le verbe Terrent à lui seul voulait dire "choquer", ce qui impliquait de briser des choses avec une grande violence, d'arracher, de déchirer… Harry comprit d'un coup le hurlement de douleur de Shafiq. Sa jambe n'avait pas été coupée net comme il l'avait cru. Elle avait été arrachée, la peau et les muscles déchirés, l'os et les tendons brisés. Il eut envie de vomir face à la noirceur de son acte. Il n'était pas étonnant que son professeur nourrisse depuis une haine intense à son égard… Désormais il fallait qu'il soit plus attentif pour ne plus se faire prendre au même piège car il n'avait aucun doute que Voldemort allait lui apprendre d'autres sorts tout aussi violents.

Le mage noir resta absent toute la journée durant et le soir venu, Harry ne put s'empêcher de questionner Nagini à ce sujet. Elle lui répondit que son maître avait des choses à faire et n'aurait pas de temps à lui consacrer avant plusieurs jours. Harry en fut un peu déçu car bien qu'il rechigna encore à se l'avouer, il appréciait vraiment que Voldemort l'entraîne ou lui donne des leçons. Il se sentait, pour la première fois, privilégié avec un sorcier aussi puissant comme professeur particulier. Les jours suivants, il passa donc la grande majorité de son temps dans la bibliothèque à lire ou à dessiner. Les températures n'étaient pas encore assez agréables pour s'installer dans le jardin et la pluie qui tombait sans discontinuer rendait l'atmosphère tellement froide et déprimante que Harry passait la plupart de son temps assis devant le feu de la cheminée en compagnie de Nagini.

Finalement, Voldemort ne réapparut que le mercredi soir. La nuit était déjà tombée et Harry était assis en tailleur sur un canapé, occupé à représenter de tête les diligences de Poudlard tirées par les sombrals. Il s'appliquait à dessiner leurs ailes membraneuses à l'aide d'ombrages, leurs pattes squelettiques et leur étrange queue reptilienne… Voldemort était toujours très silencieux et ce ne fut qu'en voyant son ombre sur le sol que Harry se rendit compte de sa présence.

- Oh ! Bonsoir.

- Bonsoir, Harry. Bonsoir, ma belle.

Nagini avait immédiatement glissé jusqu'à lui et s'était hissée à la hauteur de sa main pour recevoir sa caresse. Harry sourit en voyant le plaisir évident de la Maledictus face aux quelques signes d'affection que Voldemort lui prodiguait. Il pouvait lire dans ses yeux jaunes la totale dévotion qu'elle avait pour son maître et Harry se dit que cette relation était sans doute la chose la plus douce dans l'existence du mage noir. D'ailleurs, Voldemort arborait un sourire sincère lorsqu'il releva la tête vers lui et Harry baissa les yeux sur son dessin, étrangement troublé. Dumbledore lui avait si souvent répété que Voldemort était dépourvu de tout sentiment positif qu'il avait aujourd'hui l'impression que le vieux directeur avait cherché à le manipuler pour l'amener à tuer son adversaire sans état d'âme. Il n'avait pas particulièrement envie que Voldemort s'aperçoive de son malaise, il décida donc d'amener le mage noir à réfléchir sur autre chose et il lui montra son dessin.

- Vous avez réagi comment, la première fois que vous les avez vus ?

Le regard du mage noir se perdit un instant dans ses pensées et il se laissa nonchalamment tomber sur le canapé aux côtés de Harry, chose qu'il n'aurait jamais fait en présence de quiconque d'autre.

- Hum… C'était en fin de cinquième année. Au départ, j'ai bien évidemment été intrigué mais je n'ai jamais été du genre à admettre mon ignorance face à qui que ce soit. J'ai donc mené mes recherches de mon côté et j'ai rapidement compris que ces créatures étaient dénuées de tout intérêt.

- Pourtant, après que vous m'ayez raconté l'histoire de la baguette de Sureau, j'ai lu un des livres d'ici qui en parlait. Il paraîtrait qu'elle contiendrait un crin de Sombral en guise de cœur.

Harry était tout sourire à l'idée de, pour une fois, donner tort à Voldemort sur quelque chose et celui-ci eut un rictus amusé.

