Bonsoir à vous ! Nouveau chapitre en ce samedi ensoleillé chez moi (j'espère que c'était pareil chez vous !). Je l'aime bien celui-là, il y a une dynamique intéressante je trouve et des petites choses qui se mettent en place.

Charlybarbiche : ahah voilà, toujours un mot doux et un compliment sous le coude pour Toni ;p heureuse que le chapitre précédent t'ait plu !


Situation : suite du chapitre précédent

PS : pardon pour les fautes, enjoy ! :)


Cheryl était restée étonnamment silencieuse durant le trajet et, malgré les ondes négatives qui émanaient d'elle, Toni n'avait pas vécu un moment aussi désagréable que ce qu'elle avait craint.

Elle sortit de la voiture dès que Cheryl coupa le contact. Elle avait à peine eu la force de lui indiquer le chemin et elle savait que, si elle attendait encore un peu avant de quitter la décapotable de la rousse, elle ne serait plus capable de se lever pour rentrer chez elle.

Elle se traina littéralement jusqu'à la porte et se débattit avec sa clé pour la faire entrer dans la serrure. Elle sentit la présence à la fois dérangeante et étrangement rassurante de Cheryl près d'elle et ne put retenir le sentiment de honte qui monta en elle une fois qu'elle eut ouvert la porte.

Leur mobil-home n'avait rien de luxueux et, d'après ce que Sweet Pea lui avait raconté concernant les Blossom, ils avaient une fortune telle qu'ils auraient pu se permettre de racheter le trailer park entier avec les petites pièces au fond de leur porte-monnaie. Alors dire qu'elle se sentait mal à l'aise de faire entrer Cheryl chez elle était clairement un euphémisme.

-Voilà notre palace ! Railla-t-elle pour se donner un peu de contenance.

Quelle ne fut pas sa surprise quand elle remarqua que Cheryl observait la pièce principale avec des yeux curieux et sans un brin de jugement dans son regard.

Elle fronça les sourcils, perplexe face à l'attitude intriguée de la rousse. Mais sa fatigue l'emporta sur son étonnement et elle se dirigea vers le canapé, sur lequel elle s'allongea lourdement. Elle ferma les yeux et posa une main sur son front, laissant venir le sommeil.

-Cheryl, je ne veux pas de ta pitié … Tu peux repartir, je dirai quand même à mon oncle que tu es restée pour me surveiller, ne t'inquiète pas. Annonça-t-elle, déjà à moitié endormie.

Un silence suivit sa réflexion et elle crut que Cheryl allait suivre son conseil, mais elle entendit la rousse se déplacer en direction du salon et non vers la porte d'entrée.

-Je n'ai pas pitié de toi. Rétorqua-t-elle simplement, son ton dénué de son amertume habituelle.

Toni n'avait pas la force d'ouvrir les yeux, mais la remarque de la jeune Blossom la garda éveillée. Qu'avait-elle en tête ? Toni était vulnérable et ne pourrait pas se défendre si elle en profitait pour lui lancer des piques ou pour prendre des photos et l'afficher sur les réseaux sociaux. Alors la fille aux cheveux roses espéra silencieusement que Cheryl n'avait, pour une fois, pas de mauvaises intentions.

-Tes malaises sont toujours aussi impressionnants ? Lui demanda-t-elle, une pointe de curiosité dans son ton calme.

Toni garda les paupières fermées mais fronça les sourcils. Depuis quand est-ce que Cheryl s'intéressait à elle ? Ce n'était pas dans ses habitudes … La fatigue empêcha la jeune Topaz d'approfondir sa réflexion et elle répondit simplement à la question, un sourire dansant néanmoins sur ses lèvres. L'interrogation de la rousse laissait sous-entendre qu'elle avait fait attention à ce que Michael avait dit à Toni dans l'infirmerie, alors qu'elle avait donné l'impression de s'en moquer complètement.

-Tu sais que ce n'est pas bien d'écouter une conversation privée … La taquina-t-elle.

Elle entrouvrit un œil et vit Cheryl, près du vaisselier, qui contemplait les photos posées sur le meuble. Elle avait les joues empourprées et semblait embarrassée d'avoir été prise en flagrant délit d'intérêt. Toni décida de ne pas insister, car elle préférait quand la rousse se montrait aimable et intéressée que lorsqu'elle lui crachait son venin au visage.

-Oui, j'ai découvert que j'étais anémiée en première, donc j'enchaînais les malaises. On a mis plus d'une semaine à comprendre quelle était la cause de mes pertes de connaissance, alors ce n'était pas un moment très agréable à vivre, ni pour lui, ni pour moi. Avoua-t-elle, une drôle de moue sur les lèvres.

