Voici un nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira. Je suis désolée si vous voyez des fautes. J'ai beau les corriger, elles reviennent toujours. Je vous souhaite quand même une bonne lecture. J'espère recevoir de nombreux commentaires.
Chapitre 14 Le thé à Rosings Park
Mr Collins exultait. L'invitation de prendre le thé à Rosings le comblait de joie. Pouvoir ainsi déployer aux yeux émerveillés de ses hôtes, tout le luxe et la splendeur de sa patronne, les rendre témoins de la manière aimable dont elle le recevait ainsi que sa femme, était pour lui un bonheur sans égal. Et n'ayant pas de point espéré en jouir aussitôt, il ne savait pas comment dignement cette nouvelle preuve de louer de lady Catherine.
- J'avoue, dit-il, que je m'attendais un peu à ce que Sa Grâce nous demande d'aller dimanche prendre le thé et passer la soirée avec elle. J'en étais presque sûr, tant je connais sa grande amabilité. Mais qui aurait pu imaginer que nous recevrions une invitation à dîner, - une invitation pour tous les cinq, - si tôt après votre arrivée? Quoi! À peine arrivées et déjà elle vous invite à dîner à Rosings, qui pouvait même espérer?
- Monsieur Collins, vous ne devez pas parler de lady Catherine en l'appelant «Sa Grâce». C'est un titre accordé à un duc ou une duchesse et, jusqu'à preuve du contraire, lady Catherine n'en est pas une. Elle est la veuve d'un baronnet. Le titre approprié est «Sa Seigneurie». Si des membres de la noblesse vous entendaient parler ainsi, ils vous corrigeraient certainement. Et vous feriez mieux de vous rappeler que c'est sir Robert qui est le maître de Rosings Park, pas lady Catherine. C'est de lui seul que dépend votre droit de rester ici. Et comme j'ai pu remarquer une certaine mésentente entre la mère et le fils, je vous demande de ne pas compter uniquement sur lady Catherine si vous espérez obtenir des avantages.
Mr Collins fut extrêmement indigné par de telles paroles, mais il ne pouvait pas guère les démentir sans paraître hypocrite. Il se contenta de hocher brièvement la tête sans répondre sur le sujet. L'invitation à Rosings l'intéressait beaucoup plus. On ne parla guère d'autre a choisi ce jour-là et pendant la matinée qui suivit. Mr Collins s'attiqua à préparer ses hôtes aux grandeurs qui les attendaient afin qu'ils ne fussent pas trop éblouis par la vue des salons, le nombre des domestiques et la magnificence du dîner. Quand les dames montèrent pour s'apprêter, il dit à Elisabeth:
- Ne vous faites pas de souci, ma chère cousine, au sujet de votre toilette. Lady Catherine ne réclame nullement de vous l'élégance vestimentaire qui sied à son rang et à celui de sa fille. Je vous conseille simplement de mettre ce que vous avez de mieux que vos vêtements ordinaires, cela suffira. Faire plus serait inutile. Ce n'est pas votre simplicité qui vous permet de vous une moins bonne opinion à lady Catherine. Elle aime que les différences soient sociales respectées.
Elisabeth se contenta de hausser les épaules. Elle s'habillerait comme il lui conviendrait et si lady Catherine n'était pas contente, tant pis pour elle! Elle ne se souciait guère de son avis.
Pendant qu'on s'habillait, il vint plusieurs fois aux portes des différentes chambres pour recommander de faire diligence, car lady Catherine n'aimait pas qu'on retardât l'heure de son dîner.
Tous ces détails sur lady Catherine et ses habitudes finissaient par impressionner quelque peu Louisa. Elisabeth s'en rendit compte.
- Ne vous laissez pas impressionner par les apparences, Louisa, lui dit-elle. Je doute qu'elle ait autant de pouvoir qu'elle le laisse croire. N'oubliez pas que son fils est le maître, même s'il est évident que cela lui déplaît.
- Oui, je l'ai compris. Mais elle va certainement nous prendre de haut.
- Si c'est ce qu'elle veut, libre à elle. Mais ne changera rien à la piètre opinion qu'elle m'inspire déjà.