- C'est ce qu'on dit, mais personne n'en aura jamais la certitude. Au-delà de ce mythe, les Sombrals n'ont vraiment pas grand-chose de plus qu'un vulgaire canasson moldu. Même comme ingrédient de potion, ils n'ont guère d'utilité, c'est dire…

- Ils volent, et plutôt rapidement pour de vulgaires canassons. C'est comme ça qu'on a rejoint le Ministère à la fin de ma cinquième année…

- C'était aussi l'un des moyens utilisés par l'ordre pour organiser ton extraction de chez tes moldus si je me souviens bien. Tu m'as vraiment exaspéré ce soir-là.

Harry perdit son sourire en repensant à cette soirée qui s'était soldée par la mort de Maugrey Fol'oeil.

- Si vous m'aviez tué en plein vol cette nuit-là, vous n'auriez jamais su que j'avais un Horcruxe en moi. Et vous n'auriez jamais pu remettre la main sur le véritable pendentif de Serpentard, car celui trouvé dans la grotte par Dumbledore était un faux, placé là par un certain R.A.B. J'imagine que vous savez de qui il s'agit.

- Regulus Arcturus Black, ce traître… Et donc, comment l'as-tu retrouvé ?

- Regulus est mort dans la grotte. Mais il avait eu le temps de confier le médaillon à son elfe de maison, celui que vous avez emprunté pour tester la potion. Et il se trouve que c'est ce même elfe qui m'a été transmis à la mort de Sirius Black.

Voldemort pouffa.

- C'est bien ce que je disais. Une chance insolente et improbable. T'avoir à mes côtés m'apporte une tranquillité d'esprit que je n'avais plus connu depuis bien longtemps.

- Je n'aurais jamais cru l'admettre, mais c'est pareil pour moi. Ici je me sens vraiment protégé… pour la première fois…

Il en avait presque pris conscience en le disant. C'était sans doute ce qui l'avait aidé à accepter Nagini aussi vite. L'assurance qu'à leurs côtés, personne ne pouvait attenter à sa vie. Cette sensation lui avait fait si cruellement défaut tout le long de sa vie qu'il en était devenu dépendant.

Voldemort étendit ses jambes devant lui et ses bras le long du dossier, effleurant de sa main le dos de Harry.

- je ne te ferais aucun mal tant que tu m'obéis et personne ne pourra te protéger mieux que moi. Par ailleurs, depuis que nous nous entendons aussi bien, je m'applique à t'offrir ce qu'il y a de mieux, j'espère que tu en es conscient.

Harry hocha la tête.

- Je ne peux pas faire abstraction de ce que vous avez fait et faites encore. Mais je ne peux pas non plus m'empêcher d'apprécier ce que vous m'offrez… trop sans doute. Je sais que tout le monde va critiquer ma docilité à vos côtés. Mais ils ne peuvent pas se mettre à ma place et la plupart ont préféré fermer les yeux sur tout ce que j'ai pu endurer par le passé. Aucun membre de l'ordre n'était à mes côtés pour protéger la pierre philosophale, ni dans la Chambre des Secrets, personne ne m'a cru lorsque j'ai découvert l'existence et la traîtrise de Queudver ni lorsque j'ai annoncé votre renaissance et pas plus lorsque j'ai dit que Drago Malefoy était un Mangemort et qu'il préparait un sale coup. Puisqu'ils m'ont toujours laissé seul, maintenant je préfère prendre les décisions pour moi.

- J'aime te voir aussi décidé… N'est-ce pas plus agréable ? Plus de souffrance, plus de peur. Tu sais, j'ai réfléchi à ta demande de l'autre jour. Tu m'as dit que tu ne souhaitais plus être appelé par le nom de ton père, ce qui m'a assez étonné, je dois l'avouer. J'imagine pourtant que les membres de l'ordre t'ont dépeint un portrait idéalisé, James Potter le courageux Gryffondor.