Cheryl resta silencieuse et Toni continua de l'observer. Elle se baladait dans le salon, visiblement intriguée par les bibelots posés sur le rebord de la fenêtre, par les plantes en pot dans un coin de la pièce, par la vieille chaîne hi-fi installée à côté du téléviseur, sur un meuble un peu vétuste.

-Pourquoi est-ce que ton oncle t'appelle Phonie ? Je croyais que c'était Toni ton surnom. S'enquit-elle.

Un sourire tendre se dessina sur la bouche de Toni. Décidément, Cheryl était pleine de surprises quand elle ôtait son masque de lycéenne et laissait apparaître son vrai visage. La jeune Topaz aimait la façon dont son surnom résonnait dans la bouche de la rousse. Elle le prononçait avec respect et semblait jouer avec sur le bout de sa langue.

-Toni est, disons, mon surnom officiel, celui que tout le monde utilise. Comme mon véritable prénom n'est pas vraiment une partie de plaisir, il a bien fallu trouver une alternative. Mais, pour mon oncle, ce n'était pas assez personnel. Il voulait me donner un petit nom qui ne serait que pour nous deux. Et comme, dès toute petite, je me suis passionnée pour la photographie, il a décidé de combiner la photo avec mon surnom, ce qui a donné Phonie. Expliqua-t-elle, un sourire béat sur ses lèvres, un petit pincement au cœur.

Elle aimait tant son oncle. Il avait rendu sa vie douce et agréable, alors même qu'elle s'annonçait dure et insupportable. Et elle avait le bonheur de savoir qu'il tenait à elle autant qu'elle tenait à lui.

Cheryl ne répondit rien, hocha simplement la tête et continua son exploration du salon, une lueur gourmande dans les yeux. Elle semblait vouloir poser son regard sur autant d'objets qui se présentaient à elle que possible.

Elle découvrit, accrochée au mur près de la porte d'entrée, une photo encadrée de Toni en tenue de cheerleader, son oncle posant fièrement à côté d'elle. Son sourire était éblouissant et elle secouait avec entrain un pompon au-dessus de sa tête, sa jambe repliée en l'air au niveau du genou.

-Tu étais cheerleader dans ton ancien lycée ? L'interrogea-t-elle encore une fois.

Toni avait refermé les yeux, le sommeil gagnant du terrain sur sa lucidité. Elle répondit simplement en murmurant un « oui » plein de fatigue.

Un silence s'ensuivit, pendant lequel Toni se laissa envelopper par les bras de Morphée. Mais la fatigue ne l'avait pas encore emportée quand elle entendit Cheryl chuchoter.

-Je le savais. Avoua-t-elle.

Toni cligna plusieurs fois des yeux et tenta de se persuader qu'elle n'avait pas imaginé les mots de la rousse.

-De quoi ? Croassa-t-elle, sa voix ensommeillée.

Cheryl soupira et ferma les paupières un instant, les sourcils froncés.

-Ça se voyait, c'est tout … C'était indéniable. Ajouta-t-elle avec fatalité, laconique.

Toni ne pensait plus clairement et elle luttait contre son épuisement. Elle voulait savoir ce que Cheryl avait dans la tête, pourquoi elle lui avait avoué une chose pareille, pourquoi elle avait agi tel qu'elle l'avait fait aux entraînements si elle était consciente depuis le début des capacités de Toni.

-Alors … pourquoi est-ce que tu n'as pas voulu de moi dans ton équipe ? La questionna-t-elle.

Son ton n'était pas réprobateur mais désespérément curieux. Elle avait simplement envie d'entendre la vérité, sans juger Cheryl pour ses choix. Qu'est-ce qui l'avait motivée à l'exclure ?

Cheryl ne répondit rien et Toni n'eut pas l'énergie suffisante pour garder les yeux ouverts et examiner l'expression sur le visage de la rousse.

-Il faut que tu te reposes, je vais te laisser. Répondit-elle finalement, la gorge serrée.

Toni put entendre dans sa voix qu'elle manquait d'assurance et qu'elle se dérobait à la conversation.

-Non, Cheryl … Répliqua-t-elle faiblement.

La rousse se dirigea vers la porte d'entrée en vitesse et Toni sentit un goût amer dans sa bouche. Malgré sa fatigue, elle ne voulait pas que Cheryl se sauve. Elle avait envie de continuer de discuter avec elle, de l'écouter parler avec douceur et curiosité, de ressentir son amabilité. Elle savait qu'une fois que la jeune Blossom aurait franchi cette porte, leur bulle de complicité et de confessions éclaterait et qu'elle retrouvait avec horreur le jugement dans l'attitude de Cheryl et toutes les émotions haineuses qu'elle gardait rivées dans son regard perçant.

-A demain. Dit-elle fermement, avant de quitter le mobil-home et de laisser Toni seule sur le canapé, avec la sensation qu'on lui avait arraché un bourgeon de bonheur.