- Et vous êtes basé sur une très brève rencontre pour la juger? Cela me paraît un peu prématuré.
- Je doute fort que mon avis va changer en quoi que ce soit.
- J'en suis certaine, Lizzie. Vous ne changez pas d'avis facilement et vous avez horreur de reconnaître vos erreurs. Cependant, je suis d'accord au sujet de lady Catherine. Elle n'est pas très plaisante. Mais que pensez-vous des trois messieurs que l'on nous a proposé?
- Sir Robert est un homme qui ne se laisse pas rabaisser par sa mère, ce qui est sans doute un soulagement pour tout le monde. En ce qui concerne les deux autres, je ne leur aie pas parlé et nous sommes restés trop peu de temps en leur compagnie pour que je puisse me faire une opinion. Je crois que Mr Darcy est beaucoup plus réservé que son cousin.
- Ce n'est pas un défaut, n'est-ce pas? C'est un homme riche et célibataire. Il doit être poursuivi par de nombreuses femmes. Je pense qu'il peut avoir des raisons d'être réservé.
- Je peux comprendre qu'il reste sur ses gardes. Je suis sûre que lorsque ma mère sera informée de sa présence, elle voudra savoir pourquoi je n'ai pas essayé de moi l'assurer.
Elisabeth avait parlé d'un ton ironique.
- Vous pourriez lui plaire, Lizzie. Comment pouvez-vous penser que cela ne pourrait pas être le cas?
- Je n'en ai aucune idée. Mais un homme de ce rang n'épouse pas une jeune fille de la campagne sans relations ni fortune. C'est seulement dans les contes de fées que les bergères épousent les princes. Vous le savez bien, Louisa.
- Oui, mais M. Darcy est un homme riche qui n'a pas besoin de plus d'argent. Et il a sûrement assez de relations à son goût. À quoi cela lui servirait-il d'en avoir plus?
- Nous ne savons pas ce qu'il en pense, Louisa. Mais sa famille peut-être d'autres idées à ce sujet.
- Il est son propre maître, Lizzie. Je doute qu'il permette à qui que ce soit de décider à sa place.
- Sans doute avez-vous raison. Il en a bien le droit !
- Mais Lizzie, promettez-moi de vous montrer courtoise avec Mr Darcy. Vous l'ignorez sans doute, mais il joue pour le mari de Charlotte le même rôle que lady Catherine pour Mr Collins.
- Vraiment? Alors, nous allons lui demander s'il peut nous donner de ses nouvelles. Ce sera un bon sujet de conversation.
- Sans doute, oui.
La venue de Mr Collins, visiblement très nerveux, interrompit la conversation.
- Dépêchez-vous, Mesdemoiselles, dépêchez-vous! Nous allons être en retard!
- Allons, mon cher, nous ne sommes pas en retard, dit Mme Collins en apparaissant derrière lui. Nous pouvons partir, maintenant, car tout le monde est prêt.
Comme le temps était doux, la traversée du parc fut une agréable promenade d'environ un demi-mille pour traverser le parc. Chaque parc a ses beautés propres et ses points de vue. Ce qu'Elisabeth vit de celui de Rosings l'enchanta, car il y avait plus d'une choisie à admirer, bien qu'elle ne pût manifester un enthousiasme égal à celui qu'attendait Mr Collins et qu'elle accueillît avec une légère indifférence les renseignements qu'il lui donnait sur le nombre des fenêtres du château et la somme que sir Lewis de Bourgh avait dépensée jadis pour faire vitrer.
Les bâtiments étaient grandioses mais manquaient d'élégance.
- L'un des sites les plus extraordinaires de toute l'Europe, n'est-ce pas? s'écria M. Collins. Le vitrage seul coûte plus de vingt mille livres.
Élisabeth n'éprouva nulle émotion et son courage ne lui faisait pas défaut. Elle n'avait rien appris sur le compte de Lady Catherine qui la proclamât propre à inspirer l'effroi, en raison de ses talents extraordinaires ou de vertus miraculeuses, et, quant au simple caractère imposant que confèrent l'argent et le rang, il lui semblait qu'elle pourrait le contempler sans trembler.