- C'est vrai… Mais ce n'est pas moi. Combien de fois on m'a répété que j'étais son portrait craché... En bien ou en mal. À l'occasion d'un de ces pseudo entraînements à l'Occlumancie, j'ai surpris un souvenir de Rogue où mon père et Sirius Black prenaient un malin plaisir à l'humilier et le harceler. Remus Lupin m'a aussi dit qu'ils avaient bien failli le tuer. Mon père était loin d'être parfait. Mais que ce soit Rogue ou Lupin, ils m'ont toujours vu comme le fils Potter. Entre ça et "le Survivant", personne ne m'a jamais laissé avoir mon identité propre.

- Ton désir semble légitime. De ce fait, j'ai trouvé un nouveau nom pour toi. Shesha. Ainsi seul moi et Nagini pourront t'appeler ainsi. C'est le nom d'un serpent d'une mythologie orientale, il est le compagnon d'un dieu et son nom signifie « vestige », ce qui correspond parfaitement puisque tu renfermes un Horcruxe, autrement dit un vestige de mon âme.

Harry était stupéfait. Il avait lâché cette information sur un coup d'humeur mais Voldemort y avait très sérieusement réfléchi et le prénom qu'il avait trouvé était plutôt élogieux. Shesha, le compagnon d'un dieu. Il reconnaissait bien Voldemort dans sa mégalomanie, cela dit il ne pouvait s'empêcher de se sentir touché. Un nouveau nom sonnait comme une nouvelle identité. Pour les autres il était Harry Potter, mais ici, au sein de cette étrange "famille" recomposée, il était Shesha, le petit frère de Nagini et le second Horcruxe vivant de Voldemort, choyé et protégé. Il ressentit un élan de gratitude pour le mage noir.

- Ouah… Je ne pensais pas que vous prendriez autant ma demande au sérieux. Merci ! Ça me touche vraiment et il est plutôt cool. Nagini, grande-sœur ! Voldemort m'a trouvé un nouveau prénom : Shesha. Je ne me lasserais jamais de t'entendre m'appeler "petit-frère" mais il me plait bien.

- Félicitations, petit-frère. Shesha est un joli prénom, plus facile à prononcer pour moi. Je suis vraiment heureuse que tu nous voies tous les trois comme une famille. Shesha, Nagini et le Maître.

La Maledictus avait suivi Voldemort lorsqu'il était venu s'asseoir sur le canapé et elle avait relevé la tête en entendant Harry l'interpeller. Harry avait l'habitude d'entendre Nagini insister sur leurs liens, mais il n'imaginait pas vraiment Voldemort envisager leurs rapports de manière aussi sentimentale. Pourtant, à aucun moment le mage noir n'intervint pour reprendre son familier.

- Content qu'il vous plaise. Shesha, tu prépareras un sac de voyage avant d'aller dormir, nous partirons demain matin. J'ai passé ces derniers jours à mettre mes affaires les plus urgentes en ordre. Nous allons devoir prendre plusieurs Portoloins internationaux pour aller au Burkina Faso. Nagini, Shesha et moi allons nous absenter pendant quelques jours à partir de demain. Il est plus pratique que tu restes ici.

- Au Burkina Faso ? Mais pourquoi ?

- Tu verras, c'est une surprise. Je suis certain que ça va te plaire. Je te redonnerai ta baguette sur place mais j'attends évidemment à ce que tu m'y obéisses scrupuleusement.

Harry sourit largement et hocha la tête. Lui qui n'avait jamais quitté l'Angleterre, allait parcourir plusieurs milliers de kilomètres et découvrir un pays totalement inconnu. Il ne savait absolument pas à quoi s'attendre, et venant de Voldemort cela pouvait véritablement être tout ou n'importe quoi, mais il ne pouvait s'empêcher de s'enthousiasmer à cette idée. Tout ce qu'il avait retenu de ses cours de primaire, c'était que le pays se situait sur le continent africain… Il se leva d'un bond et parcourut les rayonnages à la recherche d'un atlas. Lorsqu'il en trouva un, il était hors de sa portée mais il l'attira délicatement jusqu'à la table la plus proche et l'ouvrit avec révérence. Le livre était poussiéreux et n'avait manifestement plus été ouvert depuis des décennies mais il était en parfait état et il trouva rapidement le pays dans l'index alphabétique. Il traça du doigt une ligne droite entre l'Angleterre et le Burkina Faso.

- Quelles seront nos étapes ?

- Nous utiliserons un premier Portoloin qui nous amènera en Algérie avant d'en prendre un second pour notre destination, à savoir Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Cela ne devrait pas nous prendre plus d'une heure, ensuite nous pourrons voler jusqu'à la réserve de Diéfoula au sud-ouest du pays.

- Génial ! J'ai hâte de voir ça. Ce sera la première fois que je quitte l'Angleterre… Je vais faire mon sac tout de suite !

***/***

Le lendemain, Harry était presque prêt avant l'aube tant il était impatient. Il avait revêtu un pantalon et une tunique sorcière qui lui permettraient de voler confortablement sur un balai avec une épaisse cape de voyage et ses habituelles bottes en cuir. Il avait mis un rechange et une cape plus légère dans son sac, ainsi qu'une trousse de toilette, son carnet de dessin et son portemine. Twix lui avait préparé une gourde de thé et un sandwich pour le midi et il devait se retenir de trépigner sur place en attendant que Voldemort le rejoigne. Il avait l'impression d'être pareil à Dudley le matin de son anniversaire. Lorsque le mage noir arriva, il portait une étrange boite en bois d'une quinzaine de centimètres cube et une collection de six tubes à essai contenant une potion brunâtre que Harry supposa être du Polynectar.

- Ah, tu es prêt. J'ai demandé à Yaxley de me préparer le premier Portoloin, nous allons au Ministère.

Ils rejoignirent rapidement les bureaux du Ministre de la Magie où Yaxley travaillait, toujours en compagnie de Pius Thicknesse. Harry croisa le regard de l'homme, vide de toute émotion, et il se demanda si l'ancien directeur du Département de la justice magique parviendrait un jour à résister à l'Imperium comme l'avait fait Barty Croupton Junior. De toute façon, il était probablement prévu que Yaxley change de marionnette à la fin du mandat officiel de Pius Thicknesse, pour continuer de donner l'illusion d'une démocratie. Et alors l'homme disparaîtrait, emportant son secret dans sa tombe…

- Corban, as-tu préparé ce que je t'ai demandé ?

Yaxley s'était immédiatement levé à leur arrivée pour venir s'incliner par-dessus son bureau.

- Bonjour, Maître. Tout est prêt pour votre voyage. J'espère que vous y trouverez ce que vous cherchez.

- Je n'en doute pas. Harry, viens ici.

Pendant qu'il parlait, Voldemort avait sorti deux fioles de sa besace, ainsi que deux petits sachets de couleurs différentes. Il ajouta les cheveux et tendit à Harry celui qui avait pris une jolie couleur bleu-turquoise.

- Beurk, je me doutais que c'était du Polynectar. Il y a tout juste une gorgée, ça va durer suffisamment longtemps ?

- Tu me prends pour qui, Potter ? C'est moi qui ai brassé la potion et crois-moi cette quantité suffira largement pour ce que j'ai prévu. Maintenant avale-ça !

Harry fit la moue mais n'ajouta rien. Il ne pouvait se permettre de révéler à haute voix ce qu'il pensait de Voldemort et de sa fierté mal placée, il se contenta donc de vider le tube à essai dans sa bouche avant d'avaler la potion avec une grimace. La transformation s'opéra rapidement et il écarquilla les yeux en constatant un détail non négligeable.

- Une fille ! Vous m'avez transformée en fille !

Sa voix avait bien évidemment aussi changé et il eut un frisson en s'entendant parler avec un timbre aussi différent. Voldemort n'avait pas encore pris sa potion et il ricana brièvement.

- Hé bien Harry, la gente féminine te répugne-t-elle à ce point ? Je t'ai pourtant choisi un corps agréable à regarder…

- Mais là n'est pas la question, c'est juste super gênant… Pfff… J'espère que ça ne va pas durer trop longtemps.

Le mage noir avala sa propre dose de Polynectar et Harry leva un sourcil. Sa nouvelle apparence était un homme au physique gracieux, assez grand, probablement la trentaine, de longs cheveux noirs et des yeux verts. Nul doute que Voldemort avait dû choisir très précisément à quoi il voulait ressembler…

- Allons-y.