Après avoir passé le grand hall d'entrée, dont Mr Collins, en termes lyriques, fit remarquer les belles proportions et la décoration élégante, Mr et Mme Collins, Louisa et Elisabeth furent conduits dans un vaste escalier qui était décoré de tableaux avec des scènes sur l'enfer. Elisabeth s'arrêta devant une peinture déjà un démon. Elle le regarda fixement car il semblait lui parler, mais elle se rendit compte que la voix était en fait celle de Mr Collins qui la réprimandait.
- Par ici!
Ils traversent une antichambre et le domestique les introduisit dans la pièce où se déroule lady Catherine en compagnie de son fils. Avec une grande condescendance, Sa Grâce se leva pour les accueillir.
Elisabeth se sentait parfaitement à la hauteur des circonstances, avait tout son sang-froid et mis examinateur avec calme les trois personnes qu'elle avait devant elle.
Lady Catherine était assise dans un fauteuil à haut dossier qui pourrait ressembler à un trône. Il y avait deux canapés de part et d'autre. L'expression de la dame n'avait rien d'aimable, pas plus que sa manière d'accueillir ses visiteurs de la nature à leur faire oublier l'infériorité de leur rang. Elle ne gardait pas un silence hautain, mais elle disait tout d'une voix impérieuse qui marquait bien le sentiment qu'elle avait de son importance.
Le salon de Rosings Park était spectaculaire, pour ce qui était de la laideur ostentatoire. Les meubles étaient très lourds et surchargés de dorures. Il y avait de nombreux domestiques. Sir Robert était debout près d'une fenêtre et il se retourna à l'entrée des visiteurs. Les quatre visiteurs ont été escortés par le majordome. Mr Collins plongea dans un salut si profond qu'il faillit basculer sur le sol.
- Votre Seigneurie.
Elisabeth eut un sourire amusé. Il semblait que M. Collins ait tenu compte de son avertissement. Mais sa façon de saluer était des plus comiques. Il ferait mieux de faire attention. Un jour, son empressement lui vaudrait de se retrouver sur le sol. Mais peut-être serait-il vexé si elle essayait de l'avertir.
Lady Catherine était une femme autoritaire et hautaine qui avait une haute opinion de sa position sociale et de sa richesse. Elisabeth en était amusée. Certes, elle se croyait sans doute en droit d'agir comme bon lui semblait à cause de ce fait. Sir Robert salua poliment les visiteurs et se montra beaucoup plus agréable. Mais à en juger par son expression, il n'appréciait nullement l'obséquiosité de Mr Collins.
Au bout de quelques minutes à rester assis, lady Catherine invite ses visiteurs à se rendre à la fenêtre pour admirer la vue. Mr Collins étant à leur service pour leur en détailler les beautés du paysage tandis que lady Catherine les informait avec bienveillance que c'était beaucoup plus joli en été.
La noble dame finit par se tourner vers Elisabeth.
- Vous êtes Elisabeth Bennet.
- Je le suis, Votre Seigneurie.
Lady Catherine la regarda de haut en bas, comme si elle lui cherchait des fromages.
- Je vois.
- C'est vraiment très aimable à vous de nous avoir invités, lady Catherine, fit remarquer Mme Collins.
Lady Catherine l'ignora.
Mr Collins se pencha vers Elisabeth et lui murmura:
- La cheminée coûte, à elle seule, près de 400 £.
Mais Elisabeth ne lui prêta pas la moindre attention. Deux hommes venaient d'entrer dans le salon: Mr Darcy et le colonel Fitzwilliam.
Le colonel était un homme d'une trentaine d'années. Il n'était pas très beau, mais il compensait ce fait par beaucoup de charme et de courtoisie dans l'extérieur et dans les manières, en lui on reconnaissait le gentleman authentique.