Yaxley les guida jusqu'à la zone de départ des Portoloins internationaux et ils pénétrèrent dans une cabine où les attendait une boîte de cigares vide. Harry se plaça aux côtés de Voldemort et posa un doigt sur la boîte mais cela ne sembla pas suffire au mage noir qui l'encercla de ses bras en le plaquant contre son torse avec autorité. Quelques secondes plus tard, le Portoloin s'illumina et l'instant d'après ils se trouvaient dans une cabine similaire, mais à plus d'un millier de kilomètres de là. Le Ministère de la Magie d'Alger était un endroit bien plus lumineux que celui de Londres. On aurait dit un immense palais, au sol et aux murs carrelés de mosaïques multicolores. Le soleil matinal illuminait la cour à ciel ouvert, apportant une agréable chaleur que Harry n'avait plus ressenti depuis bien longtemps. Il leva la tête pour regarder autour de lui, plissant les yeux pour protéger ses yeux de la lumière.

- Ça change vraiment de l'Angleterre. Je crois que Nagini aimerait beaucoup se prélasser sous un soleil pareil.

Voldemort lui, semblait indifférent à l'architecture des lieux. Il avait déjà commencé à avancer, sa capuche rabattue sur son visage. Il s'arrêta cependant et Harry sentit une force invisible le pousser vers le mage noir qui attrapa immédiatement son bras pour l'entraîner à sa suite.

- Ne traîne pas, nous devons récupérer le prochain Portoloin.

Harry suivit Voldemort bon gré mal gré. Il commençait déjà à avoir chaud. Le mage noir semblait connaître les lieux et ils fendirent la foule jusqu'à un guichet ou une sorcière les accueillit avec un sourire. La femme parlait arabe et Harry s'étonna d'entendre Voldemort lui répondre dans cette même langue sans la moindre hésitation. Il profita de leur conversation pour observer à nouveau ce qui l'entourait avec curiosité. Des sorciers et sorcières de tous âges déambulaient autour d'eux sans leur accorder un regard et la cour du Ministère de la Magie algérien fourmillait de la même agitation que celui d'Angleterre. Le cœur de la place était occupé non pas par une statue mais par une fontaine aux formes géométriques harmonieuses et le soleil qui s'y reflétait rendait l'atmosphère chaleureuse malgré les hauts murs qui les entouraient. Comme à Londres, le bâtiment semblait se prolonger sur un nombre impressionnant d'étages, mais ici, chacun d'entre eux était décoré de muqarnas, ces motifs sculptés typiques de l'architecture algérienne, donnant à l'ensemble une étrange apparence de ruche géante.

Au bout de quelques minutes, Harry sentit à nouveau Voldemort l'entraîner à sa suite et il le suivit docilement jusqu'à une nouvelle cabine devant laquelle un sorcier les attendait. Voldemort prononça quelques mots et l'homme s'écarta pour les laisser passer. Cette fois le Portoloin était une gourde en cuir éventrée et Harry se colla de lui-même entre les bras de Voldemort avant de poser son doigt dessus.

Lorsqu'ils apparurent au Burkina Faso, Harry ressentit nettement le changement de température. Si leur arrivée en Algérie avait été agréable, cette fois la chaleur avait quelque chose d'étouffant, surtout avec l'épaisse cape de voyage qu'il portait. Il était par ailleurs gêné par les formes féminines de son apparence sous Polynectar et qui étaient désagréablement comprimées par ses vêtements. Le bâtiment du Ministère de la Magie burkinabé était bien plus sombre que celui d'Algérie. Les murs beiges étaient décorés de motifs bruns ou noirs et il n'y avait pas la moindre fenêtre, sans doute pour préserver un peu de fraîcheur. La lumière était dispensée par des pierres lumineuses disséminées le long des murs et l'atmosphère était bien plus calme qu'en Angleterre ou en Algérie. Lorsqu'ils sortirent de la cabine, une femme s'inclina devant eux.

- Bonjour, bienvenue au Burkina Faso, monsieur, madame.

Harry avait reconnu la langue comme du français et cette fois aussi, Voldemort lui répondit dans la même langue avec une apparente facilité, une expression charmeuse au visage. Harry ne connaissait que quelques mots de français, notamment grâce à Fleur Delacour et sa famille, aussi il n'essaya pas de suivre la conversation. Il avait hâte de pouvoir se changer et surtout que le Polynectar cesse de faire effet. Mais Voldemort avait sans doute prévu son coup pour qu'il ne se dissipe qu'une fois hors de vue d'éventuels témoins. Ils sortirent finalement du bâtiment au bout d'une dizaine de minutes et Harry haleta lorsque la soudaine chape de chaleur s'abattit sur lui. La partie sorcière de Ouagadougou était plus verte et bondée qu'il ne s'y attendait et une fois le choc de température surmonté, Harry avait recommencé à observer tout autour de lui avec curiosité. L'avenue sorcière où ils avaient émergé était bien plus large que le Chemin de Traverse mais comme en Angleterre, une multitude de boutiques la jalonnaient. Harry avait très envie de s'y promener pour la visiter, mais encore une fois Voldemort ne lui en laissa pas le temps.

- Nous prendrons un peu de temps ici à notre retour. Suis-moi, nous devons quitter la ville avant que la potion ne se dissipe et nous avons un peu de trajet jusqu'à notre destination.

Harry ne discuta pas et suivit son mentor aussi rapidement qu'il le pouvait, ce qui n'était pas si facile avec l'apparence qu'il arborait.

- Je vous serais vraiment reconnaissant d'éviter à l'avenir de me donner une apparence de femme. C'est extrêmement inconfortable.

Voldemort se retourna et le fixa de haut en bas avec un rictus moqueur.

- Je vois ça oui, quelle élégance ! Ta démarche n'a absolument rien de féminin, on ne peut pas dire que cela soit très discret.

Harry se renfrogna et secoua la tête.

- Évidemment ! De toute façon vous avez fait ça exprès pour me mettre mal à l'aise, il ne faut s'en prendre qu'à vous-même si vous trouvez que je me fais remarquer.

- Tu devrais retrouver ton apparence originelle en volant. Cesse de râler et dépêche-toi, que nous puissions atteindre la zone d'envol.

Effectivement, à quelques mètres de là se trouvait une vaste place où plusieurs sorciers louaient leurs services pour transporter des familles ou des marchandises. Harry pouvait voir une dizaine de chauffeurs de tapis volant qui haranguaient les passants, ainsi qu'un large traîneau tiré par plusieurs griffons. Voldemort l'amena un peu à l'écart et sortit de son sac son balai volant qu'il avait miniaturisé. Il lui redonna sa taille normale avant de le tendre à Harry puis sortit la baguette en bois de houx et plume de phénix de sa robe.

- Je vais nous jeter un sortilège de Désillusion. Utilise un sortilège de traçage pour pouvoir me suivre. Je ferais en sorte de voler à ta vitesse.

Harry sourit en songeant qu'il était probablement la seule personne à qui Voldemort faisait suffisamment confiance pour l'autoriser à lui jeter un sort. Il s'exécuta et la silhouette du mage noir se retrouva instantanément nimbée d'une aura brillante visible pour lui seul. Il rangea sa baguette dans l'étui le long de son bras et enfourcha son balai tandis que Voldemort les rendait invisibles. Il avait hâte de pouvoir gagner l'altitude et dès qu'il vit l'aura brillante s'éloigner de lui, il se projeta d'une brusque poussée dans le sol. Il s'éleva rapidement dans le ciel bleu immaculé du Burkina Faso et le vent le rafraîchit un peu. L'air était nettement plus respirable qu'au sol et de là-haut, il pouvait admirer la géographie burkinabé avec ses paysages variés, moldus comme sorciers.

- Harry !

Il sursauta en prenant conscience de la présence de Voldemort juste à côté de lui. Il avait beau être invisible, il n'avait aucun mal à imaginer le regard sévère que le mage noir devait darder sur lui…

- Pardon ! Je vous suis.

Ils prirent comme indiqué la direction du sud-ouest et volèrent pendant près de deux heures sous un soleil de plus en plus intense. Voldemort ne le ménageait pas et volait assez vite, pourtant la vitesse ne suffit bientôt plus pour le rafraîchir et Harry décida de s'arrêter pour forcer le mage noir à le rejoindre.