Elisabeth éprouva cependant un vif intérêt pour Mr Darcy. Le gentleman qui, selon lady Catherine, était fiancé à sa fille, bien qu'elle ait de forts doutes à ce sujet, lui parut plutôt calme et réservé. Elle comprenait qu'en présence de lady Catherine, il ne voulait pas afficher ses émotions. De toute évidence, il était peu enclin à se rendre agréable. Mais avec une femme comme lady Catherine, cela n'avait rien de surprenant.
Elisabeth aurait pu mettre une telle attitude sur le compte de l'orgueil, mais elle se rendit compte qu'il essayait juste à se protéger de ceux qui pourraient chercher à le manipuler pour tirer profit de sa richesse, comme le lui avait dit Louisa. Il devrait vouloir donner l'impression de se croire au-dessus de toutes les personnes présentes et de regarder par la fenêtre, plutôt que de faire la conversation. Mais lady Catherine, qui passait son temps à bavarder, ne laisserait probablement personne parler à sa place. Elle devait croire qu'elle savait tout sur tous les sujets possibles et imaginables.
Le thé fut servi et lady Catherine ne cessa de parler. Elle donnait son avis sur toutes les choses d'un ton qui montrait qu'elle n'avait pas l'habitude de voir son jugement contesté. Elle interrogea Augusta sur ses affaires domestiques, avec familiarité et minutie, et lui donna mille conseils pour la conduite de son ménage, des soins à donner à ses vaches et à sa basse-cour. Elisabeth vit le sujet n'était pas au-dessus de l'attention de cette grande dame, pourvu qu'elle y trouvât une occasion de diriger et de régenter ses semblables. Dans les intervalles de son entretien avec Mme Collins, elle posa toutes sortes de questions aux deux jeunes filles et plus particulièrement à Elisabeth sur le compte de laquelle elle se développait moins renseignée et qui, observa-t-elle à Mme Collins,
Une fois le thé terminé, la table à cartes fut placée. Lady Catherine, sir Robert et Mr et Mme Collins s'assirent pour un quadrille, et comme les deux messieurs préféraient le whist, miss Bennet et miss Lucas les rejoignirent pour faire le second groupe de joueurs. Elisabeth se sentit un peu gênée. Darcy s'assit à côté d'elle.
Elisabeth se demanda pourquoi M. Darcy prenait la peine de s'asseoir à côté d'elle s'il devait garder le silence. Elle essaya d'entamer une conversation, mais il convient très peu pour l'encourager. Il réussit à toutes ses questions avec le moins de mots possible. Elle lui demanda d'où il venait, s'il avait des frères et sœurs et s'il visitait souvent Rosings. Elle découvrit qu'il possédait un domaine dans le Derbyshire, qu'il avait une sœur - apparemment sans nom - et qu'il ne venait en visite avec son cousin que pour Pâques. Elle ne pouvait rien obtenir de plus de lui.
Elle décida de l'ignorer et de prêter attention à Augusta qu'elle avait regardée toute la soirée. Mme Collins était satisfaite de sa situation. Elisabeth se sentait mal à l'aise comme si elle était surveillée. À sa grande surprise, elle constata que M. Darcy la regardait.
- Voulez-vous me faire peur, M. Darcy, en me fixant ainsi?
- Est-ce que je vous effraie?
Elisabeth ne s'était pas attendue à une question de sa part.
- Vous ne pourriez pas m'effrayer, même si vous n'étiez pas un gentleman.
- Je vous présente mes excuses de vous si le fait de vous regarder vous a gênée. Je ne voulais pas vous embarrasser.
Il se tut en regardant ses pieds. Elisabeth était confuse par ses actions. Si elle n'avait pas pensé que c'était absurde, elle pensait qu'il était nerveux. Mais en le regardant, elle ne pouvait pas vraiment le voir.
- Vous voulez vous-même me faire peur avec votre regard? demanda-t-il sans même quitter des yeux ses pieds.
Elisabeth rougit. Elle n'avait pas réalisé qu'elle avait passé quelque temps à le regarder. Son comportement lui parut étrange. Était-il timide? C'était l'impression qu'il donnait.
- Je ne voulais pas reculer devant le vôtre.
Il leva les yeux avec surprise dans ses yeux mais son visage avait toujours l'air empreint d'indifférence.
- Voulez-vous me défier, Miss Bennet?
- Je ne veux pas contester, mais vous rendez l'incivilité que vous avez montrée envers moi.
Ses yeux bleus brillaient d'amusement. Elisabeth découvrit qu'elle aimait ses yeux.
- Vous me croyez incivil?
- Je pense que vos manières font preuve d'incivilité. Que vous soyez ou non vraiment incivil, je ne peux pas le discerner pour le moment.
Il lui sourit puis regarda le manteau de la cheminée en silence. Elisabeth était ennuyeux qu'il n'ait fait aucun effort de sa part pour être sociable mais voulait parler avec elle. Elle pensait que, peut-être, il se croyait au-dessus d'elle et n'avait pas besoin de faire l'effort de continuer la conversation. Cependant, elle ne pouvait pas nier qu'il occupait une position sociale supérieure à la sienne. Ce devait être autre chose.
Darcy ne pouvait pas comprendre pourquoi il se sentait si distrait. Il faisait de son mieux pour avoir une conversation avec Miss Bennet mais ne pouvait penser à rien à dire.
Il lui jeta un coup d'œil rapide. Elle regardait ses mains avec confusion sur son visage. Il ne savait pas quoi faire ni quoi dire. Il n'avait jamais été aussi troublé auparavant. C'était encore pire quand elle avait regardé directement. Ses yeux étaient pleins d'intelligence qui surprend. Il n'avait jamais vu d'aussi beaux yeux auparavant de toute sa vie. Il avait remarqué qu'elle avait beaucoup plus attrayante en apparence de plus près.
Elle le regarda alors qu'il la regardait de nouveau. Elle le regarda d'un air interrogateur comme si elle soupçonnait qu'il allait dire quelque chose. Il a rapidement pensé à quelque chose à dire.
- Puisque vous venez du Derbyshire, M. Darcy, connaissez-vous une ville appelée Lambton?
M. Darcy parut surpris par la question.
- Oui. Elle ne se trouve qu'à cinq miles de Pemberley, la propriété de ma famille. Vous la connaissez, vous aussi?
- Non. Mais ma tante ya passé son enfance et en garde de très bons souvenirs. Elle considère le Derbyshire comme le plus beau comté d'Angleterre.
- Voilà une opinion sur laquelle je suis tout à fait d'accord, dit Darcy avec un sourire.
- Eh bien, j'aurai l'occasion d'en avoir la preuve. Mon oncle et ma tante ont prévu de visiter les lacs, cet été. Et nous passerons sans doute quelques jours à Lambton.
- Dans ce cas, miss Bennet, ne manquez pas l'occasion pour visiter Pemberley, dit le colonel Fitzwilliam. Je suis sûr que vous pourrez apprécier la beauté du parc.
- Vraiment. Ma tante a visité Pemberley une fois publiée était enfant. Elle l'a comparé au jardin d'Eden. Connaissant mon goût inné pour la nature, elle s'attend à ce que l'endroit me plaise. Je le verrais moi-même.
- Je ne doute pas que cela vous plaira, dit M. Darcy. Je n'ai jamais entendu quelqu'un dire que les lieux étaient déplaisants.
- Sans doute parce qu'ils recherchent plus à la maison et à son contenu qu'à ce qui l'entoure. Ce que je préfère nettement.
Les deux hommes échangèrent un regard surpris.
- Je suppose que vous profitez beaucoup de la campagne dans le Hertfordshire? demanda Darcy.
- Oui. Je fais une promenade tous les jours depuis que j'ai cinq ans.
- Seule? demanda Darcy d'un ton surpris.
- Non. Au début, un garçon d'écurie m'escortait, mais désormais, je ne sors avec mes chiens. Ce sont de bons gardiens.
- Avez-vous des frères et des sœurs, mademoiselle Bennet? demanda qui ne voulait pas que la conversation s'arrête en si bon chemin.
Elle lui sourit.
- J'ai un très jeune frère. Il a six ans. Il lui arrive de m'accompagner dans mes promenades. Ce qui les rend plus amusantes.
Darcy hocha la tête.