- Qu'y a-t-il ?

- Est-ce qu'on ne pourrait pas s'arrêter une dizaine de minutes à l'ombre ? Juste le temps de boire un peu et de manger mon casse-croûte…

Ils étaient en pleine cambrousse et la température devait avoisiner les 40°. Voldemort consentit à se poser au milieu d'un bosquet d'arbres et Harry put enfin changer de cape et se désaltérer en invoquant de l'eau fraîche. Entre-temps, il avait retrouvé sa véritable apparence et il en profita pour rabattre ses cheveux en arrière afin de les attacher. Voldemort avait dissipé le sortilège de Désillusion et il se tenait en plein soleil, observant le paysage aux alentours, apparemment insensible à la chaleur ambiante malgré la cape noire rabattue sur son visage. Harry, lui, avait profité de leur pause pour s'asseoir en tailleur à l'ombre, son pique-nique sur les genoux. Il ne semblait y avoir aucune activité humaine aux alentours et Harry pouvait voir des petits groupes d'animaux sauvages déambuler paisiblement. Il faillit éclater de rire en entendant le caquètement caractéristique d'un groupe de hyènes à quelques dizaines de mètres d'eux et lorsque Voldemort se retourna brièvement vers lui, il aurait parié que le mage noir n'avait pu s'empêcher de penser à Bellatrix.

Ils reprirent leur trajet après une quinzaine de minutes et volèrent encore une bonne heure avant que Voldemort ne plonge soudainement vers le sol. Devant eux s'étendait une savane aux arbres gigantesques et où les animaux sauvages moldus côtoyaient d'autres qui appartenaient clairement au monde magique. Voldemort avait relancé le sortilège de Désillusion lorsqu'ils avaient repris leur vol et si certaines créatures magiques avaient senti leur présence, ils avaient atterri tout près d'un troupeau de girafes qui broutaient paisiblement. Voldemort s'apprêtait à défaire le sortilège lorsqu'il intercepta le regard émerveillé de Harry qui avait l'impression de revivre ses rêves d'enfant, du temps où il regardait des documentaires animaliers sur la télévision de Miss Figg.

- Les moldus polluent et braconnent tellement qu'une partie de leur faune est venue se réfugier ici. Il faut croire que quelques espèces parviennent à cohabiter. Des rhinocéros se sont intégrés à des colonies d'Éruptifs, des crocodiles vivent au milieu des Chipiques ou des panthères avec des Mngwas… Quant aux girafes, même parmi notre faune, rares sont les prédateurs qui vont spontanément s'attaquer à une proie aussi grande.

Voldemort avait parlé fourchelang pour éviter d'effrayer les animaux à proximité et Harry lui en fut reconnaissant.

- Que sommes-nous venus chercher ici ? Encore un animal rare pour fabriquer des potions ?

- Non. Viens, reste près de moi et regarde où tu mets les pieds.

Voldemort l'entraîna à travers les broussailles pendant près d'une heure avant de finalement trouver ce qu'il cherchait, à savoir un nid qui contenait plusieurs œufs ronds et de couleur brune, à peu près de la taille d'un gros œuf d'oie.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Ça, Harry, c'est un nid de Runespoor. Prends-en un délicatement pour le mettre dans la boîte. Il sera ton familier.


Fin du chapitre 12 !

Ouf ! Je suis épuisée. Je fais des journées de 10h depuis lundi et toute la semaine dernière j'ai dû remplir des bulletins et/ou corriger des copies jusqu'à minuit x_x. Très concrètement, imaginez que vendredi midi, alors que je devais relire le chapitre, je me suis enfermé dans ma salle et j'ai fait la sieste ¾ d'heure à même le sol. Ça vous donne une bonne indication de mon état de fatigue.

Je vous annonce le chapitre 13 pour vendredi 18 décembre. Encore une fois, toutes mes excuses pour le retard. J'espère que ce chapitre vous aura plu. Vous aurez compris que le futur Runespoor de Harry sera le nouveau moyen de chantage affectif de Voldemort pour s'assurer que Harry ne quitte plus jamais son giron. ;)