- Ma sœur est bien plus jeune que moi. Elle a seulement saisir ans. Elle apprécie aussi les promenades dans le parc, même si elle préfère monter à cheval. Montez-vous à cheval vous-même, mademoiselle Bennet?
- Oui. Mais je dois avouer que je préfère moi servir de mes pieds. On ne peut pas admirer la nature aussi bien sur le dos d'un cheval. Je voulais vous demander autre chose, M. Darcy. Vous devez certainement connaître M. John Langford, le pasteur de Kympton.
- Certes! Le village n'est qu'à un mile de Pemberley. Vous le connaissez?
- Un peu. Je l'ai rencontré car il a épousé une de mes amies. En fait, mademoiselle Lucas est sa sœur.
Elisabeth désigne sa compagne placée en face d'elle. Celle-ci sourit.
- J'en suis surpris. Mais je peux au moins vous dire que toute la famille est en bonne santé. Je les ai vus avant de venir à Londres, puis ici.
- Je vous remercie de me le dire, Monsieur, dit Louisa. Je n'ai, hélas, pas la possibilité de voir ma sœur très souvent.
- Je crois qu'elle espère pouvoir aller rendre visite à sa famille au cours de l'automne, dit M. Darcy. Comme je serais à Pemberley une partie de l'été, une de mes voitures pourra la conduire jusqu'à sa destination. Et son mari viendra sans doute la rejoindre un peu plus tard.
- C'est très aimable de votre part, Monsieur, dit Louisa.
M. Darcy se contenta de hocher la tête poliment. Le colonel toussota.
- Je ne voudrais pas déranger votre conversation, Darcy, mais c'est à vous de jouer.
- Merci de me le rappeler.
La partie se poursuivit et se termina en silence.
Une fois que lady Catherine fut lassée de jouer, tout le monde vint s'asseoir près du feu. La dame paraissait préoccupée et mécontente. Elle n'avait pas manqué de remarquer que miss Bennet discutait avec l'homme qu'elle considérait comme son futur gendre.
Elle se tourna vers Elisabeth:
- Dites-moi, miss Bennet, combien de frères et de sœurs avez-vous?
- J'ai un frère, lady Catherine. Il a six ans.
- Seulement six ans?
- Mais quel âge avez-vous? Vous ne devez pas avoir plus de vingt-ans!
- Je n'ai pas encore vingt-et-un ans.
- Cela fait une grande différence d'âge entre vous.
- En effet, madame Catherine. Ma mère a perdu plusieurs enfants, entre Matt et moi, ainsi que ma sœur aînée, Jane, qui, malheureusement, est morte avant ma naissance.
- Voilà qui est regrettable.
Il y eut d'autres questions qu'Elisabeth jugea fort indiscrètes mais y répond avec beaucoup de calme. Elle lui demanda combien de chevaux et quel genre d'équipage avait son père et quel était le nom de jeune fille de sa mère.
- Si j'ai bien compris, le domaine de votre père, ce me semble, est frappé d'une clause de substitution, n'est-ce pas? Et si vous n'aviez pas eu de frère, Mr Collins en aurait hérité. C'est fort regrettable. Je n'approuve pas une disposition qui dépose les femmes héritières en ligne directe. On n'a rien fait de pareil dans la famille de Bourgh. Cela n'a pas été jugé nécessaire Jouez-vous du piano et chantez-vous, miss Bennet?
- Oui, Lady Catherine.
- Alors, un jour ou l'autre nous serons heureuses de vous entender. Notre piano est excellent, probablement supérieur à ... Enfin, vous l'essaierez, un de ces jours. Mlle Lucas, êtes-vous aussi musicienne?
- Un peu, madame.
–Faites-vous du dessin?
- Non, madame. Pas du tout. Je n'ai aucun talent dans ce domaine. Je ne vois donc pas l'utilité de recevoir des leçons qui ne serviraient à rien.
- Hum. Il aurait mieux valu essayer quand même. Vous auriez vraiment dû apprendre. Sans doute l'occasion vous aura manqué apprendre. Votre mère aurait dû vous mener à Londres chaque année, au printemps [1] , pour vous faire profiter de bons professeurs.
- Je crois que ma mère l'eût fait volontiers, mais mon père à Londres en horreur.
- Avez-vous encore votre gouvernante?
- Ma gouvernante s'occupe de mon frère, désormais.
- Au moins, vous avez été éduquée conformément à votre rang. C'est une bonne chose qui pourrait plaider en votre faveur. Je le dis constamment: rien ne peut se faire, en matière d'éducation, sans une instruction soutenue et régulière, et il n'y a qu'une institutrice qui puisse la donner. On ne saurait croire le nombre de familles que j'en ai procuré. Je suis toujours heureuse, quand je le puis, de placer une jeune personne dans de bonnes conditions. Grâce à moi, quatre nièces de Mme Jenkinson ont été pourvues de situations fort agréables. Vous ai-je dit, Mme Collins, que lady Metcalfe est venue me voir hier pour me remercier? Il paraît que miss Pope est une véritable perle. Lady Catherine, m'a-t-elle dit, vous m'avez donné un trésor!
Lady Catherine paraissait attendre un commentaire.
- Je ne suis pas sûre que ces jeunes femmes trouvent ce genre de situation aussi agréable, lady Catherine. Cela les place dans une situation fort délicate.
- En vérité, dit lady Catherine, vous donnez votre avis avec bien de l'assurance pour une si jeune personne. Vous me paraissez bien jeune pour parler ainsi.
- Je n'ai fait que répondre à vos questions, lady Catherine. Je suis navrée si ma franchise vous déplaît, mais je ne vais pas mentir sans raison valable.
Cette réponse parut interloquer lady Catherine. Elisabeth était sans doute la première créature assez téméraire qui n'a jamais osé parler avec autant d'impertinence pleine de dignité et de franchise. Mr Collins paraissait très confus à ce sujet et il ouvrit la bouche avec l'intention évidente de s'excuser. Mais il n'en eut pas la possibilité.
Sir Robert avait froncé les sourcils pendant la conversation et il prit la parole:
- Vous dites souvent que vous êtes connue pour votre franchise, Mère. Allez-vous reprocher à miss Bennet de faire la même chose que vous?
La question était humiliante pour la dame et elle ne savait pas comment répondre. Elisabeth se sentit gênée pour elle. Il était évident que sir Robert avait posé la question exprès pour humilier sa mère. Elle n'était pas certaine d'approuver ce genre de choix. Cependant, monsieur Robert n'insista pas.
L'heure tournait et bientôt vint le moment de prendre congé pour les Collins et leurs invités.
La voiture fut annoncée. La société se comprend alors autour du feu pour écouter lady Catherine décide quel temps il ferait le lendemain, puis, la voiture étant annoncée, Mr Collins réitéra ses remerciements, sir William multiplia les saluts, et l'on se sépara.
La portière était à peine fermée et la voiture ébranlée qu'Elisabeth était déjà invitée par son cousin à dire son opinion sur ce qu'elle avait vu à Rosings. Par respect pour Mme Collins, elle s'applique à la donner aussi élogieuse que possible et elle se dit bien plus charmée du château et de ses habitants qu'elle ne l'était en effet, mais ses louanges, malgré la peine qu'elle prenait pour les formuler, ne soumettra pas M. Collins qui ne tarda pas à se charger lui-même du panégyrique de Sa Grâce.
?
Darcy était très intrigué. Il ne pouvait cesser de penser à miss Bennet sans en comprendre la raison. Il aurait voulu la regarder pour voir ce qu'elle faisait, mais savait que ce serait le meilleur moyen de passer pour un idiot.
« Comment une dame, une paysanne peut-elle me mettre dans cet état? »
Il tenta de penser à autre chose, mais sans succès. Il se sentit soulagé lorsque les invités de lady Catherine prirent congé. Il ne dormit pas beaucoup et vit les beaux yeux le regarder d'un air curieux et interrogateur.
[1] Le printemps est pour Londres ce que l'hiver est pour Paris, la saison des plaisirs, et celle où l'on trouve les meilleurs artistes.
